Je ne fais guère ici que résumer une page[de Taine
généralise, dont il extrait à la longue des séries infinies de raisonnements rigoureux et limpides. On saisit dans sa méthode à la fois la force et la faiblesse de l'esprit du XVIH® siècle, encore trop adonné à l'analyse. Condillac n'enseigne point à observer les faits, base de la science ; il n'indique pas les moyens de les vérifier, de les interpréter. Il n'opère que sur les idées, quelles qu'elles soient, et de quelque façon qu'elles aient pénétré dans l'esprit de l'homme. Et c'est précisément le défaut général de tous les penseurs du temps, de ne point assurer suffisamment les principes de leurs raisonnements, de ne point faire un effort assez suivi pour bien voir les faits, de supposer constamment la réalité adéquate à leur idée. En revanche, ce sont d'incomparables raisonneurs ; et le fort de Condillac est justement l'art de raisonner. Avant tout, il est logicien. Il nous enseigne à nous faire du monde extérieur des idées claires, précises, ordonnées. Il nous fait suivre la genèse naturelle des idées, le développement parallèle des signes, et nous montre dans le langage <' un merveilleux instrument d'analyse », qui, par ses termes abstraits où se rassemblent des collections d'idées, par son mécanisme où s'expriment des séries de rapports, facilite de plus en plus la tâche de l'esprit ^. Les opérations de la pensée sont une algèbre, dont les mots sont les signes. Les jugements sont des équations, et les termes qu'on assemble sont des objets abstraits, idéaux : nulle part on n'aperçoit mieux quechez Condillac pourquoi l'esprit français au XVIII^ siècle
,- , I rcuz au dedans, peu rcJoLirtiL-lc au dtilcrs. La Jua-e d'un
, ).J^ l/ji^i^uA /*,^.*«ct.î^ tî'tip""*^ dc'pcnd du hizard, qui fcul en retar:;c ou en ^if^'-^^*^- Ffi^^ipifc la chute.
Pour lairc fentir cotiihicn , . r- . :■ \.\- t-.u= I,> \\\~ xilkx.'i cil dari^crcufc r!.iii> i:.. ^ .-..■.is ic r;i.il .ju'y
ptoduic la rciili; (ip])i-jfition .U- , iii!;.rL:s J'un corp^. cttix de la n,'i"iuMi'jiii.' : doiintuis au.y bonzes, nui; tiJapoinï^ i totiifs vt-rnH Je nos îaint^. Sj riiiti.'rcr du corp- des
i (|(«i^.y'i^M*^', ^^lï- -t <^^'j^\ nation jjui k- n^nirrit , T.T.T , i I l'i'.itJ Ji: LLtcr .ur.on , ce que
ÏV"" '"r^«r',"n lnR«m.in»ci..icmilVH4r.l lu'.n.. oat-tur,
«-..-(M*-.;--. >Çr^ !„;on,,J, ,v»r..nH«irMn.«'.. tl,3^u« d.U tnzcs eut-il
. le . . -
(It:, y.
^ncment pour les grandeur bi[ieu\i tou5 fcs membres
. ■■ j .: : .'.11-., un 1. !.-iC, '"ju'uii ccrps dont
Si Ic^ prCtr*-i dij pji^jiiirmc Jlrc:nt mourir Socrate flc pcrfccutcreiit prcf'juu u us les grandi hommci , c'cft que .^;,t,' leur bien particulier fe trouvoic oppof*; au Lien public;
fauffe reliL^ion ont intcrct de Jveuj^lcincnt , &, pour cereflct, de pourfiiivrij tous ceux qui ptnucnc 1 LLlaircr : exemple quelquefois imicO p.ir les ininillrcs t!e la \ raiL- religion , qui, Ùns le m^mc bcroln,onc ft)u\eiit eu recours auv mc^rncs cruautrfs, ont perfccuti;, tlcprimc les gramis homme, ^fc font f.iit les pant'gyrifles des Ou\ r-i^ci nicdîoci:es,& Ls cri-^ tiques dts cxcelIcnts^Ac -^'f A"*^ ,j<""^»' ^'^^
lifWCr;- -
'-;■»>.. UtaJL.'.^.
^vt-^«--w.,.^ fc'ert que Ics prï'rrcs d'un'
H'.Yo*-»' L^^-.^n '-.««■^ "j:*»""'î retenir les peuples dans 1";
DE L'ESPRIT, PAR HELVÉTIUS. £l Une page de l'édition originale avec notes et corrections (f auteur. (Bibl. Nat., Imp.) CL. HACHETTE.
LA LUTTE PHILOSOPHIQUE
HINCREDUOTP, PROSCRITE.
A Rr.tmiOS iUf.e/u/.mt (fm/iOiilfiti un im/J^e L'e'fi /■//// o^ot > y^^-Sr» ' ^^/,^ '' l.H'rrj 'tttp.f.' <.-rtnm^td.f inH^ un murau hfnrhnvT.
àe^Ù éA^aat^ L'e^ec /)a/u- U /^mÙHfv f'a/^i^ ùxSf^i^J/ </rt'iru- per-t^ii ^t/u une
élimine si volontiers la réalité concrète, les formes par conséquent de la vie et la matière de l'art, et pourquoi la poésie arrive à ne plus être souvent qu'un jeu intellectuel, réglé par des conventions arbitraires.
V! Art d'écrire de Condillac mérite encore d'être étudié par quiconque est soucieux de clarté et d'enchaînement. Le principe de « la plus grande liaison des idées », auquel il ramène tout l'art d'écrire, est un équivalent exact, sous un vocable moins emphatique, de ce que Taine appellera « la convergence des effets ».
L'esthétique littéraire de Condillac est digne aussi d'attention. Il a montré qu'il savait bien au fond ce que c'était que poésie, quand il a établi une échelle de style qui pose aux deux extrémités contraires le style philosophique, tout en rapports, et le style poétique, tout en images. Il a bien défini le naturel classique quand il a dit : « C'est l'art tourné en habitude. » Il a conçu nettement la force du génie national qui oblige chaque peuple à rester lui-même, et qui condamne toute imitation à un échec. Les Français sont demeurés français en croyant acclimater chez eux la littérature des Grecs et des Latins : on ne réussirait pas mieux à importer chez nous la littérature des Anglais. Il est donc inutile d'imiter, parce qu'il est impossible d'imiter. Chaque peuple est justifié dans son goût, parce qu'il n'en peut avoir d'autre. Ce n'est pas que tous les goûts soient égaux. Il y a des beautés universelles et des beautés locales ; le genre le plus élevé, et la littérature la plus digne d'admiration, sont le genre et la littérature qui comportent le plus de beautés universelles.
En somme, Condillac a amené les idées littéraires de son temps, celles de Voltaire et de Marmontel, à un degré de précision, de clarté, et de profondeur (je ne crains pas le mot) tout à fait remarquable. C'est lui vraiment qui marque dans l'évolution du goût français l'étape intermédiaire entre le dogmatisme de Boileau et le relativisme de Mme de Staël. On n'en a jamais tenu suffisamment compte.
Le parti encyclopédiste était assez vaste pour englober les tendances individuelles les plus inconciliables, Mably par exemple et Turgot. L'abbé de Mably, frère de Condillac, eut une influence limitée, mais sérieuse et durable : il s'était attaché aux sciences sociales et politiques ; dépassant Rousseau qu'il avait devancé, il développe hardiment des théories communistes. Rien n'était plus contraire aux doctrines libérales et individualistes du groupe économiste auquel appartenait Turgot ^.
Les misères et l'oppression du peuple, à la fin du règne de Louis XIV, avaient excité des patriotes tels que Vauban et Boisguilbert à chercher, en dehors de toute doctrine politique et de toute intention révolutionnaire, les moyens d'améliorer l'état matériel du royaume. Ces études
I. L'abbé de Mably (1709-1785) : leDroit public Je V Europe. 1748, 2 vol. inAl ; Entretiens Je PhocionJ sur le rapport de la morale avec la politique, 1763, in-I2 ; Doutes proposés aux philosophes économistes, 1768, in- 12/: Observations sur le gouvernement et les Etats- Unis d'Amérique, 1784, in-12 ; Œuvres, éd. Arnoux, ch. III, t. V, v. in-18. i 2. Biographie : Jacques Turgot (1727-1781), prieur de Sorbonne en 1749, quitte
L'INCRÉDULITÉ PROSCRITE, a Gravure allégorique relative à l'arrêt du Parlement du 6 lévrier 1759 qui déjend « tous livres contre la religion, l'Etat et les bonnes mœurs
faisaient encore l'objet principal du Club de l'Entresol, où l'on rencontre l'abbé de Saint-Pierre et le marquis d'Argenson. Quesnay, ce médecin de Louis XV dont la hauteur de pensée imposait le respect même au roi, s'y appliqua ensuite et fut le fondateur de l'école économique, à laquelle se rattachent des esprits aussi divers que le marquis de Mirabeau et Turgot. J'ai parlé de Y Ami des hommes, qui avait voué un culte à Quesnay. Turgot ^ fut un des plus nobles esprits du temps. Il renonça à l'assurance d'une grande fortune ecclésiastique, pour ne point se condamner toute sa vie à porter un masque sur le visage. Il ne devint pas pourtant ennemi du christianisme. Il prenait cette position, originale en son temps, de respecter le christianisme en n'obéissant qu'à la raison. Il estimait que toutes les religions ont droit à la tolérance pourvu
l'Église en 1751, ne pouvant plus accepter l'étroite orthodoxie. Conseiller au Parlement en 1757, il collabore à VEncyctcpédie. Intendant à Limoges, en 1761, ministre du 24 août 1775 au 12mai 1776. — Èdiùoit» : Œuvres complètes, 1844, 2 vol. gr. in-8 ; CorresponJanc» inédite de Turgot et Condorcet, publ. par Ch. Henry, Paris, in-8. — A consulter : L. Say, Turgot, Coll. des Gr. Écr. fr., Hachette, in-16.
LE DIX-HUITIEME SIECLE
qu'elles ne choquent point la morale. Il ne poussa point à démolir la société : il se contenta de travailler à l'améliorer. Il avait embrassé toutes les parties du gouvernement et de la vie nationale : administration, finances, industrie, commerce, éducation, il avait tout étudié avec un esprit philosophique, sans rechercher la nouveauté ni respecter la tradition, uniquement mû par l'amour de l'humanité et réglé par la considération du possible.
Si V Encyclopédie pouvait contenir à la fois des athées et des déistes, des révolutionnaires et des modérés, des communistes et des individualistes, c'était au nom de son principe : la souveraineté de la raison. Tout ce qui la reconnaissait était de la maison. Nous pouvons donc négliger toutes les divergences de doctrine et les incompatibilités d'humeur : ce qui lie le parti, et caractérise le mouvement philosophique, c'est la foi dans la raison. En ce sens, l'œuvre où aboutit toute la pensée du siècle,
c'est la fameuse Esquisse de Condorcet ^. Proscrit, Condorcet gardait toute sa sérénité, toutes ses espérances ; il traçait rapidement le tableau des progrès de la raison, retardés en vain par les tyrans et les prêtres, et donnait un aperçu des belles destinées que sa victoire promettait à l'homme, indéfiniment perfectible. S'il y a bien de la candeur et de la chimère dans cet optimisme, l'ouvrage est une esquisse vigoureuse de l'histoire de la culture humaine ; le parti pris n'exclut pas l'intelligence. Condorcet est un grand esprit.
On aimerait à s'arrêter sur d'Holbach, Condillac, Turgot, Condorcet : nous sortons d'eux autant que de Voltaire, de Diderot, de Rousseau, de Buffon. Mais leur mérite littéraire est loin d'être toujours égal à la valeur de leurs idées. Il me faut laisser tous ces représentants de la philosophie du dernier siècle, pour regarder seulement les grands littérateurs, ainsi replacés dans leur milieu.
I. Le marquis de Condorcet (1743-1794), mathématicien, économiste et philosophe, éditeur des Pensées de Pascal (1776), auteur d une Vie de Turgot (1786) et d'une Ki'e de Voltaire (1787), membre de l'Assemblée législative, puis de la Convention, fut proscrit comme girondin, et s'empoisonna en 1794. Il écrivit, pendant qu'il se tenait caché, l'Es-
quisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit l.umain. — Éditions : Œuvres, 1847, 1849, 12 vol.in-B.Nlleéd. du Tableau historique, 1900. — A consulter : Picavet, Les /deologues,\\89\.lA\engry. Condorcet\\9Q4. L.|^Cahen, Condorcet et la Révolution française.
LA FABRICATION DU PAPIER, a Une des planches de /'Encyclopédie (Eibl.
. Nat. Imp.) ^
LE PHILOSOPHE EN ADMIRATION DEVANT LA NATURE. 0 Gravure anonyme placée en tête du livre second de /'Essai sur le Monde et la Vertu, de Diderot, édition cfe /772.(Bibl.Nat., Imp ) CI.. HACHETTE.
CONTES MORAUX ET NOIJVELLES IDYLLES. DE DIDEROT ET DE GESSNER. a Le frontispice de celte édition (1777) a été dessiné et gravé par Cessner lui-même. (Bibl. Nat., Imp.) CL. HACHETTE.
LES BIJOUX INDISCRETS, a Frontispice anonyme df l'édition sans date (1771) portant comme lieu d'édition : Au Monomatapa. (Bibl. Nat., Imp.). ^