FRAGMENT
Un attachement si complet est-il un bonheur ? Oui ! des années de souffrance ne paieraient pas une heure d'amour. Hier , ton apparente tristesse a passé dans mon ame ayec la rapidité d'une ombre qui se projette. Étais-tu triste ou soufirais-tu ? J'ai souffert. X D'où venait ce chagrin? Écris-moi vite. Pourquoi ne l'ai-je pas deviné? Nous ne sommes donc pas encore complètement unis par la pensée ? Je devrais , à deux lieues de toi comme à mille y ressentir tes peines et tes douleurs. Je ne croirai pas t'aimer , tant que ma vie ne sera pas
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assex intimement liée à la tienne pour que nous ayons la même vie , le même cœur, la même idée. Je dois être où tu es, Toir ce que tu vois , ressentir ce que tu ressens, et te suivre par la pensée. N'aije pas déjà su , le premier , que ta voiture avait versé, que tu étais blessée ? Mais aussi ce jour-là^ ne t'avais-je pas quittée? Je te voyais. Quand mon oncle m'a demandé pourquoi je pâlissais, je lui ai dit : «Mademoiselle de Yillenoix vient de tomber! » Pourquoi donc n'ai-je pas lu dans ton ame , hier? Youlais>tu me cacher la cause de ce chagrin ? Cependant j'ai cru deviner que tu avais fait en ma faveur quelques efforts malheureux auprès du redoutable M. Salomon , qui me glace. Cet homme n'est par de notre ciel. Pourquoi veux-tu que notre bonheur , qui ne ressemble en rien à celui des autres, se conforme aux lois du monde? Mais j'aime trop tes mille pudeurs, ta religion, tes superstitions , pour ne pas obéir à tes moindres caprices. Ce que tu fais doit être bien^ rien n'est plus pur que ta pensée , comme rien n'est plus beau que ton visage où se réfléchit ton ame divine. J'attendrai ta lettre avant d'aller par les chemins chercher le doux moment que tu m'accordes. Ah! si tu lavais combi^i l'aspect des tourelles me feit palpiter , quand enfin je les vois bordées de lueur par la lune, notre amie, notre seule confidente !
Adieu la gloire , adieu raveuir , adieu la yie que je rêvais ! Maintenant, ma tout aimée, ma gloire est d'être à toi , digne de toi^ mon avenir eut tout entier dans l'espérance de te voir ; et , ma vie ? n'est-ee pas de rester à tes pieds , de me coucher sous les regards, de respirer en plein dans les cieux que tu m'as créés? Toutes mes foroeSi toutes mes pensées, doivent t'appartenir , à toi qui m'as dit ces enivrantes paroles : Je veux tes peines ! » Ne serait-ce pas dérober des joies à l'a- »our , de^momens au bonheur , des sentimens à
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ton ame <liyine , que de doimer des heures à l'étude , des idées au monde y des poésies aux poètes? Non y non, chère yie à moi, je te yeux tout réserver , je Yeux t'apporter toutes les fleurs de nion ame. Y a-t-il rien d'assez heau , d'assez splendide dans les trésors de la terre et de l'inteUigence , pour fêter un cœur aussi riche , un cœur aussi pur que le tien , et auquel j'ose allier le mien , parfois ?.Oui, parfois, j'ai l'orgueil de croire que je sais aimer autant que tu aimes! Mais non , tu es un ange-femme ^ et il y aura toujours plus de charme dans l'expression de tes sentimens , plus de parfum dans ton souffle, plus d'harmonie dans ta Toix , plus de grâce dans tes sourires , plus de pureté dans tes regards que dans les miens ! Oui , laisse-moi penser que tu es une création d'une sphère plus élevée que ne l'est la mienne. Tu auras l'orgueil d'en être descendue , et moi celui de t'avoir méritée. Et tu ne seras peut-être pas déchue en venant à moi , pauvre et malheureux ! Oui, si le plus hel asile d'une fomme est un cœur tout à elle , tu seras toujours souveraine dans le mien. Aucune pensée , aucune action ne ternira jamais ce cœur, riche sanctuaire , tant que tu voudras y résider j mais n'y demeureras-tu pas sans cesse? Ne m'as-tu pas dit ce mot délicieux : Makirtenant et toujours ! Et hunc bt sempsr ! J'ai gravé sous ton portrait ces paroles du Rituel, dignes de
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toi , comme elles sont dignes de Dieu. Il est , e< maintenant et toujours , comme sera mon amoar ! Non y non , je n'épniserai jamais ce qui est immense, infini, sans bornes: tel est le sentiment que je sens en moi pour toi. J'en ai deyiné l'incommensurable étendue , comme nous devinons l'espace , par la mesure d'une de ses parties! Ainsi, j'ai eu des jouissances ineffables, des heures entières pleines de méditations chatouiUeuses en me nqppelant un seul de tes gestes, ou l'accent d'une phrase. 11 y aura donc des souTcnirs sous le poids desquels il faudra succomber , si déjà la souve* nahce d'une heure douce et familière me &it pleurer de joie, attendrit , pénètre mon ame, et devient une intarissable source de bonheur. Aimer, c'est la vie de l'ange ! Il me semble que je n'épiuserai jamais le plaisir que j'éprouve à te voir. Ce plaisir, le plus modeste de tous, mais auquel le temps manque toujours , m'a fait comprendre les étemelles contemplations dans lesquelles restent les Séraphins et les Esprits devant Dieu : rien n'est plus naturel, s'il émane de son essence une lumière aussi fertile en sentimens nouveaux que l'est celle de tes yeux, de ton firent imposant , de ta belle physionomie , céleste image de ton ame -, l'ame , cet autre nous-mêmes dont la forme pure ne périssant jamais rend alors notre amour immortel. Je voudrais qu'il existât un langage autre
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cpie oeliû demi je me sers , pour t'exprimer les renaissantes déliées de mon amour ; il y en a bien un y il n'est (ju'à nous. Nos regards ne sont-ils pas de Tiyantes paroles ^ mais ne faut-O pas aussi nous Toir pour entendre par les yeux ces interrogations et ces réponses du cœur si Tires, si pénétrantes que tu m'as dit un soir : -^ k Taises-yous ! » qaand je ne parlais pa». T'en wnYien».ta , ma chère yie ? De loin , cpiand je suis dans les t^ièbres de l'absence , je sui» forcé d'employer de» mots humains pour rendre des sensations divines. Les mots accusent au moins les sillons q^'dlefr tracent dans mon ame , comme Dieu résume îm^ parfaitement les idées que nous avons de œ mystérieux principe. Encore , malgré la science du langage , n'ai-je jamais rien trouvé dans l'infini de ses expressions qui pût te pmndre là délicieuse étreinte par laquelle ma vie se fond dans la tienne quand je pense à toi. Puis , par quel mot finir, lorsque je cesse de t'écrîre sans pour cela te quitter? Que signifie adieu , à moins de mourir. Mais la mort serait^le un adieu ? Alors mon ame ne se réunirait-elle pas {dus intimement à la tienne ? mon étemelle pensée? naguère, je t'ofiris à genoux mon cœur et ma vie ; maintenant , quelles nouvelles fleurs de sentiment trouveiai-je donc en mon ame, que je ne t'aie données? Ne serait-ce pas t'envoyer une parcelle du bien que lu pos-
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flèdes ? N'es-tu JMis mon aTenir ? Combien je re- H^tte le pasaé ! Ces années qni ne nous appsûrtiennent phis , je voudrais te les rendre toutes, et t'y ftire régner comme tu règnes sur ma Tie. Mais qu'est-ce que le temps de mon existence où je ne te connaissais pas ? Ce serait le néant , » je n'avais pas été si malheureux.
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fleun qui naûisent au fond de Uame, et qu'un rien peut flétrir y mais qu'alors tout animait et fécondait! Ce sera toujours ainsi , n'est-ce pas ^ mon aimée ? En me rappelant , au matin, les Tires et iBraiches douceurs dont ce moment a été la souroe, je me sens dans Famé un bonheur qui me £ùt çonceToir le Téritable amour comme un océan de sensations étemelles et toujours neuves où l'on se plonge avec décroissantes délices. Chaque jour, chaque parole , chaque caresse, chaque regard doit y ajouter le tribu de sa joie écoulée. Oui, les cœurs assex grands pour ne rien oublier, doivent vme à chaque battement , de toutes leurs licites passées, comme de toutes celles que promet l'avenir. Voilà ce que je rêvais autrefois , et ce n'est plus un rêve aujourd'hui! N'ai-je pas rencontré sur cette terre un ange qui m'en a fait connaître toutes les joies pour me récompenser peut*ôtre d'en avoir supporté toutes les douleurs! Ange du ciel , je te salue par un baiser.
Je t'envoie cette hymne échappée à mon cœur, je te la devais; mais elle te peindra difficilement ma reconnaissance et ces prières matinales que mon cœur adresse chaque jour à celle qui m'a dit Ibut l'évangile du cœur dans ce mot divin : — GaoYBs !
Comitieiit^ coBur chéri ^ plus d'obstacles! Nous serons libres d'être l'un à l'autre y chaque jour à chaque heure, chaque moment, toujours. Nous pourrons rester, pendant toutes les journées de notre Tie , heureux comme nous le sommes fîirtÎTcment en de rares instans ! Quoi ! nos sentimens si purs, si profonds , prendront les formes délicieuses des mille caresses que j'ai rêyées ! Ton petit pied se déchaussera pour moi! tu seras toute à moi ! Ge bonheur me tue, il m'aceable. Ma tète est trop faible, elle édate sous la violence de mes
pensées. Je pleure et je ris; j'extravague. Chaqae plaisir est comme une flèche ardente, il me perce et me brûle ! Mon imagination te fait passer devant mes yeux ravis, éblouis , sous les innombra blés et capricieuses figures qu'affecte la volupté. Enfin y toute notre vie est là ^ devant moi , avec ses torrens, ses repos, ses joies ; elle bouillonne^ elle s'étale, elle dort; puis elle se réveille jeune, fraiche. Je nous vois tous deux unis, marchant du même pas, vivant de la même pensée; toujours au cœur l'un de l'autre, nous comprenant, nous entendant comme l'écho reçoit et redit les sons à travers les espaces ! Peut-on vivre long-temps en dévorant ainsi sa vie à toute heure ? Ne mourronsnous pas dans le premier embrassement? Et que sera-ce donc , si déjà nos âmes se confondaient dans ce doux baiser du soir, qui nous enlevait nos forces ; ce baiser sans durée, dénouement de tous mes désirs, interprète impuissant de tant de prières échappées à mon ame pendant nos heiires de séparation , et cachées au fond de mon cœur comme des remords ! Moi qui revenais me coucher dans la haie pour entendre le bruit de tes pas quand tu retournais au château, je vais donc pouvoir t'admirer à mon aise, agissant, riant, jouant, causant, allant. Joie sans fin ! Tu ne sais pas tout ce que je sens de jouissances à te voir marcher , aller et venir! 11 faut être. homme pour éprouver
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ces aensations profondes. Chacun de tes mouTemens me donne pins de plaisir que n'en pent prendre une mère à voir son enfant joyeux ou endormi. Je t'aime de tous les amours ensemble. La grâce de ton moindre geste est toujours nouvelle pour moi. Il me semble que je passerais les nuits à respirer ton souffle, je voudrais me glisser dans tous les actes de ta vie, être la substance même de tes pensées ; je voudrais être toi-même. Enfin , je ne te quitterai donc plus! Aucun sentiment humain ne troublera plus notre amour, infini dans ses transformations et pur comme tout ce qui est un; notre amour vaste comme la mer, vaste comme le ciel ! Tu es à moi ! toute à moi! Je pourrai donc regarder au fond de tes yeux pour y deviner la chère ame qui s'y cache et s'y révèle tour à tour pour y épier tes désirs! Ma bien aimée, écoute certaines choses que je n'osais te dire encore, mais que je puis t'avouer aujourd'hui. Je sentais en moi je ne sais quelle pudeur d'ame qui s'opposait à l'entière expression de mes sentimens et je tâchais de les revêtir des formes de la pensée. Mais maintenant je voudrais mettre mon cœur à nu, te dire toute l'ardeur de mes rêves , te dévoiler la chaude ambition de mes sens irrités par la solitude où j'ai vécu , toujours enflammés par l'attente du bonheur , et réveillés par toi, par toi si douce de formes, si attrayante en tes manières !