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CHAPITRE IV

La chasteté dans la Compagnie

§ 1. U7i témoignage contemporain. — § 2. Les jnœurs de L'ancienne Compagnie.

Parmi les différents points concernant la vertu et la discipline religieuse, il n'en est pas un sur lequel les Constitutions se montrent plus laconiques et plus réservées que la chasteté. Nous imiterons cette réserve, et bien que nous ayons beaucoup à dire sur ce sujet, nous nous bornerons à reproduire ce que nous en apprennent d'autres écrivains qui ont traité la matière avec plus d'autorité qu'on n'en voudrait accorder à nos vues ou à nos assertions.

Avant tout voici ce que portent les Constitutions (1) :

Ce qui touche au vœu de chasteté n'a pas besoin d'éclaircissement : il est évident qu'elle doit être parfaitement gardée, et qu'il s'agit d'imiter par elle la pureté angélique, grâce à la netteté du corps et de l'esprit.

Telle est la règle. On ne saurait dire mieux ni plus, en aussi peu de paroles.

Quant aux moyens d'acquérir cette angélique pureté, les Constitutions ajoutent (2) :

(1) Consta, p. VI, c. I, n» 1.

Et quoniam quae ad votum Castitatis pertinent, interpretatione non ' indigent, cùm constet, quàm sit perfectè observanda, nempe enitendo Angelicam puritatem imitari et corporis, et mentis nostrae munditia...

(2) ConsL, p. III, c. I, no 4.

Omnes diligentissime curent portas sensuum suorum (oculorunr^ praecipuè, aurium, et linguse) ab omni inordinatione custodire ac se in pace, et vera humilitate interna conservare, et eam in silentio, cùm id

LA CHASTETÉ

Que tous veillent particulièrement à garder de tout désordre, avec beaucoup de diligence, les portes de leurs sens, spécialement les yeux, les oreilles et la langue ; qu'ils se maintiennent dans la paix et la vraie humilité de Tâme ; qu'ils en donnent l'exemple par leur silence, qu^nd il convient de le garder, et quand il faut parler, par la gravité et l'édification de leurs paroles, par la modestie du visage, par la maturité de la démarche, par toute leur attitude, sans aucune marque d'impatience ou^ d'orgueil.

Tel est le moyen général que recommandent les Constitutions pour préserver, conserver, fortifier la garde de la chasteté.

Ce moyen général se particularise grâce aux règles péciales de la modestie.

Ces règles ne sont pas à proprement parler de Saint gnace. Celui-ci, en certaine occasion, écrivit une espèce 'e règlement pour le bon ordre de la Maison. C'est de là qu'on a tiré quelques-unes de ces prescriptions, complétées plus tard, dont l'ensemble a reçu le nom de « Règles de la modestie, »

Elles sont excellentes, non seulement pour la garde des sens, mais encore pour ce qu'on appelle la bonne éducation, aussi bien morale et sociale que religieuse.

C'est de leur observation que découle la réputation de distinction dont louissent ordinairement les Pères de la Compagnie.

Deux empreintes indélébiles marquent en effet les adeptes de la Société; ce sont ces Règles de la modestie et les Exercices, ^Ceux-ci forment l'homme intérieur, celles-là l'extérieur de l'homme. Les deux se complètent mutuellement. Sans l'action des uns et des autres, le Jésuite ne s'explique pas.

Un témoignage contemporain.

Tout ceci ne concerne d'ailleurs que la règle et les Constitutions, c'est-à-dire l'idéal. Sur les réalités, voici

observandum est, cùm autem loquendum, in circumspectione et aedificatione verborum, et modestia vultùs, ac maturitate incessùs, motuumque omnium, sine ullo impatientise, aut superbiae signo exhibere.

LA LETTRE ET L'ESPRIT

les réflexions moins flatteuses d'un auteur moderne, qui connaît mieux que personne Tintérieur de la Société (1) :

Saint Ignace veut que la pureté de ses enfants « ressemble à celle des anges » ; et il a multiplié les prescriptions pour obte- nir ce résultat. Il a réussi largement et parmi les biens que nous ont légués les Pères de Tancienne Compagnie, il faut compter le renom de chasteté. Ceux même qui ont attaqué le relâchement de nos doctrines morales se sont tus sur notre vie. Les fautes qui ont pu se commettre pendant deux siècles, au milieu de tant de péripéties, sous tant de latitudes, dans des circonstances de climat, de races et de mœurs qui étaient un appel violent aux sens, ces fautes sont restées individuelles et n'ont point entaché le corps.

A tort ou à raison, nos ennemis nés, les Protestants, les Jansénistes et les Philosophes, nous ont accusés d'orgueil, de duplicité, d'intrigues auprès des grands, de désir effréné de domination, de mercantilisme et de cupidité ; les plus acharnés ont rarement attaqué notre chasteté. Le génie sombre et fier de Pascal, par exemple a dédaigné cette calomnie. Beaucoup de nos adversaires ont admiré l'austérité de notre vie, surtout l'innocence de la jeunesse dans nos scolasticats.

Il faut voir là, sans doute, un bienfait gratuit de Dieu, un privilège du Sacré-Cœur, une protection spéciale de la Vierge Immaculée, dont nos saints et nos docteurs ont toujours propagé le culte ; mais il faut y voir aussi une suite des mesures que Saint Ignace a prises pour préserver cette vertu et la rendre inattaquable.

Rappelons d'abord les règles de la modestie, formant autour du jeune religieux une seconde clôture, clôture invisible, ne laissant parvenir à son imagination et se fixer dans sa mémoire que de chastes et saintes images. C'est par les sens, en effet, et par les impressions reçues des objets dangereux, que la plupart des tentations troublent l'âme. L'isoler, c'est écarter du foyer de la concupiscence les éléments incendiaires.

A cette garde sévère et à cet isolement du jeune religieux, il faut ajouter les secours positifs qui lui viennent de la méditation, de l'examen particulier, des confessions et des communions fréquentes, d'un travail sans relâche qui le met aux prises avec les plus nobles et les plus passionnants problèmes de la philosophie naturelle, de la théologie, de l'histoire et de la littérature. Si cette longue réclusion est préjudiciable à certains égards, elle est très favorable à la chasteté.

Ce n'est que tard, vers la trente-cinquième année, lorsque les

(1) L'auteur du livre Les Jésuites par Un des leurs, p, 223.

LA CHASTETÉ

sens sont déjà refroidis, lorsque l'âme, au point culminant de sa maturité,* a pris tout son empire sur le corps, lorsque les vertus ont enfoncé dans Tâme de profondes racines, que le Jésuite esî précipité dans les ministères périlleux de la prédication, de la confession et de la direction.

Et même alors une prudence austère veille sur lui. Il lui faut une autorisation spéciale pour confesser les femmes, et surtout les religieuses ; ses séances au confessionnal et ses descentes au parloir sont surveillées ; le supérieur serait immédiatement averti si Ton remarquait la plus légère assiduité louche ou anormale. Telle est la règle.

Mais la grande sauvegarde du Jésuite, après la grâce de Dieu et sa bonne volonté personnelle, c'est le socius.

Aucun Père, quel que soit son âge, sa dignité, sa réputation de science ou de vertu, ne peut faire de visite, à une femme surtout, sans être accompagné par un autre membre de la Compagnie, choisi par le Supérieur. Pendant toute la visite, ce compagnon doit être placé de telle sorte qu'il ne puisse entendre, si r entretien doit être secret, comme une confession, mais qu'il puisse tout voir. Au retour, il rend compte au Supérieur de la manière dont les choses se sont passées et signale ce qui s'écarterait tant soit peu de la règle et de l'usage.

La présence du sociiis est à la fois un honneur, une consolation et une défense. Elle protège contre l'infirmité humaine celui qui fait la visite et celle qui la reçoit. Grâce à ce témoin, non seulement la tentation est évitée et le scandale prévenu, mais le soupçon même est rendu en quelque sorte impossible. C'est une mesure tout ensemble de dignité et de sécurité. Le Jésuite isolé n'est qu'un homme fragile ; le Jésuite accompagné est un religieux digne de respect, derrière lequel on devine la Compagnie et l'Eglise.

Malheureusement, là ne s'arrête pas notre auteur.

Après avoir rappelé ces principes, il observe que pour avoir né^li^é ces précautions, par suite des habitudes présentes du monde et des tentations plus fréquentes qu'occasionnent les mœurs nouvelles, la chasteté des Pères de la Compagnie (il s'agit de la France) a connu certaines défaillances qui ont beaucoup écorné la réputation dont ils jouissaient sur ce point, l/auteur s'effraie de ces faillites, mais il reconnaît que, fussent-elles malheureusement aussi graves qu'on le rapporte, elle n'entraînent pas celle de l'ancienne réputation. La couronne est un peu fripée, mais elle brille encore d'un bel éclat sur le front de la Compagnie (1).

(1) A noter toutefois que Mir a soin de ne pas insister sur le caractère spécial de ces chutes assez fréquentes, non seulement en France où elles

LA LETTRE ET L'ESPRIT

Les mœurs de V ancienne Compagnie

II n'en est pas moins vrai que cette antique réputation a elle-même quelque chose d'artificiel et de forcé. Dans la première comme dans la seconde période de la Compagnie, tout ce qui brille n'est pas or. Nous en trouverons l'indice dans les documents que nous publierons plus loin. Croire que tout dans le passé fut sain et pur, et que tout dans le présent a perdu de son éclat, est un préjugé invétéré en ce monde. Major e longinqiio, dit le poète : ce qui est loin de nous, nous apparaît meilleur et plus grand. Les vices présents nous affectent davantage que ceux d'autrefois, parce que nous les voyons de plus près. Les anciens, s'ils se sont préoccupés de nous faire connaître leurs vertus, ont veillé davantage encore à nous celer leurs vices. La nature humaine ne se hausse en aucun temps au-dessus d'elle-même. Elle est la même toujours, et vaut aujourd'hui autant qu'aux siècles que nous vantons si fort.

Il faut surtout tenir compte de ceci. C'est que la vigilance des Supérieurs fut toujours extrêmement attentive à ce que rien ne transpirât en dehors de la Compagnie de ce qui pourrait nuire à son renom, scandaliser les séculiers, diminuer l'efficacité des ministères ecclésiastiques qui lui étaient confiés. Aussi tinrent-ils cachées bien des choses, au risque de voir une trop bonne réputation ne plus correspondre que d'assez loin aux mérites.

Quel qu'ait été enfin le degré de moralité véritable et authentique auquel ait atteint la Compagnie à n'importe quelle époque, il faut reconnaître que l'efíort des Supérieurs a toujours tendu à maintenir, autant que la renommée, la réelle pureté de mœurs de la Société.

Et ils y étaient poussés, non seulement par la crainte

eurent leur épilogue en correctionnelle, mais encore, dès le xvi^ siècle, en^ Italie, au témoignage de Saint Charles Borromée. Et nous aurons l'occasion de reparler de l'étrange mimétisme qui, sous prétexte d'«. éducation de la pureté », entraîne aujourd'hui les Pères de la Compagnie à prêter officiellement la main au plan maçonnique d'initiation sexuelle qui, d'un bout à l'autre de l'Europe, vise à souiller dès l'école l'âms de l'enfant. — Note du traducteur.

LA CHASTETÉ

de Dieu, mais par Thonneur de l'Ordre : deux choses inséparables dans Tesprit des Jésuites. Même ils ont pu commettre, à force d'extrême rigueur là-dessus, des imprudences et des injustices. Ils ont traité en coupable tel innocent ; ils ont tenu pour pécheresse et déshonorée telle figure qui aurait dû demeurer sans tache, et vice versa ; mais c'est un abus inévitable pour l'humaine nature, et il est certain qu'en dépit de ces erreurs et de ces équivoques, toujours lamentables, la Compagnie a fait humainement tout ce qu'elle a pu pour maintenir intégralement le décorum religieux et la dignité du ministère sacerdotal. C'est une gloire que personne ne saurait lui contester.

D'autant que les Supérieurs avaient de qui tenir, au<vsî bien dans leurs méritoires sévérités que dans leurs méprises. Le fondateur de la Compagnie fut excessivement rigoureux en cette matière. Tous ses biographes sont unanimes là-dessus. Si insignifiante que fût la faute commise contre la vertu de pureté, il la réprimait implacablement. Et c'était pour lui une punition habituelle que de congédier quiconque s'était départi d'une stricte austérité, non seulement par une faute grave, mais encore par tout manquement qui aurait pu être considéré comme assez léger : car, dans tous les cas, il y avait atteinte à ses yeux à la modestie, à la gravité, à la bonne éducation religieuse.

Il semble même qu'il soit allé dans cette voie ^mqu'à outrepasser Içs limiles de la prudence chrétienne,, puisque, de son propre aveu, il usa et abusa de ce qu'il avait appris au tribunal de la Pénitence pour chasser de la Société ceux qui s'étaient accusés à lui, en confession, de Quelau'une de ces fautes (1). Une telle mesure abstraction faite de l'intention de Saint Ignace, ne saurait être que condamnable. Car ce qu'on entend en con™ fession, il est înterdii d'en tenir compte pour la conduite

(1) Memoriale P. Consalvii de Sancto Ignaiio dans les Monumeniœ Ignatiana, t. I, p. 331 et 332. Les jésuites modernes cherchent à excuser cet acte de Saint Ignace en disant qu'en son temps il ne manquait pas de théologiens pour justifier cette conduite. Nous reparlerons plus loir* de cette thèse.

LA LETTRE ET L'ESPRÏT

extérieure. Ainsi Texi^e la sainteté du sceau sacramentel, et sur ce point il n'est point d'accommodement possible.

Nous pourrions citer rci de nombreux exemples de cette sévérité du fondateur ; nous nous contenterons d'un épisode un peu à côté, mais qu'il nous paraît bon de noter, en raison de la forme assez extraordinaire sous laquelle il est parvenu jusqu'à nous.

Nous ne savons jusqu'à quel point cette relation sera du éoût de nos lecteurs. Elle pourra bien offusquer leur délicatesse, sinon morale, du moins esthétique. Mais n'importe ! On y voit à merveille et ce que nous entendons prouver ici et un aspect de la physionomie du Saint, dont la connaissance n'est pas inutile pour une exacte détermination tant de son idiosyncrasie spirituelle que de l'esprit de la Compagnie de Jésus (1) :

Le X... jour de mars 1556, notre père Maître Ignace de Loyola, Préposé Général de la Compagnie de Jésus, donna une pénitence à Jean Paul, Biscaïen, coadjuteur de la Compagnie, et à Mathieu, du Comté de Modène, coadjuteur de la même Compagnie, pour s'être jeté de Teau Tun à Tautre, par jeu, dans la cuisine. Cette pénitence consista en ce que tous les dimanches, à commencer par le dimanche des Rameaux jusqu'à celui de la Pentecôte, ils subiraient une pénitence publique en la manière suivante. Le jour même, qui fut, à ce quMl me semble, un mercredi, ils commenceraient cette pénitence au réfectoire et mangeraient à la petite table les mains attachées. Mathieu, qui avait jeté Teau à Jean Paul avec un vase de métal, mangerait dans ce même vase. L'un d'eux (Jean) ferait pendant ce temps la coulpe, et ensuite, au milieu du repas, prendrait une écuelle d'eau sale et la jetterait au visage de Mathieu, car c'est de l'eau sale que celui-ci avait jeté à la figure de Jean. Puis Matthieu jetterait à son tour de l'eau au visage de Jean, mais non pas sale, car celle que Jean avait lancée était propre. Et ensuite tous les dimanches jusqu'à la Pentecôte, comme je l'ai dit, ils mangeraient à l'écurie avec les mules,

(1) Mir emprunte ce récit au tome I des Monumenta Ignatiana, p. 579. — // semble avoir peu de chose à faire dans ce chapitre et sortir du. vérU table sujetm Est-ce, de la part de Mir, un reste de piété filiale à l'égard de la Compagnie ? Ou bien un regain de préjugé jésuitique sur le prétendu renom d' impeccabilité des bons Pères ? Ou simplement répugnance à remuer des images odieuses ? Il est certain que nous-mêmes éprouverions le même embarras à évoquer ici quelques cas plus ad rem ou à citer, par exemple, purement et simplement, les passages abominables d'une publication de /'Action Populaire de Reims ; Faut-il parler ? par Un Père db LA Compagnie de Jésus, qui fit scandale il y a quelques mois. — Note du traducteur.

LA CHASTETÉ

mais avant le repas, pendant que Tun prendrait la discipline, l'autre réciterait le Miserere mei Deus, puis viendrait le tour de l'autre de la même façon ; et ils s'en iraient enfin manger, les mains liées et le visage arrosé, dans la forme susdite.

Plus tard, Marc, lavandier, milanais, et Jean-Marie, lombard, pour des plaisanteries du même genre, firent la même pénitence.

Et pour ce, notre Père appela les deux premiers susdits, Mathieu et Jean Paul, et leur fit une réprimande telle qu'elle eût ému des pierres, laissant à leur choix de sortir de la Compagnie s'ils le voulaient : qu'il leur rendait toute liberté pour cela, rien que pour avoir fait cette farce ; et, que, si des personnes qui ont été dix ou douze ans en Religion donnent si peu d'édi» fication, on ne sait plus qu'espérer d'elles.

Et moi, Jean 'Paul, bolonais, j'ai été présent à toutes les choses susdites (1).

Nous clorons enfin ce chapitre, à la hâte, par ces réflexions dues à un historien fameux de la Société, le P. Jules-César Cordara, dans un Mémoire touchant les causes de Textinction de la Compagnie (2) :

Un autre aiguillon d'orgueil, plus subtil et plus raffiné, qu'il me semble avoir découvert chez les Pères de la Compagnie, c'est au sujet de leur chasteté, si intègre et si généralement vantée par le vulgaire. Je ne sais s'il ne faut pas dire que ce fut le motif principal qui irrita contre la Société la majesté de Dieu, jusqu'au point de vouloir la détruire. Car nos Pères tenaient en grande estime cette chasteté ; beaucoup s'en prévalaient ; si bien que, par elle, ils se croyaient différents et distants immensément de la foule des autres Religions.

Souvent j'ai entendu dire à certains que, sur les autres Ordres, couraient de bouche en bouche nombre de contes et d'historiettes scandaleuses, mais que rien de semblable ne se raconte sur la Compagnie; et, en le disant, envoyait trop que, non seulement ils le répétaient par vaine gloire, mais qu'ils

(1) Après tout, ces répressions assez répugnantes avaient peut-être été rendues nécessaires par la grossièreté native de la multitude des recrues levées trop vite par la Compagnie. Un peu plus tard, dans le roman de Scotti, Monarchia Solipsorum, on peut entrevoir ce qu'étaient devenues, faute de cette brutale fermeté, les mœurs du Jésuite à table et dans le monde, — Note du traducteur.

(2) Ce Mémoire a été publié par DôUinger, Beitrâge zur Politischen Kirchlichen und Cultur- Geschichte, t. II.

LA LETTRE ET L'ESPRIT

prenaient de là occasion pour s'élever au-dessus des autres religieux et les regarder comme la honte de Thumanité.

Ils ne réfléchissaient pas que cet orgueil de la chasteté est une pure vanité devant Dieu, si elle n'est unie à la charité, et que TEvangile appelle folles les vierges qui n'ont pas entretenu leur lampe d'huile de cette même vertu. Ils ne tenaient pas compte que, devant Dieu, l'humilité est meilleure et plus précieuse que la chasteté.

On ne saurait dénier à ces paroles de Jules-César Cordara leur sage à-propos (1).

(1) Ce qui n'empêchait pas le même P. Cardara de rimer, dans ^' le même sens que ses vaniteux confrères, des sonnets injurieux où sont diffamées tour à tour toutes les familles religieuses {Cf. Ernesto Rutili, La soppressione dei Gesuiti nel 1773 nei versi inediti di uno di essi,BiLYCHNis, Rome, septembre 1914). On voit défiler dans ces « poésies » presque intraduisibles, à force de grossièreté, il sozzo ignorante Gappucino, il merdosello Scolopio, etc. sans parler du buon Maurino, q li, apprenant la chute de la Compagnie, s'écrie : Viva il santo ainore 1 Et, il pio Teresino :

Più fortuna farem colle signore !

On comprend d'ailleurs que l'autocratique esprit des Supérieurs, qui foulèrent si vite aux pieds la pauvreté, ait veillé avec beaucoup plus de soin, pour le bien de la Compagnie, sur une certaine sévérité de mœurs qui leur garde en mains leurs sujets. Cela n'empêche pas tel Père d'hériter trop souvent des veuves ou le P. Girard de courir l'aventure avec La Cadière . Quant au socius, ce fut presque toujours une apparence, et c'est devenu de plus en plus un mythe. — Note du traducteur.

l'obéissance

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