CHAPITRE II
Les constitutions.
Leur développement intérieur.
§ L Evolution de la discipline quant aux personnes. — - § 2. Changements introduits quant aux choses. — § 3 Variations à l'égard de V Eglise et du Pape.
C'est une idée éénéralement admise, parmi les écrivains de la Compagnie, que le livre des Constitutions, pris dans le sens de l'ensemble des principes, avis et ordonnances qui le composent — l'Institut, comme ils l'appellent — fut conçu tout d'une pièce dans le cerveau de Saint Ignace ou plutôt, qu'il lui fut suggéré et inspiré d'En-Haut par révélation surnaturelle. Et nous avons montré déjà combien cette conception était erronée; mais, au risque de quelques redites, il peut être utile de creuser un peu plus cette démonstration, grâce à certains textes plus explicites.
Il serait seulement trop long de reprendre la discussion à propos de chacun des points de l'Institut; nous reviendrons seulement sur les principaux. Et nous verrons à nouveau, par là, comment ni Saint Ignace ne fut inspiré de Dieu, ni même ne conçut d'un seul jet son système, mais comment il dut passer par toutes les vicissitudes ordinaires dans les choses humaines: essais, réformes, variations, etc.
Evolution de la discipline quant aux personnes.
Dans VExamen général^ chapitre IV, n° 1, on lit :
L'intention des premiers qui entrèrent dans cette Compagnie fut qu'on y reçût des personnes déjà détachées du monde et déterminées à servir Dieu totalement, soit dans une Religion soit dans une autre ; et conformément à cette vue, tous ceux qui prétendent faire partie de la Compagnie, avant de commencer à vivre en n'importe quelle maison ou Collège de son obédience, doivent distribuer tous les biens temporels qu'ils possèdent et renoncer à disposer de ceux qu'ils espèrent.
D'après quoi, les nouveaux Jésuites devaient tous être des hommes déjà dééaéés des vanités du siècle, détachés de tout, qui, renonçant à leurs biens présents et futurs, eussent résolu de servir Dieu dans une parfaite et absolue pauvreté. Ce que ne peuvent faire que des personnes d'âge mûr, jouissant d'une certaine expérience de la vie, capables par conséquent de s'y résoudre en toute connaissance de cause, sur un chapitre aussi délicat; tels, en un mot, que furent eux-mêmes les fondateurs de la Compaénie. ^
Mais de pareilles recrues n'abondent pas en ce monde. Aussi, de deux choses l'une : ou les afïiliés seraient en très petit nombre, ou seraient modifiées les conditions d'admission. La première hypothèse déplaisait aux premiers Pères, désireux de voir s'accroître rapidement leur Institut. Aussi optèrent-ils pour la seconde. Ce que déclare, dans les Constitutions, IV® partie, le préambule de la Déclaration A.
Comme les sujets éprouvés et instruits se rencontrent moins en comparaison des autres, et que, de ce petit nombre, par surcroît, la plupart désirent se reposer plutôt de leurs travaux passés, nous avons éprouvé quelle grande difficulté c'était pour la Compagnie de s'agréger de pareils gens, formés et doctes, en raison tant des grands travaux que de la très grande abnégation exigée d'eux.
C'est pourquoi il nous a paru bon à tous, par désir de conserver et d'augmenter la Compagnie, de prendre une autre voie
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C'est à savoir d'admettre des enfants qui, par leurs bonnes mœurs et leurs talents, donnassent espoir de pouvoir être formés exactement à la vertu et à la science pour travailler à la vigne du Christ Notre Seigneur et d'ouvrir à cet effet des Collèges aux conditions marquéés par la Bulle.
Grâce à cette modification de la pensée primitive, on crut avoir résolu la difficulté. Solution très naturelle ! 11 est assez étrange qu'elle n'ait pas été envisagée d^abord par les fondateurs. En fait, cependant, non seulement il n'en fut pas ainsi; mais, quand Tun d'entre eux la proposa d'abord, les autres lui opposèrent une grave résistance.
A ce sujet, le P. Gonzalez de la Cámara demanda une fois à Saint Ignace :
— Qui donc a inventé les Collèges ?
Et Saint Ignace lui répondit ï
— C'est Lainez qui le premier en a parlé. Nous avions rencontré des difïicultés au sujet de la pauvreté; et ainsi l'un proposait un remède, l'autre un autre (1).
Cependant la difficulté qu'opposaient certains Pères à cette admission des jeunes gens dans les Collèges était eille-même assez raisonnable : car cette conception contredisait absolument leur préoccupation première et altérait de telle sorte leur idéal de pauvreté que le remède le réduisait à néant.
Effectivement, une fois. admis l'existence des Collèges etr- leur administration par les Pères de la Compagnie, ceux-ci y trouvaient du même coup le vivre, le couvert et le reste, au grave détriment de la stricte pauvreté à laquelle ils s'étaient astreints.
Saint Ignace avait écrit là-dessus (2) :
Etre le Supérieur à la fois de gens pourvus de revenus et ^voir le maniement de ces biens, et de gens qui n'ont rien et recevoir de la Maison certaines choses nécessaires pour soimême ou pour la Compagnie, il semble que cela ne convienne pas.
Nous avons vu si, plus tard, cela devait convenir ! Et ici, avant de passer outre, il convient de faire une remarque.
(1) Memoriale P. Consalvii de S. Ignaiio, n» 138. Monumenta Ignatiana, Menés guaría, t. ï, 220. , '
(2) Appendice XVII aux Constitutions.
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En thèse générale, ce qu'ils avaient déjà vu et expérimenté par eux-mêmes, la vie qu'ils avaient menée tant à Paris qu'au cours de leurs pérégrinations à travers l'Italie : voilà ce que les premiers Pères avaient fait profession de pratiquer le reste de leur vie, avec l'approbation du Souverain Pontife, en fondant leur Institut. Et voilà ce qu'ils eussent voulu que pratiquassent ceux qu'ils s'adjoindraient. Ce point de vue, tout indiqué, doit donc rester le nôtre pendant tout le temps que nous, étudierons le développement de l'Institut, surtout tant que vécut l'initiateur. Saint Ignace.
Or, une fois modifiée la conception de la Compagnie quant au personnel constituant et à l'âée d'admission, on ne tarda guère à altérer ce qui concernait même les recrues d'un âge plus mûr, déjà ordonnés prêtres, en raison du médiocre attrait qu'ils éprouvaient à pratiquer une pauvreté rigoureuse et d'autres obligations plutôt sévères, d'après les premiers statuts de la Compagnie.
Aussi, en dehors des profès proprement dits, fut-il décidé de créer une section ou classe de sujets, qui ne seraient pas tenus à une pareille rigueur. Ce furent les Coadjuteurs spirituels, ainsi appelés comme étant les aides ou auxiliaires des Profès. Et cette espèce de religieux, qui commença d'apparaître presque dès le début de l'Institut, fut approuvée par la Bulle de Paul III, en 1546.
Enfin, les différentes catégories, introduites peu à peu entre les membres de la Compagnie, se multiplièrent encore; car outre les Etudiants et les Coadjiffeurs, on vit apparaître jusqu'à neuf degrés, selon l'opportunité ou les besoins. Ce qui montre assez combien l'Institut, loln^ d'avoir été forgé d'une pièce ou révélé en bloc au fondateur, fut au contraire, quant aux personnes, une œuvre de tâtonnement et d'adaptation perpétuelle.
Changements introduits quant aux choses.
En ce qui touche aux choses, l'altération fut encore plus grande et d'une importance plus évidente. Touchant l'admission dans la Compagnie, la première
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pensée des fondateurs avait été de soumettre les postulants à un noviciat d'un an, qui serait consacré aux Exercices, aux pèlerinages, au service des hôpitaux, selon l'exemple donné par les premiers Pères eux-mêmes. Un peu plus tard, avant le noviciat proprement dit, furent introduits trois mois d'épreuves préalables. Puis la durée du noviciat fut portée à deux ans, en y comptant six mois d'exercices préalable^, bientôt réduits derechef à un trimestre. Enfin on imposa une probation préliminaire de dix ou douze jours; et d'autres modifications encore s'introduisirent, qui montrent assez le vaéue, l'indécision, l'incertitude avec laquelle la Compagnie naissante procéda à ces diverses mises au point.
En même temps, des retouches sérieuses altéraient profondément jusqu'à la conception primitive de l'Institut.
La formule soumise à Paul III disait :
Quiconque prétendra être inscrit dans notre Compagnie, devra se persuader qu'il fait partie d'une Société fondée prin- •cipalement pour aider les âmes en la vie et la doctrine chrétienne pour la propagation de la foi par le moyen de la prédication publique et du ministère de la parole de Dieu, grâce aux exer- •cices spirituels et aux œuvres de charité, et particulièrement en enseignant aux enfants et aux ignorants les éléments de la doctrine chrétienne et en entendant les confessions des fidèles.
Et plus loin :
Qu'*ils tiennent pour très spécialement recommandé l'enseignement aux enfants et aux ignorants de la doctrine chrétienne, des c ix commandements et autres semblables rudiments.
Conclusion :
Il est grandement nécessaire que le Préposé et ceux qui forment son Conseil veillent diligemment sur ce point.
Car il y aurait péril à ce que les plus doctes se dispensassent de cet emploi à première vue moins brillant, alors qu'il n'en est point qui soit plus profitable pour le prochain en ce qui touche
à rédification ni pour les Nôtres concernant la pratique de leurs devoirs de charité et d'humilité.
Pour éviter ce <c péril », il fut même proposé, dan& Tune des premières délibérations que tinrent les Pères, qu'ils s'obligeassent par vœu, sous peine de péché mortel, à cet enseignement du catéchisme; et nous avons déjà dit plusieurs fois comment, dès 1541, à la proposition d'Ignace et de Coduri, il fallut faire machine en arrière et apporter toutes sortes d'atténuations au règlement primitif.
Depuis lors, comme il était naturel, on varia encore^ beaucoup là-dessus; et il ne manqua pas de Jésuites pour imaginer qu'ils s'acquittaient tant bien que mal de Toblîgation à eux imposée par leur vœu et par la Bulle, grâce au ministère général de la prédication ou de l'enseignement. Mais Saint Ignace, au dire du P. Polanco dans sa Chronique (1), avait précisément décidé :
En ce qui touche à renseignement de la doctrine chrétienne durant quarante jours, ne satisfont pas à Tobligation contractée à ce sujet ceux qui ont prêché quarante sermons, s'ils n'ont pas employée une partie de leur prédication à expliquer la doctrine chrétienne.
Il remarque cependant :
11 n'est pas nécessaire ^de faire cela tous les ans, mais une fois et non davantage, selon la coutume de la Compagnie et l'obligation de la profession, à 'moins [que lé [Supérieur n'en ordonne autrement.
. Ce qui, à dire vrai, était réduire à bien peu de chose une des obligations principales que les Pères avaient cru et voulu s'imposer d'abord à perpétuité.
On le voit donc : très rapidement les contradictions furent nombreuses et graves dans l'esprit des fondateurs. Les enfants et les pauvres n'ont pas retenu longtemps la prédilection qui d'abord leur avait été vouée. D'autre» idées, d'autres personnes, d'autres occupations ont prévalu, même sur cet article de la prédication; et le P. Louis de la Cámara confirme en ces termes cette évolution (2) :
(1) Dicta et f acta Sancti Ignatii a Ribadeneira, n° 77, p. 436. Monument ta Ignatiana, Séries quarta, t. 1.
(2) Chronicon, t. III, n» 814.
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Notre Père tenait la main à ce que les personnalités en vue de la Compagnie ne prêchassent point, à moins d'avoir un bon auditoire assuré, afin de conserver leur crédit et leur autorité. Gela, après que la Compagnie commença à être connue et estimée : car, au début, les premiers Péí-es prêchaient et enseignaient, sans presque personne pour les écouter.
Ce texte est très remarquable; maïs celui que nous lisons dans les Constitutions ne Test pas moins (1) :
Les personnalités de la Compagnie seront communément des lettrés qui aient la faveur des Princes, des grands ou des peuples.
Ces paroles se passent de commentaire.
Ce qui touche au vœu de pauvreté est plus érave en* core.
Parce que nous avons éprouvé que cette vie est plus agréable, plus pure, plus apte à édifier le prochain, qu'elle est plus à Tabri de toute contagion d'avarice, qu'elle se rapproche davantage de la pauvreté évangélique ; et parce que nous savons que le Christ Notre Seigneur sait pourvoir aux choses nécessaires pour la nourriture et le vêtement de ceux de ses serviteurs qui cherchent seulement le royaume des cieux ; tous et chacun d'entre eux feront vœu de perpétuelle pauvreté, déclarant que non seulement en privé et en particulier, mais en général et en commun, ils ne pourront acquérir aucun droit civil à aucune espèce de biens-fonds, profits ou rentes pour l'entretien et l'usage de la Compagnie, mais qu'ils se contenteront uniquement de l'usage de ce qui leur sera donné pour se procurer le nécessaire à la vie.
D'après la teneur de cet article, la pauvreté devait être par eux pratiquée au degré absolu, héroïque, sans réserve ni atténuation. Mais nous avons vu ce qu'il était advenu, et nous nous contenterons d'enregistrer ici ce que Saint Ignace a écrit de sa propre main à ce sujet dans un document de tous points remarquable.
(1) Consta p. VIII, c. I, n° I, décl. A.
Sunt et alise rationes, qualis est, quod ùt plurimùm litterari erunt, et gratiâapud Principes et primarios Viros, ac populos non parum valebunt
LES CONSTITUTIONS
Saint lénace y discute, nous l'avons dit, les avantages et désavantages de la pauvreté soit absolue soit relative.
Et voici ce qu'il pense de la forme la plus rigoureuse embrassée d'abord : •
pauvreté, qui ne compte sur aucun revenu régulier, est plus parfaite que celle qui s'appuie en partie ou totalement sur des rentes. C'est celle que Notre Seigneur a choisie poúr luimême. Il en a donné le précepte et l'exemple à ses Apôtres et à ses disciples de prédilection, en les envoyant prêcher son Evangile. En l'élisant tous dix, nemine discrepante^ nous prenons pour chef le même Jésus notre Créateur et Seigneiu*, et nous nous rangeons sous sa bannière, pour prêcher et exhorter selon notre profession. C'est sur notre demande conforme qu'a été obtenue la Bulle ; et par la suite, en attendant son expédition, durant toute une année, nous avons persévéré dans ce même sentiment, et c'est ainsi qu'elle a été confirmée par Sa Sainteté (1). .
Le texte ne saurait être plus explicite. La pauvreté, que le Pape a sanctionnée, dont les premiers Pères ont fait profession, c'est la pauvreté absolue. Ils l'avaient pratiquée jusqu'alors et s'en étaient trouvés fort bien. C'est elle qu'ils avaient dessein d'embrasser à jamais, confiants dans la divine Providence qui n'abandonne jamais, de leur propre aveu, ses serviteurs.
Mais les jours passent; bientôt ce rigoureux dénuement leur apparaît impraticable. Ils se rangent à une ligne de conduite fort mitigée, et c'est en ce sens qu'ils font enfin, de leur propre chef, leur profession définitive et solennelle le 22 avril 1541.
Et Saint Ignace consigne aussi, dans le document cidessus, les raisons qui les y ont poussés, notamment la huir tième, à savoir :
Après que deux de la Compagnie (évidemment Ignace é Coduri) eurent examiné ce sujet, tous les autres l'approuvèrent.
Ce n'est plus la même pauvreté qu'autrefois, mais qu'importe ? Saint Ignace est formel en ce sens nouveau comme en l'autre.
C'est vraiment un des revirements les plus extraordi-
(1) Voir à V Appendice XVII des Constitutions hispano-latines, sous le titre : Cómodos y razones para no tener cosa alguna de renta u? 11. 12, 13 et 14.
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naires qu'on puisse imaginer; mais ce qui suit est encore plus étrange.
Car, parmi les annotations qu'amassèrent Ignace et Coduri, touchant l'exécution de la Bulle, pour les soumettre ensuite à leurs compagnons, on trouve au n° 12 la curieuse indication suivante :
Au sujet de certains chapitres particuliers, les profès feront a promesse de ;n'y plus rien changer dorénavant, comme au ujet de la pauvreté, des messes, etc..
Une note au texte nous avertit d'ailleurs que ceci est une admonition et non un commandement : paroles qui ont été ajoutées on ne sait par qui, des PP. Ignace ou Jean Coduri ou de leurs compagnons.
Ainsi les profès auraient dû s'engager à ne plus rien changer désormais en ces matières, soit par une promesse, soit même par un vœu spécial. Et ce sont les deux rapporteurs eux-m.êmes, qui, après avoir poussé aux altérations précédentes, proposent de s'en tenir strictement pour l'avenir aux changements acquis. Déconcertante contradiction !
L' admonition ne tarda pas du reste à se changer en ordre exprès.
Nous lisons dans les Contitutions (1) :
La pauvreté, en tant que ferme rempart de la religion, doit être aimée et conservée dans sa pureté autant qu*il sera possible avec la grâce divine. Et comme l'ennemi du genre Iiumain a coutume de s'efforcer à abattre cette défense et ce rempart que Dieu Notre Seigneur a inspiré aux Ordres religieux d'élever contre lui et contre les autres ennemis de leur perfection, en altérant ce qui a été établi par les premiers fondateurs grâce à
(l)Cons/i7^ p. VI, c. II, n«"l.
''tPaupertas, 'ùt"mufus Religionis firmus, diligenda^et in sua puritate conservanda est, quantum Divina gratiâ "aspirante - fieri portent. Et quia humanae naturse hostis ad hoc propugnaculum, ac refugium debilitandum (quod Deus Dominus Noster Religionibus inspiravit contra illum, aliosque Religiosae perfectionis adversarios) eniti solet, ea; quse à primis Fundatoribus bene ordinata fuerant, immutando per declaiationes, vel innovationes, primo illorum spiritui minimè consent an eas; ut, quod in Nobis situm fuerit, hac parte Societati prospiciamus ; quicumque in ea Professionem emiserint, se ad innovationem Gonstitutionum, in iis quse ad Paupertatem pertinent, nihil facturos promittant ; nisi a}iquo modo pro rerum occurrentium ratior e, eam in Domino magis restringen dam judicarent.
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des déclarations ou á des innovations non conformes à leur premier esprit, afin d'y pourvoir en tout ce qui sera de nous, tous ceux qui feront profession en cette Compagnie promettront de ne rien toucher à ce qui concerne la pauvreté dans les Constitutions ^ sinon d'une certaine manière, selon les occurrences, in Domino, afin de la rendre plus rigoureuse.
Les Profès, pour' obéir à cette Constitution, après les vœux solennels ordinaires, promettent donc :
A Dieu, devant la Vierge Marie et toute la Cour céleste, que jamais ils ne coopéreront ni ne consentiront d'aucune manière à ce qu'il soit changé quoi que ce soit à ce qu'ordonnent les Constitutions touchant la pauvreté, sinon dans le cas où, pour de justes causes, ils estimeraient devoir la rendre plus étroite.
Et de génération en génération, des milliers et des milliers de Jésuites ont pris depuis lors cet engagement. Comment ils l'ont rempli, par exemple, c'est une autre affaire. Il serait odieux d'y insister. Le fait, le fait acquis de manière évidente à l'histoire, c'est que plus a vécu la Compagnie, plus s'est renouvelée par conséquent cette promesse austère, et plus le résultat en apparaît médiocre et discrédité, plus les richesses s'accumulent au sein de la Société. A la tin de la première période de son existence, elle possède des biens immenses. Les Supérieurs euxmêmes s'en plaignent avec épouvante, mais ne font rien pour remédier à ce scandale. Nous l'avons montré au chapitre sur la « Pauvreté ».
Et nous pourrions, sur bien d'autres points, signaler des modifications du même genre, tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre. Qu'il nous sufïise de rappeler encore une fois que le principe général, sur lequel repose l'Institut, a été entendu lui-même dans les sens les plus divers et devait, par une conséquence fatale, conduire aux applications les plus contradictoires. .
Quiconque, dit la formule, prétend entrer dans la Compagnie.., doit s'efforcer d'avoir sans cesse devant les yeux en premiei
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lieu Dieu, ensuite ce plan de vie, qui est un certain chemin pour arriver à Lui.
Or, ceux qui ont écrit ces paroles, et ceux qui furent chargés plus tard de les pratiquer, les ont interprêtées de la façon la plus disparate :
Nos lois, dit le P. Jean de Mariana (1), procédèrent moins de la spéculation que de la pratique, source féconde en erreurs et en aveuglements.
Et il a raison.
Les législateurs avaient vécu d'abord d'une certaine façon et en avaient constaté les fruits excellents. C'est làdessus qu'ils élaborèrent leurs règles. Puis le temps passe. Avec lui changent les personnes et les circonstances ; la loi portée pour certaines conjonctures ne convient plus aux nouvelles : le seul remède est de la changer. La Compagnie, du reste, comme l'observe encore Mariana, avait pris une voie bien extraordinaire :
Elle se tenait entièrement à part des coutumes, règles, cérémonies, et jusque du vocabulaire dont se servaient toutes les autres Religions.
Rien de surprenant par conséquent si les fondateurs parfois s'y perdirent, rebroussèrent à chaque instant chemin pour trouver une route enfin plus unie et plus sûre.
Le F. Ribadeneirn nous dit que Saint Ignace, quand il n'y voyait pas bien clair, s'en remettait très facilement à l'avis des autres, mais que, quand il avait trouvé la lumière, rien ne pouvait l'en détourner (2). Toutefois l'impitoyable réalité l'a fait changer souvent d'avis, ainsi que nous l'avons vu.
Lui-même a dû confesser ces perpétuels retours de pensée.
Le P. Gonzalez de la Cámara en témoigne (3) :
Un autre jour, le Père, me parlant de lui-même, me dit qu'à son avis, il ne saurait y avoir de pire erreur en fait de spiritualité que de vouloir gouverner les autres hommes d'après soimême, faisant allusion aux longues oraisons qu'il'faisait.
(1) De las cosas de la Compañía, c. I, n° 6,
(2) De actis S. Ignatii a Rihadeneira, p. 84.
(3) Memoriale P. Consalvii de Sio Jgnaiio, p. 256.
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11 ajouta (1) que sur cent hommes, qui se livrent à de longues oraisons, le plus grand nombre, et je ne me souviens plus s'il^ ne précisa pas quatre-vingt-dix sur cent, n'aboutissaient qu'à de fâcheux résultats ; principalement, observait-il, à irause de leur dureté d'entendement.
Le F. Gonzalez de la Cámara note encore ailleurs (2) :
Souvent, je lui ai entendu dire que sur cent personnes qui s'adonnent davantage à l'oraison, quatre-vingt-dix s'illusionnent. Et de ceci je me souviens très clairement, quoique je doute s'il a précisé 90 ou 99.
Au surplus, que Saint Ignace se soit ou non trompé, au cours de ces appréciations successives, il importe peu à l'objet principal dont nous traitons ici. Le plus clair, ce sur quoi nous ne saurions trop insister, ce sont les variations considérables qu'a subies la rédaction de l'Institut avant et après son établissement officiel. Que chacun interprète à son gré ces changements évidents : c'est une sorte d'énigme historique et psychologique. Il nous suffit de constater ici le fait éclatant qu'établissent toutes les données documentaires.
Et si ces variations en elles-mêmes sont significatives, il est une constatation plus grave encore. C'est la claire intervention, pour tous ces changements, d'une volonté directrice et constante, qui interprète à son gré la loi ou la règle déjà établie, qui l'applique quand et comme il lui plaît, qui modifie, rejette ou reprend Tarïicle en cause selon son jugement individuel, même à l'égard des plus sérieux engagements contractés devant Dieu et devant l'Eglise.
Cette volonté rare, étrangère au pouvoir constitutif de l'Eglise, entièrement nouvelle en matière de législation monastico-religieuse, apparaît pour la première fois dans cette déclaration souvent citée, mais que nous tenons à rappeler sans cesse, comme étant le document le plus important à connaître pour bien comprendre l'histoire intérieure de la Compagnie de Jésus :
(1) Dicta et facta S. Ignatii a Ribadeneira, p. 62.
(2) Memoriale P. Consalvii de Sto Ignatio, 196.
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Item : Nous voulons que la bulle soit réformée, id es4 en laissant, ajoutant, confirmant ou modifiant, sur les points y inclus, selon qu'il nous paraîtra mieux ; et c'est sous ces conditions que nous voulons et entendons faire vœu d'observer la Bulle. Iñigo, Paschasius broet, Salmeron> Lainez, Glaudius Jajus, Jo. Goduri.
Cette volonté libre, souveraine, indépendante, qui domina Tesprit des premiers fondateurs de l'Institut et leur permit de tailler et de rogner à leur fantaisie dans un document pontifical, continua de régner par la suite et de les inspirer durant toute la laborieuse mise au point des Constitutions. Et même, après que celles-ci eurent été approuvées par la première Congrégation générale et par les suivantes, cet esprit n'a cessé de présider à leur interprétation et à leur mise en pratique.
C'est une chose avérée, dit Mariana, que peu d'hommes se gouvernent par prévoyance, la plupart obéissant à la pure nécessité.
Cette nécessité, pour trancher net, a été pas à pas la suprême inspiratrice de tout l'Institut. Et Mariana le confirme encore :
Tous les profès devaient être convoqués aux Assemblée provinciales ; de graves inconvénients s'y découvrirent ; on changea d'avis. De même, les profès n'étaient pas soumis à l'obéissance envers les Recteurs non profès ; aussi les profès commencèrent à n'être plus aussi pacifiques ni le Recteur aussi respecté : on fut contraint d'altérer cette Constitution. En troisième lieu, les Recteurs devaient être des Goadjuteurs spirituels ; mais on vit à l'épreuve que les hommes doctes supportaient mal d'être gouvernés par les incultes ; la coutume contraire a donc transformé entièrement ce point. Quatrièmement, les coadjuteurs temporels, d'après l'Institut, devaient porter l'habit séculier ; ils s'ameutèrent à rencontre ; vu leur nombre, force fut de céder.De sorte que tout ce que nous avons vu changer à l'Institut^ et ce n'est pas peu de chose, l'a été pour n'avoir pu faire autrement, et non par prévoyance.
Et Mariana aurait pu citer bien d'autres exemples de Constitutions tombées en désuétude, prises à rebours, retournées de fond en comble, selon les besoins.
On se demande par conséquent comment les écrivains de la Compagnie ont pu, en présence de cet éclatant démenti des faits, proclamer que l'Institut était éclos, de
LES CONSTITUTIONS
premier coup, de tous points parfait, intangible, inviolable ?
Un auteur moderne dit à ce propos (1) :
L'Institut coulé en bronze, d'un seul jet, par Saint Ignace de Loyola, son unique législateur, comme son unique fondateur ; rinstitutjiils parfait d'un père parfait, subsistant sans altération, sans transformation, sans modification possibles, sans déviation surtout, Eglise dans TEglise, .^.Eglise idéale ,sans ri de ni [tache, incapable d'erreur comme de décadence^ ne reconnaissant qu'un chef, Ignace « associé par Dieu le Père à son Fils bien aimé » : telle est la Compagnie de Jésus au regard de ses fils et de ses adeptes.
Combien cette légende est loin de la vérité ! Combien la réalité diiïère de ces inventions ! Nous pensons Tavoir suffisamment démontré.
Variations à V égard de V Eglise et du Pape.
Le développement intérieur de l'Institut, à ce point de vue. est assez caractéristique; mais ce qui touche à ses rapports avec l'extérieur n'est pas moins extraordinaire.
Il est- notoire, en effet, que les Instituts religieux n'ont pas une vie propre absolument indépendante. Ils font partie intégrante du corps de l'Eglise. C'est l'Eglise qui les crée, qui leur fournit leurs éléments constitutifs, qui les maintient et les conserve dans leur être spécifique et particulier. Ils vivent de la sève que leur dispense l'Eglise; c'est d'elle qu'ils reçoivent leur investiture et le feu intérieur qui les anime. Ils sont liés à elle par mille obligations, non pas occultes, mais claires, manifestes, qui se révèlent par leurs œuvres publiques, extérieures.
Sous quelle forme se sont manifestées ces obligations dans le nouvel Institut ? Comment se sont-elles accomplies, développées, soit dans ses Constitutions, soit au cours de son histoire ?'Quelques mots suffiront là-dessus.
Les Constitutions parlent peu de l'Eglise. Son nom y paraît quatre ou cinq.fois, pas davantage. Dans VExamen,
(1) Hermann Muller, Les Originesjle Ld^Compagnie, p. 209.
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chapitre II, n° 1, il est parlé de « TautorUé et prévoyance ûe notre Sainte Mère Église y>-
La Déclaration du Préambule général dit :
Le but des Constitutions est d'aider le corps entier de la Compagnie et chacun de ses membres à se conserver et à croître, à la gloire de Dieu et pour le bien de TEglise universelle.
On compte enfin deux ou trois autres passages, oià il «st encore question de l'Eglise; ils sont de peu d'importance.
Mais le plus frappant, c'est de voir les endroits où h mention de l'Eglise s'imposait, et qui passent plus (.>u moins son autorité sous silence.
Tel, par exemple, ce texte de VExamen, chapitre lil, nMl :
On lui demandera (à celui qui désire être reçu dans la Compagnie) s'il professe ou a professé certaines opinions ou théories différentes de celles que soutiennent l'Eglise et les Docteurs approuvés d'elle ; et s'il est prêt, quand il en aura été ainsi, à accepter ce que l'on décidera dans la Compagnie qu'on doive penser à cet égard.
Ces lignes sont à considérer de près.
D'après elles, voici donc un chrétien professant des opinions différentes de celles qui sont communément reçues dans rEglis€ et enseignées par les Docteurs qu'elle avoue. Et il s'agit seulement de savoir s'il s'en remet là-dessus à l'arbitrage de la Compagnie. Si oui, qu'on l'admette; si non, et qu'il rejette l'autorité de l'Institut, qu'on récarte.
Même critérium doctrinal à l'égard des Facultés». Les Constitutions décident, p. IV, ch. V, n° 4 :
La doctrine que chaque Faculté doit suivre sera la plus sûre et la plus approuvée, ainsi que les auteurs qui l'enseignent. Les Recteurs y veilleront, en se conformant à ce qui a été arrêté universellement dans la Compagnie, à la plus grande gloire de Dieu (1).
Telle est la règle; et il n'échappera à 'personne qu'on n'y a omis de mentionner que le principal, c'est à savoir
(1) Consta., p. IV, c. V, n° 4.
Sequantur in quavis facúltate securiorem et magis approbatam doctrinam, et eos auctores, qui eam 3ocent ; cujus reí penès Rectorem (qui, quod statuetur in universa Societate ad majorem Dei gloriam,secuturus «st) cura sit.
l'autorité doctrinale de TEélise. La prétérition n*est pas nééliéeable.
De c( l'autorité et providence de notre Sainte Mère Eglise », quant à sa juridiction, à sa hiérarchie, aux relations entre elle et la Compagnie, nous pourrions au surplus traiter longuement. L'histoire de cette Société n*est qu'un interminable tissu de contestations contre l'autorité épiscopale et même contre les Papes.
Au sujet des évêques, qu'il nous suffise de rappeler pour l'instant les noms de Palafox. au Mexique, et de Cárdenas, à Buenos-Aires.
Il n'y a rien par contre dans l'Institut, en ce qui touche à ses relations avec le dehors, sur lequel il insiste davantage que sur l'autorité du Souverain Pontife ou du Saint- Siège. Nous en dirons donc un mot. Mais qu'on nous permette de reproduire auparavant un texte qui nous a toujours paru bien surprenant.
La Déclaration B, du numéro 11 de la X® Partie des Constitutions dit :
Qu'on se ménage principa.lement la bienveillance du Siège apostolique, que la Compagnie a pour mission spéciale de servir.
Mais passons.
La dévotion au Saint-Siège comprend trois grands devoirs : le premier est celui de l'obéissance au Souverain Pontife comme chef universel de l'Eglise; le second, la soumission à son égard comme Supérieur général de tous les Ordres religieux; le troisième, l'attachement et le dévouement à sa personne, principalement de la part de ceux qui se sont faits volontairement et particulièrement ses sujets, comme les Pères de la Compagnie,
Nous aurons à voir, dans la seconde partie de cet ouvrage, si telle a bien été l'attitude des Jésuites à l'égard du Saint-Siège èn matière de doctrine, par exemple au sujet des rites chinois, du probabilisme, etc..
En matière de juridiction, c'est pire encore. Nous verrons qu'en Espagne au temps de Ferdinand VI, il y eut parmi les Jésuites, des régaliefis furieux, comme le P. François Rabago, qui n'était pas un homme de rien, mais un jésuite du plus grand poids dans sa Compagnie.
DÉVELOPPEMENT INTERIEUR
En France, sous Louis XIV, ils eurent des gallicans récalcitrants. L'âme du gallicanisme, ce fut le P. de la Chaise et ses compagnons, Ferrier et Maimbourg, au point que le Roi en personne dut résister à leurs suggestions.
En Autriche, en Italie, en Pologne, même aventure.
En général, le pouvoir civil a exercé sur les Jésuites une influence fascinatrice et les a eus pour complices de ses pires excès, Il n'y a pas en histoire de vérité plus triste, mais plus indéniable.
Quant au respect de l'autorité du Pape comme approbateur des Ordres religieux et leur Supérieur né, nous avons vu ce que la Compagnie en a fait dès les premiers jours de son existence, recevant sa Bulle d'institution sous bénéfice d'inventaire, remaniant à son bon plaisir la formule que le Pape avait homologuée.
N'insistons plus.
Un mot seulement sur les fameuses missions que les Pères faisaient vœu, tout particulièrement, d'accepter du Saint Père, en quelque pays qu'il les envoyât et quelques ordres qu'ils reçussent de lui, sans hésitation ni murmure.
Ce vœu était l'une des bases de l'Institut. Par lui, les Jésuites prétendaient se distinguer de tous les autres Ordres religieux. Il faisait d'eux une sorte d'avant-garde ou de Garde impériale dans le sein de l'Eglise. Ils s'en prévalurent pour obtenir d'innombrables privilèges. Ils s'exemptèrent à sa faveur de la prière en commun, base de toute vie religieuse.
Mais ce vœu, comme tout ce qui touche à la Compagnie, ils prétendirent vite l'interpréter à leur manière. Tout d'abord, ils le restreignirent aux profès. Il fut convenu ensuite qu'aucun d'eux n'aurait aiïaire directement au Souverain Pontife, mais que toute négociation à cette fin se traiterait uniquement entre le Pape et le Général. Finalement les Constitutions (1) décidèrent :
Non seulement le Préposé général pourra rappeler les Jésuites envoyés en mission par son prédécesseur ou par lui-même ;
(1) Consta., p. IX, III, n° 9, decl. G.
Non solùm misses per prsecedentem Prœpositum. vel^per seipsum, sed etiam per Summum" Pontiffcem, nuUo tempoîe definito, potest revocare*; ùt in Litteris Apostolicis gratiarum, anno quadragesimo nono, per Paulum Tertium, nostrum santtum Patrem, nobis concessarum continetur.
LES CONSTITUTIONS
mais même ceux qu'aura nommés, sans aucune détermination de temps, le Souverain Pontife, comme l'accorde la Bulle de grâces concédée en 49 par Notre Saint Père Paul III.
On voit par là quel rôle de premier plan garde le Préposé Général, dans une affaire à première vue réservée au Pape seul ; et le fonctionnement de cette belle vocation aux missions apparaît très distinctement tout autre qu'il aurait pu sembler d'abord.
Nous savons du reste comment les choses se passaient dans la pratique ; et un fragment de lettre du P. Nadal nous renseigne assez à ce sujet (1) :
Je ne sais s'il faut attribuer à la négligence du Araoz de n'avoir pas négocié au sujet de ce voyage du Prince en Angleterre avec autant de succès qu'avec Ruy-Gomez. Des théologiens séculiers et même deux ou trois Frères accompagnent le Prince, et personne de la Compagnie n'a été convié, à moins que le Prince n'ait demandé quelqu'un à Votre Paternité ou au Pape. Le D'' Araoz m'a dit qu'on n'avait pas fait appel à lui, parce qu'on ne savait à quel titre l'emmener, et qu'on n'avait encore rien trouvé au moment où le Prince était sur le point de partii". Il a semblé au P. François et à moi que ce serait un discrédit pour la Compagnie en Espagne, qu'on n'eût pas recours à elle pour ce voyage. J'ai donc dit au P. François qu'au cours d'une conversation avec le Prince, si l'occasion se présentait d'en parler, il le fît avec adresse ; .et il l'a fait. Et depuis le Prince a dit qu'il avait l'intention de s'adresser d'Angleterre à la Compagnie, et il avait dit la même chose auparavant à Doña Léonore Mascareñas.
Cette Lettre du P. Nadal à Saint Ignace est du 14 mai 1554, et le document est significatif. On y voit que cette mission en Angleterre que désiraient tant les Jésuites, ne s'offrait pas à eux toute seule. Et si la gloire de Dieu y était intéressée, la gloire humaine et le désir d'y figurer ÂU. même titre que les autres Ordres n'étaient pas absents de leurs préoccupations. Misères humaines !
Mais il suffit.
Le lecteur a pu voir suffisamment comment l'Institut, même dans la pensée de Saint Ignace, était venu au jour, non d'un seul jet, mais par une perpétuelle et profonde évolution. Tout s'y est transformé peu à peu. Seul demeure l'esprit qui dès le début l'anima.
(1) Epist. P. Nadal, t. I, p. 262.
CARACTERES SPÉCIFIQUES