CHAPITRE SIXIÈME
Depuis trente ans on avait fait espérer aux Latins le droit (le cité*. La première proposition remonte à Tannée 175, elle est du consul .M. Fulvius Flaccus; C. Sempronius Gracchus la renouvelle dans son second Iribunat en 122. Les propositions n'étaient pas devenues des lois, mais de fait les Lalins avaient obtenu beaucoup; un certain nombre jouissaient, dans des conditions déterminées, du droit de suffrage, et même, invités tantùt par le peuple, tantôt parles optimales, les Latins avaient parfois voté en masse dans les comices. Tout récemment encore, Saturninus avait fait passer la loi agraire avec le concours des Latins. Aussi, malgré les défenses contenues dans la loi Claudia de 177, dans la loi Junia de 126, et dans Tédit consulaire de 122, un grand nombre de Latins étaient venus se fixer à Rome, et, qu'ils en eussent le droit, ou non, se considéraient comme citoyens. Les villes latines, toujours plus pauvres, souffraient beaucoup de cette émigration vers Rome; elle ne songèrent pas à Tarrêter, ni à demander le retour de leurs enfants; elles crurent que leur situation serait du jour au lendemain améliorée, si elles obtenaient leur assimilation complète avec Rome ; des hommes d'État très avisés avaient, du reste, proclamé la nécessité de cette assimilation. Or les villes latines n'avaient pas même été mises en possession du droit d'appel *, que le sénat leur avait laissé espérer (rogatio livia de 122). On comprend l'émotion que dut causer dans les villes de l'Italie la loi qui ruinait leurs espérances entretenues jus-
•, App., 6. c, 1, 34.
•) Diod., 37. 18.
que-là, la loi qui paraissait trancher définitivement la question dans un sens contraire aux intérêts et à l'attente des Latins.
Les consuls de 95, Licinius Crassus et Q. Mucius Scévola, profitèrent du calme relatif qui régna cette année* pour régler, d'accord avec le sénat, la question du droit de cité; il rappelèrent d'une part ce qu'était le droit de cité à Rome, ce qu'il serait dans les villes de lltalie, ils firent une loi générale dont l'esprit était défavorable aux alliés. La loi Licinia mucia de civibtts [in jus civitatis suae) redigtmdis* , était sans doute plus modérée que la loi Claudia et la loi Junia : elle ne chassait pas de Rome les alliés qui s'y étaient mis en po'^session du droit de cité'; elle maintenait pour les Italiens les moyens légaux d'arriver à la possession du dit droit*. Voici le point sur lequel la loi devenait exclusive et révoltante pour les alliés : elle interdisait de la manière la plus absolue à tout individu citoyen d'une ville italiote d'usurper le moindre des privilèges du citoyen romain ■; jamais il ne devait essayer de donner le change sur son titre de citoyen, c'était un titre dont la valeur ne dépassait pas l'enceinte de la ville*. Les consuls firent une enquête sérieuse, et tous ceux qui avaient profité de leur titre local de citoyen pour se faire admettre dans la grande cité romaine"', furent renvoyés dans leurs villes'.
Parlant des auteurs de la loi, Cicéron déclare qu'ils étaient les hommes d'État les plus éclairés et les plus cap6d)les'. En effet ce sont les plus célèbres de l'époque. D'abord Crassus; il était devenu populaire de bonne heure en accusant C. Papirius Carbo qui avait passé dans le parti des optimates, et en défendant rétablissement de la colonie Narbo Martius; depuis son tribunal de 107, il avait mis sa merveilleuse éloquence au
^*) Obseq.,50.
*) Schol. Bob., p. 296., Cic., Corn, fr , i, 10, p. 935. Halm. Ascon., p. 67.
') Cic, deOff.,3, 11, /|7.
♦) Cic.,Ba/6.,24, 54.
*) Cic.,(ieO/f.. 3, 11, 47.
•) Ascon., p. 67.
") Cic, JBa/A./2l, 48,
«) Cic, Brut , 10, 63. Schol. Bob., p. 296. ») Cic, Corn, fr., 1, 10: Cf. de Off., 3, 17, 47.
servic<î du sénat, mais il avait plutôt combattu les chevaliers que le peuple. Il s'était rapproché de ce dernier pendant son édilité *, il put arriver dès lors à la préture, à l'augurât* et au consulat; son éclatante réputation était due non seulement à son talent d'orateur, mais aussi à son honnêteté'; on le plaçait à côté du prince du sénat, M. i^milius Scaurus*. Scévola était fils du consul de 133, il était devenu tribun un an après Crassus, avait été édile et préteur en même temps*; après sa préture*, il avait été proconsul en Asie'; il avait été sévère, surtout à l'égard des chevaliers, dont il avait gêné les exactions financières*. Il était depuis longtemps pontife', passait pour le plus savant jurisconsulte de son temps ^°; personne ne pouvait mettre en doute son respect pour la loi et pour la justice''.
Ces deux illustres personnages durent avoir des raisons sérieuses pour faire une loi qui non seulement fut inutile, mais amena les plus funestes résultats'*; on peut en effet la considérer comme la principale cause de la guerre sociale qui commença quatre ans plus tard**. Voici ces raisons : d'abord les partisans d'un gouvernement sage et régulier ne pouvaient admettre que les votes de la majorité romaine fussent toujours altérés par les votes des Italiens admis illégalement dans les comices**; dWtre part ils répugnaient h Tidée de partager le droit de cité avec les Latins et avec les alliés. Ils étaient
*) Cic, de 0/f., 2, 16, 57. In Verr. accusât,, 4, 59, 133. de Or., 3, 24, 02.
«) Cic, de Or., 1,10,39.
•) Val. Max., 8, 5,3.
•) Cic, Bru/., 43, 161.
•) Diod., 37. 6. Ps. Asoon., p. 122. Cf. Ascon., p. 15.
^) Liy.,ep., 70.
*.i Val. Max., 8, 15, 6. Cic. In Veir. accusât., 2, 10, 27. 20,51. Ps. Ascon. , p. 122.210. Cic, adAtt.,6, 1, 15.
•) Ascon., p. 14.
»o) Dig., 1,2, 2, 40. Cic, Brut., 39, 145 et seq. de Or., 1, 39, 180. Vell., 2.9. Quint., 12,3, 9.
") Cic,Lœ/., 1,1. deO/f..3. 15, 62. de Nat. deo., 3, 32, 80.
«2) Cic, Corn, fr., 1. 10.
««) Ascon., p. 67. Cf. Sali., Hist. /V-., 1, 15 D.
H) Cic, <ieCh-.,2, 64, 257.
persuadés d'ailleurs que si on reconnaissait par une loi les droits usurpés depuis longtemps, on ébranlait, dans ses dispositions essentielles, la constitution de TLtat; or, quelle imprudence de porter la main sur la constitution, même pour l'harmoniser avec la grande extension qu'avait prise Te mpire! C'était détruire l'équilibre qui existait entre les partis et préparer des agitations sans fin. Nous comprenons donc qu'ils aient espéré sauver rÉlat en revenant aune application sévère et intelligente de la constitution. Nous ne pouvons pas leur reprocher d'avoir manqué de clairvoyance, nous devons les féliciter de leur modération à Tégard des Latins et des Italiotes qui habitaient Rome; nous devons même regretter que la logique des faits ait été plus puissante que leur politique, et que leur loi, irréprochable en elle-même, n'ait pu empêcher la révolution.
La loi Licinia Mucia produisit un eiïet immédiat : le tribunat, déjà contenu par la loi CœciliaDidia, fut réduit au silence'* Il y eut dans Rome une courte période de paix intérieure ; on ne peut mieux la comparer qu'au calme précédtmt la tempèto.
Riennenousfait mieuxsaisirles causesqui amenèrent l'orage dans la cité romaine, que l'étude des procès célèbres plaides pendant ces dernières années. Tout le monde comprit que l'organisation des tribunaux criminels, réglée par la loi sempronia judiciaria, et les lois particulières sur les qttœstiones perpetuœ^ était défectueuse et ne pouvait être maintenue'. En 94, P. Sulpicius Rufus accuse C. Norbanus. P. Rufus était un jeune homme qui avait mis son brillant talent au service des optimales; C. Norbanus était le tribun de 104, qui avait proposé et fait accepter la loi qui établissait un tribunal exceptionnel pour juger Q. Servilius Caepio (le premier de ce nom). Norbanus avait ainsi porté un coup sensible au parti des nobles. P. Rufus lui reprocha de n'avoir pas tenu compte de l'intercession tribunitienne, d'avoir attenté à la majesté du peuple romain, dans le sens déterminé parla loi Appuleia rendue depuis et sur laquelle reposait l'accusation', en employant
*) Cf., Obseq., 52.
•) Cic, de Off., 2, 14, 49. de Or., 2, 21, 89. Appui., de Mng., 00
>) Cic, de Or., 2, 25, 107. 49, 201.
IV, 6j ROME PENDANT LA GUERRE SOCIALE 105
la violence. Norbanusne pouvait nier*. Il trouva un défenseur dans le parti même des optimales. Ce défenseur fut M. Antoine, qui l'emportait sur Crassus pour l'éloquence judiciaire. Peul-on savoir le motif qui le décida à défendre C. Norbanus? C. Norbanus avait été questeur pendant la préture de M. Antoine'; or entre le questeur et son supérieur existait un lien d'amitié qui était religieusement respecté. C'était là, on ne peut le contester, un fait désastreux pour les nobles. La défense fut admirablement présentée, bien que M. Antonius ne put guère trouver de raisons sérieuses' pour soutenir un client dont la culpabilité fut établie par des dépositions accablantes, celle de Scaurus entre autres \ C. Norbanus n'en fut pas moins acquitté. L'acquittement n'aurait certainement pas été prononcé, si le tribunal n'avait pas été composé de chevaliers. Ces derniers se rappelèrent que C. Norbanus avait été l'ennemi de Q. Servilius Ciepio, l'ancien consul qui avait proposé de partager les fonctions judiciaires entre les chevaliers et les sénateurs*.
Nous venons de voir l'abîme se creuser entre les optimales et les chevaliers ; voici un autre procès qui peut être considéré comme le pendant du premier, et montre mieux encore Topposition qui règne entre les deux castes. C'est le procès de P. Rutilius Rufus, un homme âgé qui avait été tribun des soldats sous Scipion devant Numance^; lieutenant de Metellus Numidicus en Numidie", il avait échoué aux élections pour le consulat en 116, mais avait été élu en 105; il avait d'éclatants services militaires", sa probité était incontestée, il était l'un des hommes les plus instruits de son temps^ Ami de Q. Mucius Scévola, il l'avait accompagné en Asie *^ en qualité de
•) Cic, de Or., 2, 25, 107. 28, 124. 47, 197. 49, 201. •) Cic, de Or., 2, 48, 198. 49, 200. 50, 202.
») Cf. Cic, de Or., 2, 39, 164. 40, 167. 48. 199 et seq. Part., or., 30, *; Ctc, de Or., 2, 50, 203. Val. Max., 8. r>, 2. «) Cic, de Or., 2, 48, 199.
•j Cic.,deEep., 1, 11, 17. App., 16, 88. ') Sali., Jug., 50. 52. 86.
•; Val. Max., 2, 3, 2. Cf. Gran. Licin., p. 21, Bonn. *) Cic, de Off., 3, 2. 10. de Or., 1, 53, 227. Brut., 30, 114. ««»; Diod., 37, 6. Liv., ep„ 70. Cf. Ps. Asc, p. 122.
106 LA DISSOLUTION DE LA RfePUBLlQUE [IV, 6
lieutenant; quand, neuf mois après*, Q. Scévola quitta l'Asie pour venir briguer le consulat, P. Rufus conserva pendant longtemps l'administration deTAsîe avec le titre de lieutenant {legatus proconsiile*). A l'exemple de Q. Scévola , il rompit avec les traditions administratives invétérées dans les provinces'; il défendit les provinciaux contre les exactions des fermiers de Timpôt*. Il s'attira ainsi, comme Scévola*, la haine des chevaliers qui se vengèrent en le faisant accuser; un certain Apicius^, dont la réputation était mauvaise, attaqua ses habitudes de luxe, en vertu de la loi Servilia repetundarum. Convaincu de son innocence, P. Rufus dédaigna les moyens ordinaires de défense, refusa de prendre des habits de deuir, et ne voulut pas se faire défendre par les avocats en renom', Crassus ou Antoine*. Il n'autorisa que deux personnes à parler pour lui*% son neveu, le jeune C. Aurelius Cotta**, et Scévola qui avait été son proconsul en Asie. Et cependant cet homme d'une honnêteté inattaquïAle**, ce vir non sœciili sut sed omnis e^vi optimus^'^ fut condamné par les chevaliers, qui se savaient soutenus par Marins**, ennemi personnel de P. Bufus. Condamné à une simple amende *^ P. Rufus s'exila**, et ne voulut jamais rentrer dans Rome, malgré les sollicitations dont il fut l'objet de la part de Sylla*'.
') Cic, ad Attic, 5, 17, 5.
«) Cf. Dig., 1, 2,2, 40.
») Cic, In Verr. accus,, 3, 41, 94.
*) Diod.,37, 6^. Liv.,ep., 70. Dio C, fr. 97, 1 B. Ps. Ascon., p. 122.
=) Cic, Plane, 13, 33.
•) Alhen.,4, 168 E.
') Val. Max., 6, 4, 4.
^) Cic, de Or., 1, 53,227.
•) Cic, Brut., 30.
«0) Cf. Cic, ad Attic, 12, 20. 2.
«>) Cic, B^i^, 30, 115. de Or., 1,53,229.
«2) Cf. Cic. Font., 13,28. Pis., 39,95. Rab. Posl., 10,27. Sen., ep., 79, 14. Alhen., 6, 274 C.
«3) Vell., 2, 13.
«*) Dio C.,fr.,97. 2 B.
«5) DioCfr., 97. 2 8.
*fi) Liv.,cp.,70. Val, Max., 2, 10, 5. Oros., 5, 17. Cxc, de Nat. deor,, 3, 32, 80.
*7) Quint., 11, 12. Val. Max., 6, 4, 4. Sen., de Pror.,1, 3, 7. de Benef.^ 6, 37. ep., 24, 4. Ovid., ex Pont., 1, 3, 63.
Il dovînt citoyen de Smyrae et ne voulut plus quitter cette ville».
Après une telle condamnation les sénateurs ne pouvaient plus avoir la moindre confiance dans la justice de tribunaux inféodés à un parti'; les principes sur lesquels reposait TÉtal étaient ébranlés'; le sénat dès lors n'eut plus qu'une pensée : enlever aux chevaliers les places do juges*. Une pareille réforme allait provoquer la révolution, que Ton croyait avoir écartée par la loi Licinia Mucia; elle fut d'autant plus violenle que Ton essaya en même temps de résoudre la question des alliés dans un sens favorable à leurs intérêts, et d'opérer la réforme judiciaire. Le sénat commit la faute énorme de laisser proposer les deux réformes par le même tribun. Maintenant que Ton était décidé à changer la constitution, il fallait au moins suivre un ordre; par exemple, reconnaître le droit de cité aux alliés, charger les censeurs d'organiser les nouveaux comices, puis, à ce moment seulement, mettre en avant le plan de réforme judiciaire. Mais il est probable qu'on avait encore confiance dans Teffet produit par la loi Licinia Mucia, et d'ailleurs, il n'est pas absolument certain qu'en procédant ainsi on eût pu enrayer la révolution. Ce qui est certain, c'est que les censeurs augmentèrent encore le mécontentement par la manière dont ils s*acquittèrent de la répartition des citoyens en classes et en centuries.
Les censeurs de 92 furent L. Licinius Crassus et Gn. Domitius Ahenobarbus. Le dernier avait été tribun en 104; on se rappelle qu'il avait fait donner au peuple le droit d'intervenir dans les élections sacerdotales ; il était grand pontife depuis 103, en 96 il avait été consul ; il avait conservé les mœurs des precniers temps, mais aussi la roideur des anciens Romains', il n'avait rien du réformateur. Crassus comprenait bien ce qail y avait d'illusoire dans la prétendue souveraineté exercée
*) Qc, Balb,, 11, 28. Brut., 22, 85. de Rep., 1, 8, 13. Suet., Gramm., 6. Tac., Afin., 4, 43. Cf. Plut., Pomp,, 37. *J Cic, Scaiir., 1, 2. Âpud. Ascon., p. 21. ') Cic, Brut., 30, 115.
') VeU.. 2, 13. Flor., 3, 17.
^) Suet., iVer., 2.
par les citoyens de Rome * ; mais il était lié par sa collaboration à la loi Licinia Mucia, il n'admettait pas d'ailleurs que Ton put faire subir à TÉtat une transformation radicale; puis, sll avait de grands talents oratoires, ses mœurs laissaient à désirer. Pendant son consulat, poussé uniquement par la vanité, il avait fait quelques expéditions dans les Alpes pour obtenir un triomphe*. Ses titres étaient si peu sérieux que son collègue et ami, Q.Mucius Scévola, n'osa pas laisser passer le senatus-consulte qui lui accordait le triomphe tant désiré'. Nommé censeur, il entra en lutte avec son collègue ; Cn. Aheuobarbus lui reprocha^ son luxe, les colonnes de marbre de son palais*, il lui reprocha aussi d'avoir pleuréja mort d'une belle murène®. Crassus se défendit en prononçant un discours rempli de saillies spirituelles\ Le seul édit que nous connaissions de ces censeurs est un édit dirigé contre les professeurs latins de rhétorique'*; il visait surtout L. Plotius Gallus' et Aurelius Opimius'°. On les trouvait bien inférieurs pour l'étendue des connaissances aux rhéteurs grecs. Ces derniers, proscrits en 101, avaient bientôt reparu. Crassus leur reprochait surtout de former des écoles où Ton n'enseignait que rimpudence**. Les censeurs gardèrent leurs fonctions, malgré leur rivalité, jusqu'à la fm du lustre, il est même probable qu'ils furent réélus trois ans plus tard.
M. Livius Drusus fut le tribun choisi par les optimales pour tenter la réforme judiciaire; il était fils de ce L. Drusus qui avait rendu de si grands services aux nobles pendant la lutte contre C. Gracchus, et qui était moit censeur, collègue de
J) Cic, de Or., 1, 24, 112. Val. Max., 4, 5, 4.
«) Cic, deinv.y 2, 37, 111.
•») Cic, Pis., 26, 62. Ascon., p. 14.
*) Cic, de Or., 2, 56, 227. 230.
-) Val. Max., 9, 1, 4. Flin., n. h., 17, 1 ; cf. 36, 3, 7.
«) Macrob., Sat., 3, 15, 4 = 2, 11, 4. Ail, llisl. an., 8, 4. Plut . fk> rap. ex inim. ut., 5. deSoU. anim., 23. Prœc. poL, 14.
") Cic, Brut., 44, 162. 164. de Oi\, 2, 11, 45. Suet., Ner., 2.
») Gell., 15, 11, 2. Suet., Hhet., 1.
•) Suet., Rh., 2. Hierony., p. 139. Schône. Scliol. Bob., p. 357. Sen., Ojutr., 2, p. 116 Bo. Ouinl., J. 5, 42.
*0) Suet., Gramm., 6.
H) Cic, de Or., 3, 24, 93 et seq. Tac, Dinl., 35.
M. ^Smilius Scaurus. La noblesse l'avait choisi parce qu'il appartenait à une famille riche et noble, connue par sa générosité*, et aussi parce qu'il avait de grands talents. Rien à reprendre dans sa conduite, ses mœurs étaient pures*, son éloquence était grave et austère ^ Il avait fait preuve de grandes qualités pendant sa queslure et son édilité*, il avait été nommé pontife '. On ne craignait pas de le voir^s'engager dans la voie des agitations démagogiques, il avait donné des gages de ses sentiments en poursuivant Saturninus^. Cependant il avait formé depuis longtemps le projet, projet tout personnel, de donner le droit de cité aux alliés \ Pondant son tribunat, il reçut de fréquentes députations dltaliotes', et se fit renseigner sur tous les projets des alliés*. M. Drusus paraît avoir eu aussi cette illusion, que si Ton réussissait à faire disparaître les causes de division entre le sénat, les chevaliers et le peuple*", tous seraient d'accord pour permettre Tentrée de la cité aux habitants de Tltalie. En tous cas, Drusus voulait défendre les intérêts de la noblesse, mais la noblesse ne voulait se servir de lui que comme d'un instrument pour abattre les chevaliers".
Nous allons essayer de reconstituer, dans leur ordre chronologique, les actes du tribunat de M. Livius Drusus.
Il proposa**, probablement d'accord avec le sénat*^, une lex de coloniis deducendisy et une lex judiciaria,
«) Diod., 37, 14. Dio C. fr., 96 B. Cic, Arch., 3, 6.
«) Vell., 2, 14. Plut., Frxc. poLy 4. Plin., n. h., 33, 11, 141.
») Cic, de Off., 1, 30, 108. Vell., 2, 13. Diod., 37, 15. Plut., Cat. min, y 1.
*) Aur. Vict., Vir. ilL, 66.
«: Cic, de Dom.y 46, 120. I. L. A., p. 279.
*) Cic, Rab. perd.^ 7, 21.
") App., b. c. 1, 35.
•) Val. Max., 3, 1, 2. Plut., Cat, min., 2. Aur. Vict., Vir. ilL, 80; cf. Cic,Fam., 16, 22.
») Aur. Vicl., Fir.i//., 66
iO) App., 6. c, 1, 35.
t«) Livo ep., 70. 71. Cic, de Or., 1, 7, 24. Mil., 7, 16. |Vell., 2, 13. 14. Ascon., p. 68. Schol. Bob., p. 282. 356. Flor., 3, 17. Sali., de Rep. ord., 2,6.
«2; App., 6. C, I, 35.
«3) Flor., 3, 17. Liv., ep., 70. Sali., de Rep. ord., 2, 6.
Par la première, il demanda rétablissement en Italie et en Sicile des colonies qui avaient été décrétées depuis longtemps *, il reprit donc la proposition de son père présentée en 122 pour faire échec à C. Gracchus. Que voulait le tribun? d*abord gagner la sympathie des citoyens pour rendre possible le succès de ses autres réformes, ensuite diminuer le nombre des prolétaires à Rome, afin d'établir un peu plus d'ordre et faciliter l'action gouvernementale de la noblesse.
La loi judiciaire proposait une transaction entre le sénat et les chevaliers. L. Drusus supprimait l'article premier de la loi Sempronia, comme Caîpion avait déjà voulu le faire en 106, mais Livius proposait ensuite de réorganiser le sénat et les tribunaux criminels : trois cents chevaliers devaient entrer dans le sénat qui serait doublé, et, parmi les six cents sénateurs on choisirait les juges ; la loi établisait ensuite la responsabilité des juges; on pourrait les poursuivre, chacun en particulier, pour corruption ; la loi devait demander aussi pour ces sortes de jugements rétablissement d'une qusestio perpetua*.
Comptant sur Tappui du sénat^ Livius était persuadé que SOS propositions passeraient facilement; il n'en fut pas ainsi. La loi sur les colonies était plus facile à proposer qu'à exécuter; la loi de 111 avait considérablement diminué Tager publicus, il était devenu impossible de trouver des terres pour fonder plusieurs colonies sur différents points à la fois; pour cela il aurait fallu, ou bien aliéner Tager campanus, ou faire acheter des terres par TÉtat, ou supprimer la loi de 111. Aucun de ces moyens n'eût suffi à lui seul, il fallait les employer tous les trois ensemble. Alors on était obligé de demander au trésor des sommes considérables, et en même temps on touchait aux intérêts des riches : pour défendre ces intérêts, quelques sénateurs se décidèrent à faire opposition*. A leur tète se plaça L. Marcius Philippus^ qui avait proposé une loi
*) App., 6. c, 1, 35.
«) App., 6. c, i, 35. Cf. Liv , *'p., 70. 71. Vell., 2, 13. Aur. Vict., VtV. ///., 66. Cic, Cluait.,bà. Rab, post., 7, 16. 3) App., b, c, 1, 36.
*) Cic, de Or., l,7,2i.
IV, 6J ROME PENDANT LA GUERRE SOCIALE Hl
agraire quand il était tribun; il était alors consul*; pendant son tribunat il avait reconnu que la tentative faite par Livius, pour l'établissement des colonies, était irréalisable.
La loi judiciaire avait froissé d'autres susceptibilités; les sénateurs avaient espéré reprendre toutes les places de juges, cl voilà qu'on leur proposait de partager leur dignité sénatoriale avec trois cents chevaliers. Les chevaliers de leur côté craignaient que la réforme ne fût une simple mesure transitoire pour leur enlever les tribunaux. De plus il faudrait choisir les trois cents nouveaux sénateurs parmi les chevaliers, qui étaient très nombreux; il y aurait des difficultés et des ambitions froissées. Enfin les chevaliers étaient surtout blessés de la disposition qui les rendait responsables de leurs jugements, en permettant les poursuites pour corruption*. Sans doute les p«»ursuitesde ce genre étaient déjà autorisées par la loi Sempromane quis judicio circiimveniatur^ mais jusqu'ici elles avaient été sans effet, en vertu de TinQuence des chevaliers et des lenteursdc lajuridiction populaire : les chevaliers considéraient donc leur irresponsabilité comme un droit acquis. Ils disaient ♦^ncore, c'était leur meilleur argument, que la loi Sempronia dont nous venons de parler, avait été faite avant la loi Sem- |»ronia judiciaria^ donc elle avait été faite contre les sénateurs et non contre les chevaliers qui n'étaient pas encore juges. Les défenseurs des chevaliers faisaient valoir cette considération, que les membres de leur ordre, pour avoir leur indépendance et leur sécurité, avaient renoncé aux honneurs et aux dangers de la carrière sénatoriale. D'ailleurs le droit de poursuivre un juge pour corruption avait été inscrit dans la loi Sempronia parce que cette loi était une loi faite contre les sénateurs et la noblesse, que cette disposition répondait bien à l'esprit général de la loi, et qu'elle serait encore excellente si les juges étaient de nouveau choisis pao^mi les sénateurs. Mais alors si Ton voulait rendre aussi les chevaliers responsables, il fallait leur rendre, du moins aux plus anciens de Tordre, la faculté d'arriver aux fonctions réservées aux
*} Il avait échoué ea 94. Cic, Btul.y 45, 166. Mur., 17, 36. «; App., 6. c, I, 35. Cf. Aur. Vict., Vir. ilL, 66.
sénateurs*. Cicéron cite parmi les avocats des chevaliers C. Flavius Pusio, Cn. Titinius, C. Cilnius Maecenas; leur chef au sénat fut Q. Servilius Caepio*. Questeur il avait déjà combattu la loi frumenlaire de Saturninus. Son opposition fut d'autant plus redoutable qu*il avait été Tami de Livius^ et qu'il était beaucoup plus osé et plus effronté que ce dernier*.
Cependant Livius n'avait pas perdu tout espoir. Il avait pour lui le prince du sénat, M. iEmilius Scaurus^ L. Licinius Crassus*, l'augure Q. Mucius Scévola, M. Antonius^ Q Lutatius Catulus*, et, parmi les jeunes, C. Aurelius Cotla et P. Sulpicius Rufus®. On discuta, on se querella au sujet de ces deux lois, jusqu'à l'époque des jeux romains {ludi romani) '", c'est-àdire jusqu'en septembre. Livius n'avait pu obtenir que ses lois fussent soumises au vote de l'assemblée [concilium plehis) ; L. Philippus et les tribuns avaient probablement fait opposition (au moyen de Vobnuntiatio et de Vtritercessio), et Livius était trop scrupuleux et trop timide pour passer outre. On lutta dans les assemblées; on rapporte qu'un jour Livius fit emprisonner le consul Philippus qui l'avait interrompu^ sous prétexte qu'il y avait eu violence *\ Ce qui n'empêcha pas Livius de pousser la loyauté jusqu'à prévenir le consul d'un projet formé par les Latins pour attentera sa vie**. On ne tint pas compte au tribun de sa générosité; elle fournit même à
«) Cic, Cluent,, 56. Rab, p'^ç^, 7.
\; Cic, Brut., 62, 223, d^iJorn., A6y 120. Flor., 3, 17. Aur. Vict., ViV. ///., 66. Cépion s'était aussi prononcé contre les alliés; le grand orateur d*Asculum, P. Betucius Barrus, avait prononcé à Rome un discours contre lui. Cic, Brut., 46, 169. 56, 206.
») Dio C. fr., 96, 2 B. Plin , n. h,y 33. 1, 6, 20.
*) DioC. fr., 96, 1 B.
*) Cic, dr Dom,, 19, 50, Ascon., p. 21.
'') Cic, de Dom., 19, 50. de Or., 1, 7, 24. 3, 1.
') Cic, de Or., 1, 7, 24.
'') Cic, de Or.y 2, 54, 220.
^) Cic, de Or., 1,7, 25.
irt; Cic, de Or., 1, 7, 24.
Il) Val. Max., 9, 5. 2. Flor., 3, 17. Aur. Vict., Vir, i7/., 66.
'-') Ce complot avait dû être exécuté longtemps avant, au commencement de l'année, à l'époque des fériés latines. Aur. Vict., Vir. Ui,, 66. Cf. Flor., 3, 18.
IV, 6] ROME PENDANT LA GlERRE SOCIALE 113
ses adversuires une arme pour le coniballre : on lui reprocha ses relations avec les Latins. Q. Cépion s'empressa de saisir ce nouveau moyen d'attaquer le tribun. Il exploita aussi un fait qui fut alors reproché à Livius : on prétendit qu'il s'était rendu coupable de mesures arbitraires à Tégard de deux princes africains, dont il voulait obtenir de l'argent *. Q. Cépion attaqua aussi les partisans de Livius; M. iËmilius Scaurus eut à répondre à une accusation basée sur la loi Servilia repetundantm; chargé d'une ambassade en Asie, Scaurus se serait laissé corrompre par Mithridate*. Scaurus se lira d'aiïaire en accusant Cépion d'un fait semblable^ et réussit à faire passer son acrusation avant celle de son adversaire\ Scaurus eut aussi à se défendre contre M. Junius Brutus\ à moins que Taccusalion de ce dernier n'ait été produite immédiatement après le consulat de Scaurus. Bref, les partis en étaient venus à un tel dfgré d'exaltation, que la ville se trouvait partagée en deux camps ennemis* : Livius menaça un jour Cépion de le précipiter de la roche Tarpéienne®.
Nous ne connaissons pas les propositions qui furent opposées à celles de Livius ; il est probable que la lex Remmia de caiununatoribns'' est une proposition de ce genre. Livius voulait empêcher la condamnation des innocents, en prononçant la responsabilité des juges; de même Uemmius faisait admettre la responsabilité des accusateurs, en permettant les poursuites pour calomnie^ Or une pareille loi ne pouvait venir que de ceux à qui répugnait la responsabilité judiciaire. La loi de Remmius est antérieure à 80, mais nous n'avons pas de preuve décisive qui nous permette de la placer à la date de 91 ;
») Aiir. Virl , Vir. ///., 66.
-; Cic, Scaur., 1, 2. 2, 45. Ascon., p. 21. 20. Cf. Val. Max., 3, 7, 8. fit^r. se trompe, 3, 17.
') Ascon., p. 21. Charis., p. 147 K.
•i Cic. Font., 13, 28. Charis., p. 129. 210 K.
') Fior., 3, 17.
*) Aur. Vict., Vir. Ul.,m.
'. En vertu de cette loi, le calomnialeur devait être jugé par le mémo tribunal qui avail jugé Taccusé.
•j Cic, Rose. Am,, 19, 55, Schoh, Gronov,, p. 431. Ascon., p. 30. Dig., 48, 16, 1,2.
114 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIQUE [l\ , 6
nous savons seulement que, pendant son édilité, Livius eut pour collègue un certain Remmius qui était son ennemi * ; rien ne nous empêche de supposer que le même Remmius put être aussi un tribun en même temps que Livius, et fut un de ses adversaires.
Les ennemis de Livius, en déployant toutes les ressources de l'opposition, avaient fort compromis le succès de ses motions'. Mais la majorité du sénat était encore pour lui; alors Philippus déclara qu*il ne pouvait plus gouverner avec un sénat ainsi composé, et manifesta le désir de le modifier. Philippus fit un rapport au sénat, aux ides de septembre, sur cette mesure révolutionnaire. Crassus prononça un violent discours contre Philippus qui voulut faire arrêter Torateur; Crassus déclara qu'il ne reconnaîtrait plus Philippus pour consul, si Philippus ne voulait pas reconnaître lui-même l'autorité du sénat. Sur la demande de Crassus, le sénat vola une déclaration dans laquelle il affirmait n'avoir jamais trahi les intérêts du peuple romain*. Sept jours après, Crassus mourut* d'une péripneumonie. Ce fut un coup terrible pour Livius. Peu après eurent lieu les élections pour le tribunat. Livius fut obligé de reconnaître que le peuple n'était plus avec lui : C. Aurelius Cotta et les autres partisans de Livius échouèrent'; les créatures de Philippus et de Q. Cépion furent élues, entr'autres Q. Varius*.
Livius savait maintenant que les réformes ne seraient pas continuées par ses successeurs, qui étaient ses adversaires politiques; il chercha alors à regagner la sympathie des citoyens pendant les quelques semaines qu'il devait encore passer aupouvoir.il ajourna le vote delà loi sur les colonies^, et proposa trois lois nouvelles qui devaient faciliter rexécution
') Aurel. Vict», Vir, ill., &'), «j Cic, de Or., 1,7, 24.
3) Cic, de Or., 3, 1, 1 et seq. Val. Max., 6, 2, 2, Quint., 8, 3, 89. 11, 1,37.
*) Cic, de Or,, 3. 2, 6.
'^) Cic, de Or., 3, 3, 11. Cf., 1, 7, 25. •) Cic, Brut,, 89, 305.
') Cf. App., 6. c, 1, 36.
IV, 6] ttOME PENDANT LA GUERRE SOCIALE 415
de la précédenle : une lexagraria^ une lex frumentana^ et probablement aussi en même temps une lex niimmaria.
Nous ne connaissons pas toutes les dispositions de la loi agraire'; nous savons seulement qu'elle ressemblait à celles des Gracques*; elle devait être encore plus radicale, puisque Livius put se vanter de n'avoir rien laissé à partager, prœter cœlum et ccenum. Elle devait renfermer des articles qui supprimaient la loi de 111, d'autres qui permettaient de partager Tager campanus ; nous possédons pour établir ce dernier fait un argument ex silentio : Gicéron parle à deux reprises de ceux qui ont respecté Tager campanus, il cite chaque fois les Grecques et Sylla, il ne parle pas de Livius'. Nous sommes au moins certain que Livius établissait une commission de decemvirs agris dandis assignandis^
La loi frumentaireS comme celle de Saturninus, abaissait le prix du blé au-dessous du chiffre fixé par la loi Sempronia. La loi monétaire, de octava parte œris argeiito jniscenda^, proposait d'altérer les monnaies et de décréter leur cours forcé ; le trésor réaliserait des bénéfices qui permettraient de faire face aux dépenses de la loi frumentaire. Peut être n*était-elle qu'un article de la loi frumentaire, et non une loi particulière. Enfin ces propositions plurent au peuple^ resté indifférent devant la loi judiciaire, qui intéressait les chevaliers seulement. Profitant de l'enthousiasme qu'avaient fait naître les deux lois agraire et frumentaire (nous ne considérons la loi monétaire que comme une dépendance de cette dernière)» Livius demanda au peuple de voter en même temps la loi judiciaire. Il fallait réussir à tout prix : il s'assura encore le concours des Latins, en promettant, par l'intermédiaire de Q. Pompœdius Silo, de leur faire accorder le droit de cité, s'ils s^engageaient à voter les trois lois (agraire, frumentaire et
*) Liv., ep., 71. Aur. Vict., Vir, ill.f 66. I. L. A., p. 279. «) Flor., 3, 17.
») Cîc, de Leg. agr., l, 7, 21. 2, 29, 81. *) I. L. A., p. 279.
*) Liv., ep,f 71.
«) Plia., n. A., 33, 3, 13, 46.
') Cf. Plut., Car. min., 2. Val. Max., 3, 2. Aur. Vict., ViV. ilL, 80. Cf. Cîc., Fom., 16, 22, 1.
judiciaire)*. Il y avait une lacune dans la loi agraire, il en fit présenter une seconde par son collègue Saufeius'. Livius, Tancien défenseur du sénat, était devenu un véritable démagogue comme C. Gracchus'. Il perdit nécessairement l'appui d'un certain nombre de sénateurs qui l'avaient suivi jusque-là ; Livius allait troploin^ Philippus et Q. Cépion ne manquèrent pas de faire ressortir le caractère démagogique des nouvelles lois; ils eurent même recours au procédé qui avait été employé déjà avec succès pour perdre les démagogues; ils le dénoncèrent comme aspirant à la tyrannie \ A Rome on parlait beaucoup des conjurations formées par les alliés*; Philippus alla jusqu'à imaginer une formule de serment par laquelle les alliés s'engageaient à soutenir Livius \
Au jour du vote, Livius réussit cependant à faire passer les trois lois agraire, frumentiaire et judiciaire : il avait employé la violence*, n'avait pas tenu compte des auspices', ni de la loi Ca^cilia Didia qui défendait de voter plusieurs lois à la fois [per sfl/wram) *^. Aussitôt Philippus convoqua le sénat dans un local très éloigné du forum, il voulait faire annuler le vote populaire. Le sénat ne voulut pas se prononcer avant d'avoir entendu le tribun et le manda près de lui. Le tribun ne voulant pas s'éloigner trop loin du forum, invita le sénat à se réunir dans la curia Hostilia; le sénat obéit *^ Livius rappela au sénat les avantages que lui assurait la loi judiciaire; or, tous ces avantages disparaissaient si l'on rejetait, sur la demande du consul, les deux autres lois *'. Livius parla en vain ; l'iulluence de Philip-
*) Liv.. fj)., 71.
>) Cf. Cornif., ad Her,, 4, 34, 46.
*) Vell., 2, 13. 14. Ascon., p. 68. Il faut placer ici la réponse spiiitueile qui fut faite à Drusus par Granius : Drusus avait posé à ce dernier la question habituelle : quid agis? Granius lui répondit d*un ton signiQcatif : iinmo vero tu, Druse, qiudayis? Cic, Plane. , 14,33. Schol. Bob., p. 260.
^) Cf. Sali., de Hep., 2, 6. Flor., 3, 18.
•) Liv., ep,, 71.
') Diod.,37, 17.
») Liv., ci).,71. Cf. Flor., 3, M.
•) Ascon., p. 68.
'0) Cic, dehom., 16, 41. 19, 50.
«») Val. Max., 9, 5, 2.
*«) Diod., 37, 16. Cf. Vell., 2, 13.
IV, 6j ROME PENDANT LA GUERRE SOCIALE 117
pus, qui était augure, les inquiétudes provoquées par les deux lois agraire et frumentaire, la crainte des nouvelles réformes projetées par Livius, entraînèrent le sénat, les lois furent annulées' par un sénatus-consulte.
Livius n'avait pas daigné opposer son intercession, mais il ne tint aucun compte de la décision sénatoriale': On nomma les décomvirs chargés d'appliquer la loi agraire, et aussi les quinquevirs demandés par la loi Saufeja;au mépris des lois Liciniaot -^butia, Livius fut nommé membre des deux commissions*. Il est probable qu'il commença aussi l'exécution de la loi monétaire \ On était arrivé au moins d'octobre; Livius ne devait plus être tribun que pendant cinq ou six semaines. Il voulut tenir la promesse faite aux alliés, et présenta sa lex de civitate sociis danda ; il fixa aussi le jour du vote pour la loi de rolonm deducendis^ ^ qui avait été ajournée. Son intention fut certainement de faire discuter et voter les deux lois en même temps; il espéra pouvoir vaincre ainsi l'opposition des riches habitants de l'Italie qui redoutaient la loi sur les colonies, et la grande majorité des citoyens de Rome qui étaient décidés à combattre les deux propositions. Livius voulait les faire passer iui moyen des alliés pauvres, qui devenus citoyens pourraient prendre leur part des avantages promis à ceux qui peupleraient les colonies. La loi de civitate,,,, en effet, était aussi générale que possible; elle conférait la cité non seulement aux Latins^' fl à l'aristocratie des villes alliées, elle le conférait à tous les Italiotes sans exception et sans distinction \
Livius avait déployé une grande activité, il était fatigué, il tomba malade; il avait déjà eu auparavant des attaques d'épilepsie, et s'était fait soigner à Anticyre*. Un jour il tomba malade sur la place publique, et fut transporté chez lui sans
•) Cic, de J>i;., 2, 6, 44. 12, 31. de Dom., 10, 41. 19, 50. Ascon., p. C8.
*) Diod., 37, 16.
') 1. L. A., p. 279. Cf., p. 278.
•) Cf. Plin., n. A., 33, 3,13, 46, miscuit. 'I App., b. c, 1, 36.
' Aur. Vict., Vir. î7/., 66. Gros., 5, 18.
M Vell., 2, 14. App., 6. c, I, 35. 36. Cf. Liv., cp., 71. Flor., 3, 17. *^ Plin., n. h,, 25, 5, 21, 52. Gell., 17, 15, 6.
H 8 LA DISSOLUTION DELA RÉPUBLIQUE [IV, i\
connaissance. Dans toute Tllalie on fit des vœux pour le rétablissement (le celui dont on attendait le salut'. A Rome, ses ennemis trouvèrent moyen d'avoir des soupçons sur sa maladie : ils dirent que Livius avait bu du sang de chèvre pour se faire pâlir, et pouvoir accuser Cépion de l'avoir empoisonné*. A peine rétabli, Livius reprit ses fonctions ; Rome était encombrée d'une multitude d'étrangers accourus les uns pour soutenir Livius, les autres pour le combattre. Livius eut peur de s'exposer au milieu de ces foules', crut que sa vie était en danger, et évita autant que possible de paraître en public ; il annonça qu'il recevrait ceux qui voudraient l'entretenir dans une salle garnie de colonnes près de sa maison, ou dans son atrium. C'est là, dans son atrium, qu'il fut égorgé avec un poignard \ avant le jour fixé pour le vote des deux lois. On rapporte que pendant les quelques instants qui précédèrent sa mort il répéta plusieurs fois en soupirant : Ecqitandone similem meicivem hahebit respublica^? On accusa du meurtre ses adversaires °, surtout le tribun Q. Varius'^, et aussi Philippus et Q. Cépion*. Il n'y eut pas d'enquête, ce fut comme à la mort de Scipion Émilien'.
Voilà où aboutit la tentative de réforme commencée sous les auspices des optimates. Une seule loi de cette année devait subsister, et constituait un progrès, c'était la loi Remmia de calumniatoribus^ si toutefois elle est de l'année 91. Mais quel progrès dérisoire, quelle maigre compensation des désordres au milieu desquels a succombé M. Livius Drusus, après avoir ébranlé les bases de l'État !
Après l'assassinat de Livius, les tribuns qui l'avaient soutenu continuèrent son œuvre, et voulurent faire passer les deux
*) Aur. Vicl., Vir, ill., 66.
«; Plin., n. A., 28, 9, 41, 148. Aur. Vicl., Vir. t//., 66.
3) App., 6. c, 1, 36. Flor.. 3, 17.
*) App., 6. c, «, 36. Vell. 2, 14. Cf. Liv., ep., 71. Cic, MIL, 7, 16. deNat, deor., 3, 32, 80. Cornif., ad lier,, 4, 22, 31. Schol. Bob., p. 282. 356. Oros., 5, 18. Flor. se contredit, 3, 17. 18.
^) Vell., 2, 14.
•) Suet., Tib,, 3.
") Cic, di Nat, deor., 3, 33, 81.
•J Aur. Vict., Vir. iU., 66.
») Cic, .ViY., 7, 16.
IV, 6j rome[pendant la gukbre sociale 119
lois. Probablement, elles furent de nouveau présentées par le tribun L. Caipurnius Bestia ; car ce fut un Bestia qui fut le premier poursuivi et sacrifié comme partisan de Livius*, mais on ne sait pas si c'était le consulaire condamné en 109 en vertu de la loi Mamilia (voir plus haut, page 69) ou son fils. Ce qui est certain, c^est que les tribuns invitèrent les alliés à se rendre à Rome pour le jour du vote, et que Q. Pompœdius Silo se mit en route avec 10,000 Marses*. Le sénat, de son côté, envoya des députés dans les provinces les plus agitées; l'un d^eux, C. Domitius, rencontra Q. Silo et rengagea à retourner chez les Marses^ en lui déclarant — c'était un honteux mensonge — que le sénat s'était décidé à accorder le droit de cité aux Italioles*. Le préteur Q. Servilius, envoyé à Asculum, dans le Picenum, fut moins heureux ; il fut égorgé avec son lieutenant Fonteius et tous les citovens romains* présents à Asculum*. Cette exécution, accompagnée de nombreux prodiges*^, fut le signal de la terrible guerre sociale* qui commença à la fin de 91 \
Quand on apprit à Rome la révolte des Picenlius, des Veslins, des Marses, des Péligniens, des Marraciniens, des Samoites et des Lucaniens, l'émotion fut grande ; on quitta la toge pour prendre le sagum (manteau de guerre)*, on mit des sentinelles sur les murs et les tours de la ville*. On rejeta d'abord toute la responsabilité sur Livius'^ ; on pouvait aussi bien rendre responsable le sénat qui, jaloux des chevaliers, avait voulu ruiner leur puissance en s'appuyant sur les tribuns*' ; on pouvait aussi en rejeter la cause sur la loi Licmia
«) App., h, c, 1, 37.
«) Diod., 37, 19.
'j Diod., id.
*) Liv., ep., 72. Gros., 5, 18. Vell., 2, 15. Flor. :s, 18. Diod., 37, 19. Gf 18. App., 6. c, 1, 38. Gin., Font., 44, 3L
*) Obseq., 54. Plin. n. h., 2, 83, 85, 199. 7, 3, 3, 34.
•) App., h, c, 1, 41 et seq. Diod,, 37, 1 et seq. Liv., ep., 72 et seq, Oros., 5, 18. Vell. 2, 15. Eutr., 5, 3. Schol. Bob., p. 364.
•) a. Plin., n. h., 33, 3, 17, 55.
•) Liv., cp.,72. Vell., 2, 16.
») App., 6. c, 1, 40.
«•) Liv., ep., 71.
••) Cic, deO/r.,2,21, 75.
120 LA DISSOLUTION DE Lk RÉPUBLIQUE [IV, 6
Mucia qui avait enlevé aux alliés Tespoir d'arriver à la cité par les voies pacifiques. Le vrai coupable, c'était bien le sénat, qui n'avait pas su, depuis Tépoque de C. Flaminius, assurer le bonheur des citoyens par des moyens conformes à la justice, et en était venu, Tégoïsme des citoyens aidant, à placer les alliés dans une situation humiliante. En élargissant la question, on trouve encore que la situation fausse dans laquelle ils se trouvaient provenait de Tabandon des mœurs simples des premiers siècles : les riches avaient toujours développé leurs habitudes de luxe et excité la jalousie et la soif de jouissances chez les pauvres *.
Mais les contemporains ne voyaient qu'un coupable, M. Livius Drusus; les nouveaux tribuns, entrés en fonction le 10 décembre 91*, poursuivirent immédiatement ses partisans. •Le chef de la réaction fut Q. Varius; né à Sucro, en Espagne, il avait été surnommé Byhrida^, parce que son titre de citoyen romain n'était pas bien authenthique ; c'était un bon discoureur*, mais commun et mal élevé*. Il proposa «ne lex de majestate ainsi conçue * : Ut quœreretur de iiSy quorum ope consiliove socii contra populum romanum arma sumpsissent. Pour gagner le peuple, il attaqua M. iEmilius Scaurus, sur le conseil de Q. Cépion; il voulut le faire passer pour un des auteurs de la révolte; mais après une magnifique défense de ce vieillard de soixante-douze ans, il laissa tomber l'accusation \ Les défenseurs de la loi Varia furent, parmi les collègues de Q. Varius, C Scribonius Curio*, Cn. Pomponius'; parmi les opposants, nous trouvons le tribun Q. Metellus Celer** et le spirituel C. JuliusCaesarStrabo Vopiscus**, alors édile curulc,
«) DioJ., 37, 2. 3. -) Cic, Brut., 80, 305.
*) Cic, Brut., 62, 221. 89, 305.
5) Cic, de Or., 1, 25, H7.
«) Ascon., p. 22. 73. 79. Val. Max., 8, 6, 4. App., 6. c, 1, 37 ") Ascon., p. 2\. Aur. Vict., Vir. i//., 72. Quint., 5, 12. 10. Cf. Val. Max., 3, 7, 8. Cic, Sest., 47, 101.
•) Cic, Brut., 89, 305. 51, 192. Cf. Ascon., p. 73. ^) Cic, Brut., 89, 305. 62, 221.
'0) Cic,Brw^,89,305.
••) Cic, Brut., 89, 305. 60, 216.
qui parait avoir fait partie de la commissioa agraire des décemvirs*. Malgré riatercession tribùnilienne, la loi Van'a fut votée par le peuple, sous la pression des chevaliers armés*. Le sénat rendit aussi un sénatus-consulte^ eu vertu duquel toutes les aclions judiciaires furent suspendues, excepté celles qui seraient provoquées par Tapplication de la loi Varia^,
Aussitôt L. Calpurnius Bestia s'enfuit, avant même d'avoir été poursuivie Q. Cépion accusa lui-même* Scaurus, mais sans résultat, du moins il n est question nulle part d'une condamnation^. On accusa ensuite Q. Pompeius Rufus, le prétour urbain de 9! ', et L. Memmius, frère cadet de C. Memmius, assassiné en 100; le premier parait- avoir été acquitté, miilgré l'intervenlion énergique de L. Marcius Philippus*; nous le retrouvons consul en 88; L. Memmius fut condamné*. Fut condamné aussi C. Aurelius Cotta, et plusieurs autres avec lui**; Cotta était l'ami intime deLivius'*, il avait échoué comme lui aux élections pour le tribunat. Ces procès avaient un caractère bien marqué de haine à l'égard des alliés, ils ne faisaient qu'augmenter chaque jour le nombre des révoltés **.
Les alliés avaient organisé un État; ils le nommèrent Ilalia^^ et lui donnèrent pour capitale Corfinium*'*, ville des Péligniens« située au centre de la Péninsule. Ils avaient constitué un sénat souverain de 500 membres, sur le modèle du sénat romain; deux consuls furent chargés du pouvoir exéculif ; on choisit le Marse Q. PompéeJius Silo et le Samnite
*. App., 6. c, 1, 37. Val. Max., 8,6, 4.
-j Cic, hrui., 89, 304. Cf. Ascon., p. 73.
•i App., h. c, 1, 37,
■•) Cic, Scaur., 1, 3. Ascon., p. 21. 26. Charis., p. 193. 196. 224 K.
■; Cf. Cic, SesL, 47, 101.
•;. Cic, de Or., 1, 37, 168. Cf. Val. Max., 3, 5, 2.
•) Cic, Brut , 89, 304.
'; Cf. App., 6. c, 1, 37, qui nomme par erreur L. Memmius Achaicus à la place de L. Memmius.
«•»; Ascon., p. 73.
*'i Cic, EruL, 56, 2(fô. 88, 303. 89, 305. de Or., 3, 3, 11. App., 6. c, 1,37.
«V App., 6. c, 1. 38. Ascon., p. 73. Val. Max., 8, 6, 4. Liv., ep,, 73.
") Vell.,2, 16. Strab„5,4, 2.
•V Diod.,37, 2.
122 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIQUE [IV, ti
C. Papius* (non Aponius) Mutilas; on plaça sous leur direction six préteurs qui prirent le commandement d'autant d'armées. Le sénat romain prit aussi des mesures en rapport avec les circonstances : on donna aux deux consuls (L. Julius Caesar, frère de C. Julius Cœsar Strabo Vopiscus, et P. Ruti- Jius Lupus) cinq lieutenants, choisis, autant que possible, parmi les consulaires et les préteurs ; ils devaient commander les armées^; parmi eux nous trouvons Sex. Julius Cœsar, Tancien consul de 91. Caecilia avait appris en songe que Juno Sospita avait retiré sa protection aux Romains; L. Julius Caesar fut chargé de restaurer son temple*.
Les Romains, moins bien préparés que les alliés, furent d'abord malheureux. Le consul Lucius (et non Sextus) Julius Caesar fut battu dans le Samnium, à ^sernia (colonie latine) ^ ; le consul P. Rutilius Lupus, gêné par les nobles qui suivaient son armée % ne pouvant pas se fier à son lieutenant C. Marins*, périt dans une bataille livrée sur le fleuve Tolenus (non sur le Liris) le 11 juin\ Comme on ne manquait pas de chefs militaires, et comme, d'autre part, L. Cassar ne pouvait pas abandonner le théâtre des opérations, on retarda Télection d'un consul sufTectus. C. Marius prit le commandement*; à côté de lui, Q. Servilius Cœpio, qui était aussi lieutenant de Lupus, reçut un commandement*, mais fut tué peu après dans un combat livré à Pompaedius'*. Quand on apprit à Rome que Lupus** et Cépio** avaient succombé, la consternation fut générale; le sénat donna Tordre de les ensevelir à l'endroit où ils étaient tombés , les funérailles ne devaient pas avoir
«) Cf. App., 6. c , 4, 25.
«) App., b, c, 1, 40. Cic, Font., 15, 33. 3) Cic, de Divin., 1, 2, 4. 44,99. Obseq., 55. *) App., 6. c, 1, 41.
5) DioC.,fr.,98, 1 B.
«) Dio C, fr.. 98, 2 B. Gros., 5, 18. Cf. Diod., 37, 21. ') App., 6. c, 1, 43. Liv., cp., 73. Obseq., 55. Eutr., 5, 3. Ovid., F««^,6, 563.
») App., b. c, 1, 43.
») Liv., cp., 73.
*•) Liv., ep., 73. Gros., 5, 18. App., 6. c, 1,44. Eutr., 5, 3. *•) App., 6. c, 1, 43.
IV, 6] nOME PENDANT LA GUERRE SOCIALE 123
Heu à Rome'. Par bonheur les Latins ne prirent pas part à la révolte, ils continuèrent à servir dans les armées de Rome ; mais on pouvait craindre qu'ils ne fissent eux aussi défection, si les alliés continuaient k remporter des victoires^.
On apprit bientôt que les Étrusques et les Ombriens étaient sur le point de s'unir aux révoltés; on reprit la question du droit de cité, et la majorité du sénat émit elle-même Tavis qu'il fallait faire des concessions. Sur ces entrefaites, L. Julius Caesar remporta une victoire près de Acerrae sur G. Papius Mutilus^; ses soldats le saluèrent imperator sur le champ de bataille^ ; quand il fut rentré à Rome pour présider les comices, il fut chargé par le sénat de proposer les mesures jugées nécessaires. Le sénat et les citoyens abandonnèrent le sagtim^, et le consul proposa la loi iuMsi de civilate sociis dandà , Elle accordait le droit de cité à tous les Latins \ et à tous les autres alliés d'Italie, probablement jusqu'au Pô", qui n'avaient pas pris les armes, ou qui les déposeraient immédiatement' ; on n'exigeait d'eux qu'une déclaration par laquelle ils acceptaient leur nou. veau titre {se fundos fiert^^) ; la loi n'était pas obligatoire, les villes qui avaient des usages et des droits particuliers, comme les villes commerçantes de Naples, Héraclée, pourraient conserver leur autonomie^*. La loi Julia portait ensuite, pour éviter l'encombrement des comices par les nouveaux citoyens, que ces derniers seraient répartis dans huit des anciennes tribus comme les affranchis qui pouvaient être inscrits dans quatre tribus seulement^*. On a prétendu que la loi Julia n'accordait pas aux nouveaux citoyens le droit de suffrage {civitas sine-
■) App., 6. c, 1, 43.
•) Liv , ep.,72. App,, 6. c, 1, 39. ^
ï) Diod.. 37,21.
*) App., 6. c, 1, 42. Liv,, ep., 73. Oros., 5, 18. 5) Oros., 5, 18. Cf. Diod., 36,7.
«) Liv., ep.i 73. Oros., 5, 18.
') Gell., 4, 4, 3.
•) Cf. Sali., Hist. fr.y 1, 15 D.
•) Vell., 2, 16. App., 6; c, «, 49.
••) Cf. GeU., 16, 13, 6.
««) Cic.,Ai/6.,8,21. Cf. Fam., 13, 30, 1.
") VcU., 2, 20. App., 6. c, t, 49 est d'un avis différenl. Cf. Non. Marc, p. 329 G.
suffragio)\ c'est une hypothèse gratuite qui ne repose sur rien, bien que cependant on ait continué à discuter pendant plusieurs années au sujet du droit de suffrage.
La loi eut un résultat immédiat, elle empêcha Tinsurrection de faire de nouveaux progrès. On continua cependant à faire garder les côtes de Cumes à Rome par des affranchis, le manque de citoyens obligeant Rome à utiliser leurs services*. On dut même former, comme pendant la deuxième guerre punique, des légions d'esclaves [vo/ofies)*, à qui on promettait la liberté pour prix de leur bonne conduite. Quand on connut Ja victoire de Cn. Pompeius Strabo remportée à Asculum sur les Picentins', les magistrats et les sénateurs reprirent leurs insignes, c'est-à-dire la Tunicalaticlavia*.
Au moment des élections tribunitiennes pour l'année 89, il se produisit un revirement dans l'opinion. On élut des hommes qui condamnaient les mesures de rigueur prises par Q. Varius. Cependant les poursuites continuèrent : à cette date de 89, l'ancien censeur, M. Antonius, qui avait été absent de Rome l'année précédente* (il commandait une armée en qualité de légat), dut répondre de sa conduite politique devant les tribunaux*. Il fut, paraît-il, acquitté. Mais nous avons une preuve bien frappante du revirement produit dans l'opinion : on comprit que la loi Varia avait eu pour pour résultat de donner plus d'extension à la révolte, Q. Varius fut poursuivi en vertu de sa propre loi, et condamné'. Nous retrouvons le même esprit dans une loi Calpurniade civitate, proposée par L. Caipurnius Piso, tribun ou préteur de 89*. Elle accordait aux chefs d'armée le droit absolu de conférer, comme ils l'entendraient, le plein droit de cité aux soldats placés sous leurs ordres*. A la
*) App., h, c, 1, 49 Liv., pp., 7'i. Cf. Macr., Sut,, 1, M, 32. Plul., Mnr , 9.
3; Vell.,2, 21. App., b. c, 1,47.
*) Liv.. pp., 74. Gros., 5, 18.
5) Cic, Brut., 89,30i.
6) Cic. Twsc, 2, 2i,57.
') Cic, Briil,, 89, 305. 'le Xat. dcA'., 3, 33, 81. Val. Max., 8, 6, 4. 9,
«j Cf. Cic.. Vis., 3G, 87. Non. Marc, p. 329 G.
») Non. Marc, p. 74. Cf. p. 89 G. Cic, Arch,, 10, 20. BaW., 22, 50.
même époque on donac le droit de cilé à des personnages remarquables, et c'est le peuple qui sanctionne*.
Pour appliquer la loi Julia on crut nécessaire de nommer des censeurs, bien que le dernier cens eut été établi en 92. Furent t*lus L. Julius Cœsar, Tauteur de la loi, et P. Licinius Crassus Dives*. Ils reconnurent qu'il leur serait impossible, tant que la guerre durerait, d'inscrire les nouveaux citoyens sur les listes des tribus'; ils renoncèrent donc à faire la répartition par classe et par tribu {descriptio classium et centuriarum). Voici comtnenl durent agir les magistrats chargés de présider les comices par tribu et les assemblées populaires [concilia plt*lji$) : auparavant, pour les Latins, on lirait au sort une Iribu, et les Latins votaient avec les citoyens de cotte tribu*; on procéda de même, mais au lieu de tirer au sort une tribu, on en fit désigner huit entre lesquelles les nouveaux citoyens présents* au moment du vote se répartirent comme ils le voulurent. D'autres magistrats voulurent procéder autrement ; ils formèrent, à ce qu'il semble, dix ou quinze nouvelles tribus, qui furent appelée à voter après les trente-cinq anciennes tribus*. Les censeurs remplirent toutes leurs autres fondions :
•) Vell., 2, 16.
*) Ce P. Licinius Crassus Dives avait été consul en 97, avait eiisuile i'"»iivemé la provfnce d'Espagne ultérieure, et en 93 avait triomphé des l.usiianiens. {Fasl. triumph,^ I. L. A., p. 400 Cic,, Plane, , 13,32. Ascon., p. 14 ) En 92, il déploya une grande énergie au sénat, et fit cesser des iroabln? provoqués par le tribun Cn. Papirius Carbo, fils du consul de 113. (Cic, •/' L/'î/., 3, 19, 42, parle de L. Crassus. Cicéron s'est trompé puisque cflle année là L. Crassus était censeur.) Pendant la première année de la jraerre sociale il avait été lieutenant de son collègue actuel à la censure, L. Julius César. (App., b» c, 1, 40. Cic, Font.^ 15, 33.)
') Cic, Arch., 5, H. Cf. Festus, p. 289.
*; 11 est question des Latins qui avaient le droit de cité; pour l'exercer il fallait venir se fixer à Rome. En attendant qu'ils pussent se faire inscrire sur les listes du cens, on les autorisait provisoirement à voter; ils étaient alors considérés comme incolx (cf. Lex. Mal. y ch. 5J). A Touverture de rassemblée on tirait au sort la tribu dans laquelle ils devraient voter. Dans leurs rangs se glissaient forcément des Latins qui n'avaient pas le même droit; on les recevait cependant, quitte à faire examiner leurs titres au prochain recensement. [N, D. T.]
«} Vell., 2, 20.
^) App., b. c, 1, 49, cf. 53, 64. Non. Marc, p. 329 G. Ce mode de volalioQ ne fut probablement qu'un essai. Dans ce cas particulier le vote des
ils fermèrent le lustre*, dressèrent la liste des sénateurs {leciio senatus); on rappelle qu'à ce sujet C. Julius Caesar Strabo Yopiscus, Tancien édile, frère du censeur, prononça un discours' ; ils cherchèrent à réprimer le luxe, défendirent la vente des parfums, et réglementèrent le commerce des vins étrangers'.
Us s'occupèrent aussi de mesures financières rendues nécessaires par la pénurie du trésor; la réserve* qui existait au début de la guerre avait été vite dissipée. Les seuls revenus réguliers étaient les contributions de Sicile" et les impôts de l'ager campanus* [vectigalia agri campani) ; ces derniers furent réaffermés par les censeurs actuels. Ils ne suffirent pas, il fallut vendre les propriétés situées autour du Capitole et laissées jusque-là en usufruit aux pontifes, aux augures, aux décemvirs [decemviri sacrorum) et aux flamines. Ces terrains furent vendus à des particuliers qui y élevèrent des constructions \
La fortune des particuliers fut aussi atteinte. L'usure était pratiquée à Rome depuis longtemps ; avant la guerre elle avait pris de telles proportions, que le sénat avait essayé de lui imposer des conditions par un sénatus-consultc rendu en 94 {ne guis Cretensibus pecuniam muiuam daret*). Depuis le commencement de la guerre, les citoyens romains s'étaient tellement endettés que le préteur Â. Sempronius Asellio remit en vigueur le plébiscite de Genucius. Ce plébiscite (voir plus haut, tome I, page 276) défendait les prêts usuraires contractés sous une forme déguisée pour tourner la loi ; le préteur instruisit les procès dans un sens favorable aux débiteurs. Les créanciers furent très mécontents; encouragés par le tribun C. Cassius , ils attaquèrent le préteur sur la place publique , et regorgèrent au moment où il essayait de leur éch«ipper par la
tribus ne fut plus simultané; les nouvelles tribus votèrent à part, après les anciennes (voir plus haut, page 14, note i).
*) Fesl., p. 289.
*) Varr., de r. r., 1, 7, 10. Plin., n. h., 17, 3, 4, 32.
•») Plin.,n. h., 13, 3, 5, 24. 14, 14, 16, 95. Solin., 46. Cf. Diod., 37, 3
*) Plin., n. h., 33, 3, 17, 56.
*) Cic. m Verr. accusât,^ 2, 2, 5.
*) Cic, de Leg agr., 2, 29, 80.
') Oros., 5, 18. Cf. App., Mith., 22.
*) Ascon., p» 57.
fuite. Les chevaliers étaient les auteurs du meurtre, le sénat essaya de poursuivre, mais personne ne fut puni^
Lsilex PlaïUia Papiria de civitate socits danda parait avoir été inspirée aussi par les mêmes censeurs; ils voulurent donner plus d'extension à la loi Julia, et procurer aux nouveaux censeurs les éléments nécessaires pour faire le prochain recensement. Elle fut présentée par deux tribuns, M. Plautius Silvauus, l'auteur d'une autre loi dont nous parlerons tout à rheure, et C. Papirius Carbo Arvina*, fils de C. Papirius Carbo, condamné en 119; C. Carbo était convaincu, comme beaucoup d'autres, que la loi de Livius Drusus avait été une des principales causes de la guerre' ; mais il avait assez de largeur d'esprit pour comprendre qu'il fallait se résigner à des concessions devenues nécessaires. La loi Plautia Papiria accordait le droit de cité à tous les Italiens qui étaient citoyens dans quelque ville; on exigeait d'eux qu'ils eussent un domicile fixe en Italie au moment où la loi serait votée, et ils seraient tenus de venir dans les soixante jours donner leurs noms et faire leur déclaration aux préteurs de Rome\ Sans aucun doute*, la loi accordait le droit de suffrage à tous les Italiens (jusqu'au Pô), mais ce droit était réservé jusqu'à l'entrée en fonctions des nouveaux cenceurs. Beaucoup d'Italiens, surtout les Lucaniens et les Samnites, ne tinrent aucun compte des avantages offerts par la loi •.
C. Papirius Carbo proposa seul la lex Papiria ; elle portait quen conséquence de l'assimilation sociale, la semuncia, monnaie d'appoint en usage chez les Italiens, aurait cours à Rome\ M. Plautius est encore l'auteur d'une loi agraire, dont les propositions furent reprises plus tard par la lex Flavia* ;
') Liv., e/)., 74. App.. 6. c, 1,54. Val. Max., 9, 7, 4. •y Cic, Brut., 62, 221. Il fut bien tribun en 89, non en 90. Cic, Brut.y 99,305.
') Cic, Or., 63, 213.
*) Cic, Arch,, 4, 7. 5, 9. Schol. Bob. , p. 353. ») Cf. Vell., 2, 17. App., 6. c, 1, 53. *) Cf. DioC, fr., 102, 10 B.
") Plin., n. A., 33, 3, 13, 46. Mommsen, Mmzwestriy p. 338. 580. 582. *) Cic, (idA«.,l, 18,6.
elle proposait d'assigner des terres aux soldats qui avaient combattu les alliés, aux nouveaux citoyens confondus avec les anciens.
La lex Plautia jndiciana a une plus grande importance; par cette loi, Plautius voulut, d'accord avec la noblesse*, permettre aux sénateurs de prendre place dans les tribunaux. Il ne pouvait pas reprendre la loi Livia^ mais il voulut atteindre le même but en flattant le peuple et en reconnaissant sa souveraineté ; désormais il ne serait plus question de chevaliers ni de sénateurs pour l'organisation des tribunaux, chaque tribu élirait 13 citoyens qui seraient inscrits sur Talbum des juges*. Les sénateurs, les simples citoyens, pouvaient devenir juges aussi bien que les chevaliers, et quelques-uns furent élus'; mais les chevaliers réussirent à se faire nommer en plus grand nombre et continuèrent à former la majorité.
La guerre continuait, les Romains avaient l'avantage ^ L'un des consuls de 89, Cn. Pompeius Strabo, le père du grand Pompée, avait déjà remporté une victoire à Asculum en 90; en 89*, il assiégea Asculum; le siège l'occupa une grande partie de Tannée ^, comme le prouvent les balles de fronde retrouvées sur l'emplacement de cette ville; il fut soutenu par Sex. Julius Gsesar qui mourut pendant le siège''. L'autre consul, L. Porcins Cato, avait une armée détestable*, recrutée dans la populace de Rome ; il périt dans un comhioit*, assassiné, dit-on, par le jeune (1. Marius*^ Le vieux G. Matins, affaibli par l'âge**, et plus encore par les abus de table**, joua un rôle effacé. L. Cornélius Sylla, au contraire, se plaça
*) Ascon., p. 79,
») Ascon. , p. 79. Cic, CVni. fr., 1, 29.
3) Ascon., p. 79.
*) Vell.,2, 15. Ascon., p. 123,
^') M. Tullius Ciréron servait dans son armée. Cic. VhxLy J2, 11, 27.
«) App., h, c, 1, 47. 50. Gros., 5, 18. Front , Strai., 3, 17, 8.
^) App , 6. c, 1, 48.
») DioC.,fr., 100 B.
») Liv., ep., 75. App., 6. c , 1, 50. Vell.. 2, 16.
^0) Gros., 5, 18.
»') Plut, ifar., 33. Apophth., 6.
»*) Val. Max., 3, 6, 6. Plin., n. h., 33, 11, 53, 150.
au premier rang, et éclipsa complètement son ennemi personnel.
Cet homme remarquable, qui allait sauver par son énergie la constitution prête à disparaître, qui devait contenir la démocratie et lui imposer des barrières qu'elle ne pourrait plus franchir, cet homme avait d'abord été questeur de C. Marins pendant la guerre contre Jugurtha; ensuite lieutenant du mAme Marins*, puis de Catulus', il avait pris part à la guerre contre les Teutons et contre les Cimbres ; pendant plusieurs années il avait disparu de la scène, on pouvait donc croire qu'il n'avait pas d'ambition'. En effet, il ne partageait pas Tambition vulgaire des jeunes nobles, qui voulaient arriver le plus vile possible aux hautes magistratures. Passionné pour les jouissances intellectuelles «, autant que pour les plaisirs des sens», il était un des plus fervents admirateurs de l'art et de la civilisation helléniques®. Né d'une famille pauvre', et devenu riche, il sut jouir des avantages qu'assure la fortune», et préféra les plaisirs du luxe aux satisfactions souvent puériles de la vie publique. Il ne se présenta pas à l'édililé à l'époque fixée ; aussi quand il se décida à rentrer dans la carrière, quand il brigua la préture, il subit un échec ^ Le peuple lui en voulut : on avait espéré qu'à la suite de ses relations avec Bocchus, il donnerait des jeux, des combats de bètcs féroces, et Sylla avait dédaigné Tédilité. En 93, il fut préteur, mais il fallut acheter des voix *^. Préteur urbain*', il redevint populaire en faisant égorger dans l'arène jusqu'à 100 lions *•, au moment des jeux d'Apollon. Propréteur il fut envoyé en Ci-
•) Plut., SulL, 3. 4.
•) Plut , Su//., 4. ifar.,25.
•) Vell.,2, 17.
*) Sali. Jug,j 95.
') Plut., SulL, 2, Val. Max., 0, 9, 6. Schol., Gron., p. 434.
^) Cf. Val. Max., 3, 6, 3. Cic, Rab. post., iO, 27.
*) Plut., Su//., 1. Sali., Jug., 95.
•) Sali., Jug., 95.
♦) Val. Max., 7, 5, 5.
'•) Plut., Su//., 5. VelL, 2. 15.
••) Aur. Vict., Vir. i7/., 75.
•«)'Plin..n. A.,8, 16,20,53.
130 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIyUK [IV, 7
licîe^ et chargé de rétablir sur son Irone de Cappadoce Ariobarzanc qui avait été chassé par Mithridate, roi de Pont*. Il s'acquitta de cette mission avec succès; il eut encore l'honneur de recevoir une ambassade du roi des Parthes : le roi Arsace demandait à signer un traité d'amitié avec le peuple romain*. A son retour, il fut accusé de concussion par Censorinus, mais Censorinus laissa lui-même tomber Taccusation*. Pendant la première année de la guerre sociale, il se distingua comme lieutenant de L. Julius Caesar^ Son amour des plaisirs ne l'empêchait pas de déployer une énergie qui croissait avec les dangers*; ils se trompaient ceux qui, relevant les contradictions de sa conduite, le croyaient un homme hésitant, sans caiactèro, agissant sans calcuW; Sylla savait toujours ce qu'il voulaif^; il y avait en lui la finesse du renard et le courage du lion^ En 89, il fut lieutenant de L. Porcins Cato; il gagna la confiance des soldats *°, en leur persuadant qu'il était appelé à de hautes destinées, et qu'il réussirait toujours, grâce aux protections particulières des dieux**. Il rendit d'ailleurs tant de services**, qu'il fut naturellement désigné pour le consulat de 88 '^
Les succès de C. Cosconius chez les Samnites**, la prise d'Asculum par le consul Cn. Pompeius Strabo*'*, furent les
*) Aur. Vict., ViV. ///., 75. App., 6. c,, I, 77. Mit/ir., 57.
') Plut., SiiU.J). Cf. Liv., ep.y 70. App., Milhr,, 10, 57.
5) Liv., e/>., 70. Plut., Sud., 5. Cf. Vell., 2. 24.
*) Plut., Su//., 5.
^) App., h. c, 1, 40. 40. Cic.,F^>/i^, 15, 33. Gros., 5, 18, Front., Straf., 1, 5, 17.
«) Sali., Jug., Uo. Plut., SulL, 2.
') Plut., Sm//., 0. 30. Sali., Jug., 95. Vell., 2, 25.
*) Cic, de Off\, 1,30, lO'J.
") Plut., Sm//., 28.
'«) Cf. Liv., ep., 75. Orus., 5, 18. Plut., SulL, 6.
»') Plut., Sull., 6. Front. Strat., 1, 11, 11. Cf. Val. Max., 1, 2, 3. Plut., SnlL, 29. Cic, de div., 1, 33, 72. 2, 30, 65. Val. Max., 1, 6, 4. Plut., SulL, 9.
") Liv., cp., 75. Gros. 5, 18. Vell., 2, 16. Kutr., 5, 3. Diod., 37, 2. App., 6 c, 1, 50. Plin., n. /t., 3, 5, 9, 70. 22, 6, 6, 12.
*') Plut., Sm//., 0. Diod., 37, 35. App., 6. c, 1, 51. Liv., ep., 75. Vell., 2, 17.
*^) App., 6. c, 1, 52.
»5) App., 6. c, 1, 48. 50. Liv., ep., 74. 76. Flor.. 3, 18
derniers événements militaires de 89. Les habitants d'Asculum furent traités avec la dernière rigueur selon les lois de la guerre*; Pompée triompha à Rome le 13 décembre*. On peut affirmer que la lex Pompeia avait déjà été proposée avant cette date; elle traitait de la situation nouvelle que Ton devait faire aux villes de la Gaule transpadane'. On a voulu prétendre que la loi de Pompée, ou une autre proposée en même temps, accordaitle droit de cité aux Cispadans,la latinité aux Gaulois de laTranspadane. C'est une thèse inacceptable, qui ne s'appuie sur aucune preuve. Les Gispadans pouvaient profiter de la loi Plautia Papiria pour se faire inscrire sur les listes de citoyens; et il est certain d'ailleurs que les Transpadans ne furent pas en une seule fois, par une seule loi, mis en possession du droit latin. Il est plus vraisemblable d'admettre que Pompée se fit accorder par la loi le droit de régler le sorl des villes transpadanes*, en vertu de son autorité proconsulaire; aux unes, à celles qui avaient déjà \silati7iitaSy il donna le droit de cité ; aux autres, du moins à celles qui lui parurent dignes de cette faveur, il accorda le droit latin. Voilà comment il dut régler le sort de ces villes, et l'Italie jusqu'aux Alpes fut organisée sur de nouvelles bases.
Les alliés vaincus avaient transporté le siège de leur gouvernement de Corfinium à Bovianum, puis a .Esernia*. Bien unis, ils changèrent leur constitution; à la tète de l'État, ils placèrent un dictateur, Q. Pompœdius Silo; Silo eut sous ses ordres quatre généraux qui commandèrent chacun une armée. Les Romains continuèrent la lutte avec succès; leurs armées étaient commandées par Sylla, alors consul*, par Gn. Pompeius Strabo qui, en sortant du consulat, avait repoussé avec succèsune accusation portée contre luien vertudelaloi Varia':
') Oro8. , 5, 18^
') Fast. tr , I. L. A., p.. 460. Vell., 2. 21. Ascon., p., li. Val. Max ,6, 9,9. Dio C, 49,21.
') PIÎD., n. A., 3, 20, 24, 138. Cf., 133. 135. *) Ascon., p. 3. Cf. Dio C, 37, 9.
') App., b. c, 1, 51. Diod,, 37, 2. Obseq., 56. •) Plut., SulL, 7. Diod., 37, 2. Vell., 2, 18. Gros., 5, 19. Eulr., 5, 4. •; Cic, Cornt>l..j fr., 1. 29. Ascon., p. 79.
Pompée était proconsul* : Q. Caecilius Metellus Plus* et Mam. -^milius', commandaient en qualité de propréteurs. Les alliés ne purent obtenir l'alliance de Mithridate qu'ils avaient eux-mêmes sollicitée*; leur cause était désespérée quand Q. Silo se fit battre, dans deux rencontres, par Mam, iEmilius" et Q. Gsecilius Metellus. Puis, il périt lui-même dans la dernière de ces deux batailles \ Le danger était conjuré pour Rome, les alliés n'avaient plus qu'une armée, celle de Pontius Telesinus, composée de Lucaniens et de Samnites, elle tenait campagne dans le sud de l'Italie'.
La guerre finie, l'Italie se trouva dans une situation lamentable; d'après certains témoignages, plus de 300,000 hommes avaient succombé*; d'autres estiment que le nombre des morts ne dépassa pas 100,000 ou 150,000® ; dans tous les cas l'Italie était ruinée comme au lendemain de la guerre d'Hannibal. La situation était même plus désespérée, parce qu'on ne pouvait plus compter sur l'agriculture pour reconstituer la fortune de la péninsule. Le métier des armes offrait un débouché à la tourbe des prolétaires; ils servaient comme mercenaires dans les armées depuis que G. Marins avait donné l'exemple de les enrôler. L'armée romaine comptait alors plus de trente légions*®; c'était une force militaire imposante, mais vu les relations de dépendance qui existaient entre les chefs et les soldats, elle menaçait plutôt la liberté des citoyens que l'ennemi de la patrie.
La question du droit de cité semblait résolue ; mais on avait trop tardé à donner la solution; puis il restait à savoir si Ton accorderait le privilège de la Civitas à ceux des alliés qui
Liv., ep., 76.
Vell.. 2, 15. Cf. Cic, Xrch,, 4, 7.
Diod., 37, 2.
Diod., 37, 2.
Liv., tp.y 76.
App., h. c, 1, 53. Aur. Vict., Vit, ill , 63.
App., 6. c, 1, 53. Diod., 37, 2. Cf. Vell., 2, 17.
Vell., 2, 15.
Diod., 37, 40. Obseq , 57. Oros., 5, 22. Eutr., 5, 9.Cf App., 6. c, 1,
ïO) I. L. A., p. 191.
lY. 6] ROME PENDANT LA GUERRE SOCIALE 133
n*avaieut pas voulu tenir compte de la loi Plautia Papiria, aux Samnites surtout'; il fallait encore faire la répartition des citoyens nouveaux entre les 35 tribus : il y avait là des causes d' agitations nouvelles. Survint ensuite la rivalité de Marius et de Sylla qui se disputèrent le commandement de la guerre contre Milhridate; dans la nouvelle guerre civile, les Italiens joueront encore un rôle important.
0 Cf. Dio C, fr., 102, 10 B.