CHAPITRE SEPTIÈME
p. SL'LPICIUS RUFUS. TRIOMIMIK DV PARTI DK MAR1US
Les événements d*Orient s'étaient coniplii]nés pendant la guerre sociale. En 101, Milhridate, nous l'avons vu, avait envoyé une ambassade à Rome; C. Marins, en 98, était allé étudier la situation sur place, et plus tard M. ^milius Scaurus était venu en Asie comme ambassadeur. Mithridate reprochait aux Romains d'avoir proclamé Tindépendance de la Phrygie^ qui, d'après un traité signé par Rome avec son père, devait appartenir au royaume de Pont*. Pour se dédommager, Mithridate avait occupé la Cappadoce, mais Sylla avait rétabli Ariobarzane en 92. Mithridate répondit en chassant de nouveau Ariobarzane, et de plus Nicomède de Bithynie '. Sur la demande de Nicomède, le sénat envoya en 91' une ambassade dirigée par le consulaire M. Aquilius. Aquilius était chargé de rétablir les deux rois sur leurs trônes avec l'appui des troupes cantonnées dans la province et placées sous la direction du gouverneur, L. Cassins\ Aquilius etCassius ne se contentèrent pas de reprendre la Bithynie et la Cappadoce, ils conseillèrent à Nicomède de faire une invasion sur le territoire appartenant à Mithridate'. Ce dernier réclama auprès du sénat, le sénat écarta sa réclamation ^ les ambassadeurs ne voulurent même pas l'entendre ' ; alors il recommença la guerre en chassant de
*) Justin. ,37, 1-4. 35, 1 etseq.
«) App., Mith., 10.
») Cic, de Or., 3, 61, 229.
*J App., MUh., H. Justin., 38,3. cf. Liv., ep., 74.
*) App., AfïM., il. Dio C, fr., 99 B. Justin., 38, 5.
«) Dio C, fr., 99 B. Eutr., 5, 5.
') App , BUth,, 12 et seq.
IV, 7j p. SrLPICIUS RUFIJS. TRIOMPHE DU PARTI DK MARUIS 135
nouveau Ariobarzane de la Cappadoce (88)*. Aquilius et Cassius , sans attendre les ordres du sénat et du peuple, rassemblèrent en toute hàle une armée'; mais Mithridate les prévint, et battit Nicomède sur le fleuve Amnias^.
A ces nouvelles le sénat, qui avait sur les bras la guerre sociale, décida qu'une expédition serait dirigée contre Mithridate. II n'y avait plus d'argent dans le trésor, on vendit des objets consacrés au culte ou déposés dans les temples. Un des consuls de 88 dut prendre la direction de la guerre, Sylla fut désigné par le sort*. Sylla avait alors cinquante ans", il venait de se marier pour laquatrième fois avec Caecilia Metella, la fille de L. Metellus Dalmatiens, ou de L. Metellus Diadematus, et veuve de M. ^Emilius Scaurus^; il n'avait pas encore terminé la guerre sociale, il combattait en Campanie, près de Nola. A ce moment, voulant profiter de son absence, C. Julius Caesar Strabo Vopiscus prépara sa candidature au consulat de 87, espérant que, comme successeur de Sylla, il serait chargé de la guerre d'Asie'. Mais Caesar, qui avait été édile en 91, n'avait pas été préteur, donc sa candidature était illégale* ; c'est ce que firent remarquer les tribuns P. Sulpicius Rufus et P. Antisliiis*. Sulpicius était un jeune homme passionné; n'ayant pas réussi à faire condamner C. Norbanus, il avait résolu de se venger des nobles, et passé au peuple pour devenir tribun ; cependant, en 91 il figurait encore dans le parti des optimates à Coté de Livius ; pendant la guerre, il s'était distingué *°; dans la lutte engagée contre César au sujet du consulat de 87, il se laissa facilement entraîner'* aux voies défait; on les considère
1) App., }tHh., t5. Liv., ep.y 76. Oros., 6, 2. Cf. Ci., Man., 3, 7. 'i App., Milh,, 17.
') App., Mith., 18. Liv., ep.,76. Strab., 12, 3, 40. Memnon apud Phot., p. 230 B [= ///s/. Grœc. Fnigm. Vol. III. p. 541.) *,| App., Milh., 22. 6. c, 1, 55. Vell., 2, 18. '; VpH., 2, 17. Plut., SM//.,r>.
'; Ascon., p. 24. Diod.,37,2.
% Ascon., p. 24. Cic, Har. Reap., 20, 43. Phil., 11, 5, il. ■'; Cic, Brut,, 63, 226.
'"} Cic. Brut., 89, 304. Liv., ep,y 76. *'j Prise, p. 170. 261 H. Cic, Brut., 89, 306.
généralement comme le point de départ de la guerre civile dont Marins et Sylla furent les héros*.
Il est prouvé en effet que Sulpicius était Tiiistrument de C. Marins*. Marius, honteux du rôle secondaire qu'il avait joué pendant la guerre sociale, irrité surtout contre Sylla*, qui se servait toujours d'un sceau sur lequel il avait fait figurer la scène de la reddition de Jugurtha\ Marius voulait de nouveau jouer un rôle actif, et prétendait que lui seul devait avoir la direction de la guerre contre Mithridate*. Pour cela il fallait fortifier son parti; Marius fit proposer par un tribun une loi, tit exules, quitus causant dicere non licuisset^ revocarentur^. Il désignait sans doute par là ceux des chevaliers qui avaient été menacés deTexil en 89 en vertu de la loi Varia interprétée dans un sens contraire à son esprit primitif. Sulpicius, quand cette loi fut proposée, était encore avec les optimates, il fit opposition ; mais peu après nous le voyons prendre la défense de Marius, et soutenir la même loi qu'il venait de combattre ; il lui fallut s'expliquer. Il déclara que par bannis il entendait non ceux qui avaient été exilés, mais ceux qui avaient été chassés par violence, viejectV, Pourquoi avait-il passé du côté de Marius? Marius avait dû lui assurer des avantages, il y eut un compromis, un traité politique entre ces deux hommes. Or, nous croyons que Marius lui confia la mission d'appliquer la loi qui accordait le droit de cité à tous les Italiens; Marius le décida à accorder ce droit sans restriction, comme le demandait déjà Livius Drusus; les chevaliers l'avaient combattu, Marius lui persuada que lui et les chevaliers n'arriveraient au pouvoir qu'à cette condition, Sulpicius dut se convaincre qu'il arriverait plus facilement à la réalisation des projets de Livius avec Tappui des partisans de Marius qu'avec le secours des optimates. Ces derniers d'ailleurs avaient sacrifié Livius, et,
*) App., h. c, 1, 55. Vell., 2, 18.
3) Plut.. Mar,, 32. SulL, 6.
*) Plut.. SulL, 3. Mar., 10. Plin., n. A., 37, 1, 4,8. Val. Max., 8, 14. 4.
^) App., 6. c, l, 55. Diod., 37, 2. 40. Vell., 2, 18. «) Cornif., nd Her., 2, 28.
") Cornif., ad Uer. , id.
IV, 7] p. SULPICIUS RUFUS. TRIOMPHE DU PAhTI DE MARIUS 137
s1ls avaient accordé le droit de cité, ils l'avaient fait avec des réserves, en posant des conditions qui rendaient illusoire le droit de suffrage.
Marius ne paraissait pas encore sur la scène ; il se livrait à des exercices gymnastiques au champ de Mars pour prouver qu'il était encore valide*. Sulpicius présenta trois projets de de loi; il attaquait ouvertement les optimates et s'appuyait sur les chevaliers et sur la plèbe.
Voici le premier : ut novi cives libertinique in omnes tribus dislribuerentur*. Cette loi supprimait l'article de la loi Julia qui concernait le droit de suffrage des nouveaux citoyens, elle supprimait aussi les restrictions de la loi iËmilia de 115 imposées aux affranchis ; elle avait surtout pour but d'assurer les votes «les affranchis et des nouveaux citoyens au tribun qui voulait reprendre les projets de Livius.
La seconde loi : ut vi ejectirevocarentur*, était faite en faveur des chevaliers, nous Tavons dit plus haut.
D'après la troisième, tout sénateur qui aurait plus de deux mille deniers de dettes serait exclu du sénat ^; Sulpicius se proposait alors de donner les places vacantes à des chevaliers.
Sylla revint à Rome pour combattre ces lois ; il s'entendit avec son collègue Q. Pompeius Rufus ; tribun en 100, préteur eu 91, Q. Rufus avait toujours combattu les démagogues et les chevaliers, il s'était lié naguère avec Sulpicius quand ils soutenaient tous deux Livius Drusus^ Sylla et Rufus fixèrent pour tous les jours de comices jusqu'à la fm de l'année des fériés imperativœ^ . Sulpicius n'était pas homme à céder devant
M Plut., Mar,, 34. Diod., 37, 39.
*) Li?., ep., 77. App., 6. c, 1, 55. Ascon., p. 64.
') Cornif., ad Her.y 2, 28. Liv., ep., 77.
*i Plut., SuU., 8.
') Cic, LxU, 1, 2. Cf. de Or., 3, 3, 11.
*y App., h. c, 1, 55, Plut., Sw//., 8. Les ferise imperalivœ sont des f?tes Miraord inaires, exceptionnelles, on les distingue des fêtes mobiles (feriœ ffunceptiras), et des fêtes qui se célébraient à jours fixes (ferise stativœ). Us magistrats revêtus de Vimperium pouvaient seuls en établir, et encore arec l'approbation des pontifes. Elles ont été souvent imaginées, comme pour le cas présent, dans un but politique. Ces jours-là il était défendu de r^iuDir les comices. (Varr., /. /., 6, 29. Gell., 10, 24, 3. Macr., Sat., 1, 4,27. Oc, Pam.,8, U, 1. Cf. Liv., 34, 55.) [N. D. T.]
138 LA mSSOLLiTIOX DE LA RÉPUBLIQUE [IV, 7
un pareil obstacle. Il convoqua des assemblées tous les jours *, et prononça pour défendre ses lois de nombreux et éloquents discours. Sulpicius était un des orateurs les plus éloquents de la jeune génération*. Si les discours no suffisaient pas, il était résolu à employer la violence; lui qui reprochait «-i son modèle Saturninus d'avoir manqué d'énergie, prit une garde personnelle de six cents chevaliers, qu'il appela Tantisénat, et arma trois mille hommes du peuple'; puis, entouré de cette force armée, il somma les consuls de retirer leur édit. On en vint aux mains, le fils de Q. Pompeius Rufus fut tué dans la mêlée, Q. Rufus s'enfuit, Sylla dut rapporter Tédil et supprimer les fériés \
Sylla regagna son camp; Sulpicius fit passer ses trois lois; aussitôt après il déposa^ un nouveau projet en faveur de C. Marins : ut Sullœ i7nperiu77i abrogarelur, C, Mario privato proconsnle provincin Asia et belhim decerneretur Mithridati-
cum^.
Afin d'en assurer le succès, Sulpicius et Marins envoyèrent deux tribuns des soldats dans le camp de Sylla pour gagner les soldats à la cause de Marins; les soldats égorgèrent les deux tribuns''; tous les officiers supérieurs, à Texception d'un questeur, abandonnèrent Sylla, mais les officiers d'ordre inférieurs et les soldats s'unirent pour demander que leur chef — Sylla était pour eux un dieu — les conduisit à Rome*. Les partisans de Sylla chassés de Rome vinrent se réfugier dans le camp. Sylla, sans tenir compte des supplications du sénat qui lui envoya des ambassadeurs, marcha sur Rome avec six légions, entra dans la ville avec son armée — c'était la pre-
•) Cic, Brut,, 89, 306.
«) Cic, Brut., 49, 183. 55, 203. de Or., 1, 29, 131. 2, 21, 83. 3, 8, 31. Har. hesp., \9, 41,
') Plut., Mar., 35. Sw//., 8. App., 6. r , 1. 56.
*) App., 6. c, 1, 56. Plut., Mar., 35. Si///., H. Liv., ep.. 77. Vell . 2, 18.
») App., />. c, i, 55. 56.
«) Vell., 2, 18. Liv., ep., 77. Val. Max., 0, 7. Mil., 1. Flor., 3, 21, 6. Aur. Vict., Vir, iU., 67. 75. Scliol. Gronov., p. 410. Exuper., 3. PIul., Mar., 34. 35. Si///., 8.
') Plut., SulL, 8. JJfor,, 35. Val. Mnx., 9, 7. MU., 1. Cf. Gros., 5, 19. •) App., b. r., 1, 57.
IV, 7- p. srLPir.ius rifus. triomphe dd parti de marius 139
raière armée qui franchissait l'enceinle du pomœrium — et, après un violent combat, chassa ses ennemis \
Le jour suivant les consuls tinrent une assemblée, où ils exposèrent le plan des réformes qu'ils jugeaient nécessaires*; ils convoquèrent aussi le sénat, et demandèrent qu'il déclarât^ onnemis du peuple romain {hostes populi romani) y Marius et douze de ses principaux partisans; en vertu de ce décret, ils seraient hors la loi, quiconque les rencontrerait pourrait les mettre à mort*. Le vieux Q. Mucius Scévola, Taugure, s'opposa seul à ce décret qui allait déclarer ennemi le sauveur de Rome*. Le décret du sénat atteignit* : C. Marius, neveu du grand Marius% qu'il avait adopté', et P. Sulpicius, P. Cornélius Ce- Ihcgus, M. Junius Brutus, Cn. et Q. Granius, P. TuUius Albinovanus, M. Laetorius (ou Plaetorius), enfin Q. Rubrius Varro* et deux inconnus. Un esclave révéla la retraite de P. Sulpicius qui fut égorgé *®. Le peuple condamna par contumace à l'exil ceux qui s'étaient enfuis'^, et prononça la confiscation do leurs biens ^^.
Les consuls s'occupèrent ensuite de la législation nouvelle"; les lois Sulpicisp furent abrogées **sousprétextequ'elIes avaient été votées par violence {pervim); en effet, Sylla avait étécon-
•) App., 6. c, 1, 57. 58. Plut, SuU., 9. Afar., 35. Cic, PhiL, 14, 8, 23. Liv., fp., 77. Oros., 5, 19. Val. Max., 8, 6, 2, Flor., 3, 21, 1. Eutr., 5.4.
*) App., 6. c, 1, 59.
'; Plut., SuU, y 10. Liv., cp., 77. Flor., 3, 21, 8. Schol. Bob , p. 249
*) App , 6. c, 1, 60. 75. Diod., 37, 40.
»; Val.Max., 3, 8, 5.
•) App., 6. r., 1, 60.
') App., 6. c, 1, 87.
•) Liv., ep., 77. 86. Vell., 2, 26. Plut., Afar., 46. Cœs., 1. Nep., Att., 2.
•) Cic, Brut., 45, 168.
••) Liv., ep,, 77. Oros., 5, 19. Val. Max., 6, 5, 7. Plut., Siii/., 10. App., à. cr., 1, 60. Vell., 2, 19. Eulr., 5, 4. Cornif., ad Her., 1, 15, 25. 4, 22, 31. Gc., deùr., 3, 3, 11. Brut., 63, 227. Cat., 3, 10. 24. Ascon., p. 64. Schol., 'jfon., p. 410. Nep., A«., 2.
") VeU., 2. 19.
•«) Diod., 37, 40. App., 6. c, 1, 60.
") Liv., ep., 77.
'*) App., b.c., 1,59. Cf. Cic, PhU., 8, 2, 7.
Iraint par la force à rapporter le décret qui établissait les feriœ imperativae. Ils firent voter les lois suivantes :
La loi Cornelia Pompeia de tribumcia potestate limitait le pouvoir des tribuns. Depuis la loi Hortensia de 287 les tribuns n'étaient plus tenus de soumettre leurs propositions de lois au sénat; la loi rétablit cette obligation \ et coupa court aux agitations dont les tribuns avaient été les auteurs^ surtout depuis les Gracques; c'est à ce moment que les tribuns avaient abandonné la coutume ancienne de faire autoriser leurs propositions de loi par un sénatus-consulte.
Une loi Cornelia Pompeia de comiliis centuriatis réorganisa les centuries et décida que les comices seraient tenus et composés comme Tavait déterminé Servius TuUius*. Désormais il n'y aurait plus d'élections populaires de consuls, de préteurs ni de censeurs, ce qui arrivait fréquemment avec l'organisation actuelle des comices.
Ces deux lois devaient assurer le triomphe de Toligarchie des nobles sur la démocratie révolutionnaire. Les consuls cherchèrent ensuite à relever le prestige du sénat, chef naturel de Toligarchie; on dressa de nouveau la liste des sénateurs {lectio senatus), et on lit entrer dans la haute assemblée trois cents membres choisis parmi les familles les plus aristocratiques '. Il faut bien se garder de confondre cette réforme du sénat opérée par Syila consul, avec celle que Sylla réalisa pendant sa dictature \
Enfin les consuls ne manquèrent pas de songer à la situation matérielle des citoyens; il fallait accorder des faveurs pour se faire pardonner le rétablissement de l'oligarchie. Sylla fonda
*) App., 6. c, 1, 59.
■) App., 6. c, 1, 59.
') App., 6. c, 1, 59. Sylla admit ces 300 nouveaux sénateurs pour compléter le sénat qui avait perdu un grand nombre de ses membres pendant la guerre sociale et la guerre civile. On a calculé que le sénat avait perdu 24 consulaires, 7 prétoriens, 16 anciens édiles, et environ 200 sénateurs. En 91 le nombre des sénateurs était déjà tombé au-dessous du cbifTre de 300. Sylla, pendant son consulat, dut compléter le sénat, comme on l'avait fait après la bataille de Cannes. (A ce moment on avait admis dans le sénat 177, nouveaux membres.) Mais alors le sénat dut compter bien plus de 300 membres. [N. D, T ]
*) App., h. c, 1. 100.
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des colonies*, c'est tout ce que nous savons; les deux consuls firent voter la loi Cornelia Pompeia unciaria en faveur des débiteurs; elle fixait de nouveau le taux légal au fenusunciarium ou bien elle supprimait le douzième de toutes les dettes *. On peut encore attribuer aux deux consuls la loi Pompeia despomii, et la loi Cornelia de sponsu^ ; ils crurent qu'en diminuant les cautionnements^ ils permettraient aux débiteurs de se libérer plus facilement.
Sulpicius était mort avant l'expiration de sa charge* . Aux élections faites pour 87, Sylla sut écarter* la candidature au Iribunat de Q. Sertorius, ardent partisan de Marins; Sertorius était un brave qui s'était distingué dans la guerre contre les fiimbres sous Caepio et sous Marins; il avait servi en Espagne en qualité de tribun des soldats sous T. Didius*; au début de la guerre sociale, il était questeur pour la Gaule {quœstor gaL liens), il avait rendu de grands services à l'État en levant des troupes et des contributions'. Sylla pourtant ne put empêcher l'écbec de deux de ses partisans, Nonius et Servius'. Aux élections consulaires, le parti do Marins fit encore sentir sa force. Le candidat de ce parti était L. Cornélius Cinna qui, après sa préture, avait combattu pendant la guerre sociale en qualité de lieulenant\ Sylla, soit pour ménager sa popularité, soit pour hâter le départ de l'armée qui allait, sous sa direction, combattre Mithridate, Sylla laissa poser sa candidature; il avait d'ailleurs pris ses précautions en lui faisant jurer que rien ne serait changé pendant son absence*®. Le second consul fut Cn. Oclavius, du parti des optimates, mais faible et sans énergie politique**.
• Liv., fp.,'77.
* Fest., p. 3T5.
', Gaj., 3, 123. 124.
*) App., b. c, 1, 60.
*) Plut., Sert., 4.
«; Plut., Sert. y 3. Sali., hist., 1, 55 D. *) Plut.. Sert,, 4. Gell., 2, 27, 2. Sali., hist., 1, 55 D. .•i Plut., Suit., 10.
^1 Liv., ep , 76. Cic, Font., 15, 33.
••) Plut., Sait., 10. Dio G., fr. 102, 4 B. Scb. GroQ., p. 410. Eutr., 5> 4.
«») Dio G , f., 102, 8 B. Vell., 2, 22.
On savait qu*on préparait des pièges aux consuls pour le moment où ils sortiraient de charge. Pompeius était surtout menacé, on prorogea son imperium, en lui donnant la Gaule cisalpine et l'armée du proconsul Cn. Pompeius Slrabo*. A son arrivée au camp, il fut bien reçu par Strabo, mais, probablement à l'instigation de ce dernier, les soldats Tassassinërent*, et Strabo conserva Timperium \ A cette nouvelle, Sylla, qui avait envoyé son armée à Capoue, crut qu'il était prudent de quitter Rome; malgré les renseignements qui lui parvinrent au début de 87 sur les manœuvres hostiles de Cinna, il se pré. para à passer en Grèce*.
L'année 88 est une date capitale dans l'histoire de la constitution romaine. Pour la première fois, les légions avaient désobéi à une décision du peuple, qui était d'ailleurs arbitraire et dictée par l'esprit de parti ; elles avaient forcé un général aimé etillustre à les conduire contre des citoyens,'et c'est dans Rome même que le combat avait été livré ; les légions avaient obéi à leur chef et non à la loi. Cet exemple ne sera pas oublié; on verra d'autres ambitieux s'appuyer sur une armée dévouée pour satisfaire leur ambition; on en verra, comme on vient de voir Strabo, employer l'assassinat pour conser\'or le commandement. Le moment est venu où les chefs de parti vont se combattre avec les armées romaines ; la chose publique sera le prix de la victoire, et ils s'en serviront pour doter leurs soldats dont ils sont obligés d'acheter la complaisance*. Il no sera plus question de liberté, de développement progressif, l'histoire n'enregistre plus que les victoires et les défaites des partis®.
A peine consul, Cinna attaqua les institutions de Sylla; sur son conseil, le tribun M. Vergilius poursuivit Sylla devant les
i) Val- Max., 9, 7. Mil., 2. App., h. c, 1, 63, pense qu'il y eut ud décret de l'assemblée du peuple.
') App., b. c, i, 63. Val. Max., 9, 7. ifi/., 2. Liv., ep., T7. Vell., 2,20.
^) App., b. c, 1, 63.
*) App., 6. c, 1,64. Plut., Sull., 10.
») App., b. c, 1, 55. Plut., SulL, 12. Val. Max., 7, 6, 4. Cic, ia(., 3 10, 2i.
* Sali., f\tt., n.
IV, 7] p. SULPICIUSRUFUS. TRIOMPHE D\] PARTI DE MARIUS 143
tribunaux*. Pendant que Sylla s'embarquait pour la Grèce sans se soucier de Taccusation, Cinna acheté par Marins pour trois cents talents, trahissait son serment et proposait une loi Cormita de novorum civium ac liberiinorum suffragiisj qui était une simple reproduction de la loi SulpiciaV II demanda aussi, par une loi Cornelia de extdibus revocandis^ le rappel des exilés : or les exilés étaient C. Marins et ses partisans déclarés par h» sénat ennemis publics*. Cn. Octavius et quelques tribuns combattirent les propositions de Cinna*; il y eut même au moment du vote intercession ° des tribuns, surtout de Sex. Lucilius* ou Licinius''. Cinna fit procéder au vote malgré Tinlerct'ssion tribu nitienne; alors Cn. Octavius chassa les masses populaires de la place publique, le sang coula à flots, Cinna fui obligé de quitter la ville avec ses partisans*. Six tribuns l'accompagnèrent', parmi eux se trouvaient probablement C. Milonius et un certain C. Marins '°; Q. Serlorius qui n'était pas tribun, les suivit. C. Marins, que nous venons de nommer, élait probablement le personnage désigné plus souvent sous le nom de M. Marins Gratidianus", qui avait été adopté par un part?nt du vieux C. Marius**.
Le sénat, sur la proposition de Cn. Octavius, décida que Cinna avait cessé d'être citoyen; par conséquent, il ne pouvait plus être consul, le sénat supprima ses pouvoirs {imperium), el à sa place on nomma consul le flamine de Jupiter L. Cornélius Merula *'. Cinna se rendit en Campanie à larmée du pro-
t. Cic, Brut., 48, 179. Plat., Sull., 10.
-j App., />. c , 1, 6î. Vell., 2, 20. Gic, PAi/., 8, 2, 7. Schol., Gron., p. 410. Exuper., 4.
') Aur. VicU, Vir, t//., 69. Flor., 3, 21, 9. Gf. App., 6. o., 1, 6i.
•) Cic, Brut., 47, 176. PhiL, 13, 1, 2.
') App., b. c, 1, 64.
V Vell., 2, 24. Gf., Plut., Mar,, 45.
') Liv., ep. 80.
'• App., 6. c, 1, 64. Plut., Mar.y 41. Sert., 4. Liv., ep,, 79. Cic, Cat., 3. 10, 24. Sest., 36, 77. Vell., 2, 20.
'. Liv., ep., 79. Gran. Lie, p. 23 Bonn.
'*) App., 6. c, 1, 65.
"i Cic, Brut., 45, 168. 62, 223. île Off., 3, 16, 67. de Or., 1, 39, 178.
'•) a. App., lier., 100, et Flor., 3, 21, 26.
'■\ App.,^. c, 1, 65. Liv., ep., 79. Vell., 2, 20. Plut., Mar., il.
préteur Appius Claudius*; on venait d'enlever son commandement à A. Claudius, sur la proposition des tribuns, avant le départ de Cinna, on ne sait pour quels motifs*. Cinna gagna son armée, se fit prêter serment de fidélité, et, imitant Sylla, marcha sur Rome; en route, il enrôla des contingents de nouveaux citoyens, il eut jusqu'à 300 cohortes, 30 légions'.
La guerre dite d'Octavius, belliim Octavia?ii(m\ était ouverte; le parti des optimales, divisé en plusieurs fractions, allait subir un grave échec. Octaviuset Merula s'empressèrent de mettre la ville en état de défense; ils appelèrent Cn. Pompeins Strabo, maintenu contrairement aux lois à la tète de l'armée qui occupait la Gaule cisalpine ; Strabo s'approcha de Rome et campa devant la porte colline *. Très peu rassuré sur sa situation personnelle, il voulut obtenir des garanties pour prix de son intervention en faveur de l'un ou de l'autre parti ; sa première condition fut qu'il serait élu consul pour l'année suivante; il négocia, paraît-il, en même temps avec les consuls et avec Cinna*. Cinna gagna ainsi du temps pour organiser ses troupes, et faire sa jonction sous les murs de Rome avec C. Marins'. On connaît les aventures de C. Marins', on sait qu'il avait pu gagner l' Afrique où il avait rejoint son fils adoptif et ses partisans bannis de Rome; de là il était revenu en Italie, et venait de débarquer en Étrurie*.
Cinna et Marins partagèrent leur armée en quatre corps, placés sous le commandement de Cinna, de Marius, de Q. Sertorius et de Cn. Papirius Carbo, le tribun de 92*®. Cn. Pompeius Strabo venait de se décider pour le parti d'Octavius; il
*) Liv., e/)., 79. Cf. Cic, Arc/i.,5, 9.
«) Cic, de Dom., 3\, 83.
^) VelL. 2, 20. App., 6. c, 1, 65. 66.
') Cic, Phil., ii, 8, 23. De div,, 1, 2, 4. Nat, deor., 2, 5, 14.
5) App., 6. c, i, 66.
•) Vell.,2, 21. Gran. Lie, p. 25. Bonn... Liv.,ep.,79. Ob8eq.,56. On».. 5, 19.
') Gran. Lie, p. 23. App., 6. c, 1, 67. Plut., Sert.^ 5.
») App., h. c, 1, 81. Plut., Mar., 35-40. Diod.. 37, 40. Liv., ep., 77. Vell., 2, 19. Gros., 5. 19 Aur. Vict., Vir, i//., 67. Gran. Lie, p. 23. VaL Max., 1, 5, 5. 2, 10, 6. 8, 2, 3. Cic, Scst., 22, 50. Plane, 10, 26. Cf. Corn. Nep., AU. ,2,
•) App., 6. c, 1. 67. Piut., Mar,^ 41.
»o) App., 6. c, 1, 67. Liv., ep., 79. Gros., 5, 19. Flor.,3,21, 13,
IV, 7J p. SLLPICIUS HUFLS. TKI031PIIK DU PARTI liK MARILS 143
livra à Sertorius un preniior combat qui fut indécis'. Marins occupa Oslie*, et Cinna fit occuper la Gaule cisalpine'; de learcôlé, les consuls enjoignirent à Q. CaiciliusMetellusPius, qui combattait encore les Samniles dans le sud, de signer immédiatement la paix\ et d'accourir au secours de Rome'. Rome ne put traiter avec les Samniles qui exigeaient trop; alors Cinua appliqua les principes qu'il avait soutenus l'année précédente, il offrit aux Samniles les avanlages que le sénat ne voulait pas se résigner à accorder; les Samniles passèrent dans le parti de Marins^. Pendant que Metellus était en route pour Rome avec une partie de son armée', son lieutenant Plautius se lit battre par les Samniles*.
Sur les entrefaites. Marins s'était fait livrer le Janicule par trahison, Cinna était venu le rejoindre. Il y eut là un combat terrible avec les troupes de Octavius et de Cn. Pompeius Slrabo : Cinna et Marius durent abandonner le Janicule ^ Les optimales ne surent pas profiter de leur victoire; d'abord P. Slrabo s'opposa à ce que l'on poursuivit l'ennemi '% puis une épidémie venait d'éclater dans son armée, il en mourut luimême peu après**. Le peuple se vengea de P. Strabo, dont les lergiversalions avaient tout compromis ; il maltraita son cadavre au moment des funérailles**. Le sénat se décida enfin à donner le droit de cité sans condition à tous les alliés, même aux dedùii, que d'anciens traités avaient réduits à celle condition, et qui avaient dédaigné les avanlages offerts parla loi PJautia Papiria; cela ne servait de rien, les alliés n'envoyèrent à Rome que 16 cohortes; elles ne comblèrent même pas
*) Oros., 5, il). Oran. Lie, p. 25.
-> Liv., f'p., 79. Gros., 5, 19. Gran. Lie, p. 23. 25. Plut., Mur., ï2.
-I App.. 6. c., i, 67. Gran. Lie, p. 27. VaL Max., 4, 7, 5.
* Liv., c/i., 80.
-) App., h, f., 1, 68. Dio C, fr., 102, 9, 10 B. Gran. Lie, p. 25.
"-) Gran. Lie, p. 27. Liv., ep., 80. App., 6. e, i, 68.
') Graû. Lie, p. 25.
•; Liv., tp., 80.
») App., '/. r , 1, iSH. Gran. Lie, p. 25. Liv., cp.y 80. Vdl., 2, 2t.
•"; «jran. Lie, p. 25.
'•) App., 6. c, 1, 68. PluL, Pomp., i. Vell., 2, 21 Gran. Lie, p. 27.
•2 <»h>e.i., .%. Gran. Lie, p. 29. PluL, Voinp.y i. Vell.. 2. 21. n 10
les vides fails dans l^armée de Cn. Oclavius». Marius pril Antium, Arîcie, Lanuvium et d'aulres villes; il se rapprocha de Rome et s'unit de nouveau avec Cinna, Carbo et Serto- ^ius^
Les optimales étaient découragés; une partie de Tarmée de Strabo avait passé du côté de Cinna du vivant même de son chef*; Octavius en recueillit les débris*, mais les soldats n'avaient aucune confiance en Octavius, ils se donnèrent à Metellus, qui les renvoya au consul; alors le plus grand nombre se rendirent au camp de Cinna*. L'armée des optimales, campée sur le mont Albain, sous les ordres de Octavius, Metellus et Crassus®, était trop faible et trop démoralisée", pour que l'on put tenter une action décisive. Les esclaves de Rome fuyaient aussi auprès de Cinna ; Rome n'était pas approvisionnée, on pouvait craindre que la population de Rome ne se déclarât aussi pour les révoltés ; le sénat résolut d*ouvrir des négociations ; Metellus en fut chargé et dut se rendre auprès de Cinna*. Cinna exigea d'abord qu'on le reconnût consul*; Metellus accepta, mais le sénat, surtout Octavius, qui était superstitieux *% ne crurent pas pouvoir satisfaire Cinna**, avant que Merula n'eût donné volontairement sa démission**. Metellus était d'ailleurs mécontent^ il n'y avait pas d'entente entre les optimales^ quelques escarmouches compromirent les négociations**; il emmena son armée dans le sud, voulant se réserver pour des temps meilleurs *\ Enfin le sénat
*) Gran. Lie, p. 27.
0 App., 6. c, 1. 69. Cf. Liv., ep., 80. Gros., 5, 19. ') Plat., Pomp., 3.
M Gran. Lie, p. 29.
») Plut., Afar., 42. Cf. Liv., ep., 80.
*) App., 6. c, 1, 69; ce Crassus doit être P. Crassus Dives, Cf. Gran. Lie, p. 25. 29.
■) Gran. Lie, p. 29.
") App., 6. c , 1, 69. Gran. Lie, p. 29. •) App., 6. c, 1, 69. Diod., 38, 1.
>o) Plut., Mur., 42. Cf. Cic, de bain., 1, 2, 4. <») Diod., 38,2.
•») Diod., 38, 3.
•») Gran. Lie, p. 29. Vell.. 2. 21.
«*) Plut., Mar., 42.
IV, 7] p. SULPICIUS BUFUS. TRIOMPHE DU PARTI DE MâRIUS 147
se décida à envoyer vers Cinna une ambassade pour lui reconnaître le titre de consul : il était trop tard, Cinna avait amené ses troupes et celles de Marius devant les portes de la Tille; il ne voulait plus traiter avec le sénat, il exigeait une soumission sans condition. Cinna le signifia aux représentants du sénat dans un langage plein de fierté ; C. Marius, qui assistait àTentrevue, lançait des regards farouches, pleins de menaces ^ Cinna entra dans la ville; C. Marius resta à la porte, attendant le sénatus consulte qui lui permettrait de rentrer, Cinna s'empressa de faire voter la loi qu'il avait présentée au début de son consulat, la loi Conielia de C. Mario et ceteris exulibus revocandis *.
Aussitôt que G. Marius fut rentré, commença le massacre hideux des principaux membres du parti aristocratique. Le sénat fournit un grand nombre de victimes'^ on égorgea le consul Cn. Octavius, les anciens censeurs L. Julius Caesar avec son frère Gajus, P. Licinius Crassus Dives avec son fils Pablius, Torateur M. Ântonius» qui était allé chercher Metellus Pins^ ; des sénateurs moins célèbres, comme C. Atilius SerranuSy P. Cornélius Lentulus, C. Numitorius, M. Baebiuset Q. Ancharius'. On exposa leurs tètes sur la tribune aux harangues, leurs cadavres restèrent sans sépulture. On laissa cependant leurs biens à leurs familles'. Marius présidait ivre de sang, entouré de sa garde particulière , les Vardéens, qu'il avait recrutés parmi les esclaves illyriens échappés des ergastula de rÉtrurie'; il leur ordonnait d'égorger tous ceux de ses ennemis qu'il rencontrait. Le carnage dura cinq jours et
*; App , 6. c, 1, 70. Plut., Mar„ 43.
5; Dio C, f., 102, 11 B. Vell., 2, 21. Cf. App., b. c, i, 70. Plul., Mar.. 43. Cic, p red, ad Sen., 15, 38. ad Quir.t 4, 10.
a) Cic, Cat., 3, 4, 10. Nat. deor., 3, 32, 80. P. red. ad Sen,, 15, 38. Eulr., 5, 7. Dio C, fr., 102, U. 12 B. Oros., 5, 19. Sali , hist., 1. 48, 19 D,
*; Gran. Lie, p. 25.
*) App., b, c, 1, 71-73. Plut., Mar.y 42-44. Crass., 4. Liv., ep., 80. Vell., 2, 22. Flor., 3, 21, 14. 16. Cic, Tusc, 5, 19, 55. Brut.^ 89, 307. df Or., 3,3, 10. Sest., 21, 48. PAiï., 1, 14, 34. Ascon.. p. 24. Schol. Bob., p. 299. 356. Schol. Gron., p. 410. Val. Max., 1, 6, 10. 5, 3, 3. 8, 9, 2. 9, 2, 2. Diod., 37, 40. 38, 4. Dio C, 45, 47.
•) Val. Mâx., 4, 3, 44. Vell., 2, 22.
') Plut., Mar., 43. Cf. Flor., 3, 21, U. Aur. Vict., Vir, iU., 67.
148 LA UISSULUTIO.V UK Là HtfDBLKjUli: [IV, 7
cinq Duits'; enlin Ciuna et Sei-loiïus, trouvant que la vengeance de Marins devait être satisfaite, lireal surprendre et égorger pendant leur sommeil les Fameux Vardécns'.
Ce fut probablement un des nouveaux tribuns qui poursuivit le consul démissionnaire L. Cornélius Mcrula et le vieux Q, Lutatius Catulus, l'ancien collègue de Marins; il les accusa de haute trahison'; ils n'attendirent pas le jour du jugement; ils préférèrent se donner la mort'. Le sénat déclara Sylla ennemi du peuple romain {/loslis popiili romani)''. Sa maison futrasée, ses biens confîaqués*, on abrogea toutes ses lois\
A la fin de 87, Cinna se iil proclamer consul avec Marins sans élection'. Le l" janvier, conseillé parMarius et son fils, le tribun P. Popillius La^nas fit précipiter de la roche TarpéieuBe le tribun syllanien de l'année précédente, Sex. Lucilius ou Lucinius'. Les aulrt's tribuns s'étaient enfuis auprès de Sylla en apprenant qu'il les accusait; ils fureut condamnés à l'exil'*. Enfin la mort de C. Marins, survenue le 43 jaitvicr8(>, mit un terme aux vengeances de son parti". A ses funérailles C. Flavius Finibria, qui s'était signalé pendant les massacres en égorgeant un grand nombre de sénateurs", et qui était alors édile, prit des mesures pour faire égorger le grand pontife Q. Hucius Scevola; apprenant qu<^' sa blessure n'était pas mortelle, il résolut de l'accuser devant le peuple. Le procès n'eut pas lieu ■>.
') DioC, fr., 102. 13,14 B.
») Plut..Jfur.,*i. Sert., h. App., 6. c, i, 7S. Oros., 5, 19.
*) App., 6. c, 1, 74 Uiod.,38, \.
') Plul.,jrur.,44. Vell., 2, 22. FU., 3. lM, 15. Kl. Val. Max-, U. \î, 4. 5. Cic, (feOr., 3, 3, 9, Bru(., 89, ;»7. .Val. d(or.,3, 'iî. SU, r«s.,,r>, 19,56.
*) App., JftfAr., 51. 60. 6. c, 1, 73. 81.
•) App., (t. c, 1, 73. Eutr., r>, 7.
') App., 6. c, 1, 73.
'^ Ut,, ^.,80. App., b. t., 1,75. PluU, .Wir., 45. Vell., 2, iZ.
") Vell-, 2, 2*. Liv., ep., 80. Plut., Mur., iô. Dio C. fr., 102, 15 B.
"1 VpII., 2, 24. a. Dio C, fr.. 102. 15 B.
•') App.. 6- e., 1, 75. Plut., Slur., 45. 46. Uiod., 37, 40. Liv-, rp., 8i>.
fil., 2, 23. Kiof., 3, 21, 17. Oros., 5, 19. Aur. Vid., Vit. Ul., «7.
'•) I.iv., .71., 80. Flor., 3,21, U.
Cic. «w. am., 2, 33. Val. M«., 9, II, 12.
IV, 7i p. suLPir.iDS Ruprs. tj\iomphe du parti de mârius 149
Cinna prit pour collègue* un certain L. Valerius Flaccus, ancien édile de 98, qu'il no faut pas confondre avec le consul du même nom de Tan 100. Les partisans de Sy41a s'étaient réfugiés en Grèce auprès de leur chef*, les violences prirent fin ; il y eut à Rome une période de calme relatif dont profita le parti de Marius pour affermir sa domination. On dut supprimer de nouveau la loi Platitia judiciaria, et rendre toutes les places de juges aux chevaliers, puisque immédiatement avant la loi Cornelia de 8i, nous les trouvons seuls investis du pouvoir judiciaire'. On avait déjà supprimé, nous Tavons vu, les lois Comeliaî de 88. On mit à la tête des provinces des personnes dévouées aux consuls : ainsi, en Afrique, le syllanien Sextius/ fut remplacé par C. Fabius Hadrianus^ On alla jusqu'à charger le consul L. Valerius Flaccus de prendre le commandement de la guerre contre Mithridate à la place de Sylla*. Ensuite on prit des dispositions pour assurer au parti de Marius la sympathie du peuple. Avant de quitter Rome en compagnie de C. Flavius Fimbria, qui devait être son lieutenant, le consul L. Valerius Flaccus proposa la loi Yaleria de œre alieno : en vertu de cette loi, les débiteurs pouvaient s'acquitter en payant le quart seulement de leur dette \ Il faut reconnaître que la mesure était jusqu'à un certain point nécessaire : un grand nombre de citoyens avaient perdu toute leur fortune en Asie, et étaient devenus insolvables*. Parmi les mesures favorables au peuple, il faut encore comprendre le procès intenté au jeune Cn. Pompeius, fils de Strabo. On demanda la confiscation de ses biens pour indemniser le trésor de la perte du butin fait à Asculum*, Strabo
•j App., h, c, 1, 75. MUhr., 5i. Plut., Sm//., 20. Vell., 2, 23.
') Vell., 2, 23. fuitr.,5, 7. Gros., 5, JO. Plut., SulL, 22. Dio C , fr., 1<>0, i B.
') Vell.. 2, 32. Cic, in Vf*rr. act,, 1, 13, 37 et seq. Ps, Ascon., p. 99. 102. 103. 145. Schol. Gron., p. 384. . .
•; App., h, c, 1, 62, Plut., Afar., 40.
'-) Liv., ep., 84. 86. Gros., 5, 20. Diod. , 38, 14.
«J App., h. c, 1. 75. Mithr.,bi, Plut., Sm//., 20.
•) VeU., 2, 23. Sali., CVl^, 33. Cic, Font., (fraKm. He Nieb.) I , QÛincU, 4, 17. Cf. Mommsen, Mûnzwesm^ p. 385. •
•) Cic, Ug. Man., 7, 19. Cf. Cœc, 4, 11.
»► Gros., 5, 18.
15(1 n DrssoLimo.N de la HËPLuuyiJt [IV, 7
l'avail gardé pour lui. Gii. Porapeius fut cependant acquitté'; le tribunal était présidé par P. Anlislius. dont il épousa bientôt la fille. Il "fui défendu par L. Marcius Philippus, par Q. Ilortcnsius', et, co qui était plus significatif, par un partisan bien connu de Marins, par Cn. Papirius Carbo'.
On avança l'époquo du recense mont qui eut lieu en 86 et l'année suivante. Les nouveaux censeurs furent L. Marcius Philippus, ancien défenseur des chevaliers à l'époque des réformes de Livius, devenu aussi partisan de Marins*, et M. Perpcrna, filsdu vainqueur d'Aristonicns, ancien consul ilc 92. Ils ne réussirent pas mieux que les censeurs do 89 à dresser la liste des nouveaux citoyens : Ils n'en purent inscrire que 463,000'; or eu 115 leur nombre était déjà de 394,336. On explique de plusieurs manières pourquoi le nombre des citoyens est relativement si pou élevé; d'abord les Italiens négligèrent de faire valoir les droits que leur conférait la lot Plautia Papiria; les fonctionnaires chargés de dresser les Hstes ne s'acquittèrent pas de leurs fondions avec tout le soin désirable'; on n'inscrivit pas les absents', on ne tint pas compte des promesses" faites aux Samnites par Cinna, puisqu'on n'entend plus parler avant 8i de la loi ConieUa de novanim civium et libertinorani mt/frai/tis. Ils dressèrent la liste du sénat*, et exclurent de la haute assemblée"* l'ancien préteur Appius Ciaudius, à qui on avait retiré l'imperium; peut-être fut-il exclu pour sa négligence à dresser les Hslea de nouveaux citoyens. Le prince du sénat fut L. Valerins Flaccus, le collègue dévoué de Marius en 100; il avait été censeur en 97; comme Philippus, il ne cachait pas son tné-
') Piul., Pomp., 4.
•) Plut.. Pnmp.. 2. Cic, Brut.. Oi, 230, •) Val. Max.,5,3, 5. B, 2, 8.
•) Cic, ad AH., a, 3,0.
•) Hieron., ud Citron.. Ivuseb., p, 133, Sclione •) Cic , Arch., 5, 9.
') Cic, ArcA.. 5, 11.
') Liv.,(p., 84.
') Dio C, 41, 14. Val. Haï.. H. 13,4. Plio . n. h.. 7. '•I Cic, de Dom., 32. 84.
IV. T\ r. SL'LPICinS HL'PL'S. THIOMPRK du fAHTI DE H&RIUS 151
pris pour Cinna'. Les censeurs affermèrent aussi les impôts*.
Malgré les eiîorts des censeurs, pendant que' Cînna fut maître de l'État, la situation de Rome fut bien mauvaise : l'illégalité régnait partout', Clnna ne possédai! pas les talents, ni l'énergie nécessaire pour créer des institutions nouvelles adaptées à l'étal nouveau produit par la révolution. MaiLre du pouvoir, il oublia qu'il devait le succès à la démocratie; il ne tint aucun compte, du moins en apparence, de la souveraineté populaire. En 86, sans tenir compte de la loi, il se fit proclamer consul avec Cn. Papirius Carbo, pour l'année 85, el probablement aussi pour 84 \ Les chevaliers profitferent do la situation pour s'enrichir; on donna bientôt aux partisans lie Cinna le surnom de concussionnaires (s/eciiiai-ii)' . Les chevaliers exploitèrent d'abord à leur profit la loi Valeria de wre iilieno', puis ils spéculèrent sur les deniers altérés en vertu ^e la loi Livia^ ; les préleurs et les tribuns de 85 ou de 84, TTOulurent arrêter ce honteux trafic : ils supprimèrent le cours forcé des deniers altérés, el défendirent de s'en servir pour Mus paiements avant d'en avoir fait vérifier la valeur dans «Jes bureaux établis par eux; l'Étal dut retirer ceux qui ■^'avaient pas la valeur exigée. M. Marins Gralidianus publia J* premier l'édit avant ses collègues; le peuple lui témoi- @^a sa reconnaissance en lui élevant un grand nombre de «faïues'.
En 8o, on reçut des nouvelles de tiylla, elles n'étaient pas rassurantes pour le parti de Cinna.
Au moment où Sylla quittait l'Italie, au début de 87, Mithridate avait fait de grands progrès". Il avait batlu M. Aqui-
*} Cic, od AH.,8, 3,6.
•) Cic, in Verr. aceus., i, 55, 143.
') Cic , Br«t.,63, 227. Cf. pt-o (/uinet., 21, fi9.
*) X.iv., tp., 88. Aiir. Vict., Vir. UL, 69. App.,
') -Ascon.. p. 90.
'> Cic., Font.. I, I. yuind., 4, 17.
'> Cic., dpOf.,3,20. 80.
,'' Cic. de Off.y 3, 30, 80. Plin., n. h.. 33, 9. ' *™ - fi^ Ira, 3, 18. Cf. Mommsen, iiimzwesen, a, l ^ **iut.,Su»., 11.
1^)2 LA niSSOUTTlON DE LA RKPmLIoUK [IV, 7
lius\ ot fait ég^orger lo même jour tous les Romains qui se trouvaient en Asie-Mineure*. Il avait mftme gagné à sa cause les îles grecques : Rhodes seule lui avait opposé une énergique résistance'. Il s'arrêta à Pergame pour réorganiser TAsie en vue de ses entreprises futures; il y lit subir de longs supplices à Aquilius, livré par les Miljiéniens*, et finit par le faire mourir d'une mort atroce'; pendant ce temps, son lieutenant Archelaiis battait Bruttius Sura , lieutenant du préteur de Macédoine, C. Sentius, occupait Athènes et le Pirée, et se rendait maître de la drëce presque tout entière •.
Sylla avait d abord envoyé son questeur" L. Licinius LucuUus en (irèce; LucuUus avait ordonné à Sura de retourner dans la province de son préteur*. Arrivé en Grèce, Sylla commença les opérations par le siège crAlhènes ; le tyran Aristion lui opposa une longue résistance, Athènes nt» fut prise que le l*"" mars 86'^ Sylla battit ensuite Archelaiis à Chéronée. puis ilOrchomène en 85*°. DéjàMithridate demandai! àlrailer : Sylla, après avoir pris la flotte d'Arrhelaiis'*, chargea ce dernier de fain» connaître au roi ses conditio îs : Mithridate devait abandonner les îles grecques, Tancienne province d'Asie,
*) Liv., pp. y 77. Jiist., 38. W. i. App., MUh., 19. Memnon apu«l Phot., p. 23<) R. (= hht. (irec, fragm., vol. III, p. r)îi.).
*.i Liv , *'//., 7«. VpII., 2, IH. Flnr., 'A, 5, 7. Eutr., .5, 5. Gros., 6. 2. Aur. Viol., Vir. ill., 70. Cic. FMc ,24.r)7. 25,60. /<7. J^'"-» 3, 7. Val. Max., 9, 2, oxl., 3. App., }ffth., 22. Pliil., Sull., 2'i. Pomp., 37. Dio C. IV., loi B. Momnon.. p. 231.
-*! Liv., '7)., 7S. Wll., 2, 18. Flor., 3, 5, S. Cic, in Vrrr. amts.^ 2, 01, l.')9. liait, ftn<t,, 10,27. App.,3f/7Ar/'/., 2i H seq. Dio«l.,.'n, 38. Memnon., p. 230.
V \V!I., 2, 18. PIul . Lhc,,\. Cf. Diod.. 37, 37.
-') Liv., ^;)., 78. (^ic, h'(j. Man.j 5, 11. Schol Gron,, p. 439. Val Max., 9, 13, 1. Plin., ii. A. ,33, 3, li. /|8. App., MithrhL, 21, 112. •
") App., MUhi\, 27-29. Plut., Sm//., 11. Liv., ep., 78.
') (]\\ Cic, A^ad,, pr., 2, 1, 1. 'i, H. Arch.y Ti. 11.
" Plut., S?///., 11. Viin., 1.2.
•') Plut., S^///., 12-lî. App., Mithv., 31-40. Dio C, fr. 103 B. Liv., vp,, 81.0l>seq...'V\ VHI..2, 23. KIor., 3, ."i. 10. On.s., t), 2. Rutr., 5,6. Memnon. î». 231.
"•I Plur.. S////., 15-21. App.. Miihi ,, 41-50. Dio C, fr. 103, 3 B. Paus.,
1, 20, 4. Liv., /'/>., 82. Voll., 2, 23. Flor. 3, 5, 11. Eutr., 5, 0. Gros., G.