CHAPITRE IIUITIliMF
DICTATLHE DE L. COIINKULS SÏLLA
Sylhi montra unt' ciiiaiité iaoûiV, que ne laissait pas prévoir sa conduite aiitérÎL-uro '. Le Icndoinaiii de la bataille il lit décupiter Marins, Cariitias et Damasippus ', c-l envoya lours tètes avec celle de l'ontius Télésintis", îi Ufella devant I*rénestc; il devait lus montrer aux assiégé» pour leur prouver que la cause dt- Sylla avait délinîtivement triomphé '. Le m<*'mc jour Sylla convoqua le sénat dans le temple de Bcllone, et, pour clfrayer les sénateurs, fit égorger à deux pas du temple, 6 à 8,000 Samniles*, des citoyens romains'. Au peuple, il avait déjà fuit connaître sa résolution de changer la constitution; il avait aussi annoncé que tous les officiers restés fidèles il ses ennemis depuis la rupture des négociations avec Scipion, seraient rigoureusement poursuivis'. Aussitôt les soldats se répandirent dans la ville pour se livrer au plus liï> doux carnage*.
Sylla comprit qu'il Fallait mettre un peu d'ordre dans les cxécuUoQs, afin do n'atteindre que ses ennemis ; sur le couscil du jaune G. ou de M. Mctellus, ou bien d'un pcrsonungc in-
*} Dio C, f., (09 B. Plut., Sua., 30. *) Sd!.. Cat., 51, 32.
*} App., II. 11., 1, U3. Dio C, fr., 109, 4 B.
'} A[ip , b. c, I, ys. Plut., BvU., 30. Dio C, fr., 109,5 B. Dion.,, 5,77. irab., a, i. 11. yv., qi., 88. Sen., de Ben., 5, le. Val. Mu., 9, 2, I. ht.. 3, ;;i, U. Aur. Viot, Yir. «/., 75. Oros., 5, 21. Augual., de Cil.
de Ckm., 1, 12, Ptm ., 3, 7. Ps. Sali, de Kep., 1, 4. 1.0., 1,06.
IV, 8j DICTATUHE DE L. COUNELIUS SYLLA 163
connu, Fufidius (ou Aufidius)*, il dressa une lablo/le proscrils ■tabula proscriptionis) sur laquelle furent inscrits les noms des victimes' ;' le lendemain il on dressa une seconde, puis une troisième». On promit des récompenses à ceux qui égorgeraienl les proscrits, à ceux qui révéleraient leur retraite; on menaça, au contraire, ceux qui chercheraient à les cacher^*. Onpniscrivit non seulement les chefs du parti, Carbo, Marins, Norbanus, Scîpio, Scrtorius, mais dos sénateurs sans notoriété", de riches chevaliers proscrits parce que leur ordre avait été un des principaux soutiens du parti vaincu*, enfin tous les personnages marquants de la nation samnite^ particulièrement détestée parce qu'elle avait fait courir à Sylla le plus sérieux danger. On lit poursuivre par des sicaires ceux qui s'étaient enfuis*. On apportait les tètes dans l'atrium de la maison de Sylla*, puis on les exposait près du forum, au lacm serviiius^^. Sylla permit à ses amis de faire inscrire sur les listes des hommes complètement innocents de toute participation à la guerre; les uns y furent inscrits parce qu'ils élaiGnlriches*',d*autre8 parce qu'il s étaient dangereux*-; ony ioscri\îl môme les noms de personnages qui avaient déjà succombé, afin de légaliser le meurtre*^. Le nombre des proscrits fui d'environ 2,000 selon les uns, de 4,700 selon d'autres témoignages <^.
«)Plul., Su//., 31. Gros., 5, 21, Fior., 3, 21, 25. Cf. Sali., Ilist., 1, il, 21 D. Schol. Gron., p. 394.
•) Liv., ep. 88. Obseq., 57. Aur. Vict., Vh\ ilL, 75. Dio C, fr., 109. 12 B. 47, 3 et seq.
*) App., 6. c, 1, 96. 4, 1. Plut., Su//., 31. Gros., 5, 21.
•) App., 6. c, 1, 95. Plut., Stt//., 31. Cat, Min,. 17. Vell., 2, 28. Cic, Uç. 4, 12. Sue!., Cœ$., 11.
■) Cf. Cic, Bml., 90, 811. Dio C, 47, 11, App., b. c.,4, 44.
•) Cic , CluerU., 55, 151. Ascon., p. 90.
') Strab., 5, 4, 11. Cf. App., b, c, 1, 96.
•) App., 6.e., 1, 95. 4,26.
•) Val. Max., 3, 1, 2. 9, 2, 1. Plut., Cat, min,, 3.
»«) Cîc, Jlo«e. Âm.y 32, 89. Senec, de Pior., 3, 7.
Il) S«U., Cat., 51, 33. HUt,, 1, 41, 17 D. Vell., 2, 28. Val. Max., 9, 2, l. Oros., 5, 21. Plut., SulL, 31. Diod., 38, 23.
•S) Cîc, ChtenL, 8, 25.
") Plut., SulL, 32. etc., 10. Gros., 5, 21. Vell., 2, 22. Cic, Rose. Aw., 8 21.
' **) Flor., 3, 21, 25. Cf. App., *. c, 1, 95. Val. Max., 9, 2. 1.
164 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLlgUE [IV, 8
Ces exécutions faites sans jugement et souvent sans motifs empruntés aux faits de la guerre civile, furent désastreuses pour le respect des lois ; les innocents furent persuadés qu'ils ne pouvaient plus compter sur la justice*; i] en résulta une démoralisation générale, on viola les liens les plus sacrés de la famille*, il se forma, au milieu du désordre, des caractères comme celui de L. Sergius Catilina '. Catilina se distingua par les ingénieuses raffineries de tourments au milieu desquels il fit périr M. Marins Gratidianus*, qui était préteur pour la seconde fois^ On envoya aussi la tète de Marins aux assiégés de Préneste ; peu de temps après les habitants de Préneste rendirent leur ville à Ofella; C. Marius se donna la mort*. Sylla fit enccue égorger sans pitié comme sans distinction les Samnites, les Prénestins, et les officiers romains qui avaient pris part à la défense \
On ne peut excuser Sylla ; on peut seulement plaider les circonstances atténuantes, en rappelant qu'il avait dû attendre six longues années pour satisfaire sa vengeance, et que le danger auquel il faillit succomber devant la porte colline redoubla encore sa haine. Voilà pourquoi il se vengea honteusement du vieux Marius, en violant son tombeau, en dispersant ses ossements*. Sylla était d'ailleurs persuadé qu'on ne pouvoit ramener la noblesse au pouvoir, qu'en faisant disparaître radicalement le parti opposé.
(Juand il apprit la reddition de Préneste, la mort de C. Marius, la prise de Norba, dont M. /Emilius Lepidus, alors préteur®, s'était rendu maître par trahison *% Sylla prit le
» Cic, df Dom., 17, i3.
*) Liv., ('p.,89. (iran. Lie, p. :VJ.
3) Q. Cic, dt^ Pet. com., 2, 9.
*) Plut., Sun., :V2. Liv., Q>., 88. Sali., //iV., 1, 30 D. (J. Cic, Pet. cons., 3, 10. Val. Max., 9, 2, 1. Ascon., p. 84. 87. 90. Sen., de Ira., 3, iS.
^) Ascon., p. 84. Val. Max., 9, 2, i.
«) App., i>. c , 1, 94. Diod., 37, 40. :58, 18. Plut., Mar., 40. SulL, 32 Sli*ab., 5, 3, 11. Liv., .7)., 88. Vell., 2, 27. Val. Max., 6, 8, 2. Aur. Vicl.. Vi>. î7/., 68. Eutr., 5, 8. Gros., 5,21.
') App., b, r., 1, 94. Plut., Sm//., 32. Val. Max., 9, 2, 1. Lucan., 2, 193. Oros., 5, 21.
») Cic , de Lg., 2, 22, 56. Val. Max., 9, 2, 1.
») Cic, in r»T/-. accus., .3, 91, 212.
>«) App., 6, c, 1, 94.
surnom de Felix^ ; il donna aux deux enfants qui naquirent alors de Metella les noms de Faustus et de Fansta^. Le sénat poussa la complaisance jusqu'à ratifier tous les actes du consulat et du proconsulat de Sylla; il décida aussi qu'on lui élèverait une statue équestre toute recouverte d'or : on la dresserait devant. les rostres, et elle porterait cette inscription : L, Cornélius Sulla Felix\ La flatterie alla plus loin, on donna à Sylla les noms de Faustus et de Epaphroditus ^
Sylla avait pleinement réussi ; son étoile l'avait conduit au succès, au milieu de difficultés sans nombre. Les provinces ne firent pas grande résistance : L. Marcius Philippus, lieutenant de Sylla, battit en Sardaigne le préteur marianien Q. Antonius Balbus, et s'assura de la province\ Carbo avait passé en Afrique, mais n'y trouva plus le préteur C. Fabius Uadrianus : les habitants de la province s'étaient révoltés contre lui à cause de ses exactions et l'avaient brûlé vif dans son prétoire*. En Sicile il y avait encore un préteur du parti vaincu, M. Perpenna\ fils du censeur de 86. Il suffit pour les réduire d'envoyer contre eux le jeune Cn. Pompée*, devenu le favori de Sylla'; il lui fit épouser, après l'avoir fait divorcer avec Antistia, itlmilia, fille que Mélella avait eue de son premier mariage avec M. yEmilius Scaurus^^\ Le sénat se chargea de légaliser les pouvoirs remis à Pompée : il lui fit donner son titre par les comices curiates*^ L'Espagne était au pouvoir du préteur Q. Sertorius, qui avait abandonné Scipion et
') Vell., 2, 27. Val. Max., 6, 9,6. Plin., n. /t., 7, 42, 44, 137. Aur. VicL, V»>. m., 75.
*) Plut., Suit,, 34.
')App., 6. c, l,97.Cic.,PAî7.,9, 6, 13. Vell., 2,61. Mommsen. I. L. A.,
|)Diod.,38, 18. Plut., Sm//., 34.
"} Liv., ep,, 86. Mommsen. Aîûnzwesen, p. 596.
*) Liv., ep., 86. Oros., 5, 20. Cic, in Verr, accus.y 1, 27, 70. 5, 36, 94. ^*s. Ascon.. p. 179. Val. Max., 9, 10, 2. Diod., 38, 14. ) Diod., 38, 17. Plut., Pomp., 10.
') App., 6. c, 1, 95. Plut., Pomp , 10. Zon., 10, 1. •J Sali., Hist.,5, 13 D. Val. Max., 5, 2, 9. Aiir. Vict., Vir. UL, 11. ") Plut., Pomp., d.Sull., 33. Zon., 10, 1. "i Liv., ep., 89.
JGG LA DtSSOLI'TION DE LA BÉPURLIOI'E [IV, 8
NorI>aniispr>D(lant que le promit-r négociait avpcSylla en 83'. Svlla envoya coiilre lui le préleur (',. Anuius Luscus'.
Vainqueur parloul, Sylla se mit k l'œuvre pour rétablir l'urilre dans l'Etat. Toute sa politique consistait à donner le pouvoir aux nobles, c'était une idée malheureuse. La noblesse, depuis la seconde guerre punique, avait donné trop de preuves de son incapacité politique; non seulement elle s'était affaiblie par des division.*:, par les guerres civiles, mais son influence sociale avait été déplorable : l'immoralUé de ses membres les plus en vue avait ruiné son prestige. Sans doute aujourd'hui elle n'avait plus d'adversaires; mais, pendant la lutte, les vainqueurs s'étaient déconsidérés en déplovant contre les vaincus une hideuse cruauté; les ambitions personnelles, avides surtout de jouissances, s'étaient encore développées : il y avait là le germe d'une réaction cl de nouvelles guerres civiles. Sans doute Sylla était de bonne fol ; il croyait que le parti des nobles avait toujours défendu et défendrait toujours l'ordre social; il oubliait que les moyens employés pour assurer le triomphe de la noblesse, avaient d'avance empoisonné les principes vitaux des organes politiques qu'il voulait rappeler à la vie*; enfin il était convaincn qu'en réformant la constitution dans le sens oligarchique, il la ferait durer. Il est incontestable que Sylla prit bien les mesures nécessaii'cs pour assurer ce résultat: d'une part, il fit disparaître certaines institutions devenues, par leur développement naturel, dangereuses pour l'oligarchie, ou bien îl les modifia de manière à les rendre inofTensivcs ; d'autre part il en créa de nouvclleB qui devaient garantir aux optimales la durée de leur influence et de leur action gouvernementale.
Pour donner un caractère légal k ses transformations cods- Ulutionnelles, Sylla voulait être inresti d'un pouvoir absolu, mais régulier. Il quitta Home, et écrivit au sénat qu'il jugeait "" opportun de nommer un interroi. Le sénat désigna L. Valerius FIbccus, princt> du sénat, qui s'itait appliqué h jouer un râle de conciliation dans les derniers événements. Sylla lui demanda
r') Plut., S.-r(.. 11. ApiK. b. 0.» AJà •) Plat., S<rt.. 7. jK
•) Cic, OoM. Am-. 47. 136. ^H
BS. Oer., 101. Exup., 7. 8.
IV, 8] DTCTATURE DE L. CORXELIUS SYLLA 167
«iiissitAt de faîro oonnaîtro au poiiplo la nécossît^î rrune dictalurc; il fallait non pas un dictateur ordinaire, mais un dictateur qui conserverait le pouvoir absolu aussi longtemps qu'il lo jugerait nécessaire pour réorganiser le gouvernement de Rome, de lltalie et de l'empire tout entier; il ajoutait qu'il se croyait capable de remplir cette fonction au mieux des intérêts de la République*. Le peuple comprit l'invitation qui lui était faite, et s'empressa de satisfaire le désir d'un personnage qui était soutenu par une puissante armée : sur la proposition de L. Valerius, Syllafut nommé, pour une durée indéterminée, fjictator legibfts scribendis et reipuhlicîe comtitueiidœ* . La loi Valeria confirmait le séuatus-consulte qui déchargeait Syllade toute responsabilité pour les actes de son consulat et de son proconsulat; elle l'autorisait aussi à prononcer la peine de mort, à confisquer les biens, à fonder des colonies, à supprimer ou à créer des municipes', à disposer des royaumes placés sous la dépendance de Rome. Sylla eut bien soin de faire confirmer par les comices curiates les pouvoirs que lui avait conférés le peuple.
Malgré toutes les précaution? prises, le pouvoir confié à Sylla était une tyrannie illégale; les écrivains lui donnent les noms de ixcvof/ta, ^«Xsfa, Tupavv{;*,V/<? ref/man, rpf/alispotestas, dominatio^. et ils ont raison. La dictature de SvIIa'diiïérait de rancienno dictature supprimée en fait depuis 120 ans*^ ; en effet rancienne dictature né pouvait être instituée que pour un but particulier, et pour un temps limité : ses pouvoirs et sa durée étaient également déterminés. Le dictateur avait un pouvoir absolu sur le peuple [magister populi)\ mais il restait le serviteur de l*État {res puèlica); Sylla, au contrains se faisait
•) App., b. c, 1, 08.
*) App., h. e., 1, go.
') Plul., Sun., 33. Cf. Cic, de Leg. agr., 3, 2, 5 et seq. de Leg., 1, 15, 42. SaU., Hiit., 1, 41, 13 D.
*) App., 6. c, 1, 3. 82. 00. 101. Dion., 5, 77. Sali., liist., 1, H, 1 D.
») Cio., All.,8, 11, 2; Qif., 2, 14, 51; ffar. resp., 25, 5t. Sali., /fis/., 1, 41. 2D. Om., S.21.
•) Vell., 2, 28.
n Cr. Cie., de Mi., 3, 22, 75.
proclamer maître absolu de TEtat {magister reipublicœy. La dictature ne lui avait pas été donnée \iBX ItiXoi de dictature creando, elle ne reposait pas sur les traditions [mos majorum) ; elle lui était conférée par la loi Valeria, qui n'était pas même une loi ; en effet, elle n'avait pas été votée dans les conditions ordinaires; d'après les coutumes, le premier interroi n'était pas nommé pour réunir les comices, il n'en avait pas le droit*. L. Valerius pouvait invoquer un précédent, celui de Sp. Lucretius Tricipilinus ', mais dans ce cas il aurait dû convoquer les comices pour nommer des consuls, non pour faire un acte législatif ^ Autre illégalité : le dictateur devait être nommé par un consul, non par un interroi^; donc, bien que les augures eussent été favorables^, on avait violé la loi de
*) Cic, de Leg. agr,, 3, 2, 5; in Veir, accus,, 3, 35, 81. Cf. Phil., 5, 6, 17.
') On comparait l'État à une famille dont le roi était le père. Or une famille, quand elle perdait son chef, était considérée comme funes(a pendant le temps qui s'écoulait entre la mort et les funérailles du chef. De même l'Étal, après la mort du roi, est dans une situation funesta^ il est défendu de traiter aucune affaire politique, les jours sont Ti^/lfi^^i jusqu'au moment où les funérailles ont été célébrées. On ne pouvait /lonc réunir les comices pendant cette période. [N. D, T.]
^) Sp. Lucretius Tricipitinus fut nommé interroi après l'expulsion de Tarquin le Superbe; il réunit les comices pour nommer les consuls; sous sa présidence furent élus L. Junius Brutus et L. Tarquinius Collatinus. Cette convocation des comices par l'interroi n'était pas contraire aux institutions primitives pour deux raisons ; d'abord les jours qui suivirent rexpulsion de Tarquin no pouvaient pas être considérés comme nefasti ni comme fiinesti, puisque Turquin n'était pas mort; ensuite il n'est pas certain que Sp. Lucretius fût le premier interroi. On peut admettre que L. Junius Briitus avait été interroi, et que Sp. Lucretius était le second, ayant par conséquent le droit de convoquer les centuries. [N. D. T.]
^) L'interroi était le dépositaire temporaire de Yimperium et des aiispida publica ; il n'avait pas de pouvoir (imperium) propre, puisque ce pouvoir n'ai'ait pas été sanctionné par la lex curiata. Aussi il ne pouvait en user que pour un seul objet, faire procéder à l'élection du nouveau roi, et sous la république, à la nomination des consuls. Cette tradition a toujours été respectée jusqu'à l'époque de Sylla. (Cic, de Leg. a{/r.,3, 2, 5; de Leg., 1, i5, 42.)[N.D.-T.]
*) Cic, AU., 9, 15, 2. Cf. Dion., 11,. 20 qui se trompe. Le droit de nommer un dictateur était un attribut de la puissance consulaire {potesias consularis, Liv., 27, 5). Les tribuni militum consula'ri potestate eurent aussi ce droit (Liv., 4, 31) ; mais ni le préteur (Liv.. 22, 8.; Plut., Mare., 24 se trompe) ni l'interroi ni le dictateur n'eurent jamais ce pouvoir [N. D. T.]
•) Plin., n. A., 2, 5i, 55, 144.
toutes façons, les pouvoirs confiés à Sylla étaient illég«iiix*. Sylla porta d'autres atteintes à la loi : il se fit précéder de vingt-quatre licteurs dans Rome*, il prit une garde personnelle*. Il respecta cependant la tradition sur un point*, il nooiraaun maître de la cavalerie, qui fut L. Valerius Flaccus*. Il se mil aussitôt à l'œuvre pour réorganiser TÉtat romain. Il prit pour cela la voie administrative, la loi Valeria Vy autorisait; il prit aussi la voie législative, et fit accepter les leges Corneliae*, c'était surtout pourles faire voterqu'il avait demandé la dictature. On ne peut pas admettre que toutes les mesures prises par Sylla se trouvaient légalisées d'une manière générale par la loi Valeria, il fallait pour chacune d'elles une loi spéciale'; la loi Valeria avait approuvé les proscriptions, les exécutions faites en vertu de la proscription, comme les confiscations de biens; et cependant Sylla avait cru nécessaire tic faire à ce sujet une loi particulière, la loi Cornelia de proscripiione qui renfermait des dispositions spéciales sur les biens et les enfants des proscrits*. Sylla opéra sa réforme législative en supprimant d'anciennes lois, en eu faisant de nouvelles*. Nous n'avons pas malii. creusement la chronologie exacte des ados législatifs et administratifs de Sylla; mais nous avons
•) Cic, de Leg, «^r.,3, 2, 5. Gicéron appelle la loi Valeria non seulement inifjûsimi lex^ mais lex dissimillima legi^, [N. D. T.]
*) Liv., ep., 89. Le dictateur, réunissant les pouvoirs des deux consuls, pouvait se faire accompagner de 24 licteurs quand il était en campagne, ou hors de Rome; mais à Rome, pour distinguer le pouvoir (imperium) dictatorial du pouvoir consulaire, on ne Tautorisait à prendre que 12 licteurs, comme les rois. (Lyd., de Mag,, 1, 37. Cf. Liv., 2, 18. Dion., 5, 75.) [N. D. T.]
*) App., 6. c, 1, 100.
*) Oq ne cite que trois dictateurs qui n'ont pas eu de maître de la cavalerie : M. Fabius Buteo, qui fut investi de la dictature dans des circonstances anormales , pour procéder à la rédaction de la liste sénatoriale {senaim legendi causa) ; M. Claudius Glicia, un incapable qui abdiqua immédiatement; et César pendant sa première dictature. Le Magister equitum était reconnu nécessaire à ce point que quand il venait à mourir le dictateur défait en nommer un autre (su^ec^Mî). [N.-D.- T. 1 ... 5) FasU cons, I. L. A., p. 439.
•) Cic, PAi7., 1, 7, 18.
*) Schol. Gron., p. 435. Cf. Cic, in Ven\ accus. ^ 3, 35, 82. •) Cic, Rose. Am.^ 43, 125; de Leg, agr,, 3, 2, 6. ») App., b. c, 1, 100. Tac, Ann., 3, 27, .
170 LA DISSOLUTION DE LA BÉPCRLIQCE [lY. 8
(les in(Hcalions;en les ronfronlant avec les lois ellos-m^^mos et leur objet, nous pouvons rnconslilucr avr>c une certaine vraisemblance rhistoirjO do la dictature syllanienne. Ainsi les lois dont partent Appion' et Tite-Live', immédiatement après avoir raconté l'élabtissemont de la dictature, ont du être proposées au moment où se faisaient les préparatifs ilutriompbc'. c'est-à-dire avant la date du 27 janvier 8! '. On peut l'aflirmer en tenant compte de la place qu'occupent ces lois dans le» deux auteurs, et aussi d'autres raisons sérieuses.
Nous savons que lo jour d'entrée en fonctions des tribuns continua à être fixé au 10 décembre par la nouvelle constitution ; nous savons aussi que le tribunal ne Fut pas suspendu pendant la première année de la dictature ; il est donc probable que la première loi présentée par Sylla fut la loi Coniflia de tribimkia potestate ; pendant son consulat il avait jug'é absolument nécessaire de faire une loi sur ce sujet, il considérait comme indispensable de limiter le pouvoir des tribuns pour rétablir te pouvoir des nobles. La nouvelle loi de Sylla allait beaucoup plus loin que celle de 88 supprimée par Marins et SCS partisans; elle ne se contentait pas de limiter Tinitiativc législative des tribuns, en les obligeant à faire approuver d'abord leurs propositions par un sénatus-consulte'; mais noua ne pouvons pas marquer d'une manière précise quelles furent les dispositions nonvelles* introduites dans la loi faite sous la dictature. Il parait qu'on subordonna le droit reconnu aux tribuns d'accuser un citoyen devant le peuple^ à l'autorisation préalable du sénat. Elle limita aussi le droit d'intercession'; comme à l'origine de l'institution tribnnitienne» les tribuns ne purent en user que pour défendre les porticnliera contre l'arbitnûre des ma^strata* {auxilii latio adverma tm-
') App., 6. c, 1, 100.
■) Lir.,{p., 89.
*) App., 6. c, 1, ».
*) FoMl. IrtMqiA., t. L. A., p. WD.
■) Lir., ep. 89. Cf. m rtMor^Uo dM MMk, * Ami., I. L. A..
IV, 8] DICTATURE DE L. COBSELItS SYLLA 171
pfiriinn ); le tribun qui ne so conforme rail pas h la loi nouvfiU; sur ce poini, serait condamné à une amenflo*. Sylla Yimiait faire du iribuuat un instrument docile du sénat; on découvre bien son intention dans celle disposition de la loi qui ordonnait de choisir les tribuns parmi les sénateurs* ; cl dans cette autre qui excluait des charges cuniles tous les »énaleura qui auraient accepté les fonctions Irîbunitiennes'. bès lors qui accepterait les fonctions de tribun? les sénateurs sans talent, sans ambition : le nouveau tribunal n'était plus que l'ombre de l'ancien [imago sine ri'Y.
Sylla ne jugea pas nécessaire de faire revivre la loi de 88. par laquelle il avait rétabli les centuries de Servius; il n'avait plus besoin do cotte réforme pour diriger les élections; il préféra régler à nouveau les conditions du curxm hotni'um pour les nobles. La loi Cornelia de mafjhtratibtta rétablissait les dispositions de la lex Villia annalîs' pour le consulat et la préture, les deux grandes magistratures dont les titulaires possédaient l'imperium : nul ne pourrait ^Ire consul avant d'avoir été préteur, nul ne pouvait être élu préteur avant d'avoir exercé la questure. Le minimum d'Age exigé pour la questure fut fixé à 30 ans '. Pour ce qui concernait le consulat, Sylla supprima la loi de 151 qui défendait la réélection" , mais décida, conformément au plébiscite de 3t2 qu'on ne pour-
■} De, in Trrr. aeau,, 1, 60, 155.
•) App., *, c, 1, 100. Cf. Dio C. 37, 9. 'j App., b. e., 1, 100. AscoD., p. 78. Pi. Ascon., p. 200. •i VilL, 2, 30. Cf. Dion., 5, 77. Sali., Hiai., t, il, 23. 3, 01, 3 D. Vs. Au»., p. 103.
*) Ln da tribun L. VilUoi de 180, roir plus haut tome I, page 511, *) AnDt Sylla on pouraît briguer la questure quand on avait aeiTi pendant dix iiH i l'année. Or le aerrk» militaire commençait & diz-eept ans, depuis 218 <» pounit mine compter aea années de serrice à partir de seiie ou ataede qainn ans, de lorta qo'on poanit so Taire nommer questeur A -^^ * "t ana. Ti. «t C. Ofaechas avaient cet Age quand ils
I Ikllait avoir trente ans 3 la première année (emno m) £H9BB9HHB^HBBP^^ffir: il ^tail dans sa trente et BDÎtara annfte. (Ci^^. df £«9; «gip., it^î^ Of-t 2, 17.). C'éUit la loi Ch»I>b qui avait élevé l'Age l^gal A 30 ons.tN.'D. T.} ') Voir plus haut, tome I, page 571.
172 LA Dissoi.rrioN ne la HËprBLicr)^ HV. 8
rail t''trp rûélu cnnsiil qii'aprôs un inlnvalie *!o dix ans'. IVlli' Ini l'st ccriaiiieini'iit îles |Homi('is temps tic la (liclatiirc; cjir Sylla iliri^oa les (iIortioiisr<n)sulaiivM et pnîlfiricnucs faîles vn 82 pour 81 : Q, LiirnHiiis (>r<'lin.(|ui n'avait ûlO ni questtriir ni préteur voulait »i: fain' iioniim>r consul : Sylla lo lit assassiner pul)lii]uonipn( par L. Aiuiiiis llollienus, l'om-to de <latilinu'. Ou ni! pimt corlainemonl pas n'purk*r cet iiiciiUml aux électious qui eurent lieu pour l'année Kl). Les consuls élus furent M. 'l'ullius Decula, qui avait échoué piécédemment quand il avait brigué rédililé', el f<n. Cornélius Ilolaliella X'». filins.-. il avait eu uu coirnuandenient ilans l'armée syllaiiionn<> qui livra le rombal de la i'orle-Colline'. -Nous iic savons presque rien dt: leur ailminislratiiin, slnou qu'ils prirent la défense des intérrils du trésor en refusant d'exécuter certains sénatus-cousullcs qui avaient ordonné la vente, dans de mauvaises rondilions, de propriétés piddiquos '. On comprend que tous les magistrats élus furent choisis dans le parti syllanien^; parmi les préteurs on signale un C.n. (^rnélins Dolabclla qu'il iic faut pas confondre avec le consul du même nom'.
Le sénat devait être le pivot sur lequel reposerait la nouvelle constitution, Sylla voulut augmenter lo nombre do ses membres; il fallait eu oITct qu'il comprit plus de membres* pour justifier t'imporlancc qu'on allait lui donner; ou y fît entrer environ trois cents membres nouveaux choisis parmi les chevaliers*, et on fil approuver les nouveaux choix individuellement par les tribus'*. Il est cependant difficile d'adniellre que les comices par tribus furent appelés à désigner les trois cents nouveaux sénateurs; une telle opération électorale eût
■} App., 6. c, 1, 100. Cf. Cic, ik Leg., 3. 3, 0. Cffii., b. c, I, 32. Diu C, 40, 51. Voir tome I, page 2T7 elseq.
■J App., 6. e., 1, 101. Plul., 5u/f., 33. Liv., tp., 80. Ascon.. p. 93. Cf. Dio n., 37, 10.
») Cic, Plane., 21, 51.
«) Plut., SuU., 28. 29. Cf. Ahod., p. 73. 26. -
") Cic, de leç. agr., 2, U. 36 st wq.
•) Sali., Hiil., 1, 41, 21 D.
"•} Ck., Quinet., 2,0. 8,30.
■) Cf. App., b. c, 1, (03. 0rol.,5,2Z.Eatf.,S,8.
*} Liv., ep., 80. Cr. Cic, Bow. Am., 3, 8. Uioa., 5, 77.
'•) App., *. c, 1, 100.
IV, N] DtlTATUIlE liE r.. npKXBI.IlS SVI.L.A ll-i
ili- trnp li>n;,'iR> ; il csl probablo <iue cliaqiic tribu, commo cela -•"•tJiil fail priiir la loi l>l»uli.a judiciana,i^iU ii (lrsij;ii(.'r un cimtniii membre do rbo valions. Il par cxcnipli' t'.l y 'l'i;='tl'») sur iiuo lisli' drossée par Syila, UappriK-lnmn ri's di-ux faits : peiiiliiiit sou cousutat Sylla avait proposil ilc rotnpIûU'i' le si;nal l'ii rtioisisMant uuiqucinciil dos iinblos: dcvcuti ilirtati-ur il a jilii-i «{ue jamais rintenlimi d<- favoriser l'aristncralio c-l de lui rkssuriT Imite rinlIuoiK-c politiipit^'; nous somiuos obligés de ip-ntlure ipi'ii a du avoir di.'fi raismis parti(iilii;n'sp(iiir prendre li-< iiuuvvaux séiiaU'urs dans l'ordiu des cliovaliers. (les rai- •oiis, nous les trouvons fariteinent dans tes faits liistorlipios (ii-s di-ruicrs temps : (<. riracchus avait songé à composer les tribunaux avec les trois cenls sénateurs et trois lents rliovali«*rs: M. Livius Drusas avait proposé une traiisai:liiin senililable en faisant entrer (rois cents elu-vaiiers au sénat; il 'Ifvii-nt dès lors très proliablo qnr Sylla eut l'idée de clioisir !■?!« nouveaux sénateurs paruù lescbevaliersan iniinientniônie m il [trési'nta sa l^x Cornelia jndiriarm. Les chevaliers, qui 'Lvaimtl conservé les places de ju^es malgré la loi Plautia nu [iluti'it parce que la loi riautia avait été rajiportée par les Mariiiniens, les chevaliers reliaient enlin les places de ju^es aux s^'nati'urs'. Ou peut donc admettre que Sylla s'in s [lira pour la réforme judiciaire des idées de conciliation émises \i&v M. Livius linisus : il fît entrer des chevaliers daus le séuat, fl. cuiiformément k la loi l'iaiilia, il laissa le choix des nouveaux sénateurs aux tribus. Il est donc probable que Sylla opéra la réforme judiciaire au début de la dictature, etqu'ello Alt corrélative de la transformalloa subio par le sénat*. Il est certain aussi que la loi judiciairo fut présentée avant la loi de i'tginii qumtort'Aus*. Un nous dit cependant, les témoi^'uages sont fonnelB, que les tribunaux organisés par Sylla uc furent maintenusque pendant dix ans*, et qu'on les supprima en 70, donc la loi judiciaire serait do 80. Nous soutenons qu'il n'y a
'f V«II., :;. 32. Oie, in Yerr. ad., i. lH. .(l. 38. Pb. Ascoii,, p. 9i>. 102. 10*. 115. HB. 161. Schol. Oron., p. 3S4.426. ■) tJ.. C\e.,Brut., 00, 311.
■) Tm., Ànti.. U, li.
17i LA DISSOLLIIUN IJR LA Ulvl'L"ULI(,iUE [IV, 8
par lii une preuve siiflisaaio pour pcrmcUro «l'inrirmcr ce que DOiis venons de dire : les tribunaux ne furent pas orgaoiséâ immédiatement après le vote de la loi judiciaire, mais après le vole des lois criminelles ; lu procès de Sex. Uosclus ', en 80, fut le premier procès plaidé devant les nouveaux juges'.
La noblesse avait.de tout lemps, exercé une grande influence au moyeu des collèges sacerdotaux de!pontifcs, d'augures et de drcemiiri sacruriim ; aussi elle avait vu de 1res mauvais œil la loi Domitiaih sacei'dotiis de 101, qui ailmettail le peuple à Félcclion des prêtres et limïlail la cooptalion : elle avait appliqué aux grands collèges sacerdotaux ce qui se pratiquait pour l'clecliuu du grand ponlife, à lafjuello le peuple prenait part. Sylla supprima \v plus liU possible la loi Duniitia, cl fit voter la lid Conu-lia du sacerdotiix' . II n'enleva pas au peuple le droit déjà très ancien de concourir à l'élection du (i^rand pontife '. Un article de la loi augmentait le nombre des prêtres des trois grands collèges, il était porté à 15^. La loi sur Ii^s sacerdoces dut èlre présentée en même temps que la précédente : Tile-Live eu parle comme d'une des conséquences immédiates de la loi qui avait doublé le nombre des sénateurs. Quel avait été le but de Sylla'.' problablemciit de fournir à certains sénateurs nouveaux l'occasion d'entrer dans ces collèges, le sénat ayant un grand respect, une grande estime pour les fonctions religieuses. On nommaimmédiatement les nouveaux titulaires : Q. Cscilius Métellu.>t Pins fut élu grand pontife à la place de 0- Hucius Scevola*. Il faut bien se garder de croire
') Oeil., 15, 28.
■) Cic, Roâc. dm., 5, 11. 10, 28. Scliol. Gron., p. 427.
*) Dio C, 37, 37. Pb. Akod., p. 102. Plut, m trompe, Cmt., 1.
•) Cic, de Leg agr., 2, 7, 18. ■
•) LW., q).,89.,Aor.Vict.,.Vfr. iU.,75.Ser»,(i<li(i.,6. 73. Cf.Tâc., ilim., 6, 12, SoiM lei rcni le nomibn du uigum était probablement de qiiatn y mmprii la ni; mhh la République, juiqu'à la Joi Ogulnïa de 300
Il y eut nx au
; ^Mta Ml, neuf. SfUa en ajouta >ix, Ctsar dicidft ■BBBSQHABIBVuititra, 'il y «n eul irnljor>l ('
pvi» huit «fiA» la UÀ Oj^tnia, et naur probablement ù partir dv 353, (|>o((ue i lugucllo le premier pliliiivn, T. CoruDc&niuf, fui nommA ih-ranil poulife,
It y cul dis dccemvin Heronini juiqu'à SyPa', c'est en M que l'oa parie pour ta prf mitw fois dps <jniiKXi-ctin uiri. (Go,, Fum., 8, i, I .) IH. l). ~ "
'} Cf. Ascon., p. 80.87.
IV, 8] DICTATUIŒ liE L. OUINELII-S SYLL.l l7o
que Sylla avait Cil rinlciitiun de fiiitifim' la nOigion d'Élal; voici un fait qui If> prouve : une place de Uamine du Jupiter i-tail vacanle par suile du la murt du L. Cornélius Mûrula on «7: le jeune C. Julius Ctesar l'avait refusée, Sylla ne nomma [lerHunuc à sa place'.
A la intime époque aussi fui présL-ntéc la lui Corudia de pnscri//tiijne ; la loi Yaléria avait approuvé les assassinats et les conHscations de biens ;mais une loi spéciale avait été jugée nécessaife pour régler toutes les conséquences de la proscriplionet de la guerre civile; ainsi défense était faite d'accorder la moindre protection aux proscrits*; niiiiseiilcmentles confiscations étaient conlîrnié<>s^, mais on y ajoutait les binns de ceux qui avaient succombé pendant la guerre en comballant •Jans les rangs ennemis'. On exceptait cependant une jmrtie de leurs esclaves : les plus jeunes et les plus valides di'vait-nt être iilfranchis cl recevoir le tiln- de citoyens*. La loi privait les iils et ics pclils-lils des proscrits et de ceux qui avaient péri pendant la guerre, du droit d'arriver aux honneurs {jus honorum)*, sans doute pour garantir les acheteurs de biens confisqués centre les revcodicatious des héritiers'. Enfin elle fixait une date au delà du laquelle on ne pourrait plus dresser de listes de proscriptions ni confisquer de biens; cette date était celle du ("juin SI *; si l'on considère qu'il fallait un certain temps pour exécuter la loi, qu'elle était absolument nécessaire pour liquider le passé révolutionnaire', on n'hésite pas à conclure qu'elle a dft nécessairement être présentée tout au commencement de la dictature. Plus de dix mille esclaves durent la liberté à la loi de proscription, ils prirent le nom de Conietii,
'I SueL, Cu., l.Aiv., Sl.DioC, bi, Stt.Toc., Ann., 3, 5S. *) Cic, «I Terr. aeau., i, 47. 123< Ps. Awon., p. 103. *) StuL, Cm., 11.
*} (Se.. Jtow. Am,, 43, 115.
*r App., b. c, t, 100.
■} Lir., «71., S9. V«ll., 2, 28. Satl., BUl., 1, 41, 6 D. Plut,, Su»., 31. de., 12. Dion., 8,80.
n Cr. Ce, ik Leg. agr., 3, 2, Ont >ieq. ■) Cfe., it'JK. Am., 41, 128.
*) de., lUprote. tilt. Apud Quiol,, 11, 1. 85. Cic. tt„ p. 0i6 (édil.
Oiêlb. lune tl].
176 LA DISSOLUTION DE LA BÉPUÙ.[QD^
et furent, par reconoaissancc, de sincëres soulieas du li leur'.
En admettant que ces ciuq lois furent rendues vers le mois (le novembre 82, nous pouvons supposer que le dictateur employa les six mois qui suivirent jusqu'au l"juin 81 à faire vendre les biens confisqués et à réorganiser rilalic.
Sylla n'eut pas honte de procéder lui même' ît la vente des biens. Je vends mes dépouilles, disail-il.' Les riches furent moralement obligés d'acheter'; un certain nombre profilèrent avec empressenieol de l'occasion pour s'enrichir. Sylla garda une partie pour lui", cl en distribua à ses créature^ L. Cornélius Chrysugonus', It C. Verres", et à P. Corn Suila'.
Qu'entontiait-il par rétablir l'urdro en Italie? Ilétabitr l'ordre signifiait châtier, eu vertu de la hii Valeria, h's villes rebelles, démolir leurs fortilicalions, imposer des contributinns nouvelles et des amendes, confisquer des territoires pour les donner k ses soldats '". Tel fut l'objet dos leges Contclix qui réglèrent l'étal de ta propriété en Italie et décidèrent la créalion de plusieurs colonies en faveur des soldats". Il esl peu admissible de prétendre que Sylla les soumit à l'acceptation du peuple; il avait, pour régler ces que.stious. un pouvoir absolu cunféri^ par la loi Valeria. Il eut h. prendre une série de dispositions qui furniérenl plusieurs lois, et dut s'en occuper pendant la plus gronde partie de l'année 81.
Au milieu de c«s opérations eut lieu le tiioinphc de Sylla;
oyiia «H
fjumet, , 'i\.
. '2, 2i, 56; de 0
I) App., II. f. 1, 104. Ascon., p. ~Zi I. I.. A., p. I6t(.
») Plut., SuH., 33. Syncr., 3. Cic 10.25.
») Cic, in Verr. aee., 3, 35, 81 . '/-■ h-y. 27. Sali., Iliêt., t,Al, 17 D.
•) Sali., HUt.. \, 41, 18 D.
•) Liï., cp., 89.
•) Cic, O/f., i, 14,43. Sali., IHst., 1, 31. I, H, 17 U.
') Cic, Rose. AM..2. G, 8,21. 48, 133. Plut., C.r,, 3.
») Cic.tn Verr. accus., 1, 15,38.
•) Cic., Off: 3. 8, 29.
■«) App., b.c., 1,90. 100. Flor.,3, 31,27. Cf. Suel,, tU. ff,
••) C\c.,delcii.agr.,2,28,78. 3, 2,6, 8. 3. 3, 12; Agrim,, seq. (liHcbiouiD .J
IV, S] ÛICTATCHE DE L. CORtfBLIL'S SYLt.A 177
il dura deux jours', et conimenra le 27 janvier 81'; Syila ne vouliil triompher que de Milhndalo'; dans le cortège il no laissa figurer quo les statues des villes grecques et des villes asiatiques*; les citoyens chassés par les niarianlens et rappelés par Sylla y prirent part et fêlèrent Sylla qu'ils avaient sumoramé leur sauveur'.
Sylla s'ocpupa ensuite do rt-parlir les soldats sur les terres qui leur furent assignées ; l'opération fut longue, et ne put être terminée pour le 1" juin 81 ; Sylla eut à pourvoir de terres les soldats de vingt-trois légions*, de quarante-sept disent d'autres lémoignages '. L'établissement di>s colonies de soldats syllanieas se fit de la mémo manière que celui des colonies de citoyens* ; seulement les commissions chargées de les fonder {de ducere) ' ne furent pas nommées par le peuple, Sylla en désigna les membres. Les terres distribuées aux nouveaux colons ne pouvaient être aliénées'"; il est curieux de retrouver dans les luis (le Sylla une pareille disposilion empruntée à ta loi SempcoDÎa; c'est que Sylla voulait, comme les Gracques, coosli- Uier une classe de cultivateurs fixés à demeure sur leurs terres. Les soldats furent, ou bien cnvoyésdans les colonies nouvelles, ou bien mis en possession de terres auprès des nmntcipes ilaliotes"; ils furent dispersés sur tous les points de la péninsule, où ils défendirent les intérêts de Sylla, comme le faisaient les Cornelii à Home. Une seule colonie fut établie PII dehors do l'Italie, probablement â Aléria en Corse '^ Les nouveaux venus ne purent s'entendre avec les anciens
') PliQ.,1.. A., 33, 1, 5, 10.
'J Rwï. (n'umjiA., 1. L. A., p., 400.
B '^ ^PP- (•■ C, i, loi. Eulr., 5, y. Fior. 3, S, 11. Cf. Cîc, Phil., li,
,7 ^al. Max., ;;, «, 7.
,{ f lut., .S«H., 3i.
* App., i.c, 1,100.
,J Lîv., ep,,89.
,,, —-OTim., p. 236 l.aiîli,
..? C:«c., tie Lcff. «(/j-., 2, 28, 78,
i.ati. Aijrim., p. 230eLser|. l'iin., n. . ^M(„ 3, 0. 14. Sali., 21, QO et seq. I-'Iorus,, 3, 3t, 3, 6, 12, 80.
") f*li
hâbitaiils, par exemple à Puteoli* et à Pompéi*; quelques villes eurent Taudace de repousser les nouveaux colons ou de les chasser ensuite; ainsi tirent Nola dans le Sainnium et Volaterrœ en Elrurie'. Les habitants de Yolaterrae égorgèrent l'ancien préteur Carbo, un frère de Cn. Papîrius Carbo, que Sylla leur avait imposé comme préfet'. Ils recueillirent dans leur ville des proscrits, formèrent quatre légions et résislèrenl pendant deux ans ' ; Sylla vint diriger le siège en septembre 81 **•. Nola fut occupée en 80 \ mais Yolaterraî prolongea la résistance jusqu'en 79j elle se rendit après avoir assuré aux proscrits les moyens de s'échapper*. Peu après son retour de Volatcrra3, avant la reddition de la place', Sylla fit voter par les comices centuriales la loi rfe cit;/V«/e Volaterranis adimendd; en elfet la loi Valeria n'autorisait pas le dictateur à priver des citoyens de leur tilre, il fallait pour cela une loi particulière. La loi ne visait pas seulement les habitants de Yolaterrae, elle atteignait aussi d'autres rebelles^", probablementles habitants de Nola, et aussi ceux de Arrctium*^ Dépouillées des droits de cité ces villes n'eurent plus que le droit latin d'Ariminum*-. Sylla, après son triomphe, s'occupa aussi des questions financières; les besoins pressants du trésor lui en firent un devoir*'. Il supprima la colonie de Capoue, et rendit au trésor les revenus de Tager campanus*'; et, comme il n'avait à tenir compte que des vtrux de ses soldais, non des vœux du peuple, il supprima les distributions de blé*\ Les distributions avaient
•j Plul , S////., 37.
^•) Cic. Su//., 21.
^) Gran. Lie, p. 30. Cf. Liv., ep., 89. Schol. Gron., p. 4*J8. *) G|*an. Lie, p. 39.
") Slrab., 5, 2, G.
c) Cic, liosc, «m., U, 128. 8, 21. 7, 20. 9, 22. 37, 105. 38, 109. -) Gran. Lie, p. 39.
**) Gnm. Lie, p. 39; il faut lire ce passage en mellanl un point apr»*s fuit ; lire dimiscrant.
») Cie, deDom,, 30, 70.
<o) Cic, de Dom./SO, 79. Sali , H/a/., 1, 41, 12 D. Cf. Ps. Ase p. 102. il) Cic, CcTC, 33. Cf. ad AU., 1. 19, 4.
«2) Cie, Cuuc, 35, 102. Cf. 7, 8. Voir plus haut tome 1, page 369. «3) App., b. c, 1, 102. Cf. Cic, de Lcy, agr.y 2, 14, 35. i*) Cic , de Lcy. agr., 1, 7, 21 . 2, 29, 81. »5) Sali., Ii*5/., 1, 41, 11 D.
été fixées par la loi Oclavia de M. Octavius votée pendant la guerre sociale, ou par la loi Sempronia remise en vigueur au moment où les Marianiens étaient maîtres du pouvoir; il fallut un sénatus-coqsultc pour la supprimer*, et probablement une loi Comelia frnmentaria, Sylla établit de nouveaux impôts sur les villes d'Italie et des provinces, il imposa même celles que les traités avaient affranchies de toute redevance*. Le peuple ne fut pas consulté, la constitution ne lui reconnaissant pas le droit d'intervenir dans les questions d'impôt; Sylla établit les nouveaux impôts au moyen de sénatus-consultes'. Pour avoir plus vite de l'argent, il vendit aux villes le privilège de ne payer aucun impôt à la condition qu'elles verseraient immédiatement une forte somme*. Brundusium fut exemptée de tout, parce qu'elle avait rendu à Sylla un grand service, en le recevant lors de son débarquement \ Sylla supprima la loi Valeria de œre alieno qui avait apporté un grand trouble dans les fortunes, en enlevant toutes garanties de délies privées*; il fallut pour cela un sénatus-consulte, et peut-être une loi Comelia de œre alieno. En 81 cette loi Yaleria n'existait plus, puisque T. Crispinus. qui fut probablement questeur, ne l'observait plus \ Sylla, d'autre part, de son propre chef, supprima plusieurs créances que l'Etal aurait pu réclamera des particuliers*.
Pendant l'été de 81, Sylla prépara les jeux du cirque, qui «It'vaient compléter son triomphe®, et servir à célébrer la victoire de la Porte-Colline'". En vertu de la loi Comelia de ludis ^'ktoriee restituendis^ ils devaient avoir lieu tous les ans du 26 octobre au 1" novembre, jour de la victoire**. Un préteur,
') Ascon., p. 99.
' App., h, c, 1, 102.
Kf.Clc, (feO/f.,3, 22, 87.
*) 'lie, /. c, Plut., Syncr,, 3. Exuper., 5. *J App., 6. c, 1,79.
V'Âc, Quinct., 4, 17.
) Cic, Font,, 1,1. Niebuhr. Les questeurs dont parlent Cic, in Var. 'irisât., 1, 14, o7. Plut., Cic. y 17, sont de Tannée St. *) Cic, in Verr, ace, y 3, 35, 81 et seq. *! Cf., App,, b, c, i, 99.
^') Vell., 2, 27. Ascon. p. 91. Ps. Ascon., p. 143. Schol. Gron., p. 396. ") I. L. A., p. 302. 307. Cf. Cic, in Verr, accusât. , 1, 10, 31.
180 LA DISSOLUTION DK LA nÉPL'BLIQVE [IV, H
sans (loiile Ir prùloia* prrrgrin, fut diarfi^ù tic» vcilItT à li'iir organisaliou'. Pouilaril ces jeux, on vit le jeune M. Poriius Cato, et M. Junilius Scaurus, beau-lils de Sylla, jouer le jeu île Troie'; ou vil aussi pour la première fois des nobles descendri' dans Tarène sur la demande de Sylla et conduire des chars".
Après les jeux, Sylla porta son allenlionsur la réori:aiiisalion des magistratures et de Tadminislralion provinciale; il réforma aussi les lois criminelles. Le prinripe <]ui présida à ces réformes fut toujours le nu>me : il s'agissait de réformer la conslitution au j)rofil de Toligarchii; des noblrs. Tout fut fail avant la (in de 81, puisque Sylla considéra Tannée 80 comme uut» année d'épreuve ' pour voir fonctionner sa ntuivelle constitution; du resli' les nouveaux tribunaux criminels étaient installés pour 80 : Sex. lloscius fut jugé d'après les nouvelb-s Uns''. Les lois criminelles ])récédèrent la législation sur les magistratures et sur l'administration des provinces. Peul-nn les placer avant Téptupie où furent célébrés b'S jeux de la victoire ? Non, parce que Sylla n'en (»ut pas besoin avant; de plus comme elles étaient très étendues, il fallut du temps pour les préparer, et Sylla ne fut libre de s'en occuper que pendant l'été de8l\
Il y eut désormais huit préteurs" ; pendant leur année de charge, ils devaient tous rester à Rome pfuir rendre la justice ; 00 prorogeait ensuite leur pouvoir, et les préteurs étaient nommés gouverneurs de huit provinces. 11 y eu avait alors neuf: la Sicile, la Sardaîgne, TKspagne citérieure, l'Kspagne ultérieure, la Macédoine (avec rAchaïe), l'Afrique, l'Asie, la Gaule narbonnaî se, la Cilicic;la Gaule cisalpine érigée en province par Sylla fut la dixième. Sylla dutfaire une loi f/r ociu prœionbiis, nous le présumons d'après ce qui s'est passé pour les qucslours. Les questeurs, avant Sylla, étaient probable-
') Mommscn, Mumwesen, p. 625.
') Plut., Cat. min., 3.
') Ascon., p. 89. 04.
*) App., 6. c, 1, 103. Clc, Rose. Am,, 48, 139. ■) Cic, «cifc. Am., 5, 11. 10, 28; Brut., 90, 312; Off,, 2, 14, ôi. Gtll., 15,28. Quint., 12, 6, 4. Plut., Cic, 3. ■} Cic, BascAm., 8, 22. 45, 131.
^} Cf. VeU., 2, 10. Dio C, 42, 51 ; erreur dans lu Dig., i, 2, 2. 32.
IV, 8| DICTATIRE DE L. CORNEMUS SYLI.A 181
m«*nl au iiombro de donzo, il y en eut ving"! désormais ; nous avons un fragment do lal(»i' Cornelia de virjinti fjKtVSitorifftis^ qui fut voléo par les comicr;s de tribus '. Au point de vue adininislralif la réforme de la questure était nécessaire; la loi portail encore que les questeurs, en sortant de charge, en- Irairnt de droit au sénat; cette» disposition concorde avec les VA^ \\i^ frihumria pntt'staip et do mtif/istratihus] elle assurait !•' rocrutmient régulier du sénat', et, comme les fds des proscrits avaient perdu d<' droit de briguer les honneurs, il nV avait pas à craindre qu'ils pussent entrer au sénat par la porte •ii'ia qu«'stun»'v Mais Sylla n'est pas Fauteur d'une loi do sup- ////'///Aks/v*^////, ni d'une loi sur la censure; il est inexact que la censure ait été supprimée; on lui avait enlevé, il est vrai, lapins importante de si's prérogatives, celh» do dresser la liste des m<»mbresdu sénat [Icctio sPiiafiis), le recrutement de la liauti» assemblée étant assuré par la loi do vir/inti quirstarihm\ voilà pourquoi dans la suite on négligea souvent d'élire ili'S ci'usi'urs, mais la censure ne fut pas supprimée'.
Vint ensuite la loi de provhiciis ordinmidis, \\\U\ conlirmait le droit du sénat de déterminer les proviuc<'s consulaires et l<'s provinces prélorienn<»s, sur ce point elh» reproduisait les ilispositions de la loi Sempronia de provinr.iis cojisf(///ri/jf/s; «'II'* ne supprimait, pas plus que cette loi, la faculté de recourir au peuple pour décider que telle province serait donnée h tel magistrat. Le sénat conservait aussi le droit de proroger I«'S pouvoirs (joro;*oyrt/io imperii); mais il fut convenu qu'après l«'ur année de charge les deux consuls et les huit préteurs seraient chargés, pour une année, du gouvernement des deux provinces consulaires et des huit provinces prétoriennes"; <m ne supprima pas cependant la formalité de \a Lexctt n'ait/ de 'mperio\ L'ancien gouverneur était censé conserver ses pou-
'i Tac., Ann. ,11» 22.
') Tac., Ann., 11, 22.
*; Dion., 8, 80.
*) Cic, divin, m C«c., 3, 8. Sch. Gron., p. 38i. Quand il n'y avait pas <'e censeurs, les consuls et les préLeuis remplissaienl leurs ronclions. ) Cic.« Fam.f 8, 8, 8.
') Cio., Fam , 1,9, 25. Cf. de teg. agr,, 2, 12, 30; ad AU,, i. 18, 2.
voirs [imperhnn)^ jusqu'au moment où il était rentré dans la villo*. Pour empêcher toute contestation entre Tancien et le nouveau gouverneur, l'ancien devait quitter la province dans les trente jours qui suivraient l'arrivée de son successeur*. La loi fixait enfin les dépenses qui étaient à la charge des provinces pour l'entretien des lieutenants, et déterminait la nature et la quantité des présents qui pouvaient leur être faits'.
Les lois Corneliii» concernant la juridiction criminelle modifiaient la procédure devant les anciens tribunaux (f/uirstlonés perppttix^) et établissaient de nouveaux tribunaux ^ La présidence étail confiée aux préteurs, qui tous durent rester à Ronïe pendant l'année de leur charge, comme les deux préteurs urbain el pérégrin déjà astreints à la résidence par leurs obligalions de juges civils. Sylla n'avait pas osé supprimer les pouvoirs judiciaires de l'assemblée du peuple, mais il les annulait indireclemeni au profit du parti oligarchique. Puis Sylia compléta la législation criminelle ; nous connaissons quatre de ses lois: la loi Coniplia rppritnidarum, qui remplac^a la loi Servilia de 11 1"'; la loi dr niajrstate qui supprima la loi Apul(»ia de 100*; la loi de sicariis rt rnw/icts'', qui prit la place d'une loi très ancienne; c'est en s'appuyant sur celle loi que l'on fit un procès à Sex. Roscius; on sait que Cicéroii le défendit avec une grande indépendance devant le tribun<il que présidait le préteur M. Fannius; enfin la quatrième était la loi de falsîs^ appelée aussi (estamenlaria^ et niimmarin^^' : elle abrogeait l'édil de M. Marius Gratidianus sur les nouveaux
') Cic, Fam,, 1,9, 25.
») Cic, Fam , 3,6.3.0.
») £ic., Fffw., 3, 10, G; ad Q. fr., 1, i, 9. 20.
*) Diff.. 1.2,2, 32.
S) Cic, hoh. Post., à, 9.
«; Cic, Pis., 21, 50. Ascon., p. 59. Cf. Cic, Fnm,, 3, H, 2; duent.y 35, 97; in Verr. accus., 1, 5, 12.
') Cic, Cluent., 20, 55. 5i, 148. 55, 151. 50, 44, surtout 54-57: /*)o Vareno fr.,6; Mil., 4, 11. Tac, Ann,, 13, 44. Imtit., 4, 18, 5. Paul., Scnim f€C,f 5| 23.
•) Paul., Sent, rec, 4, 7. 5, 25. big., 48. 10.
•) Inst.» 4, 18, 7. Cic, in Verr. accm , 1, 42, 108. Cf, Nat, denr., 3, go, 74. Suet., Aug. 33.
'f^ Gfe.| fN Verr. wau.^ L c. Ps. Ascon., p. 189.
(loniers et rétablissait le cours forcé*. Il y avait plusieurs dispositions commuaes à toutes ces lois, par exemple celle qui permettait à Taccusé de réclamer un jugement par écrit, ou de so contenter d'une sentence orale*; aussi la disposition qui accordait aux sénateurs un droit do récusation plus élendu que pour le commun des citoyens'.
Il y eut probablement aussi une loi de peculatu^^ et une autre de axtulteriis et de pudicitia^, qui a dû servir de modèle à la loi Julia*, et qu'il ne faut pas confondre avec la loi Coraelia de injuriis', La loi Camélia de injwiis^ n^établissait pas de tribunal nouveau, elle réformait seulement la procédure dos actions dites injuriamîn, mais elle dut être proposée en même temps que les autres. Nous ne pouvons pas décider, vu la confusion des sources, s'il y eut des lois sur la qtuvslio de vi et sur la quœstio de ambitu.
Avant la fin de 81 fut votée la loi Comelia simiptuaria , nous la trouvons appliquée en 80". Elle reproduisait sous des formes différentes la loi Licinia de 104 supprimée en 91 par M. Duronius. Aux jours deskalendes, des nones, ides, de jeux et autres fêtes elle défendait de dépenser plus de 300 sesterces pour un repas, les autres jours pas plus de 30; elle fiiail un prix maximum que ne devaient pas dépasser l(»s friandises *°. Sylla limitait aussi les dépenses de luxe des funérailles • ' .
Pendant la dictature, la situation des provinces s'était améliorée. En Espagne C. Annius Lucus avait pu franchir les . Pyrénées, et Q. Sertorius réduit à l'impuissance, avait pris la
•; Cf. Paul., Sent, rcc, 5, 21, 1.
») Cic, Cluent., 20, 55. 27, 75.
') Cic, in Ven\ accus., 2, 31, 77.
♦j Cic., in Vcrr, ad., 1, 13, 39; .Ums.y 1,4, 11 et seq. 3, 36, 83; Cltuni,, 53, 147.
») Plut., Syncr. Lys., etSw//., 3.
•) CoU., Mos., 4, 2, 2. ') a. Dvm 48, 5, 22, 2.
•) Inst,, 4, 4,8. Big., 47, 10, 5. 48, 2, 12, i. 48, 5, 22, 2. Paul., Sent,,
TtC . , O, 4y 8.
•)Piut,SMtt.,35.
••) Gell., 2. 24, 11. Macr., Sat., 3, 17, 11 = 2, 13, 11 .
") Plul.,Siitf., 35,
48i LA DISSOLUTIO?! DB LA nÉPUDLIQUE [IV, 8
fuîtr '. En Sicile, M. Perpeona avait également pris la fuilo devant Cn. Pompée, qui avait pu lélublir l'ordre'. M. Junius Brutus, cliargé par Carbo de venir prendre des renseignemenls sur l'île, fui fait prisonnier par Pompée, et se donna la mort'. Carbo lui-même tomba entre les mains de Pompée; Pompée en avait reçu des services, il le lit quand même mettre a mort cdmmc proscrit '. En Afrique, Pompée fit encore ciéculer Cn. Domilius Alienobarbns, beau-fils de Cinna', qui avait pris le commandement lie l'armée marianienne" et battu le roi doNumidic lliarbas; Iliarbas fut remplacé sur le trâae de Numidie par lliempsal '.
En Asie, il n'y avait pas de marianien; la province resta calme sous L. Licinius Murena, successeur de Sylla, Ce dernier l'avait laissé dans la province avec le titre de propréteur, et les deux légions de Fîmbria'. L. Murena voulait un triomphe; soulenupar Archelaus que Mithridate avaitrcnvoyé cn l'accusant de trahison \ Murena, pour des prétextes futiles, avait recommencé la guerre avec le roi de Poul cn 83 '*; l'année suivante il vit arriver dans son camp une ambassade envoyée de Rome : Q. Calidius, son chef, lui donna, au nom de Syllad du sénat, le conseil de ménager iMithridale; iln'en tint aucun compte". Il remporta d'abord quelques petits succès insignifiants", mai» cn 81 il fut battu ; il obéit alors à un ordre envoyé de Rome par Sylla. A. Gabinius, chef de l'ambassade, le força k signer la paix à des conditions qui étaient loin d'être
•) Plut-, Sert., 7.
») Diod-, 38, 24. Plut., Pomp., 10. Aur. Vict., Vir. ill., 77. Cf. Cic, . in Verr. aee., 3, 16, i2. 3, 18, 45. 2, tO. 113.
•) Liv., ep., 89. Cf. Cic, ad Ail., ïi, 11, >. Val. Max., G, 2, «.
') Plut., Pomp., 10. App., b. c, 1, 9G. Zon.. 10, t. Liv-, i-p., W. Val. Mm., 5, 3, 5. 6, 2,8. a, 13, 2. Oros., 5, 21. Eutr., 5, 8, Cic, Fum., 9. 2*, 3. AU., 9,14, 2, Sali., Hist., l, 38 D.
») Oros., 5, 24.
•) Plut., Pomp., 11.
•) Plut., Pûi»|»., 12. Zon., 10, 2. App., 6. c, 1, 80. Liv., ep. 89. Eulr., 5, 9. On»., 5, 21. Vol. Max., 6, 2, 8. Sali-, Itisl., 1, 30 D.
») App., MUhr., 6i. Cf. Cic, in Vtrr. (jceiis., I, 35, 89.
•) PlQl., 8uU., 23. Sali., Ilht., 4, 01, 12 D. Oros., G, 2.
'•) IJT., ep., 86. App., MUhr., 6S. Memnon apud Phol , p. 232 B.
") App., Jr«Ar.,85.
■*) Cf. Cic., Mur., 15, 32.
ilésavantageusospourMilhridatc *. Par politique Sylla accorda U' triomphe à L. Murena pour la fin de 81 '.
Il fallait mettre en mouvement les rouages de la nouvelle constitution ; pour 80 Sylla se fil nommer consul ' — il conserva cependant son titre et ses fonctions de dictateur, — avec son ami*Q. Capcilius Metellus Plus : Sylla violait une de ses lois, la loi de Magistratibus, puisque dix ans ne s'étaient pas écoulés depuis son premier consulat. Il ne fit plus sentir son pouvoir rliclalorîal qu'à lllalie ; à Rome il respecta le pouvoir de son collègue*, Tautorité du sénat, l'indépendance des tribunaux", cl même la puissance tribunitienne, tant qu'elle ne dépassa pas les bornes qui lui avaient été imposées. En voici un «•xemple; Sylla avait proposé, contrairement aux dispositions de sa loi de Provinciis ordinandis, d'accorder le triomphe à Pompée qui Tavait demandé dans des conditions contraires aux lois; il proposa de l'autoriser à rentrer dans Rome avec son armée, ce fut l'objet de la loi de Reditu Cn. Pompeit; mais il engagea le tribun C. Ilerennius à faire opposition, et sur celle opposition le consul retira sa proposition \ Alors, en s' autorisant d'un sénatus-consulte, Sylla ordonna à Pompée de rester à Utique avec une seule légion, et d'y attendre son successeur'. Mais l'armée de Pompée se révolta, Pompée fit parvenir à Sylla un rapport où perçait son orgueil, il se comparait au soleil levant. Pour éviter de nouveaux troubles Sylla céda et permit à Pompée de triompher comme il le désirait®. La loi de Reditu Cn. Pompeii fut votée, sans qu'il y eut rette fois opposition de la paH des tribuns. Quand Pompée arriva avec son armée, Sylla lui donna le surnom de Grand^'', et le
*) App., MUhr.y 66, Cic, Leg, man,, 3, 8.
*) Fast. triomph., I. L. A., p. 460. 463. Cic, Mur., 5, Il . 7, 15; Leg,