‹ Histoire intérieure de Rome jusqu'à la bataille d'ActiumChapitre 3 sur 187 · IV, 1] TI. SEMPROXIUS GRACCHUS H · texte numérisé non relu

IV, 1] TI. SEMPROXIUS GRACCHUS H

dager public US ; la loi Sempronîa apporta un sérieux changement, en décidant que les pères de famille ayant plusieurs fils pourraient conserver 1,000 jugèrcs*, sans doute pour assurer k chacun des fils, quand il y en avait deux, la possession de 500 jugères. La loi Licinia dépouillait les possesseurs d'ager publicus sans leur donner d'indemnité; Tibérius, pour les ménager', voulut tenir compte des améliorations apportées à Tager publicus qui était possédé depuis longtemps, et avait plusieurs fois changé de main soit par vente, soit par héritage; il y en avait même qui avait été acquis sous condition onéreuse'; Ti. fit inscrire dans sa loi que Ton donnerait des indemnités proportionnelles prises dans le trésor \ comme cela s'était fait quand l'Etat avait repris fager campamis en 16&. On leur promit encore un autre dédommagement en assurant aux possesseurs la propriété complète et définitive de 500 ou de 1,000 jugères; on les exempta du vectigal auquel ils avaient été tenus jusque-là \ La loi Licinia ne précisait pas l'emploi que l'on devrait faire des parties de Tager publicus rendues àrÉlal. La loi Sempronia décidait que Ton nommerait tous les ans dans l'assemblée du peuple {concilia plebia) trois magistrats^, très viri agris dandis assignandis\ chargés de faire la répartition entre les citoyens pauvres*, virillm^, des terres reprises par l'État*".

•) App. b. c, 1, 9. 11. Vell., 2, 6; cf. Liv. ep, 5S. Aur. Vict., Vir, ill., 6i. DÛccnta dans Sic. Flaccus, p. 136. (Lachmann) est cerCainement une iltèrttion.

*) Cic, Sest., 48, 103.

») App., 6.C., 1, 10.

*) Plut., Ti. Gr., 9.

*) App., 6. cl, 7. 1,27. Cic, Brut,, 36, 136. App., 6. c, 1, 11.

*) Cic, d^L-g. Agr,, 2, 12. M. App., 6. c, 1, 9. Liv., ep, 58.

'j Lex. inc. tab. Bant., 15. np. 13. 16. 22. agr. 15. 1. L. A. p. 45, 58. 59. 80. Cette magistrature extraordinaire fut maintenue jusqu'en 118; il faut remarquer que les trois magistrats n'avaient pas le droit dVtabiir des colonies, on les désigne souvent ainsi : très viri lege Sem* proRûi. [N. D. T.]

•) Cic, de rep., 3, 29, 41. Vell., 2, 2. Il y a là une erreur; quand App., b, ^., 1, 10, parle de âicoixoc et de icSXst; ivonoXiréSe;, il veut désigner des colonies romaines et des municipes.

•) Festus, ep,, p. 373; cf. Sicc. Flaccus, p. 154. Varr., di Re rust., 1, 10.

«•) Sic. Flaccus, p. 136.

Gracchus ne devait admettre à ]a répartition ni les Latins, ni les alliés; connaissant les sentiments qui dominaient alors h regard des Latins (voir plus haut, tome I) il aurait certainement rendu sa loi inacceptable pour rassemblée du peuple, s'il avait eu la maladresse d'assimiler les Latins aux citoyens. Maintenant pour assurer le succès de la réforme, c'est-à-dire la création d'une classe de paysans propriétaires ne devant s'occuper que d'agriculture, ïibérîus décida que les lots, (ils ne devaient pas excéder 30jugères*), ne pourraient être vendus', l^our sauvegarder les intérêts de l'État qui ne devait plus percevoir les vectigalia sur les terres laissées aux anciens /?oss^5sores, le tribun voulut que les nouvelles assignations fussent tenues au vectifjal^\ il fut encore réservé que certains agrî publici, comme Fager companus, ne pourraient jamais «Mre aliénés *. Enfin, en transigeant avec les veieres possessores ', on déclarait implicitement que toute usurpation [occupatio) du domaine public était désormais interdite.

Fort de la pureté de ses intentions, exalté par la grandeur de Tœuvre dont il prenait la responsabilité, Ti. Gracchus déploya toute son éloquence* pour défendre scm projet de loi. Il traça un tableau émouvant de la misère des Italiens ruinés, dit qu'ils étaient plus malheureux que les bûtes des forêts", fit appel au patriotisme des riches", montra les conséquences désastreuses que devait entraîner l'emploi exclusif des esclaves*, laissa entrevoir l'impossibilité où allait so trouver l'Etat de défendre l'empire et de conserveries conquêtes***. Mais il s'était fait illusion sur le désintéressement d«'s optimates; ils combattirent le projet de loi., qui, malgré toutes

0 Ij'x.ftf/r., iî. I. L. A. p. «f).

•) App., b, c, 1, 10. 27.

^; Fiul., C. fîr., [K

*; Cic, dp Letj.nyr., i, 7, 21. 2, 20. 81. Lrx. nqr. 6. 22. 1. L. A. p. 79.

6) Lé\r.ntfr., 13. 10. 17. 21. I. L. A. p. HO; rf. Cic. ndAtl.. \. 11». \. «; Cii'., dr(h'., 1, «.», r^s. //,' /nr., 1, \, 5. liruf., 27, lo3 elseq.. Uariia. irsp., 10, il.

-) Plut., Ti. tir,, 9.

•) App., 6.i:.,l, 11.

*) App.. ô. r., 1, 0.

'••) App., 6. r., i. 11.

lY, Ij Tl. SEMPROMUS GRACCHUS 13

les précautions prises, altcignait leurs intérêts; ils représentèrent que la loi menaçait d'affaiblir Tautorité des nobles et produirait des divisions parmi les citoyens*. Des amis de Gracchus, comme Q. ^îllius Tubero, se séparèrent de lui et le combattirent dans des assemblées populaires*. Mais tous les jours arrivaient à Rome des citoyens habitant les municipes et les colonies', les partisans de Tiberius devenaient de plus en plus nombreux, une majorité pour l'adoption de la loi était assurée; alors les nobles ne pouvant pas compter sur le peuple pour la faire rejeter, recoururent à l'opposition (iîUercessio) d'un collègue de Ti. : ils gagnèrent le riche tribun M. Octavius en flattant son ambition ^

Le jour du vote M. Octavius fit opposition; après lui avoir adressé de violents reproches, ïi. Gracchus congédia rassemblée et remit le vote à un autre jour*. Pendant l'intervalle il chercha à ramener Octavius. Quand il vit qu'il né pourrait désarmer ni Octavius ni les nobles, il transforma son projet de loi*, probablement en retirant la promesse d'indemnité pour les possesseurs; puis, comptant sur l'inviolabilité tribunitienne il osa dépasser les limites que la loi imposait aux pouvoirs des tribuns; il publia un édit interdisant à tous les autres magistrats l'exercice de leurs fonctions spéciales, tant que la loi agraire ne serait pas votée. Pour en assurer l'exécution il meoai^a d'une amende les préteurs qui ne voulaient pas se soumettre, et scella le trésor dans le temple de Saturne : les questeurs ne purent plus remplir leurs fonctions. Les oplimates prirent le deuil, la ville fut partagée en deux camps ennemis'. Au jour du vote nouvelle intercession d'Octavius, qui parait disposé à recourir à la force. Alors, sur le conseil de certains personnages influents, surtout des consulaires H. Manilius et Serv. Fulvius Flaccus, Tiberius songe au sénat,

») Cic., Sest., i8, 103.

'î Cic, Lœl., 11, 37: BruL, 31, 117.

'; App.. 6. c, 1, 10. Diod., 34, 25 et seq.

*) DioC. fr., 83 B. Plut. Ti. Gr,, 10.

5) App., b. c, 1, 12.

•; Piul., Tl. G/'., 10.

'; PIul.. Ti, Gr., 10. Dio C. fr. 83 B.

14 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIQI'E IV, l

il veut le faire juge du débat, el espère en obtenir un sénatusconsultc favorable*. Mais le sénat, se plaignant d'avoir été outragé par Ti. Gracchus, ne se montre pas disposé à rendre un pareil service ; alors Gracchus remet encore le vole à un autre jour : dans la prochaine assemblée on décidera d'abord si M. Octavius, qui a fait une opposition constante à la loi, doit conser\'er ses fonctions de tribun, on votera ensuite sur la proposition de loi agraire.

Pendant ce nouveau délai Gracchus employa tous les moyens pour gagner Octavius; il lui offrit même de proposer au peuple de choisir entre Octavius et lui^ puisque Tun des deux tribuns devait céder'. Octavius persista dans son opposition, il renouvela son intercession pour la troisième fois devant le peuple. Alors Tiberius demanda la déposition de son collègue*. Quand on connut le suffrage de la tribu prinripium, Gi^cchus renouvela ses instances auprès d*Octavius pour rengagera retirer son intercession; il recommença après que Ton eut annoncé les votes des 17 premières tribus* ; Octavius resla inflexible. Il est évident que Ti. no se décida qu*à regret à demander la déposition d'un tribun ; il la jugeait illégale ; jusqu'à un certain point elle était même une viola-

«) App., 6.r., 1, 12. Plut., Ti. Gr, 11.

«; Plut., Ti. iir„ 11.

') Cic, de Nat. deor., 1, 38, t06.

^) Le vote de la tribu prmcipit/m avait une grande importance. Comment ^tait-elle désignée? Madwig nie que l*on pocédàt comme pour la prœrogativa dans les comices par centurie ; il suppose que l'on considérait comme prmf'ipium la tribu qui avait la première terminé le dépouillement de ses opérations et l'avait transmis au président. En efTet les tribus étaient toutes appelées en même temps {uno vncatu, pts» xXr,<ret, Dion., 7, 59. 6i) à se rendre dans les endroits où elles devaient exprimer leurs suffrages. De cette manière toutes les tribus étaient obligées de voter (Cic, //*; Le*j. wjr. 2, 9, 22. 12. 31), et en fait elles votaient toutes (Asc, p. 81. Liv., 3, 03. 8, 37.29, t3. 30, 27. KO, 43. 38, 5i. 13, 8). Autrement si les tribus avaient exprimé leur suffrage successivement, on aurait pu arrêter les opérations quand la majurité aurait été assurée. C'est ce que Appien (6. c. 1, 12) et Plutarque (lï. (v/-.. 12) prétendent s*étre produit dans le cas particulier de la déposition d'Octavius. Ils ont manifestement confondu la formalité de la renuntiatio d**s suiïrages avec le vote lui «même. On pouvait interrompre la proclamation des votes. Tite-Live, 40, 42. 6, 38. i5,36. Appien, 6. c, 14. Plut. ^£m.,31, citent plusieurs exemples. [N. D. T.;

IV, I] Tl. SKMPRONIUS «iRAOCUlS 15

lion de la lexsacrata *. C'était un acte révolutionnaire, duquel dépendait fatalement le succès de la loi^; une seule considération peut l'excuser, ou plutôt l'expliquer : Ti. Gracchus ne pouvait pas, comme autrefois C. LiciniusStolo et L. Sextius, compter sur une nouvelle élection qui lui permettrait de représenter la loi dans de meilleures conditions : aux termes de la loi un tribun ne pouvait être réélu qu'après un laps de temps déterminé*.

M. Octavius fut remplacé par Q. Mummius*, et la loi agraire fui votée par le peuple. Pour l'appliquer Ti. Gracchus se fit adjoindre son frère C. Gracchus et son beau-père Appius Claudius Pulcher; ils formèrent la magistrature des Tresviri agris dandis dssignandis ^ Il leur fallut demander une dispense des lois Licinia et Œbutia ; vu l'opposition des nobles, le peuple crut que le soin d'appliquer la loi ne pouvait être confié à d'autres*. •

Le peuple, plein de reconnaissance, salua Gracchus le second fondateur de Rome\ Au contraire, le sénat, sur la proposition de P. Cornélius Scipion Nasica Serapion, le plus violent* el le plus obstiné des chefs de la noblesse, le sénat refusa à la commission agraire la dotation d'usage; il n'accorda aux commissaires, par dérision, qu*un denier et demi par jour*, ce qui n'empêcha pas la commission de se mettre à l'œuvre. Ti. Gracchus et Appius Claudius P. n'attendirent pas pour cela le retour de C. Gracchus encore retenu à l'armée devant Nu mance'^. Ils se heurtèrent bientôt à des difficultés très sérieuses : les possessions avaient souvent changé de

0 Li?., ep., 58. Vell., 2, 2. Ascon., p. 1\, Gic. MIL, 27, TZ. Florus, 3, U. Aar. Vicl., ViV. t//., 6i. Orose, 5, 8. Diod., 34, 27. Dio C, 46, 49.

*) Cic., de Leg., 3, 10, 24. Brut., 25, 05.

') 10 ans ou 9 ans, voir plus haut, tome I, page 279.

*) App., b.c.y 1, 13. MuciusapudPlut., Ti. Gr., 13. Minucius ap. Orose, 5,8.

•)LiT., 6P.58. App., d.o., 1, 13. Plut., Ti, G/*., 13. Veli., 2. 2. Flor., 3,14.

') App., 6. c, 1, 13.

•) Cic, Brut., 28, 107.

») Plut., Ti. Gr., 13.

'•) Plot., Ti. Or,, 13, mais il revint bientôt, Plut., Ti.Gr,, 20.

main, on y avait ajouté des propriétés d'ager privalus, et il était très difficile de retrouver les titres pour décider ce qui devait revenir à fager publicus, et ce qui était ager pricatus\ D'après les précédents^, c'étaient les consuls, ou d'autres personnages choisis dans le sénat qui devaient prononcer. Pour ne pas échouer contre cet écueil, Ti. Gracchus dut étendre la compétence des Tresviri par une nouvelle loi Sempronia agraria, la loi : ut idem triumviri jiidicarent^ qnà publicus ager, quà privatus esset\ Les Tresviri ajoulèrent à leur titre celui de juges : « Tresviri agris judicandis dandis *. » Cependant Ti. Gracchus ne pouvait pas opérer assez vite la répartition des terres pour satisfaire Timpatience des citoyens qui attendaient des assignations. Pour maintenir sa popularité, déjà affaiblie par le départ des citoyens qui avaient regagné les colonies et les municipes', il fit une proposition concernant les trésors d'Attale, légués au peuple romain par testament avec tous ses autres biens**. La Rogatio Sempronia de pecunid Attali populo dividenda portait que l'argent d'Attale serait partagé entre les citoyens dotés d'assignations; les pauvres recevraient ainsi une donation supplémentaire, qui leur permettrait de faire les frais de premier établissement\ A ce sujet Ti. Gracchus affirma hautement la souveraineté du peuple; il prétendit même que le sénat devait renoncer au privilège, incontesté jusqu'alors, d'examiner les questions de politique extérieure, et que, dans le cas particulier, le peuple, et non plus le sénat, devait prononcer sur le sort des villes du royaume asiatique*. La nouvelle prétention de Gracchus irrita au plus haut point le sénat. P. Cornélius Scipion Nasica Serapion combattit la proposition ; Q. Pompeius promit de mettre

*) App., 6.r., 1, 18.

^) Cf. Li;., 42, 1. 8. «J. il).

3) Liv., ep. 58.

*) I. L. A., p. 156. 107; cf. Plut., Ti, Or., 13.

•') App., b. c, i, 13.

^) Vell., 2. 4. Slrab., 13, 4, 2. App. Mithr,, 62, b. c, 5, 1. Flor., 2, 20. Sali., Hist, !•>., i, 61, 8 D.

') Liv., ep, 58. PJuL, Ti, Or., 14. Gros., 5, 8. Aur. Viol., Vir, ///., Ci; cf. Flor., 3, 15.

") IMul., Ti. Or., 14. cf. Val. Max., 3, 2, 17.

IV, 1 Ti. SEMPRONIUS GRACCHUS 17

Gracchus en accusation, quand il sérail sorti de chargea II ajouta que Tambassadeur chargé d'apporter à Rome le testa • ment, avait remis à Ti. Gracchus le diadème et la pourpre dWttale' ; T. Gracchus était ainsi désigné comme futur roi de Rome. Q. Gœcilius Metellus Macédoniens, le consul de 143, parla aussi contre Gracchus' , et dénonça des réunions nocturnes qui se tenaient chez lui\ Dans une séance du sénat T. Annius Luscus reprocha k Ti. la déposition d'Octavius, et offrit de prouver, dans la forme ordinaire de la Sponsio^ que le tribun avait violé la sacrosancta potestas tribunicia, Gracchus répondit en menaçant le sénateur consulaire d'une accusation devant le peuple; mais Luscus réunit une assemblée, et là demanda à Ti. ce qu'il ferait dans le cas où le concours d'un Iribun viendrait à lui manquer, ferait-il encore déposer son collègue? Cette question déconcerta l'auteur de la loi agraire^. Ti. comprit aussitôt que, malgrés on innocence, on allait le perdre en lui faisant un procès de haute trahison Çperduellio) pour affecialio regni^; on avait agi ainsi à l'égard de Sp. Cassius Viscellinus, le premier auteur d'une loi agraire. Ti. se crut alors obligé de demander un second tribunat'' ; il fut persuadé que son œuvre serait assurée, s'il réussissait à se faire nommer tribun avec son frère, et à faire nommer consul son beau père Appius Claudius Pulcher*. C'était contraire à la loi, mais la réunion du tribunal, du consulat et du triumvirat sur ces trois personnages, devait avoir pour résultat de vaincre Topposition de la noblesse, et les difficultés que présentait l'exécation de la loi agraire. Naturellement la noblesse mit tout en œuvre pour faire échouer ce plan ; elle voulut y trouver une nouvelle preuve des aspirations de Ti. Gracchus à la tyran-

*)Uros. T). 8; cf. App. b. c, 1, 13.

')PIut.. Ti. (ir., 15.

')Cic..BrM/..21, 81.

*) Plut., Ti. Gr., 14.

'] Plut., Ti, Gr., 14. Liv.. ep. 58. Fest. p. 31 i. Cic, Brut., 20, 79. ') Cf. Cic, LxL, 12, 41; de Hep., 2, 27, 49. Plut., Ti. Gr., 17. ') Liv., ep. 58. App., b. c, 1, 14. Flor., 3, 14. Plut. Ti. Gr., 16. Aiir., Vict., Vir. i7/., 64. Gros, 5, 9. Schol. Ambros., p. 370. Cic. Cat., 4, 2, 4. '; l»ioC.,f., 83B.

i8 LA DISSOLUTION DE LA KÉPURLl^UE [IV, 1

nie', et cherchaà faire élire les ennemis du tribun*, tiracchus déploya aussi toutes ses ressources : un de ses partisans étant mort subitement d'une façon mystérieuse, il en proiita pour faire croire que sa vie était menacée ; il prit le deuil et supplia le peuple, dans une assemblée (contio), de prendre soin de ses enfants menacés de perdre leur père'. Il ne parut plus en public qu'avec une escorte de 3 à 4,000 partisans*. Cependant les reproches qu'on lui avait adressés au sujet de la déposition d'Octavius avaient produit une impression fâcheuse, même dans le peuple ; pour reconquérir sa popularité, il prononça un discours dans lequel il déclara n*avoir jamais eu en vue que le bien du peuple, et affirma qu*il s*en rapportait et s'en rapporterait toujours à sa décision ; il revint sur le principe de la souveraineté populaire qu'il voulait voir s'exercer dans les comices'. Il ne se contenta pas de demander que le pouvoir passât du sénat au peuple", il développa un vasle programme de réformes au moyen desquelles il devait, pendant son second tribunat, assurer le bonheur du peuple, et ruiner l'influence du sénat. Il devait proposer une lex militaris pour diminuer la durée du service, et rendre ainsi les enrôlements plus faciles; une lex judiciaria, portant que les chevaliers seraient inscrits sur l'album des juges; peut-être aussi une lex de provocatiofie, pour assurer et étendre le droit d'appel" ; mais il n'est pas vraisemblable qu'il ait songé à proposer une lex de civitate sociis datida*] une pareille proposition eût fort peu flatté les citoyens de Rome.

La noblesse eut cet avantage que le jour des comices électoraux tomba à Tépoque de la récolte, un certain nombre despartisans de Gracchus ne purent venir ni des municipes ni

'O Cf. Cic, Car., 4, 2, 4.

*) App., 6.C., 1, i4.

») Plut., Ti, G/-., 13; cf. App., h. c, 1, 14. *) Gell., 2, 13.

•) Plut., Ti. Gr., 15.

•) Val. Max., 3, 2, 17.

') Plut., Ti. (Jr., 16. Dio C, fr. 83 B. cf. Macrob., Sat., 3, 14, 6. (= 2, iO).

•) Vell., 2, 2.

IV, Ij Ti, SEMPRONIUS GRACCilUS 19

des colonies * . Que se passa- t-il dans les comices? II n'est pas même certain que Ton ait voté' ou du moins on ne proclama pas le résultat du vote qui paraissait favorable à Gracchus'. Ce dernier avait négligé de se faire autoriser à briguer un second tribunal; or les lois qui le défendaient étaient encore en \igueur; des adversaires attaquèrent Télectioa en prétendant qu aucune voix ne pouvait être attribuée à Ti. Gracchus. Le tribun Rubrius qui présidait se trouva très embarrassé, et voulut céder la présidence à Mummius; mais les autres tribuns s'y opposèrent, en disant qu'il fallait faire désigner un nouveau président en tirant au sort ; rassemblée électorale fut dissoute, et on renvoya au premier jour des comices pour trancher la question ^ Pendant la nuit les partisans de Gracchus veillèrent autour de sa maison pour le protéger. La nouvelle assemblée se réunit sur le Gapitolo devant le temple de Jupiter; malgré les présages sinistres^, Gracchus s'y rendit. Avant la fin des opérations, les deux partis en vinrent aux mains; les prêtres fermèrent le temple de Jupiter. Le sénateur M. Fulvius Flaccus venait d'annoncer que les sénateurs avaient résolu de faire mettre à mort Gracchus. Au milieu du tumulte, on entend des voix criant que Gracchus a porté la main à sa tète; il a donné par là le signal du combat, disent les uns, ou bien, il a déposé tous ses collègues, ou bien il veut le tribunat sans élection *, ou il a même manifesté par ce geste son intention de se voir couronné roi. D'autres, au contraire, protestent et disent qu*il a voulu seulement montrer que sa tète est en danger \ Au même moment le sénat était réuni en séance dans le temple de la Bonne-Foi sur le capitole; le consul P. Mucius Scévola refusa de se laisser donner des pouvoirs extraordinaires parle setuitus consultum ultimum; il promit seulement d'annuler toutes les décisions du peuple qui seraient contraires

•; App., b, c.j 1, 14.

*) Plut., Ti. Gi., 16.

•; App., 6. c, 1, 14.

•> App., b. c, 1, 14. Plut., Ti. Gr„ 16.

•; Plut., Ti. Gr.y 17. Obseq., 27. Val. Max., 1, i, 2.

") App., b. c, 1, 15.

"; Plut., Ti. «r., 19. Flor., 3, 14. Aur. Vict., Vir. *//., 64.

à la loi*. En entendant ces paroles, le pontife' Scipion Nasica, le plus violent adversaire des Gracqucs^ s'était levé en s'écriant : Qui veut le salut du sénat me suive ! Et il était sorti, suivi de ses partisans pour se rendre sur le lieu du combat. Le peuple surexcité se battait avec énergie; la lutte devint terrible surto*ut après l'arrivée de Scipion et des autres sénaleurs, qui se mêlèrent aux combattants ^ Au milieu de la bagarre Ti. Gracchus fut tué par P. Saturejus et L. Rufus*; avec lui tombèrent 300 de ses partisans^. Lt;s cadavres, même celui de Gracchus, furent jetés au Tibre sur Tordre de l'édile plébéien Lucretius Vespillo\

Le sang avait coulé pour la première fois dans les luttes des partis; on venait de donner l'exemple des violences, il allait être suivi d'agitations bien plus sanglantes".

•) Plut., Ti. (h., 19. Cf. 18. Val. Max., 3, 2, 17. Cic, Titsc.X 23, 51. de Dom., 34, 91. [Aur. Yict.] Vir. i7/., 64.

*) C'est à tort que les auteurs le désignent à ce moment comme pontifex maximus, il ne le devint que plus tard. App., 6. c, 1, 16. PL, Ti, Gr., 21. Val. Max., 1, 42. Cic, Ca^, 1, 1, 3. Tusc, 4, 23, 51. (Cf. de Nul. deor., 3, 2.5.)

») Cic, Brut,, 28, 107. 58, 212. de Or., 2, 70, 285. deOff., 1, 30, 109. 22, 76. P/iiV., 8, 4, 13. Flor., 3, U.

*) Dîod., 34, 28, 60. Cornif., ad Her.; 4, 55, 68.

•) PI., Ti. G/-., 19. App., 6. c, 1, 16.

•) PK, Ti. Gr., 19. Oros., 5, 9.

"•) Aur. Vict., Vir. ill., 64. Val. Max., 1, 4, 3. Liv., ep., 58.

«) App., 6. c, 1,2. 17. Vell., 2, 3. PI., Ti. Gr. 20.

Page 1