CHAPITRE QUATORZIÈME
Étant consul désigné, César avait déclaré que comme chef du parti populaire il proposerait une loi agraire ; il chercha d'abord à s'assurer l'appui des sénateurs influents, surtout de Cicérone Devenu consul, il prit la parole au sénat pour conjurer son collègue Bibulus d'oublier leurs haines personnelles dans l'intérêt de l'Etat'; il donna aussitôt une preuve de sa loyauté : grâce au privilège de Tftge, Bibulus devait avoir les faisceaux pendant le mois de janvier; César sortit du sénat précédé d'un secrétaire, et fit marcher les licteurs derrière lui; en agissant ainsi César se conformait à une habitude ancienne tombée en désuétude^ Il est probable qu'il attendit jusqu'au mois de février pour présenter sa loi agraire. Malgré ses avances à Bibulus, il comprit que le sénat ne serait jamais pour lui, alors il décida que les discussions du sénat et des assemblées populaires seraient recueillies et publiées*. Il espérait par là empêcher les optimales de répandre des nouvelles fausses et défavorables, et rendre au sénat le sentiment de sa dignité.
La loi Julia agraria^ présentée au sénat, était très modérée ; César en avait écarté les dispositions des lois Servilia et Flavia qui avaient soulevé le plus de critiques. On ne devait mettre en distribution ni Tager campanm^, ni le campus ste.- /aiis — leur partage fut Tobjet d'une seconde loi agraire
') Cic, A«., 2, 3,3. Proi). cons., 17, 41. Pw.,32, 79. -) App., b. c, 2, 10.
3) Suet., Cap*., 20.
*; Suet., Cœs., 20* 5) DioC, 38,1.
.108 I.A DISSOLUTION DK LA RÉPl'BLKa'K; ;IV\ M
préscnléo lin avril* — ni Tager volalerranus' , rallaché jadis à Tager pub/icus par un décret de Sylla qui n*avait pas élé oxécuté. Mais les terres de Tager ilaliote ne devaient pas suffire à pourvoir les pauvres' et les soldats de Pompée*; la loi spécifiait qu'avec l'argent rapporté d'Asie par Pompée, avec les produits des nouveaux impôts on achèterait des terres; personne ne serait forcé de vendre, on paierait le prix fixé sur les listes du ccns^ Les lots ne pourraient être vendus avant vingt ans°. l'our exécuter la loi on nommerait à Télrclion une commission de vigintiviri, (A'sar n'en pourrait faire partie"^; la commission désignerait elle-même un comité de quinqueviri", qui aurait la liante direction de Tcntroprise. Pour fialter le sénat et le décider à voter. César avait déclaré qu'il ne promulguerait la loi qu'avec le consentement du sénat', et qu'il était disposé à faire les changements qu'on lui indiquerait*". Mais (iésar avait beau exposer avec sincérité et simplicité le but d'une loi qui était irréprochable, le sénat ne voulait pas admettre qu'il avait intérêt îi l'accepter". On rappelait que (iésar avait toujours été l'ennemi du sénat, qu'il était le premier consul depuis Sp. ('assius Viscellinus qui rùt présenté une loi agraire; ou disait encore que, malgré sa modération, il jouait le rôle d'un tribun*-, non d'un consul: on lui prêtait des arrière-pensées, l'intention surtout d'éiiianriper complètement le peuple de la tutelle du sénat. Le sénat ne voulut pas examiner les articles de la loi, il déclara qu'il verrait à prendre une résolution un autre jour; le sénat prolongea longtemps celte» résistance passive, diiïérant toujours
•) Cic. Ait.. 1, 10, 1. Z. Dio C, 3«, 7. IMiil., Cal. min., 33. Suel . O.S., -'0. Cî. Leyc8juiia*t apurl Cic, A/^, 2, i8, 2. Liv , cp., \QS. ^) Cic, Fam., 13, i, Z.
■') Dio r,., 38, 1. IMul., Cat. min., 31. Pomp., 47. App.,//. r., 2. 10. •) Dio C, 3H, 1. Cf. Plut,, Vie, J6.
•') Dio C, 38. 1. Cf. Cic, (Itf Dyi/i., 9, 23. *; App., 6, c, 3, 2. 7.
■) l^io(:.,38,l.
") Cic , AU,, 2, 7, 3. 4. Pr^jv. cons., 17, it. Schol. Bob. p. 263 ^ DioC.,38, i. ") Dio C. 38, I.
")PI«ikf Cm., 14. Pomp.,47. Cal. min,, 52.
do rendre im sénatus-consulte*. Césir exigea enfin une solution, et le sénat se mil à délibérer; plusieurs sénateurs se montrèrent peu favorables-, puis Caton prit la parole. C.aton déclara que, pour le moment^ toute nouveauté était dangereuse; il parla longuement selon son habitude, dans le seul but d'empêcher le vote d'un sénatus-consulte. César fit conduire Caton en prison, espérant que le sénat mettrait fin à la discussion; mais plusieurs membres de rassemblée suivirent Caton ; César voulut les retenir en leur disant que la séance n'était pas levée; M. Pélreius répondit qu'il aimait mieux suivre Caton eu prison que de rester à la curie avec César'. César comprit qu'il n*obliendrait pas son sénatus-consuUe; il leva la séance après avoir déclaré que, no pouvant rien faire avec le sénat, il s'adresserait au peuple*.
Dans la suite il laissa le sénat de côté, et ne lui soumit plus aucun projet de loi'; mais il ne faut pas aller jusqu'à affirmer que César ne convoqua plus le sénat '^; nous savons que le sénat continua à délibérer sur d'autres objets que des propositions législatives*.
Vers la fin de février César proposa deux autres lois sans los soumettre au sénat" ; l'une concernait l'Egypte, l'autre les fermiers des douanes ^
La loi Julia de rege Alexandrino était une politesse à l'adresse de Pompée. César abandonnait ses anciens projets sur l'Egypte, il demandait que Ptolémée Aulète, — il avait fourni des secours importants à Pompée pendant la campagne d'Asie *® — fût reconnu roi, et roi allié et ami du peuple romain. Pour
0 Dio C , 38, 2,
•) PluL, Ca*., 14. Cat. min., 31. Cic, 26. App., h. c, 2, 10.
») Dio C, 38, 3. Gell., 4, 10, 8. Suet , Cap*., 20. Cf. Val. Max., 2, 10, 7. Sehol. Bob., p. 259. Plut., Cœs,, 14. Cat, min., 33.
«) Dio C, 38, 3. PJut., Cm.^ 14. App., 6. c, 2, 10.
>) Dio. C, 38, 4.
*) App., 6. e., 2, 10.
') Suet, CwM., 21. Plut., C««., 14. Cic, Sesf., 29, 63. AU., 2, 24, 3.4.
*' Val. Ifaz., 2, 10, 7 et Schol. Bob., p. 259 font erreur.
•) Oo., AU., 2,16,2.
») PUn., II. Jb., 33, 10, 47, 136.
310 LA DISSOLITTIOS DE LA RipUBLIOCK flY, 4 4
ohleilir ce tilro, PtdIOmôc avait drt doniicr des sommes cousi ilériililcs'.
La loi Julia de piifilicitnls donnait satisfaction k Crassiis. Crassus, noua l'avons vu, nvail encoiirayé en 61 les femiiors des impôts d'Asie a s'adresser au sénat pour demander la sii{i[ir<>ssion de leurs contrats. César proposait de leur laisser 11! tiers des sommos qu'ils étaient tenus à verser. César ^agnad'niilr-nrs pur cett<> loi la ^ympathin des chevaliers qui détestaient le sénat depuis 1<' jonroîi Caton avait fait échouer la pétition dos pubticains-.
Voilà comment César oiivrit la lutte contre les optimates au début de son consulat; d'autres magistrats qui lui étaient dévoués, travaillèrent dr leur côté h affaiblir le parti des grands.
Le préteur Q. Fufius Calenus^' proposa une loi judiciaire (/ex Fufiajutliciaria) ; il demandait qu'au moment du vote des jurés, on prît séparément les voix des décuries de sénateurs, de chevaliers, et de tribuns du trésor'. On empêcherait par là les sénateurs de rejett-r sur les deux dernii-res ratégorios de jurés l'odieux de certains jugements; ce qui était arrivé tors de l'acquittement de Clodius.
Lr tribun P. Vatinius, qui avait été questeur pendant le consulat de Cieénm", puis était devenu lieutenant du préteur C, Cosconius en Espagne*, se laissa acheter par César'; au début de son Irihnnat, il annonça au sénat qu'il ne tiendrait aucun compte de l'avis des augures quand il pi-ésenteraii des projets de lois'. Il en proposa plusieurs et, comme il Ta-
') f:ic.,A«.,2, 10, 2. Rab. I'o»l.,3, 6. Ors.. 6. c, 3, 107. Saet.,r»s. r>i. DiolJ.,30, 12.
') Cic, AH.. 2, 16, 2. PUmc, 11, 35, Scliol. Bob., p. 259. 261. Suel., (■**., 20. Val. Max.,2, iO, 7. Dio C, 38,-7. App., h. «•., 2,13. 5.4.
*) Cr. Schol. Bob., p. 3^. Oalenus avait ili'^jfi comluUu le parti sénatorial pendant non Iribiinst de CI.
*) Dio C, 38, B. ce. Cic, Jd Q. fr., 2, G, G, 2, 16, 3. Fam., 8, 2, Amod.,p. 30.63.5t.5S.
Cie., Val., 5. 11 et leq. Schol. Bob., p, 310. Cf. Calall., 52, 3.
vait annoncé, ne prit pas les auspices*. Certaines de ces lois avaient pour objet des traités avec les villes étrangères à Vempire, avec des rois, des létrarques, et étaient par conséquent du domaine législatif réservé jusqu'alors au sénat; plusieurs de ces lois firent subir de grandes portes au trésor ^ lue cependant avait un certain caractère de modération, bien qu'elle fût dirigée contre le sénat, c'était la loi Vatinia de iiltemis consiliis rejtctendis; elle supprimait Tinégalité, consacrée par les lois Corneliae, entre les sénateurs et les autres citoyens au sujet du droit de récusation; les sénateurs étaient favorisés dans l'exercice de ce droit, et la loi Aurélia avait maintenu leur privilège. La loi Vatinia portait que tout accusé aurait désormais le droit de récuser non seulement des juges en particulier, mais le tribunal tout entier %• les sénateurs seraient soumis à la règle comnmne. Vatinius soumit son projet à l'acceptation du peuple, quand le procès de C. Antonius, le collègue de Cicéron, fut commencé ; il ne voulait pas que C. Antonius pût bénéficier de la nouvelle loi*; or le procès d'Aotonius eut lieu en mars, la proposition du tribun doit donc être du mois de février.
Le procès intenté à C. Antonius rentrait dans le plan d'ensemble que César avait combiné pour affaiblir le sénat. Sans doute le vainqueur involontaire de Catilina avait bien mérité dans son gouvernement de Macédoine le procès de concussion* qui lui fut intenté par Q. Fabius Maximus et par M. CaeliusRufus*, Fancien partisan de Catilina^ devant le tribunal du préteur Cn. Lentulus Clodianus*. Cicéron défendit C. Anloniiis, bien un peu malgré lui'; Antonius fut condamné*®:
') Cic, Var., II, 27. 6, 15 et seq. 2, 5. Schol. Bob., p. 317. Sest.,
*) Cic, Vai., «2, 29. Alt., 2, 9. !. Ftim., i, 9, 7. ') Cic, Vat., 11, 27. Schol. Bob., 321. 323. 235. Cf., Cic, P/anc, 15,36. *) Cic, Val., H, 27. Schol. Bob., 321. ') Schol. Bob., p. 229. Dio C, 38, 10. Liv., ep., 103. Hic., Fur:, 11, 28. CsbL, 31,74. 19, 47. Schol. Bob., p. 321. 229. Wnl.. 4, 2, 123. Cf. Plin., n. h., 7, 49, 50, 165. Cf., Val. Max., 4. 2, 6. lOe., C»IL, 5,H.7, 15.
■) Cic, Vai., 11,27. RtedeClodius (Cf. Cic, AU,, 1, 19, 2). •) Cf. Cic., AU., 1, 12, 1. 2. 2, 2, 3. Fam., 5, 5. 5, 6, 3. ") Cie., naee., 2, 6. 38, 95.
31 2 LA DISSOLUTION DE Lk RÉPUBLIQUE [IV, I 4
c était là une preuve des sentiments hostiles qui animaient le peuple contre le sénat ; il y eut un autre témoignage plus significatif; un jour on trouva le tombeau de Calilina couvert de couronnes.
César défendit lui-même ses propositions dans des assemblées; le préteur Q. Fufius, le tribun P. Vatinius, et d'autres tribuns," en particulier C. Alfius Flavus^ le soutenaient. Dans une de ces assemblées il fit encore une tentative pour obtenir Tapprobation do Bibulus; il voulait faire constater par le peuple qu'il avait épuisé tous les moyens pour maintenir l'accord avec son collègue et avec le sénat, et rejeter sur Bibulus toute la responsabilité de la rupture. Bibulus répondit qu'il ne consentirait jamais à approuver la loi dont il était question. Alors César pria Pompée et Crassus de donner leur avis'. Tous deux déclarèrent excellente la proposition de César, et Pompée alla jusqu'à déclarer qu'il défendrait la loi même par les armes contre ses adversaires'.
César employa encore un autre moyen pour affaiblir le parti des optimales, il proposa une lex curiata de arrogatiotie ; en qualité de grand pontife, il aurait dû être le premier à combattre l'emploi de la religion dans un but politique; or, par celte loi, il autorisait P. Clodius Pulcber, qui cherchait depuis longtemps à se fajre adopter par le peuple, à se faire reconnaître comme fils de P. Fonteius, un plébéien qui Taffranchit aussitôt '*. Clodius put devenir candidat au tribunatpour Tannée suivante^; il n*avait pas oublié les égards que lui avait témoignés César lors de son procès d'inceste; on pouvait donc prévoir que ce dangereux démagogue mettrait toute son influence au service de César pour combattre le sénat. La lo! curiale fut proposée en mars*; la solidarité de Pompée et de
*) Cic, Sest., 53, 114. Schol. Bob , p. 304. 324. Cf. Cic, PUmc., 4?. 10&.
«) DioC, 38, 4.
») Dio C. 38, 5. Plut., Pomp., 47. Cœs., 14. App., b. c, 2, 10.
♦) Cic, de Dom„ 13, 34 et seq. 15, 39. 16, 41. 29, 77. Har. retp., 21. 44. 23, 48. 37, 57. SesL, 1, 15. Prov, corn,, 17, 42, 19, 45. SueL, Cwt., 20. Ti6., 2. Dio C, 38, 12. 39, 11. Cf. Cic, Ait., 7, 7, 6. VelL, 2. 45. Ascon., p. 25. Plut., Cat» min,^ 40.
») Cic, A«., 2, 7, 3.
•) Cf. Cic, AU., 2, 7,2. 3. 2, 8, 1.
IV, 14] LE PREBnER CONSULAT DE JULES CÉSAR 313
César s'afrirma encore dans cette circonstance. Pompée la défendit comme augure ^ Cicéron remarqua que la loi avait été proposée le jour même où, présentante défense de C. Antonius, il déplorait devant le tribunal la situation mauvaise dans laquelle se trouvait le gouvernement de la république '; il comprit qu'elle était aussi dirigée contre lui. Jusqu'ici il n'avait pas fait d'opposition ouverte ; il n'avait pas combattu la loi agraire, mais il avait refusé son concours à César, il n'avait pas voulu se laisser nommer membre de la commission agraire ; il avait aussi refusé de se laisser envoyer en Egypte, où on voulait le reléguer loin du champ de bataille des luttes politiques, sous prétexte de lui confier une mission particulière'.
Le parti sénatorial n'en continua pas moins son opposition à la loi agraire. Les tribuns n'étaient pas d'accord; les uns, comme C. Gosconius, soutenaient César; d'autres voulaient chercher un moyen terme; trois étaient gagnés au parti des optimales et marchaient avec Bibulus^ ; Cn. Domitius Calvinus, Q. Ancharius et C. Fanniu5\ Ces derniers observaient le ciel tous les jours, et déclaraient qu'on ne pouvait convoquer les comices ; ils réussirent par ce moyen à en retarder la réunion. Bibulus alla plus loin; en vertu de son autorité consulaire il déclara que tous les jours de Tannée seraient des feriw imperativâs^ . Bibulus abusait de la religion, et autorisait César à ne tenir aucun compte des obstacles que Ton suscitait contre sa proposition de loi ; César du reste pouvait sappuyer sur l'exemple donné par Vatinius, qui, dans une circonstance pareille, avait méprisé les moyens d'opposition empruntés à la religion ; puis César était grand pontife, et Bibulus ne l'avait pas consulté. César fixa un jour pour la réunion des comices; ce jour-là les sénateurs hostiles à César se rassemblèrent chez Bibulus et décidèrent que ce dernier
* Cic, Alt., 2, 7, 2. 2, 9, 1. 2, 12, I. 2, 22, 2. 8, 3, 3. *) Cic, de Dam., 16, 41. Suel., Cœs., 20. Dio. G., 38; 10.
Cic; A«., 2, 4, 2. 2, 5, I. Prov, cons., 17, 41.
Cic, de Dom., 15, 39. Har. Resp., 23, 48. Schol. Bob. p. 263.
Cic, 8e$i., 53, 113. Vat, 7, 16. Schol. Bob., p. 304. 307. 324
Dio C, 38, 6.
314 LA DISSOLUTION DK LA RÉPUBLIQUE [IV, ii
opposerait son intercession \ Mais quand Bibulus se présenta devant le temple de Castor, où se tenait César pour présider l'assemblée composée en grande partie d'anciens soldats de Pompée, il fut repoussé; on brisa ses faisceaux, on maltraita les tribuns qui l'accompagnaient, ainsi que Caton. Les adversaires de César ayant été écartés, la loi fut votée*. Le lendemain Bibulus fit un dernier effort, il essaya de faire annuler le vote par un sénatus-consulte ; les sénateurs n'osèrent pas le suivre dans cette nouvelle voie; ils ne manquaient pas de raisons sérieuses pour infirmer la loi votée, mais ils avaient peur du peuple ^
A partir de ce jour Bibulus resta chez lui; son apparition ne se manifesta plus que par des édits; il se contenta d'observer le ciel * et de publier le résultat de ses observations, espérant ainsi fournir des armes à son parti, qui pourrait plus tard s'appuyer sur ses déclarations pour prononcer l'illégalité des actes de César. II agit ainsi au sujet de la loi de rege Alexandrino et de la loi Je publicaîiis; ces deux lois furent très probablement adoptées le lendemain du jour où fut votée la loi agraire ^
La loi agraire de César, comme celle d'Âppuleius, portait que les sénateurs devraient prêter le serment dans un délai déterminé. Q. Métellus Celer, M. Caton et son ami* M. Favonius voulaient braver l'exil en refusant le serment, comm» autrefois Q. Métellus Numidicus; les conseils de Cicéron leur prouvèrent l'inutilité d'une pareille manifestation; ils prêtèrent le serment au dernier moment \ Q. Métellus Celer mourut quelques jours après', laissant une place vacante
*) App., 6. c, 2, 11. Cf. Cic, Ait., 2, 10, 2.
») Dio C, 38, 6. App., 6. c, 2, 11. Plut., Pomp y 48. Ca^ min., 32. Caes., 14. Suet., Cœs., 20. Cf. Cic, Vat., 2, 5.
») Dio C, 38, 6. Suet., C:vs,, 20.
♦) Dio C, :38,0. Plut., Pomp., 48. Cxs,, 14. App., h. c, 2, 12. Sue!., Cxs.,20. Vell., 2, 41. Sen., ad Marc.consoLy 14, 2. Cf. Cic., A«., 2, 15, 2.
^) Cic.,Af/.,2, 16, 2.
«) Cic, A«.. 1. 14,5.
') Dio C, 38, 7. Cic, Scsi,, 28, 61. Schol. Bob., p. 302. App.» 6. c, 2, 12. Plut., Cal. min,, 32.
») Cic, C«/., 24, 59. Schol. Bob., p. 308.
dans le collège des augures ^ Après la mort de Geler, Cicéron quitta Romp pour aller passer les mois d*avril et de mai dans SCS maisons de campagne^ On nomma aussitôt les vigintiviri chargés de mettre & exécution la loi agraire ^ Nous ne les connaissons pas tous; Pompée et Crassus furent élus les premiers; les anciens préteurs G. Gosconius^ et M. Atius Balbus beau-frère de Gésar^ firent aussi partie de la commission ainsi que Gn. Tremellius Scrofa* et le savant M. Terentius Varron '.
César proposa vers la fin d'avril une seconde loi Julia agra-
na^\ la commission agraire serait chargée de partager Tager
eampanus et Tager stellatis entre les citoyens les plus pauvres;
elle devait choisir de préférence ceux qui avaient au moins
trois enfants \ Gésar n'avait pas voulu comprendre dans sa
première loi ces deux riches domaines, dont le produit était
considérable; à ce moment il. voulait encore paraître modéré;
mais maintenant la rupture avec les optimales était un fait
accompli, il n'avait plus besoin de garder aucune réserve; et
en disposant de l'ager campanus, il pouvait donner beaucoup
plus vile satisfaction aux citoyens pauvres, surtout aux
soldats de Pompée***. La loi Campana renfermait |un article
curieux; afin d'empêcher l'opposition de revenir à la charge,
César fit inscrire dans la loi que tous les candidats pour les
magistratures de l'année suivante devraient s'engager par un
serment formel à ne rien entreprendre contre les lois Julia»
agraritp ". Gicéron avait espéré qu'on pourrait faire supprimer
cette seconde loi, en donnant comme motif qu'elle avait amené
Cic, AH., 2, 5, 2. 2, 7, 3. 2, 9,' 2. Va^, 8, 19. *) Cic, Ait., 2, 4-2, 17.
') Cic, A^r,2,6, 2. 2,7,3.
*) Cic, AU., 2, 19,4.
* Suet., Aug,, t. Cic, Ait., 2, 12, 1. Cf. ThiL 3, 6, 16. «) Varr.,r. r., 1,2, 10. 2. i, 1.
■) Piin.,n, A.,7, 52, 53, 170.
• Cic. AU,, 2, 16, 1. 2. 2, 17, 1 . Cf.. 2, 15. 1.
•) DioC, 38, 7. Plut., Cat, min., 33. Suet., Cœs,, 20. Veile., 2, 41. Cf. , App., 6. c, 2, 10. PluU, Ctc., 26. Pts., 2, 4. Cic, PA</., 2. 99. 101.
Cic,, AtU^ 2, 18, 2.
une diminulion dans les revenus du trésor \- celle manœuvre de César lui enleva son illusion. La loi sur la Campanie fut immédiatement mise à exécution sous la direction ^e Pompée'. On commença par Capoue ; depuis la seconde guerre punique elle formait une préfecture et n'avait pas d'administration propre; les Marianiens avaient déjà essayé d'y établir une colonie; les vigintiviri firent de Capoue une colonie de citoyens romains'; il est certain qu*ils jfondèrent aussi une colonie à Casilinum en Campanie \ Le sénat essaya de discuter dans la suite le détail des changements accomplis en Campanie% ses eiïorls furent stériles, nous trouvons dans le Liher coloniarum des agrimensores plusieurs noms de lieux d'Apulie, du Samnium et d'Étrurie désignés comme ayant reçu des colonies en vertu de la loi Julia^ ; mais on ne peut apporter aucune preuve décisive pour établir que ces colonies furent fondées plutôt en vertu des lois de 59, qu'en vertu de la loi Julia de colatuis deducendh de 44 ; les agrimensores parlent aussi d'une loi Mamilia Roscia Peducœa Alliena Fabia ; elle se rapporte certainement à la loi Julia de 44.
La loi agraire avait révélé l'alliance jusque-là secrète conclue entre César, Pompée et Crassus. On ne pouvait du reste la tenir indéfiniment cachée. Cicéron qui l'avait devinée, et s*en était entretenu avec Pompée \ en parla dans ses lettres d'avril comme d'un fait connu de tous*. César espérait ainsi rendre l'union plus étroite, et surtout garantir le mainlien de son influence politique après son consulat.
Pour resserrer davantage les liens de la coalition, il fit^ épouser à Pompée vers le mois d*avril* sa fille Julia, promises
*) Cic, AtL, 2, 16, 1 . 2.
«) Vell., 2, 44. Cf. Cic, AU., 7, 7, 6.
») Cœs., 6. c, 1, 13. Suel., Caes., 81. Vell., 2, 4i. Dio C, 38, 7. Lib— CoL, p. 23, L. Cf. Cic, PhU., 2, 39, 101 . Sest , 4. 9. 8, 19. Pâ., 11. 21 Post, red. in senal., 11, 29. Alt,; 7, 14, 2. Plin.. n. A., 3, 5, 9,63.
*) Cic, PhiL, 2, 40, 102.
=) Cic, ai 0. /T., 2, 1, 1. 2. 5, 1. 2, 8, 2. Fam., 1, 9, 8. 8, 10, 4.
«) Lib., CnL, p. 210. 220. 231. 235. 239. 259. 260 L.
') Cic, PhiL, 2. 10, 23.
•) Cic, AM., 2, 4, 1. 2, 5, 1. 2. 2, 7, 4. 2,8, 1. 2, 9. 1,2.
•) Cic, AU., 2, 17, 1.
lY, 14] LE PREMIEII CONSULAT DE JULES CÉSAR 317
d*abord à Servilius Gœpio; on dédommagea Cœpio en lui donnant la fille de Pompée ^ On s'attendait' à ce que César proposeraitTompée elCrassus comme candidats au consulat; il présenta A. Gabinius, le favori de Pompée, et L. Galpur- Dius Piso Csesoninus^ qui avait parcouru sans distinction la carrière ordinaire des honneurs '. Piso avait été poursuivi par Clodius pour concussion et acquillé probablement après sa préture de 61 \ César s'attacha Piso en épousant sa fille^ Caton eut raison de dire que les provinces et les armées étaient désormais prostituées^. César devint de plus en plus prévenant à regard de Pompée son gendre; au sénat il s'adressait d'abord à lui, non plus à Crassus\ Il se l'attacha encore plus intimement en faisant voter une loi Julia de actis Pompeit; le peuple approuva dans leur ensemble les changements accomplis en Asie par Pompée ' ; on se rappelle que le sénat s'y était toujours opposé. L. LucuUus était personnellement intéressé à faire opposition ; César menaça de le mettre en accusation pour la guerre d'Asie; effrayé, LucuUus vint se jeter à ses pieds'. Il tomba bientôt malade'^ et mourut en 56**.
César voulait continuer à grandir son prestige ; il lui fallait pour cela obtenir du sénat en sortant de charge une province importante où il pût déployer toute son activité : il vouait se signaler par de grands exploits militaires, assurer les frontières actuelles de l'empire et les reculer le plus possible; mais il voulait aussi ne pas être trop éloigné de Rome, afin
') bio C, 38, 9. Plut,, Cœs., 14. Pomp., 47. Ca(., min., ,S1, App., 6. c, ^',14. VeU., 2, 44. Suet., Cœs., 2i. Cic, O/f., 3, 21, 82, *) Cic, AU., 2, 5, 2.
')Cic., Pw., 1, 1.2.
*) Val. Max., 8, 1, 6.
*) DioC, 38, 9. PluL, Powip., 47. Caes., 14, Cat. min., 33. App., b, c, '^j 14. Suet., CsB8., 21.
•) Plut., Cms.y 14. App., 6. c, 2, 14. ') Suel., Cxs., 21. Gell., 4, 10, 5.
•)Dio C, 38, 7. App., 6. c, 2, 13. Plut., Luc, 42. Pomp.; 48. Cf., 46, Vell.. 2, 44. Capj?., 6. A/., 68.
^' Suet., C«s., 20.
*•) Plut., Luc, 43.
) Cic, Prou, cons., 9, 22.
318 lâ dissolution de la république [IV, 14
de pouvoir surveiller les événements, et exercer toujours son influence sur la vie politique à Ilomc. Les circonstances lu firent donner] ce qu'il cherchait. La Gaule transalpine n'était pas encore soumise; la campagne de G. Pomptinus dirigée en 62 contre les AUobroges avait eu pour résultat d*agiter le pays. En 61 Diviliacus, roi des Édues, était venu à Rome pour demander au sénat de protéger sa nation contre les Séquanes ^ ; le sénat avait chargé le gouverneur de la Gaule narbonaise de soutenir les Édues ^ En 60, on craignit une invasion des Gaulois en Italie; en mars, le sénat décida que les deux consuls, Q. Métellus Celer et L. Afranius, se partageraient, par exception^les deux provinces des Gaules; ils furent chargés en outre de faire des levées d'hommes, et on leur enjoignit de n'admettre aucun cas d'exception. Le sénat envoya ensuite des ambassadeurs en Gaule. Pompée et Cicéron désignés naturellement, furent jugés nécessaires à Rome ; les ambassadeurs nommés furent Q. Métellus Grétiens, L. Valérius Flaccus, etCn. Lentulus, fils de Clodianus. Ils eurent pour mission de parcourir les différents pays de la Gaule, et d*engager les communautés à ne pas s'unir aux Helvètes \ Depuis ce moment on n'avait plus entendu parler de préparatifs de révolte en Gaule ^; mais quand il serait gouverneur César trouverait facilement des prétextes pour attaquer les tribus voisines de la province. Pour empêcher de croire que la Gaule était complètement pacifiée, il fit déclarer illégales les actions de grâces {suppltcationes) célébrées en l'honneur de C. Pomptinus, sous prétexte qu'une chauvesouris avait volé dans l'air au moment de la cérémonie*. César fit en même temps donner le titre d'ami du peuple romain au roi des Suèves Arioviste'; Ariovistc appelé par
0 Cœs., B. G*, 1, 31. 6, 12. Cic, de Div., 1, 41, 90.
«) Os., B.G., «,35. 43.
3) Cf. Cic, A«.,8, 15,3.
*) Cic; AU., 1, 19,2. 3. Cf. Cœs., B. G., 1, 3.
«) Cic, A//., 1,20, 5.2, 1, It,
^) Cic, Vat., 12, 30 etseq. Scliol. Bob., p. 322. Ce fut Vatinius qui fil la proposition.
^) Caes., B,G., 1,35. 40. 43. Piixi., Cœs., 19. Dio C, 38, 34. App., CelL, 16.
IVy t4] LE PREMIER CONSULAT DE JULES CÉSAR 31 9
les Séquanes cl les Arvcrncs ^ s'était établi ea Gau^e et avait envoyé des présents au consul de Tannée précédente, Q. Métellus Celer*; César agissait ainsi pour n'avoir pas à combattre en Gaule ce dangereux adversaire.
II n'osa pas demander immédiatement la Gaule narbonaise ; il chargea Vatinius de solliciter pour lui auprès du peuple la Gaule cisalpine avec llllyrie ^ Il paraissait ainsi moins exigeant ; le peuple gagné par des jeux et des chasses au cirque^ ne pourrait pas lui refuser cette province ; il continuerait alors à diriger la politique dans Rome tout en gouvernant la province la plus rapprochée de la capitale de l'empire. Quand il Veut obtenue, le sénat décida dans une séance qui précéda la Icnue des comices, où devait se faire la répartition des provinces, probablement sur la demande de Pompée' et de Crassus*^, que César pourrait ajouter à la Gaule cisalpine la Gaule narbonaise \ Le sénat n'avait pas pu refuser, d'abord il avait renoncé à toute opposition, et d'ailleurs on ne pouvait pas donner à un autre la Narbonaise, vu la nécessité do s'appuyer sur la Cisalpine. La loi Vatinia de promncia Cœsaris donnait à César trois légions **, et lui conférait le commandement pour cinq ans à partir du l*'^ mars o9. Le sénat approuva implicitement la loi Vatinia, et ajouta® une légion *\ César eut de plus le droit de nommer ses lieutenants, qui durent avoir rang de préteurs '* ; il pourrait les désigner sans recourir au
') Ca;s., B. 0., I, 31. 6,12.
*) Plin., n. A., 2, 67, 170,
«J Dio C, 38, 8. Suet., C««.,22. Cic, SesL, 64, 135. Vnt., 15, 35. Prov. com., 15, 36. Erreur dans Schol. Bob., p. 317. Vell., 2, 41. Oros., 6, 7. App., 6. c, 2, 13. Plut., Pomp., 48. des., li. Cra^s., 14. Cat., min., 33. Zon., 10, 6. Cf. App., lUyr,, 15.
*) App., 6. c, 2, 13.
•) Cic. AU., 8, 3, 3.
•) Pluu, Cross., 14.
•) Dio C, 38, 8. Suet., Cxs., 22. Cic, Prov. cons., 15, 36.
•) Cf. Cœs., B. G., 1, 10.
•) Dio C, 38, 8. 41. Vell., 2, 44. App., 6. c, 2, 13. Plut., Pomp., 48. Caes., 14, Cal. Min. y 33. Zon., 10, 6. Gros., 6, 7 et Eutr., 6, 17 se trompent.
«•) Cf., Cœs., B. G., 1,7,
320 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIQUE [IV, Il
sénat ^ Mais le sénatus-consulte ne parlait pas de la durée des pouvoirs ; le sénat conservait donc le droit de disposer de la province tous les ans, comme le voulait la loi Sempronia Pourquoi avait-on par extraordinaire fixé la date du 1^'' mars Si, au lieu du !<»' janvier 54 ou 53 comme limite des pouvoirs confiés à César? Pour rendre plus grande la difficulté de donner la province à un autre, puisque, en vertu de la loi Comélia de provinciis, les consuls et les préteurs prenaient possession de leurs provinces le ("janvier de chaque année'. Au reste, en violant une loi de Sylla, ou en paraissant l'ignorer pour revenir aux anciens usages. César n'était pas en contradiction avec lui-même ; tous ses actes paraissaient être inspirés par le même sentiment de mépris pour la constitution syllanienne. Caton eut raison de dire qu'en acceptant cette proposition le sénat avait introduit le tyran dans Tacropole * ; et en effet après comme pendant son consulat César montra qu'il était plus fort que la république ^ ; les bases de son pouvoir personnel étaient désormais posées '.
On doit rapprocher de cette première loi Vatinia une autre loi Vatinia de coloma latina Comum deducenda. Dès 67 César s'occupait déjà de faire donner le droit de cité aux habitants de la Transpadane, qui avaient déjà le droit latin ; depuis ce moment les Transpadans n'avaient cessé de réclamer euxmêmes le titre de citoyens romains. César voulait avant tout s'assurer de leur dévouement, voilà pourquoi il augmenta le nombre des Latins en fondant une colonie de 5,000 citoyens latins ; il leur fit la plus formelle promesse de leur faire accorder le droit de cité\ et Taccorda aussitôt à un certain nombre de colons. C6me s'appella la Nouvelle-Côme '.
Avant les élections César présenta un grand nombre de lois :
*) Cic, Vat., 15, 35 et seq.
'') Cic, Ftim., 1, 7, 10. Prov. corw., 15, 36. ') Cic, Prt/v, cons., 15, 37. 16, 39, *) Plul.,rtt(. min., 33. Cniss., 14.
-) Cic, A^., 7, 9, 3.
*j Cic, ep., Fraym., p. 973 Halm.
^) Suet., Caw., 28. App., b, c, 2, 26. Plut , C'aw., 29. Cf. Cic. AU., 11, 2. Fam., 13, 35. Strab., 5, 1, 6. Catull., 35, 3.
IV, 14] LE PREMIEft CONSULAT DE JULES CÉSAR 321
la plupart étaient dos lois judiciaires*, nous ne connaissons que la loi Julia depecuniis repeliindis *, appelée aussi loi Jiilia repetundarum^. Elle comprenait au moins 101 articles*, et, comme toutes les lois de ce genre, elle ne visait que les sénateurs*; elle était dirigée contre le sénat qui avait pris Thabitude déconsidérer les provinces comme son domaine propre, dont il excluait le peliple. Elle reproduisait plusieurs dispositions des lois Servilia etCornelia^, mais elle supprimait bien des licences autorisées par la loi Gornelia majestatis ^ et la loi Cornelia de provinciis •. Ainsi elle défendait au gouverneur de quitter sa province, de déclarer la guerre et de la faire sans autorisation • ; elle renfermait des dispositions qui devaient assurer la protection des peuples libres *^ ; elle fixait le chiffre des redevances que la province avait à fournir pour l'entretien du gouverneur et de sa suite **, et défendait do percevoir le tribut de l'or coronaire pour la fabrication des couronnes devant servir au triomphe, avantque le triomphe ne fût accordé à Rome **. On peut supposer que la loi de César visait aussi les abus des missions libres [legatmies liberœ) déjà limitées par la loi Tullia"; en tout cas, rien ne nous autorise à croire que César fit une loi particulière de legationibus liberis. On voit que la loi s'occupait de tous les détails de l'administration ** ; la grande préoccupation de César fut aussi de rendre plus sévères les peines que pouvaient encourir les gouverneurs *';
•) Cic, SesL, 6i, 135. Vat., 12, 29. Haô. Fost.y 5, 12. Schoi. Bob., p. 310. 321.
') DiK.,48, 11.
*) Cic, f(im.,8, 8, 3.
*) Cic, Mb, Post., 5, 11 et seq.
«) Cic,it/(6. Post.,\, 9.
T) Cic, Pis., 21, 50.
•) Cf. Cic, Fam., 3, 10, 6.
') Cic, P/5., 21, 50.
i*») Cic, Pis., 16, 37. 37, 90. Dom.y 9, 23. Prov. cons., 4,7. Cxs., B. Afr., 87. Cf. Senatusc. de ôOapud. Cic, A^^, 1, 19, 9.
••) Cic, AU., 5, 10. 2. 5, 16, 3. 5, 21, 5. Pis., 37, 9J.
»*) Cic, Pis., 37, 90.
»•) Cic, AH., 15, 11, 9. Cf. Pam., 12, 21.
**) Cf. Dig.. 48, 11.
•*) Cic, Vat., 12,29". Rab. post., 4, 8. Suet., Cœs., 43. Dig., 1, 9,2.
Cicéron lui donna son approbation '. Il devint plus difficile de falsilifir la comptabilité ; les gouverneurs durent envoyer un exemplaire de leurs comptes au trésor, deux autres durent être déposés dans deux villes de la province *. Elle rendit aussi plus didicile la fabrication des témoignages que les gouverneurs liraient de la province : ils durent être recueillis dans l'espace de trois jours, et remis au préleur qui les envoyait à Rome scellés de son sceau'. Quanti la procédure César y apporta quelques changements ; il diminua la durée du temps accordé aux oraleurs pour l'attaque et la défense *. Au reste la loi n'était pas faite uniquement en faveur de l'accusalcur ; elle limitait le nombre des auxiliaires que l'accusateur pouvait emmener dans les provinces pour faire son enquête '.
Depuis la retraite de Bibulus, César était de fait seul consul ; on appelait en plaisantant son consulat le consulat de Jules et de César ^ Bibulus n'en continuait pas moins à publier ses édits ; il attaqua la vie privée de César et celle de Pompée \ et réussit à ranimer son parti'. Malgré la toulepuissaiice de César, il ne se laissa pas effacer*; Caton, les deux C, Scribonius Curio, le père cl le fils '*, d'autres encore surent exciter la haine contre les tyrans ; aux jeux d'Apollon du 6 juillet, on tourna Pompée en ridicule dans des pièces de théâtre, Cé.sar fut froidement accueilli, Fulîus fut sifÛé, on applaudit Curio ". Les choses allèrent si loin que les partisans de César se crurent obligés do recourir aux menaces ; ils menacèrent les chevaliers de faire supprimer la toi Roscia, le peuple de rapporter la loi frumentaire ". Bibulus devint déplus
') Cic, Sest., 64, 135. Pis., 16, 37.
') Cic, Fis., 25, 61. A(t., 6, 7, 3. Fam., 2, 17, 2. 4. 5, 20, 2. 7.
') Cic, Flacc., y, 21. Schol. tiob., p. 238.
') Cic, Ftar., 33, 82. Cf., Lcx. col. Gen. C. 102. Plîn., ep., 4, 9, »,
») Cic, F/oec, 6, 13. 11 y a erreur dansSchol. Bob., p. 235,
•} Dio G., 38, 8. Suel., fies., 20.
') Cic, A(i., 2, 19,5. 2, L-O, 1. G. 2, 21, 4. Suai., Cki., fl. 48.
•) Cic, AU., 2, 19, 2. 2,20, 4. 2, 21, 5.
•) Cic, A«., 2,8, 1. 3,20,3.
"J Suet., Cai., fl. «. 50, 52. Cic, AH., 2, 8, 1. 2, 12, 2. 2, «.i.
"1 Qc.. *" ij|||l|i *- ^ IG^ 2 etseq.
en plus audacieux et assez puissant pour faire reporter au 18 octobre les élections consulaires qui avaient été fixées fin juillet*. Ce fut en vain que Pompée réunit une assemblée le 25 juillet pour parler contre les édits de Bibulus' ; César ne réussit pas mieux auprès d'elle ; il échoua également dans une démarche faite auprès de Bibulus pour le décider à retirer son édit^ Yatinius avait pris des dispositions : il voulait chasser fiibulus de sa maison et l'arrêter. César n*osa p€i8 commettre un pareil acte de violence, qui eût soulevé l'opinion contre lui^; il accepta la date fixée par Bibulus pour la tenue des comices.
Les partisans de César s'occupaient en même temps d'é« carter de la vie politique* les principaux sénateurs de l'opposition en leur intentant des procès. On avait déjà poursuivi G. Antonius, le collègue de Cicéron, on s'attaqua aussi à un préteur du même consulat, à L. Yalcrius Flaccus ; en sortant de la préture Flaccus avait été gouverneur d'Asie *, et jouissait d'une grande influence dans son parti. D. Loîlius l'accusa de concussion ® en vertu de la loi Julia. Pompée ne fut pas étranger à l'affaire ' qui fut portée très probablement devant le tribunal de Cn. Lcntulus, fils de Clodianus et non devant celui de T. Vettius*. Flaccus avait pris une part active à la répression de la conjuration de Catilina; il était impopulaire, et on espérait qu'il serait condamné '. Mais il fut défendu par Hortensius" et par Cicéron qui prononça en sa faveur son pro Flacco; Flaccus fut acquitté" avant les co-
1) Cic, AU., 2, 20, 6. 2,21, 5.
«) Cic, A«., 2, 21. 3.
') Cic, Ait, 2, 21, 5.
♦) Dio C, 38,6. Cic, VaL, 9, 21. 2,5. Fam., 1, 9, T.SchoI. Bob. p. 3l8 et seq.
») Cic , Flacc, 3, 6. Caes'., b. c, 3, 53.
«) Cic, F/acc, 1,2. Schol. Bob., p. 228. 230.
') Cic, Place, 6, 14.
•) Le passage de Cic, FUicc, 34, 85 prouve que T. Vetlius était préteur, et qu'il fut ensuite gouverneur d^ATrique, mais n'élablit pas qu'il présidait . e tribunal.
•) Gc, F/acc, 2, 5. 38, 95.
«•) Ck., Flaee., 17, 41. 23, 54. AU., 2, 25, 1.
") Macrob., 8aL, 2, 1, 13.
32i LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIQUE [IV, ^
micos*, malgré les dénonciations de L. Veltius'; l'annéi suivante, il fut lieutenant du consul Piso^
Vatinius voulut frapper un grand coup contre les chefs di parti sénatorial, que Ton était convenu d'appeler la nalit opthnalnmi ^ ] on croit que César n'en fut pas prévenu*. I essaya d'entraîner dans un complot fictif contre Pompée L. Veltius, qui avait joué un triste rùle comme faux délateui dans Taiïaire de Catilina, et le jeune C. Scribonius Curio, qu s'était remué en 61 en faveur de Clodius® ; il dénoncerait ensuite Curio, et provoquerait une enquête dans laquelle serai enl compromis les chefs du sénat. Vatinius visait surtout LucuUus et Cicéron. Cicérun vivait en dehors de la politique, s'occupant d'administrer ses biens "^ ; les maîtres du jour n'avaienl pas réussi à le faire entrer dans leur parli ; il avait repoussé leur offre de le recevoir dans le viginlivirat après la mort de C. Cosconius*;il avait refusé aussi de devenir le lieutenant de César". Curion ne se laissa pas duper; il révéla tout à son père qui avertit Pompée. L'affaire fut portée au sénat^ où L. Vettius s'embrouilla si bien dans ses explications que le sénat le fit arrêter. Quelques jours plus tard, César le fit comparaître devant une assemblée : là il contredit ou compléta les explications qu'il avait données auparavant. Comme il avait avoué ses intentions de commettre un meurtre, il fut envové devant le tribunal de vi, que présidait Crassus Dives comme préteur ou comme juge do ce tribunal. On croyait qu'il serait condamné, mais on espérait aussi qu'il demanderait l'aulorisation de faire connaître ses complices. Vatinius prépara donc une rogatio de indicio Veltii, pour demander la constitution
') Cic, Alt., 2, 25, 1. Cf., 2, 23, 3. 2, 24. Cic, Vaf., «0, 25.
*) Cic, Flacc.f 38. 9i5.
») Cic, Pis., 23, 5'â.
*) Cic, Sc.</., 63, 132.
^) Malgré les iémoi^^nages de Cic, AtL^ 2, 24, 2. et de Suet., Cars., 20.
6j Cic, A«.,l, li, 5.
') Cic, AU., 2, 22, 3. 2, 23, 1. 3. Cf. Cic, F/acc., 39, 98.
•) Cic, A//., 2, 19, h. Cf. 9, 2 A, 1. Prou, cons., 17, 41. VeII.,2, 45. Quint., 12, 1,16.
') Cic, AU., 2, 18, 3. 2, 19, 5. Fam., 14, 3, 1. Prov. coiu., 17, 42. Cf. Plut., Cie., 30. DîoG. 38» 15et aeq.
: PREMIER CONSULAT DE JCLE8 CËSAR
d'un Iribuaal exLraordinaire ', Mais la bul poursuivi par Valinius était connu, la ruse était dévoilée ; VaLinius préléra faire disparaître le principal instrument de l'entreprise ; il fit égorger Vellius dans sa prison ',
Tout cela se passait' avant les élections consulaires*, à peu près en même temps que se plaidait le procès de Flaccus î Cicéron en fui très inquiet. Pompée essaya da le rassurer en lui promettant que Clodius, candidat au tribunal, ne rinquiélerait pas '. Pompée cependant ne regrettall pas encore son alliance avec César ', comme Cicéron le croyait; il était plutôt mécontent de Cicéron' à cause des dénonciations de Vellius qui ne reposaient pourtant sur rien. Clodius fut le plus habile ; il oe fit pas connaître la conduite qu'il Ucndrait pendant son tribunal; il ne voulut pas se prononcer entre Cicéron d'une part. César et Pompée de l'autre '.
Les élections eurent lieu le 18 octobre ; elles furent favorables au parti des triumvirs ; les consuls élus furent A. Gabinius et L. Calpurnius Piso CfBsonious. Il y eut pourtant d'aulres candidats', par exemple L. Cornélius Lentulos Niger, qui était llamiuc de Mars'", Un jeune homme, C. PorciusCalo, essaya d'accuser Gabinîus do brigue, mais les préteurs ne voulurent pas recevoird'action; irrité, Caton convoqua une assemblée, devant laquelle il qualifia Pompée do dictator privatus, il faillit être mis en pièces". Parmi les nouveaux préleurs se trouvaient des partisans avérés du sénat : L. Domilius Âhenobarbus, beau-frère de Caton, enrichi par les
t) Cic, AU. ,2, 24,2 etseq. l',i(., 10,21 et seq. Sest., 03. 132.
») Cic, Vat.. n, 26. Sctiol. Bob-, p. 308. 320. Suet-, Cxs., 20. Cf, Dio a 38, 9. Plul-, Luc, 43. App-, È. c„ 2, 12.
») Cic, Place,, 38, 06,
*) Cic, Val., 10, S.
»} Cic, Ait.. 2, 19, 4. 2, 20, 2. 2, 21, 6. 2, 22, 2. 2, 2i, 5. Ses(., 7, 15. DioC, 33, 15el seq.
•) Cic, AH., 2, 22,6.2, 23,2. Cf. Phil., 2, 10, 23.
') Cic , <le Dom.,il, 28.
■) Cie., Att., 2. 12, 1 . 2. 2, 22, 1. 2, 23. 3. CF., Plut., Cic , 30.
») Cic , Uar. Resp,. 6, 12. .^scon., p, 29.
'•) Cic, Val., 10, 25.
") Cic, ad Q. fr., t, a, 5, 15. Cf. Sm(., », 18.
proscriptions de Sylla*;. P. Nigidius Figulus, C. Memmius Gemellus, connu par ses relations avec les poètes Catulle et Lucrèce; L. Cornélius Lentulus Crus; L. Flavius', et T. Ampius Balbus*. Parmi les tribuns qui furent élus en octobre*, mais avant les consuls, nous trouvons des amis de Cicéron^ ; mais le plus dangereux adversaire des triumvirs, M. Juventins Laterensis, n'avait pu être élu; au moment de poser sa candidature en juillet, il avait dû se retirer parce qu'il n'avait pas voulu prêter le serment exigé par la loi Julia deagro campano*. Pour Cicéron, l'élection de Clodius'' fut un signe caractéristique de la disparition prochaine de la république*; il espérait cependant triompher de cet adversaire quand il s'attaquerait directement à sa propre personne'.
«) Dio C, 4i, 11.
•) Cic, ad Q. fr,, 1, 2, 3, 10. 1, 2, 5, 16.
3) Cf. Cic, Fam., 1, 3, 2.
*) Cic, AU.j 2, 23,3.
») Cic, ad Q. fr,, i, 2, 5, 16.
•) Cic, AtU, 2, 18, 2. Flanc, 5, 13. 22, 52. Schol. Bob., p. 263.
') Dio C, 38, 12. App., 6. c, 2, 14. Plut., Cxs.y 14. Cat. min,, 32. 33
•) Cic, adQ.fr., 1,2,5, 15.
•) Cic, adQ.fr., 1,2, 5, 16.