‹ Histoire intérieure de Rome jusqu'à la bataille d'ActiumChapitre 47 sur 187 · IV, 15] LES COMMENCEMENTS DE L*ANARCIIIE · texte numérisé non relu

IV, 15] LES COMMENCEMENTS DE L*ANARCIIIE

populaire d'ailleurs, devait avoir un effet rétroactif; elle visait surtout Cicéron; Cicéfon avait fait exécuter les partisans de Catilina sans jugement en vertu des pouvoirs extraordinaires que lui avait confiés le sénat*.

La loi dirigée contre Galon portait que Tîle de Cypre formerait une province, et que les propriétés du roi Plolémée seraient confisquées au profit de rÉlat*. Plolémée était roi de (lypre*, et son pouvoir était aussi légitime que celui de son frère en Egypte, et aurait du être reconnu par Rome. Mais on avait besoin d'argent pour appliquer la loi Julia agraria et la loi Clodia frumenlaria*; pour justifier la spolation, on commença par rappeler le testament de Ptolémée Alexandre, et on mit en avant que Ptolémée de Cypre s'était rendu coupable en protégeant les pirates ^

La loi Clodia de provinciis modifiait la répartition des provinces faite par le sénat en vertu de la loi Sempronia; elle donnait aux consuls les provinces de Cilicie et de Macédoine. Gabinius ne fut pas satisfait; il y eut alors une seconde loi (de pemmtatione provinciarum) , qui autorisa Gabinius à échanger la Gilicie pour la Syrie®. La même loi leur reconnut en outre — ce qui était contraire à la loi Julia de pecuniis repetundis — le droit d'exercer leur autorité dans des provinces autres que celles qui leur étaient attribuées, le droit de faire la guerre en dehors des mêmes provinces^; ils purent même rendre la justice chez les peuples libres *, choisir leurs lieutenants sans en référer au sénat', et on leur laissa la libre disposition de sommes considérables *°.

') Cf. Liv., ep., 103. Plut., Cic, 30. App., 6. c.,2, 15.

») Liv., ep,, 104. Cic, de Dow., 8, 20. Sest.y 26, 57. 27, 59. Schol. Bob., p. 301. 302. Flor. 3, 9. Dio G., 38, 30. App., 6. c, 2, 23.

') Cic, Ftocc, 13,30.

*) Cf. Amm. Marc, 14, 8, 15.

») Schol. Bob., p. 301. App., 6. c, 2, 23. Slrab., 14, 6, 6. Cf. Val., Max., 9, 4, ext., 1.

•) Cic, Sest., 25, 55. de Dom,, 9, 23. 26, 70. Prov. cons,, 2, 3. Plut., Cic, 30. Aur. Vicl., Vir. ilL, 81.

') Cic, de Dom., 21, 55. 23, 60. 47, 124. Pis., 16, 37. 24, 57.

•) Cic, Prov, cons , 4, 7. Cic, de Dom.y 9, 23.

•) Cic, ViU., 15, 36. Cf. Sest., 14, 33.

««) Cic , de Dom.y 9, 23. 21, 55. Sest., 10, 24, p, red, in Sen.» 7, iS» Har.f resp., 27, 58.

Aussitôt que ces lois furent proposées, Cicéron eut l'imprudence de prendre le deuil, et de faire des démarches auprès du peuple pour amener leur rejet *. Il eut pour lui les sympathies des chevaliers et du sénat. Les chevaliers organisèrent une députation qui devait aller trouver les consuls et le sénat ; les sénateurs Ilortensius et Curio en firent partie, beaucoup de sénateurs, imitant Cicéron, prirent le deuil. Les consuls n'étaient pas hommes à se laisser intimider par de pareilles manifestations publiques. Cicéron croyait pouvoir compter sur Piso ' qu'il avait nommé gardien de la centurie prérogative, quand il présidait les comices, et, le 1" janvier, il Tavait interrogé le troisième au sénat \ Mais Piso déclara à Cicéron lui-même qu'il ne ferait rien contre la volonté de Gabinius^ et lui donna le conseil de quitter Rome. Gabinius repoussa la députation des chevaliers qui voulait se présenter devant le sénat; L. iËlius Lamia, un chevalier qui s'était mis en avant dans cette aifaire, fut exilé; Gabinius empêcha encore le sénat de délibérer sur une proposition de L. Ninnius con* cernant la prise de deuil {vestis mutatio)^ et ordonna par un édit signé aussi de Piso à tous ceux qui avaient pris le deuil de reprendre leurs costumes ordinaires ^ Clodius ne restait pas inactif; il empêchait par la force la tenue des assemblées convoquées par Ninnius; dans d'autres assemblées il faisait attaquer violemment Ilortensius et Curio * ; après avoir ébranlé la populaiité des amis de Cicéron, il convoqua une assemblée dans le cirque flaminius; les consuls y vinrent pour blâmer la condamnation des partisans de Catilina; César, qui avait fait convoquer l'assemblée en dehors de la ville, parce que revêtu du commandement il ne pouvait plus pénétrer dans Rome \ déclara que l'exécution ordonnée par

») Cic, A«., 3, 15, 5. Dio C, 38, i4. Plut., C/c, 30.

«) Cic, Seal , 8, 19.

•) Cic, ;). red, in Sm., 7, 17. Pis., 5, 11.

*) Cis., Pis., 0, 12.

') Dio C, 38, 16. IMut., Cic, 31. Cic, Sest , 11-14. p. red. in Sen.,:^. 12. 12, 31. ad Quir., 3, 8. 5, 13. de Dum., 43, 113. Pis., 8, 17. 27. 64. Plane. ::5. 87. f«m., Il, 1G.2. 12, 29, 1. Ascon , p. 10. ScLol. Bob., p. 249. 271 et seq. 296.

«) Cf. Cic , MU., 14, 37. de Dnm., 21, 54. 42, 110.

^) Cic, p. red. in Scn., 13, 32. Sest.» 18, 41 .

IV, 15] LES COMMENCEMENTS DE l'aNARCHIE 333

Cicéron était illégale; mais il ajouta, en faveur de Cicéron, qu'il ne pouvait pas approuver la proposition de punir cette illégalité *. Clodius put alors se vanter d'être d'accord avec César, Pompée et Crassus *. Ces trois grands personnages ne voulurent pas lui donner de démenti en public; au moment où Ton allait discuter les lois et les faits de Tannée précédente, ils ne voulaient pas tourner contre eux un tribun populaire ; d'ailleurs les dangers personnels qui les menaçaient leur tenaient beaucoup plus à cœur que ceux des autres. Crassus disait bien que les consuls devaient prendre la défense de Cicéron, mais il ne le pensait pas sérieusement. Des amis de Cicéron, ayant à leur tèle le préteur L. Lentulus Crus, vinrent trouver Pompée ; il leur déclara qu'il prendrait les armes pour soutenir la proposition que pourraient faire les consuls en faveur de l'orateur; mais il savait bien que les consuls ne feraient pas une proposition de ce genre \ Cette réponse *, Taffeclalion de Pompée à s'éloigner de lui * firent comprendre à Cicéron qu'il ne pouvait pas compter sur Pompée. Ses meilleurs amis, Uortcnsius et Caton, lui rejJlésentèrent qu'une résistance à main armée serait inutile; ils l'engagèrent à s'éloigner, en lui faisant entrevoir la pompe d'un retour glorieux •. Cicéron se résigna à l'exil; plus tard il essaya de colorer sous les fleurs de son éloquence les motifs honorables à ses yeux qui l'avaient décidé'; en réalité, sa résolution fut dictée par des motifs plus simples, et ne mérite ni éloge ni blâme *. La veille de son départ, s'appuyant sur un plébiscite.

•) Dio C, 38, 16. 17. Plut., Cic, 30. Cic, Pis., 6, 14. Sest., 14, 33. p. red.in Sen., 6, 13. 7, 17.

■j Cic, Scsi., 17, 39etseq. Har. Resp.y 22, 47.

3) Cic, Sest., 18,40. p. red. in Sen., 13, 22 et seq. Pis., 31, 77. Dio C, 38, 17. Schol. Bob,, p. 288.

*) Cic, AU., 3, 15, 4.

*) Dio C, 38, 17. Plut., Cic, 31. Pomp., 40. Cf., SesL, 18, 41.64, 133. Pis., 31, 76. ad Q. fr., 1, 4, 4. Alt., 3, 15, 4. 10, 4, 3.

•; Dio C, 38, 17. Plut., Cic, 31. Cat. min., 35. Cic, ad Q. fr.,i, 4, 4. Cf., A«., 3, 9, 2. 3, 15, 2. 4, 2, 5. Fam., 7, 2, 3. 14, 1, 1. odQ. fr., 1. 3, 8.

') Cic, p. red. in Sen,, 14, 34, ad Quir., 5, 13. de Dom., 24, 63. 34, 9i . 36, 96 et seq. Sest., 19. 23. Plane, 36, 89. MU., 14. 30. Fam., 1, 9, 13.

•) Cf. Dio C, 46, 11. 21.

f,A DISSOLUTION DE LA HÉPUBLIODB

IW, (S

Cicéron alla dédier devaiil le temple lie Minerve au Capitolc une stftlue de Minerve Custos' : il quitta Rome avant qup la loi Clodia fût votée '. Klle dut l'èlro vers le milieu du mars'; car César t|iii se rendit dans sa province après le dépari de Cicéron, n'y arriva que quelques jours avant le 28 mars *.

Le jour où la loi de CIcidius fut votée, la maison que Cicéron possédait k Rome fui incendiée el ses villas furent pillé*»'; le même jour, ou vota la loi Clodia de provinciis'; le m^ine jour aussi, ou un des jours suivants, fut encore volée la loi concernant Tîte de Cypro'. Cette hypothèse concorde avec les faits que nous connaissons, et les (imitations provoquées par le départ de Calon; il quitta Rome après Cicéron', mais, comme lui, au commencement du tribunal de Clodins '.

(jcéron s'était exilé volontairemeut; pas ne fui besoin de formuler contre lui une accusation basée sur la loi do Cioclîus ; Clodiiis, du reste, ne comptait en faire usage que dans le cas où Cicéron resterait ". 11 fallait cependant obtenir contre lui un décret officiel d'exil, et lui rendre le retour impossible ; voilà pourquoi Clodius proposa une seconde loi qui viaaîl direclement Cicéron". La loi Clodia de exilio Cicwojii's'* portail qu'une sentence d'exil pesait sur l;i télé de Cicéron, pnrce qu'il avilit faussement interprété un sénatus-coEisulteel fait muttre à mort des citoyens sans jugement ". Sa maison et ses biens furent conOsqués au prolit de l'Ëtat, la maison dut être rasée

'j Obse(i,,63. Cf. Cic, Fam., 12, 15. 1. deLtg.,2, il, 12. Dîo C, 45, 17.

•) Dio C, 38, 17. ^

■) Pliil.,CJt'S., U. ■

') Ci.c, Se*l,,2i.54.p. red in S«n.,7, 18. Cf. rIeDwi.,24, 82. Pfr.'^ Il, 28. Plane., 40. 05. Mil., 33, 87. Cf. As.v)ii., p. 10.

•) Cic, Sm( , 2i, 53. 19. 4i. p. red. in Sm., 7, 18. Att., 3, I.

') Cic, Suit.. 29, 62.

■) Cic, rfe Dom., 25, 65. S«(., 28, GO. 2!1, 63. Erreur ap. Plut., Cal. min.. 34.

*) Cic, de florn., 9, 22.

<•) Cic. de Doin., 22, 57. Mit., tt, 3(i.

"} Cf. Cic. AH.. 3, 15. 5BlEeq.

'•) Schol.Bob.,p. 309.

'■) Cic, de Dom.. 18, 47. 19,50. 31, 83. Pi»., 29,72. Schol. Bob., p. 253. Liv.,ep., 103. Dio G.. 38, 17. PluL, Cic, 32. Cf. Diu C, 4G, 2.20.

IV, +8] LES COMMESCBWESTS DE l'A^ABCHIB 33S

comme celle des coupables du haute Irahison', Au jour indiqué, Cicéron devait se tenir éloigné de Rome à une distance d'au moins 400,000 pas'; s'il se rapprochait, on pourrait le mettre à mort sans jugement , aînisi que ceux qui l'auraient accueilli'. Défeaso aux tribuns futurs de proposer son rappel', défense aussi aux magistrats et aux sénateurs de faire uue motion de ce genre au sénat, même d'émettre un vote en sa faveur*. Après avoir présenté la loi, Cloilius apprit que Cicéron voulait se retirer en Sicile ou à Malte° ; il changea dans sa proposition l'article qui concernait la distance et s'arrangea pour que le séjour de la Sicile fût interdit à l'exilé \ Clodius observa toutes les formalités législatives, pour que sa loi ne pût Èlre annulée pour vice de forme'. Il dut respecter le trinundiaum, sa loi ne put donc être proposée que vers le milieu de mars ; en tenant compte des jours néfastes et des grands jeux d'avril , nous concluons qu'elle dut être votée avant le 3 avril. Cette date concorde avec ce que nous apprend Cicéron; il fallut uu certain délai pour le prévenir; or, nous savons par lui qu'il lui fut signilié de se trouver en dehors des limites fixées par la loi avant le 7 avril'. L'assemblée qui vota la loi ne devait èlre composée que des bandes de Clodius, les amis de Cicéron s'abstinrent, toute opposition était inutile"*.

La loi de Clodius avait pour elle tes apparences de la légalité, mais rien que les apparences; c'était aux yeux de Cicétoq", cl c'est aussi pour l'historien, un acte arbitraire,

') Dio C, 38, 17. App,, b. c, 2, 15. Plut., Cic., 33. Ciu., Sest., 30, 65. i»i»., 13, 30, Ascon., p. iO.

») Cic, ik Uùm., l'J, 51. 32, 85. Vlanc, 41, 97. Fam., li, 4, 2. AU.. 3, 4, Dig C, 38, n.

*) Cic. AH., 3, 23, 4.

•> Cic, AU., 3, 15, 6, 3. 12, 1, 3, 23, 2. p. red. in Sen., 4, 8. de Dont.. 28, 6»*. 27. 70. Scsi., 32, 69. Pis., 13, 28,

•> Dio C, 38, 17. Plut.. Cic., 31. Ctc. Pianc, 40, 95. .4»., 3, 4.

') Dio G., 38, 17. Plut., Cic, 32. Cf., AU., 3, 2. } Cic, ProB. cons., 10, 45 de Dom., 16, 42.

*i Cic, AU., 3, i. 3, 5. et. Fam., 14, 4, 2. Plane, 40, 96 et se%.

">) Cic, lie Dont., 30, 70. 31, 82, Sent., 5i . t09 et seq. Pis., i3, 30.

"j Cf. Cic, deLeg., 3, 19, V>. Scsi., 34, 73.

émanant de la souveraineté judiciaire de la populace révolutionnaire conduite par le tribun ; elle montre bien clairement qu'il ne fallait plus songer au maintien des institutions républicaines. Rome allait tomber dans l'anarchie, ou passer au régime monarchique*.

En même temps, Clodius avait présenté la loi qui devait éloigner (^uton de Rome ; elle dut aussi être votée avant les jours néfastes d'avril. Avant le vote , Clodius avait vu Catoo et lui avait déclaré que personne n'était plus capable que lui d'administrer les biens de Ptolémée ; Caton refusa énergiqucment l'offre qu'il prévoyait*. Quand la loi fut volée', Clodius demanda que Caton fût chargée de l'exécuter en qualité de questeur, mais on lui donnerait les pouvoirs prétoriens, c'est-à-dire le droit de faire la guerre *. R ajouta, pour tenir Caton plus longtemps éloigné de Rome, que le nouveau magistrat serait charge de reconduire à Byzance des bannis' qui avaient acheté la protection de Clodius au poids de l'or*. Clodius avait souvent parlé dans les assemblées de la part prise par Caton à la condamnation des partisans de Catiliua\ et il savait que Caton ne pourrait pas refuser la mission qui lui était confiée ; il était particulièrement heureux do donner un commandement extraordinaire au zélé républicain qui avait toujours protesté contre les commandements de ce genre • ; l'occasion était excellente pour le compromettre, et Clodius fit son possible pour préparer les éléments d'un procès contre Caton*. Pour ne pas s'exposer à un décret d'exil en désobéissant à la volonté du peuple souverain, autant que pour ne pas

«) Cic, de Dom , 10, 26. 13, 33. 17, 43. 42, MO. Sest., 30, 65.

«) Plut., Cat. min , 34. Cf. Cic, de Dom., 25, 65.

^) Cic, St'st.y 29, 62.

*) Veli., 2, 45. Liv., ep., 104. Aur. Vict., Vir, i// ,80, Cic, de Dom., 8, 20. 9, 21 . Dio C, 38, 30. Plul , Cat. min., 34. Cœs., 21. Powp., 48. App., h. c , 2, 23. Slrab., 14,6,6.

*) Plut., Cat,, min., 34. Cic, de Dom., 20,52. Sest., 26, 56. Schol. Bob., p. 301.

«) Cic , de Dom., 50, 129, Ilar. Resp,, 27, 59. Cf. ad Q. fr., 2, 9, 2.

') Cic, de Dom., 9, 21.

•) Cic, Sest., 28, 60. de Dom., 9, 22.

») Plut., Cat. min., 34. 45.

IV, 15] LES COMMENCEMENTS DE l' ANARCHIE 337

laisser tomber en d'autres mains la gestion des grands intérêts qui lui étaient confiés S Caton se soumit. César écrivit à Clodius pour le féliciter du résultat obtenu *.

Le sénat avait donné une preuve nouvelle de son impuissance, de son eiïacemont dans l'État; nous retrouvons là un autre symptôme de Tétat morbide dans lequel se débattait l'institution républicaine. Clodius dirigeait tout, décidait de tout avec ses bandes, ilont les membres n'étaient probablement pas même des citoyens; ils représentaient maintenant le peuple souverain, les organes de la constitution étaient donc complètement faussés ; Rome était dominée par une démagogie anarchique.

L'impuissance du sénat s'accusa d'une manière encore plus caraclérislique ; il ne put faire annuler les lois de César Au moment où fut proposée la première loi Clodia contre Cîcéron', li»s préteurs L. Domilius Abenobarbus et C. Mcmmius Gemellus iirent un rapport sur les événements de Tannée précédente^ de superioris amii actis \ César déclara francbement qu'il s*en rapportait à la décision du sénat ^. Mais il fit connaître sa pensée intime dans des discours qu'il composa contre Domitius et Memmius, discours qui furent ensuite publiés^; dailleurs les amis de César veillaient et agissaient de telle sorte que le sénat ne put rendre de sénatus-consulte. Après Irois jours de discussions stériles, César put se rendre dans sa province vers la fm de mars^ La tentative avait échoué, il en résultait qu'auprès de l'opinion la tentative elle-même était considérée comme blâmable, par conséquent les lois Juliae n'en étaient que mieux affermies*.

Constatons aussi l'impuissance des tribunaux ; on ne put mettre en accusation ni César ni Vatinius. Après le départ de

») Cic.,8esf., 28, 61 et seq.

«) Cic, de iPjm , 9, 22.

') Cic, Sest., 18, 40. Prov. cons., 18, 43. Pis., 32, 79.

*) Suel., Ca?s., 23. Ner.,2, Scliol. Bob., p. 297.

5) Suet., Cxs., 23. Schol. Bob., p. 317.

«) Schol. Bob., p. 317. 297. Suet., Cœs., 73.

') Suet., Oa?s., 23.

•; Cic, VaLj 6, 15. Prov. cons., 19, 46.

Il 22

33R L& DIS90Li:TI0<t DE tA nCPUBUQUB [tV, tS

Ct'sar, 'III av.iit |ir)iirsiiivi son quoslt^iir ; en obtenant sa r.otiiliiinn<iLii>ti, on altcignsil (^csar ; puis le tribun L. Anii.slius osa accuser César Iui-m(^mc, Le prélour élait décidé k recevoir la plain'o, mais César fil &g\v k> collège des tribuns ; cps derniers défendirent que l'on mit en aci^nsation un magistrat retenu loin de Rome pour le service de l'Étal'. Valinlus étail devenu le lieutenant de CésarS ii eût pu dédinor la poursuite ein>in|i|ciyanl le même procédé. 11 préféra subir les poiirsui les; C. Lieinius Calvus" l'avait cité en vertu de la loi Licinia Junia' devant le préleur C. MemmîusGemel lus pour répondre de.s îrrésulfti'îlé* de sa lég'islation dans trente jours; Vulinius laissa s'écouler le délai pendant lequel il pouvait faire appel an collfegs des tribuns. Vatinius disrula alurs sur i'inlcrpré.tatinu de la loi <li> Altcntis consi/tis rej'icieitdis, et finalcQM se fit soutenir par les bandes de Clodius qui chassèrent préliîur du Irihun.

Tout réussissait ù Clodius; il se persuada Iiieulîil qu'il était le maître absolu dans Home*, il ne craignit pan d'gtTcnsrr l'ompée'. Voici comment : le préteur L. Flavius était chargé de garder le jeune Tigrane; en avril ', Clodius ménagea à Tîgraue les moyens de tromper Flavius «t de s'enfuir; quanti Flavius et Clodius se reiiconlrbrenl sur la voie Appia, Ils se livrèrent un véritable combat; un cbevalier M. l'apirius fui tué, cl Flavius dut prendre la fuite'. Clodius proposa ensuite des lois'" (]ui devaient changer certaines dispositions prises par Pouipéo en Orient", Pompée se retourna aussilàt cootri!

') Su»l.,Cxs., 23,

*j Cic, Val., 15, 35.

*) Tac. 0iu(.,3i. Quinl , iZ, 6. 1.

') Cic, Sc.il., 64, 135.

») Cic, V,a.. 14, 3:i. Cr.Schol. B.ib., p.3t0. 323. 3..'2; il y n 14 contu. cion aveu une (lulre iiccusalion dirigée contre Vatinius.

•) Cic , Sfil., 15, 34. de Dom., 19, 49.

T) Cic, de Dom , 25, 06. App., b. c, 2, 15. Ptul., /Wy.., 48

•) Cic, AU., .1, 8, 3,

') Ascon.. p. 47. SclioL Bob., p, 284. Cic, de fioni,, 25, 66. Mil., (i 18 14. 37. Dio C-, 38, 30. Pliil., Pomp., 48.

"") Cic, Sent., 30, 66. 25, 55. Je Uom. ,iO. 24.

"f V\m., Pomp.,3ft. Cic.,33.

1\", loj LES COMMENCKMKM'S DE LANARCHIK 339

Cloilius*; Gabinius qui avait les faisceaux pour lu lîui.s d'avril en fit autant sur les conseils de Pompée". Les choses allèrent si loin que Clodius consacra les biens de Gabinius ^ ; L. Ninnius riposta en consacrant aussi les biens de Clodius*. LtJ sénat reprit courage, Clodius n'osa plus se montrer dans les réunions où les partisans du sénat étaient en nombre, pnr exemple aux jeux de M. iEmilius Scaurus\ Le préteur L. Domilius Ahenobarbus put même faire échouer une proposition de loi du tribun Cn. Manlius, la rogatio de liberiviorum suffrafjiis; elle avait du êlre préparée de conaert avec Clodius à l'époque dont nous parlons, et nous pensons qu'elle était une reproduction de la rogation Manilia de 67, qui avait été repoussée. Il faut ajouter que le préteur employa, pour réussir, les mêmes moyens de violence que Clodius^. On s'expl que dès lors pourquoi Clodius put faire passer un si petit nombre de rogations. Nous n'en connaissons que trois, sans compter celles dont nous avons parlé plus haut : la loi Clodia de scribis qitœstonîs, qui interdisait aux secrétaires des questeurs en province les opérations commerciales''; la loi Clodia de iiijuriis jmhlicisy faile au profit d'un des plus violents partisans de Clodius, Menulla d'Anagni®; et la loi Clodia de brjotaro et Brogiiaro^ qui est bien de cette époque, puisqu'elle changeait des dispositions prises par Pom|)ée en Asie; elle enlevait à Déjotarus le sacerdoce de la grande déesse à l*essinonte, pour le conférer, ainsi que le litre de roi, au gendre de Déjotarus, Brogilarus, qui avait corrompu Clodius". La brouille entre Pompée et Clodius*" eut un résultat immédiat; en mai, on parla déjà de rappeler Cicéron**. On con-

•) Cic, S€$t., 31, 67. de Dom., 10, 25. *) Cic, rff? Dom., 25, 66. Pw., 12, 27. ») QcdeDom., 47, 127. Dio C, 38, 30.

*) Cic, de Dom., 48, 125.

*) CJcSest., 54, 116.

•) Ascon., p. 46. Cf. Schol. Bob., p. 284. ') Siiel., Domit., 9. •; Cic, de Dom., 30, 81.

•) Cic, SesL, 2u, 56. Har. resp., 13, 28. 27, 58. de Dom., 50, 129. Cf. Jfi7.,27, 73.

••) Cic„ A«., 3,10, i.

") Cic, A/^, 3, 8, 2.3.

3t0 LA DISSOLUTION DE LA RÊPlTBLtUUË (IV, 13

siilta l'oni[>ée qui so montra favoralilc;'; le 1*' juin*, le Iriliiui L. Ninniuit parla au »én^d de sou intention de proposi-r une lui lie Cicerimis rpiiitii; ClotHus étall abst-iit; un autre Iribun, i1i)linit Ligus', opjiusa son înlerccssion à toute propnsiliuii qui aurait pour objet le rappel de Gicéron'; lo sônat ne voulut pas s'en oecupcr avant ipie les ci rcon '«tances Ini penni^sonl de s'allriluier riionneur du rappel". Ninnius porta sa proposition devant le peuple; il y eut des combats sur la place pvbliqiic, et Ninnius ne put la faire voter". Sur ces enlrefaites, Q.' Cicéron revint d'Asie où il avait passé trois ans comme ffnuverueur; le sénat lit en son bomieur une démonstration significative', l'ompée altenilail que les coinires électoniu.x eussent eu lieu pimr soulever de nciuveau la question au sénat"; il communiqua ses vues avec beaucoup do nm- Jiunce au tribun (j. Térentius Cnlleo", et demanda par écrit l'avis de César'".

Les élections eurent lieu en juillet" sous la direction de Piso"; elles furent meilleures pour le sénat qu'on ne s'y attendait. Les consuls élus pour r>7 furent I'. Cornélius Lentulus Spintlicr ol Q. Ca-cilius Mélellus Népos ; édile sons le consulat de r.icéron, Lentulus" avait siir|inssé tous ses prédéoeNScurs par l'érliit de ses fêles"; il avait aidé Cicéron dans sa lutte contre Caliliiia"; en GO, il était devenu préteur urbain'", puis

') Dio C„ 38, ."W. Plut., Ck., 33.

») Cic, .S'»(., 31, 08. p. rcd. in Sert.. 2, 3.

>) Cil!., Si-nt., 31, 6«. Cf., 43, «1. tie /ton., i'J, 40. Hoc. rtsp., 3, 5.

*) Uio C, 3i. 30. Cic, p. red inSen., 2,3. ' =) l'iut., Cic ,33. Cic, *«•*(., 31, 68. AH., 3, 24, 2.

•) Uio C, 38, 30.

1) Cic, Sent , 3t. C8. de D-jtn., 23, 50.

*) Cic, AU., 3, 13, 1. 3, 12. 1, 3, 14, 1. PluL, fomp., 49. Cic, AU . 3, 15, 1.

•) Plut.. Pimp., 49. Cic, AU., 3, 15, 5.

"») Cic, A«.,3, 18, l. 3, 15,3.

'•) Cic, A»., 3, 13. 1.3,14, 1,

•■) Cic.,(leD<Mi., 43, 112.

'T Cf. à«i.. T •

., 9, 39, «3, 137. Val. Mu-, 2, 4, S.

IV, 18] LES COXMENCEMEKTS DE LASAnCHIE 3il

avail gouverné l'Espagne cilérieure'; quand il étail Irîbun, Miîltlltis avait conibultu Cicéron, mais il dail parlîsan tie Pompée, cl on pensait ((«'il serait au moins neutre dans la question du rappel de Cicépon. l'armi les préteurs élus se trouvait un des chefs du parti anarchiquc', Appius Claudius, frère de Publias, ennemi personnel de Cicéron; mais tous les aulres appartenaient au parti sénatorial' : L. Ca'cilius Rufus, M. Calidius, C. Septimîus, Q, Valerius Orca', P. Licinius Ci'a3sus(?), Sex. Quintilius Varu8{?}' el C. Cœcilius Cornutus. En juillet aussi eurent lieu les élections de tribuns'; T. An- Diu»Mito(Papianus)\P. Scstius, T. Fadius GalUis,' Q. Fabriuius, C. Cestilius, M. Cispius , M. Curtius' Peducîeanus (fils de Sex. PeducEPUs qui avait été questeur de Cicéron), et C. Messius tenaient les uns pour le sénnl, les autres pour Pompée'; deux seulement, (j. Numerîus Rufus cl Sex. AliUus Scrranud ou Gavianus'" se laissaient acbeter après leur élcclion par le parti de Clodius".

De pareilles élections Inimpalent tous les calculs de Clodius; désespéré, plein de rage, il prépara un complot pour allentcr aux jours de Pompée; rcxéculion devait avoir lieu le 11 août'", mais Pompée fut prévenu et resta chez lui; Clodius résolut alors de faire assiéger la maison do Pompée par se» haades un des jours suivants'*. Pour troubler davantage la situation politique, il eut l'idée originale de commencer

• i'i) dont parle Caes., b. c

') C(B8., b. c, 1. 52. Cic, Fnm , I, 0, 13. ') Cic, de Dom.. i-i. tl2.

*) t'.ic., p. rel. in Sm., 9, 22 el aeq. ') Cf. Cic. Fam.. ta, 0 a.

') .Ne pus le confondro avec le quesleur il(

') Cic. AH.. 3, 13, i.

') Asciiti.. p. Bi.

•) Il T a erreur, faute de copiste, dan» le te»te de Cic, , ad Q, fr ;i uù on trouve Curius, cf. Flnce., 12. ;)0.

») Cic, p. rfd.inSm., 8, ISIeiseq. a'tQ. fr., 1, 4, 3. MH., 15,

<*) Aseon , p. 11. Scliol Bnb., p. 288. 303. Cic, &■«(., 33, 72. 38. êî 43. 9i. AU., i, 2. 4. U<ir. resp., 15, 32.

'•) Cic. PU., 15, 35. Sest., 40. 87.

•') Amoii., p. 47.

") A-COQ., p. 47. Cic, Ses(., 32, 69. 'te Dnm., 5, 13, 2^, 67. Iliti 23. 49. Pi»., 7, 16. 12, 28. MU., 7, 18. 27, 73. Plut.. PiMp

i m: LA RËPOKLioi-Ti:

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■is siippriiiier I

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son l'ùli! éiaiL lini; sans dniilo Oabinius et l*iso s'npposfcienl ciii'uie ù ce qu'une proiiosilîou formelle fût faite au sériai couccrnaiil Cicéron'; la lui ClnHia les empèchail du laîsser allcr les clioscs, mais ils ne purent pas empêcher les sénateurs de piller de Cici'-ron' ; cri juillet, le préteur L. Domîtius AhenoharbuR déclara qu'il i-lait disposi' il Faire une propofï tion formelle'. (Junnl à l'unipée, il affectuil de ne pis voi :iii 5énat\ Deux des irîbuiis désignés préparèrent le lexl dune loi qui perineltriiit à Cicéron de rentrer*; ces deux Iriliuns étaient I'. Sestiu'S, qui avait soutenu Cicéron pendant son consulat en qualité de questeur de G. Antonius', ol T. Fadius, l'ancien questeur et partisan de Cicéron pondant le nn'rme consulat', Sesliua alla m^mo Irrmver César, pour !■• déridera s'associer à leur projet de loi \ Enfin, le 29 oclnbi-e'". tous les collègues de Clodius, à l'esceplion de ^lîus Liguit". proposèrent en commun une loi de redilu Ciceronia sur la demande de Pompée"; mais la loi renfermait un article qui pourrait permelire a Clodius d'en attaquer la validité une fois qu'elle serait volée '\ Ainsi devient vraisemblable la KUppositiitn faite par Cicéron que ses amis sinriîres, L. Nininus, L. Novius", L. Antistius, Q. Terentius Culleo se feraient laissés duper par leurs collègues peu bonnètes; Cic^i-on ]U'êlend que cet ailiele avait été inséré dans la toi par ('li)dins lui-mf^me'". Le sénat discuta longuement la projHi-

■) Gc, de Dont., 15, 40. Ilar. resp., 23. iS.

»1 Cicp.red. in Se»., 2, 3. od (tuir-, 5, 11. Sent. , 32, Ù'J. Pu., 13, 2U. *) Oc, AU., 3. 15, l.i.

') Cic.AH., 3, 15. 6.

') Cic , Sesl , 32, 69. p. red. in Sen., 2, 4. di Dom,, 25, 87. Mot. rrtp., 23. 49. «a.. 6, 18. *) Cic, Ait.. 3, 19, 2. 3, 20. 3. 3, 23, 4. Cf. fam.. 14, 2, 2. 14, 3, 3. ') Cic. Ca(..l, 8,21. Sa(.,Z. 8 elseq.

•) Cic. p.rei. in Sen, 8, 21.

») Cic,,S(«(.. 33, 71.

"l Cic. AU., 3, 2.1,1.

") Cic, Srtl., 32, m.

") Cic, ;i. red. inStn., Il, 20.

") Cic, AU., 3, 23. 1', ") C. Aseoii., p. 47.

") Cic. AU., 3, 2J.4.

IV, iSJ LES COMMKNCEMliNTS DE LANARClllE 343

sitîon\' le consul désigné P. Lcntulus^ et le préteur désigné M. Calidius' prirent ouvertement parti pour Cicéron; malgré tout, la loi ne fut pas volée.

Le retour de Cicéron n'était plus qu'une affaire de temps; le sénat renonça à l'engagement qu'il avait pris de ne plus s'occuper d'aucune affaire avant que Cicéron fût rappelé par un sénatus-consulte. Au commencement de novembre il s'occupa de régler les armements dans les provinces des consuls désignés \ Cicéron craignait que les nouveaux tribuns se laissassent décourager par ce qui venait de se passer; mais dès leur entrée en fonctions les huit qui lui étaient favorables déposèrent une proposition commune en faveur de l'orateur"' ; C. Messius venait déjà d'en faire une semblable de Cicérone revocando^. Les délibérations du sénat aboutirent enfin à un sénatus-consulte^; il décidait en principe le rappel de Cicéron; les questions de fait qui s'y rattachaient étaient renvoyées à Texamen des consuls de l'année suivante.

Dès le 1'"' janvier 57 le consul P. Lentulus Spinlher parla au sénat du rappel de Cicéron*; Tautre consul Q. Métellus Népos, que Q. Cicéron et Atticus avaient essayé de gagner', déclara qu'il oubliait sa haine et ne ferait pas d'opposition*'*, On demanda aux sénateurs leur avis : L. Aurélius Cotla, interrogé le premier comme ancien censeur, déclara qu'une loi était inutile^ vu que l'exil avait été prononcé d'une fari>n illégale". Pompée fut d'un avis contraire; rappelant qu<» h» tribunat de Clodius avait été légaP^ il fallait un plébiscite pour lever la loi d'exil*'. Pompée allait entraîner le vote d'un

•) Cic, p. red. in Sen,, 2, 4.

*) Cic, Se8t.,32. 70. 2^. red, in Scn., -5,8. de Dom., 27, 70.

») Cic., p. red. in Stn., 9, 22.

*) Cic, A«., 3, 24, 1.2.

*) Cic, Sest., 23, 72. Pis., ID, 35. Fam., \, 9, iO.

') Cic,, p. red. in Sen., 8, 21 .

') Cic, AW., 3, 26. a., 3, 25.

•) Cic, p. red. ad Quir., 5, 11. Pis., 15, 34.

») Cic, Fam., 5, 4, 1. AU., 3, 22, 2. 3, 23, 1 . 3, 2i, 2.

*•) Cic,Se»<., 32, 72. 40, 87. p. red. cui Quir., G, <5.

••) Cic, SesL, 34, 73 de Doin , 20, 08. 32,Si. Ler/., 3, 19, 45.

■•) Cic, ile Dom., 16, 42. Prou, cem., 19, 45.

**) Oc, SefC, 34, 74» deBom., 26, 69.

344 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIQrE [IV, \^

sénalns-consulle approuvant la proposition des huit tribuns, quand Sex. Alilius STranis, ancien obligé de Cicéron, sous le consulat duquel il avait été nommé questeur, demanda un délai d'une nuit pour réHéchir*. Aux séances suivantes, le sénat ne put arriver à la rédaction du sénatus-consulle*; mais son opinion était maintenant connue; les consuls et les préteurs, excepté AppiusClaudius\ annoncèrent qu'ils prenaient pour leur compte la proposition des tribuns *. Elle prit le nom de Rogatio fahricia^ de Q. Fabricius; le vote fut fixé au 23 janvier*, Appius Claudius annonça qu'il observerait le ciel®, ne tenant aucun compte de la loi Clodia ni des dispositions encore en vigueur des lois ^Elia et Fufia; puis finalement les partisans de Clodius chassèrent du forum Q. Fabricius cl M. Cispius ; le sang coula, Q. Cicéron fut blessé \

Un {lutre jour P. Sestius voulut faire opposition au consul Métellus; il fut attaqué, et faillit trouver la mort au milieu du massacre qui s'ensuivit \ Le préteur L. Cœcilius Rufus vit sa maison entourée par les bandes de Clodius" ; pour quel motit? Probablement parce qu'il refusait d'admettre les réclamations de ceux qui avaient pillé les propriétés de Cicéron *\ Ces violences firent ouvrir les yeux à quelques magistrats; le consul Métellus iXépos, qui n'était pas complètement vendu au parti de Clodius, commença à s'effrayer*'.

Sur ces entrefailes Milou fit emprisonner un certain nombre de gladiateurs qu'Appius Claudius avail achetés pour ses jeux et qu'il avait cédés k P. Clodius'-; Atilius leur rendit la

M Cic, S^sf , 3î, 7Î. /). veA nd Quir., 5. 12. AU., 4. 2, i.

*» Ci(\. St'M ,■ 35, 7.*). ad Qnir., 5, 12.

3) Cic ,Scst., 4(),S7 Pis., i:),:{5..V/7., i:»,39. Ascon., p. li. DioC.,39,6.

*) Cic, Pis., 15, a5. ;). rcd mSV/i., 9, 22.

") Cic, Ses t., ii"), 75.

•) CicS^-.*/ , 30, 78.

■1 Cic ,Sest., :i5. /). ml. in Se/i., 8, 22. 3, G. Mil., t-4, 38. Dio C. :» 7. Plul , Cir., 33 Pomp., V.).

«) Cic. Sest., 37. Mil., \ '», 38, /). rcd. in Sm f 3,7. 12, 30. ad Quir,, 6, li. ad Q. fr., 2, 3,6. Schol. Bo!»., p. 392.

•) Cic. Mil , 14, 3S. Ascoa., p. iS.

i*») Cic.,/) mL in SV/i., 9, 22 Cf. de /)om., 41, lOS.

*•) Cic, p. rrd. in Sen., 3, 7. Fam., 5. 4, 1. Dio C, 39,6.

") Cic, Sest., 39, 85. 35,77 etseq Dio C, 39, 7. Cf. Cic, de IK>m.. 43, Ht.

IV, iS] LES COMMENCEMENTS DE l' ANARCHIE 345

libedé *. Milon poursuivit alors P. Clodius pour violence {visy, mais Métellus, Appius Claudius et Âtilius soutinrent Clodius par des édits, Taccusalion ne put être reçue; le préteur fut saisi de frayeur^. La maison de Milon fut bientôt entourée*, mais Milon rendit violence pour violence; d'accord avec. Pompée', il engagea une troupe de gladiateurs®, et P. Seslius en fit autant'. Pendant plusieurs mois il y eut des engagements journaliers dans les rues et sur les places publiques; Appius Claudius réunit de nombreuses assemblées pour exriler davantage les esprits % le sénat se taisait, les tribunaux ne fonctionnaient plus'; enfm Milon prit le dessus avec ses gladiateurs*®.

Cicéron n'était pas oublié; Pompée était magistrat [duovir) de Capoue; il fit prendre par le sénat de la colonie une délibération favorable à Cicéron, elle fut le point de départ d'une nouvelle campagne'*. A Rome, le sénat ne put reprendre ses séances qu'en juin. La première eut lieu dans le temple de l'Honneur et de la Vertu (élevé par Marins), au moment où Lenlulus donna ses jeux; le sénat recommanda Cicéron aux provinciaux, aux magistrats de provinces; il invita aussi tous les citoyens qui habitaient Tltalie à se rendre à Rome pour protéçjer le sénat*'. En juillet Lenlulus déposa son projet de

'] Cic, 8V«^, 39, 85.

») Cic, Mil , 13, 35. 15, 39. Sest., 41, 89. p. red. in Sen., 8, \9. A«., 4, 3,2. Plut , Cic, 33. Dio. C, 39, 7,

'; Cic, Se*/., il, 89. p. red. in Sen., 8, 19. Cf. Fam., 5, 3, 2.

*, Cic, S^st , 39, 85. Mil , U, 38.

*iApi>., 6. c.,2, 16. Liv.,ep., 104. Vell., 2, 45. Plut., Cic, 33. P'^'mp., 49.

') Cic. S^st., 40. 41. p. red. in Sen,, 8, 19. Har. resp., 4, 6. 0/f., 2, 17, H8.DioC.,39, 8.

'} Cic, .^e.?«., 42, 90. 92.

') Cic, Sest., 59, 126. de Dom., 15, 40. Schol. Bob., p. 307.

'.. Cic, p. red. in Sen,, 3, 6. ad Quir., 6, ii. Sest ,39, 85.

") Dio C , 39, 8. Cic, Mil., ',13, 35. p. red. in Sen., 8, 19. Plut., Cit., 3;^,

") Cic, MU., 15, 39. p. red. in Seii.,' 11,|29. Pis., M, 25. Cf. Sest., 4,9.

") Cic, Plane., 32. 78. Sest., 5i, 116. 60, 128. 22, 50. Pis., 15, 34. p.red. in Sen. ,9. 2\. de Dom., 28, 73. 32, 85. de Div., 1, 28, 59. Val. Wai., l, 7, 5. Schol. Bob., p. 269. 305. App., 6. c, 2, 15.

loi; le sénat siégeait alors dans le temple de Jupiter sur le Capitole; Mét(»llus Népos approuva*; les efforts réunis de Lentulus et do Pompée l'avaient décidé à défendre Cicéron*; pendant la séance le vieux P. Serviiius Vatia Isauricus acheva de le décider en lui rappelant les glorieux souvenirs de la famille des Métellus^ On demanda ensuite aux sénateurs leur avis; Pompée se prononça ouvertement pour Cicéron; tous les autres, 416 présents, en firent autant, Clodius resta seulV Le sénatus-consulte chargeait Lentulus^ de présenter la résolution du sénat aux comices par centurie. Le jour suivant on décida que Ton considérerait comme un crime toute tentative faite pour empêcher la tenue des comices*. Le mouvement de Topinion était si bien prononcé, qu'aux jeux donnés par MétellusScipion en Thonneur de Metellus Pius, Sestius fut accueilli par des applaudissements^; Appius Claudius n'osa pas se montrer*, et n'essaya pas do faire opposition*.

La loi Coimelia permettait à (licéron de rentrer** dans la propriété de tous ses biens ** ; pour la recommander au peuple on réunit plusieurs assemblées, dans lesquelles Lentulus, Pompée et d'autres optimates prirent la parole en faveur de Ciréron " ; les comices centuriates se réunirent le 4 août": Clodius parla contre la loi '*, mais les comices étaient protégés par les bandes de Milon; la loi fut volée par une foule considérable de citoyens venus des municipes et des colonies d«»

*) Cic, SV.ç^. 62, 130. i). red. ad Quir., 6, 15. de Dom.y 27, 70.

«) Dio C.,39, 8.

3) C\c,,Sest.,G2, 130. p, red. in Sm.y 10, 25. Prov, cons., 9, 22. Schol. Bob., p. 308.

*) Cic ,p. red, in Scn., iO, 26. ad Quir,, 6, 15. de D^m., 6, 14. i2, ::0 Sest., 01, 129. MU., 15, 39.

^) Cic, Pis., 15, 35. Cf. de Dom., 4, 9 Dio C. 39, 8.

«) Cic, Sest., 61, 12J. P/a\, 15, 35. p. red. in Sen., H, 27.

7) Cic.,S<'i5r,58, i2i.

•) Cic, S' st., 59, i:6.

») Cic, de nom , 33,87. •

*°) C\c., de nom., 27,71.

") Cic, Uar. r^\^p., 6, 11. Cf. Atl.,3, 20, 2. Fam., i4, 2, 3.

") Cic, Pis., 15,3i. 3J, 80. Scst., 50, 107. p. red, in Sen., 10, 26. ad Quir., 7, 16. de nom., 12, 30.

'*j Cic, A/f.,4, i,.4.

**j Cic, Scsi., 50, 108. de Dom., 33, 90. Mil., 14, 38. Dio C, 30. 8.

IV, 15] LES COMMENCEMENTS DE L^AXÂRCHIE 3i7

rilalîe*. On crut que rimion était rétablie dans TÉtat; le parti sénatorial avait oublié rancicnne atlilii<le de Pompée.

Cicéron s'était embarqué à la fm d'avril S8 à Brundisium pour Dyrrachium*; il avait ensuite passé plusieurs mois' à Thessalonique sous la protection de Cn. Plancius, quesleur du gouverneur de la Macédoine L. Appuleius*. Eu novembre 58 il était déjà revenu à Dyrrachium * ; le 5 août il arriva à Brundisium '. Son voyage à travers l'Italie fut une marche triomphale, il fut reçu à Rome avec tous les honneurs'. Arrivé le 4 septembre^, il parla le lendemain au sénat et devant le peuple pour exprimer sa reconnaissance®. Il avait préparé pendant son voyage le discours que nous avons encore, Oratio postreditum in senatn; mais il dut changer, les circonstances n'étant plus les mêmes, le discours qu'il prononça devant le peuple, Oratio post reditinn ad quirites. Quant à Pompée ,' tlicéron trouva bientôt l'occasion de lui exprimer sa reconnaissance, en lui rendant des services.

Par suite de mauvaises récolte la famine menaçait Rome, et tous les objets de consommation se vendaient très cher*'*; Clodius agitait la plèbe; il y 'avait d»'^jà eu des désordres en juillet**; il la décida à faire des manifestations pour forcer le sénat et les consuls à distribuer des secours *^ On comptait

•) Cic, Pw., 15, 34. 30. S^s^, 60, 128. 51, 109. 52, 112. p. red. in Sen., H, 27. ud Quir.,1, 17. de Dom., 28, 75. 33, IK). Har. resp., 6, 11. Fain.f 1, 9, 16.

*) Cic, A«., 3, 7, 3. 3, 8, 1. Faw., 14., h, 3. 6. Plane. , il, 97. Dio C.,38, 18etseq. Plut C/c., 32.

*) Cic, Plane, 41, 98 et seq 10, 26. 28, 58. Ait., 3, 14, 2. p. red, in Sen , 14, 35. Schol. Bob., p. ^53.

•) Cic, Plane, 11, 28.

=) Cic , AU,, 3, 22, 4. Fam., 14, 1, 3. 7.

•j Cic, AU,, 4, l, 4. Scsi., 63, 131. Schol. Bob., p. 308. Cf. Dio C, 40, 11.

') Cic, AU., 4, 1, 5. Sest., 63, 131. Pis., 22, 51 et seq. de Dom., 28. 76. Vell., 2. 45. Liv., op., 104. App.. 6. c, 2, 16. Plut., Cic, 33.

•) Cic, AU,, 4, 1, 5.

») Cic, AU., 4, 1,5. 6. P/anc, 30, 74. Schol. Bob., p. 253. Dio C, 39, 9.

«») Cic, p, red in Sen,, 14, 34. de Dom., 5, 11. 6, 14. 7, 17. adQuir,, 8, 18 Batb,, 17. 40.

") Aacon.,p. 48.

'*) Cic, de Dom., b, 10 et seq. 3, 6. Att»^ 4, 1, 6.

beaucoup sur Pompée, et Pompée de son côté no demandait qu'à être revêtu d'un pouvoir extraordinaire ; Cicéron décida les consuls h convoquer le sén.it au Capitole * ; un grand nombre de consulaires n'osèrent pas y venir *; là, Cicéron proposa de s'entendre avec Pompée pour savoir de lui s'il accepterait la direction de Tannone {cura annonx) qui lui serait confiée par un vote du peuple^. Pompée fit connaître au sénat ses conditions : il voulait quinze lieutenants. Aussitôt les consuls et le tribun C. Messius préparèrent la loi *. La rogation Messia, qui répondait bien aux vues ambitieuses de Pompée lui accordait la direction des approvisionnements (Poteslas rei fnimentariœ) dans tout l'empire romain, le droit de pui*^er dans le trésor, une flolle, une armée; ces pouvoirs devaient durer cinq ans, et constituaient une sorte A'impeyiian mnjus qui plaçait Pompée au-dessus des gouverneurs de provinces, même de César. Les consuls en présentèrent une autre : rogatio Cornelia Cœcilia \ elle donnait à Pompée la direction des ap|irovisionnemeiits avec le pouvoir procon^^ulaire illimité (w/inilum) pour cinq ans * ; C. Messius retira la sienne. Il fallait que le parti du sénat fût uni pour combattre Clodius; la loi Clodia avait confié la surveillance des approvisionnements à Si'X. Clodius, et pour ce motif (ilodius était décidé à combattre les deux propositions*. La loi des consuls fut votée, elle ne donnait pas à Pompée tout ce qu'il avait espéré, mais lui assurait encore un pouvoir très étendu, qui rappelait celui que lui avaient conféré les lois Gabinia et Manilia"; une grande [»artie des sénateurs, et prnbabb.'m«'ut Cra-sus avaient vu de mauvais œil Pompée investi d'un nouveau pouvoir extraordinaire*.

•) Cic, deDom., 3, 6. Dio C, 39, 9.

«) <:ic,, de Dont., 4, 8. Ait., 4, 1, 6.

5) Ce , Alt., 4, 1, 6. de Dom., 2, 3. 4, 9. 7, 16. Dio C, 39, 9. Plut., Pump.^ 49.

*) Cic. Atl., 4, 1, 7.

*) Cic, Ait., 4, 1, 7. Cf., Pitm., 1, 1, 3.

•) Cic , de Dom., 8, 18. 10, 25. Flut., Pomp., 49. Cf. ad Q. fr., 2, 3, 2. Cxi , 32, 78.

') Liv., ep., 104. Dio C, 39, 9. Plut., Powp., 49. App., 6. c, 2, 18*

IV, <5] LES COHHEKCEHENTS DU l'aBURCHIIE 349

Eq septembre eurent lieu les élections consulaires'. Les élus furent Cn. Cornélius Lenlulus Marcellrnns* ut L Marciiis Pliilippus; C Luntiilus était le frère de Pulilius dunt il a été question plus haut*; encore ji'unc il avait soutenu Ci'-éron dans le procès de Verres^; pendant la grierre des pirates il avait servi sous Pompée cn qualité de propréteni-', devenu préteur en 60 il avait ensuite été gouverneur de la Syrie* ; L. Marcius Pliilippus était le fils du consul de 91 ', beau-père de M. Catun*; il avait précédé Marcellinus comme gouverneur de la Syrie*. Les élections de préteurs eurent lieu probablement aussi en septembre ; elles ne furent pas aussi favorables au paril sénatorial; le sénat put compter sur Cn. DomitiusCalvitius etQ, Ancharius, qui étaient tribuns en 59 et iivaient combattu César: leur ancien collègue C. Alfïus Flavus échoua '°; parmi les préteurs hostiles à ce parti nous trouvons C. Claudius Pulcber, frère de Clodius, et M. Jîmilius Scaurus".

L'élection des édiles amena de nouveaux conflits. Clodius se préiicnla comme candidat; pour " empêcher son élection, Milon déposa contre lui une accusation pour violence en vertu lie la loi Plautia '*. Muis les tribunaux ne pouvaient élre constitués qu'après l'électim des questeurs, les questeurs devant assister le préteur urbain ", pour tirer au sort lus juges sur

') Cf. Cia. ,Har. reup., 7. 13. AU., i, 2, 4.

1er Cic, Btul., 70. 247.

'I Voir plus haut, page 198.

') Cic, Oir. in Vxc, *, 13. m Verr. acnu., 2. 42, 103 4, 2i. 53.

\ lns^ri|itiun de Cyrène ap. . Sitiilh anij t'orcher, llislory •<( Ike rt^cml ^mixries atCyren%'imO-M. Lomian, 18i3i, p. 93, 109. Cf. BuUetino dell' ■wtilMo di €o,r. <ircA.,l»74, p. lit.

'i App., Sijr., 51.

'] Cic, Se»L, 51, 110. Schol. Bob., p. 30i.

']P\al., Val. Min., 25.39.

') App. ,S.(/r-, 51.

") Cic, S«(., 53. 113. Val., 7. 16. 16, 38. Sctiol. Bob., p. 30i. 318. ^t-Ct.Cic. fldO. ;V.,2, 3. 6.

") DioC, :W, 2t. Cie.,Sesi.. 5i, 116.

")Cic., &â(., K, 118.

") Cic, Ua., 15, 39. 13, 35. Har. resp., 4, 7. Cf. Au , i, 3. 2, DÎO m C, 39, 7. -*

")Cic., Ctuent., 43, 121.

350 LA DISSOLUTION DE LA KÉPUBLIQUE [IV, io

la lisU» générale des citoyens qui pouvaient remplir ces fonctions* ; le consul Métellus, qui s'était rapproché de Clodius, défendit* au préteur de recevoir aucune accusation avant Téleclion des questeurs et l'organisation des tribunaux; en d'autres termes Clodius ne put être sous le coup d'une accusation au moment des élections pour Tédililé, puisque ces élections précédaient toujours celles des questeurs'. Clodius ne put donc être poursuivi ; mais Milon trouva le moyen d'empêcher l'élection des édiles, elle n'avait pas encore eu lieu en novembre*.

Clodius profita du répit que lui avait assuré le consul pour se livrer à de nouvelles violences*. Déjà au moment où fut discutée l'administration de l'annoue, Clodius prétendit empêcher Cicéron de rentrer en possession de l'emplacement, de sa maison; il rappela que la maison avait été consacrée, et que, sur son emplacement, on avait élevé, avec le concours du pontife L. Pinarius Natta, un temple à la liberté*. Clodius espérait qu'un certain nombre de sénateurs le soutiendraient pour marquer leur mécontentement de la proposition faite par Cicéron en faveur de Pompée \ Sur la demande de Bibulus, le sénat décida qu'il solliciterait l'avis des pontifes\ Cicéron alla plaider sa cause devant le tribunal des pontifes le dernier jour de septembre'; il prononça alors son discours de domo sua; les pontifes ne donnèrent aucune attention aux premiers arguments de Cicéron; celui-ci voulut prouver que le tribunal de Clodius avait été illégal *°, illégale aussi la lui Clodia de exilio Ciceronis " ; mais ils retinrent les arguments

«) Dio C, 39, 7. Cf. Cic, ad Q, fr., 2, 1, 2. «) Cf Cic, Fam.,5, 2,2.

^ Dio C, 39, 7.

*) Cic, A«.,4, 3, 3.

8) Cic, Fr/m., 1, 9, 15.

«) Cic. de Dom., 20, 51. 38, 102. 40, 105. 41, 108 et seq. 44, 115 * i seq., deLig..2, 17, 42. Ascon., p. 14. DioC, 38,17. PluU,Cic., 33. ^) Cic, de Dont , 2. 3. 12, 31. Aft„ 4, 1, 7. •) Cic, d(* Dom., 26, 69. Har. rcsp., 6, H, Alt., 4, 1, 7. ») Cic , A/^,4,2, 2.

«0) Cic, de nom., 13-16.

") Cic, de Dom,, 17-37. Erreur dans Dio C, 30, 11.

IV, 15] LES COMMENCEMENTS DE l' ANARCHIE 33i

suivants : dans la loi on ne trouvait pas le mot consecrare^ ; puis la loi n'avait pas chargé Clodius, comme Texigeait la loi Papiria, de faire lui-même la dédicace d'un temple sur remplacement delà maison*; ils décidèrent donc que l'emplacement pouvait être rendu à Cicéron sans qu'il y eût de profanation religieuse*. Clodius eut Taudace d'interpréter celte décision en faveur de sa théorie; dans une assemblée, il alla jusqu^à solliciter le peuple à le soutenir pour sauver la statue de la liberté qu'il avait placée sur la propriété de Cicéron. Le 1" octobre le sénat allait, sur la demande du consul désigné Marcellinus, rendre à Cicéron l'emplacement de sa maison; le tribun Ses. Atilius opposa son intercession, et demanda la anit pour réfléchir *. Le lendemain le sénatus-consulto fut rendu, on promit même à Cicéron une indemnité pour sa maison et ses villas ". On chargea aussi les magistrats d'exercer une surveillance particulière sur les travaux de reconstruction et de protéger les ouvriers contre les violences*.

Malgré les précautions prises, le 3 novembre Clodius démoHt tout ce qui était fait, et mit le feu à la maison voisine de Q. Cicéron'; le il novembre il attaqua Cicéron sur la voie sacrée, Cicéron dut prendre la fuile*; le 12 il essaya d'incendier la maison de Milon située sur le Germains, mais il fut repoussé par Q. Fulvius Placeuse Le 14 le sénat se réunit; le consul Mélellus proféra des menaces contre la ville, <?n déclarant qu'il voulait absolument réunir les comices pour l'élection des édiles ; Marcellinus, parlant des faits qui venaient de se produire demanda qu'ils fussent jugés par le peuple réuni en comices; Sextius déclara qu'il empêcherait la

') Cic, de Dom., 40, 106 et seq 50, 128.

*)Cic., deDom., 49-53.

') Cic, AlLy 4, 2, 3. Har. resp., 6, 12

Hic, A«., 4, 2, 4.

')Cic.. AU., 4. 2, 5. Har. resp., 7, 13. 8, 16. Fis., 22, 52. Phil., I, •^•12. Ascon., p. 13. Vell., 2, 45. Dio C, 39, 11. PIuL., Cic, 33. App., *•^^, 2, 16.

') Cic., Har. resp., 8, 15.

') Cic, AU,, 4, 3, 2. Fam., 1, 9, 5. MU., 32, 87.

') Cic, AU., 4, 3, 3.

V Cic, AU., 4, 3, 3. Cf. MU., ii,3S. Sest., 3î.). a5.

3o2 LA DISSOLUTION DTi LA HËPLiBLIQCE [IV, iVt

ti?niic ili-'S cumîriïs i-loctoraiix vn observiinl li- cinl '. Le sénat ]ii'il une iléci-ii'in, il diM-kia ijn'ïl (nllait sniimi^llrc- tous cos laits à mil' «iitimMc ju.Ii(.-iairo on vertu de lu loi l'iaiitia do v; ■■. Li's comices t'iurtoraux si' scrainnl n'^unii, mais par liiiis lois, lu 19, ly 20, le 23 iioveiiibr<>, Milori k-s ciiiiièrlia au niuyen de l'olmunliuliiin'. Laltittc n'élnit pas cnr,orê liuieen déeeniltre. Un des nouveaux li'iliuiis, L. ItariMus^, dt'vnué à (JioTdii, souleva <!(' nouveau la quostinn iiu sénat; Mari-fllinus fui d'avis que le préteur urbain seul pouvait rnnstiliier les tribunaux sans le concours do quosleiirs*, el qu'iilors un pourrail réunir los eomires pour t'éleotiou des édiles. Los t: iluins C. l'urciiis Calo, et uii certain (^nssius [|ias (^ t'assiiis Lougiuus) parlêrenl conlro la proposiliim de Marcdlinus; Maroolliuus fut appuyé par le cousu! dési/^iié IMirlippus, par Cicéroii, et par le Iribun C Antislitis Velus'. On ne put voter; peiniiml que Clodius parlait, il se produisit un ^Tand tumulte devant la curie". FiualemenI Clodius rem]iorta, la majorité du sénat qui voulait se servir de (lludius pour cimlcnir César et l'ompée', vota une résolution par laquelle elle «léfondail à Milun lie poursuivre Clodius '". Los élections d'édiles n'eurent lieu que le 20 janvier u6"; Vatinius échoua", mais Cludius fut élu''.

Au sénat l'ompée subit un autre échec plus Higiiincatif. Le roi d'Kyypto Ptolémée AuliMe, qui devait son titre à la loi Julia, avait été chassé par ses sujets ; il s'était réfugié k Rome

") Cic. AU., -i, H. 3.

») cr. Cic, MU.. 13, a&.

') Cic, llar. iv»;f., 8, 15.

*) Cir ,AU., *, S, à.

') cr. Cic, î'I.uv.. 33, 77. Schol. liob., p. 208.

"J Dans 00 païsajie de Cic, ad Q. fr., 3, I, 2, Eig»nlirod propose Je rempliicer i/Ul jicr prxtorvm urliûMun par ipseprxlor urtianiu.

'') Fut queatiiur de César pendant sspréture, il ne fiiut donc pas la confondre avec le tribun L. AnllBtius.

•) Cic, jdQ fr ,'>, 1,2. 3.

'] Cic, Hur. retp., !M, 50. Crassua Burtoat l'éUit rapproché de Clodius, cf. Cic, adQ.fr.,2,%, Z.

i. Uar. rap.. 24, 50. Fàm., 1, 9, 15.

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