‹ Histoire intérieure de Rome jusqu'à la bataille d'ActiumChapitre 5 sur 187 · LK TRIBUNAT DE C. SEMPRONIUS GRACCHUS · texte numérisé non relu

LK TRIBUNAT DE C. SEMPRONIUS GRACCHUS

C. Scmpronius Gracchus avait, quand il prit possession du Iribunat le 10 décembre 121*, un an de plus que Ti. Gracchus', quand ce dernier fut investi des mêmes fonctions en 131. Caius avait de plus pour lui rexpériencc acquise pendant ksdix dernières années de lutte. On avait maintenant la cerlilude que l'on ne pouvait plus fonder aucun espoir sur la anblesse. Aussi Caius ne se proposa pas seulement d'améliorer la situation de l'agriculture au moyen de la loi agraire, il songea à diminuer le pouvoir des nobles et l'autorité du sénat'. Pour lui rÉtat devait considérer comme le premier de ses devoirs de venir en aide aux citoyens pauvres ; il voulut donc, loulen admettant le principe et les conséquences de la souveraineté populaire, transformer dans ce sens Taction du gouvernement; or, une révolution de ce genre ne pouvait être accomplie que par la monarchie. On ne peut guère supposer que Gracchus en avait conscience, ni qu'il avait l'ambition de panenir à la tyrannie ; on ne peut pas dans tous les cas Taffirnier; mais ce qu'on peut affirmer, c'est que les adversaires Ju tribun avaient le droit de dénoncer cette tendance, et de sipaler le fait que les réformes de Gracchus conduisaient forcément à l'établissement du pouvoir monarchique \

11 est difficile de rétablir l'ordre chronologique des lois pro-

«) Liv., ep. 60. Vell., 2, 6. Oros., 5, 12. Plut., C, (ir., 3 et seq. App., '•• c.,1,21 et seq.

*) PluU, Ti. Gr.y 3.

')Plul., C. «r., 5.

''} Diod., 34, 48. Vell., 2, 6. Plut., C. tir., 6.

posées par le Iribun. Les auteurs présentent de nombreuses contradictions, on est obligé de recourir aux conjectures. Nous savons cependant que, pour réchauffer le zèle du peuple en faveur de la loi agraire, il dé])ula en 12i * par deux propositions qui avaient pour but de prouver la légalité des actes de Ti. et de montrer que ses adversaires avaient eu tort. Voici la première* : Tout citoyen qui aura été dépouillé d'une magistrature par un vote du peuple ', ne pourra plus occuper aucune fonction dans l'Etat. Gracclius ne visait pas précisément Oclavius, il voulait seulement faire pénétrer dans l'esprit du peuple l'idée que Ti. Gracchus, en faisant exclure Octavius, n'avait agi qu'en vertu du principe de la souveraineté populaire. Quand il fut persuadé par les déclarations faites dans les assemblées [conliones)^ que ce but était atteint, il laissa tomber sa proposition, en disant qu'il cédait aux supplications de sa mère eu faveur d'Oclavius \ La seconde proposition* demandait que Ton poursuivît devant le peuple et que Ton condamnât à l'exil [aquœ et ùjuis interdictio) les magistrats coupables d'avoir infligé une peine capitale ® à un citoyen sans jugement' ; nul ne pourrait disposer de la vie [caput) d'un citoyen romain sans l'autorisation du peuple {injusHiipopuli) ' : personne no pourrait èlre condamné par surprise [judicio cir- CHmveniri)^ sans procédure légale^, à la peine capitale *°. La loi fut votée avec une addition importante qui complétait les dispositions des leyes Porcùe en supprimant la peine de mort pour

») Obseq., 31.

*) Elle est intitulée Irx ck abactis, eiie fut proposée en décembre.

3) Cf. l'est., rp. p. 23.

*) Plut., r. G/-., 4. Diod., 34, 49.

5; Elle est de 123, elle est intitulée ne de capile civium romanorum in jussu populi jwiicaretur. Elle visait surtout i'abus des tribunaux exceptionnels (t^niL'sli'jnesuxlrunrdiwirix) au moyen desnuels les magistrats alleignaient leurs ennemis personnels et politiques; Pop. Lœnas avait présidé un tribunalde ce j^^enre, celui qui avait condamné à l'exil les partisans de Ti. Gracchus. [N. D. T.]

*) L'exil était une peine capitale, pâma capitalis,

7) Plut., ('. G/-., 4. Cic , de nom., 31, 82.

•) Cic, linh. perd , 4, 12. Oit,, i, 5, 10. Schol. Gron., p. 412. Schol. Ambros., p. 370.

») Cf. IMut., r. (;r , 3.

»<>) Cic, riuent,^ 5Ô, 151. 56, 154. Sali.,

Cat., 51, 40.

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les citoyens romains *. Elle fut immédiatement appliquée: C. Gracchus poursuivit* partout [pro ?'osiris, circitm conciliabida) de ses invectives P. Popilius Lœnas qui était atteint par cette loi ; Popilius Lœnas dut quitter l'Italie et s'exiler'. Son collègue, P. Rupilius*, aurait eu le même sort, s'il avait

encore vécu *,

C. Gracchus proposa ensuite successivement, ou en même temps, une lex agraria^ une lex frumentaria^^ une lex militaris, et une lex de provincia Asia a censorihus locanda.

La loi agraire était la reproduction, avec des additions, de celle de son frère; du reste celle de Ti. n'avait cessé d'être appliquée, point n'était besoin d'en renouveler les dispositions. Cependant C. paraît l'avoir fait^; sa loi portait, comme celle de Tibérius, que les assignations paieraient l'impôt', et que iar/er cnmpanus serait réservé * ; pour coordonner les nouvelles dispositions avec les anciennes*", il avait jugé qu'il valait mi(»ux reprendre la loi tout entière. Sans aucun doute C. rendit aux Tresviri le pouvoir judiciaire que leur avait retiré Scipion en 129; nous nous rappelons que ce pouvoir leur avait été donné par une seconde loi de Ti. postérieure à la grande loi agraire. Privés de ce droit, les tresviri n'auraient rien pu faire. On ignore si c'est la loi agraire, ou une loi particulière, lex viaria^\ rendue sous le second tribunat,

0 Sali., Cat,, 51, 40. 22. Cf. Cic, Cat., 4, 5,10. 1, 11, 28.

*) Fest., p. 150. 201. 2il. Gell., 11, 13. 1, 7, 7. Dicmed., p. 374 K. Cf. Plut., r. Gr., 3.

') Plut., r. Gr., 4. Cic, de Dom., 31, 82. de Leg., 3 11, 20. Cluent.. 35, *.6,<ieBrp. 1, 3, 6. Diod., 34, 50. Schol. Bob., p. 252.

')Cic."rM5c'.,4, 17,40.

*) U loi fi^mentaire de C. Gracchus est la plus ancienne des lois de ce genre.

') Liv., ep, 60. Vell., 2, 6. Plut. C. Gr., 5. Cic, de Leg. ngr,, 2, 5,

') Plut., r. <;r., 9.

•) Lfj* agr., 6, 22. î. L. A., p. 79. 80.

*•) Aur. Vict., Vir. ilL, 65, parle toujours des lois agraires au pluriel, l^ye* lujrorix.

*'] App., b. c, 1, 23. Plut. C, 6'r. 6, 7. On met en doute l'existence d'une Ifx senipronia viaria; les dispositions qu'on lui prête pouvaient Otre contenues dans la lex agraria. On pouvait cependant faire des lois sur ce sujet :

qui assura aux Tresviri le droit de faire construire les routes rendues nécessaires par la division de l'ager publicus en petites propriétés; mais on conservait au sénat le droit de confirmer par des sénatus-consiiltes les décisions prises à ce sujet dans la commission des Tresviri *, et le droit absolu de confier la construction des routes à d*autrcs magistrats ; ainsi nous sommes presque certain qu'une route fut construite en 123 par les soins du consul T. Quinctius Flamininus*. Enfin la loi de C. renfermait cette disposition nouvelle : les Latins pauvres auront leur part d'assignations. On ne la trouve cependant formulée nulle part d'une manière nette, mais elle devait être inscrite dans la loi. D'abord, C. devait chercher k écarter l'opposition des Latins qui avaient mis en échec la loi de Ti., et, pour cela, il fallait les diviser, en mettant en lutte les intérêts des pauvres et des riches. L'hypothèse du reste est justifiée par un article de la loi agraire de Hl. Cette loi avait pour objet de liquider la situation créée par les lois agraires des Gracques; or elle ne fait de distinction entre les citoyens romains et les Latins que pour les lots de terres distribués dans les colonies par le procédé du tirage au sort {sortito)*; pour les possessions et les terres données aux citoyens individuellement [virithn)^ elle ne fait aucune diffé-

rence \

La lex Militaris et la lex Frumentaria devaient, à ce qu'il semble, compenser pour les citoyens romains les avantages que C. avait cru ne pouvoir refuser aux Latins.

La lex Militaris défendait d'enrôler les jeunes gens avant dix-sept ans accomplis; elle diminuait la durée du service; elle mettait à la charge de l'État la fourniture dos vêtements aux soldats citoyens*. Par la dernière disposition, les soldats

en 50 le tribun C. Scribonius Curio préparera une loi scnboma viaria, [N. D. T.J

«) Lex agr., 11. 12. l.'î. I. L. A., p. 79. Cf. p. 90. Plut., C, Gi\, 6. 7. App., h. c, 1, 23.

3) Lexagr., 3. 15. 1. L. A., p. 79. 80.

*) Cf. surtout Lex agr., 21. I. L. A., p. 80. 90.

») Plut., C, Gr., 5; cf. Ascon., p. 68. Diod., 3i, 48.

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