IV, 3] LE TRIBUN AT DE C. SEMPROMUS GRACCHUS
do Rome oblenaîent enfin une compensation des nombreux avantages qui avaient été assurés aux soldats latins après la deuxième guerre punique *. Le premier article visait les nobles; ils faisaient entrer leurs enfants dans Tarmée avant Tûge de dix-sept ans * comme compagnons (in coyiiurbernio) du général en chef, et comptaient ces années comme années de service pour arriver plus tôt à la questure'.
La lex Frumentaria portait : ut popuhts pro frumento, quod sibi publiée daretur, in singulos modios senos œris et trientes pretii nomine exsolveret\ Elle favorisait le citoyen de Rome de préférence au citoyen latin ; celui de Rome avait maintenant le droit hautement affirmé de se faire entretenir par l'État. Au point de vue financier, TÉtat prenait une charge énorme*, puisqu'il s'engageait à fournir, pour le prix dérisoire le 6 1/3 as, tous les mois une quantité déterminée de boisseaux de blé. Mais là n'était pas le danger de la loi, le trésor public avait des ressources et pouvait faire face à la dépense. Voici où était le mal : on serait obligé de faire venir des provinces les grandes quantités de blé nécessaires pour des distributions presque gratuites, ce qui rendrait absolument impossible le relèvement de l'agriculture en Italie ; or c'était le but que voulait atteindre le réformateur par la loi agraire. C. ne paraît pas avoir eu conscience de la contradiction que présentaient ses deux propositions; une seule chose le préoccupait à ce moment; il voulait à tout prix gagner les sympathies des prolétaires romains, et il croyait y arriver en leurréservant le bénéfice des distributions personnelles de blé. La loi de Provincia Asia a censoribus locanda • avait pour bulde faire produire le plus possible aux biens d'Attale, dont
') Polvb., 6, 39; cf. Zon., 9, 2.
«)Cf.Liv., 25, 5.
') Pour arriver à la questure, il fallait avoir servi 10 ans dans l'armée :
«Àtnxr.v It XfltCiîv ipxV o'jx ^Çeoriv ovôcv\ icp^Tspov, eav ^r\ Ôixa «rcp-XTC^ot; êviTi'imt^r^ -reTeXîxw;. Polyb., 6, 19. Cf. Sali., Ji/^., 63. Cic, Flanc. j il.
*) SchoU,Bo6., p. 300; cf. p. 303. Liv., ep. 60. Vell. 2, 6. Plut., C. Gr., 5. App., 6. c, 1, 21. Aur. Vict., Vir. ilL, 65., Diod.,34, 48.
») Plor., 3, 13. Diod., 34, 48.
«) Cic, in Verr. accus., 3, 6, 12. ad AH., i, 17, 9. Sch., Bob., p. 259. Front., arf Var., 2. p. 125. Naber., Lex ag., 82. I. L. A., p., 84; cf. p. 401.
Ti. avait voulu livrer radministralion au peuple, afin d'alimenter le trésor où Ton devait puiser pour couvrir les frais de la loi frumentaire. La loi renfermait dos dispositions très précises sur les douanes [portoria)\ déterminait les cas où on pourrait exempter les provinciaux de Timpôt, pour empêcher les exactions des publicains'; elle enlevait au sénat ou du moins limitait le droit qu'il avait eu jusqu'alors de fixer en tout ou en partie le prix des fermes*. On comprend que le sénat et les financiers durent être fort irrités d'une loi semblable.
Pour recommander ces lois au peuple, C. Gracchus et M. Fulvius Flaccus* tinrent des réunions, où ils prononcèrent les discours qui formaient autrefois un recueil intitulé Orationes ■ de legibtis promulgath^, La loi agraire ne rencontra pas d'opposition sérieuse. A ce momont C. donna une nouvelle preuve de son dévouement à la cause populaire : il combattit la proposition Marcia de M. Marcius Censorinus*, qui voulait faire suspendre la loi Rutilia sur Télection des tribuns militaires. La loi frumentaire souleva les plus violentes protestations de la part des nobles. On dit d'abord qu'elle épuiserait le trésor, qu'elle encouragerait la paresse des citoyens'. C. répondit avec habileté que la loi sur l'administration de l'Asie assurerait les ressources nécessaires, il donna le change au sénat, et se posa en défenseur des intérêts du trésor*. Le plus violent des adversaires de la loi fut le consulaire L. Calpurnius Piso Frugi*. C. se vit obligé de prononcer contre lui un discours particulier ***. Nous ne pouvons dire si
«) Vell., 2, 6.
*) Cf. App., 6. c, 5, 4.
») Polyb., 6, 17.
*) Au commencement de i23, Flaccus avait triomphé, en qualité de proconsul des Ligures Voconces, et des Salluves. ¥nM, triomph. I. L. A., p. 400.
C) Schol. Bob., p. 305. Gell., 9, 14, 16. 10, 3, 1. Fest., p. 201.
fi) Charis., p. 2()S K.
') Cic, Sest., 48, 103. de, Off., 2, 21, 72.
») Cic, Tusc, 3, 20, 48. Cf. Prise, p. 386 H.
») Cic, Tmc, 3, 20, 48.
«») Schol. Bob., 2;^. Cic, Pmit,, 13,29.
IV, 3] LE tribunât de c. sempronius gracchus 41
ce fut à ce moment ou plus tard que furent prononcées les harangues de Q. iElius Tubero contre C. Gracchus, et les réponses de celui-ci * ; nous savons seulement que Tubero, malheureux aux élections pour la préture en 128*, combattit violemment C. comme préteur, ou comme prœtorius en 123. Les nobles opposeront à la loi de Provincia Asia une loi Aufeja qui fut probablement présentée par les préteurs. C. la combattit et la fit échouer'.
Quand les quatre leges semproniœ furent votées, C. s'appliqua surtout à diriger Texécution de la loi frumentairo et de la loi agraire. Pour assurer Tapplication de la première, il se fit nommer curator^, et ne se laissa arrêter par aucun obstacle; à la première distribution de blé, Calpurnius Frugi essaya de Vembarrasser en se présentant pour recevoir sa part, disant que, puisque l'on gaspillait les trésors de la communauté, il voulait en avoir sa part'. S'appuyant sur une décision du sénat*, et non sur une deuxième loi frumentaire', C. fit construire des dépôts de blé : on les appela sernpronia horrea* pour perpétuer à Rome le souvenir du bienfaiteur du peuple. Une commission fut constituée pour l'exécution de la loi agraire; les Tresviri élus furent : C. Gracchus, M. Fulvius Flaccus', etc. Papirius Carbo*°. Les Tresviri s'appliquèrent d'abord à construire des routes, le sénat les approuva. Ils s'entourèrent alors d'employés, d'ingénieurs; C. déploya une telle activité administrative que toute la direction de l'Étal paraissait concentrée dans ses mains *^ Le sénat lui-même, découragé, subissait l'influence du tribun, nous en avons des
«) Cic, Brut., 31, 117. Prise, p. 88 H.
«) Cic, Mur. y 36, 75. Vai. Max., 7, 5, 1.
') Gell., 1 1 , 10 ; surtout il, 10,3.
*) Cf. Fest., ep. p. 48.
•) Cic, Tusc, 3, 20, 48.
•) PiuL, C. Gr., 6.
') Aur. Vict., Vir, ilL, 65, est le seul à se servir de Texpressiou leges frumentarias.
'j Fest., p. 290.
•j Plut., C. (h\, 10.
'*) Aur. Vict., Vir, ill., 65 nomme en troisième lieu C. Crassus, il a cfidemment confondu C. Carbo et P, Crassus, le beau-père de C. Gracchus.
'•) PIut.,C. Gr., 6. 7. Diod., 34, 48.
preuves. Le propréteur Fabius avait envoyé à Rome un chargement de blé levé par contribution sur les villes d'Espagne ; sur la proposition de C. le sénat rendit un senatus-consuUe qui désavouait le propréteur, et ordonnait la vente du blé au profit des villes d'Espagne. En faisant prendre cette décision, C. se rendit populaire auprès des habitants de la province*, et dissipa la mauvaise impression qu'avait du produire la loi sur l'Asie dans les provinces, que l'on mettait à contribution pour l'entretien des citoyens de Rome'. Maître du sénat, C. dut exploiter son influence pour obtenir Tautorisation' de fonder de nouvelles colonies on Italie et hors de l'Italie*; du reste ce moyen de soulager les misères du prolétariat répondait beaucoup mieux aux vues politiques du sénat que le partage de l'ager publicus.
Survinrent les élections; pendant la période électorale, il était défendu, en vertu des lois JUlia et Ftifia^ de proposer des lois : il est prouvé que C. respecta cette défense*. Vu sa grande popularité, que la loi frumentaire avait portée à son comble % C. n'eut aucune difficulté à assurer sa réélection"^; M. Fulvius Flaccus fut aussi élu tribun pour 122 •. L'influence de C. était si grande que le peuple eut voulu lui confier le consulat en même temps que le tribunat. Mais C. ne voulait pas réunir sur sa tête deux magistratures d'un caractère si difi*érent, il eût du reste violé la loi ; il invita le peuple à nommer consul C. Fannius Strabo". Le peuple fit échouer L. Opimius*^, celui qui avait détruit Frégelles, et nommer Strabo avec Cn. Domitius Ahenobarbus. C. comptait beaucoup sur ce C. Fannius Strabo", l'ancien compagnon
•) Plut., r. Or., G.
«) Diod., 34, i8.
*) Plut., r. (ir,, 6. ; cf. Eutrop., 4, 21. App., h, c, 1, 23.
*) Vell.,2, 0. 2, 7.
=) Cic, Va/., 9, 23.
''•) App., h, c, 1,21.
') Plut., r. Gr., 8. Liv., cp. 60. Vell..2, 0.
•) App., h.c. 1, 24,31.
'■•) Plul.,C. Or., 8.
»») Plut., r. Or., il.
^*) Cic, Bi'ut,^ 20, 99 et seq. dislingue deux personnages portant chacun