‹ Histoire intérieure de Rome jusqu'à la bataille d'ActiumChapitre 59 sur 187 · CHAPITRE DIX-HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITIÈME

La mort de Julia avait rendu possible la rupture entre Pompée et César ; Pompée cependant n'y songeait nullement au moment où il prit possession de son troisième consulat. Quant à César, il élait alors bien occupé en Gaule ; il n'avait pu, comme il l'avait espéré, venir, après sa campagne de Bretagne, passer Thivcr de 54-53, dans la Gaule cisalpine' ; la révolte d'Ambiorix, chef des Éburons^ l'en avait empêché. Par la faute de ses lieutenants Q. Titurius Sabinus et L. Aurunculeius Cotta, il avait perdu quinze cohortes'; mais il avait réussi à dégager Q. Cicéron, enveloppé par les ennemis, sur le territoire des Nerviens % et T. Atius Labiénus avait triomphé des Trévires*. Pour réparer ces pertes, César avait amicalement demandé à Pompée de lui prêter une des légions qu'il avait levées en Italie , surtout dans la Gaule cisalpine, pour aller en Espagne ; ces légions n'avaient pas été mises en marche, parce que Pompée n'en avait pas eu besoin. Pompée y avait consenti au printemps de 53, se souciant peu de commettre une illégalité : il n'avait pas , en effet, le droit de disposer ainsi d'un légion, le sénat seul avait autorité pour en décider *. César leva en outre deux nouvelles légions *,

*) Cœs., B. G., 5, 24. 53. Dio C, 40, 4. 9. 11.

') Caes., B. G,, 5, 26-37. Liv., cp., 106. Flor., 3, 10, 7. Suet., Caes.^ 25 Gros., 6, 10. Dio C, 40, 5. Plut., Cœs., 24.

») Cœs., B. G., 5, 38-52. Liv., ep., 106. Front., 3, i7, 6. Oros., 6, 10. Dio C, 40, 7-10. Plut, Cœs., 24. Cf. Cic. ad Q. fr,, 3, 8, 2.

*) Cœs., B. G., 5, 53-58. Oros., 6, 10. Dio C, 40, li.

*) Cœs., B. G., 6, 1. Cic, Fam., 8, 4, 4. Oros., 6, 10. Plut., Cat. min., 43. Pomp., 52. Caes., 25. Dio C, 40, 65. App.» b. c, 2, 29.

«) Cœs., B. G., 6, 1. 32. Cf. Suet , Caes., 24.

408 LA DISSOLUTION DK LA RÉPUBLIQUE [IV, iS

et, après avoir augmenté ses forces, se mit à la poursuite d'Ambiorix, qu'il ne put atteindre; il passa une seconde fois le Rhin pour empêcher les tribus germaniques de revenir fomenter des insurrections en Gaule*. Il passa l'hiver de 53- 52 dans la Cisalpine, pour surveiller de plus près en même temps les progrès de l'anarchie et l'ambition de Pompée '.

La situation réciproque de ces deux grands personnages était maintenant changée par suite de la mort de Crassus. Crassus avait pris le gouvernement de la Syrie avecTintention de faire une campagne contre les Parthes; les prétextes ne manquaient pas ', son prédécesseur, Gabinius, aurait pu déjà l'entreprendre. Dévoré d'ambition*, Crassus ne tint aucun compte des présages funestes qui avaient marqué son départ de Rome et son embarquement à Brundisium^ ; il ne se laissa pas plus arrêter par la considération qu'à son âge on n'était plus apte à diriger les opérations d'une grande entreprise. Son premier acte fut de piller le temple de Jérusalem (54) ; il emporta tout l'or qui s'y trouvait *. Il fit ensuite une incursion dans le pays des Parthes, mais négligea d'assurer l'occupation du territoire compris entre l'Euphrate et le Tigre '. Quand son fils Publius', qui avait servi jusque-là sous les ordres de César', lui eut amené 1,000 cavaliers d'élite", il passa de nouveau l'Euphrate , bien que les présages fussent peu favorables ** ; il se laissa égarer par des guides vendus aux Parthes qui le conduisirent dans une embuscade ; près de Carrhcs (Carrhae), il fut obligé de livrer bataille au chef des Parthes. Son fils Publius fut tué, Crassus éprouva une défaite

«) Cœs., B. Gr., 6, 2-44. Dio C, 40, 31. 32. Liv., ep., 107. Gros., 6, 10. «) Cœs., B. G., 6, 44. 7, 1. 8, 23. Dio C, 40, 32. ») Dio C, 39, 56. App., Syr., 51.

*) Cic, Fin., 3, 22, 75. 0/f., 1, 8, 25. Flor., 3, i I. 6) C\c., de Divin,, 2, 40, 83.

«) Jos.. ant. Jwi., 14, 7, 1. B. Jud, 1, 8, 8. Gros., G, 13. Cf. Cic, F/acc. 28, 07.

■) Dio C.,40, 12-16. Plut., Crass,, 17. •) Cic, Fam., 5, 8, 4 9) Cîcs., B.G., 1,52,2. 34. 3,7.

<o) Plut., Crnss., 17.

*•) Obseq., 64.

complète ^ La retraite fut mal conduite ; Octavius se sacrifia iDutilement pour sauver Crassus ', Crassus périt; le questeur C. Cassius Longinus ' ne put ramener en Syrie * que quelques débris de cette belle armée , composée au début de sept légions *.

Crassus avait succombé le 9 juin 53 ^ ; la nouvelle en fut apportée à Rome au moment ou Domitius et Messala prenaient possession du consulat (en juillet). Avec Crassus disparaissait le triumvirat; son influence n'était pas grande, mais sa seule présence suffisait pour empêcher l'un ou l'autre des autres triumvirs d'imposer sa dictature \ Pompée comprit aussitôt le changement qui venait de s'accomplir; désormais il laissa paraître d'une manière plus évidente son désir d'arriver à la dictature, et s'appuya plus franchement sur les Optimates pour combattre César '. Devenu seul consul. Pompée rechercha les conseils de Caton " et renonça au double mariage qui avait été mis en avant par César : César devait épouser une fille de Pompée déjà promise à Faustus Sylla ; Pompée épouserait en même temps une petite nièce de César, Octavia, fille de C. Octavius et de Atia^ laquelle Atia était fille de M. Atius Balbus et de Julia, sœur de César '^. Pompée préféra épouser Cofnelia, fille de M. Scipio, veuve de Crassus ".

Pompée n'osa pas encore rompre ouvertement avec César. César, de son côté, avait encore besoin de plusieurs années pour terminer la soumission des tribus gauloises ; il chargea

*) Dio C, 40, 17-24. Plut., Crass,, 18-27. Liv., ep., 106. Val. Max., 1, 6, 11. Oro8., 6, 13. CF. Cic, Brut., 81, 282. Hor,, Carm., 3, 6, 9.

«) Plut., Crass,, 27,

3) Plut , Crass., 18. 20.

*) Dio C, 40, 25-28. Plut., Crass., 28-33. App., b. c, 2, 18. Liv., ep., 106. Vell., 2, 46. Flor.,3, 11. Eutr., 6, 18. Gros., 6, 13. Cf. Cic, deDiv., 2, 9, 22.

«) Plut, Crass,, 20.

•) Ovid., Fa5^,6, 465.

■) Plut., Cœs., 28. Pomp., 53. Flor., 4, 2, 13.

•) Dio C.,40, 50. Cic, Ait., 8, 3, 3. Vell., 2, 47.

*) Plut., Pomp., 54. Cat., min., 48.

'•») Suet., Cxs., 27.

") Dio C.,40, 51. Plut.,Pomp.,55. 74. Zou., 10, 9. Ascon.,p. 32. Vell., 2,54.

les tribuns qui s'étaient prononcés pour lui pendant Tinterrègne, et avaient proposé de le nommer consul avec Pompée, de préparer son élection au consulat pour Tannée 48 \ dans des conditions exceptionnelles : ainsi, malgré la loi de 63 ', il pourrait être candidat en 49 (ses pouvoirs extraordinaires prenaient fin le 1*" mars de cette année '), sans être tenu do venir à Rome, tout en conservant son armée et le gouvernement de ses provinces^. Heureux de ne pas avoir César pour collègue en ce moment ', Pompée approuva ce plan; il décida Cicéron, qui lui donnait les meilleurs conseils sans pouvoir se faire écouter', à agir auprès du tribun M. Cselius Rufus pour Tempèchcr d*opposer son intercession \ La proposition put alors passer et fut considérée comme Tœuvre commune des dix tribuns * ; Caton cependant la combattit ' ; voilà Tacte législatif qui fut plus tard le point de départ de la guerre civile. César était venu en Italie ; à Ravenne '*, il vit Cicéron qu'il engagea à s'employer pour soutenir la proposition des tribuns** ; il repartit pour la Gaule pendant Thiver*', quand la proposition fut votée, ou du moins quand son acceptation fut considérée comme certaine *'.

Pompée s'occupa ensuite de rétabljr Tordre en empêchant la brigue ^* qui avait pris des proportions si scandaleuses. Deux jours après son entrée au consulat, il présenta au sénat deux projets de loi sur la violence et sur la brigue *' ; quatre jours plus tard, par conséquent le dernier jour du mois inter-

*) Suel., Cxs.y 26.

-) Voir plus haut, page 374.

') Dio C, 40, 5i . Cœs., 6. c, 3, 1. 1, 32.

*) DioC, 40,51.

«) Cic, PhiL, 2, 10, 24. Fam., 6, 6, 5. A«., 7,6. 2.

") Cic, A«., 7, 7, 1.

•j Cic, AU,, 7, 3, 4. 8, 3, 3. Ror., 4, 2, 16.

•) Cœs., b, c, 1, 32, Liv., ep., 107. App.» fc. c, 2, 25.

'") Cf. Flor., 3, 10, 22.

•») Cic, AU., 7, 1, 4.

") App., 6. c, 2, 25 fait une erreur de date.

••) Cic, Jri7.,28. 78. Phii.^ 1, 7, H. Vell.. 2, 47.

•*) Ascon., p. 37. 44.

calaire, furent rendus les sénatusconsultes qui approuvaient la proposition des deux lois.

La loi Pompeia de ambitu était une loi générale sur la brigue * , qui devait remplacer la loi (Acilia) Galpurnia modifiée déjà par la loi Tullia *. Elle aggravait les peines et diminuait la durée des opérations judiciaires'. Nous ne savons pas exactement dans quel sens elle rendait les peines plus sévères, nous supposons qu'elle imposait Texil comme peine principale \ Pour abréger la procédure, Pompée imita les dispositions de la loi Julia repetundarum ; on devait entendre les témoins avant la défense : cette formalité ne pouvait pas prendre plus de trois jours ; le quatrième jour, au plus tardy on devait tirer au sort les jurés ; le cinquième jour, l'accusé et l'accusateur devaient parler devant le tribunal composé de quatre-vingt et un juges; deux heures étaient accordées à l'accusateur, trois à la défense ; les deux parties pouvaient ensuite récuser cinq juges dans chacune des trois décuries; les cinquante et un juges restants rendaient immédiatement le jugement ^. On supprimait les éloges prononcés par des amis [laudationes) et autres formalités ^. La loi avait un effet rétroactif ; en pourrait accuser d'après la méthode nouvelle tous ceux qui s'étaient rendus coupables de brigue depuis le premier consulat de Pompée \ La loi Galpurnia portait qu'un citoyen condamné pour brigue pourrait se réhabiliter en faisant condamner un autre citoyen pour la même cause ; la loi de Pompée modifia un peu cette disposition : la réhabilitation ne serait accordée qu'à celui qui aurait obtenu la condamnation de deux personnes du même rang ou d'un rang inférieur, ou bien la condamnation d'une personne

! [) Cf. Cic, AU., 13, /i9, 1. 10, 4, 8.

*) Voir, pour la loi Galpurnia, p. 233: pour la loi Tullia, p. 268. ' '] Ascon., p. 37.

*) Cic, Ait, 9, 14, 2. Cf. Dio C, 43, 27. I '") Ascon., p. 37. 40. Dlo C, 40, 52. 55. Cic, Brut., 94, 324. Tac. i ^'«^.,38. Cf. Cœs.,6. c, 3, 1.

! *^) Dio C, 40, 52. 55. Plut., Fomp,, 55. Cat., min., 48. l ') App., 6. c, 2, 23. Plut., Cat. min,, 48.

412 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIQUE [fV, 18

de rang supérieur \ La loi enfin accordait à Pompée le droit de dresser Talbum des juges pour Tannée courante*.

La loi Pompeia de vi était une loi spéciale ' ; elle établissait un tribunal extraordinaire pour juger ceux qui avaient assassiné Clodius, incendié la curie et attaqué la maison de M. i£milius Lepidus \ Elle établissait des peines plus sévères que la loi Plautia de vi \ et reproduisait les dispositions de la loi de Âmbitu concernant la procédure *. L'enquête devait être faite sous la direction d'un citoyen élu par le peuple parmi les consulaires sous la présidence de Pompée %• les juges devaient être choisis sur l'album dressé par Pompée *.

Gaton parla contre la loi sur la brigue, parce qu'en principe il était opposé à ce que la loi eût un effet rétroactif. Les partisans de César firent remarquer que le consulat de César était compris dans la période visée par Pompée : César pourrait donc être poursuivi pour brigue en vertu de la loi nouvelle. Pompée répondit, non sans malice *^ que son second consulat était aussi compris dans cette période; il ne croyait pas qu'on put soupçonner la conduite de César ^', pas plus que la sienne. Toute opposition cessa devant cette habile déclaration ; on ne tint plus compte de l'observation de Caton, et la loi fut approuvée par le sénat.

La loi de vi rencontra une opposition plus sérieuse. On admit généralement la nécessité d'un tribunal extraordinaire; mais on prétendit aussi qu'on pouvait rétablir au moyen de la loi Plautia, qu'une loi nouvelle était inutile. Sans doute dans la proposition de Pompée, le nom do Milo n'était pas{)rononcé, mais, vu les faits, la loi n'en était pas moins une loi d^exception

«) Dio C, 40, 52. App., b. c, 2, 24. «) Ascon., p. 39. Dio C, 40, 52.

») Gell., 10,20.

*) Ascon., p. 37. Cic, Mil.. G, 15. 26, 70. 29, 79. Schol. Bob., p. 276. Schol. Gron., p. 443.

5) Voir plus haut, pa^e 192.

•) Ascon., p. 37. 40.53.

') Ascon., p. 39. Cic, Afi7., 8, 22.

•) Ascon., p. 39. Dio C, 40, 52.

») Plut., Ca^, min., 48.

*") Cf. Saet., Cxs.y 30.

«•) App., 6. c, 2, 23.

dirigée contre lui *. Q. Hortensius défendit cette manière de voir et rédigea une proposition qui fut soumise au sénat ; le prétorien Q. Fufîus Calénus, poussé par le tribun T. Munatius Plancus, demanda la division du vote. La première partie de la proposition : P, Clodiicœdem et incendium curiœ et oppugnationem œdium M. Lepidi contra rem publicam factura esse, fut acceptée; mais la seconde partie, ut extra ordviem deea re sed ex veteribiis legibus quâBreretur, fut arrêtée par l'intercession de T. Munatius et de C. Sallustius ^ En somme le sénat n'avait pas formellement condamné la loi, Pompée se crut suffisamment autorisé à la porter devant le peuple.

Dans les assemblées la loi fut encore l'objet des plus vifs débats. Le l*'mars, le lendemain de la séance, T. Munatius Plancus communiqua au peuple la résolution du sénat, et la représenta comme une condamnation prononcée d'avance contre Milo^ Avec Q. Pompéius Rufus il employa tous les moyens pour exciter le peuple contre Milo et le disposer en faveur de la loi Pompeia de vi ; il alla jusqu'à présenter au peuple des gens qui avaient soi-disant les plus graves révélations à faire sur le compte de Milo*. Milo fut défendu par le tribun M. Cœlius Rufus, qui combattit aussi la loi de Pompée, en tant que loi d'exception*; son collègue Q. Manilius Cumanus l'aida à prendre les mesures nécessaires pour protéger Milo®. Dansles assemblées tenuesparM.Caelius, Caton^etCicéron se prononcèrent aussi en faveur de Milo ; toutes ces démarches furent inutiles. Cicéron venait d'être élu augure sur laproposition de Pompée et d^Hortcnsius à la place de P. Crassus •; il resta cependant fidèle à Milo, malgré la haine que Pompée ressentait pour ce dernier *, malgré les menaces de T. Huna-

*) Cic, MiL, 5, 13.* P/it7., 2, 9, 22. Cf. Fam., 15, 4, 12. Dio C, 46, 20.

«) Ascon., p. 44, 45. Schol. Bob., p. 276. 281. Cic, MU., 5, 13 et seq.

^) Ascon., p. 44.

*) Ascon., p. 38.

S) Ascon., p. 37. Cf. Gell., 10, 20.

*) Ascon., p. 38.

7) Cic. MiL, 22, 58.

•) Cic, PhiL, 2, 2, 4. 13, 5, 12. Brut., 1, 1. Fam., 8, 3, 1. 15, 4, 13. Plut., Cic, 36.

•) Cic, Pom., 3, 10, 10.

il4 LA DISSOLUTIOW DE LK HÉPlîBLlyLE [IV. 18

lius, do y. l'onipéia» Hiifus, de C. Sallustiiis; T. .Muiuitiiis. qu'il avait cepeodanl défendu aiitrcFnis ', elQ- Poinpéius Uufiis ]o mcuacèrent ni(>nic de l'indirlion {dici dictio) '. Cicéron ne se laissa pas intimider; mais ne pul empêcher le peuple de sf montrer favorable à la loi de Pompée. Pompée était devenu définitivement le défenseur de Clodiiis : en 56 il »*était déj;i récuncilié avec lui, s'était brouillé de nouveau ' , et finali-monl s'était encore réconcilié '. Il encourafrea les tribuns qui excitaient le peuple, afVecla de croire {[ue Mile eu voulait à sa vie ', prit une garde personnelle', et menaça de faire taire M. Cii^lius Rufus, en employant contre lui la violence '.

Les loia de l'onipée furent votées apr^8 l'intervalle rèplemenlairc de trois semaines, peu de temps iijjrès les ides de mars. Il réunit aussiltkt les comices pour faire nommer le président du tribunal extraordinaire ; L. Domitius Aliénobarbiis, le consul de .'ii, fut élu*. Ce fut aussi ù ce moment qu'il dut faiiv élire les préleurs. A. Manlius Torquatus fui élu et cul la présidence du tribunal qui di'vaitjufjer les procès de brigue'; probablement aussi M. Considius Nonianus, qui partagea la présidence du tribunal de vi ex lege Plautia avec un certain L. Fabius ifui devait être un juge des tribunaux criminels'". La question des cabales (qiixstio de soda/iciis) futprésidée par M. Favonius qui n'était certainement pas préteur, mais un ancien édile requis pourassister les pré\i;uis(judej: qtiœstioHisy .

<) Cic, Prtwi., 7. ■-'. 3.

') Ascon., p. 38. 40. Cic. Mil., 5, l:.'. 18, 17,

3) Cic, n<(y. fr., 3, 4,3.

'} Cic, Mil., 8,21.

*) Ascon., p. 37. Cic, Mil., 2i, 66.

') ABCon., p. 37. 3i).

^) Aicon., p. 37.

■) Aacon., p. 39. Cic. MU., 8. 22.

*) AseoD.i p. U.

") USlH^^^^^^^^HaucciiDoiiitjn'ux [louriWiiLilutr Im Iribunaux wis^sii {^^^^^^^^^K jmur compl6l«r rorgnitisotiuii det Iribuoaoi, d'aocieiii ^^^^^^^^Kh litre de juge» criminels, judicri ((Uftf û>hû. Pendant l'ajiBée qui «ulnil Itur sortie âx ebarttr, lc> ttUet, ea vi-rtu <)^ la loi , de*aieiit ee tenir h lu [linpoeilioD dca pNiour* . No»« avrm% dit un pn plui haut (page 250, note 10) queleeasie pRulutiitd'atiortlpiJurle tritMU^l

IV, IS] LE TIIOISIÈMË OJ.NSlItAT 1>E l>.')MPÉE 41S

Enfin Pompée dressa l'album des juges ; il inscrivit 360 noms'.

Alors furent présentées de nombreuses accusations contre Milo : les deux Appius Claudius, auxquels se joignirent M. Antonius et P. Valérius Népos (comme subscriptores), l'accusèrent de violence en vertu de la loi de Pompée * ; il fut accusé pour brigue, aussi en vertu de la loi de Pompée, d'une part par les Anus. Appius Claudius , de l'autre par C. Céthégus et L. Cornificius; pour violence en vertu de la loi Plautia par L. Coroificius et Q. Patulcius; enfin il eut encore à répondre à L'accusation d'avoir formé des cabales (de sodaliâis); P. Fuivi us Ncraius le poursuivit pour ce fait en vertu de la loi Licinia'. On désigna d'abord (par une divinatio) ceux qui soutiendraient devant le tribunal l'accusation de brigue; les deux Appius Claudius furent chargés de porter l'accusation; P. Valérius Léo et Cn. Domitius, fils de Cn. Domitius Calvinus, furent autorisés à les assister (comme subscriplores) '. L. Domitius Abénobarbus et A. Manlius Torquatus citèrent Milo à comparaître le 4 avril. Il se présenta devant L. Domitius Abénobarbus (président de la question de vi). et cbargca un de ses défenseurs % M. Claudius Marcellus, de solliciter un délai de l'autre tribunal jusqu'à ce que son premier procès fût terminé. On fit droit à sa réclamation *. Devant le tribunal , l'ainé des Appius Claudius demanda de nouveau que cinquante- quatre des esclaves de Milo fussent mis à la torture; Milo répondit, comme il l'avait déjà fait auparavant, que la cbose n'était pas possible, puisqu'il avait affranchi ses esclaves. Appius demanda alors qu'il lui fût permis de citer comme témoins

qui Hkit fc juger lei usassinata et les miléSces {de sieuTlis el veneficis). Cm jiignKTÛeDtdee privilèges, des iasignea, par exemple des tktorei, des «fotoPM (Qe.. Ootnl., 53, 147. 27, 74), mais n'Étaieal cependant que les nUDilaUires di's préteurs, à i|ui ils devaient loi^oura en référer. [N. D. T.J

') Aacon,. p. 39. Ciu , MU., H. 21. 38, 105. Fam., 7,2, 3. Plut., Pomp., te. Voll.,2, 76. j 'i Ascon..p. 42. 10 ; cf. 35.

») Ascon,. p. 10. 54. Cf. Dio C, «, 53.

*) Ascon . p. 10. 54; or. 35.

«) et. Aaooo, p. 35.

I *) Abcoo., p. 40.

tous ceux des esclaves de Clodius qu*il désignerait. Après avoir consulté le tribunal, Ahénobarbus lui accorda cette autorisation ^; on l'avait refusée à M. Caelius Rufus, qui avait voulu mettre à la torture ces mêmes esclaves dans rinlérêt de Milo \

Le lendemain, 5 avril, on entendit les témoins; en vertu de la loi cette formalité devait occuper le tribunal pendant trois jours. Le premier jour, M. Marcellus posa quelques questions à un témoin à charge^ C. Cassinius Schola; les partisans de Clodius poussèrent do grands cris; effrayés Marcellus et Milo demandèrent une force armée pour les protéger. Pompée l'accorda '. Il n'y eut plus de désordres pendant les deux autres jours; la plupart des témoignages furent contraires à Milo S mais M. Favonius fit une déposition qui lui était très favorable \ Le troisième jour, quand le tribunal eut déclaré que l'on ne recevrait plus de dépositions, et tout préparé pour le tirage au sort des jurés qui devait avoir lieu le lendemain, T. Munatius Plancus réunit une assemblée, vers la dixième heure, pour inviter le peuple à venir le lendemain faire une manifestation autour du tribunal, dans le but d'intimider les juges ^. Le 8 avril ^ (il y avait centdeux jours que le meurtre do Clodius avait été commis '), Pompée fit occuper le forum avec ses troupes*. L'alné des Appius, M. Antonius et P. Valérius Népos soutinrent l'accusation. La défense fut présentée par Cicéron, qui parla seul; effrayé parle déploiement de forces militaires, déconcerté par les cris des partisans de Clodius, Cicéron fut au-dessous de lui-même et défendit fort mal son client ^°. Milo fut condamné

«) Ascon., p. 40. Cic, MU., 2i, 57. 22, 59. *) Ascon., p. 35.

») Ascon., p. 41. Dio C, 40, 53. Cf. Cic, AU,. 9, 7 B, 2. *] Ascon., p. 41.

6) Cic, lft7.,9, 26. 16, 44.

«) Ascon., p. 41. 43^ 52, Cic, Afe/., 2, 3. 26, 71. ') Ascon., p. 3i. 4i.

•) Cic, Mil,, 35, 98.

•) Ascon., p. 41. Cic, MU., 1, 2. 26, 71. 37, 101. Opt. Gen. or., 4, 10; cf. AU,, 9, 14,2.

««) Ascon., p. 42. Scbol. Bob., p. 276. Dio C, 40, 54. Plut., Cic., 35.

par 38 voix contre 13 % il partit aussitôt pour Texil^ et se retira à Marseille '. Cicéron lui adressa plus tard son plai* doyer pro Milone qu'il avait depuis composé à loisir '. Le 9 avril, Milo absent fut encore condamné pour brigue par le tribunal de ambitu. quelques jours après par le tribunal de sodaliciis que présidait M. Favonius, et enfin par le tribunal de vi ex lege Plaulia présidé par L. Fabius *. Les propriétés de Milo étaient grevées de dettes, que Tacheleur était tenu de payer , elles furent vendues pour une demi-once'.

M. Sauféjus fut aussi poursuivi en vertu des deux lois Pompéia et Plautia pour avoir pris part au meurtre de Clodius ; Cicéron le défendit dans ces deux procès et le fit acquitter ^. Dans le parti opposé, Sex. Clodius et un grand nombre de partisans de Clodius furent condamnés pour avoir pris part à l'incendie de la curie et à Tatlaque dirigée contre la maison de M. iiimiiius Lepidus^ Vinrent ensuite de très-nombreux procès de brigue intentés en vertu de la loi de Pompée *.

On poursuivit encore les candidats au consulat de 53 , M. jËmilius Scaurus et C. Memmius Gemellus, et le candidat de 32, P. Plautius llypsaeus. Le peuple se prononça en faveur de Scaurus contre son accusateur ; Pompée fut obligé d'envoyer à Scaurus l'ordre formel de se présenter devant le tribunal, et de disperser le peuple par la force armée ', Cicéron le défendit *°, mais ne réussit pas à le faire acquitter". Pompée se prononça énergiquement contre Ilypsœus ; Hypsaeus se jeta vainement à ses pieds, il fut condamné^*, ainsi que C. Memmius Gemellus. Mais Gemellus voulut se réhabi-

«) Ascon., p. 53. Cf. App., 6. c, 2, 24. Liv., cp., 107. Vell., 2, 47. •) Ascon., p. 54.

3) DioC, 40, 54. Cf. 46,7.

*) Ascon., p. 54.

») Ascon., p. 54. Cf. Cic, Fam., 8, 3, 2. AU., 5, 8. 5, 10, 4. 6, 4, 3. 6, 5. 6, 7, 1.

•) Ascon., p. 54.

') Ascon., p. 55.

•) Cic, Brut., 94, 324. Fom., 5, 18. C»8., 6. c, 3, 1. >) App., 6. c, 2, 24.

«0) Quint., 4, 1,69.

") App., 6. c, 2, 24. Cic, Off,, 1, 39, 138. ") Dio C, 40, 53. Plut., ?omp., 55. Val. Max., 9, 5, 3.

Il 27

litcr en se servant de la loi de Pompée ; il porta une accusation de brigue contre Q. Métellus Scipio qui avait brigué le consulat avec lui, et était le beau-père de Pompée ; ce dernier ne craignit pas de violer sa propre loi pour sauver Scipio ; il prit le deuil, manda auprès de lui les 360 juges, et leur demanda comme une grande faveur Tacquiltement de Scipio *. Gemellus abandonna l'accusation et s'exila à Patrae '. Pour soustraire Scipio à une nouvelle accusation. Pompée le prit comme collègue pendant les cinq dernière mois de Tannée *.

Scipio crut rendre un grand service à l'État en faisant une nouvelle loi sur la censure, mais il connaissait mal la question *. Sous la dernière censure, les poursuites faites en vertu de la loi Clodia n'avaient pas eu le résultat qu'on attendait' ; Scipio remplaça la loi Clodia par la loi Cœcilia de censura *. Scipio ne comprenait pas que les temps étaient changés^ que les censeurs ne pouvaient plus avoir le courage de redresser les mœure. Les censeurs ne pouvaient plus alors essayer de corriger leurs contemporains, le nombre de ceux qu'il aurait fallu punir dans le sénat et dans l'ordre des chevaliers était trop grand. Clodius avait eu l'habileté de ne pas rendre les censeursresponsables des désordres qu'ils ne réprimaient pas; en vertu de la loi Caecilia, les censeurs seraient seuls responsables des châtiments qu^ils iniligcraient, et des désordres qu'ils négligeraient de réprimer ; il était à prévoir que personne ne se présenterait plus pour remplir la charge de censeur, à moins qu'il n'eût complètement perdu la raison'. D ailleurs, Scipio lui-même aurait dû être poursuivi un des premiers; il ne craignit pas, quoique consul, d'assister à un festin donné en son honneur par un appariteur de tribun, et dans lequel se prostituèrent des femmes de haut rang '.

*) App., 6. c, 2, 24. Plut., ^omp,, 55. Val. Max., 9, 5, 3.

«) Cic, Fttm., 13, 19, 2; cf. 13, 1, 1. Ait., 5, 11, 6.

') Dio C, 40, 51. 53. Plut., ^omp., 55. App., 6. c, 2, 25.

♦) Cic, AW., 6, 1, ITetseq.

«) Cic, A^/., 4» 16, 14.

•) Dio C, 40, 57.

') DioC, 40, 57»

•) Val. Max., 9, 1, 8.

Pompée présenta encore deux autres lois qui visaient la brigue.

La première était une loi de provinciis ; il transforma en loi le sénatus-consulte de 53 \ en vertu duquel les magistrats ne devaient plus prendre possession de leurs provinces en sortant de charge, comme l'autorisait la loi Cornelia (voir plus haut, page 181)^ mais cinq ans après avoir été consul et préteur; cette loi annulait la loi Sempronia de provinciis consularibus (tome II, p. 47). Elle aurait pu avoir de bons résultats, mais il fallait décider les grands personnages à s'y soumettre , et Pompée lui-même, qui l'avait fait accepter dans le but de nuire à César*, fut le premier à donner l'exemple de la violalion d^une loi qu'il avait proposée , suarum legum auctor idem ac subversor^. Ainsi la loi Trebonia (voir plus haut, p. 373) lui avait donné le gouvernement des deux Espagnes pour une période de temps qui expirait en 50 ou à la fin de 51 ; il se fit donner les mêmes provinces par une loi tribunitienne pour une nouvelle période de cinq ans, et le sénat lui accorda le droit de prendre tous les ans mille talents dans le trésor pour la solde de ses légions \ De cette manière. Pompée ne serait plus obligé d'abandonner son commandement avant César ; nous savons que les pouvoirs confiés à ce dernier par la loi Pompeia Licinia prenaient fin le 1^' mars 49.

La seconde loi, lex Pompeia de jure magistratuiim, était une loi générale sur l'élection et les fonctions des magistrats. Un article de cette loi — c'est tout ce que nous en savons, — renouvelait une disposition législative de 63 en vertu de laquelle il fallait être présent à Rome pour poser sa candidature. Les césariens furent très inquiets ; ils comprirent que cette disposition permettrait d'annuler la loi tribunitienne votée en faveur de César. Pompée n'osait pas encore se brouiller avec César ; cependant il ne pouvait pas s'habituer

0 Dio C.y 40, 56. D*après le contexte, il est facile de comprendre que le sèaaius-consulte de 53 fut confirmé par un vote du peuple, et devint une loi ; cf. 40, 30. 46.

«) Cf. C«8., 6. c, 1, 6. 85.

3) Tac., Ann,, 3, 28.

•) Dio C, 40, 56. 44. Plut., Pofn|)., 55. C«5., 28. App., h. c, 2, 24*

420 LA DISSOLUTION DE LA HÉPUBLIQUE [IV, i^S

k l'idée de voir César promlpe une seconde fois passossion des fonctions consulaires'; Il modifia pourtant sa loi en y ajoutant l'article suivant : la loi ne s'appliquerait pas â ceus-^ en faveur desquels le peuple volerait ou aurait voté une ' dispense. Pompée ne comprit pas que cette addition rendait la loi absolument inutile ; les porsonniigcs les plus puissants, par conséquent les plus dangereux pour la république, obtiendraient toujours facilement cette dispense*. Quant à celle qui avait été accordée à César, les ennemis de ce dernier pouvaient en contester la valeur légale, et ils le firent, nous le verrons plus loin *,

Pompée violait non seulement les luis en général , mais ses propres lois*, il en donna un nouvel exemple à la fin de son consulat. En sortant de charge {lU décembre), les tribuns Q. Pompcius Rufus et T. Munatius Plancus Bursa furent poursuivis avec d'autres pour avoir pris part à l'incendie de la curie, toujours en vertu de In loi Pompeia de vi*. Nous savons peu de choses du procès do Q. Rufus ; il fut accusé par M. Cselius Rufus, et fut condamné*. Pompée fil tous ses efforts pour sauver Munalius, et remit au tribunal un éloge écrit (laudatio) de l'accusé. Caton ne manqua pas de protester, en qualité déjuge, contre une pareille violation de la loi, et, malgré l'intervention du Pompée, Munalius fui condamné'. Il s'enfuit auprès de César', qui avait déjà accueilli, et accueillit surtout à ce moment*, beaucoup de condamnés '*.

Caton se présenta au consulat pour l'année suivante, 51. Il avait fait voter par le sénat une résolution portant que les candidats devraient solliciter etix-mômes les suffrages des

')CtVell., 2,30.

■) Dio C, 40, 65. Suet.. Cmt., 28. Cf. Cit., AU., S, 3, 3. 1) SimL, Cxt., 28.

•)Tm., ABII..3, 28.

■) DioC, 40,55.

■) Vol. y» , 4, 2, 7. Cd., Fam , 8. 1, 4.

^) DioC.,40,5S.Plut., Auiv.,K. Cal. i*iN., 48. Cic, Am , 7, 2, 2. AU., 6, 1, 10. PMI., S, 4, 10. 1% iZ. 27. Vtl. lUx., «, 2, 0. ■ *) Cic, Pam.. 8, 1.4.

^ ^ Cic, Fan.. 7, 2, 4. Dio C, 40, 1

citoyens, et ne pourraient plus se servir d^agents. On savait qu'il désirait le consulat uniquement pour enlever à César le gouvernement des Gaules ; il ne distribua pas d'argent, et ne fit aucune avance au peuple ; il échoua * ; il irrita encore le peuple davantage en accueillant la nouvelle de son échec avec une stoîque indifférence '. Les consuls élus furent M. Claudius Harcellus, grand orateur ' et adversaire résolu de César, et le jurisconsulte Ser. Sulpicius Rufus qui avait déjà été candidat en 62; agissant à l'inverse de son ami Caton, il sut tenir compte des circonstances, et se ménagea les faveurs populaires ^. Ces consuls ne furent pas les maîtres de l'État ; Pompée continua à diriger la politique en restant à Rome ; il fit administrer ses provinces par des lieutenants *. Parmi les préteurs élus en même temps, nous relevons les noms de A. Plautius et de M. Juventius Laterensis; le premier était un partisan de Pompée*, le second, un adversaire résolu de César'.

*) Plut., Cat. min,, 49, Dio C, 40, 58. Cf. Cœs., 6. c, 1, 4.

«) Plut., Cat. min., 50.

*) Cic, Brut., 71,249.

*) Dio C, 40, 58. Liv., ep., 108. Cf. Cic, A«., 7. 3, 3.

•) App. , 6. c, 2, 25. Cf. Val. Max,, 6, 2, 7. Amm. More, 17, 11, 4.

') C\c., Ait,. 5, 15, 1.

*) Cic, Fam., 8, 8, 2.

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