CHAPITRE DIX-NEUVIÈME
LE CONFLIT ESTHE CÉSAR ET POJIPËE
Au moment où Hompée devenait le maître de Rome comme cbof des Optimales, César en Gaule courait le danger de perdre le résultat de ses six années <lc campagne. Vercingélorix ' avait réussi à soulever et à grouper les tribus gauloises; il comptait d'autant plus sur le succès quo l'on s'attendait à voir César retenu en Italie par les événements qui survinrent à Rome au commencement de S2*. César était venu faire les levées dans la Cisalpine pour compléter ses légions ' ; quand il revint dans la Transalpine, il éprouva de grandes diflicuttés à joindre l'ennemi et à concentrer ses troupes en présence des Gaulois*. Enfin, après des marches longues el pénibles, après des sièges qui lui demandèrent beaucoup de temps et de peines , il put écraser dans deux combats qui durèrent plusieurs jours la grande armée gauloise sous les murs d'Alesia; Alesia succomba et Vercingélorix se rendît*. A Rome, on vota des actions de grâces qui durèrent vingt jours*. César passa Thiver à Bîbracte ^
Cette dernière victoire hisait disparallre le prétexte que César avait mis en avant pour réclamer le privilège de briguer )e consulat de 48 on restant à la lète de ses provinces. Rappelons qa'ea vertu de la loi Pompeia Licioia, ses pouvoirs
') ClB8.,B. C,,?,*.
») C»ï., B. G.. 7, 1. Plut., Cm., 26.
') Cmt.. B. G., 7, i. 7. 57. Cf. Suet., C«i., 24. ') Cm:,B. G.,7,6ntHq.
•) O».. B.6., 7, g-8t>. DioC, 40, 3341. PluL, Cm., 25 et leq. Lîv., ep.. iOfî. Voll.,2,*7. Surt., C»., 25.
*) Cxs.,i). 6., 7,80. Cr. DJo C, 40, 50. Plot., Cot.Mfii., Si.
devaiont se prolonger jusqu'au 1*' mars 49, mais, en réalité, ils ne devaient prendre fin que le 1" janvier 48, César ne pouvant abandonner le commandement qu'à l'arrivée de son successeur ; or la loi Cornelia ne permettait pas de le faire arriver en Gaule avcint le 1*' janvier 48. Les deux années 51 et SO devaient suffire à César pour désarmer les tribus qui étaient encore en armes \ et chAlier les Illyriens qui venaient de surprendre Tergeste (52)*. César n'avait plus qu'un intérêt personnel à invoquer pour demander que son second consulat fit immédiatement suite à son pouvoir proconsulaire. Il avait bien compris que, par sa loi sur les magistratures. Pompée avait eu l'intention d'annuler la loi des dix tribuns et de lui enlever le privilège de briguer le consulat tout en conservant le gouvernement de ses provinces '. Il avait compris aussi que la loi sur les provinces permettait de lui donner un successeur le 1" mars 49, ce successeur pouvant être pris parmi les anciens consulaires. Il put aussi supposer que Pompée, dont le désir le plus ardent était d*amener César à briguer le consulat en qualité de simple ciloyen [privattis) , voulait le mettre en accusation en vertu de la loi Pompeia de ambitu\ ou du moins voulait lui faire sentir sa supériorité ; Pompée, en effet, était proconsul d'Espagne, avait une armée, et de plus dirigeait à Rome les affaires de TÉtat au nom des consuls %* de là jalousie de César qui, dans l'intérêt de sa propre sûreté, ne voulait pas occuper la seconde place dans la république ; il comprit qu'il serait plus facilement chassé de cette place inférieure qu'obligé de descendre du premier rang au second*. Le conflit était inévitable ; César prit ses mesures et doubla, probablement à cette époque, la solde de ses légions". Il continua à s'attacher des sénateurs et d'autres citoyens par ses libéralités ; il paya leurs dettes, disant à tous, sous forme
>) Ces., B. G., 8, 24.
•) Cf. App., ïllyr., \2.
») Lit., ep.. 108. Cf. Cic, Att., 7, 7. 6.
^) App., 5. c, 2, 25.
»} App., 6. e., 2, 25. Cf. Dio C, 40, 44.
*) Suet., Ces., 20.
^} Sont., Csf ., 26. Cf. Ces., B. 6., 7, 89.
de plaisaiilerit!, qu'une guenc civile élail devenue nécessaire'. Pour ne pas se laisser oublier du peuple, il continua les construclions commencées en 54, fil de jt;;rands préparatifs pour les jeux funèbres et le repas qui devaient être lionoés au sujet de la mort de sa fille*. Il chercha à s'assurer les sympathie des rois qui avaient conservé une indépendance nominale, des principaux municipes et des g;randes villes des provinces en les comblant d'attentions et en leur rendant des services'. Avant tout, il s'assura le dévouement des habitants de la Cisalpine. On se rappelle que la loi Vatinia (voir plus haut, p. 320) l'avait autorisé à donner le droit de cité aux Latins de la colonie de Novum Comum ; il fit de cette loi, paraît-il, un usage csagéré *. Il semhie même qu'à ce moment il reprit son projet de 67 (voir plus haut, p. 231), et promit de faire accorder le droit de elle k tou<s> les Latins de la Gaule Iranspadane. César écrivit encore aiisénat ; il parla des lois de Pompée , et demanda que, con — formément â la loi des dix tribuns, on lui laiasAl le gouver — nement des Gaules jusqu'au 1" janvier 48 '.
Tous ces faits décidèrent le consul M. Claudius Murcellus convoquer le sénat , probablement en avril . époque o beaucoup de sénateurs étaient à la campagne ; étant le plu^a jeune consul, Marcellus avait précisément les faisceaux pcn — dantcemois, Sonédit de convocation portail qu'il avait à faire^ une communication sur les g'rands intérêts de la république^ de summa repub/ica *. Il ne proposa pas cependant de donnera un successeur h César {de siiccessioiie provinv.iariim Ga/iia — rumj'; il parla de l'illégalité commise par César qui avaiV accordé le droit de cité aux Latins de Novum Comum ; oi développant son sujet, il put dénoncer le péril dont Césai menaçHil la république, et parler do la nécessité de lui donnei un successeur'. Son collègue Ser. Sulpicîus Rufus irou'
'J Suet., Cxi.. 27. Cf. Gic,. Fnm., S. H. 2. 8. ), i.
•) Suet.,CŒ«., 26.
') Suet.,Cï»., 27.
»} Siiet.,Ca'*., 2». Cf. Cic. Pam., 13, 35, 1.
») App., 6. c, 2, 25. Plut., Cxs , 29.
«j Sriet,,C»*.,2a.
1) Cic, Para., 8, i, 2.
'j Suet.,Ca!f., 28.
LE CONFLIT ENTRE C£SAR ET POSPftB
IV, m
que de pareilles propositions étaient prématurées , el pouvaient conduire îi la guerre civile ', Le séoat prit une résolution fort défavorable à César, mais les tribuns firent intercession, elle ne fut qu'une démonstration hostile sans effet'. En mai, — on ne connaissait pas encore l'impression produite sur César par le vote du sénat, — on craignit à Rome qu'il ne réglai par lui-même la question des Latins de la transpadane ; du reste il les avait déjà en fait considérés comme des citoyens en les ennMant dans les nouvelles légions. Celte crainte fut conQrmée par la nouvelle, qui était fausse, que César avait donné l'ordre aux villes transpadanes de nommer des qualtuorviri, eu qui équivalait àleur reconnaître la conslilulion des municîpes romains*. Pompée était k Tarente ', 11 déclara qu'il comballralt et empt^cheraït les illégalilés de ce genre'. Vers la fin de mai, Marcellus fit battre de verges un sénateur de Novum Comum qui était venu k Rome après avoir commis s.ms doute quelque méfait ; Marcellus voulut montrer par cet exemple qu'il ne considérait pas les habitants de la colonie comme des citoyens pouvant réclamer Ja protection de la loi Porcia ° ; on se rappelle que la proposilion faite par M. Livius Drusus, en 12i, do l'appliquer aux Latine n'avait pas été convertie en loi. (Voir plus baul, p, oO.) Le I" juin, Marcellus voulut mettre à l'ordre du jour la discussion sur le remplacement de César' ; c'était à ce moment en effet que l'on pourvoyait aulrefois à l'administration des ^provinces consulaires. Il renonça à son projet', probablement ;uple conseil de Pompée ; Pompée invoqua sa loi sur les pro- ,'vinces, en vertu de laquelle on venait de donner, en mars, la 'Syrie à M, Caipurnius Blbulus, la Cilicïe k Cicéron et lespro- -vinccs prétoriennes k huit anciens préteurs '; Pompée fut d'avis
■) Clc, Fam.. i, 3, 1. 4, 1, 1. Cr. 8, 10, X 4, .i, 3. fi, I. 6. ■)Cic.. j*((..5, 5, 2.
') Oic, AIL, 5, 2, 3. Fam., S, i, 2. '1 Cic, AU., 5, 5, 2.
•) Cic, AH.. 5, 7. Fam.. 2, R, 2.
■) Cic, A/r., 5, 11, 2, lellreécrile le 6j.iillel à Athènes. Cf. App., b. t., 2, 26. Plul., Car».. 29.
'; Cic, F.im.,8. 1, 2.
•; Cic,, Fam., 8,2. 2.
*j Cic, Fam.,
436 LA DI950LCTIO:( DE LA BtPrBLTQnR [IV, t9
qu'on ne devait discuter les choix pour les provinces consulaires de 49 qu'au commencement de 50. Le 22 juillet, un incident amena le sénat à discuter de nouveau la question. 11 s'agissait de la solde des légions de Pompée qui, depuis le mois de mai, avait l'air de se préparer à partir pourl'Espag^ne'; on rappela qu'une de ces légions é'ait alors sous les ordres de César; Pompée déclara qu'il la reprendrait, pas de suite, mais quand il le voudrait. On demanda à Pompée ce quil pensait du remplacement de César; il répondit que tout If monde devait obéir au sénat. Le sénat décida alors que l'on discuterait la question des provinces consulaires quand Pompée serait revenu d'un voyage qu'il se proposait de faire h Ariminum*. On croyait que la discussion s'ouvrirait le 13 août; elle fut renvoyée par suite d'un procës de brigue intenté au consul désigné C. Claudius Marccllus *. Le 1" septembre, le consul M. Marceltus fît une proposition formelle, mais la discussion ne put encore s'engager ; on prétexta que le sénat n'était pas en nombre ; un des tribuns favorables à César* avait constaté le fait en comptant les sénateurs présents. Ce jour là, Pompée déclara qu'il n'était pas nécessaire de rédiger un sénatus-con suite, puisqu'il était tout à fait inadmissible que l'on fût en même temps gouverneur de province et candidat au consulat, ce que voulait César. Dans la même séance, Metellus Scipio avait sollicité une déclaration du sénat portant qu'il serait pourvu au gouvernement des Gaules le 1" mars au plus tard ; l'agent de César, L. Cornélius Balbus, parut trfes mécontent*. Pendant le mois de septembre, le sénat fut encore plusieurs fois empêché de donner une solution & l'alTaire, toujours pour la même raison : il n'était pas en nombre *. Enfin, le dernier jour de septembre on pat voter ^.
C'I ar.., Att., a, t\. 5. Fam., Z.8. 10. Dio C . W, 5B. *l Cic, Fnm., S. 4,4. Cf. Aii.,ô, 19, 1. •) Cifi.. Fam.. 8. 9. 2.
>) Soet., Cwir..29. Dio C, W, G9. ^^m
>} Cic. F«tm., 8. 9, i. 5. ^H
')Ci<i..Vm.,a,6,z.»,s. i. ^^H ') Cm., Fiim., S, à, 4 at m^^^^^^^H
Marcellus demanda, comme au 1" septembre^ que César abandonnât le gouvernement de ses provinces le 1" mars 49, puisque la guerre était finie, et qu'il fallait dissoudre Tarmée victorieuse. Il ajouta que César ne pouvait pas se présenter au consulat sans rentrer dans Rome, la loi de Pompée de jure magistratuum ayant annulé la loi des dix tribuns ^ Marcellus, sur ce dernier point, pouvait invoquer des raisons de droit en vertu desquelles Tarticle additionnel ajouté par Pompée n'avait pas de valeur légale. Le consul Ser. Sulpicius Rufus s'opposa à ces deux résolutions en répétant qu'elles auraient pour conséquence la guerre civile '. Pompée déclara qu'il ne pouvait, sans blesser César, voter sur son remplacement avant le 1" mars 50; aprfcs cette date, il ne ferait aucune objection ^ César, en effet, pouvait s'appuyer sur la loi Pompeia Licinia * pour se plaindre de ce que l'on disposait trop tôt de ses provinces; il n'avait pas besoin pour cela d'invoquer le maintien des dispositions des lois Cornelia et Sempronia supprimées par la loi Pompeia de provinciis de 52 uniquement pour le gêner. En vertu de la loi Pompeia Licinia, la discussion sur la nomination du nouveau gouverneur des Gaules ne devenait obligatoire qu'en juin 50. Pompée était obligé de reconnaître lui-même que sa propre loi défendait d'ouvrir le débat à ce moment. Maintenant qu'on n'était plus obligé de procéder séparément à la répartition des provinces consulaires otdes provinces prétoriennes, en admettant que César quitl&t son gouvernement le V mars 49 , comme le demandait Marcellus, il serait grand temps de désigner son remplaçant à partir de mars 50, au moment où l'on désignerait les titulaires de provinces qui devaient être libres avant celles de César ^ Il y avait du reste un précédent : les provinces de Cilicie et do Syrie qui étaient alors gouvernées par Cicéron et par Bibulus^ ne leur avaient été assignées qu'en mars 51.
<} Cic.» Attf 8, 3,3. Suet., C98., 28. Liv., ep., 108. Dio G., 40, 59, et App.v 6. c, 2, 28 se sont trompés:
>) (Sû.,Fàm,j 4, 3, 1, Liv., ep., 108. Suet., C»5., 29. Dio C, 40, 59.
*) Cie., Foui., 8, 8, 9. 4, 9, 2. Ait., 8, 3, 3. Dio C, 40, 59. App.^ 6. c., 2, 86| et PluL, Ponip., 56, se sont trompés.
*) Cm., B. ff.. 8, 53.
■) Cf. Cic, Fàm., 8, 9, 2.
428 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIQUE [lY. 19
Caton partagea Tavis de Marcellus , et prétendit que Ton devait décider tout de suite le remplacement de César au 1*' mars 49 \ Ce fut lui qui formula la proposition de Marcellus, elle fut rejetée'. Pompée cependant qui n'exprimait pas toujours sa pensée véritable', n'avait pas pu cacher sa manière de voir ; tout le monde avait compris qu'il approuvait de tous points la proposition de Marcellus \ Le sénat, probablement sur la demande de Métellus Scipio, tenant compte des raisons invoquées par Pompée, le sénat décida que les consuls de 50 mettraient à Tordre du jour du l**' mars la question des provinces consulaires ; toute autre délibération serait iuterdite ; on les autorisait et on les obligeait même à convoquer le sénat les jours de comices ; ils auraient soin de faire siéger les sénateurs qui rempliraient des fonctions judiciaires, afin que le sénat fût en nombre et pût prendre une résolution définitive \ Les tribuns ne firent pas usage de leur droit d'intercession ; cette résolution ne préjugeait rien ; en l'annulant, ils auraient outrepassé leurs droits et porté préjudice aux intérêts de César.
Le sénat prit encore trois autres résolutions ; d'abord la décision que prendrait le sénat au sujet des provinces ne pourrait être infirmée par l'intercession tribunicienne. (Depuis la suppression de la loi Sempronia, les tribuns pouvaient attaquer les résolutions sénatoriales concernant les provinces consulaires ^) En second lieu il serait fait un rapport au sénat sur les vétérans et les autres soldats de Tarmée de César qui, pour un motif quelconque, demanderaient à être licenciés \ En troisième lieu on nommerait d'anciens préleurs en Cilicie, qui était alors province consulaire et dans les huit autres provinces prétoriennes'; la nomination se ferait conformément au sénatus-consulte de mars 51 rédigé d'après la loi Pompeia
i) Plut., Pomp., 56. Cf. Cat, min,, 51.
«) Cies.,B. G. y 8, 53.
♦) Cic, Fam., 8, 8, 4. 9. Cf. Dio G., 40, 59. App., b. c, 2, 26.
^) Cic, Fam,, 8, 8, 5. Cf. A«., 5, 20, 7. 6, 1, 24.
«) Cic.,Fam., 8, 8, 6.
') Cic, Fam., 8, 8. 7.
•) Cic, Fam., 8, 8, 8.
de provinciis, et conforniémeni aux autres dispositions votées depuis en vue de Tannée 50 ; comme il ne pouvait être question des deux Espagnes, les provinces consulaires de 49 seraient donc la Syrie et les Gaules. On trouva que ces trois résolutions étaient préjudiciables aux droits des tribuns et aux intérêts de César; les tribuns C. Vibius Pansa *, C. Cœlius, L. Vinicius et P. Cornélius opposèrent leur intercession; les trois résolutions furent cependant enregistrées comme documents servant à faire connaître Topinion du sénat {senatus auctoritates) '. Le sénatus-consulte qui ajournait la décision du sénat au !•' mars SO excita le mécontentement de César ' ; les trois autres résolutions lui firent connaître les tendances de la majorilé et augmentèrent ses défiances. 11 fut particulièrement indigné du langage tenu par Pompée. Pompée, au cours des débats^ avait déclaré que, si le l^'^ mars un tribun faisait intercession, on pourrait considérer cet acte comme un acte de désobéissance de César à Tégard du sénat; il ajouta encore que si César conservait son armée après son élection au consulat, il ferait aux institutions républicaines une insulte pareille à celle dont se rendrait coupable un fils qui soufflèterait son père \ Pompée, qui tenait ce langage, ne se rappelait donc pas qu'étant consul en 52 il avait, lui, conservé le commandement de son armée proconsulairc d*Espagne.
Les élections des tribuns et des édiles plébéiens avaient eu lieu avant le 19 juillet ^ Les choix furent favorables au parti de César. M. Caelius \inicianus^ partisan de Pompée, ne fut pas élu édile®; sur les dix tribuns élus, un seul, C. Furnius, était favorable aux optimates \ Les optimates mécontents firent poursuivre et condamner pour brigue un des élus, Servœus. C. Scribonius Curio se mit sur les rangs pour obtenir la place de tribun devenue libre ' ; Curio était un ennemi
0 Cf. Cic, Vam., i6.27, 2.
») Cic, JPam., 8, 8, 6. 7. 8. Cf. Suet., Cxs,, 29. Dio C, 40, 59.
») Cf. Cic, Fam., 8, 9, 5.
*) Cic,Fam.,8, 8,9.
») Cic;, A«., 5, 18. 3. Fam.y 8, 4, 2. 3.
•) Cic, Fam., 8, 4, 3.
') Cic, AU,, 5, 2, 1. 5, 18, 3. Fam., 8, 10, 3. 15, 14, 5.
•) Cic, Fam., 8, 4,2.
430 LA DISSOLUTlOIf DE LA RÉPUBLIQUE [IV, 19
acharné de César depuis le consulat de 59 ; il venait de se faire remarquer par des jeux célébrés en Tbonneur de la mort de son père ^ Gurio fut élu après le 1^ août, probablement en septembre '.
Avant la même date du 19 juillet on avait aussi procédé aux élections consulaires ^. Caton ne voulut plus se présenter; il considéra son écbcc de Tannée précédente, échec trèshonorable puisqu'il n'avait employé aucun moyen de corruption, comme un échec définitif \ Les consuls élus furent C. Claudius Marcellus et L. ^milius Paulus ^ Le premier était fils de l'augure C. Claudius Marcellus*, et cousin du consul M. Claudius Marcellus^; il était du parti de Cicéron*; mais il ne s'était jamais fait remarquer jusque-là; il dut son élection à Tinfluence de son cousin ' , et à cette circonstance qu'étant le parent de César dont il avait épousé la petite-nièce Octavia ^^, il était cependant un de ses ennemis politiques. L'autre consul L. iEmilius Paulus avait toujours soutenu les optimates, mais on devait se défier de lui : depuis 54 il recevait de l'argent de César et l'employait à des constructions ^^ Le candidat particulier de César était M. Calidius, lui aussi un ancien partisan des optimates ; non seulement il échoua, mais il fut encore poursuivi pour brigue ". On l'acquitta cependant^'; il poursuivit à son tour C. Marcellus, mais ne put le faire condamner '^ Les élections de préteurs ne furent pas
») PliD., n. A., 36, 15, 24, 116 et seq. Cic, Fam., 8, 2, 1.
*) Cic, Fom., 8, 9, 1. 8, 5, 3. 2, 7. 15, 14, 5. Dio C, 40, 59. App., 6. c, 2, 26.
»} Cic, AU., 5, 18, 3. Fam., 8, 4, 1. 3. 4.
♦) Dio C, 40, 58. Plut., Cat. min., 50.
^) Cic, Fam., 8, 4, 1. 4. 15, 7. 8. 9. 12. Dio C, 40, 59. App,, 6. c, 2,26.
«) Cic, Leg., 2, 13, 32, Div., 2, 35, 75. Fam., 15, 8.
•) Suei.,Cxs.,29.
») Cic, SuU., 6, 19. Fam., 15, 7.
•) Cf. Cic, Fam., 4, 9, 2.
•0) Suet., Caes., 27.
") Cic,Fam.,8, 4, 4.
•«) Cic, Fam., 8, 4, 1.
«») Cic, Fam., 8. 9,5.
«*) Cic,. Fam.,8, 9, 2.
Ldrniiaéâs pour le 1" août ' ; les ennemis de César ne furent pa« très heureux, et l'ami de Caton, M. Favonius, échoua *. Parmi les élus nous trouvons C. Tilius Rufua, C. Curtius Pedvcseanus ', il faut y ajouter probablement Livius Drusus* : ces préteurs ne semblent pas avoir joué un rôle politique bien marqué. Aux élections d'édiles curules, le parti de Pompée eut à enregistrer l'échec de C. Lucilius flirrus ; les élus, M. Cselius Rufus et M. Octavius *, étaient des optimates adversaires de César ' ,
On continua la série des procès qui avaient pour résultat de déconsidérer le parti des optimates. C. Claudius Pulcher fut accusé de concussion, pour son administration d'Asie'; M. Vaiérius Messala, le consul de 53, accusé de brigue, fut défendu par Q. Hortensius, et acquitté à une faible majorité'; mais on l'accusa de nouveau en vertu de la loi Licinia de sodaliciis, il fu t condamné *. En septembre il y avait plusieurs procès importants en cours d'instruction".
Le sénat fut obligé de s'occuper des dettes. Il remit en vigueur l'édit de Lucullus (voir page 226] portant que l'intérêt légal était de 12 0/0 [centesima usurx) " ; dans le cas où les intérêts ne seraient pas payés, on n'aurait pas le droit de réclamer les intérêts des intérêts. Les créanciers furent satisfaits, l'intérêt ét^t fixé à un taux très élevé; mais il y avait à craindre les réclamations des débiteurs qui, de plus en plus gênés, pouvaient être amenés à demander la suppression d'une partie de leurs dettes, novs labulw ".
') Cic, Pam.,8, A, 3.
*) Cîc, tant., 8, 9,5.
') Cic, Fam., 13, 58.59.
') Cf. Cic, ham., 8, 14, 4.
>}Cr. Cic, Pam,, 3, 4, 1.
«) Cic, FdfB., 8, 2, 2. 8,3, 1, 8, 4,3.8,9, 1.2.9, 1, 2, [10, 1.2, II, 2, AH., 5, 21, 5. 6, 1,21.
■>) Cic,Paro., 8,8,2. 11,22.
>) Cic, Film., 8, 2, 1, Cf. AU., 5, 12, 2. Brut., 96, 323. Val. Max., 5, 9, 2.
•) Cic, Pam., 8, 4, 1.
"») Cic, Fam., 8, 8, 1-3.
") Cf. Cic, Pam., 5, 6, 2. AU., 4, 15, 7. aiQ. ft.. 3, 15 B, 4.
'») Cic, AH., 5, 21, 13;cr. 5,21, 11. 6, 1,5.6,2, 7.6,3,5.
432 LA DISSOLUTION DE LÀ RÉPUBLIQUE [lY, 19
Le sénat avait déjà donné de nombreuses preuves de son incapacité à diriger les affaires politiques étrangères; il en donna un exemple nouveau quand, en octobre ou en novembre, on apprit d'Orient que les Parthes menaçaient encore les provinces de Tempire. C. Cassius Longinus, questeur de Crassus, avait eu le gouvernement de la Syrie après la mort de ce dernier; on n'envoya pas de nouveau gouverneur, Cassius était encore en fonction en 52, et eut Toccasion de repousser cette année une incursion des Parthes ^ £n mars 51 le sénat décida enfin que les deux provinces de Syrie et de Cilicie (la Cilicie avait alors pour gouverneur Appius Claudius) également menacées par lesParlhes, seraient gouvernées par des consulaires dont les pouvoirs dureraient un an (un an exactement à partir du jour de Tenlréo en fonction) ; on tira au sort parmi les consulaires qui n'avaient pas encore gouverné de provinces; le sort désigna M. GalpurniusBibuIus pour la Syrie, Tullius Cicéron pour la Cilicie '. Bien que les deux provinces tussent menacées d'une invasion des Parthes, le consul Rufus refusa d'autoriser par un séiiatus-consulte les deux gouverneurs à lever des troupes en Italie pour renforcer leur armée provinciale'. Avant l'arrivée de Bibulus, qui, par suite de ce refus, voyagea à petites journées *, Cassius dut repousser les Parthes qui s'étaient avancés jftsqu'à Antioche, il les battit encore une fois en septembre '. Cicéron lui non plus ne se pressa pas *; il arriva cependant dans sa province plus tôt que Bibulus, le dernier jour de juillet \ Aidé des
*) Liv., ep., 108. Dio C, 40, 28. Jos., ont. Jud., 14, 7, 3. 6. Jud , 1, 8,9. Aur. Vict., Ftr. i7/., 83.
«) Cic, Fam., 15, 9, 2. 15, 14, 5. 3, 2, 1. 2. 2, 15, 4. 2, 13, 3. 13, G7, 1. AU., 6, 6, 3. 6, 4, 1. Plut., Cic, 36.
») Cic. ,Fam., 3, 3, 1. 15, 1, 4; cf. AU,, 5, 4,2.
*) Cic, AU., 5, 16, 4. 5, 18, 1. 5, 20, 4. 5, 21, 2. Fam,, 15, 1, 1. 15, 3 2. 2 10 2.
'») Cic., Ait., 5, 18, \. 5, 20, 3. 5, 21, 2. Fam., 2, 10, 2. 15, 4, 7. 15. 14, 3. Cf. 3, 8, 10. PAi7., It, 14, 35. Dio C. , 40, 28. Vell., 2, 46. Front.. StraL, 2, 5, 35. Gros., 6, 13. Eutr., 6, 18. Aur. Vict., Vir. Ul., 83. Jos., ant. Jud., 14, 7, 3. b. Jud., 1, 8, 9.
•) Cic, AU., 5, 1-15 ; cf. Fam., 8, 1, 4.
'') Cic, AU., 5, 15, 1. 5, 20, 1. 5, 21, 9, Fam.. 15, 2. 15, 4, 2. 3, 5,4.
conseils militaires de son frère Quintus ^ et de G. Pomptinus, ses lieutenants S il entreprit une campagne dans le Taurus, et seconda ainsi les opérations de Cassius; le 17 septembre ou quelques jours après, il écrivit de Cybistra au sénat pour annoncer l'invasion des Parthes ^ ; à ce moment Cicéron ne savait pas encore que Cassius avait remporté une victoire. La lettre de Cicéron arriva à Rome en même temps qu*un rapport de Cassius annonçant la défaite des Parthes. On a remarqué que ce rapport parvint à Rome avec une singulière rapidité, il aurait été lu au sénat le 7 octobre. On ne s'inquiéta pas de la situation : on prit Cicéron pour un pessimiste, on crut que Cassius avait exagéré l'importance de Tinvasion, pour se faire valoir. En novembre on reçut de nouveaux rapports plus complets de Cassius et du roi Déjotarus; on dut reconnaître que les frontières étaient sérieusement menacées*, il fallut aviser. Certains demandaient que Pompée fût envoyé CQ Orient, d'autres prétendaient que la présence de Pompée était nécessaire à Rome. On parla de César, des consuls. Les consuls refusèrent en invoquant la loi de Pompée sur les provinces; ils avaient d'ailleurs compris que s'ils acceptaient^ Pompée serait ensuite chargé de diriger l'expédition; finalement ils basèrent leur refus sur le sénatus-consulte du dernier jour de septembre ^ En réalité le sénat ne fit rien pour empêcher cette invasion de dégénérer en désastre pour l'empire.
Dès le milieu de l'hiver César s'était remis en campagne pour achever la soumission des révoltes gauloises. A Rome on ne parlait que des grandes pertes qu'il avait éprouvées'; pendant ce tempsil soumettait lesBellovaques avecleurs chefs Correus et Commius ; il battait Drappes et Lucterius, prenait Uxellodunum, et parcourait l'Aquitaine complètement soumise \
0 Cf. Cœs ,B. G., 7, 90.
«) Cic, AU., 571 . 5, 10, 5. 5, 20, 5. 5, 11, 4. Fam., 3, 3, 2. ») Cic, Fam., 15, 1. AU,, 5, 18, i. C\. Cic, Fam., 15, 2, 3. *j Cic, Fam., 8, 10, 1; cf. AU., 6, 1, 14. ») Cic, Fam., 8, 10, 2 ; cf. AU., 5, i8, 1. 5, 21, 3. 6, 1, 3. 14. «) Cic. Fam., 8, 1, 4.
^) Cœs., B. G., S, 2-48. Dio C. 40, 42. Liv., ep., 108. Oros., 6, 11. Cf. Sali.,Hw^, 1,8.
Il ne prévoyait plus de campagne sérieuse pour Tannée oO ; il aurait donc pu remettre les Gaules à un nouveau gouverneur le !•' mars 49, revenir à Rome avec son armée pour célébrer son triomphe^ et briguer son consulat de 48 dans les conditions ordinaires ^ Mais les considérations que nous avons rapportées plus haut, les discussions du sénat au sujet de Novum Comum et des provinces, les aveux de Pompée avertissant les Gaulois que César ne passerait plus qu'un été chez eux, celui de 50 *, les menaces de Gaton annonçant qu'il poursuivrait César quand il aurait abandonné le commandement de son armée» la perspective de se voir condamner par un tribunal qui siégerait sous la protection des soldats de Pompée ', toutes ces raisons décidèrent César à garder ses pouvoirs proconsulaires jusqu'au moment où il prendrait possession de son second consulat ^.
César pouvait compter sur le consul L. iEmilius Paulus, il n'avait pas besoin de l'acheter % il savait qu'il ne ferait rien contre lui. Quand on avait discuté au sénat l'envoi des consuls en Orient contre les Parthes, et que l'on avait invoqué la loi de Pompée pour empêcher leur nomination , L. ^Emilius Paulus, alors consul désigné, avait déclaré qu'il n'obéirait pas à cette loi et prendrait le commandement d'une province en sortant du consulat ^ Mais César comprit que le tribun C. Scribonius Curio, dont il ne s'était pas encore occupé^, pouvait lui susciter des embarras sérieux. C'était un homme capable ', mais léger * et criblé de dettes ^" , un nouveau Clodius, que Curio avait d'ailleurs soutenu lors de son procès pour inceste ", et dont il avait épousé la veuve Fulvia" ; César paya
') Dio C, 40, 44. Cf. Cic, fam.^ 8, 8, 9, ut aui maneat atU si designari poterit decedat, ») Cœs., B. G.y 8, 39.
«) Suet., C»5., 30. Cf. Plut., Caes., 46. Cat. min,, 51. *) Dio C, 40, 60. Cf. Cic, Pam., 8, 14, 2. «) Suet., Cœs., 29. App., b. c, 2, 26. Plut., Pomp., 58, Cœs., 29. «) Cic, Pam., 8, 10, 3 ; cf. AU., 6, 1, 7. •
') Cic, Pam., 8, 4, 2, •) Cic, Bra^,81,280.
•) Cic, PhU., 8, 14. 2, 18. AU., 10, 9, 6. «0) Val. Max., 9, 1,6.
»«j CicoiU/., 1,14,5.
") Cic,PAt/., 2, 5, n.
ses dettes, lui fit les plus belles promesses, et le gagna cdnsi à sa cause sans bruits Après la campagne de SI, César eut bien soin de ne pas venir dans la Cisalpine ', de sorte que l'on ne se douta de rien à Rome ; on continua h considérer Curio comme un des plus violents adversaires de César*.
Dès son entrée en fonctions, le 10 décembre 51, Curio
affecta de commencer une campagne contre César ; il avait
toute la confiance des pompéiens, il en profita pour se faire
communiquer leurs projets contre César*. Il présenta diverses
rogations ; les unes étaient dirigées contre César, les autres
attaquaient les optimates; il comptait que ces derniers le
combattraient , il en profiterait pour affecter une grande
colère et combattre à son tour les propositions qui avaient
déjà été présentées et le seraient encore contre César par