IV. 31 LE TRÏBUNAT DE C. SEMPRONIUS GRACCHUS
d'armes de P. Scipion Emilien devant Carthage*; pendant son tribunal, il avait suivi les conseils et appliqué les idées politiques de son ancien chef*; il était le beau- fils de C. La-lius' ; C. espérait qu'il ne manquerait pas de prêter aux réformes l'appui de son autorité consulaire.
Après les élections *, avant d'entrer dans son second Iribunat, C. s'occupa de faire exécuter le sénatus-consulte sur les colonies. Il proposa lui-même au peuple rétablissement de plusieurs colonies*, à Tarcnte, à Capoue®, à Scylacium^; son collègue Rubrius demanda la fondation d'une colonie à Car- Ihagc •; pour la première fois on proposait d'établir une colonie de citoyens en dehors de l'Italie'. Il est certain que les décrets favorables du sénat et du peuple furent rendus en 123*", mais rétablissement [dedactio) n'eut lieu que Tannée suivante »*. Les colonies devaient être 'des colonies de citoyens; C toujours préoccupé des intérêts de la population italiote, admit les Italiens à prendre part à leur peuplement; par le fait même ils deviendraient citoyens**. Les Italiens furent très satisfaits. Il fallut donner quelque dédommagement aux citoyens : Cm malgré une disposition de la loi de Ti. reproduite dans la sienne de 123, profita de l'établissement d'une colonie à Capoue pour entamer Vager campanus et le distribuer aux citoyens pauvres.
Pendant son premier tribunal*', C. dut présenter aussi une
les noms de C. Fannius. Cic, a dû se tromper, voir Mommsen, I, L. A», p. 15^.
'i Plut., Ti.Gr., 4.
«) <:ic., Biut,, 20, 99, 100; ci.A«/c., 16, 13 C. 2.
') App., /6., 67. Cic, ad Aitic, 12, 5, 3. La?/., 1, 3. de Rep.y 1, \2. IS.
•) Plut.,r. (îr.,8. Liv., ep. 60.
-; Liv., €p, 60.
•) Plut., r. Gr., 8. Aur. Vict., Vir. i//., 65. ■y Vell.,1, ib.
*) Plut., r. Gr.,10. Uxrep., 22. I. L. A., p. 59. Lexag., 59. F. L. A-, p. 83.
') Vell., 2,7[15].
") Vell., 1, 15. Eutrop., 4, 21. Gros., 5, 12.
") Plut., C. Gr., 8. 11. App., 6. c, 1, 24. Liv.,ep. 60.
"; Plul., C. Gr., 8. Cf. App., h. c, 1, 24.
») Liv., ep. 60. PJut., C. Gr.,5.
44 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIQUE [iV, 3
lex judiciaria, ou du moins une première rédaction beaucoup plus modérée que celle de 122 *. On sait que le sénat étendait sa juridiction sur toutes les questions financières de la république'; il avait ainsi une grande autorité sur les riches propriétaires, et par là même sur tous les citoyens. C. avait essayé d'affaiblir ce moyen d'action par la loi sur TAsie. De plus le sénat, et c'était la grande raison de son pouvoir, fournissait seul des juges aux tribunaux : Talbum du sénat était aussi Talbum des juges, non seulement pour les tribunaux civils, mais aussi pour les tribunaux extraordinaires [qiiœstiones extraordinariœ) et pour la quœstio perpétua établie en 149. C. voulut faire disparaître ce privilège du sénat, et substituer à une oligarchie de fait une vraie démocratie*; avec la démocratie seule il pourrait poursuivre la réalisation de ses réformes, surtout de la loi agraire et des autres lois qui s'y rai" tachaient. Il crut qu'une demi-mesure suffirait, qu'il atteindrait son but en faisant inscrire sur l'album des juges un nombre de chevaliers égal à celui des sénateurs : l'album comprendrait 300 sénateurs et 300 chevaliers*. La proposition eut les sympathies des capitalistes, inquiétés auparavant par plusieurs dispositions de la loi sur l'Asie; mais le sénat fut froissé : on ébranlait une des bases sur lesquelles reposait le gouvernement des nobles. Alors C. voulut punir le sénat qui n'avait pas répondu à ses offres de conciliation, il chercha son appui dans Tordre des chevaliers. Au début de son second tribunat, il proposa une loi beaucoup plus dure pour le sénat; les sénateurs devaient être exclus des tribunaux, et remplacés par les chevaliers'. Le principal argument invoqué par C. fut la corruption des sénateurs, devenue scandaleuse dans les procès récents de L. Aurelius Cotta et de M. Aquillius^ Le sénat, pour sauver
») App., b» c, 1, 22.
') Pour Polybe (G, 13. 14. 15. 17) la compétence financière du sénat est la cause principale de sa haute situation dans l'Ëtat. [N. D. T.]
») Diod., 3i, 48. Cf. Plut., i\ Gr., 5.
*) Plut., i\ Gr.j 5. Liv., ep. 60. parle de 600 chevaliers, mais le passage très confus ne fait pas autorité.
») App.,6.c., 1, 22. Diod., Si, 48. Vell., 2, 6. 32. Tac, Ann., 12,60. FI., 3, 13. 17. Ps. Ascon., p. 103. 145.
•) App., b. c, 1, 22, et voir plus haut, tome II, page 28.