I, 6] LES RÉFORMES DE TAHQUIN ET DE SÈRVIUS TULLIUS
de ]a religion, le moins accessible aux changements. A ce point de yub, elle se lie évidemment à la fondation du culte du Capitole; il faut en parler dans notre histoire politique parce que ce collège a, comme ceux des Féciaux', des Augures- et des Pontifes % une importance politique, et qu'il acquit dans rÉtat une influence et une considération très supérieures à celles dos Féciaux.
Les oracles sibyllins contenus dans trois livres ou dans un seul seraient, d'après une légende célèbre confirmée par Virgile, venus de Cumes à Rome* sous Tarquin l'Ancien % Tarquin le Superbe'' ou les consuls'. Les (/ens\([e Cumes n'avaient pas de
') Les féciaux {fctiales) s'occupent du droit international ; leur nom vient de ftets (cf. fat-eri, fa-ri, fus) ; fetialis veut donc dire orateur. Ils formaient un collège de vingt membres, chargé de faire respecter le droit international. Mais ce collège devait être saisi des questions par l'autorité séculière. La soumission des vaincus (deditio), les traités (fœdus), les déclarations de guerre (indictio helli) étaient de son ressort. \}n pater patralus était désigné parmi les féciaux (voir page 40). [N. D. T.]
-) Les augures {augures ptiblici populi Bomani Quiritiuin) interprètent les signes et auspices envoyés par Jupiter. Ils forment un collège de six membres. Tous les actes, toutes les résolutions publiques des Romains devaient recevoir l'approbation des dieux. L'importance politique des interprètes fut grande : ils en vinrent à décider de la légalité des actes contestés, par exemple, lors de l'élection des magistrats. [iN, D. T.]
^) Le collège des pontifes est le plus important des collèges sacerdotaux de Rome; la nomination des prêtres (Flamines, Vestales), la décision dans beaucoup de questions touchant à la religion (testaments entre autres) appartenaient à son chef le grand pontife {pontifex maximiis) . Il avait sur les prêtres l'autorité paternelle, et de plus la haute main sur le culte et comme conséquence fixait le calendrier en indiquant la date des cérémonies religieuses {quibus diebus sacra ficrent). L'année romaine de trois cent cinquante-cinq jours n'étant d'accord ni avec l'année lunaire, ni avec l'année solaire, il exerçait ce pouvoir en fixant la date de ides (pleine lune), des nones (f"^ quart), des kalendes (i*^"" jour du mois), de même que si actuellement l'autorité religieuse fixait le dimanche. Souverains arbitres du culte, les pontifes acquirent une grande autorité sur le droit puisqu'ils jugeaient de sa conformité avec la volonté divine et les formes consacrées. Le collège des pontifes comprenait six membres ; de même que celui des augures, il fut augmenté l'an 300 avant J.-C. par la loi Ogulnia. Son importance persista jusqu'à l'époque impériale, puisque Auguste crut devoir prendre le titre de souverain pontife. [N. D. T.]
*) Solin., 2, IC). Lyd., dr Mms., i, 3i. Isid.,0/'., 8, 8. Suid., s. v. :Ci;>j/.Xa.
■') Lyd., /. c. Isid.,/. c. Suid., id.
'•') Dion., 4, 62. Gell., 1, 19. Plin., n. h. 13, 27,88.
') Suid., V. llpoqJtXa.
88 LA ROVAITÉ [I, 6
collection originale d'oracles .sybillins', ils avaient celles qui s'étaient piopagées de Gergis au pied de l'Ida, dans la Kyme éolienne, et dans d'autres villesderAsie-Mineure,àErylhrae, dans les îles grecques et enfin dans la métropole et les colonies de l'Italie méridionale. Oncomprend donc que Varron, constatant que la sibylle de Cumesqui paraît dans la légende d'Énée ne pouvait vivre encore au temps de Tarquin le Superbe, ait soutenu que les livres sibyllins de Rome venaient non de Cumes, mais d'Erytliro''; d'autant plus qu'après ladestruction de ces livres dans l'incendie du Capitole au temps de Sylla, on les reconstitua^ en s'adressant non à Cumes, mais aux cités et aux îles grecques de l' Asie-Mineure, notamment à Erytbrce et aux colonies de la Grande-Grèce. Les oracles sibyllins écrits* en hexamètres, contenaient des prophéties sur la race d'Enée qui régnait dans l'Ida. Ils éveillaient ou confirmaient l'idée de l'origine troycnne des Romains, et ceux-ci, s'appliquant les prophéties qui concernaient la race d'Enée, crurent y lire leur avenir. Il semble que sous l'influence des augures et des pontifes les oracles sibyllins aient été reçus et reconnus officiellement". Eu égard à leur haute importance on les enferma dans le sanctuaire" placé au-dessous du temple capitolin '. On les consultait quand un malheur fondait sur la cité ou qu'elle en était menacée; on croyait apprendre par eux quels étaient les dieux irrités contre Rome, et comment on pouvait les apaiser. D'ordinaire il s'ensuivait des fêtes religieuses et l'iii- Iroduction officielle de cultes nouveaux pour apaiser des dieux qui jusque-là n'avaient pas été honorés à Rome. Les oracles étant d'origine grecque, ce sont les cultes de dieux Grecs (Apollon, Latone,Demeter, Esculape, la Ronne Mère de l'Ida, etc.) elles ritesgrecs qui pénétrèrent ainsi à Rome". Les cultes
') Paus., 10, 12.
2) Serv., ad Aon., 6, 36, 72, 321. Myth., 2, 88.
=*) Tac, Ann.. 6, 12. Dion., /i, 62.
*) TibulL, 2, 5, 16.
^) Dion., 4,62. Cic, 'Ir Lerj., 2, 8,. 20. 2, 12, 30.
«) Gell., 1, 19.
'') Dion., i, 62.
'^) Varr., 1, 1.7, 88. Liv., 25, 12.