I, 6] LES RÉFORMES DE TARQUIN ET DE SERVIUS TULLIUS
étrangers dont le principal était celui d'Apollon servirent, comme celui du Capitole, à consolider l'unité religieuse du peuple des patriciens et des plébéiens.
On ne sait par quel procédé on consultait les livres sibyllins, mais comme il y fallait en tout cas des connaissances spéciales, on institua un collège; comme les autres il dépendait de l'autorité séculière. Tarquin le Superbe condamna^ diton, comme parricide un membre du collège qui s'était permis une supercherie \ et, à l'époque républicaine, on ne pouvait consulter les livres sibyllins que sur l'ordre du sénats
L'importance politique des duoviri sacrorum était pourtant grande, car leur décision devait être exécutée sous peine de charger l'Etat d'un nouveau sacrilège. L'institution de fêtes religieuses permettait de suspendre pour un temps les agitations politiques et la consultation des livres sibyllins paraît un moyen de gouvernement aux mains du parti dominant^.
Nous venons d'essayer de déterminer la nature et l'importance des réformes de Tarquin; ce que la tradition nous apprend de la constitution de ServiusTullius* n'est pas moins obscur; les erreurs portent aussi bien sur le but de la constitution entière que sur le sens de ses dispositions particulières; elles sont bien naturelles en un temps oii certaines parties des institutions de Servius avaient continué de se développer tandis que d'autres avaient disparu, de sorte que la constitution n'avait plus qu'une vie apparente. De plus on a rapporté à Servius des développements bien postérieurs résultant de son œuvre. D'ailleurs le fait historique que le tyran Tarquin le Superbe n'appliqua jamais la constitution de Servius TuUius et que cette constitution fut rétablie à son expulsion, mais aussi développée, nous force presque à désespérer de jamais
1) Val, Max., 1. i, 13, Dion., -4, 62.
2) Dion., /, c, Liv.,5, 13, Cic, de Div., 2, 54, 112.
^) Le collège des duoviri sacrorum était, à l'origine, composé de deuxpalriciens nommés par le roi; ils prirent peu à peu pour ce qui concernait le culte des dieux étrangers à Rome, une position et une importance analogue à celledes pontifes en ce qui regardait le culte national. [N. D. T.]
^) Les passages principaux sont : Liv,, 1, 42-44. Dion., 4, 13-26, Cic, de Rep., 2, 22.
=i) Dion., 5,20. Plut. PojjI., 12,
connaître l'œuvre du roiréformalciir sous sa forinc j)riniilive. Sans aller aussi loin queMoninisen, Ihne ot leurs partisans et refusant de laisser de côté les matériaux fournis par les histoiiens, nous nous efforcerons de présenter de la constitution de ServiusTullius une image cohérente dans ses parties et complétée par quelques hypothèses partielles. Le seul contrôle est en somme la vraisemblance qu'il y a à ce que la constitution de Servius telle que nous la retraçons d'après un certain nombre de traits traditionnels, marque une étape de la roule suivie par l'Etat patricien pour arriver à la constitution républicaine des premiers temps.
Il n'y a là qu'une réforme, non une révolution ; car, après l'expulsion de Tarquin le Superbe, l'État en revint à la constitution de Servius comme au seul terrain lég-al qui prêtât à un développement ultérieur, tandis que rien n'eût empêché de se rattacher directement au droit public de l'État patricien, si la constitution de Servius n'eût été intermédiaire et considérée comme l'achèvement légitime de cet Etat patricien.
Tarquin l'Ancien avait essayé de rétablir dans la cité l'équilibre troublé par l'accession de la plèbe, en utilisant les cadres du peuple patricien, Servius Tullius tenta d'écarter le danger permanent ^des nouvelles atteintes à l'équilibre résultant de l'adjonction continuelle de plébéiens nouveaux, en accordant à la plèbe dans l'État romain quelque chose de plus que les droits privés, en l'unissant au peuple patricien par le lien d'une action communo dans la cité. Pour y arriver, il dut d'abord créer ce domaine où patriciens et plébéiens allaient prendre ensemble une part active aux affaires publiques, puis définir la part que chacun y prendrait d'après une règle qui put être appliquée aux deux ordres.
Il y parvint en laissant intacts les droits effectifs du peuple patricien en matière de religion, de famille, (\ege)is,, le droit de participer aux cérémonies religieuses (Jus sao^ontm), la possession des auspices {jus auspiciorum), le droit de mariage entre les génies seules [jus cojiubii), le droit de décider de l'arrogation et de la cooptation, d'établir Tinte rrègne, d'accorder Yaiictoritas patntm, et la lex curiata de imperio. Il ne toucha pas aux principes patriciens dans sa propre sphère.