FONDATION DE LA RÉPUBLIQUE
qu'ils avaient à s'occuper de l'Etat ou bien aussi parce qu'ils consultaient le sénat dont ils dépendirent en fait beaucoup plus que les rois ; ce n'est qu'après l'époque des décemvirset non pas même immédiatement après que consules devint leur nom ordinaire'. On a pu encore les appeler y^/rZ/cé^s' à cause de leurs fonctions judiciaires, mais ce nom n'a jamais dû être usuel.
La nouvelle organisation ne put, à cause des intrigues du parti des Tarquins, arriver sur-le-champ à un état sûr et incontesté. On n'avait d'abord banni que la famille de Tarquin, on fut obligé d'expulser la gejis Tarquinia tout entière \ Cette mesure ferait croire que ïarquin Collatin n'était pas si innocent, et que son abdication du consulat ne fut pas aussi magnanime, que le rapporte la tradition ordinaire. Visiblement cette abdication fut jugée nécessaire parce qu'on ne pouvait le déposer directement. Alors aussi les biens du roi chassé furent confisqués^ et en partie livrés à la plèbe, pour établir l'intérêt qu'elle avait à se détacher de Tarquin. Malgré une amnistie" dont il est question dans Denys, il dut y avoir encore de nombreux bannissements®, car plus tard on voit une troupe d'exilés romains [cohors exulum Roma?iorum) combattre aux côtés des Latins contre Rome'.
L'aristocratie patricienne ne pouvait espérer d'être à l'abri des ennemis extérieurs ou intérieurs que si elle ôtait à la plèbe tout motif de souhaiter le retour de la royauté. Il fallait non seulement faire revivre la constitution de Servius qui existait toujours en droit, maïs étendre les droits du peuple. Cette œuvre se rattache au nom de Q. Valerius Poplicola bien que la tradition en attribue une part à Brutus qui disparut vite de la scène®. La tradition a notamment confondu la série des mesures successives ; sans nul doute la première chose pour
1) Zon., 7, 19, Liv., 3. 55.
2) Cic, de Leg., 3, 3, 8. Liv., 3, 35. Varr., l. l. 6, 88.
3) Liv., 2, 2. Varr. ap. Non. p. 151 G. Cic, de Rep., 2, 31 en contradiction avec lui-même 2, 25 ; cf. Dion., 5, 12.
*) Liv.. 2, 5, ep. 67. Dion., 5, 13.
S) Dion., 5, 13.
<■') Cic, de Rep., 1, 40, 62.
■') Liv., 2, 19; cf. Dion., 5, 22, 6, 5. 7, 2.
S) Liv., 2, 1. Dion., 5, 2, 13; cf. Tac, Ann., Il, 25.
H 8 LUTTE DKS PATRICIENS KT DES PLÉUKIENS [H, 1
faire rovivro la constitution de Servius était un nouveau cens, et pourtant la tradition ne le mentionne qu'en dernier lieu».
Sur P. Yalerius Poplicola' la tradition nous apprend des faits sing'uliers" ; il fut quelque temps seul consul [coiuiil aine collega) et comme tel excita le soupçon de viser à la loyauté» landisque d'autre part il portait des lois restrictives de l'autorité [ijnperium) consulaire.
Il est donc vraisemblable qu'il reçut comme jadis Servius, d'une loi spéciale [curiata de imperio), de pleins pouvoirs pour tenir le cens et tirer l'Etat du désordre où il était d'abord tombé, en ordonnant le droit public selon l'esprit de la constitution de Servius. Cette conception a l'avantage de se rattacher mieux à la tradition que celle qui voudrait que Valorius après la fin d'une prépondérance hypothétique de Tarquin Collalin, eut obtenu, grâce à l'importance de \a(/e?is Valeria, une situation analogue à celle des /Esymnètes qui apparaissent aux époques de troubles dans les cités grecques.
En vertu de sa toute-puissance censoriale, P. Valerius fit un nouveau recensement ^ et ce doit être lui qui étendant le sens du mot«ss?Ww2«, plus restreint apparemment par Servius, à quiconque possédait deux jugères^ constitua la cinquième classe et forma trente nouvelles centuries avec les nombreux plébéiens et clients qui entrèrent alors dans les anciens cadres. Mais malgré les changements survenus dans les rapports entre les diverses catégories de citoyens assidui, il garda le chiffre des centuries établies par Servius pour les quatre premières classes; les comices centuriates restèrent donc aussi aristocratiques que sous Servius; comme on suivit cet exemple en conservant toujours le nombre des centuries, les cortiices centuriates devinrent d'autant plus aristocratiques que le nombre des pauvres augmentait alors que celui des riches diminuait. On ne peut expliquer autrement la prépondérance si longtemps conservée dans les comices centuriates par la
1) Dion, 5, 20. Liv., 2, 9. Plut., Popl., 12.
2) \. L. A., p. 280. V. Valerius Volcii f. PnpUrola.
^) Dion., 5, 19. Zon., 7, i3. Liv., 2, 7 et, 8. Plut., PopL, 10, 11. 4) Dion., 5, 20. Plut., PopL, 12.