LA SECONDE SÉCESSION DE LA PLÈBE ET LES LOIS VALERI.E HORATIJ
Au moment où les décemvirs ne paraissaient préoccupés que de la rédaction des lois, quelques-uns d'entre eux formèrent le projetde renverser la Constitution. Les circonstances étaient on ne peut plus favorables : les décemvirs avaient un imperiiun absolu ; ils étaient populaires, parce qu'ils donnaient enfin à la République ces lois tant réclamées, et surtout parce qu'ils u::aient avec une grande modération de leurs pouvoirs. Ce fut Appius Claudius, le chef de l'orgueilleuse et ambitieuse ye«5 Claudia venue de la Sabine, qui forma le projet de conserver le décemvirat à la tète de l'Etat et de fonder un gouvernement oligarchique'. A. Claudius s'attacha d'abord à concentrer sur lui les sympathies de la plèbe', quand on s'aperçut que les décemvirs ne pourraient pas terminer leur œuvre dans une année, et qu'il faudrait un second décemvirat. Appius Claudius fît toutpour se faire réélire^; président des comices, il viola les usages, d'abord en se faisant nommer', puis en faisant nommer dos plébéiens^. La plèbe fut très flattée ; A. Claudius crut pouvoir justifier sa conduite par un sophisme, en disant que l'élection était une décision du peuple [jussifs p3pidi)j et que la volonté du peuple était la loi suprême [quodcu7nque postremum popidusjitssisset^) .
*) Dion., iO, 54.
-) Liv., 3, 33; Dion., 10, 58.
3) Liv., 3, 35.
*) Liv., /. cit.
S) Liv., 3, 35; 9, 35; Dion., 5, 10 et 58.
«j Cf. Liv., 7, 17.
178 Li ni': j>i;s 1'athi<;ii;.ns i;t ni.s i-lkbkikns [il, •">
11 eslà pL'uprl'Scerlaiii qtielo nouveau déct-niviral (4;)0),uc fut pas investi de ses pouvoirs par les curies sous lafornie de la loi curiate. Les patriciens ne pouvaient pas, sans violer les principes du droit public, accorder leur consentement et confier Vimperiwn aux cinq plébéiens qui étaient entrés dans lo déccnivirat. Toutes les sources sont d'ailleurs d'accord pour considérer le second décemviral (■nmnu' un pouvoir illégal dès l'origino' : son imperiimi venait, non delà loi curiate, mais de l'élection des centuries"-. Le pouvoir de ces nouveaux décemvirs fut encore plus illégal la seconde année de leur gouvernement : ils continuèrent à l'exercer sans faire renouveler leur imperium, sans même se soumettre à une nouvelle élections. Ils furent de véritaldes usurpateurs, comme l'avait été Tarquin le Superbe, comme Scrvius Tullius au début de son règne; avec cette différence cependant qu'on trouvait à l'origine de leur pouvoir un vote populaire, et que tous les reconnaissaient, puisque tous leur obéissaient. Le peuple était persuadé qu'il pouvait se passer sans danger du secours de ses tribuns [auxiliiun tribiinitiuiny : il était garanti parce fait que les décemvirs avaient le droit se faire mutuellement opposition, absolument comme un consul à Tég'ard de son collègue, comme les tribuns à l'égard des consuls %• il y avait cinq plébéiens dans le décemvirat, la plèbe voyait en eux les véritables remplaçants des tribuns; on n'était pas loin d'admettre qu'ils avaient été, par le seul fait de l'élection, investis du pouvoir tribunitien ^
Les décemvirs, quand ils furent en possession du pouvoir, ne tirent aucun mystère de leurs plans tyranniques '^ et oligarchiques®. Pendant le premier décemvirat, un seul des magistrats se faisait précéder des douze licteurs, les neuf autres se
1) Dion., 10, 59; Liv., 3, 3l3.
2) Liv., 3, 40; Dion., 11, 6.
3) Cic, de Eqî., 2. 37; Liv., 9, 34, cf. 3, 30, 9; 3, 38, 1.
4) Liv., 3. 34
5) Dion., 10, 57 et 58.
6) Dion., 11, 6, 30 el 36.
■'j Oral. Claud.,1,33, rcijnuindcècinvlrule; L'w., 3, 38, i. ») Dion., 11, 1.