CHAPITRE SEPTIÈME
LES LOIS LICINIENNES
L'aristocratie plébéienne s'était convaincue de plus en plus dans la période où les consuls et les tribuns consulaires alternaient au pouvoir, que malgré l'affaiblissement de Yijnperium et la puissance des tribuns de la plèbe, elle ne pourrait atteindre par ses seules forces le but qu'elle visait. Pour obtenir la participation au gouvernement il fallait intéresser à sa cause les plébéiens pauvres en leur promettant d'améliorer leur situation économique. Pendant longtemps les plébéiens ricbes, amis des patriciens \ unis avec eux parles mariages mixtes, et ayant obtenu des possessions sur le domaine public, ne prirent pas sérieusement le parti des pauvres. La substitution d'esclaves aux travailleurs libres faisait des progrès constants ; elle a pour symptôme une conjuration d'esclaves découverte et punie en 419°.
Le premier obstacle à toute amélioration notable de la situation, c'était la désunion qui existait dans l'aristocratie plébéienne. Quelques-uns de ses membres continuèrent sans doute toujours leurs tentatives pour alléger la misère des pauvres; cela peut être discerné dans la tradition, peu croyable souvent dans le détail, sur Spurius Mœlius. Chevalier plébéien et sénateur, il fit distribuer du blé lors d'une famine; ces libéralités rejetaient dans l'ombre les etTorts du fonctionnaire spécial, L. Minucius Augurinus, le préfet de l'annone nommé par le sénat. On prêta à Sp. Mœlius des projets tyranniques et il périt victime de sa générosité, assassiné sans jugement (439) par C. Servilius Ahala agissant comme simple particulier ou,
*) Liv., 4, 60.
«) Liv., 4, 45.
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peut-être rommc maître do la cavalerie du diclalciir L. Qiiiactius Cincinnatns nommé contre Mœlius; il scpeni aussi qu'en droit strict la violence de Sorvilius Ahala fût explicable'.
Les tribuns de la plèbe usèrent à maintes reprises de la menace de lois agraires' sans aller jamais plus loin (juela proposition ; il se trouvait d'autres tribuns pour intercéder dans l'intérêt des riches et empêcher le vote', ou bien les auteurs même du projet le laissaient tomber découragés par l'inertie du peuple*. La division des intérêts plébéiens peut seule expliquer l'échec de ces projets agraires, dont le plus important fut présenté en 438 par les tribuns Sp. Mecilius et Metilius"'; il eut suffi, pour leur donner force de loi, de les transformer en plébiscites; le sénat n'aurait pu qu'en empêcher l'exécution.
Tandis que l'élément pauvre de la plèbe n'avait à attendre aucun secours de ses tribuns, le sénat, que nous pouvons considérer dans ces luttes comme l'organe des patriciens, malgré la présence de quelques riches plébéiens % le sénat s'efforçait de gagner ces plébéiens pauvres par la fondation de colonies' , par des assignations sur les parties récemment conquises du domaine*^, et surtout en mettant à la charge du trésor public la solde payée jusque-là par les tribus". On atteignait ainsi indirectement les possesseurs du domaine dont les redevances, sévèrement perçues à partir de ce moment, alimentaient le trésor. La dernière mesure habile et très populaire permit d'admettre au service militaire dans la légion, une partie des prolétaires; cette admission était d'ailleurs commandée par des raisons militaires. Les plébéiens aisés tenus comme avant à payer le tribut, ne gagnaient rien à ce changement dans
') Lh',,4, 13-15; Dion., 12, l-î,ecl,, Kiessling; Zon., 20-, Dior] ,12,37; Plut., Brut.,i.
2) Liv., 4, 12 et 36, 43, 44, 48, 49, 52, 53; 5, 12; 0, 5 et ! I.
8) Liv., 4,48 et 49.
*) Liv., 6, 5.
S) Liv., 4, 48.
") Fest., p. 246,
i Liv., 4, 47; 5, 2i;6, 16 et 21.
«) Liv., 5, 30; Dio.I,, 14, 102; Liv., 6, 21 .
«) Liv., 4, 30; Dion,, 8, 73.