‹ Histoire intérieure de Rome jusqu'a la bataille d'Actium. Tirée des Roemische Alterhümer de L. Lange (volume 2)Chapitre 40 sur 82 · III, 1] ORIGINE ET SITUATION DE LA NOBLESSE · texte numérisé non relu

III, 1] ORIGINE ET SITUATION DE LA NOBLESSE

services publics pour juger les capacités des édiles à remplir les magistratures supérieures, la noblesse par sa faute comme par celle des autres, devint une association oligarchique des plus riches capitalistes, un ordre exclusif par intérêt personnel, qui tenta de s'assurer héréditairement l'administration lucrative de l'Etat, Comme Tarquin le Superbe, les nobles chargés de la tutelle de l'Etat [tutores reipublicc'e) deviennent des maîtres oppressifs [do^niiii) à un degré où même les patriciens n'avaient guère atteint. Le patriciat, institution légale fondée sur la constitution, avait pu être écarté par des voies légales, la noblesse, au contraire, comme la royauté illégitime ne pouvait être renversée que par une révolution; en effet, son usurpation était appuyée non sur l'exercice trop strict de droits constitutionnels, mais sur les circonstances. Mais la noblesse avait si profondément pénétré TEtat dans sa belle époque, que pour la renverser une seule révolution ne suffit pas ; il y fallut une situation révolutionnaire permanente qui se prolongea pendant un siècle entier.

Si nous examinons de plus près la situation de la noblesse vis-à-vis du peuple, nous la trouvons au sommet d'une véritable pyramide sociale; au-dessous s'étagent les couches sociales sur lesquelles elle s'élève. Cette idée de hiérarchie graduée que Servius TuUius avait essayé de réaliser par sa division des classes, l'est ici sous une forme plus grande et proportionnée aux dimensions croissantes de l'Etat.

A l'intérieur de la noblesse, les individus qui ont revêtu eux-mêmes une charge curule forment une élite ; leur position spéciale se reconnaît au costume '; ils portent la tunique laticlave [tnmca latic/ava), vêtement de dessous orné d'une ou deux bandes de pourpre [latus claviis)-; ce costume passa plus tard à tous les sénateurs (mais non à tous les nobles) ; de plus ils avaient une chaussure spéciale [mulleiisY .

Leur situation politique exceptionnelle, qui servait en même temps à consolider l'influence générale de la noblesse, est

1) Liv., 9, 7.

2) Plin., n. h., 9, 39, 63. 136. Hor., Sat., i, 6, 27.

3) Cat., Orig.,1, 7.

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consLaléo par la loi Orinia^ rendue au déhul de colto péiiodo, prol)abloinenl en 3ol ; elle leur accdrdail le druil de siéger et de voler au Sénat. CeUo loi qui onlevail aux consuls la pleine disposition des places devenues vacantes au Sénat, la transférait aux censeurs [lectio senatus)^ avec cette restriction qu'ils seraient obligés d'inscrire comme sénateurs les anciens consuls, préteurs et édiles curules, sauf indig-nité; la force de la noblesse en était très accrue. La censure agrandie aux dépens du consulat devint un organe influent, mais docile de la noblesse; le Sénat où elle siégeait vit son indépendance augmentée à l'encontre des détenteurs annuels dcVùnperiwn. Sans doute ce noyau de la noblesse n'eut pas immédiatement après le vote diila nouvelle loi la majorité dans le Sénat; au début cinq magistrats seulement sortaient tous les ans, et l'ensemble des consulaires, des prétoriens et des anciens édiles n'a pu être très grand [coiisulares, prcTtorii, œdilicit). Cependant ils dominaient la majorité sénatoriale, parce qu'ils avaient à l'intérieur de l'assemblée un rang privilégié, et parce que beaucoup d'autres nobles siégeaient au Sénat. Il va de soi en effet, que les censeurs membres de cette élite et organe de la noblesse attribuaient à des nobles les autres places vacantes, sinon exclusivement, du moins autant que faire se pouvait; et il est inutile de supposer que ces derniers étaient exclus du débat, n'avaient que voix délibérative et non consultative, pour expliquer que le Sénat ait en général adopté les projets de ce noyau de nobles investis des magistratures, que la majorité numérique ait ou non appartenu aux nobles.

Ces modifications dans le recrutement du Sénat quoique conçues dans l'inlérôt de la noblesse ne l'ont pas nettement écartée du peuple. Bien plus elle était attachée au peuple au début de la période que nous étudions, par ce fait qu'il y avait encore beaucoup de sénateurs qui lui étaient étrangers. Cette raison et l'existence de centuries de cavaliers où la noblesse coudoyait le peuple rendaient impossible à ce moment la formation d'un ordre sénatorial [o)xlo senatorius). Ce que l'on appelle alors de ce nom n'est pas une classe sociale, mais bien le Sénat lui-même'. Nous verrons que c'est seulement plus

'-) Liv., 9, 30. 35, 6. 43, 2.

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lard lorsque la noblesse s'empara de plus en plus du Sénat, et que l'opposition populaire grandit en face d'elle qu'il put se développer un ordre sénatorial. Dans la dernière période delà république, il y eut une scission entre cet ordre et celui des chevaliers. Sa constitution ne fut achevée que sous Auguste qui lui donna une forte organisation conforme à la conception monarchique.

Dans le Sénat, il n'y avait pas d'autres relations entre la noblesse et le peuple que celles créées par la présence dans celte assemblée de sénateurs qui n'étaient pas nobles; mais elles étaient bien plus étendues dans les dix-huit centuries de chevaliers [equitum centurÙB) ou de l'ordre équestre, dénomination impropre pour cette époque. Là se rencontraient^ depuis ServiusTullius, nombre de jeunes patriciens [juniores patres) et de plébéiens de la première" classe, et il est naturel que la vie commune en campagne où ils servaient ensemble dans le corps le plus honoré, comme l'exercice commun d'un droit de vote privilégié en temps de paix^ ait développé les sentiments de solidarité entre les citoyens dos deux ordres groupés ensemble dans les centuries équestres [juventutis p)'oceres)\

Le cercle des citoyens réunis dans le service de cavalerie fut élargi au début de la république par P. Yalerius Poplicola; il donna le cheval public [equuspuhlicus) à quatre cents plébéiens pris en dehors des centuries équestres. Sans doute ces quatre cents plébéiens ne participaient pas au privilège de voter les premiers; ils n'en servirent pas moins d'intermédiaires entre les cavaliers et le reste du peuple. Les patriciens avaient déjà utilisé les centuries équestres pour appuyer leur régime; parleur prérogative, par l'influence des quatre cents, ils dominaient des centuries de piétons de la première classe et indirectement tous les comices centuriates. La réunion de jeunes patriciens et de jeunes plébéiens dans les centuries équestres et dans le service de cavalerie avait contribué à la formation d'une noblesse patricio-plébéienne; il est donc clair que la noblesse dont l'intérêt naturel était de diriger les élections de manière à se consolider et à se compléter, trouva plus

') Li\'., 2, 20.

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encoro que le palriciat un poiril d' appui dans les contiirios équestres. L'éJément patricien de la noblesse était rapproché naturellement des autres familles patriciennes tout comme l'élément plébéien des autres riches familles plébéiennes qui pouvaient, grâce à leur fortune et à leurs relations de parenté, espérer l'accès aux magistratures curules et à la noblesse. Aux fds de patriciens étaient réservées les trois centuries doubles des [{amnes, TitieselLuceres, ce qu on a^i^clah les sexsu^ragia; quant aux douze centuries créées par Servius, il dépendait des censeurs d'y admettre outre les fils de familles patriciennes ceux des familles plébéiennes qui appartenaient à la noblesse ou étaient dévoués à ses intérêts. Les trois doubles centuries patriciennes ont dû se rallier à la noblesse patricienne plutôt que défendre les intérêts exclusivement patriciens; les centuries équestres dont les membres non nobles avaient des intérêts analogues à ceux des autres et l'espoir d'arriver aux mag-istralures et à la noblesse se trouvaient donc à la fois le point d'appui et la pépinière de la noblesse'.

Ce caractère fut encore accentué par une mesure dont on peut comparer les effets à ceux que produisit sur le Sénat la loi Ovinirt; elle assura à l'élite de la noblesse et à tous les sénateurs une place dans les centuries équestres. La formation en était remise aux censeurs; il ne fallait donc aucune loi pour leur donner de pleins pouvoirs. Il leur était facile de donner ou de conserver de lustre en lustre le cheval public aux sénateurs nobles ou dévoués à la noblesse. Sans doute on allait ainsi à l'encontre de la destination militaire des centuries équestres qui ne comportait que desjwi/of^es; mais on pourvoyait aux nécessités militaires en soldant des cavaliers (403) ^ de telle sorte qu'il n'y avait pas grand inconvénient à distraire environ 300 cavaliers sur 1,800 du service de la légion \ D'ailleurs beaucoup de sénateurs restaient dans l'armée active, soit comme généraux, soit comme auxiliaires volontaires du général, et. d'autre part, ceux qui ne le faisaient pas

') Liv.. 42, 61.

2) Liv., 5, 7. 12,7 et 41. Polyb., 6, 39. Cf. aussi Liv. 7, 25, où il parle de 3,000 cavaliers levés à la fois. Cf. 9, 19.

3) Liv., 22, 49.

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