‹ Histoire intérieure de Rome jusqu'a la bataille d'Actium. Tirée des Roemische Alterhümer de L. Lange (volume 2)Chapitre 41 sur 82 · III, 1] ORIGTXK ET SITUATION DE LA NOBLESSE · texte numérisé non relu

III, 1] ORIGTXK ET SITUATION DE LA NOBLESSE

ne pouvaient réclamer les subsides accordés par l'Elat {,vs équestre et œs horcleariiimy . La mesure dont nous parlons était bien dans l'esprit de la constitution de Scrvins qui assurait aux hommes âgés une influence prépondérante dans les centuries de fantassins divisées par moitié entre \qs junioi'es et les seniores. On ne pouvait tenter de diviser ainsi les centuries équestres, mais plus l'importance de leur prérogative avait été révélée dans la lutte des deux ordres, plus la noblesse devait désirer les placer sous l'iniluence immédiate des hommes âgés en y inscrivant les sénateurs. Il en résulte que le noyau de nobles qui gouvernait le Sénat était aussi le maître du vote des centuries équestres, avec le double appoint des jeunes nobles patriciens et plébéiens, qui ne siégeaient pas au Sénat, et des sénateurs patriciens et plébéiens qui n'étaient pas nobles. Grâce k la prérogative des centuries équestres, à l'influence des nobles restés en dehors de ces centuries et des chevaliers qui n'étaient pas nobles, il disposait des voix de la première classe.

Ces faits n'ont pu se produire avant le début de notre période, car ils supposent l'existence d'une cavalerie soldée [equis privât is) à côté des centuries équestres, M. Furius Camillus qui établit cette organisation pour des nécessités militaires et qui fixa à dix ans la durée du service de tous les cavaliers sans distinction-, n'a guère pu y soustraire une partie des cavaliers équipés par l'Etat. Par contre^ c'est là une réforme accomplie dès le début de notre période, et probablement appliquée sur-le-champ à tous les sénateurs. Nous apprenons seulement à la fin de cette époque, il est vrai, que les sénateurs votaient dans les centuries équestres^; nous ne pouvons prouver pour le temps de la seconde guerre punique qu'une chose : les sénateurs qui avaient géré une magistrature curule, c'est-à-dire ceux qui formaient le noyau et l'élite de la noblesse , conservaient le cheval de l'Etat [equus publicus)\ même une fois libérés du service; citons en outre

') Cic, de Rep., 4, 2.

2) Plut. C. Gracch. 2. LW. 27, 11. Polvb,, G, 19.

2) Cic, de Rep., 4,2.

*) Liv., 26, 36.

2o2 Li:jiOUVEIi\EMi:NT DR LA NOIÎLKSSF-: [III. I

d'aiilros l(''moignag-os fl'on iirésullc qiio oc clicval t-lail à cr'llc époque ol plus lard possédé par les seniores\ La tendance manifestée par ces règlements est trop évidemment d'accord avec celle de la loi Ovinia pour que nous puissions en reculer beaucoup la date ; l'efTort tenté pour assurer la prépondérance de la noblesse au Sénat cl pour dominer la première classe des citoyens, grâce au rôle donné dans les centuries équestres aux sénateurs , entraîne comme conséquence nécessaire l'extension de la pratique dont nous parlons à tous les sénateurs; on ne peut objecter Je silence des textes, car il est très facile de l'expliquer quand il s'agit d'une époque aussi reculée. En tout ras, il est impossible d'invoquer ce fait que seuls les sénateurs qui avaient rempli des magistratures curules obtinrent le droit de porter comme ornement les plaques d'argent \/jIia- Icrcv) de leurs cbevaiix (à propos de la contribution volontaire levée pendant la seconde guerre punique;-; si nous admettons que tous les sénateurs avaient un cheval fourni par l'Etat^ il résulte seulement de cette assertion de Tite-Live que les autres sénateurs nobles durent rendre l'ornement dont il s'agit, et que les sénateurs non nobles ne portaient pas de phalères d'argent. Quant à aller plus loin et à supposer que, non seulement les sénateurs, mais tous les hommes âgés, nobles ou non, conservaient le cheval de l'Etat, même après qu'ils avaient accompli leurs années de service et n'étaient plus en état de porter les armes, cela est très douteux et aurait été plutôt nuisible aux intérêts des nobles. En effet, les anciens membres des centuries équestres rentrés dans les centuries de piétons de la première classe, y pouvaient être plus utiles à la noblesse, par leur intluence, que dans les précédentes. En outre, cette assertion qui voudrait que tous les hommes âgés {sfi}uores) fussent restés dans les centuiies équestres, est non seulement douteuse, mais formellement controuvée. On sait, en effet, que les chevaliers étaient tous tenus au service actif'; au

') Liv., 29, 37. Val. Max., 2, 9, G. Liv., 39, 4i. 2) Liv., 26, 36. Cf. 22,52.

^) Plut , C. Gracch., 2.

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cours de lagucrre sainiiile', do la première' et de la seconde" guerre puuique ils servirent souvent dans la cavalerie des légions.

Les changements apportés à l'organisation des centuries de chevaliers ne pouvaient, pas plus que les modifications apportées au recrutement du Sénat, créer un antagonisme entre la noblesse et le peuple. Il n'y avait pas de cens plus élevé pour entrer dans les centuries de chevaliers (le census equester des époques ultérieures); légalement il suffisait d'avoir le cens de la première classe '. On y voyait donc figurer à la fois des nobles et des non nobles, dos sénateurs et dos simples citoyens, dos gens riches ou simplement aisés. En dehors de la distinction créée par la noblesse {nobiles en face des ignobiles ou humiles), il n'y en avait encore qu'une seule formellement reconnue, la division toute militaire élnblie par Sorvius en fantassins et cavaliers. On semblait garanti contre le risque de voir celle-ci dégénérer on séparation de caste par ce fait que, lorsqu'ils n'étaient pas sénateurs , les membres âgés des familles dont les jeunes représentants recevaient le cheval public, ces hommes, qui auraient pu subir et propager l'inlluence d'un esprit de corps particulier aux centuries équestres, votaient avec les centuries de la première classe. Il ne pouvait donc pas plus se constituer un ordre équestre qu'un ordre sénatorial ; pour déterminer la formation d'un ordre équestre, il manquait des limites à cet ordre en haut et en bas. Les cavaliers équipés par l'Etat, dans la première classe de Servius, n'étaient pas plus loin du peuple que les citoyens de la première classe ne l'étaient des autres {infra classem), et d'un autre côté les sénateurs étaient chevaliers dans le même sens que les autres chevaliers, et précisément lorsqu'il commença à se former plus tard un ordre équestre distinct du peuple, les sénateurs et leurs fils en firent d'abord partiel

1) Liv., 9, 14.

2) Val. Max., 2, 9, 7.

3) Liv., 27, 11. Cf., 30, 2 et 19.

*) Liv., 39, 19.

S) Liv., 21, 59. Isid., 9, 4, 12. Gell., 3, 18. Fest., ep. p. 7, 41. Cf. Dion., 10, 10.

254 LK GOUVERNKMKNT DE LA NOBLIiSSE [III, {

Toutefois, les relations de la noblesse et du peuple, par l'intermédiaire du Sénat et des centuries équestres, se réduisirent bien vite à des relations avec les citoyens les plus riches de la première classe. La cause en doit être cherchée dans rétablissement d'un service de cavalerie soldé, sans que l'Etat fournît le cheval. Ceci eut lieu en 403, et la conséquence forcée en était la fixation d'un cens {censKs er/itrster) spécial à ceux qui rempliraient ce service ^ Il est probable que le cens équestre était décuple du cens minimum de la première classe. M. Furius Camillus, qui a probablement créé cette organisation et fixé le cens équestre en l'année de sa censure (403), n'eut certainement pas d'autre pensée que d'assurer le service de cavalerie plus complètement que ne l'avait fait P. Yalerius Poplicola. Mais les mesures qu'il prit eurent pour effet l'absorption du groupe intermédiaire créé par Poplicola entre les centuries équestres et les bourgeois de la première classe ; en même temps elle rendit possible, pour les sénateurs, le cumul de leurs droits avec le vote dans les centuries équestres^ ce qui grandit leur influence. Enfin^ c'était préparer la formation d'un ordre équestre en créant une distinction nouvelle , contraire à l'esprit de la constitution de Servius^ entre les citoyens les plus riches de la première classe et le reste du peuple-.

11 est naturel que les hommes qui possédaient le cens équestre, qui, d'après le récit des historiens, s'étaient olïerts de bonne grâce pour le service de cavalerie, aient abandonné complètement le service d'infanterie; ils se sentirent plus voisins des centuries équestres qui groupaient depuis Servius Tullius l'élite de la jeunesse patricienne et plébéienne, que du peuple, quoiqu'ils n'eussent pas obtenu part au droit de vote privilégié qui résultait de la possession du cheval de l'Etat"'- Il est non moins naturel que les censeurs , voulant consolider la position de la noblesse dans le peuple, aient pris de préférence ceux qui possédaient le cens équestre pour compléter

') Liv., 5, 7 el 12.

2) Liv., 27, 11. 3/i, 31.

■■'] Cic, Phil., G, 5, 13. Cf. 7, G, IG.

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