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mais aussi du mariage avec 1ns lil)ros {couuhium) ol du service militaire. Les censeurs, tout puissants pour le groupement en tribus et en classes, restèrent fidèles à ce principe ; ils inscrivirent tous les affranchis , et non seulement les artisans (opifices et sellularii)^ mais ceux d'entre eux qui avaient acquis une propriété foncière, dans les quatre tribus urbaines, et ils exclurent complètement des classes la dernière catég'orie à qui ses propriétés foncières auraient pu en ouvrir l'accès. Aussi Pintluence politique dont ils pouvaient disposer se trouva presque nulle dans les comices tributes et les assemblées de la plèbe, en face des vingt et une tribus de la campagne, et surtout dans les comices centuriates où ils n'avaient d'action que sur les voix des centuries d'artisans et do la centurie des capite censi. Les craintes de la noblesse, non pour sa propre importance, mais pour la santé du développement futur de l'Etat, qui aurait été menacé par une égalité trop vite obtenue des affranchis et des libres , se manifestent dès la loi Manlia par les précautions prises contre un accroissement trop rapide de l'ordre des affranchis.
Toutefois la noblesse,, malgré la probité de sa conduite en cette occasion, ne pouvait supprimer absolument les conséquences fâcheuses qui résultaient pour l'J^ltat de l'existence d'un ordre d'affranchis. Elle ne pouvait sans violence et injustice aller jusqu'aux dernières conséquence de son principe et bannir des tribus de la campagne [tribus riisticœ) et des classes jusqu'aux fils d'affranchis qui eux étaient nés libres'. Il fallut se contenter de les écarter en fait des magistratures, — l'orgueil des plébéiensy suffisait, — et du Sénat, — la censure s'en chargeait. Mais ceci ne suffit pas pour prévenir des conséquences sociales funestes, et éliminer l'intluence démoralisatrice de parvenus aussi intrigants qu'ambitieux; les fils d'affranchis (auxquels on donne à l'origine le nom de Ubertini)' considéraient naturellement l'intérêt des affranchis comme h' leur. La noblesse ne put empêcher non plus certains nobles et certains riches d'augmenter l'ordre des affranchis par dt'
Plut., lliun., 18. Liv. -22, il, Suet., Cl((ud.. 24.
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nombreux alTranchissemciits; la loi MaiiUa n'clail pas un obstacle suflisant, car les relations de l'affranchi avec son patron profil aiiMit trop à ce dernier pour que l'égoïsme des individus ne fut pas en conflit avec l'intérêt de l'ensemble représenté par les conceptions plus saines du Sénat et des censeurs. Enfin, la noblesse ne pouvait empêcher que le patronat exercé par les individus vis-à-vis de leurs propres affranchis ne réagît sur la conception des relations de l'ensemble des patrons et de l'ensemble des affranchis. On commença à se regarder comme une classe de maîtres vis-à-vis d'une classe de sujets. Ceci était d'autant plus naturel que la position sociale des affranchis était, à la discrétion des censeurs, organe de la noblesse.
Ajoutez que le patronat des geiites patriciennes sur leurs clients était très affaibli, mais n'avait pas disparu entièrement. La relation personnelle des individus clients des gentes patriciennes avec leurs patrons prenait de plus en plus, au point de vue juridique, le caractère des relations des individus affranchis avec leurs anciens maîtres ; de même la relation de l'ordre des affranchis (comme le prouve l'expression de cliens Uberti- 71HS qu'on lui applique), avec l'ensemble de leurs anciens maîtres devint analogue aux anciennes relations des clients «'t de l'ensemble des (jentes patriciennes.
Bref, à côté de l'ancienne clientèle, il s'en forma une nouvelle qui fut avec l'ancienne à peu près dans le même rapport que la noblesse vis-à-vis du patriciat. Celte nouvelle clientèle absorba ce qui restait de l'ancienne, comme la noblesse absorba le patriciat. Elle n'était pas aussi nettement séparée de la noblesse que l'ancienne clientèle l'avait été des patriciens ; c'est un des traits caractéristiques de la nauvelle division du peuple. Tandis qu'un client des gentes ne pouvait s'élever au patriciat, un client de la nouvelle époque pouvait devenir noble, en obtenant son élection à une magistrature curule^ Mais c'étaient évidemment des exceptions \ La nouvelle clientèle
-) Plut., iV«>'., T).
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était, à y regarder de prî's, aussi pou uuo clieutèle de race, que la noblesse une arislocralie de race. La partie juridique des relations personnelles entre alîranchis et patron disparaissait à la deuxième g"énération. 3Iais lintluonce de la clientèle patricienne conserva des relations à demi religieuses {jjietas) qui continuèrent à unir les affranchis et le patron de g-énérafion en génération. La clientèle nouvelle se trouvait donc aussi disposée à l'hérédité que la noblesse, et si le gouveinement des nobles finit par se transformer en une domination oppressive et illég^itime, la faute en est pour le moins autant aux tendances servîtes de cette clientèle quasi-héréditaire qu'à Tambition de la noblesse.
Malgré les précautions prises par la noblesse vis-à-vis de la classe sociale des aUrancliis, celle-ci eut par le seul fait de son existence une influence nuisible; les tendances serviles de la clientèle et le patronat de la noblesse ne s'exercèrent pas seulement dans le cercle des affranchis et des clients patriciens, mais gagnèrent du coté des prolétaires, descendants d'ancêtres libres, et atteignirent jusqu'aux citoyens des cinq classes. Les clients patriciens étaient en partie des prolétaires; mais une autre partie, composée de propriétaires fonciers, était répartie dans les classes; de même les fils d'airranchis étaient mélangés aux prolétaires et aux autres citoyens. Il n'est donc pas étonnant que prolétaires et citoyens, groupés en classes aient subi la contagion des tendances serviles de la nouvelle clientèle; il était d'ailleurs naturel que les plébéiens tombés dans la misère ou menacés d'y tomber, vinssent chercher aide et protection auprès des représentants riches et notables de leur ordre. Les prolétaires notamment, apprirent vite à récompenser les attentions de la noblesse pour leurs intérêts matériels, en se considérant comme les protégés des nobles et des riches en général. On peut donc admettre que d'assez bonne heure la noblesse en vint à se regarder comme une classe de maîtres en face des clients, des affranchis et aussi des prolétaires formant avec ceux-ci une catégorie dénommée m/lma plebs ou humiles.
Ces relations qui n'ont rien de blâmable eu soi, ne présentèrent aucun danger sérieux, tant que l'ensemble de la classe des laboureurs y resta étrangère. Les citoyens libres des
20 i !.'•: C.OnVKRN'KUKN'T r>!', L\ NOIiLKSSli: [III, 1
cinq classos, lo no.-an do la cilr, semljlaionl ornnper entre los riches cl les prolétaires une situation indépendante et avoir la mission de tenir la balance entre les tendances oligarchiques en germe dans la noblesse, elles tendances ochlocratiques' en germe dans les groupes alliés des prolétaires et des airranchis. Mais l'existence même de celte classe de paysans était menacée dès l'époque patricienne; ils avaient à subir l'égoïsmo des patriciens ligués déjà avec les riches plébéiens, quand il s'agissait du domaine [ager pubh'ciis), et les causes d'appauvrissement favorisées plutôt que combattues par les patriciens, notamment le service militaire continuel et l'usure.
La noblesse ne pouvait se dissimuler l'importance de la classe de? laboureurs pour la santé de l'Etat, elle était autant préoccupée d'en assurer la vie normale qi^e d'améliorer la condition du prolétariat. Tous deux trouvèrent leur compte à la loi qui valut aux plébéiens nobles l'accès du combat, la loi Lirinia de modo agrorum, de C. Licinius Stolo (367). Elle obligeait, dans l'intérêt des prolétaires surtout, les riches à employer sur leurs vastes domaines .un certain nombre d'hommes libres, à côté des esclaves qu'ils préféraient comme moins coûteux; d'autre part elle stipulait, dans l'intérêt de la classe sociale des laboureurs, que des assignations sur le domaine public augmenteraient le nofnbre des petites propriélés foncières. Maintenir les affranchis dans une situation inférieure, c'était aussi favoriser les paysans qui avaient incontestablement besoin d'être protégés contre la concurrence des affranchis qui s'adonneraient au labourage.
Les efforts de la noblesse pour compléter et augmenter le nombre des paysans sont encore attestés par une augmentation des tribus rustiques; on en créa deux nouvelles en 358. Mais elle ne réussit pas suffisamment, car les dettes des paysans reparaissent sans cesse. La cause en est une évolution naturelle que ne pouvait enrayer totalement la vigilance administrative; si la noblesse envisagée dans son ensemble n'avait pas liérité de l'égoïsme des patriciens, il persistait chez ses membres individuels et chez les autres riches. Alors que la
') L'ochlocratie est la domination fie la foule. IN. D. T.!
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noblesse par riiilemiédiairo de ses organes faisail passer dans les faits et observer la loi Lieinia, le promoteur de la loi n'avait pas bonté de la tourner d une manière sophistique ; d'autres, à plus forte raison, durent essayer d'en annihiler les effets bienfaisants pour les paysans.
Plus le nombre des citoyens indépendants des cinq classes diminua pendant cette période , ou, pour parler plus exactement, plus leur proportion diminua en comparaison du nombre des prolétaires et des alïrancbis, plus s'affaiblit l'intluence des paysans dans l'organisme romain^ plus s'élargit le fossé entre les riches et les prolétaires, et plus il devint naturel que les paysans vinssent peu à peu tomber dans la clientèle nouvelle à côté des anciens clients patriciens , des affranchis et des prolétaires; le mouvement commença par des individus isolés et finit par s'étendre à toute la classe des petits propriétaires qui avaient toujours besoin de la protection du gouvernement ; par contre si quelques-uns réussissaient à s'élever à la richesse et à la noblesse , c'étaient là des exceptions sans portée aucune. Le résultat de cette évolution fut qu'à la fin de la période que nous étudions , non seulement les couches inférieures de la plèbe [in// ma plebs), mais la plèbe en général était dans la clientèle des nobles et des riches; les nobles, avec tous ceux qui dépendaient d'eux, se considéraient non plus comniL^ patrons des pauvres , mais comme souverains [domini) du peuple entier.
Si nous jetons les yeux sur la situation de la noblesse en face du peuple, au commencement de notre période, il ne peut échapper à personne qu'elle la doit aux circonstances plus qu'à la Constitution et à des lois précises. La noblesse ne pouvait donc pas gouverner en employant les attributions formelles des magistratures déjà affaiblies par la politique patricienne ; elle les dépouilla encore plus, et le centre de gravité de son pouvoir fut l'influence effective du Sénat sur les magistrats et le peuple, agissant aussi à l'occasion par les magistrats sur le peuple ou par le peuple sur les magistrats. Nommément , elle dut entretenir ses relations avec le Sénat, les centuries équestres et les riches, d'une part ; de l'autre, avec les prolétaires, les affranchis et les paysans indépendants,
de lellc sorte qu'elle put plier à sa guise la volonté populaire- La noblesse était ainsi pi'évenue de ne pas considérer exclusivement son intérêt^ connne avait fait lepatriciat, mais d'administrer l'État assez bien pour qu'il fût tenu un compte équitabb' des intérêts des diverses couches sociales. Par le seul fait de son apparition , elle a contribué à léconcilier des intérêts contradictoires ; plus tard, elle joua son rôle pendant longtemps avec une merveilleuse liabilelé, réalisa un régime aristocratique plein d'énergie sous une constitution démocratique , tout en opposant aux conséquences inéluctables des modifications sociales une résistance bien moins opiniâtre que celle du patriciat. Il est vrai qu'elle finit par demeurer au-dessous de nécessités chaque jour nouvelles et plus graves, cl par succomber, victime des germes de ruine qu'elle contenait. Ses relations avec les riches la transformèrent en une oligarchie exclusive, fondée sur la naissance et la fortune; les germes de démagogie s'étaient développés de leur côté et arrivaient à maturité en même temps. En cette époque de décadence morale, rien ne put empêcher le gouvernement de devenir une démagogie, la constitution démocratique de se dissoudre au milieu delà confusion créée par l'ochlocratie. Il faut dire pourtant, à l'éloge de la noblesse, qu'elle s'attacha toujours à maintenir le gouvernement du Sénat, utilisant au profit des intérêts conservateurs, la censure dont la force et la considération étaient très accrues, et le tribunal de la plèbe qui pourtant, en principe, était révolutionnaire. Elle recula ainsi une catastrophe dangereuse, permit à la cité de déployer les forces qui dormaient en elle, alluma un patriotisme qui porta très loin l'esprit de sacrifice , dont elle donna , la première, d'éclatants exemples. Cette politique de la noblesse vraiment conservatrice et vraiment libérale tout à la fois, rencontra des sentiments civiques développés à une rade école ; elle fournit un exemple d'une démocratie très modérée, au moins en fait, qui dura deux siècles et témoigna au dehors d'une force qu'on n'est habitué à croire possible que dans les Etats monarchiques.
L'histoire constitutionnelle de cette période ne nous montrera pas de changements aussi profonds à la Constitution
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que ceux accomplis dans la précédoute ; les changements qui se font portent plutôt sur les conditions de la vie matérielle et morale et ne se rattachent pas toujours directement aux événements visibles et aux actes législatifs. D'une façon générale, on peut cependant distinguer trois époques dans celte période ; pendant la première, la noblesse se consolide et affermit sa situation dans la nation (366-300) ; pendant la seconde, son gouvernement est à l'apogée (300-201); pendant la troisième , la rupture se produit entre la noblesse qui visiblement devient oligarchie , et le peuple qui mûrit pour la démag-ogie (204-133).