‹ Histoire intérieure de Rome jusqu'a la bataille d'Actium. Tirée des Roemische Alterhümer de L. Lange (volume 2)Chapitre 44 sur 82 · A TROISIÈME SÉCESSION DE LA PLÈRE ET LES LOIS PURLILI.E PHILONIS · texte numérisé non relu

A TROISIÈME SÉCESSION DE LA PLÈRE ET LES LOIS PURLILI.E PHILONIS

L'arrivée des plébéiens au ronsulat avait fait de la noblesse une aristocratie de fonctionnaires, distincte du patriciat; mais les rivalités ne cessèrent pas sur-le-champ entre les nobles patriciens et les plébéiens qui devenaient leurs égaux. D'un côté , on s'efforça de maintenir dans l'inaction le premier consul plébéien et on ne laissa qu'à contre-cœur les plébéiens obtenir l'édilité curule'; on se réjouit de la défaite du consul plébéien Genucius (362)-; on tenta de refuser au premier dictateur plébéien C. Marcius Rutilus (3o6) les moyens de faire la guerre", et l'on lit les derniers efforts ])0ur empêcher l'élection du même Rutilus à la censure (351) '; ce fut d'ailleurs en vain. On alla plus loin, et, violant ouvertement la loi Licinia, on élut deux consuls patriciens dans les années 3oo-', Soi*"', 333 ', 35P, 349% 345'% 343'\ Ceci n'aurait guère été possible sans la multiplicité des candidats plébéiens ; ils s'empêchaient les uns les autres de réussir, comme il était arrivé précédemment pour les élections au tribunat consulaire. Des plébéiens voyaient la faute que l'on commettait, sans arrivera l'empêcher complètement. Dès 3o8 , le tribun C. Pœtilius fit

^) Liv., 7, 1.

2) Liv., 7, 0.

S) Liv., 7, 17 et 18.

«) Liv., 7, 18.

■) Liv., 7, 19.

8) Liv., 7, 22.

?) Liv., 7, 24.

10) Liv., 7, 28.

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passer, avec rassenliment du Sériai, im plébiscite sur la brigue {de a ml) il u) pour modérer l'ambitiou des bommes nouveaux, dircctemunt nuisible à la noblesse plébéienne; non contents de poser leur candidature à Rome, ils se rendaient sur les marelles et les places publiques de la campagne [nundime et conciliabulœ) pour gagner les voix de cette partie des citoyens'. Le Sénat appuya la loi ; il en ressort que les nobles patriciens aussi la tenaient pour.bonne non sans raison, car ils pouvaient craindre de voir les candidats patriciens recourir à des procédés analogues ; en dernière analyse , l'autorité du gouvernement sur le peuple en aurait souffert. Celte loi fut peu efficace ; les succès électoraux des patriciens dans les années suivantes, el les mentions fréquentes de factions i factloiies et coitiones) dans la noblesse-, le prouvent.

Mais ce qui a le plus gêné le mouvement ascendant de la noblesse plébéienne, c'est qu'elle ne s'occupait pas assez de soulager la misère des plébéiens pauvres. Au lieu de poursuivre dans le sens de la loi Licinia, elle laissa les individus l'enfreindre ; au lieu de recourir à des mesures rigoureuses, elle se contenta de punitions modérées contre les transgresseurs. Nous entendons bien parler de l'organisation d'un festin pour les dieux [lectistemium], atin d'écarter la peste qui avait éclaté en 363; on jugea aussi nécessaire d'instituer des jeux [liali scetiici) avec des bistrions étrusques^; ou encore de nommer en 363 un dictateur pour accomplir une cérémonie religieuse [diclator clavis figendi causa)'; mais il n'est pas question de mesures atin de parer à la misère, certainement aggravée par la peste, hn contraire, les plébéiens riclies paraissent avoir profilé de cette misère tout comme les patriciens, pour prêter aux pauvres à un taux démesurément usuraire. Telle est probablement la cause pour laquelle la plèbe était si mal disposée en 3o9 qu'on craignait une émeute [seditiof. Le consul plébéien M. Popilius Lœnas

•) Liv., 7, 15.

2) Liv., 7, 32, 9, 26.

3) Liv., 7, 2. Val. Max., 2, i, i. Oros., o, 4. ') Liv., 7, 3.

^) Liv., 7, 12.

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réussit encore à calmer les esprits; on était du rcsie sous l'impression d'un danger de guerre menaçant'; mais pour prévenir le retour de pareils mécontenlements, on crut suffisant de renforcer la loi des Xlt tables sur Tinlérèt légal de 8 1/3 0/0 pour 10 mois {fenus iinciariam). Les tribuns M. Dullius et L. Meneniusy arrivèrent par un plébiscite- qui ne fut nullement l)ien accueilli par la noblesse; peut-être (d)tinront-ils ce résultat en imposant aux usuriers la restitution au (juadruple [pœna quadruplif. On ne se décida à faire plus qu'au moment où la misère créée par les dettes atteignit son apogée '", pendant trois consulats purement patriciens (3-').i- 353), et lorsque la noblesse plébéienne se sentit ouvertement lésée par l'usurpation des patriciens. Les patriciens efTrayés de la coalition des plébéiens nobles et pauvres, laissèrent élire pour 3o2, un consul plébéien, G. Marins Rutilus ; l'élu qui avait un collègue bien disposé pour la plèbe, P. Yalerius Poplicola , fit instituer, par une loi volée, semblc-t-il, en comices tributes , une commission cbargée d'abolir les dettes {quinqueviri mensarii) ; lorsque les débiteurs oilraient à l'Etat une garantie suffisante , on obligea les créanciers à céder leur créance à l'Etat qui les désintéressa; dans d'autres cas, les créanciers durent accepter en paiement, au lieu de capital mobilier, des terres, à un prix fixé officiellement^.

Il est possible qu'il faille joindre à ces décisions une loi Marcia de fetwrc accordant le droit de sévir [nianus injectiof contre les préteurs (/eueratores) qui réclamaient des intérêts usuraires ; en tout cas, ce consulat de G. Marcius Rutilus parut très bienfaisant aux plébéiens endettés, et valut à la noblesse plébéienne, dès 351, une part à la censure, pour le cens nouveau rendu nécessaire par les modifications survenues dans beaucoup de fortunes. Les grands services de G. Marcius Rutilus, déjà deux fois consul et dictateur", lui assurèrent la

1) Cic, Brut,, 14, 50.

2) Liv.. 7, 16.

3) Cic, de rep. prœf. cf Ps. Asco p. 110. n. *) Liv., 7, 19.

«) Liv., 7, 21.

G) Gai., i, 23.

'') Liv., 7, 22.

censure malgré la concurrence d'autres plébéiens et la tentative des patriciens pour refuser Y auctoritas patrum ^ indispensable même pour la loi ccnluriate de potestate censoria.

La haute importance de la censure faisait de cotte élection un succès beaucoup plus considérable pour les plébéiens que leur arrivée <à la dictature, et il est d'autant plus regrettable do voir la sollicitude de la noblesse plébéienne pour les pauvres diminuer aussitôt, La loi de C. Marcius Rutilus a bien éteint une grande partie des dettes existantes, mais elle n'améliorait pas la situation économique de ceux qui se libéraient en abandonnant leur champ, et ne supprimait pas les causes d'appauvrissement. Il fallut une nouvelle recrudescence de misère, provoquée par la peste de 348', pour qu'on se. décidât, en 347, à réduire le taux légal de l'intérêt à 4 1/6 0/0 pour 10 mois [fenus semunciarium) et à organiser le paiement des dettes en quatre termes, le premier payable sur-le-champ, les autres échelonnés d'année en année'. Cette mesure ressemble tellement à l'article do la loi Licinia de œre alieno, qu'il faut peut-être admettre que dès ce moment, on avait abaissé à moitié le taux de l'intérêt et déduit du capital de la dette la partie des intérêts déjà payés qui dépassait ce que le débiteur aurait du verser d'après le taux nouvellement établi". Ces ressemblances permettent d'affirmer que les décisions de 347, comme les autres , furent prises sur l'initiative des tribuns et votées par plébiscite'. C'est probablement alors, et non en 337 , qu'on imposa une forte amende {multa) à quiconque passerait outre à celte interdiction de l'usure ; dorénavant, l'usurier [fenerator] s'exposait à une poursuite criminelle intentée par l'Etat, outre le procès civil que lui intenterait sou débiteur. Mais ce plébiscite de fenore remmciario ne fut pas d'un secours bien prolongé contre les usuriers ; dès 344 , les Annales signalent un grand nombre de poursuites sévères dirigés par les édiles contre les usuriers' ; l'appauvrissement de la plèbe continuait donc.

') Liv.,7, 27. cf. [, L. A,, p. 28G.

2) Liv,, 7,27.

^) Liv. , 6, 35.

^) Tac, Ann., 6, 16.

^) Liv., 7, 28.

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