‹ Histoire intérieure de Rome jusqu'a la bataille d'Actium. Tirée des Roemische Alterhümer de L. Lange (volume 2)Chapitre 46 sur 82 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

l'extension de la domination R03IAINE ET SES CONSÉQUENCES POUR LA NOBLESSE ET LE PEUPLE.

Pendant la période de 510 à 367 l'extension de la domination romaine avait été insignifiante. Au début, vers 498 semble-t-il, on organisa les vingt tribus, auxquelles vint s'ajouter, probablement en 493, une vingt et unième tribu [Crustumerina) constituée sur le territoire conquis de Grustumerium. Plus tard encore, certains territoires dont la possession paraissait assurée, et qui devaient être incorporés à l'Etat romain, furent attribués à l'une ou l'autre des vingt et une tribus; ainsi avait-on fait dès l'époque royale, puisque la colonie d'Ostia appartenait à la tribu Palatine. Les propriétaires fonciers établis sur ce territoire étaient, soit des citoyens romains auxquels l'on avait assigné des lots dans la région, soit les habitants primitifs qui devenaient citoyens quand on attribuait ces territoires aux tribus existantes '. L'accroissement de territoire et d'hommes qui en était résulté avait été insignifiant. Ce n'est qu'après les victoires remportées par M. Furius Camillus sur les Étrusques et les Yolsques, que le domaine assuré aux conquérants se trouva assez grande le nombre des nouveaux citoyens à inscrire assez considérable , pour qu'au cens de 387 on créât quatre nouvelles tribus rustiques'; comme on avait fait pour la tribu Crustumerine on les dénomma d'après les localités qu'elles renfermaient : Stellatina, Tromentina^ Sahatina^ Arniensis^ .

1) Liv., 4,3.

2) Liv., 6, 4 et 5.

3) Liv., 6, 5.

29 i LE r.OITVERNE.MEXT DK LA NOBLESSE [III, 3

La forco croissanto de TElal romain , altostéo par ces acquisitions de terres et d'iiabitanls, l'est encore mieux par la situation qu'il prend à la tête de la confédération romanolatiue et par l'hégémonie qu'il exploite à son prolit.

Rome avait noué des relations avec la vieille confédération latine après la destruction d'Albe la Longue, au temps de ServiusTullius; son hégémonie etfective s'était déjà affirmée sous Tarquin le Superbe. Le lien rompu au début de la république fut renoué par le consul Sp. Cassius Vescellinus (ou Vecellinus) en 493 '. Le traité reconnaissait une égalité parfaite des Romains d'une part, de la confédération latine d'autre part*; il contenait par exemple l'octroi réciproque du droit de commerce [jus commercii) impliquant le droit de s'établir comme citoyen dans l'État allié; il concédait même le droit de mariag'e [jus conuhii) naturellement avec les reslriclions comportées par la situation relative de l'aristocratie et de la plèbe. Denys d'ilalicarnasse, dominé par le souvenir des institutions grecques analogues'"', parle à ce propos d'l7o-cA'-e'!a '. Ainsi se développa bientôt de nouveau une hégémonie de fait exercée par Rome. La cause en est dans les circonstances; Rome, État unique, traitait sur le pied d'égalité avec la ligue latine elles cités qui la composaient; elle était autrement importante en droit que chaque État d'une ligue désunie; en fait elle était plus puissante que la ligue réduite à ses seules forces. L'accession des Herniques au traité comme (roisième membre de l'alliance, réalisée 'dès 486 par le môme Sp. Cassius Yiscellinus", amoindrit encore la situation des Latins en face de Rome. La cause décisive pour l'établissement de l'hégémonie romaine, fut la lutte victorieuse soutenue par Rome contre les Sabins, les Éques, les Volsques et les Étrusques. Tandis que la confédération latine et les Herniques devenaient de plus ou ])Ius impuissants à résister aux Éques et aux Volsques , Rome prit l'habitude de dicter les traités qu'elle concluait (par

1) Liv., 2, 22 et 23. Dion., 6, 21 et 95. Cic. Balb., 23, 53.

-) Dion., 6, 95. Fest., p. 166 et 241.

•') G. I. G n. 2556 (tome II, p. 411).

*) Dion., 8, 70, 74 et 76.

^) Liv., 2, 41. Dion., 8, 69 et seq.

III, 3J EXTENSION DE LA DOMINATION RO>rATNE 29 J

exemple avec les Eques) ' et d'y voir des bienfaits obligeant à la reconnaissance ses alliés plus anciens'. La confédération latine perdit, en fait ou en droit, nous l'ignorons, le droit de déclarer la guerre de sa propre autorité, le droit do lever des troupes ou de conclure des traités \ L'alternance des commandements entre les préteurs latins et romains dans les guerres communes \ presque impraticable depuis l'accession des Herniques, ne fut plus qu'une formalité sans valeur, car les récits des historiens n'en contiennent pas trace. La confédération latine et les Herniques se trouvèrent obligés d'envoyer leur contingent, non plus sollicité, mais exigé par Rome, pour des guerres, qui n'étaient plus que de nom, des guerres soutenues par la communauté; en réalité il s'agissait de guerres romaines ^ Seul le droit des Latins et des Herniques à prélever les deux tiers du butin subsista pour conserver le souvenir de l'égalité primitive des trois puissances contractantes ^

De même les colonies latines fondées nominalement selon le traité, le furent en fait par Rome; dans la forme elles n'étaient pas sujettes de Rome, mais bien des membres indépendants de la ligue conclue avec la confédération latine ; la plupart n'en étaient pas moins le résultat et la garantie d'un accroissement de la puissance romaine, bien plus que de la puissance de la confédération. Elles assuraient l'hégémonie de Rome sur les vieux Latins {prisci Latini) ; on désignait par ce nom de ;< vieux Latins » les membres primitifs de la confédération latine'', pour les distinguer des colonies latines [coloniée Latinœ). Les vieux Latins comprenaient entre autres, en dehors des communautés disparues plus tard : Laurentinn, Lavhihmi, Tusculum, Aricia, Lamwàmi, Momentum^ Pedtnn, Bovillœ, Corioli, Gabii, Labici, Tihio\ Prœneste.

') Dion., 9, 59.

2) Liv.,3, 57.

3) Dion., 8, 15. 9, 60 et 67. Liv. 2, 53. 3, 19. 8, 4.

*) Fest., p. 241; cf. les deux préleurs latins ap. Liv., 8. 3.

^) Liv., 3, 4 et 22. 4, 26. 6, 10.

6j Plin., n. h., 34, 5, 11, 20.

^) Fest., ep. p. 226. Plin., n. h., 34, 5, 11, 20,

Parmi les colonies latines, on distinguait les colonies primitives [priscw coloniœ), fondées avant la dissolution do la communauté en l'année 338, et les colonies nouvelles [novœ colonise) \

Des colonies latines primitives, sur lesquelles nous n'avons qu'une tradition incertaine et obscure, deux étaient déjà fondées, seloncette tradition, dès le règne de Tarquinle Superbe: c'étaient Signia et la ville très éloignée de Circeii' ; l'une fut réorganisée en 493 ', l'autre en 393 '\

Il semble aussi que la colonisation de SuessaPometia et Cora, dans le pays des Volsques, remonte à l'époque royale, puisqu'on 503 on parle de leur défection'^ ; la première périt bientôt '"' ; l'autre dut être rétablie à une époque inconnue^ puisqu'elle reparaît plus tard au nombre des colonies latines ^

Quant Sp. Cassius Yiscellinus eut renouvelé l'alliance, on fonda en 492, toujours en pays volsque, Velitrœ et Norba * ; l'une, occupée déjà par les Romains en 494 ^ fut rétablie en 404 '0.

La colonie conduite en 467 dans la cité volsque d'A?itium, est la seule pour laquelle on affirme la coopération des Latins et des Herniques'*; précisément elle se maintint pou de temps ^^.

L'intérêt exclusivement romain qui dominait les fondations de colonies apparaît clairement pour la fondation àWrdea dans le pays desRutules(442) '^.

Il est aussi manifeste pour l'établissement de Vitellia^^ cbez

') Fest., p. 241.

2) Liv., 1, 56. Dion., 4, 63.

3) Liv., 2, 21 et 39. Dion., 8, 14.

*) Diod., 14, 102.

'') Liv., 2, 16.

e) Liv., 2, 17 et 25. Dion., 6, 29.

^) Liv., 27, 9. 29, 15, oùil faut lire non Sora, mais Cora, Dion., 5, 61 , où il faut lire non Kôpvwv mais Kopavcov.

«) Liv., 2, 34. Dion., 7, 13.

■J) Liv., 2, 30 et 31. Dion., 6, 42 eL43. Plut., Cor., 12, 13. 10) Diod., 14, 34.

") Liv., 3, 1. Dion., 9, 59.

12) Liv., 6, .33.

'3) Liv., 4, 7, 9, 11. Diod., 10. 34.

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