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son approbation indispensable pour donner au sénat le droit de statuer définitivement.
Le préteur urbain abandonna aux comices tributes le choix d'un certain nombre des préfets {prœfprti juri dicundo) investis de la juridiction dans les communautés récemment incorporées; c'est là une concession tout à fait analogue à l'abandon au peuple du choix d'une partie des tribuns militaires (318*),
Plus la souveraineté du peuple se rapprochait ainsi du moment où les magistrats et le sénat ne pourraient plus refuser de la reconnaître, plus les organes institués se montraient insuffisants pour l'usage de celte souveraineté des assemblées populaires. Il est évident que plus ledomaine de l'État romain s'agrandissait et reculait ses frontières loin de la cité, plus il devenait difficile de réunir l'ensemble des citoyens ayant droit de vole. En 318, on institua deux nouvelles tribus, Ufentina et Falerna^, dont le territoire s'étendait jusqu'en Campanie. Le nombre des citoyens en état de porter les armes inscrits dans les trente et une tribus, s'élevait à 250,000'; il était matériellement impossible que tous prissent part à l'exercice du pouvoir même dans les cas les plus importants. Les droits de la nation souveraine étaient exercés par une minorité, on pouvait ériger en règle cette constatation.
La noblesse à qui elle ne pouvait échapper, y devait voir une raison de plus de laisser s'accomplir le progrès vers la souveraineté formelle du peuple ; elle avait le moyen d'agir dans une mesure suffisante sur les votes de la minorité chargée d'exprimer la volonté nationale. Ajoutons que la plupart des concessions faites par la noblesse au peuple'devaient, par leurs conséquences durables, tourner au profit des nobles eux-mêmes. Ceci est vrai surtout de la prorogation de Yimperiiim et de la concession du choix des quattuorvirijuri dicundo. La forme des assemblées populaires n'était plus proportionnée à l'extension du nombre des citoyens; de même, aussi, le sys-
i) Liv., 9, 20.
») Liv., 9, 20. Diod., 9, 10.
') Liv., 9, 19, son évaluation n'est pas exagérée, car Plut, {de fort. Rom., 13) donne non pas les chiffres du recensement, ni même le nombre total des juniores; mais seulement le nombre (130,000) de ceux qu'on pouvait mettre en ligne rapidement.
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lèmc des magistratures était Irop étroil pour l'administration (lo l'Etat agrandi, ot il fallait qu(' lo g-ouvornemonl s'arrang-cùl poiirn'rlro pas déhordé par les bosoins résultant do cotaccroisscmentdo l'Etat. Los changements dontla noblesse prit l'initiative, servirent à la fois à élever le prestige des magistratures, à augmenter l'inriucnco oITective du sénat cl à ronsolidor la noblesse.
La prorogation de Vimpcriiim était, on logique stricte, une anomalie dans le système des magistratures ; on l'introduisit dans une pensée louable, afin d'atténuer les défauts d'un renouvellement annuel dans le commandement militaire; ces inconvénients se faisaient particulièrement sentir depuis que \o théâtre des hostilités s'était élargi et éloigné '. La nominaliond'un dictateur îi laquelle onrecouruttrès fréquemment dans cette époque, ne suffisait pas ; elle donnait seulement lo moyen d'avoir à la fois trois généraux sur trois champs de bataille différents, ou de confier do nouveau un commandement h un chef éprouvé avant d'attendre l'expiration de dix années exigées parle plébiscite de 342. L'initiative do la prorogation de Vimperhim appartenait au Sénat; la mesure elle-même exigeait une résoluliitn formelle des pères de famille patriciens et dos comices curiates; elle fut envisagée comme une mesure administrative, et il semble qu'on n'aityiemandé]le consentement de l'assemblée de la plèbe, certainement nécessaire la première fois , que dans le cas où les tribuns réclamaient cette consultation. Ilcnrésulta que, tout en reconnaissant au peuple un droit supérieur en cette matière, la prorogation était eu pratique décidée parle sénat et la noblesse ; ils n'y voyaient qu'un moyen plus commode et plus complet que la nomination d'un dictateur ou l'attribution de Vimperium à dos citoyens privés ', pour diriger l'ensemble des opérations militaires en assignant à chacun le champ oi\ il devait combattre' ot on employant le consul comme bon leur semblait.
') Liv., 9, 18.
-) On l'avait fait pour d'anciens consuls (Liv., 3, 4); on le fit même pour des citoyens privés qui n'avaient encore revêtu aucune magistrature (Liv., 26, 18. Cic, de kg. M<m., 21. 62). [N. D. T.]
•^) Les deux consuls se parlageaipnt les affaires , assignant à chacun son
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L'institution de prœfecti jurî dicundo était également une conséquence de l'extension prise par l'Etat ; il était impossible que le préteur qui jugeait à Rome put instruire tous les procès surgissant au milieu d'un nombre si grand de citoyens; il ne l'était pas moins que les citoyens de municipes ou de colonies habitant au loin fussent contraints de faire le voyage de Rome pour chaque contestation juridique. On laissa le choix de quatre de ces prœfecù juri dicundo au peuple ; ^ces quatre élus prirent le nom de quattuorviri\ c'était une restriction notable apportée au pouvoir du préteur et une amabilité appréciable pour le peuple souverain. Mais c'était aussi un moyen d'assurer la domination sur les communautés annexées en partageant leurs intérêts; elles prirent le nom de préfectures {prœfecttirœ)\ dérivé de celui des préfets qu'on leur envoyait. De plus la noblesse y gagnait, car ses jeunes membres et les hommes nouveaux qui aspiraient à y entrer trouvèrent à coté (lu tribunal militaire un moyen de gagner la faveur populaire en revêtant cette magistratui'e mïimoure (mf/r/isircrtns minoi'), avant de briguer les magistratures curules. Il faut encore tenir compte de ce fait que l'introduction du droit romain dans les pays annexés, mesure d'une haute importance, avait lieu par une décision du sénat; nous en avons des preuves entre antres pour Capoue et pour la colonie d'Antium dans les années 318 et 3i7 '. C'est d'après le droit romain que devaient juger les préfets et les quatuorvirs, tout comme dans les colonies romaines, oii le droit devenait incertain par suite du mélange des colons romains avec la population antérieure, par exemple avec les Volsques d'Antium.
L'événement qui se produisit sous la dictature de Papirius eut pour résultat une subordination plus grande du dictateur
rlomaine, proumc/rt {i\B prorincer e, commander en chef); parfois l'un restait à Rome, l'autre commandait l'armée {consul togatus — coiisnl armatiis). D'autres fois ils combattaient chacun sur un champ de bataille. En général ils laissaient le sort décider entre eux du choix de la province [sorliri prov Inclas) cL Liv., 10, 2-4; et nombre de passages); mais parfois le Sénat décidait {extra sortem, extra ordlnem); quoique sans droit formel à le faire, il était obéi en général. [S. D. T.]
1) Fest., p. 2.33.
■') Liv.. 9, 20.
:M2 i.k (ioi:vi:»m;mi'.nt dk l\ noiîlkssi: [111, '■'>
au sénal ; désormais les st'iiatcius s'allachtirciU à faire observer plus ri^oureusomout la stipulation de la loi df; Dictatore creando, d'après laquelle on ne pouvait nommer dictateurs que des consulaires.
La destinée des consuls signataires du traité des Fourches- C.audines rendit leurs successeurs plus circonspects vis-à-vis du sénat dans les négociations diplomatiques.
La proposition du tribun Antistius fit précédent pour le droit du sénat de statuer définitivement sur la destinée des sujets rebelles, et certainement en 314 il n'a pas été besoin d'un plébiscite pour la condamnation de 225 habitants de Sora; afin do punir la défection de la ville et le massacre de la garnison romaine, ils furent exécutés sur la place publique'. Une conséquence évidente de ces mesures, c'est que la noblesse qui gouvernait la cité souveraine acquiérait de plus en plus la conscience de sa situation dominante vis-à-vis des sujets, des alliés et des ennemis de Rome.
La communauté d'intérêts dans la noblesse rejette au second plan l'opposition des nobles patriciens et plébéiens- Le plus illustre des patriciens, L. PapiriusCursor, nous est dépeint comme un modèle de sévérité'; mais on ne dissimule pas qu'il se vit oblig-é de regagner dans son armée une popularité qu'il avait presque méprisée, par l'abandon du butin à ses soldats et par une bienveillance amicale pour les blessés^ Q. Fabius Rullianus, un autre patricien, n'était pas moins indulgent en matière de butin' que le plébéien D. Junius Brutus^.
Tandis que le patriciat était divisé par des inimitiés comme celle de Papirius et de Fabius '' , les nobles plébéiens et patriciens marchaient d'accord quand il s'agissait de réélire au commandement, malgré le plébiscite de 342, les g-énéraux les plus illustres : cette distinction fut accordée deux fois au
') Liv., 9, 2'i.
2) Liv., 9, 16. Dio C, Ir., 3G, 23 B. ■"} Liv., 8,36. Dio C, fr. 36, 7 B.
') Liv., 9, 23..
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plébéien Q. Publilius Philo en 320' et en 315% qiialre fois au patricien L. Papirius Cursor en 320, 319, 315 et 313'. La noblesse avait complètement clans sa main les tribuns de la plèbe, nous en avons la preuve, puisque nul dilTérend n'éclate à celte époque entre eux et les magistrats patriciens^ ; ce n'est pas la seule preuve; les tribuns ont favorisé les efforts de la noblesse pour surveiller jusque dans le détail la conduite de la g-uerre", et surtout ils ont usé d'une condescendance extraordinaire en renonçant à leur intercession lors du traité des Fourches-Caudines; ils renoncèrent à empêcher l'extradition des auteurs du traité, quoiqu'ils en fissent eux-mêmes partie. D'une manière générale, le talent et l'énergie paraissent, pendant cette période, avoir été plus grands chez les nobles plébéiens, parmi lesquels le plus illustre était Q. Publilius Philo aussi bien comme chef militaire que par ses talents d'homme d'État «5. Il fut quatre fois consul et de plus dictateur, maître de la cavalerie, censeur; le premier des plébéiens il a revêtu la préture; le premier des Romains, il a obtenu pour le prolonger dans son commandement la prorogation de son imperhim et célébré un triomphe mérité à cette occasion'. Sans aucun doute, ce g-rand citoyen eut une large part à l'évolution accomplie dans la constitution non seulement par ses lois, mais aussi par l'énergie avec laquelle il en réalisa les conséquences. On peut croire que c'est précisément à cause de ses services envers la noblesse plébéienne qu'il fut poursuivi jusqu'au bout de sa carrière par la haine de la noblesse patricienne°. L'année qui suivit son quatrième consulat (314) sur lequel Tite-Live garde le silence'», éclata au sein de la noblesse un conflit aigu, àl'occasiond'une tentative des nobles
') Liv., 9, 7.
2) Diod., 19, G6.
3) Liv., 9, 28. I. L. A., p. 445.
') Liv., 9. 33.
5) Liv., 9, 8, 10 et 36.
9) Liv., 9, 26.
10) Liv., 9, 22.
31 ï LK f.OUVFH MOMENT DK LA NOBLESSE [III, 3
plébéiens pour faire sentir aux patriciens la force qu'ils avaient maintenant. Pour examiner une conspiration traméo a Capouc', on prit le plébéien C. M.'eniusqui nvait terminé la guerre latine (338)* et exercé les fonctirms de censeur (318): il fut nommé diclateur'. (]. Mfenins étendit son enquête jusqu'à une instruction judiciaire sur les factions et complots [coitiones et conjvratiojies) formés à Rome même, et s'occupa aussi des coalitions formées en vue d'arriver aux honneurs coztio7tes /iO)iorif?H adipiscpndoruin causa. Il s'agissait des brigues des patriciens pour assurer le succès d'au moins un candidat patricien. Probablement Msenius voulait mettre en pratique le droit accordé aux plébéiens en 342 ', de remplir les deux places de consuls. Les tribuns de la plèbe , naturellement dévoués surtout aux intérêts de la noblesse plébéienne, refusèrent leur concours aux patriciens qui le demandaient; contre le dictateur, ce n'eut été d'ailleurs qu'un secours bien précaire. Mais les prétentions des plébéiens se heurtèrent à une hostilité certes bien motivée de l'ensemble des patriciens; ils retournaient le reproche de brigues factieuses contre les hommes nouveaux, et non sans raison; leur attitude devint si menaçante que le diclateur dut abdiquer'' et laisser aux consuls le soin de poursuivre l'instruction judiciaire {qitcvsfio) qu'il avait entreprise. Les consuls M. Pœtilius et C. Sulpicius mirent en accusation C. Maenius, puis son maître de la cavalerie patricien, M. Foslius, enfin Q.Publilius Philo lui-même. Tous furent acquittés et l'enquête, bornée à des personnalités de moindre importance, tomba dans l'oubli; elle fut écartée, dit Tite-Live, par les coalitions et les factions contre lesquelles elle était dirig"ée [cnit/'ones et fa.ctiones^ adversus. qaas coniparata erat)] en d'autres termes la noblesse jugea plus conforme à ses intérêts collectifs de cacher l'exemple de telles dissensions, plutôt que de laver son linge sale devant le peuple.
2) Liv.,8, 13. Plin., n. h., Si; 5, 11,20.
3) Liv., 9, 26 ; cf. Henzen, I. L. A., p. iiS. '') Liv., 7, 32.
•■) CF. Liv.,9, 34.