PUNIQUE
La noblesse se trouva, après le vote des lois Horteiuia et Mœnia, dans une situation difficile; il fallait gouverner un peuple dont elle avait reconnu la souveraineté sans restrictions. Le peuple élisait ses magistrats et jouissait des droits les plus étendus en cette matière; ses pouvoirs judiciaires lui permettaient de contrôler la conduite des magistrats. Le peuple accordait en comices centuriates la toute-puissance pour tenir le cens ou déclarf-r la guerre; dans les assemblées de la plèbe et les comices tributes, il donnait des lois générales et pouvait par des plébiscites trancher toutes les questions administratives. La volonté populaire, pourvu qu'elle fût exprimée dans lesformesrégulières, était immédiatement valable, qu'elle se prononçât sur une élection, sur un jugement, une réforme constitutionnelle, une question de droit privé, une mesure administrative, ou sur la suspension des lois pour le cas spécial qu'on lui soumettait.
La tâche de la noblesse était rendue encore plus délicate par le pouvoir des tribuns, les porte-parole du souverain qui pouvaient empêcher l'exercice du pouvoir exécutif délégué aux magistrats. Bien plus, si les tribuns étaient disposés à utiliser les forces démagogiques placées sous leur direction, et s'ils savaient les mettre à profit, ils pouvaient non seulement arrêter les mesures prises par les magistrats revêtus de Vimperimn, mais faire prévaloir à l'encontre leur propre volonté. Il semble que, dans une pareille constitution, il était à peu près impossible de former un gouvernement animé d'un véritable esprit de suite, qui s'inspirât de principes fixes
3G(J Li; (JOUVEUNEMIONT UK LA NÛISLLSSK [lll, <1
dans la poliliquo ot dans l'adminislratian, qui sût poursuivre toujours lo mémo but.
Mali^ru les dif'ficull(''S do renlrcprisc, la noblesse a été à la hauteur de sa tâche. Même après la loi Hortensia, elle a, pendant plusieurs générations, exercé un g-ouvernement énergique et prévoyant. Le développement régulier de la vie publique à Tintérieur, li l'extérieur les bénéfices qu'elle sut tirer des gueircs contre Pyrrhus (280-275) et contre Carthagc, prouvent que la politique invariable du sénat, organe de la noblesse, était la bonne, au point de vue de la nation romaine. Ses attributions étaient bien précaires en face des magistrats et du peuple; néanmoins le sénat fut l'âme du gouvernement et sut plier à ses volontés et employer à l'exécution de ses plans les magistrats comme le peuple.
Les magistrats, pour la plupart sorti s d(!S rangs de lanoblesse, liés par les délibérations du sénat où ils devaient rentrer à l'expiration de leur charge, étaient assez clairvoyants pour ne pas user de leurs droits [potestas] contre son ascendant [auctoritas)\ ils auraient d'ailleurs risqué d'être mis enaccusation devant le peuple.
Le peuple ne pouvait user en toute occasion de sa souveraineté; quoique l'heureuse issue des guerres augmentât beaucoup sa fierté, il comprit la liberté [libertm] dans le vrai sens du mot, l'obéissance volontaire au gouvernement sagement dirigé et non l'opposition continue qui trouble toute évolution régulière. Le sénat, qui avait la sagesse de conserver et reconnaître l'autorité des magistrats pourvus de Vimperium, et qui gouvernait d'accord avec eux, sut aussi éviter des conflits avec les tribuns en reconnaissant les droits [Hhertas) du peuple ; il le gagna par des soins pour sa position matérielle qu'amélioraient facilement les conséquences de la guerre. Sans droit formel, le sénat gouverna; il eut le pouvoir parce qu'il le méritait.
Au point de vue de la forme, Rome, depuis la loi Hortensia, est une démocratie pure ; mais celui qui voyait la vie réelle de l'Etat, les prérogatives royales des magistrats à la guerre, Tinlluence prépondérante du sénat sur les affaires extérieures et l'administration inférieure. cehii-l;i devait considérer l'État
III, G| CONoUftTE DK l'iTAMI:. inUvMlKlU: t.LlElUU-: PUNIQUE 361
romain comme mie combinaison merveilleuse d'éléments monarchiques, aristocratiques et démocratiques ', qnelqu'étendus que fussent les droits du peuple; il devait regarder la constitution romaine comme réunissant d'une manière excellente les droits populaires [libcrtas)^ les pouvoirs des magistrats [potestas) et l'influence des illustrations qui siégeaient au sénat [aactoritas) '.
Une telle constitution ne peut subsister que si tous les éléments do l'État sont en pleine santé; ceci est surtout nécessaire pour la classe dirigeante. La noblesse était encore en pleine santé morale et politique : elle ne se laissait pas conduire par des intérêts égoïstes, le bien '^uh\\c[saliis i^eipublicœ) était saloi suprême. Quelques-uns de ses membres sont déjà gangrenés par l'amour dulucre et du luxe qui fera plus tard de si terribles progrès : tels P. Cornélius Rufmus, consul en 290 et 277; en 27o, il fut rayé du sénat par le censeur C. Fabricus Luscinus, parce qu'il avait plus de dix livres d'argenterie pour son service de table '. Mais on ne peut généraliser ces exemples, ni les appliquer à toute la noblesse, pas plus qu'on n'aurait le droit d'exagérer en sons contraire, en s'appuyant sur la pauvreté et la sobriété bien célèbre de M'. Curius Dontatus et de C. Fabricius Luscinus '*, deux hommes nouveaux entrés dans les rangs de la noblesse à l'époque de la loi Hortensia. On a seulement le droit de conclure à l'honorabilité générale de la noblesse attestée par le récit de Kinéas, l'ambassadeur de Pyrrhus dont aucun noble ne voulut accepter les présents (279) " ; les trois ambassadeurs envoyés à Ptolémée Philadelphe, Q. Fabius Gurgos, Numerius Fabius PictoretQ. Ogulnius(273), secruront obligés de remettre au trésor les magnifiques présents du roi d'Egypte; il fallut un sénatus-consulte et même une résolution du peuple pour les décider à les garder®,
'j Polyb.. 6, 11-18; cf. Dion., 7, 55 et 5G.
'-) Cic, deRep., 2, 33; cf. 23.
•'') Liv.. ep. 14. Dion., 20, 1 (= 20, 13. éd. Kiessl. Zon., 8, 6. Val Max., 2, 9, 4. Geli., 17, 21, 39.
\) [Aur. Vict.] Vir. ilL, 33. [Fronlin.] S^m'.. 4, 3, 12. Val. iMax., 4, 3. 5 et 6. 4, 4, 3 et 10. Gell., 1, 14. Plut., Cal. muj., 2.
") Plut., Pyrrh., 18; Liv., 3i, 4.
'■■) Dion., 20, 4 iz= 20, 11. éd. Kiessl.). Dio C, fr., 41 B. Zon., 8, 6. Val. Max., 4, 3, 9.
302 LE r.OTTVKRNEMCNT DH L\ NOnLflSSE [III, G
La noblesse était encore plus éloi.q'néc de considérer comme un monopole le droit de gouverner l'Etat; le principe que la fonction devait récompenser le mérite {virtus) et que le plus pauvre citoyen y pouvait aspirer'^ fut respecté non seulement en théorie, mais en pratique, au grand bénéfice de la noblesse et du peuple restés en communication constante. Le rôle considérable joué par les deux hommes nouveaux que nous venons de citer suffirait à l'établir.
M'. Curius Dentatus, tribun de la plèbe, avait défendu la noblesse plébéienne contre Appius Claudius Csecus*; pourtant, lors de son premier consulat, il fut obligé de recourir à des moyens démagogiques pour forcer le sénat et son hautain collègue P. Cornélius Rufinus, à lui accorder la considération due à ses fonctions '. Dans ce consulat, il acquit par ses capacités militaires non seulement l'honneur d'un double triomphe sur les Samnites et les Sabins ', mais la confiance des nobles, à ce point qu'il fut encore nommé consul en 27o et opposé à Pyrrhus , comme Tun des Romains les plus capables. Lorsqu'il eut vaincu le roi d'Épire " , il fut immédiatement réélu consul pour 274; c'était la troisième fois et l'on tournait en sa faveur le plébiscite de 342. La noblesse le laissa arriver à la censure en 272, quoiqu'elle eût déjà appris par l'exemple de Fabricius,que ses membres les plus illustres (P. Cornélius Rufinus avait été deux fois consul et dictateur) n'étaient pas à l'abri des sévérités des censeurs.
C. Fabricius Luscinus, lui aussi, semble s'être fait connaître d'abord par des mesures démagogiques, ou tout au moins en embrassant la défense de la basse plèbe ", soit îors des querelles soulevées par L. Postumius Megellus (291), soit lors do la quatrième sécession. Lui aussi se distingua pondant son consulat (282), par ses capacités militaires, à tel point qu'avant l'expiration de Tintervalle légal, il fut réélu au consulat dès
') Tac, Ann., 11, 22.
-) Cic, Brut., 14, 55. (Aiir. Vict.) Yir. ilL, 3?,.
^) App. Samn., 5.
*) Liv., ep. 11: cf. Polyb., 2, 19.
") Plut., Pyrrh., 25. Liv., ep. 14.
■■•) Dio G., fr., 36, 32 B.
III, G] c.oNouÈTi: T)v: l'italie, premièue guerre punique 363
278, et chargé do combattre Pyrrlms'. La confiance de la noblesse dans rintégritéde son caractère et l'ascendant de ses vertus furent tels qu'on le chargea des missions diplomatiques les plus importantes ', entre autres de négocier avec Pyrrhus rechange des Romains prisonniers de guerre \ Il arriva à la censure dès 275* encore plus vite que M'. Curius Dentatus; malg-ré sa sévérité contre P. Cornélius Rufmus, il fut encore une fois consul (273) en qualité de suppléant {consul siiffectus)- Ces hommes nouveaux même arrivés à la réputation avec l'appui de la démagogie ne briguaient nullement la popularité pendantl'exercice de leurs fonctions ; ilsn'en abusaient pas pour tenter de s'élever aux dépens de lanoblesse dont ils reconnaissaient les droits ou pour lui rendre le gouvernement plus difficile en captivant la faveur populaire. Si C. Fabricius, vainqueur des Samnites, des Lucaniens et des Bruttiens, se préoccupa d'enrichir ses soldats % il ne fit pas plus que d'autres. Il n'usa jamais de son influence pour satisfaire des vues égoïstes ou ses préférences personnelles ; président des comices en 278, il favorisa la candidature de son adversaire P. Cornélius Rufinus, parce que les circonstances exigeaient un consul qui fut un bon général^. La sévérité déployée par Fabricius contre les nobles qui abandonnaient l'antique simplicité des mœurs, ces hommes n'hésitaient pas tien faire preuve contre le peuple souverain. En 275, M'. Curius, lors de la levée, fit appliquer de nouveau la vieille \o\de incensis ; leprcmierdes citoyens appelés ne s'étant pas présenté, il le lit vendre avec ses biens (au profit du trésor) '' . Les tribuns n'opposèrent pas leur intercession; eux aussi ne voulaient pas rendre plus difficile la tâche du gouvernement et n'assimilaient pas l'insubordination et la licence à la liberté.
') Entr., 2, 14.
2) Dio C.,fr., 38 B.
=») Liv., ep. 13. Dion., 18, Set seq, (= 19, 13, éd. Kiessl.). Plut., Vyrrh.^ 20. App. Samn., 10 Dio. C, fr., 40, 29 et seq., B. Zon., 8, 4. Cic, Brut , 14, 55.
'0 Liv., ep. 13.
^) Dion., 18, 17 (- 19, 10. éd. Iviessl.)
6) Dio C, fr., 40, 1 B.
') Liv., ep. 14. Val. Max., 6, 3, 4. Non. Marc , p. 11 , G.
30i LK GOUVERNEMENT DE LA NOBLESSE (III, fi
Il n'y a pas plus (lojaloiisic entre los nobles palricicus cl plél)éi('ns que (l*(»pposilion systématique entre les nobles et les bommcs nouve.uix. On ne voit plus d'inconvénient à laisser le censeur [)léhéion tenir le lustre; bonneurqui écbut d'abord à Cn. Doniitius en 280 '. Même Appius Claudius oublia devant le danger de lapatrie sesquerelles avec la noblesse et rendit du cœur au sénat par le discours qu'il prononça pour le détourner de la paix avec Pyrrbus (279) -; l'impression de cediscours fut telle qu'on le mit par écrit pour le transmettre à la postérité et qu'il est désigné par les écrivains comme le plus ancien monument de l'éloijuence à Rome'. Un des nobles plébéiens les plusconsidérés, C. Marcius Rulilus (fils du célèbre C. Marcius Rutilus), consul en 310, censeur en 294, pontife depuis 300 \ censeur pour la seconde fois en 26y, d'où son surnom de Ccnsorinus ', eut la modération de ne pas profiter de cet bonneur que jamais un patricien n'avait obtenu pour accroître aux dépens du patriciat la considération de la noblesse plébéienne. Au contraire, sentant parfaitement que l'intérêt du peuple et du gouvernement était d'éviter qu'un homme fût élevé si baut au-dessus des autres en gérant deux fois une magistrature aussi importante que l'était devenue la censure % il blâma le peuple de l'avoir élu et décida les tribuns à proposer une loi qui interdisaitpour l'avenir toute réélection à la censure. Bref, toute la noblesse, plébéiens et patriciens, faisaient preuve d'une capacité et d'un mérite incomparable. La valeur se reflétait si bien dans la dignité du maintien extérieur que Kinéas, l'ambassadeur de Pyrrhus, appelait le sénat une assemblée de rois''.
Quant aux résultats extérieurs du gouvernement de la noblesse pendant les vingt-deux ans qui séparent la loi Hortensia de la première guerre punique, nous ne pouvons ici que
') Liv'., ep. 13.
-j Liv., ep. 13. Plut., Pijrrh., 18. App. Samn , 10. Zon., 8, i. Ovi.l., Fast., 6, 203.
3) Cic, Brut., 14, 55. 10, 61. de Sen., G, 16. Isid., On'ij., 1, 37. '•) Liv., 10, 9.
^) Fast., Coas., I. L. A., p. 434. Plut., Cor., 1. Val. Max., 4, 1, 3. «) Cf. Dion., 18, 19.. 20, 3. = 19, 16. 20, 13 et 31, éd. Kiessl. ■) PluL, J'i/rrh., 19. Liv., 9, 17.
m, 6j L'.ONnLKTl!: DE l'iTALIE. PHKMIKKE (il EUKE l'LNKjUE 363
les indiquer brièvement. Dans celle période, les vicloiies remportées sur les Etrusques, les Lucaniens, les Bru liions, les Tarentins et les Sallentins au sud étendirent la domination romaine sur toute l'Italie péninsulaire ' jusqu'à TArno '^ et à l\Esis\ Ces conquêtes, et la force de résistance de Rome, prouvée par les trois grandes batailles de la guerre contre Pyrrhus, Héraclée, Asculum et Bénévent, en firent un état très important. Il y avait déjà longtemps que les Rhodiens avaient noué des relations avec Rome'*; le roi d'Ég-ypte., Ptolémée Philadelplie, rechercha à son tour l'amitié du peuple romain et lui envoya une ambassade en 273^; les Romains répondirent à celte politesse en envoyant à leur tour une ambassade à Alexandrie.
Ces résultats extérieurs sont moins importants pour lliistoire de la Constitution romaine, que les mesures prises par le gouvernement pour contenter les citoyens ses administrés, et assurer la durée de sa domination en Italie.
A ce point de vue, il faut signaler tout d'abord l'habitude prise de restituer aux citoyens l'impôt levé pour la guerre [tributum)^ lorsqu'une heureuse issue fournissait les moyens de faire une telle restitution. Il en est expressément question pour l'année du premier consulat de Fabricius (282) ° ; la répartition entre les citoyens du produit de la vente de terres conquises doit se rapporter aussi à une restitution du tribut '.
La crainte de Pyrrhus parait avoir décidé les nobles à employer régulièrement au service de terre les prolétaires possesseurs de moins de 4,000 as (800 as libraux), admis depuis la censure d'Appius Claudius au service de la flotte ; ils eurent ainsi leur part des bénéfices de la guerre. Celte hypothèse est à peu près certaine ; il y a des raisons de croire que le préteur
') Polyb., 1, 6. Plut., P(/r;7i., 25.
^) La limite ne fut portée à la rivière Macra que plus tard. Cf. Liv., 39, 32, 40, -il.
•') Strab.,5, 1, H. 5,. 2, 10.
••) Polyb., 30, 5.
•') Liv., ep. 14. Eutrop., 2, 15.
'■') Dion., 18, 17 (= 19, 16, éd. Kiessl.
■) Dion., 20, 9 (= 20, 17, érl. Kiessl.
Marcius {prcctor Marcius) qui, d'après Cassius Ilemina *, arma les prolulaircs, n'est autre qu(^ Q. Marcius Piiilippus, consul en 281, l'année du débarquement de Pyrrhus en Italie'. L'élargissement du cercle des citoyens astreints à servir dans la légion est encore attesté par la facilité avec laquelle la plèbe accepta le service militaire lors des levées faites pendant le séjour de Kinéas à llonn; '. D'autre part, les citoyens aisés n'étaient plus très bien disposés pour le service, le récit de la levée faite par M'. Curius en 275 le prouve. Si notre hypothèse est exacte, on aura aussi fixé à cette époque le cens minimum de l,oOO as (300 as libraux), pour les prolétaires admis à servir dans la légion '' et porté à vingt ans la durée du service ". En tout cas, les soldats qui venaient d'achever leur service ", furent compris dans l'assignation de terres ordonnée après la défaite de Pyrrhus (27o ou 274) ; Gurius Dentatus refusa les cinquante jugères qu'on lui offrait et se contenta de sept, comme un simple soldat \
Outre cette assignation de terres , et peut-être quelques autres pour lesquelles ne manquaient pas les terres conquises, la plèbe tira profit des colonies latines fondées pour assurer les conquêtes récentes : en 273, Cosa et Pœstum [Posidonùt) dans ritalie du sud-ouest^; en 268, Arim'nuim dans le Licenum et Beneventum [Maliessà] dans le Samnium '. L'émigration d'un g-rand nombre de citoyens pauvres lors de ces fondations de colonies, explique que^l'admission des prolétaires pauvres au service de la légion n'ait pas accru notablement les chiffres constatés dans le recensement des citoyens (c«';^2Va clviion). Pour les habitanis de la capitale en particulier, dont la prospérité croissante est attestée par l'abandon des toits...
») Ap. Non. Mure, p. i8, <).
2) Cf. Oros., /i, 1.
3) Plut. Pyrrh. 19. App. ^anm., 10. Dio. C. tV. iO, 3'J, B. *) Cic. rep., 2, 22, 40. Gell.,46, 10. Non. Marc, lOO, G. S) Polyb.,G, 19.
«) (Frontin.), iilmt., 4, 3, 12.
■"■) Val. Max'., 4. 3, 5. Plin., n. h., 18, 3, 4, 18. (Auc. Vicl.) V/V. ill, 33. Colum, 1, prxf., 14,
«) Liv., q)., 14. Vell., 1, 14.
") Liv., ep., ;i5. Vell., /. cit. Eutrvp., 2, IG. Hieroii., ckvuii., ap. 01., 123, p. 119, éd. Schœne.
III, G] CONOUÈTE DE l'iTALIE. PREMIÈUE GUEllRE in:Nic»UE 367
(284) ', la noblesse s'occupait de leur bieii-ôlre ; la coiislruction d'un nouvel aqueduc {Anio velus) fut mise en adjudication par M'. Curius Dentatus pendant sa censure (272) ; le butin enlevé dans la guerre contre Pyrrbus devait en faire les frais ; neuf ans plus tard, Curius Dentatus s'occupait de racbèvement dé son aqueduc avec le titre de duunivir. Sa mort l'empêcha d'en voir la fm'.
L'habileté du g-ouvernement de la noblesse brille surtout dans les mesures auxquelles il eut recours , alin de suffire avec la vieille organisation de l'Etat, aux nécessités d'une situation nouvelle et bien plus grande. Le seul changement fait au système des magistratures [magistratus ordinarii) fut l'élévation du nombre des questeurs portés de quatre à huit en 267 \ Il le fallait, car l'administration des revenus de l'État exigeait la présence permanente dans quelques-unes des villes d'Italie ; Ostie, Cales, probablement aussi Ariminum furent assignés comme résidence aux nouveaux questeurs. Pour assurer la domination romaine en Italie, la noblesse usa des moyens antérieurs, mais elle en modifia l'application en tenant compte des changements survenus dans la cité gouvernante et des situations particulières des divers sujets.
Les Sabins assimilés depuis longtemps obtinrent en 268 le droit de cité complet [chutas cum suffrcKjio) '\ mais on ne créa pas à cette occasion de nouvelles tribus ; leur droit de vote n'eut donc pas grand poids. Dans les autres cas, on n'accorde que rarement le droit de cité complet ; le cens de 26o, donne 292,334 citoyens %• celui de 280 en comptait déjà 287,222 ^ et dans celui de 275 le nombre en était descendu à 271,234 à la suite des pertes éprouvées dans la guerre contre Pyrrhus '•
Ou ne prodigua pas non plus le droit de cité sine suffragio ; on avait appris par des expériences regrettables qu'il y avait
1) Plin., n. h., IG, 10, 15, 36.
') Frontin., a^., G. (Aur. Vict.) vir. ilL, 33.
3) Liv., cp. 15; Tac, Ann., H, 22; Lyd., Mag., 1, 27.
*) Vell., 1, 14.
"') Enlr., 2, 18; Liv., ep, IG est corrompu.
^) Liv., ep. 13.
^j Liv., cp. 14.
308 Li; GOIVKIINK.MKNT DE LA NUULKSSE [lll, G
pou à compter sur ccUo catégorie de citoyens. Dans la guerre contre Pyrrhus, la légion Campaniennc s'était emparée de Rhegium ; au lieu de la garder aux Romains, elle s'en attribua la possession cl il fallut une armée pour la soumollre '. Sans doute aussi, la iiol^lesse comprenait que plus la cité souveraine avait grandi, moins elle devait se montrer disposée cà partager ses droits avec de nouveaux arrivants.
La noblesse jusqu'ici avait assuré sa domination sur le peuple en étendant constamment le cercle descitoyens pourvus de suffrage, au delà des limites qui pouvaient lui permetlre d'en user et faire des comices le véritable organe de la volonté populaire. Maintenant que ce moyen n'était plus praticable, il fallait en chercher un autre. Elle le trouva dans la relation des sujets italiens vis-à-vis de Rome. Il y avait lieu de compter <pie, pour le gouvernement de l'Italie, la noblesse serait d'autant plus appuyée par les citoyens que le nombre des sujets de Rome serait plus grand et plus grande la différence entre ces sujets et les citoyens de la ville dominante. On ne faisait que continuer dans la voie où l'on était entré après la défaite des Latins et des Gampaniens, ^uand la noblesse, après la conquête de l'Italie, fortifia la position dominante de Rome et empira la situation des alliés de condition latine, socii iiominisLatini: on désignait maintenant sous ce nom les membres des vieilles colonies latines fédérées qui subsistaient encore et ceux des nouvelles colonies [novcV coloniœ). Des punitions comme celle infligée en 303 aux Frusinates ' ne pouvaient qu'augmenter la conscience que la cité souveraine avait de sa supériorité. Pendant la guerre du Samnium déjà, on n'avait pas hésité à armer les alliés de condition latine en tel nombre que leur contingent dépassât celui des Romains "; pour une pareille charge, l'octroi de quelques pièces de butin destinées à orner les places et les monuments publics ' était une compensation insuffisante.
') Liv., C]). 12 et 15. 28, 28. 31, 31. Val. Max., 2, 7, 15. [Frontin.] SIral., k, 1, 38. Dion., 20, i et 5, 16, éd. Kiessl., Polyb. 1, 7. Diod., 22, 2 et 3. App., ^am)^., 9. Dio C, fr., 40, 7 cl S' 7. 43 B. I. L. A., p. 402.
2) Liv., 10, 1.
') Liv., 10. 18 et 2(3.
^) Liv., 10, 46.
III, G] CONQUÊTE DE l'iTALIE. PREMIÈRE GUERRE PUNloUE 369
En 268, on alla jusqu'à centraliser à Rome la frappe de la monnaie d'argent, devenue nécessaire en Italie par suite do l'extension des relations commerciales; les colonies. latines, les autres cités fédérées, se trouvèrent dépouillées en tout ou on partie du droit de battre monnaie, qu'on leur avait reconnu jusqu'alors comme marque de leur indépendance. Les colonies latines d'Ariminum et de Bénévent, fondées précisément alors, furent privées du droit de battre monnaie, et de plus, placées dans une situation moins bonne encore que celle des vieilles colonies latines.
La condition d'Ariminum est représentée comme relativement mauvaise, de même que celle des douze plus jeunes colonies latines', dont Ariminum est la première; il faut donc que ce « droit latin » de moindre qualité, qui comprenait essentiellement le droit de commercer {jus commercii) avec Rome, ait été appliqué d'abord pour Ariminum.
L'infériorité de cette condition se traduit, en premier lieu, parle refus du conuôium accordé aux vieux Latins [prisci Lafini) et aux colonies latines fondées jusqu'alors. Plus tard, en effet, nous voyons que tous les Latins avaient le droit de commerce ', mais tous n'ont pas le droit de maridige {co?iubmm) ". Le refus du comibiiim était un moyen propre à séparer les sujets de leurs maîtres, ceci est évident ; le moyen s'offrait de lui-même, si l'on admet que dans les colonies d'Ariminum et de Bénévent, comme dans celles qui suivirent, il y avait beaucoup de prolétaires et d'affranchis romains \ On no pouvait pas plus accorder le droit de mariage aux affranchis colons de droit latin [Latiîii colonarii) qu'on ne l'eût fait s'ils étaient restés à Rome [cives Rojiiani). Cette hypothèse est vraisemblable en elle-même; ajoutons que les habitants de la colonie latine de Carteja fondée en Espagne pour les lils de soldats romains^et dé femmes espagnoles (171), reçurent formellement la situation légale d'affranchis ^; nous en pouvons conclure
I) Cic, C'a'C, 35, iU-.
■') Ulp., 19, 4.
■') Ulp., 0,4.
■•) Cf. Dion., 4,21.
que la condition des douze jeunes colonies latines était analogue à celle des affranchis*. Ceci est en outre confirmé par nue pratique de l'empire ; les affranchis d'une certaine catégorie {Latinijuniani) entraient dans la condition des colons latins {Latini coloiiiarii) n'ayant que le droit de commerce commun avec les citoyens romains ^.
En second lieu l'infériorité du droit d'Ariminum et des autres colonies de fondation récente, consistait dans l'aggravation des conditions exigées pour acquérir le droit de cité. La loi qui obligeait les Latins qui voulaient l'obtenir à laisser un fils dans la colonie^ doit se placer ici; elle remonte certainement à une époque très antérieure à 187, où Ton en constata les désastreux effets'*, et. d'autre part, elle ne peut être reportée au moment de l'alliance dosRomainset des Latins. L'effort qu'elle révèle pour décider les citoyens à prendre part à la fondation des colonies latines en leur conservant le droit de rentrer dans la cité ne saurait se placer mieux qu'à l'époque de la fondation de Calés et deFrégelles ; rien n'oblige, du reste, à en conclure que les habitants de Frégelles eussent ce droit ^. Cette loi ne futpas abrogée en 177^; elle continua, jusqu'à la dernière partie de l'époque républicaine, à donner un droit latin qui créait seulement aux magistrats des colonies, des titres au droit de cité romaine''. Dès la seconde guerre punique, il semble qu'on ait rendu aussi difficile que possible aux Latins l'acquisition du droit de cité ^ 11 faut donc admettre qu'à ce point de vue encore, les douze nouvelles colonies se trouvèrent moins bien partagées quelesprécédentes et que l'on abandonna la règle posée lors de la fondation de Calés pour la rentrée dans la cité romaine. On appliqua, à partir de la colonisation
') Cf. aussi Liv., 41, 8.
2) Gai., 3, 5G.
K) Liv., 41, 8.
S) Liv., 41, 9. cf. Ascon., p. G7, éd. Or. Cic, Stv*^., 13,30. Schol., Bob., p. 296.
■î) Ascon., p. 3. App., b. c, 2, 26. Cic, ad. AU., 5. M, 2. Strab., 4. 1, 12; cf. Pim., paneg., 37. C. I. L. A. n. 532; p. 59. Lex Salp., 21 — 23 et 25 (= G. I. L. A. n. 1631 (p. 218). n. 2096 (p. 293).
8) Liv., 23, 22. 34, 42.
III, 6] CONQUÊTE DE l'iTALIE. PREMIÈRE GUERRE PUNIQUE 371
d'Ariminum une règle plus dure , formellement mentionnée pour la colonie de Placentia fondée en 218, dans la loi même qui l'instituait'. Cette clause était tout à fait selon l'esprit qui porlaau refus du conubium^ elle était même une conséquence de ce refus. Le privilège accordé aux anciens magistrats est conforme aux idées romaines qui avaient amené la constitution de la noblesse. Il est à tout le moins plus vraisemblable de dire que cette mesure défavorable a été prise à l'époque de la fondation d'Ariminum, que de la reporter à une époque ultérieure. Naturellement cette hypothèse n'empêche nullement d'admettre qu'après la concession du droit de cité à tous les Italiens (89), le meilleur des deux droits latins accordés aux colonies disparut, tandis que de nouvelles différences apparaissaient dans le moins bon [majus et minus Latiiim) '.
Il y avait donc maintenant trois catégories différentes de Latins ; ceux des vieilles communautés latines encore subsistantes et des colonies créées avant Cales dont les habitants se trouvaient citoyens par le seul fait de transporter leur domicile à Rome ; — les Latins des colonies fondées après la guerre latine à partir de Cales, qui pouvaient se retrouver citoyens romains du moment qu'ils avaient assuré la persistance de leur famille dans la colonie ; — enfin ceux des colonies établies après la soumission de l'Italie, sur le type d'Ariminum; ils ne pouvaient acquérir le droit de cité qu'après avoir géré les magistratures locales.
Les villes grecques de la côte et les villes plus ou moins biengrécisées de l'intérieur dans l'Italie méridionale passées sous la domination romaine après la défaite de Pyrrhus, des Tarentins et des Sallentius, ne pouvaient entrer dans les cadres anciens ; leur développement antérieur était trop particulier pour qu'on put leur octroyer le droit de cité, sine suffràgio, dont on commençait d'ailleurs à se méfier; on ne pouvait pas non plusles assimiler aux Latins. Rome se les attacha comme elle avait fait jadis pour les Latins et les Herniques, par des traités d'alliance (/œ^er«) ; mais ces traités étaient con-
') Ascon., p. 3.
-) Gai., 1 95 et seq.
.'{72 LK (.oi'vehm:mi:.nt dk la noklesse [IH, 6
formes à la nature des relations; conçus dans des ternies assez favorables en apparence aux Etals avec qui on les signait, ils leur enlevaient en fait le droit de paix et de guerre et les astreignaient à fournir au peuple romain un contingent militaire. Ils étaient ainsi placés sous sa souverainolé, ' dans sa clientèle*.
Des traités de ce genre furent conclus :
D'abord avec NeapoUs (326) ';
En 313, avec Nola en Campanie ';
Après 309, avec Nuceria autre ville de Campanie •;
En 278, avec Heraclca^\
Peu après, avec Velia, en Lucanie'';
Locri et Rhegiiuti^, dans le Bruttium ;
Avec Tarentiim et Uria, ville des Sallenlins. Sans nul doute encore avec bien d'autres villes.
L'esprit politique des chefs de l'État romain se révèle dans les clauses de ces traités ; ils limitaient le droit de battre monnaie ; et surtout ils divisaient les villes fédérées en accordant des conditions inégalement favorables^ Naples et Héraclée furent les mieux traitées*"; elles gardaient l'autonomie la plus grande pour tout ce qui touchait cà l'administration et à la juridiction intérieure, par exemple le droit d'exil". Les villes dont la population n'avait pas l'habitude du service militaire de terre furent autorisées à fournir leur contingent en navires et en matelots'-.
Des traités analogues lièrent à Rome les villes étrusques et ombriennes qui n'appartenaient pas à la même race que les
') Cf. Cic, bnib., 10, 35.
2) Dig., 49,15,7, 1.
•■') Liv., 8, 26.
*) Liv., 9, 28. 23, 4i.
■'] Liv., 9, -41. 23, 15.
'■■) Cic, Balb., 22, 50.
■) Cic, Balb., 24, 55.
«) Liv., 31, 31.
>•) Cf. Liv., 9, 20.
10) Cic, Balb., 8, 21; A/r/f., 4, 7.
11) Polyb., 6, 14. Cic, Balb., 11, 28,
1-) Polyb., 1, 20. 12, 5. Liv., 26, 39. 35, 16. 36. 42. 42, 48.
III, 6] r.ONOUÈTE DE l'iTALIE. première (.('ERRE PUMnlE 37.1
Romains'. Nous savons formelloment que Camerhwm- et Igiivinni en Ombrie avaient, dès une époque reculée, conclu des pactes de ce genre.
Rome avait signé, peut-être dès le début de la république'*, un traité de commerce avec Cartbage, cité maritime de premier ordre : en tout cas, une alliance fut conclue en 348 ''; une llotte grecque avait inquiété les côtes du Latium^, et l'on avait senti les avantages d'une action commune do ce genre. Le traité fut modifié en 306" pour le mettre en harmonie avec les circonstances nouvelles^ et renouvelé sous l'impression des dangers suscités par la guerre de Pyrrhus". L'org-ueil des Romains fut flatté de pouvoir renvoyer comme inutile une flotte de 130 vaisseaux envoyée par les Carthaginois à Ostie, afin de tenir les promesses faites lors du dernier traité '". A partir de ce moment, les relations furent tendues entre les deux puissances jusqu'au jour où la répression des Mamertins de Messine conduisit à la première guerre punique (264-241).
Pendant cette g-uerre, nous trouvons la noblesse dans son ensemble au même deg'ré de son évolution que pendant les années qui précèdent. Nulle hostilité systématique envers les hommes nouveaux. Quand C. Fabricius Luscinus mourut au début de la guerre, on vota une exception à la défense inscrite dans les lois des XII Tables pour lui célébrer dans Rome même d'honorables funérailles". Ti. Coruncanius, un homme nouveau, venu de la cité latine de Camerium*-ou de ïusculum*^ arriva en 280 au consulat '* et cet ami de M'. Curius
1) Cf. Liv'., 28, 45.
2) Cic, Balb., 20, 46 et 47. Liv., 28, 45. Plut., .!/«?■., 28. Val. Max., 5, 2, 8.
3) Cic, Balb., 20, 46 et 47.
•>) Polvb., 3, 22.
") Diod., 16, 69. Liv., 7, 27. cf. 7, 38. Polyb., 3, 24.
«) Liv., 7, 25 et 26.
") Liv., 9, 43.
«) Ptîilinus. ap. Polvb., 3, 20. Serv., ad Acn., 4, 628.
«) Liv,,(?p. 13. Polyb. 3, 25.
'0) Val. Max., 3, 7, 10. Justin., 18, 2.
H) Cic, (Il Leg., 2, 23, 58; cf. Serv., ad. .En.. 11, 206.
i:i) Tac, Ann., 11,24.
13) Cic, Plane, 8,20.
li) Vell., 1,128.
Dentatus et de G. Fabricius Luscinus* fut, en 253, le premier plébéien qui arriva au grand pontificat'. Il obtint cet honneur, grâce à une modification introduite à cette époque, semble-t-il, et qui remit au peuple l'élection du grand pontife; en même temps on portait à neuf le nombre des pontifes. Ti. Coruncanius était réputé pour ses connaissances juridiques'" et l'usage populaire qu'il en faisait ; c'est lui qui le premier donna des leçons de droit'. Il vécut environné de considération jusqu'en 243^; en 246 encore, il fut nommé dictateur pour tenir les comices.
On ne peut dire non plus que les hautes dignités fussent dès ce moment un monopole de la richesse. La famille des Atilii, dont la noblesse parait remonter aussi à l'époque de Curius et de Fabricius'' et dont les membres jouèrent un rôle important dans la première guerre punique, est représentée comme pauvre par une tradition peut-être exagérée, mais certainement fondée. M. Atilius Regulus, consul et vainqueur des Sallentins en 267, fut réélu consul en 256 et chargé de commander la première armée romaine qui ait débarqué en Afrique. Sa fortune lui donna une trop superbe confiance; il obligea les Carthaginois à continuer la guerre en mettant à la paix des conditions exorbitantes; proconsul en 255, il tomba au pouvoir des ennemis. En 250 ils le chargèrent d'accompagner l'ambassade qu'ils envoyaient à Rome; il eut assez de dévouement pour déconseiller aux sénateurs la paix et même un contrat pour l'échange des prisonniers'. Ce héros était, dit-on, si pauvre qu'il fallut que l'Etat soutint sa famille pendant son absence ^ Atilius Calatiniis, consul en 258 et en
1) Cic, Lœ/., 11,39. 5, 18. Sm., 13, 43.
2) Liv.. ep. 18.
3) Cic, Brut., 14, 55. De Dom., 54, 139. De Leg., 2, 21, 52. De Or., 3, 15, 56.
4) Dig., 1, 2, 2, 35 el 37. Cic, de Or., 3, 33, 134. 6) Liv., ep. 19. Cic, Sen., 9, 30.
6) Cf. Liv., 10, 32 et seq. 9, 30. Val. Max., 3, 2, 7.
^) Liv,, ep. 18. Cic, off., 1, 13, 39. 3, 26, 99 et seq. Sest., 59, 127. Sen., 20, 74. fin. 2. 20, 65. Hor., Carm., 3, 5, 13. Val. Max., 1, 1, 14. 2, 9, 8. App. Sic, 2. Lib., 4. Dio C, fr., 43, 26 B. Zon., 8, 15.
8) Dio G., fr., 43, 20 B. Liv., ep. \8.Sen., ad Helv. de Consol., 12,5. Val. Max., 4, 4, 6.
III, 6] CONQUÊTE DE l'iTALIE, PREMIÈRE GUERRE PUNIQUE 375
254, dictateur en 249, censeur en 247, un homme qui d'après les éloges inscrit sur sa tombe était regardé comme le premier de son temps au jugement de toutes les nations*^ nous est aussi représenté par la tradition comme pauvre'. Enfin la pauvreté de C. Atilius Regulus Serranus, consul en 257 et 250, parait avérée, quoique le trait rapporté à ce sujet par la tradition ait été forgé probablement pour donner à son nom de Serranus [Saraniis plutôt)' une ét5''mologie populaire. On nous raconte que lorsqu'il apprit son élection, il s'occupait d'ensemencer son champ \
Si nous ne voyons pas d'hommes nouveaux parvenir au consulat à cette époque, il faut l'attribuer bien moins à des vues oligarchiques de la noblesse qu'à la grandeur et aux dangers de la guerre surtout. Après le désastre d'Atilius Regulus le peuple était plus disposé à accueillir les candidatures de généraux déjà éprouvés plutôt que celles d'hommes qui n'avaient pas encore fait leurs preuves. Pendant la première guerre punique, nombre de consuls furent réélus avant le terme décennal exigé parla loi. Outre A. Atilius Calatinus et C. Atilius Serranus, nous pouvons citer Cn. Cornélius Scipio (260 et 254), L. Manlius Yolso (258 et 250), G. Aurelius Cotta (252 et 248), P. Servilius Geminus (252 et 248), L. Gœcilius Metellus (251 et 247), G. Sempronius Blœsus (233 et 244) ; A. Manlius Torquatus (244 et241); M. Otacilius Crassus, consul en 263, fut réélu après l'intervalle légal en 246. On comprend qu'il ne soit pas resté de place pour les candidatures d'hommes nouveaux.
Au point de la pureté des mœurs, la noblesse, envisagée dans son ensemble, resta à la hauteur oii elle était au temps de la guerre contre Pyrrhus. M. et D. Junius Brutus, à l'occasion des funérailles de leur père , introduisirent les combats publics de gladiateurs empruntés aux usages de l'Etrurie et de
1) Cic, Sert., 17, 61. fin. 2, 35, llôetseq. Plane, 25, 60. Nat. deor., 2, 66, 165.
2J Cic, Leg. agr., 2, 24, 64. Sest., 33, 72.
3) Cf. Mommsen, I. L. A., p. 22, 153 et 224.
*) Cic, Rose. Am., 18, 50. Schol., Gron., p, 431. Val. Max., 4, 5. Cf. Plin., n. h., 18, 5, 6, 27.
la Campanic '. Ce premier symptôme d'une habitude qui, plus tard, révèlo la dcg-énéresconce do la noblesse et du peuple est, certes, fâcheux, mais il n'autorise pas à conclure que le goùl de ces cruautés fut répandu dans toute la noblesse. Il ne faut pas non plus exagérer la gravité des premiers signes de la passion des nobles pour les marques d'honneur extérieures, passion qui, plus tard, se développa beaucoup au détriment de l'Etal. L'époque antérieure avait déjà élevé des monuments de ce genre pour rappeler des succès extraordinaires. C. Mœnius après avoir achevé la soumission des Latins en 338 ^ Q. Marcius, vainqueur des Tlerniquos en308 'se virent élever des statues équestres; mais on nous ditque c'étaient des récompenses exceptionnelles. Los honneurs décernés au consul C. Duilius ou Duollius qui avait eu le bonheur de gagner la première victoire navale (260), ne sont donc pas dans l'esprit de l'ancien temps ^ ; quoique ce succès n'ait pas eu de résultats décisifs, on accorda à Duilius l'honneur nouveau d'un triomphe naval [l.numphiis novalis) ; on lui éleva sur le Forum une colonne {columna rostrata)^ dont une copie est arrivée jusqu'à nous'^; on lui accorda le privilège de se faire précéder d'un porteur de torche quand il reviendrait de souper et de se faire escorter de joueurs de llùto®, même quand il ne fut plus qu'un simple citoyen [privatus). A'AmXin^ Paulus, qui dans son consulat (255) avait également remporté une victoire navale, se vit ériger aussi une colonne rostralo, surleCapitole cette fois '. Une autre nouveauté inventée par l'orgueil des nobles, est le surnom de Met^sala, par lequel M. Valorius Maximus perpétua le souvenir du service qu'il avait rendu en prenant Messine [Messana) l'année de son consulat (263) ^ Mais ces symp-
') Liv., ep. 16. Val. Max.,2, '., 7.
2) Liv., 8, 13. Cf. Plin., n. h., 34, 5, 6, 20.
»j Plin., n. h., 34, 5, 11, 20. Qiiintil., 1, 7, 12. Mommsen l. L. A. S. 37 Ritschl P. L. M. lab. XCV.
8) Liv., ep. 17. Cic., Sen., 13, 44, Val. Max., 3,6, 4. [Aur. Vict.] vu: ill. 38, Cf. Lex Jul., col. Gen., c. 62 (Ephera., epigr., tome III, S. 91).
^) Liv., 42, 20.
") Macrob., Sut., 1, 6.
III, Gj coNorÈTi': de l'itaf.!!:. imu:mikiu: (.iîf.rkk piinmouf. '{77
tomes témoig"nent plutôt de la joie naïve causée par ces services que d'une vanité dangereuse. Sans cette fierté bien pardonnable, Valerius (qui introduisit aussi à Rome le cadran solaire)', n'aurait jamais songé à favoriser le développement des arts à Rome, comme il le fit en chargeant un peintre de retracer sur les murs de la Ciiria Hostilin la victoire qu'il avait remportée sur les Carthaginois et sur le roi Iliéron ".
Au point de vue religieux, il est certain que^ dès cette époque qui célébra pour la troisième fois les jeux séculaires (249)", les Romains attachaient presque toute l'importance àla forme des cérémonies, dût-elle être remplie au moyen d'une fiction : On sait que ce fut le cas lors de la déclaration de guerre à Pyrrhus \ Plus la carrière publique devenait glorieuse, moins les nobles patriciens étaient disposés à revêtir les vieux sacerdoces patriciens - qui gênaient la carrière politique ^ Mais il serait exagéré de conclure de cette tendance à une irréligiosité générale de la noblesse entière. On ne saurait arguer non plus du mépris sacrilège témoigné par le consul P. Claudius Pulcher pour les auspices ; à la bataille de Dréprane (249) les poulets sacrés refusant de manger, il les fit jeter à la mer on disantjroniquoment: « Faites-les boire «^ Cet exemple n'est pas plus décisif que le dédain avec lequel le censeur Appius Clau-
<) Plin., n. h., 7, 60, 214. Censor., 23.
2) Plin., n. h., 35, 4,7,22.
3) Censorin., 17, 10.
*) Comme les formes du droit fécial exigeaient que pour déclarer la guerre au roi d'Épire le pater patralus allât jeter une lance au delà de sa frontière, on vendit à un prisonnier épirole un champ dans la région du cirque Flaminius; on déclarât ce champ, territoire ennemi {ager hostilis) et la lance fut plantée dans une colonne érigée devant le temple de Bellone. (Fest., ep. p. 33. Serv., ad. Mn., 9, 53.) [N. D. T.]
^) Liv., ep. 19. Val. Max., 1, 1, 2. [N. D. T.J
6) 11 était impossible de cumuler les fonctions de Hex sacrificulus avec aucune magistrature; aussi le duumvir naval L. Cornélius Dolebella les refusa obstinément en 179 (Liv., 40, 42). Une fois déjà elles étaient restées deux ans vacantes. (Liv., 27, 6 et 36.) A. Postumius, tlamine martial, ne put quoique consul (242), s'éloigner de Rome (Liv., ep. 19. Val. Max., 1, 1, 2. Tac, Ann., 3, 71). [N. D. T.]
') Liv., ep. 19. Cic, Nat. deor., 2, 3, 7. divin. 1, 16, 29. 2, 33, 70. Schol., Balb., p. 337. Suet., Tib., 2. Val. Max., 44, 3, 8, 14. 2, 26. Sprv.,arf Mn., 6, 198.
dius, son père, avait traité les pontifes, d'autant plus qu'un châtiment sévère atteignit P. Claudius Pulcher.
Les paroles blasphématoires de la sœur de Claudius ne sauraient davantage être invoquées afin d'attester un mépris général do la noblesse pour le peuple. Gênée par la foule, elle proféra le souhait que son frère vécût encore pour en éclaircir les rangs par une nouvelle bataille deDréprane. Elle futaccusée et condamnée pour offense à la dignité du peuple romain (246)'.
La situation de la noblesse l'exposait à bien des tentations après une guerre fortement démoralisante, d'autant plus qu'elle était dirigée contre unpeuplecommerçant d'outre-mer et revêtait un caractère bien différent des précédentes. Un nombre croissant de nobles s'écartait des principes sévères du temps de Fabricius et de Curius, dépouillant peu à peu l'esprit religieux et l'humanité; les censeurs P. Sempronius Sophus et M. Valerius Maximus Messala rayèrent seize sénateurs (2o2)\
Mais cette corruption de quelques individus n'empêchait pas la noblesse envisagée dans son ensemble de bien diriger l'État; les talents et les caractères ne lui manquaient pas; et malgré quelques fautes qu'expHque la nouveauté d'une guerre maritime, son gouvernement fut énergique et inspiré d'un sentiment exact du rôle assigné à Rome. On peut blâmer le découragement momentané qui saisit le sénat; deux fois après d'énormes pertes sur mer, en 2o3' et en 249 \ il renonça à ridée de décider de l'issue de la guerre avec sa flotte ; mais on lui doit des éloges pour la résolution dont il témoigna de nouveau presque aussitôt. A plusieurs reprises dans un court laps de temps, des flottes puissantes furent armées" et Taristocratie des riches mit un grand dévouement à équiper à ses frais des vaisseaux entiers ® ; ces faits témoignent d'une facilité à
') Liv., ep. 19. Suet., Tih., 2. Gell., 10, 6. Val. Mfix., 8, 1. damn.,
2) Liv., ep. 18.
3) Polvb., 1, 39. Zon., 8, 14. App. Sic, 1. Eutrop., 2, 23. *) Polyb., 1, 55. Zon., 8, 16.
5) Polyb., 1, 20 et 38. Plin., n. h., 16, 39, 74, 192.
6) Polyb., 1, 59.
III, 6] CONQUÊTE DE l'iTAUE. PREMIÈRE GUERRE PUNIQUE 379
supporter la plus grande tension de forces' et d'un patriotisme qui vraiment ne sont pas chose commune.
Il n'est pas une seule fois question de querelles survenues à l'intérieur de la noblesse entre les éléments patriciens et plébéiens. L'élection du plébéien Ti. Coruncanius au souverain pontificat est une preuve que toute jalousie réciproque avait disparue.
L'attitude de la noblesse vis-à-vis des magistratures resta la même en général. Le premier conflit entre la noblesse et un magistrat fut soulevé en 249 par le turbulent et orgueilleux Claudius Pulcher'. Il agit cette fois tout à fait selon l'esprit de son père ; lorsqu'il eut perdu la bataille de Drépane, le sénat lui ordonna de nommer un dictateur ; il répondit en désignant un de ses affranchis, un scribe ou un huissier, M. Claudius Glicia\ Ce scandale contribua à l'abandon de la dictature dont on avait fait tant d'usage dans la guerre du Samnium. Glicia fut forcé d'ailleurs d'abdiquer et remplacé par un autre dictateur, que nomma Claudius ou son collègue L, Junius, on ne sait'. A. Atilius Calatinus, choisi dans ces circonstances est le seul dictateur qui ait conduit une armée hors d'Italie ; il alla en Sicile. La noblesse dirigée par l'intérêt de son gouvernement aristocratique, pouvait craindre la toute-puissance d'un dictateur dont Yimperium s'étendait sur tout l'Etat ; on invoqua des motifs religieux pour affirmer qu'un dictateur ne pouvait sortir d'Italie, ni diriger une guerre". On aurait tort d'accuser à ce sujet la noblesse ; elle prenait des précautions contre les ambitions éventuelles de quelques-uns de ses membres qui eussent pu mettre en péril le régime républicain; les nobles devaient être convaincus qu'une atteinte à l'organisation qu'ils dominaient serait une atteinte à l'existence même de la constitution. Il fallut trouver de nouveaux moyens pour parer aux inconvénients de changements trop fréquents dans la direction des affaires mili-
') Polyb., 1, 13 et 64.
2) Diod., 24,3.
3) Liv., ep. 19. Suet., Tih., 2.
*) Liv., ep. 19. Zon., 8, 15.
^) Liv., 27. Dio C, 36, 17. 42, 21.
380 I.E OOUVERNE.MEXT DE LA NOBLESSE [III, 0
tairt'S ; lo principal était quo les chofs nouveaux commençaient par faire payer assez cher l'expérience qui leur manquait '.
Outre la prorogation de r/m/;mif<??z plus fréquemment employée, les sources le disent positivement*, outre les dispenses multipliées du plébiscite de 342, dispenses accordées à des chefs éprouvés, on eut recours à la nomination d'un second préteur (242) \ Cette création a pu avoir pour cause immédiate les intérêts judiciaires auxquels ne pouvait suffire un seul préteur, même aidé de préfets [pi\rfccti JKi'i <Hc>mdo) ; mais on y trouvait Tavantago d'augmenter le nombre des chefs militaires disponibles sans nommer un dictateur; on chargeait un des préleurs do commander une armée '.
La création de ce second prétour [prsetor peregruma) à côté du premier [prœtor iirbamis), est la seule innovation j)Ositive apportée dans le système des magistratures au cours de la première guerre punique. L'influence de la noblesse sur l'Etat n'aurait pu que g'agner à une certaine augmentation dans le nombre des magistrats pourvus de Yimperium, puisque tous les préteurs, d'après la loi Ovinia, auraient été inscrits sur les listes sénatoriales par les censeurs ; il faut donc reconnaître l'esprit conservateur qui empêcha la noblesse de changer les choses plus qu'il n'était strictement nécessaire. Non moins honorable est le zèle avec lequel les nobles prirent soin de garantir la considération du consulat contre les prétentions possibles des préteurs magistrats inférieurs mais charg-és eux aussi de commander les armées. La preuve en est dans la décision d'Atilius Calatinus à propos de la querelle survenue entre le vainqueur des îles Egales, le consul C. Lutatius Catulus et son préleur Q. Yalerius ; ce dernier réclamait le triomphe pour lui aussi en raison de la part qu'il avait eue à la victoire à côté du consul ^
Selon l'hypothèse de Mommsen, on aurait créé à la fin de la guerre une nouvelle magistrature, les décemvirs chargés
') Zon., 8, 10.
2) Cf. p. ex. Liv., i'p. 18. Val. Max., 'i, 4, 6. ,
3) Liv., ep. 19. Lyd., mag., 1, 38. 45.
*) Zon., 8, 17. 18. Val. Ma.K , 2, 8, 2. Liv.. .7), 10. Polvb., 2, 23. "•) Val. Max., 2,8, 2.
m, 6] CONoUKTl!; UE LlTALlIi. l'HEMlÈKE GULKRE l'UiNiyUK 381
de négocier la paix, décemvirs nommés par le peuple ; mais ces fonctionnaires cités par Polybo * pourraient bien n'être que les dix ambassadeurs [decem lerjati) envoyés d'habitude en pareille occasion par le sénat.
Malgré ses qualités, malgré son patriotisme, la noblesse fut amenée pendant la première guerre punique à accentuer son antagonisme vis-à-vis du peuple. La faute n'en est pas à la noblesse seule ; une part revient aux circonstances que nous avons signalées. L'intérêt public défendait de laisser arriver au consulat des hommes nouveaux. Plus devenait difficile le gouvernement de l'État, plus les nobles s'élevaient au point de vue de Tesprit politique au-dessus du niveau moyen où nombre d'hommes du peuple atteignaient encore aux temps des guerres du Samnium et de Pyrrhus. La restriction des choix de magistrats dans un certain nombre de familles patriciennes et plébéiennes fut favorisée par l'augmentation du nombre des questeurs portés à huit et la conséquence qui s'ensuivit dans la composition du sénat. Autrefois nombre de citoyens étrangers à la noblesse y siégeaient à côté des nobles '; maintenant les jeunes nobles qui passaient par la questure (quarante en cinq ans, l'espace entre deux lustres) et acquéraient ainsi une sorte de droit à pénétrer dans le sénat, étaient assez nombreux pour qu'on ne put plus y inscrire qu'en petit nombre les simples citoyens étrangers à la noblesse. Ce lieu entre la noblesse et le peuple s'affaiblissait comme l'autre.
De plus, le peuple descendait, au point de vue matériel et moral, au-dessous de son ancien niveau, sans qu'on puisse reprocher à la noblesse d'être directement la cause de celte décadence. Il ne dépendait pas d'elle de supprimer les ruineuses conséquences d'une guerre qui dévorait des vies humaines par centaines de mille pendant laquelle en cinq ans (252-247) le chiffre des citoyens tombait de 297,797 à 241,212 (peut-être à 261,212)' si bien que les Romains en furent réduits finalement à prendre à leur service les mercenaires
') Polyb., 1, 63.
-) Diof]., 23, 23 el 5) Liv., ep. 18, 19.
382 LE GOUVERNEMENT DE LA NOBLESSE [IIl, 6
celtes qui désertaient celui de Carthagc '. La décadence du bien-être matériel est attestée par la substitution du triens à la livre comme unité, mais cette substitution est une consé" quence de la centralisation à Rome de la frappe de l'argent et de plus elle eut lieu avant le début de la guerre ; mais pendant la guerre la monnaie fut altérée au point de substituer comme étalon le sextans au ti'iens^. Il est clair que les paysans et les prolétaires eurent plus à souffrir de ces mesures que les nobles qui, sauf exception, étaient riches. L'appauvrissement ne pouvait être enrayé ni par les fondations de colonies nombreuses à cette époque ni par le butin que les soldats rapportèrent du pillage des riches cités grecques et puniques de la Sicile'. Ces satisfactions données à la cupidité* contribuèrent au contraire, avec l'influence corruptrice de la vie maritime, à ruiner la simplicité de goûts et d'habitudes: sinon ces qualités auraient suffi pour rJ'parer des pertes subies pendant la guerre, à force de travail et d'économie.
Toutefois la scission entre la noblesse et le peuple n'eut pas été si profonde si les nobles et la classe des capitalistes qui servaient dans la cavalerie ne se fussent de plus en plus élevés au-dessus du peuple. Une preuve en est la réforme^ des comices
1) Zon., 8, 16. Polyb., 2, 7.
2) Plin., n. /i., 33, 3, 13, 44. Fest., p. 347. cp. p. 98. Varr. r. r. i, 10.
3) P. ex. Polyb., t, 19.
') Polyb., 1, 11.
'') Les deux passages essentiels sur cette réforme mal connue sont : Dion., 4, 21. Liv., 1, 43. Nous les donnons in extenso :
O'jTOç h x6a-[Aoç Toû ■TCoXtxeyiJ.aTCi; inX TioXXàç o'.éjaeivs ysvîàç qpu)>aTTÔjAîvo; Otio Twv 'PwfAaîwv £v ôà Toîç xa6' r,|J:âç "X£x!vr,Tac -/pôvot? y.a\ [jiSTaêÉoXrjTat stç to 8-/)- |XOTtx(ijT£pov àvdéyxatç xtat ^'.a.nbz\ç tff'/upotïç, ou xtov ),6-/t»v xaraX'jOévTwv, àXXà Tr,? xAv^astoç aÙTÛv ouxsTt xriv ap/atav axptéstav çuXaTToÛCTYiç, wç s'yvwv xaïî àpyatpôffiat? aùxâjV uoXXâxi; Tiapwv.
(( Nec mirari oportet hune ordinem, qui nunc est post expletas quinque et triginla tribus, duplicato earum numéro centuriis juniorum seniorumque, ad instiLutam ab Servio TuUio sunimam non convenire quadrifariam enim urbe divisa regionibusque, ex collibus, qui habitabantur, partes eas tribus appellavit... neque eae tribus ad cenluriarum distributionem numerumque quicquam perlinuere. »
M. Lange admet que dans chacune des trente-cinq tribus ou forma dix centuries, deux de chaque classe {senioves et junior es); la centurie prérogative était tirée au sort parmi celles de la première classe. Voir entre autres textes Liv., 10, 22. 24, 7 et 9. 26, 18 et 22. 27, 6 et 21. 29, 22. 31, 6 et
III, 6] CONOLIÈTE DE l'iTALIE. l'REMlÈRE GUERRE PUNIQUE 383
Cfinturiates entreprise à la fin de la 'guerre *. La classe des capilalistes perdit la prérogative des 18 centuries de chevaliers parce qu'il était devenu clair que ses intérêts n'étaient pas les mêmes que ceuxdu peuple. Les cavaliers de cette classe quiservaient dans les légions étaientjadis traités avec la même sévérité que les autres soldats '; maintenant ils se tenaient, prétention peu républicaine, pour supérieurs aux piétons. Quatre cents d'entre euxrefusèrent de travailler aux retranchement ordonnés par le consul C. Aurelius Cotta ; les censeurs de 2o2 M. Valerius Maximus et P. Sempronius Sophus les privèrent du cheval de l'Etat et les reléguèrent au rang d'œmm \ Le même consul dut faire frapper de verges un tribun militaire de la noble race des Valerii '*. La scission du peuple en pauvres et riches, gens de haut et gens du commun était une nécessité intime , inéluctable. La classe des capitalistes qui s'imposait d'ailleurs des sacrifices pécuniaires que le pauvre peuple n'aurait pu faire ^ n'est pas plus responsable que la noblesse de cette évolution.
La distance augmentait de la noblesse au peuple; elle augmentait aussi des Romains à leurs sujets italiens. Rome exerçait une domination sévère sur les cités fédérées et les citoyens privés du droit de suffrage ; cela ressort de ce fait que malgré les vicissitudes de la guerre, aucun soulèvement notable ne se produisit en Italie. Pendant cette époque, les Romains
7. 37, 47. 43, 16. Cic., in Verr. accus., 5, 15, 38; pro Flacc, 7, 15. in Pis., 5, 11. 40, 96. p. red. ad. Quir., 7, 17. Mur., 26, 54. 35. 73. Plane, 20, 49. Phil , 2, 33, 82. 7, 0, 16. ad. q. fr., 2, 15. ad fam. acad. prlor. 2, 23, 73. de Lcy., 3, 3, 7. 3, 19, 44. de Rep. 4, 2, 2. Brut., 67, 237. de Div., 1, 45, 103. 2, 35, 74. 2, 40, 83. Q. Cic, de pet. cons. 5, 18. 8, 29, 32. 14, 56. Ascon.,p. 95. pr. Ascon., p. 139. Sali., Jug., 86. de Rep. ord., 2,
8. [Aur. Vict.] de Vir. ill., 57. Val. Max., 6, 5, 3. Lex agraria 37. I. L. A. p. 81.Gell.,6 (7), 13. Serv., ad Verg. Aen., 7, 716, Auson., Grat. act. p. 287 et 293 Fest., p. 249, tribus praerogativae. [N. D, T.]
') A l'appui de cette opinion cf. Liv., 24, 7-9. 26, 22. 27, 6. M. Lange adopte la date de 241 connue de C. Aurelius Cotta et de M. Fabius Bateo, en s'appuyant sur ce fait que c'est alors que, pour la dernière fois, on créa une tribu; elle reçut le nom significatif de Quirina. [N. D. T.]
3) Val. Max., 2, 9, 7. (Frontin.) Strat,, i, i, 22. *) (Frontin.) 4, 1, 30.
°) Polyb., 1, 59.
384 LK GOUVlIKNEMIvNT UE LA NOBLESSE [111, 6
assurèrt'iil Juur domination par rétablissement de nouvelles colonies latines;
Firmiim dans le Picenum (264)'.
jEseniia dans leSamnium (263) '^
Brundisium en Calabre (244) '.
Spoletium en Ombrie (241)'.
Et do colonies romaines :
/Esium ou ^Etis on Ombrie (247j.
^4/s^Mm en Etrurie(247) ".
Fregenœ en Elrurie (245) ^
Un signe de ^sévérité des Romains est la réduction de l'unité de la livre au triens; combinée avec la concentration à Rome de la frappe de l'argent à dater de 268, elle eut pour résultat de supprimer le droit qu'avaient les cités fédérées de frapper monnaie. Les alliés ot les sujets italiens obéissaient non par amour de Rome, mais par sentiment de leur impuissance, car il y eut quelques émeutes. En 260 les alliés {socii) se soulevèrent .dans le camp de Sicile, parce qu'on avait réparti les récompenses d'une manière injuste ^ Plus dangereuse encore fut l'insurrection tentée à Rome même, avec le concours des esclaves, par les Campaniens destinés au service de la flotte ; heureusementle chef dos Campaniens, Herius Polilus avertit k temps les Romains et fît échouer ce projet insensé ^. Aussitôt après la lin de la guerre les Falisques coururent aux armes ; il suffit de six jours pour les soumettre et leur infliger une rude punition ^.
, Ce qui contribua le plus à élargir le fossé entre les citoyens romains et le reste de la population, c'est que la noblesse n'ayant plus occasion d'accorder aux villes italiennes récem-
') Vell., 1, 14.
-) Vell., /. cit. Liv., ep. 16.
^) Vell., /. cit. Liv., ep. 19.
■') Vell,, /. cit. Liv., ep. 20.
'■') Vell., /. cit., se trompe en nuimuanl .Etuluiu uu peuL-èlrc .'Eluluin une localité du Latium, au lieu tl'yEsis. Cf. Strab. , 5, 2, 20. Plin., n. h., 3, 14, 19, 113. Plol, 3, 1, 53. Orell., ittscr. 3899 et 3900.
^) Vell., /. cit. Liv., cp. 19.
') Zon., 8, 18. Polyb., 1, 2i.
") Zon., 8, 11.
'•') Liv., cjy. 20. Polyb., 1, 65. Kulr., 2, 28. Zon., 8, 18.
III, 6] CONQUÊTE DE l' ITALIE. PREMUiUE GUEUlîE PUNIQUE 383
ment conquises le droit de cité, sine suffrcKjio, qui formait une condition intermédiaire, étendit le droit de suffrag-e à ceux qui ne l'ayant pas, faisaient preuve de fidélité. Il n'y a que quelques cas isolés où ces extensions nous soient connues; mais elles sont révélées par la création de deux nouvelles tribus [Velina et Quirina). A la fin de la guerre, en 241, les censeurs C. Aurelius Colta et M. Fabius Buteo * comptent de nouveau 260,000 citoyens '. Depuis 299 on n'avait plus créé de nouvelles tribus et ce fut la dernière fois qu'on le fit. Le nom de la trente-cinquième, Quirina^ était certainement choisi à dessein et le nombre de trente-cinq nous est présenté par les écrivains postérieurs comme immuable". Il est probable que la noblesse forma le plan d'inscrire peu à peu dans les iribusles citoyens encore privés du droit dévote, mais de ne plus conférer aux fédérés ni le droit de cité complet, ni le droit de cité, sine suffragio^ considéré comme un acheminement vers l'autre. Elle resta fidèle à ce plan dans la suite, supprimant les distinctions entre la condition légale des citoyens^ accentuant d'autant plus la sujétion de fait de ceux qu'on appelait fédérés. Ce plan était une conséquence nécessaire de l'attitude prise auparavant vis-à-vis des sujets. La noblesse ne pouvait étendre le droit de cité plus qu'il ne l'était au moment de la formation de la trente-cinquième tribu ; elle eut risqué de chang-er du tout au tout l'organisme constitutionnel; il eut fallu priver de toute participation directe au gouvernement les citoyens souverains, tentative évidemment impraticable. La constitution donnée à Rome et qui avait suivi sondéveloppement historique était devenue trop étroite pour sa grandeur actuelle; ce n'était pas la faute delà noblesse, mais la conséquence de ses énergiques efforts pour augmenter la puissance de l'Etat. La noblesse redoute désormais tout élargissement de la cité mais ce n'est pas pour les mêmes raisons que le patriciat d'avant 367. Tandis que les patriciens étaient mus par des vues de parti égoïstes, lorsqu'ils craignaient un
') Liv., qj. 19.
2) Hieron., chrtm. ap. 01., 13 i p. 123, éd. Schœne.
=') Liv., 1, 43.
IJ86 LK GOUVEUNKMl^NT Dli L\ NolJLKSSli flll, 6
accroissemenl des pléboictis et de leur importance, la noblesse de 2il était certainement d'accord avec les citoyens souverains pour ne pas trop eu accroître le nom])re, ce qui eut été dommageable à l'Etat.
Le nivellement des différences légales créécsà rinlérieur de la cité et la reconnaissance cllective de sa souveraineté de plus eu plus marquée à l'encontre des sujets de Rome, out aussi été amenés par la réforme des comices centuriates. Le but de cette réforme fut de rapprocher de la forme démocratique des comices tributes et des assemblées de la plèbe, les comices centuriates organisés tout autrement et dont le maintien du nombre primitif des centuries et les modifications survenues dans la répartition des fortunes accentuaient le caractère aristocratique.
Il paraît vraisemblable que cette réforme coïncida avecl'instilulion des deux dernières tribus et fut l'œuvre des censeurs C. Aurelius Cotta et M. Fabius Butes lorsqu'ils dressèrent la liste des citoyens par classes et centuries [descriptio classium et centuriarum) en 24d . Tandis que la noblesse se rapprochait de plus en plus de l'olig-archie sans y viser positivement, on comprend que dans le peuple, quoique satisfait de la loi Hortensia, aient dû, sous la pression des circonstances, se manifester de nouvelles velléités démocratiques. Il y avait longtemps que les classes et les centuries n'avaient plus de signification militaire. Les classes inférieures fournissaient beaucoup plus de soldats qu'elles n'auraient été tenues de le faire, d'après la constitution primitive, étant donné le petit nombre de leurs centuries. Une grande partie des prolétaires servaient aussi, et il eut été parfaitement juste de supprimer les comices centuriates et de remettre leurs attributions aux comices tributes présidés par des magistrats patriciens, ou bien aux assemblées de la plèbe dont la souveraineté était hors de conteste depuis la loi Hortensia. On n'alla pas si loin, on se contenta d'égaliser le nombre de centuries fourni par chaque classe et de transmettre aune centmie, tirée au sort parmi celles de la première classe la prérogative des dix-huit centuries équestres. Ceci est une preuve de la modération du peuple et de l'esprit conservateur qui animait la noblesse et rcmpèchait de toucher plus
ni, ()] CONQUÊTE DE L^ITALTE. PREMIÈRE GUERRE PU.NIOUE 387
qu'il n'était indispensable aux fondements de la c..nstiluli.,n Il n est pas vraisemblable par conséquent que les affranchis' propriétaires fonciers, aient été inscrits dans les tribus rustiq ues et les centuries selon la règle proposée par Appius Claudius tœcus; SI nous y trouvons en 220 des affranchis', d'autres raisons l'expliquent.
Il se peut que la noblesse ait été contrainte à cette réforme par des propositions tribuniciennes auxquelles il lui fut impossible d échapper et que les consuls durent inscrire dans la loi centuriate de censoria potestate ; il se peut aussi que ce soit une concession que la noblesse fit de son propre mouvement pour prévenir des exigences plus radicales. La nécessité dont parle JJenys^ à propos de cette réforme doit être entendue non pas de la réforme primitive, mais de la nécessité qui s imposa de la remettre en vigueur après Sylla; les discordes signalées par Salluste {discordiarum et certœnhiis utriusque finis fuit secundum bellimi pimicum)\ sont les luttes qui se prolongèrent de 232 à 216, à moins qu'on ne veuille placer la reforme en 220 sous la censure de Flaminius.
Quoiqu'il en soit, le progrès dans le sens démocratique, realisepar cette reforme des comices centuriates, est purement apparent. Ce que la noblesse perdit par la suppression de la prérogative des centuries équestres et l'égalisation des droits eiilre les classes, elle le retrouva grâce aux relations de cliente e qui lui subordonnaient les citoyens pauvres, et grâce a 1 ick'utité d'intérêts entre les classes aisées et le sénat\ Les attributions restées aux comices centuriates depuis la loi Hortensia, élection des consuls, préteurs et censeurs; juridiction capitale rarement appliquée, vote de la guerre [lex de bello indicendo) et de la loi de censoria potestate, étaient de telle nature que la noblesse, forte de sa situation et de l'influence du sénat, pouvait compter diriger, en temps normal, les comices centuriates même sous leur forme plus démocratique.
') Liv., cp. 20, 2) Dion., 4, 21.
^) Sali., hist., 1, 90.
^) Polyb., G, 17.