‹ Histoire intérieure de Rome jusqu'a la bataille d'Actium. Tirée des Roemische Alterhümer de L. Lange (volume 2)Chapitre 54 sur 82 · CHAPITRE HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIEME

l'épooue de la seconde guerre punique

La seconde guerre punique (218-201) fut provoquée par une querelle survenue entre les Romains et les Carthaginois à propos de Sagonte. Quoique celte ville fût située au sud de rÈbre dans la sphère d'action de Carthage, les Romains profitant de ce qu'elle était indépendante, violèrent le pacte conclu avec Hasdrubalet signèrent un traité d'amitié avec Sagonte*. Ce fut la cause de la guerre. Il fallut la grandeur du danger couru par la patrie pour contraindre les partis à l'accord pendant la durée de la guerre. Cet accord forcé arrêta le progrès des divisions que faisaient prévoir les luttes de Flaminius et de la noblesse.

Une fois encore Rome prouva toute la force de son organisation par sa résistance invincible, et finalement victorieuse, au génie d'Hannibal". Il est vrai que les conséquences ruineuses de cette guerre de dix-sept ans et de cet effort prodigieux épuisèrent l'État; l'évolution qui suivit fut d'autant plus désastreuse.

Après les victoires d'Hannibal au Tésin, b la Trébie, au lac de Trasimène (217) la crainte fut telle à Rome, que la noblesse crut nécessaire de montrer au peuple une condescendance inaccoutumée. C. Flaminius était mort, l'autre consul A. Servilius Geminus était en Gaule, on ne pouvait donc nommer de dictateur. On fit élii'e par le peuple probablement réuni en comices tributes sous la présidence du préteur, un dictateur et

') Polvb., 'S, 15, 21, 29 et 30. Liv., 21, 2, 18 et 19. App., Ibrr., 7, 10 cl 11. Eutrop., 3, 7, Gros., 4, 14.

2) Pûlyb., 9, 22 et 26, 10, 33. 11, 19. Liv., 21, 4. Diod., 29, 22. Dio G., IV., 5'i B.

m, 8] SECONDE GUERRE PUNIQUE 413

un maître de la cavalerie'. C'était une mesure exceptionnelle, et une reconnaissance formelle de la souveraineté du peuple. Il eut le bon sens de reconnaître cette confiance par l'élection à la dictature du plus prudent des membres de la noblesse, Q. Fabius Maximus Verrucosus. La noblesse, par un nouvel hommage à la souveraineté populaire, lui demanda son consentement pour célébrer une cérémonie religieuse jugée indispensable, un ver sacrmn'.

Ces concessions de la noblesse disposèrent le peuple à suspendre pour la durée de la guerre le plébiscite de 342; le décret fut d'ailleurs demandé sous une forme telle qu'il semblait délivrer la souveraineté populaire d'une entrave gênante. Un sénatus-consulte proposé à la plèbe et voté par elle décida que pendant la durée de la guerre le peuple aurait le droit de réélire les anciens consuls aussi souvent qu'il lui plairait^ La suspension du plébiscite de 342 était évidemment dans l'intérêt du peuple à qui auraient nui de trop fréquents cliang-ements dans le commandement'. Mais elle était plus favorable encore à la noblesse, cela est hors de question ; son gouvernement n'avait qu'à gagner à voir les nobles plus énergiques occuper le consulat. En fait, Q. Fabius Maximus Verrucosus et M. Claudius Marcellus furent chacun cinq fois, Q. Fulvius Flacus quatre fois, élus au consulat avant ou pendant la seconde guerre punique.

Ces concessions réciproques ne suffirent pas à rétablir .un accord durable ; le reproche de l'avoir rompu doit frapper non la noblesse, mais le parti populaire. La méthode suivie à la guerre par le dictateur Fabius, méthode qui lui valut son surnom de Cunctator et qui sauva l'Etat, excita le mécontentement du peuple ; ses orateurs croyaient que la noblesse prolongeait à dessein la guerre pour dominer plus sûrement le peuple. Le maître de la cavalerie M. Minucius Rufus, parent du dictateur de 221 qui portait le même nom, bien disposé pour le parti

') Polyb., 3, 87 et 103. App., llamx., 11. Plut., Vah , 4. Zon., 8, 25; cf. I. L. A. p. 288.

2) Liv., 22, 9eU0. Plut., Fab., 4.

3) Liv., 27, 6.

*) Liv., 24,7.

M\ LK (iOUVEHNEMENT DE LA NOIiLESSE [111, 8

populaire, attisa le mécontentement'; un tribun du parti de FJaminius,M.Melilius déposa la proposition inouïe jusqu'alors, d'accorder au maître de la cavalerie un impcriiim égal à celui du dictateur'. Ce plébiscite [plebiscitnm MetiUmn) fut volé; l'insubordination du maître de la cavalerie contre son dictateur, pardonnée jadis, mais non pas approuvée chez le grandpère de Fabius, se trouva celte fois sanctionnée par une mesure qui supprimait la raison d'être de la dictature!'. Fabius, dans l'intérêt de l'État, se soumit à ce caprice irréfléchi du peuple souverain ; il eut la satisfaction de voir M. Minucius lui-même reconnaître le mal fondé du plébiscite. Néanmoins le parti populaire se trouva au bout de l'année si surexcité qu'une lutte électorale violente se produisit.

Le dictateur L. Veturius Philo nommé pour tenir les comices dut abdiquer pour voie de forme {yitio creatus)'; on en vint à un interrègne et le peuple irrité autant contre la noblesse plébéienne que contre la noblesse patricienne rejeta les candidats très considérés qu'elle présentait pour élire un opposant décidé, un vrai plébéien [vere plebeius) c'est-à-dire un homme nouveau, G. Terentius Yarro. De basse extraction, fils d'un boucher enrichi % il s'était fait connaître comme démagogue*, sans doute dans l'agitation dont Flamiuius avait été l'àme ; il avait revêtu la questure, les deux édilités, la préture' et s'était encore recommandé au peuple en dernier lieu par son zèle pour le plébiscite de Metilius^ Effrayée par ce choix, la noblesse fit les derniers efforts pour donner à Varron un collègue dont les capacités militaires étaient connues, L. ^Emilius Paulus (consul déjà en 219), et pour mettre en des mains expérimentées les quatre places do préteurs \ Les assemblées

') Liv., 22, 12 el 14. Polyb., 3, 90. Plut., ¥ah., .5.

2) Liv., 22, 25 el seq. 28, 40. Polyb., 3, 103 et 106. App., Hanii., 12. Plut., Fab., 9. Dio C, fr., 57, 17 et 20 B. Zon., 8, 26. Val Max., 3, 8, 2. 5,2, 4. [Aur. Vicl.] virilL, 43, I. L. A. p. 288.

3) Liv., 22, 7.

*) Liv., 22, 33.

S) Liv., 22, 25.

'■•) App , Ihmn., 17. Uio C, fr., 57, 24 B. Zon., 9, 1. Plut., Fab., 14. ') Liv., 22, 26. Val. Max., 1, 1, 113. «) Liv., 22, 34 et scq, '■'} Liv., 22,35.

III, 8] SECONDE GLEHUK l'UNIOUE 415

démagogiques réunies par Varron avant son départ* et dans lesquelles il apparut aux nobles comme un adversaire pire que Flaminius', eurent un dénoùmont tragique , le désastre de Cannes qui dépassait tous les précédents; le zèle inconsidéré de Varron en fut certainement la cause'.

C'est alors seulement que le peuple eut la sagesse de s'en remettre à la noblesse pour la durée de la guerre; il faut reconnaître que les membres de la noblesse qui donnaient le ton se montrèrent dignes de cette confiance, et déployèrent une énergie et une patience admirable dans l'exécution d'une tâche presque surhumaine'. Le chef de la noblesse était nettement Q. Fabius; malgré son étroitesse de vues sur les questions sociales, en temps d'épreuve, lorsque celles-ci furent ajournées par la force des choses, il s'éleva à toute la hauteur du patriotisme romain. Déjà pendant sa dictature, son attitude en face du plébiscite démagogique de Metilius, non moins qu'en face d'une misérable intrigue du Sénat, avait montré à quelle hauteur il plaçait l'intérêt public au-dessus de basses inimitiés, qu'elles vinssent du peuple ou de la noblesse. Le sénat lui avait refusé une somme insignifiante pour un échange de prisonniers, il la paya de ses deniers à Hannibal^ Immédiatement après la bataille de Cannes, il tira le peuple de sa stupeur et lui rendit l'énergie par le courage dont il fit preuve ^ Le sénat sous son influence limita à trente jours le deuil pour les morts de Cannes ^ Il décida les sénateurs à refuser le rachat des prisonniers de guerre^; il fallait assurer pour l'avenir le courage des soldats. Sur son conseil encore on leva non seulement toute la jeunesse en état de porter les

') Liv., 22, 38.

-) Liv., 22, 39.

3) Polyb., 3, 116. App., Hatin., 18-25. n Polyb., 3, 118.6, 1. • «) IJv., 27, 11. 30, 26.

•■•) Liv., 22, 23. l^lut., Fab., 7. Dio C, fr., 57, 16. 36 B. Val. Max., 3, 8 2. A 8 1

^) Li'v.,'22*, 55. Plut.,Frt6., 17.

») Liv., 22, 56. 3i, 6. Plut., Fah., 18. Val. Max., 1, 1, 15.

«) Liv., 22, 59 et seq. 34, 3. Polyb., 6, 58. PluL, Marc, 13.

armes *, mais huit mille esclaves achetés à leurs maîtres", cl même six mille prisonniers pour dettes et pour crimes^ Il faut accorder une mention spéciale à la démarche faite par Fabius dans l'intérêt de l'accord entre le peuple et le sénat; il sut se vaincre assez complètement pour aller avec un grand nombre de sénateurs à la rencontre du malheureux C. Terentius Varro, rentrant à Rome, et pour le féliciter de n'avoir pas désespéré de la patrie et de s'être conservé pour elle*. La réconciliation des partis provoquée par cette démarche a fait dire à Salluste que la seconde guerre punique marque la fin des rivalités des ordres". Elle était sincère de la part des nobles, car s'il est douteux qu'on ait offert la dictature à Yarron'', on lui prorogea son imperhim pour plusieurs années'; il fut plus tard envoyé [privatus cum imperioV au roi Philippe de Macédoine"^ au roi africain Yermina'", enfin chargé d'organiser une colonie en qualité de commissaire '\

Il n'est pas douteux que Fabius a été l'auteur ou du moins le promoteur de mesures prises alors pour consolider la concorde entre les ordres , mesures plus efficaces encore que les pas faits dans cette voie aussitôt après le désastre.

La première est la révision de la liste sénatoriale opérée l'année même. La mort d'un grand nombre de sénateurs dans ces défaites meurtrières, avait tellement réduit leur effectif'^ qu'il était impossible d'attendre la prochaine censure pour rendre à l'assemblée dirigeante l'effectif nécessaire à son prestige ^^ C. Terentius Varro reçut la mission de nommer le doyen des anciens censeurs, M. Fabius Buteo, dictateur à cet

1) Liv., 27, 57.

-) Liv., 22, 57 et 59. App., Hann., 27.

3) Liv., 23, 14. Zon.. 9, 2. Oros.. 4, 16.

*) Plut., Fah., 18. Liv., 22, 61. 25, 6.

«) Sali., hisl., 1, 9 D,

6) VaL Max., 3, 4, 4. 4, 5, 2. [Fronlhi.] strat., 4, 5, 6.

') Liv., 23, 25 et 32. 24, 10, 11 el 44. 25, 3 et 6.

8) Liv., 27, 24 et 35.

») Liv., 30, 26.

10) Liv.. 31, 11.

") Liv., 31,49.

»2) Liv., 22, 49.

''^) Liv., 2,1.

m, 8J SECONDE GUKUUE I'INHJLE 417

eiW'l [die kt lu r senatus legoidi causa)\ CiOlle procédure était conlcstable au point de vue de Ja forme; il y avait déjà un dictateur [rei i/eriindœ causa), et la constitution s'opposait à ce qu'il y en eut deux à la fois; de plus M. Fabius Buteo avait été nommé avec la prescription inconstitutionnelle de ne pas prendre de maître de la cavalerie ; il était chargé comme dictateur d'une mission qui revenait aux consuls, exerçait seul un droit qui d'après la constitution exigeait l'accord de deux collèg^ues, enfin possédait pour la seconde fois les fonctions de censeur, ce qui était contraire à l'esprit de la loi de 265. Plus la décision qu'on prenait pouvait soulever d'objections, plus est évidente la volonté de la noblesse de manifester sur-lechamp son désir de réconciliation. M. Fabius Buteo fit la révision de telle sorte que saus blesser la noblesse en oubliant [pvœteritio) quelqu'un de ses membres, il sut être agréable au peuple. Il inscrivit non seulement tous les anciens édiles de la plèbe, tous ses anciens tribuns, tous ceux qui avaient été questeurs, mais aussi un certain nombre d'hommes distingués pris dans le peuple. Parmi les 177 nouveaux sénateurs, beaucoup n'appartenaient pas à la noblesse^ si on compare cette liste aux précédentes; la plupart étaient du reste pris non pas dans le petit peuple, mais dans la classe des capitalistes, ce que l'on appelait l'ordre équestre [ordo eqiœster)^.

Le désir d'entente prouvé par cette revision du sénat semble avoir inspiré un plébiscite [plebiscitum Atinium) portant que tous les tribuns de la plèbe seraient sénateurs*, ("omme les magistrats, en tant que tels, n'étaient pas sénateurs pendant la durée de leur fonction, il est à peu près certain que les tribuns, probablement aussiles édiles de la plèbe '\ se trouvèrent mis sur le pied d'égalité avec les magistrats curules au point de vue des droits à entrer au sénat. Ainsi conçu, le plébiscite d'Atinius, d'une part, est le complément de laloi Ovinia de lectioneseiiatus et le suprême effort de la noblesse pour raillerie Iri-

') Liv., 2:^ 22. l^lut., F«6., 9.

^) Liv., 23, 23.

■') Liv., ep. 23.

' ') Gell.. i4, 8.

S) Cf. Liv., 45, 15.

418 LE GOUVIiKNEMENT bE LA. NOBLESSE [111, 8

buiial (le la plèbe à ses inlérèls ; d'aulic part, c'est une réaction très naturelle contre les lois du temps de Flaniinius qui avaient cherché à émanciper de l'influence nobiliaire tribuns et édiles de la plèbe. Cette décision n'a pu être prise avant la seconde guère punique, puisqu'elle n'est pas encore en vigueur au temps de la revision du sénat par M. Fabius Buteo *. Elle ne lui est pas postérieure de beaucoup et ne saurait être reculée jusque vers 130, ou môme au delà; en efïet, elle inscrit dans la loi, une partie, la plus importante pour le peuple, des pratiques suivies par M. Fabius Buteo, s'inspirant d'un sens exact des relations politiques. En tout cas, elle doit être antérieure à l'an 209 ; celle année, les censeurs rayèrent de la liste du séual, L. Caicilius Melellus ' ; questeur, il avait été relégué par les censeurs de 214 au rang- des œrarii, et il ne serait pasquestion de son exclusion s'il n'avait été tribun de la plèbe en 213 ' et n'avait acquis un droit lég-al à entrer au Sénat '".

Il faut certainement dater de 216 la loitribunicienne Mhiucia de triumvirismensariis creandis° . C'est également un signe des efforts de la noblesse pour conserver les bonnes relations avec le peuple en prenant soin de son bien-être. Quoiqu'il ne soit pas directement aflirmé que les triumvirs s'occupaient des affaires financières de l'État '^ ^ cela est vraisemblable à cause des besoins d'argent des citoyens privés auxquels la loi Flaminia minus solveiidi avait tenté de porter remède et que d'autres faits attestent encore \ On peut donc supposer, les analogies antérieures nous y portent, qu'il s'agissait de consolider par des mesures appropriées à ce but, le crédit ébranlé des citoyens privés ^. Si nous admettons que la loi nouvelle est conçue dans le sens de la loi /*7«;;«'/i/rt minus solvendi ei pour en assurer l'exécution, cette version concorde très bien avec la composition de la commission ; on y mit des

') Liv., 23, 23; cf. 22,49.

2) Liv., 27, 11.

•'') Liv., 24, 43.

*) Cf. aussi Liv., 45, 15.

°) Liv., 23, 21.

«) Liv., 27, 51.

III^ 8' SECONDE GUERHE l'LMôLE 419

hommes de tendances populaires, notamment M. .Emilius Papus, collègue de C. Flaminius dans sa censure, M. Alilius Regulus et le tribun L. Scribonius Libo.

L'année suivante (,213), pendant le troisième consulat de Fabius, la noblesse affirma sa bienveillance pour le peuple en promulguant ou laissant passer une loi somptuaire conforme aux tendances du parti de Flaminius. Ils s'agit de la loi Oppia sumptuaria, loi tribunicienne; elle portait: ne qua mulïer plus semimciam auri haheret neu vestimento versicolori uteretur neu juncto vehiculo in urbe oppidove mit propius Inde mille passus nisi sacl'orum publicorain causa veheretur^. Elle était dirigée contre le luxe des femmes qui traduisait le plus nettement la division du peuple en riches et pauvres, et faisait pendant à la loi Metilia fullombus dicta, dirig-ée par Flaminius contre le luxe des hommes. Elle s'inspirait de la même idée, que la loi Claudia, l'idée très formelle de préserver les classes supérieures des deux péchés nationaux des Romains, le luxe corrupteiu'et l'avarice [luxuria, avaritia). La noblesse se comporta vis-à-vis de cette loi autrement que vis-à-vis de la loi Claudia ; ceci ressort de l'opposilion témoignée vingt ans plus tard par la meilleure fraction des nobles, à ceux qui voulaient abroger la loi Oppia. Evidemment la noblesse avait assez de perspicacité pour comprendre que, en face du danger de la patrie, l'intérêt pubhc exigeait des riches des sacrifices particuliers et qu'il fallait masquer autant que possible les divisions qui s'étaient produites dans le peuple. Ce n'est certes pas une raison de croire que tous les nobles aient observé strictement la loi ; un sénatus-consulte de 210 tendrait à prouver le contraire '.

Cette bienveillance de la noblesse fut reconnue par le peuple ; il consentit à un changement dans la constitution ; ce changement proposépar Q. Fabius, uni à M. ClaudiusMarcellus, devait certainement rehausser la puissance du sénat. Elus au consulat pour 214 % Fabius et Marcellus étaient tous deux absents au moment de l'entrée en charge et ne pouvaient

1) Liv., 3i, 1 t'( scq. Val. Max., 9, 1,3. Tac, Aan., 3, 33 et 34. Gros., -i, 20. Zon., 9, 17.

3) Liv., 24,9.

roiitrer à Rome pour la formalité d»; la loi curialc de ùapprio ; on décida, sur leur dcniaiidt', (juo lorsqu'uu général loniain serait (jn possession de Vimperiimi, il n'aurait pas besoin de retourner à Rome, afin de se le faire confirmer pour l'année suivanlc, il continuerait à l'exercer sans nouvelle loi curiale; Q. Fabius élait déjà consul pour Tannée 215 et M. Marcellus était proconsul'. On a dit que le terme technique pour cette continualion de Vimpeiiiim était trcmslatio ; cela n'est pas probable, car, dans un procès civil, Vcs.i)rcs?>ion trcmslatio judicii ou litis wul dire transfert d'un procès en cours, de la partie qui l'a engagé à une autre '; il ne s'agit ici que de la continuation de l'i/npcriuni à une personne qui le détient déjà. Pour cette confirmation, il fallait certainement le consentement de l'assemblée de laplcbe quoi que ce fût une simple formalité. Cette formalité élait une dérogation à la pratique en vigueur même après la loi Mœnia; elle avait cette conséquence pratique que, pour la prorogation de Vimperium^ il ne serait pas besoin d'une nouvelle loi curiate de imperio à l'occasion de laquelle on avait subordonné en principe la prorogation de ïimperium au consentement de l'assemblée plébéienne. Sentant l'utilité de cette mesure pour les affaires militaires, et confiant dans les qualités de la noblesse, le peuple accorda d'autant plus volontiers son consentement qu'il n'avait pas, jusqu'alors, fait grand usage de son droit de ratifier les prorogations de Vimperium ; l'innovation qu'il accordait en était presque la suppression. La puissance du sénat était augmentée, puisque ses résolutions pour la répartition des provinces et les prolongations de pouvoirs, ne dépendaient plus autant que par le passé de ces formalités, la patrum auctoritas et l'approbation de l'assemblée plébéienne.

L'accord rétabli entre la noblesse et le peuple se manifesta pendant la période vraiment critique de la guerre, depuis la défaite de Cannes jusqu'à la victoire remportée par M. Livius et C. Claudius Nero sur Hasdrubal à Sena Gallica, aux bords du Métaure (207). Tous les ordres rivalisèrent de dévouement

2) Dig., 3, 3, 17, 25, 27 et 40. i, 3, 7. 9, 4, 15. 20, 6, 1, 6. 38, I, 20.

III, 8] SECONDE fiUERr.E PCMOFE 421

pour supporter les charges do la guerre; le peuple et le sénat se témoignaient des égards réciproques '.

Un certain nombre d'individus se soustrayaient au service militaire-, mais le peuple, pris dans sonensemble, mettaitune grande bonne volonté 'à fournir les contingents qu'on lui demandait continuellement et à payer le tribut épuisant* auquel on soumettait tous ceux qui avaient plus de 375 as. Les propriétaires des esclaves enrôlés avec promesse d'affranchissement [volones), refusèrent le remboursement immédiat du prix de ces esclaves ". Los publicains entreprirent les fournitures pour l'armée et l'achèvement des constructions en renonçant à une partie du paiement comptant '\ Les sénateurs donnèrent l'exemple au peuple entier avec un zèle qu'on ne saurait trop louer; ils firent de grands sacrifices pécuniaires, afin d'équiper la flotte aux frais de laquelle le tribut ne pouvait suffire \ L'Etat mérita la confiance qu'on lui témoigna en déposant dans ses caisses, comme dans l'endroit le plus sur, la fortune des pupilles et des veuves ^

Le peuple fit bien entendre quelques murmures au sujet do la dureté impitoyable du sénat et des censeurs pour quiconque avait fait preuve de lâcheté pendant et après la bataille de Cannes^, comme en d'autres circonstances '°. Par esprit d'opposition, il élut questeur (214) L. C&cilius Metellus, un chevalier qui , après Cannes, avait proposé d'abandonner l'Italie " ; les censeurs de 214, M. Atilius Regulus et P, Furius Philus, l'ayant dégradé et relégué au nombre àesserarii, il n'en fut pas moins élu tribun de la plèbe pour 213*MVIais lorsqu'il voulut pro-

1) Cf. Liv., 33. 25.

2) Liv., 24, 18. 27, 11.

3) Cf. Liv., 26, 26. 27, 38 et 46.

^) Liv., 23, 31 et 48. 26, 35; cf. 39, 7.

^) Liv., 24, 11. 26, 36. 34, 6. 31, 13; cf. App., b. c, 4, 33. «) Liv., 24, 18. 34,5 et 6.

9) Liv., 22, 61. 23. 25 et 31. 24, 18. 25, 7. 26, 1 et 21. 27, 11. 29, 24. Val. Max., 2, 7, 15.

'0) Liv., 26,1. 27,7.

>') Liv., 22, 53.

12) Liv., 24, 18.

lilor (le S.1 fonclion pour accusor les conscurs, celle allaqiie conliv le palladium do la noblesse futécarlée par rinlercession (le loiis les autres Iribuns'. La dureté de l'énergique M. Claudius Marcellus envers les soldats elles citoyens-, excita en particulier un violent méconlenlemenl dans le peuple. Ce qu'on raconte de lui'' s'applique bien plutôt à Q. Fabius, qui était beaucoup plus doux*. Toutefois, quand le tribun G. Publicius Bibulus, en 209, crut pouvoir mettre à profit cette mauvaise disposition envers Marcellus, qui avait aussi des ennemis dans la noblesse", pour abroger lég-islativement son impermm, non seulement le peuple rejeta sa proposition, maisil élulsur-lechamp Marcellus consul pour la cinquième fois".

En revanche, le sénat sacrifia en 212 aux plaintes légitimes du peuple le publicain M. Postumius Pyrgensis; il avait profité de ce que les fournitures entreprises par les publicains étaient expédiées par mer aux risques de l'Etat, pour accomplir d'immenses prévarications \ Il fut sacrifié, quoique l'ordre des publicains eût pris le parti do son membre contre les tribuns Sp. et L. Garvilius qui l'accusaient et quoique la noblesse eut des raisons pour ménager cet ordre influent, no fût-ce que dans l'intérêt de l'État \

La noblesse sacrifia de même en 2H Cn. Fulvius, général incapable etlAche ; le tribun C. Sempronius Blœsus, qui l'accusait, faisait valoir non sans raison que la sévérité déployée contre les soldats pauvres devait l'être contre les généraux riches et revêtus d'honneurs^.

La même année, la noblesse sagement inspirée laissa le peuple choisir pour proconsul en Espagne le jeune P. Cornélius Scipio'"; il fut élu non en coinices oenturiates , mais

') Liv., 24,43.

2) Liv., 26, 26.

3) Dio C, fr., 57, 32 et 34 B.

4) Plut., mh., 20. Val. Max., 7, 3, 7. [Aurel. Vict.] \\r. ill., 43.

5) Liv., 26, 26, 29 et seq. Plut., Marcel!., 23. G) Liv., 27, 20 et 21. Plut,, Marcel!., 27.

') Liv., 23, 49.

«) Liv., 25, 3 et 4.

9) Liv., 26, 2 et 4.

10) App., Iher., 18. Zon., 9, 7. Liv., 26, 18 et 41.

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