‹ Histoire intérieure de Rome jusqu'a la bataille d'Actium. Tirée des Roemische Alterhümer de L. Lange (volume 2)Chapitre 56 sur 82 · J SECONDE GUERRE PUNIQUE · texte numérisé non relu

J SECONDE GUERRE PUNIQUE

bius^ à la têle de Topposition soiilev^éo dans la noblesse contre Scipion ', lui rappela que le consul était élu pour l'Etat et non pour lui-même; qu'il protesta contre le procédé {regius mon) dont usait Scipion voulant conduire son armée en Afrique parce que cela lui semblait bon '. Mais Scipion n'en était pas moins depuis son consulat l'âme de la guerre contre llannibal, et l'opposition dirigée contre lui était impuissante, même quand illui prêtait le flanc en se constituant en Sicile une garde de 300 cavaliers d'élite '', en fermant les yeux sur le sacrilège commis àLocres parQ.Pleminius^, en affichant sa prédilection pour la vie grecque^; même quand il méritait les reproches de Fabius*^ par la manière dont il en usait avec ses troupes, tolérant en Espagne déjà une indiscipline dangereuse ^ qui provoqua, pendant une maladie de Scipion, la très dangereuse révolte de Sucron^ ; il prêtait si bien le flanc aux accusations qu'une commission d'enquête fut envoyée sur les lieux ^

Un exemple aussi illustre, couronné de succès, devait exciter les esprits de la jeune noblesse. La propagation générale de la culture hellénique était favorisée par les trésors artistiques provenantdu pillage de Syracuse (212) *o, ce pillage, qui arrachait des larmes à Marcellus, dont la sévérité nécessaire n'était pas de la cruauté*', valut à Rome des trésors'^ très considérables dans l'histoire de la civilisation romaine. Cette importation dut paraître bien dangereuse aux représentants de la vieille tradition nationale ; ils se souvenaient que

1) Liv , 28, 40 et i3. 29, 16 et 19.

2) Liv., 28, 42. Plut., Fab., 25 et 26.

=) Liv., 29, 1. l^lut., Fah., 26. App., LU>., 8. Val. Max., 7, 3, 3. 4) Liv., 29, 8, 9 et 16. Diod., 27, 5. App., Hann., 55. Dio C, fr., 57, 62 B.

'■^) Dio G., fr., 57, 62 B. Val. Max., 3, 6, 1.

«) Liv., 29, 19.

') Liv., 26, 48. Zon., 9, 8.

8) Liv., 28, 24 et seq. 29. Polyb., Il, 25. App., Iber., 34 et seq. Zon., 9, 10.

9) Liv., 29, 20. Plut., Cat., maj., 3. 1») Liv., 25, 31. App., Sic, 4.

1') Plut., MavcelL, 19. Val. Mal., 5, 1, 4. 8, 7, 7. 12) Liv., 25, 40. Polyb., 9, 10. Plut., MarcdL, 21. Cic, m Veir. accus., 4, 54, 120. I. L. A,, p. 145.

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Q. Fabius, à la prise do Tareiitc, avait agi loul aulremenl que Marcellus'. Ils avaient raison, car la scission s'aggravait entre la noblesse, qui recevait la culture liellénique% et le peuple resté inculte. En même temps, le sentiment relig^ieux Laissai! ; cette baisse est attestée non seulement par la prédominance dî' plus en plus conipliite du poiut de vue politicjue dans les questions religieuses', mais aussi par l'attribution des fonctions sacerdotales à de tout jeunes gens '* ; on eu faisait môme un moyen d'améliorer des étourdis'.

On comprend que les allures, qui chez Scipion s'unissaient au génie, là où manquait ce génie paraissaient malsaines. L'ambition des nobles dégénéra en vanité, on le voit dans l'excitation produite en 204, lorsqu'il s'agit de loger la mère des dieux (Mater Idœa), que la superstition avait été chercher à Pessinonte eu Asie ; l'oracle de Delphes déclarait qu'elle devait être hébergée chez le meilleur des citoyens {vir uptimus)^' . Pour éviter probablement les rivalités entre les membres âgés et influents de la noblesse, on accorda cet honneur à un jeune homme, P." Cornélius Scipio Nasia. Un symptôme plus grave encore est le désir maladif d'actions d'éclat qui porta les consuls des trois dernières années de la guerre^ Cn. Servilius, Ti. Claudius, Cn. Cornélius Lentulus, à tenter d'enlever à Scipion la gloire de terminer la guerre et de signer la paix^ Cette vanité produisait déjà des anomalies regrettables; L. Cornélius Lentulus, qui avait brigué et obtenu l'édilité pour 205, préféra rester proconsul en Espagne et gérer l'édilité absent de Rome**. La matière ne manquait pas dans la noblesse pour les raillei'ies du poète Nœvius, et c'est un signe grave de l'état de la noblesse qu'elle n'ait pu sup-

') Plut., Vab.,22.

■') Liv., 34, 4.

3) Polyb., 6, 56.

■*) Liv., 25, 5. 29, 28. 33,42.

■•) Liv., 27, 8. Val. Max, 6, 9, 3.

'•■) Liv., 29, 10, 11 el24. Diod., 34 et 35, 60. App., Hann., 56. Dio C , fr., 57, 61 B.

") Liv., 30, 24, 27 el 43. App., 1/6., 56. 62 et seq. »! Li\'.,29, 11; cf. 31, 50.

III, 8] SECONDE GUERRE PLNIQLE i33

porter ces railleries ^ Naevius fut emprisonné à cause de ses attaques contre les principaux citoyens [pinncipes civitatis)- et lorsque les tribuns le firent délivrer après une palinodie, la noblesse le chassa de Rome'.

Malheureusement les circonstances qui avaient rendu indispensable l'accord de la noblesse ou du moins les apparences de son accord aux yeux du peuple , empêchèrent les censeurs, gardiens attitrés des mœurs nationales, d'user de la note d'infamie contre les tendances destructives qui ravageaient l'ancienne génération de la noblesse aussi bien que la nouvelle; la sévérité des mœurs de la première guerre punique les y eut autorisés. Quoique la partie sensée de l'aristocratie cherchât à maintenir le caractère de la censure \ il semble que la noblesse, désireuse de se protéger contre les censeurs, ait restreint légalement^eur droit d'exclure du sénat les indignes. Cette restriction, ou bien la seule pression des circonstances, obligea les censeurs de 209, C. Cornélius Cethegus et P. Sempronius Tuditanus, à faire preuve d'une grande indulgence; ils n'effacèrent de la liste que huit anciens magistrats ^ Quant aux censeurs de 204, C. Claudius Nero et M. Livius Salinator, il est formellement dit que des sept qu'ils exclurent, aucun n'avait occupé une magistrature curule^ Ces censeurs, Livius surtout, guidé par son antipathie profonde pour le peuple et ses dispositions favorables pour ses parents^, se témoignèrent une vive hostilité; elle remontait à la condamnation de Livius, avait paru éteinte grâce aux efforts de la noblesse, pendant leur consulat^ mais se réveilla pendant leur censure; ils firent un tort énorme à la considération dont on honorait cette magistrature *^ La noblesse en évita un plus grand encore en

') Cic, de hep., 4, 10. Hor., ep. 2, 1, 150.

2) Gell., 3, 3, 15.

■5) Hieron., chron., ep. 01., iii. p. 125, éd. Schœne. Cic, Brut., 15, 6Ô.

*) Liv.,24, 43. 27, 25.

-) Liv., 39, 48.

<•') Liv., 27, H.

^) Liv., 29, 37.

9) Liv., 27, 35. 28, 9 et 10. Val. Max., i, i, 9. i, 2, 2.

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écartant une accusation fondée d'aillours, que le tribun Gn. Ba^bius dirigeait contre les censeurs'.

La noblesse, qui montrait de la condescendance dans ses rapports avec le peuple, en partie dans son intérêt personnel, allia dans les questions d'argent une réelle avidité aux dépens des pauvres à une libéralité luxueuse imitée de Scipion; ces doubles agissements étaient d'autant plus visibles que la scission s'accentuait entre les riches et les pauvres, par la ruine du bien-être des citoyens écrasés d'impôts', et par les suites désastreuses de la guerre ^

Les nobles avaient l'occasion de satisfaire leur cupidité dans leurs rapports privés avec les affranchis et ces hommes nés libres^ mais pauvres, qui se réjouissaient à l'égal des affranchis de la protection d'un patron puissant et entraient dans leur clientèle. L'importance de la classe sociale des affranchis, augmentée par la nécessité où Ton fut, après la bataille de Trasimène, d'enrôler tous ceux qui avaient des lils '. est prouvée par une mesure prise en 217. Les femmes d'affranchis honorables furent autorisées à prendre part aux collectes faites pour les besoins du culte %• leurs fils reçurent la toge prétexte et le lorum qui leur tint lieu de la bulle d'or\ Certainement les affranchis, classe servile, étaient plus heureux que les citoyens nés libres qui gardaient leur vieil orgueil. Les plus pauvres de ceux-ci devaient d'autant plus souhaiter d'être unis par des relations personnelles aux membres de la noblesse, que les vicissitudes de la guerre les appauvrissaient plus que jamais; ils avaient à craindre des procès qu'ils ne pouvaient mener à bonne fm sans l'assistance d'hommes versés dans le droit et étaient exposés à une ruine totale. Le principe que le patron ne pouvait décemment se faire payer les services rendus à ses clients', notamment

1) Liv., 29, 37. Val. Max., 7, 2, 0.

«) Liv., 22, 1 : cf. Macrob., S>al., 1, 6.

«) Macrob., So^, 1, 6.

") Plut., Eo/u. 13. Polyb., G, 56.

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