‹ Histoire intérieure de Rome jusqu'a la bataille d'Actium. Tirée des Roemische Alterhümer de L. Lange (volume 2)Chapitre 57 sur 82 · III, 8] SECONDE GUERRE PUNIQUE · texte numérisé non relu

III, 8] SECONDE GUERRE PUNIQUE

dans les procès, n*a pas empêché qu'en fait, au lennps de la seconde guerre punique, une partie de la noblesse attendît et acceptât des clients des dons volontaires qui Findcmnisaient do ses peines. L'abus consistant à réclamer des présents aux clients, par exemple à l'occasion des Saturnales, devenues en 217 une fête générale' qui tombait le 17 décembre*, cet abus fut combattu dès 209 par le tribun démagogue, C. Publicius Bibulus', le même qui avait essayé d'abroger Vimperium de Marcellus*; il limita aux riches l'habitude des cadeaux de flambeaux de cire"'. Lorsqu'on dit, quelques années après la seconde guerre punique que la plèbe est tributaire [vectigalis et stipendiariaY , du sénat, c'est une exagération mais qui renferme un fond de vérité.

Cette libéralité luxueuse qui, dans l'esprit calculateur des Romains ^ s'inspirait évidemment de motifs égoïstes, trouvait occasion de se déployer dans les fêtes officielles et privées qui s'étaient multipliées; on en profitait surtout pendant qu'on était revêtu de l'édilité et d'une façon générale quand on briguait un honneur, Scipion dont les largesses {lar<jitio œdilicia) sont connues, leur dut de grands progrès dans la faveur populaire (èjôpYS'iiy.6; et lAcYaXo3(op:ç)^ On peut croire que ses imitateurs n'ont pas manqué de copier leur modèle sur ce point aussi. On peut juger du reste par le luxe bien connu des édiles aux jeux, luxe aussi grand chez les édiles plébéiens que chez les patriciens % qui se donnait cours dans la célébration exceptionnelle en principe, presque régulière en fait [instaiwatio], de l'un ou de tous les jours de jeux'". Ces libéralités dangereuses pour le bien-être des familles n'étaient pas l'apanage de la noblesse; les publicains en avaient aussi contracté l'habi-

') Liv., -l-l, 1. 1. L. A., p. 108.

2) Macrob., Saï., 1, 10, 2.

3) I. L. A., p. 185 etseq.

*) Liv., 27, 20.

°) Macrob., Sat., 1, 7.

«) Liv., 34, 4.

") Polvb., 32, 12. 13.

«) Polyb., 10, 5.

») Liv., 27. 6.

1^) Liv., 23, 30. 27, 6, 21 et 36. 28, 10. 29 11 et 38. 30, 26 et 39.

tude, car c'est un fait connu que le liixo est d'autant plus grand que la fortune a été acquise d'une manière plus facile et moins morale'.

Des patriotes réfléchis ne devaient pas voir sans crainte le peuple blessé par l'avidité des uns, g-ùté par l'ambition des autres; c'étaient les symptômes de l'ochlocratie qui se préparait à côté de l'oligarchie". Avant même que la guerre fût finie, on commença à combattre par voie' législative la corruption des mœurs nationales. Le tribun M. Cincius AlimentuS;, qui avait fait partie de la commission d'enquête envoyée contre Scipion en Sicile, proposa en 204'* la loi Cincia de do7iis et muneribiis'^ ou 7nimeralis^ ^ loi importante pour le droit privé et la jurisprudence ultérieure^ ; elle visait en outre à empêcher l'exploitation cupide des relations de clientèle par la menace d'une punition^. Il n'est pas invraisemblable que par exemple l'interdiction faite aux mag-istrats de recevoir des cadeaux pendant la durée de leurs fonctions et pour des affaires isolées ^ soit contenue dans la loi Cincia*". Elle était au moins autant dirigée contre les cadeaux que les riches, par des raisons ég-oïstes se faisaient entre eux et aux pauvres : en effet les prescriptions de la loi que nous avons conservées ne peuvent pas toutes s'appliquer aux présents des pauvres aux riches. Il n'est pas directement prouvé que la loi Cincia fut également dirigée contre les manœuvres des riches [ambitio et h(xm'ia)\ cela n'en est pas moins certain; ce côté de la loi n'emportant aucune sanction pénale'', fut ignoré de la postérité parce qu'elle fut abrogée par des lois plus sévères que rendirent nécessaires les progrès du luxe et de la brigue. Q. Fabius Maximus. l'ancien adversaire de la

>) Polvb., 6, 59.

2) Polyb., 6.57.

3) Liv., 29, 20.

^) Cic, de Sert., 4, iO.

^i Liv., 34, 4. Cic, de Or., 2, 71, 286.

«) Fest.,ej3. p. 143.

''} Fragm., Val., p. 256.

«) Tac, A/m., 11,5. 13,42. 15,20. Cic, A».. 1, 20,7.Fest., ep. p. IW.

") Cic, de Leg., 3, 4, 11. Lex Jidia col., Gen., c. 94.

'") Mommsen, Ephem. Epigr., tome II, p. 139.

") UIp., fr., pr.,1.

Page 1