‹ Histoire intérieure de Rome jusqu'a la bataille d'Actium. Tirée des Roemische Alterhümer de L. Lange (volume 2)Chapitre 60 sur 82 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

l'opposition de caton

L'influence de l'hellénisme favorisé par Scipion et Flamininus, combattu avec autant d'ardeur que d'insuccès par Caton \ est contemporaine de la transformation de l'aristocratie en oligarchie, de même que nous l'avons déjà trouvée lorsque la monarchie dégénéra en tyrannie. Elle peut nous réconcilier avec la ruine de la constitution romaine, puisque nous lui devons la littérature romaine qui prit alors son essor grâce aux champions de l'hellénisme (comme Ennius, le favori de Scipion'), non moins que grâce à ses adversaires comme Caton. On ne peut nier toutefois que cette forme de l'hellénisme, apportée au peuple sous la protection des nobles, par Plante par exemple, dans ses imitations de la nouvelle comédie attique, a dû contribuer à accroître la démoralisation du peuple.

On ne peut dire du reste que l'hellénisme ait fait sur le champ oublier à la noblesse les mœurs nationales de Rome. Outre l'opposition dirigée par Caton, il y avait dans le parti de Scipion des hommes qui savaient très bien unir les qualités des deux civilisations. La science romaine par excellence, le droit, était cultivée avec ardeur, à coté du grec, dans les rangs de la noblesse. Le grand pontife de cette époque P. Licinius Crassus qui avait été préteur pérégrin en 208 ^, consul en 19o avec Scipion est très vanté pour ses connaissances

') Liv., 34, 4. Plut., Cat., [2. Cat., ad Max., fil., 1. 5) Cic, Arch., 9, 22. Val. Max., 8, 14, 1. Plin., n. h., 7, 30, 31, 114.

464 LE OOLVERNE.ML.NT DE I.A NOIILESSE [III, iO

juridiques '. Un liomnie plus illusUe encore pour les services qu'il a rendus ù l'élude du droit, connu alors de peu de gens dans SCS parties les plus difficiles, est un des censeurs de 194 dont nous avons déjà parlé. Sex. ^lius Pœlus, le frère cadet de P. .'iillius Pietus (|ui avait été collègue de Scipion dans sa censure. Sex. /Elius Paitus avait été édile curule en 200'', commissaire pour une colonie en 199', consul en 198 ' ; il dut ;ï ses connaissances juridiques très précises, dirigées surtout au point de vue pratique le surnom de Calus^ ; il publia une collection juridique embrassant en trois parties (on l'appelle Triperûta) les XII tables — les legh actiones — et les commentaires {interpretatio prudentiwn). Ceux-ci étaient devenus de plus en plus importants depuis le développement grandiose pris par le droit romain notamment par suite de l'introduction du droit étranger ou droit des gens [jus gentium) infusé dans le droit national [jus civile) par les édits prétoriens ^ Cette œuvre reçut de son auteur le nom àe jus jElianum.

Sex. yElius Pœtus semble avoir géré la censure avec son collègue C. Cornélius Cethegus, tout à fait selon l'esprit de Scipion, cela est déjà probable parce que les censeurs s'imposèrent la tâche odieuse de distinguer les places des sénateurs au théâtre, exécutant l'œuvre de Scipion. Comme celuici, ils furent très indulgents dans la révision de la liste sénatoriale ; ils n'exclurent que trois sénateurs dont aucun n'avait revêtu de magistrature curule ; ils traitèrent avec le même ménagement les centuries équestres". La population n'augmenta pas autant qu'on aurait pu l'espérer pendant une période de paix; de 214,000 citoyens en 204 elle n'avait monté qu'à 243,704®, — encore y comprenait-on beaucoup de Latins recensés illégalement comme citoyens ; il y avait là un

1) Liv., 30, 1.

-) Liv., 31, 50.

;^) Liv., 32, 2.

*) Liv., 32, 7.

«) Cic, de Eep., 1, 18. Tiiec, 1, 9, 18. de Or., 1, 45, 198. 48, 212. 3, 33, 133. de Sen., 9,27.

«) Dig., 1, 2, 2, S8; cf. Cic, fam., 7, 22. Gell., 4, 1, 20.

-) Liv., 34, 44.

*<) 11 faut corriger ainsi Liv., £5, 9.

m, 10] OPPOSITION DE CATON 465

avertissement sérieux. Les censeurs ne semblent pourtant avoir rien fait pour augmenter l'aisance, sinon qu'ils réclamèrent l'exécution des cinq colonies de citoyens votées eu 197, et en ajoutèrent trois nouvelles. Il n'est pas vraisemblable qu'il aient provoqué la demande du tribun Q. iElius Tiibero pour la création de deux colonies Latines '. Cette proposition déposée pendant leur censure (194) a plutôt le caractère d'une mesure d'opposition contre l'attitude que la fraclion des nobles dirigés par Scipiou, observait vis-à-vis des Lutins, ses préparatifs pour l'organisation des cinq colonies de citoyens avait justement permis de constater une fois de plus l'âpre exclusivisme des citoyens romains.

Le manque d'empressement des citoyens avait fait accepter des Latins comme colons pour Pouzzoles [Puteoli] Salerne et Buxentum. Alors se répandit dans les villes de droit latin l'idée que ces colons latins étaient devenus citoyens par leur participation à une colonie de citoyens romains. Cette opinion était très plausible car il était notoire que les censeurs de 199 avaient recensé comme citoyens des individus latins. La population bernique de Ferentinum qui avait la situation légale des Latins^, parait avoir souhaité d'avoir part aux bénéfices que l'on croyait accordé à ces Latins ; en effet la valeur du droit de cité romaine était tout autre en 195 qu'en 311 moment où les gens de Ferentinum avaient refusé le droit de cité qu'on leur offrait. En 195 donc ils provoquèrent une décision du sénat sur la situation des Latins qui prendraient part aux colonies des citoyens romains. Mais le résultat fut que ces Latins n'étaient nullement devenus citoyens ^ Cette décision était certainement exacte en droit strict, mais il est non moins évident qu'il eut été plus habile au sénat de faire donner le droit de cité aux Latins qui prendraient part à la fondation de colonies romaines. Le gouvernement avait les moyens d'empêcher que cette décision ne dépeuplât les villes latines

i) Liv., 3-i, 53; il faut distinguer de cette loi yElia, semble-t-il, celle dont 1 est fait mention dans une inscription. I. L. A., p. 263.

2) Liv., 9, 42 et 43. 32, 2.

3) Liv., 34, 42.

/(,66 LE i;OUVERNEMENT DE LA NOBLESSE [III, 10

elles Latins auraient d'autant moins détlaig^né leur droit qu'il leur était plus facile de l'échang-er pour le droit de cité.

Pour calmer le méconlcnlement des Latins après celte décision sénatoriale de 195 il fallut faire un pas vers la conciliation. Tel doit être le sens de la loi jElia de coloniis latinls deducendis qui pi'escrivait l'envoi de deux colonies latines dans le Brultium cl dans le territoire de Tliurii, de manière à mettre à la disposition d'un bon nombre de Latins mécontents, le moyen d'améliorer au moins leur situation économique'. Il est sans doute plus vraisemblable de penser que celte loi a été imposée au parti gouvernant par l'opposition, que d'attribuer au premier l'initiative ; en tout cas elle fut précédée d'un sénalus-cunsulte. D'autres informations sur les jElii Tiibcrones permettent aussi de croire que Q. ^Elius Tubero était l'un des membres les plus austères de l'opposition ; rien n'oblige à conclure de son opinion à celle des jElii Peeti"-. C'était un coup porté par l'opposition au gouvernement, mais il prouvait que ni les uns ni les autres ne reconnaissaient l'importance d'une colonisation latine en Gaule cisalpine puisqu'on envoyait les Latins coloniser des cliamps dévastés dans l'Italie méridionale.

A la suite de la loi /Elia, on fonda sur le territoire de Tliurii, dans la localité désignée sous le nom de Cmtrum Ferentiiium^ la colonie de Copia (193) ^ ; en 192 dans le Bruttium celle de Vibo ValenfJa ' où peut-être des colons avaient été expédiés déjà en 239 '\ A Copia l'on conduisit 3,000 piétons et 300 cavaliers ; les piétons reçurent vingt jugères, les cavaliers quarante, un tiers des terres disponibles fut réservé pour des accroissements éventuels. A Vibo Yalentia on envoya 3,700 piétons et 300 cavaliers ; ils reçurent les uns quinze, les autres trente jugères. C'était leur faire une belle situation matérielle, mais on comprend que la politique du parti nobiliaire qui gouvernait ait dicté au sénat une mesure

') Liv., 3'i, 53.

■) Plut., Acm., o, 27, 28. Val. Max., 4, 4, 8 et 9. 4, 3, 7. ô, G, 4. 7, u, 1.

') Liv., 35, 9. Strab., 6, 1, 13. Sleph., s. v. 0o-jpiot.

*) Liv., 35, 40. Strab., 6, 1, 5. Piin., n. h., 3, 5, 10, 73.

') Vell., i, 14.

d'après laquelle les nouvelles colonies n'auraient même pas le droit d'Ariminum (Jus Arimin'i) mais celui des douze colonies soumises depuis 204 au ceus romain.

Il est même vraisemblable qu'on posa en principe que les dix-huit colonies fidèles et les autres villes latines (par exemple Tibur et Prœneste) seraient aussi soumises au cens, d'après lequel on fixerait non seulement leur tribut mais la force du conting-ent de toutes les communautés de droit latin. On nous' affirme du moins que le consul de 193, Q. Minucius Thermus désigna les contingents des alliés de nom latin isodi nomhiis latim) d'après le nombre des hommes en état de porter les armes {pro numéro eu jusque jiinionim popiiU est sous-entendu) et non pas d'après les conventions {ex formula fœderis)\ Il n'a g-uère pu le faire sans en avoir reçu le pouvoir par une loi ou par un sénatus-consulte. Ajoutons que dans la lui agraire de 111, se trouve reproduit un rôle certainement emprunté au cens [formula (uyatorunn d'après lequel étaient fixés les contingents des alliés de nom latin". Un règlement général de ce genre peut être reporté à notre époque avec d'autant plus de vraisemblance, que la situation relative des diverses communautés latines avait dû changer assez pour que les rôles établis par les anciens traités ne pussent plus être conservés. Le principe que les Latins devraient fournir un contingent réglé d'après le nombre des hommes en âge de porter les armes n'était pas grave envisagé en lui-même. L'égalité entre les diverses cités latines n'empêchait pas qu'elles ne dussent proportionnellement un contingent plus fort que celui du peuple romain. C'était là une conséquence nécessaire de la politique de Scipion qui cherchait à ménager autant que possible les forces des citoyens' .

La bienveillance de l'opposition pour les Latins n'avait servi qu'à rendre plus sévère et plus lourde leur sujétion. Les luttes louables en soi, contre la cupidité [avarifia) des riches eurent une conséquence analogue. La cupidité s'étalait au grand

1) Liv., 34, 56.

*) Lex Agr., C, 21 et 50. I. L. A., p. 80 et 82; cf. id. Mommsen p. 93. 3) Liv., 33, 43. 35, 20 et 40. 36, 2. .37, 2, 39 et 50. 38, .35. 39, 20 et 38. App., S(/r., 15.

468 LE (iUUVEHNEMli.NT DE LA. NOBLESSE [111, 10

jour, suivant de plus en plus lus progrès du luxe {luxur'ia) qui se développait librement depuis l'abrogation de la loi Oppia. On ne peut qu'estimer la sévérité des édiles curules de 193, M. /Emilius Lepidus et L. Jilmilius Paulus, des hommes qui s'ils n'appartenaient pas à l'opposition, s'en rapprochaient par leurs idées ; ils punirent un grand nombre de transgresseurs de la loi agraire de Licinius {pccuariiy . L'opposition souhaitait de procéder avec lu même sévérité contre le développement énorme de l'usure; un sait que ses chefs la déclaraient plus blâmable que le vuP. Mais les capitalistes romains se soustrayaient à la peine et aux autres etl'ets des lois contre l'usure en inscrivant dans les contrats usuraires des prête-noms latins comme créanciers. Ceux-ci n'étaient pas soumis aux lois romaines'.

De l'opposition émane sans contredit la pensée de rendre impossible cette transgression aux lois contre l'usure. Le sénat crut d'abord pouvoir y arriver en décidant que le débiteur pourrait déclarer s'il préférait être jugé selon le droit romain ou selon le droit latin. On s'attendait évidemment à voir les débiteurs victimes de ces transgressions à la loi préférer le droit romain. Le sénat résolut en 193 qu'à partir des prochaines fêtes des Feralia (21 février) les procès relatifs au prêt à intérêt seraient jugés au gré du débiteur selon le droit romain ou selon le droit latin. L'application de cette règle aurait suffi pour atteindre au but immédiatement visé, sans toucher à l'indépendance des Latins en matière de droit privé. Mais la déclaration officielle des affaires du prêt à intérêt qui d'après le décret du sénat devait avoir lieu avant le 21 février, révéla les effrayants progrès de l'endettement dans la population Romaine. Le tribun M. Sempronius se laissa décider par cette constatation à présenter une loi, consentie par le sénat : ut cum soclis et nomine Latino pccunix creditx jus idem quod cum civib us Romanis esset'^. Les alliés Latins en-

<) Liv., 34, 4.

2) Liv., 35, 10.

^) Cat., de re rust., pnif.

*) Cf. Liv., 34, 7.

'") Liv., 35, 7,

core autonomes se virent ainsi octroyer par une décision unilatérale du peuple romain une modification à leur droit privé. Il est possible que la grandeur du mal ait paru exiger dans l'intérêt des citoyens romains endettés un remède aussi radical; on se croyait peut-être moins coupable envers les Latins, parce qu'ils fournissaient les prête-nom qui concouraient à l'oppression des citoyens romains. Mais la loi eut-elle dû être encore beaucoup plus efficace que la nature des choses ne le permettait, c'était toujours témoigner un singulier mépris pour l'autonomie des alliés latins; on les jugeait indignes du droit de cité^, et dans tous les cas où cela semblait utile aux citoyens romains, on les mettait sur le même pied. A la suite de la loi Sempronia, beaucoup d'usuriers {feneratores) furent condamnés par les édiles du parti de Caton, M. Tucius et ef P. Junius Brutus (192)^, mais l'esprit inventif des capitalistes trouva vite d'autres moyens pour continuer impunément leurs opérations usuraires.

Les relations entre les citoyens et les Latins progressaient de plus en plus dans une voie fatale, de sorte qu'il devenait de plus en plus impossible de réagir dans un sens diamétralement opposé; en même temps apparaissaient dans la noblesse une conséquence redoutable du gouvernement oligarchique, les rivalités autour des personnalités qui donnaient le ton. En 193, des hommes de la faction de Scipion furent élus au consulat : c'étaient L. Cornélius Merula et Q. Minucius Thermus dont nous avons déjà parlé". Tribun de la plèbe, il avait embrassé les intérêts de Scipion (201)'; il avait été ensuite édile curule (198) \ commissaire pour les colonies décrétées parle plébiscite d'Atinius (197)% préteur pour l'Espagne citérieure (^96)^ Aux élections de 192, les intérêts de famille de Scipion et de Flamininus se trouvèrent en conflit, et le résultat fut une défaite de Scipion. Il avait été chargé en 193 d'une

1) Liv., 35, 41.

î) Liv., 34, 54.

3) Liv., 30, 40. 43.

*) Liv., 32, 27.

») Liv., 32, 29. 34, 45.

«) Liv., 33, 24, 26 et 34.

no LE GOUVERNEMENT DE L4 NOBLESSE [lU, 10

ambassade en Afrique pour acrommoder un fliiïérond survenu enlro les Carlha^nnois el Massinissa', qu'il se garda d'ailleurs d'accommoder. Peul-être avait-il profité de cette ambassade pour faire une excursion h Éphèse"', el sonder la situation de l'Orient qui devenait m^^naçante''. Il eut la douleur de voir succomber ses candidats au consulat vaincus par ceux de Flanininus alors à l'apogée de sa popularité. Il soutenait son cousin P. Cornélius Nusica et son ami C. Léelius; F. Cornélius Scipio Nasica avait été déclaré en 204 par le Sénat, le meilleur des citoyens [vi?' optimus), il avait ensuite été commissaire colonial (200)', édile curule (197)-' et préteur dans TEspagne ultérieure (194 1". Los candidats élus furent, le frère de Flamininus, L. Quinctius et Cn. Domilius Ahenobarbus'. L'année suivante le frère de Scipion, Lucius échoua, mais contre P. Cornélius Scipio Nasica et le consul plébéien fut aussi un homme dévoué au parti de Scipion, M'. Acilius Glabrio\ Tribun de la plèbe en 201, il avait assuré à Scipion l'honneur de signer le traité do paix avec Carthage' ; en 200 il avait été deccmvir sacrorum^'\ en 197 édile plébéien, avec C. Lœlius'S en 196 préteur '', homme nouveau'', il était aussi entré dans la noblesse. Caton avait dû son entrée dans la noblesse à l'amitié de L. Valérius Flaccus, de même M'. Acilius Glabrio dut la sienne à l'influence de Scipion ; il appartenait d'ailleurs, sans nul doute, à une famille plébéienne riche et considérées^

Tandis que Caton combattait la tendance régnante, Acilius

»j Liv., 34, 62.

«) Zon., 9, 18,

3) Cf., Liv., 35, li. Api.., S.///'., 0. Plut., ¥bnn.. 21.

4) Liv., 31, 49.

5) Liv., 33,25.

«) Liv., 34, 42 et 43. 35, 1.

') Liv., 35, 10.

8) Liv., 35, 24.

9) Liv., 30, 40. 43.

10) Liv., 31,50.

11) Liv., 33, 25.

12) Liv., 33, 24 et 26.

13) Liv., 37, 57,

U) Cf., Liv., 27, 4, 21el25.

m, 10 j plTuSrrioN DE CATuX 47i

la suivait complètement*. II profita de son consulat pour opérer par voie législative une réforme du calendrier qui fortifiait les moyens de gouvernement que la noblesse lirait de la religion. Il fit voter au peuple par sa loi Acih'a de hitercalatione', une modification dans le système des jours iatercalairos; il dépendrait des pontifes de déclarer en quelles années et combien de jours on intercalerait". C'était un moyen de mettre d'accord le calendrier et l'année solaire; mais les pontifes et le sénat par conséquent, recevaient ainsi le pouvoir de décréter ou de supprimer les intercalations pour des raisons politiques ^.

. Les rivalités qui divisaient la noblesse avaient été enflammées en partie par l'espoir de cueillir de nouveaux lauriers dans la guerre qui se préparait entre Rome et Antiochus; l'explosion de cette guerre les fit continuer pendant l'année suivante. Dès 198, la querelle entre Attale de Pergame'' et Antiochus avait provoqué une intervention du sénat". Ensuite les Étoliens alliés de Rome, depuis 211 \ mais négligés dans son traité avec Philippe de Macédoine^, avaient commencé à exciter Antiochus contre les Romains, tandis qu'Attale et son fils Eumènes qui lui succéda, n'omettaient rien pour soutenir l'intérêt que les Romains attachaient aux affaires d'Asie, comptant l'exploiter à leur profit. Cela leur fut d'autant plus facile que l'ennemi redouté de Rome, Ilannibal, était auprès d'Anliochus et l'engageait à envahir la Grèce. T. Flamininus chargé par le sénat de traiter à Rome avec les envoyés du roi de Syrie ne put aboutir ^; il fut envoyé en Grèce comme ambassadeur pour surveiller et diriger les événements^'*; c'est

') Cf., Liv., 37, 57.

2) Macrob., Sat., 1, 13,21.

3) Censor., 20, 6.

*) Cf., Liv., 43, 11. 45, /.4.

«) Liv., 26, 37.

6) Liv., 32, Set, 27.

^) Liv., 20, 24.

8) Liv., 33, 13 et 31. Polyb., 18, 17, 20-22 et 28. 20, 1. App., Mac, 9. Syr., i2. Plut., F/r/m., 9, 15.

») Liv., 34, 57. Polyb., 18, 30.

10) Liv., 35. 25. 36, 31. Plut., F/om., 15.

472 LK (iOUVERXEMEXT DK LA NORLF.SSF, flll. 10

alors que la guerro fut décidée au début du consulat do P. Cornélius Scipio Nasica et de M'. Acilius Glabrio; le premier s'était chargé de porter la demande au peuple'. La guerre étant une nécessité politique, l'opposition ne fit nulle tentative pour empêcher le vote. J'illene put que faire surveiller le consul chargé do la guerre. M. Porcins Cato et L. Valerius Flaccus entrèrent comme tribuns légionnaires' avec le rang de légats^, dans l'armée de M'. Acilius Glabrio, que le sori avait désigné pour conduire la guerre en Grèce*. Reprendre, quoique consulaire le rud<» poste de tribun militaire'', était revenir à un ancien usage et rendre populaire l'opposition dont la conduite contrastait avec celle du parti gouvernant, plus avide d'honneurs que de sacrifices. Caton en forçant le défilé des Thermopyles par l'occupation de Kallidromos rendit un grand service'', qu'il sut mettre on lumière, car c'est lui qui fut chargé d'annoncer au sénat qu'Antiochus était chassé d'Europe''. Non seulement il avait raiïermi sa popularité, mais il n'avait pas négligé de rassembler les matériaux pour attaquer ultérieurement avec vigueur M'. Acilius Glabrio.

Il n'était que temps pour Scipion de cueillir de nouveaux lauriers. A la mauvaise impression laissée par son second consulat, à l'échec que lui avait infligé Flamininus, il eut le désagrément de voir s'ajouter dos difficultés survenues à propos des colonies qu'il avait fondées. Il est vraisemblable que pour tenter des colons et en fournir à ses huit colonies, on leur avait accordé non seulement la dispense du service militaire de terre, dont toutes les colonies maritimes ont joui sauf pendant les besoins pressants de la seconde guerre punique, mais aussi la dispense du service de mer. Ceci est d'autant plus admissible que leur tâche essentielle était de protéger les douanes des ports contre des attaques venues de la terre. Il semble en tout cas difficile d'expliquer autrement

1) Liv.,36, 1.

2) Cic, de Sen., 10, 32. Plut., Cat., 12. App., S>-., 18. ■■■') Liv., 36, 17. Zon., 9, 19.

^) Liv., 32, 1. Polyb.,20, 9.

■') Cf. Liv. 22, 49.

6) Liv., 36, 18. Plut., Cat., 13.

■) Liv., 36, 21. Plut., rat., 14.

que pour cela la tlotte préparée en 191. Les anciennes colonies maritimes Oslie, Anlium, Terracine (Anxur)MinUirnes, Sinuessa, Castrumnovum, Frégènes, Pyrgi (l'année de la fondation de Pyrgi est inconnue), eurent l'idée de refuser les équipages. Sans doute elles voulaient être mises sur le même pied que les huit nouvelles colonies de citoyens; naturellemont le sénat décida que leur dispense de service [vacatio) no s'appliquait pas au service de mer [res 7iavalis)\

En 190, Scipion réussit à faire élire au consulat son frère incapable Lucius, préteur de Sicile en 193", et son ami Laelius". Laelius, compagnon d'armes de l'Africain avait une liien plus grande expérience militaire; en outre les capacités politiques dont il avait fait prouve comme édile de la plèbe (197)\ et comme prétour en Sicile (196)*, lui assuraient une grande considération dans le sénat. Il émit le vœu que pour assigner les provinces^ au lieu de s'en remettre au sort, le sénat se chargeât de décidera P. Scipio donna à son frère Lucius le conseil habile de consentir à cette demande ; mais alors, il déclara que bien loin do laisser à l'homme nouveau qui lui devait le consulat, la gloire de vaincre Antiochus, il accompagnerait son frère, comme légat, s'il était désigné pour combattre le roi de Syrie. On a admiré la modestie et l'amour fraternel du grand homme'', mais son attitude est plutôt la conséquence d'une politique de famille ambitieuse. Il va de soi qu'après cette déclaration, le sénat remit à L. Scipio le commandement de la guerre.

Les Scipions terminèrent la guerre rapidement et avec succès. L'Africain fut assez désintéressé pour se dire malade le jour de la bataille décisive à Magnésie du Sipyle **; il avait d'ailleurs eu soin do remettre la direction effective aux mains

1) Liv., 36, 3.

2) Liv., 34, 54 et 55.

') Liv., 36, 45,

S) Liv., 33, 24 et 26.

«) Liv., 37, 1.

Cic, FhiL, 11, 7, 17. Mur., 14, 32. fAscon.) p. 173. Val. Max., 5, 5, 1.

«) Liv., 38, 58.

d'un mililaire éprouvé '. Partout on voyait quo Publius était le porsonnagx' principal, sgn frèro un homme de paille'; le grand Scipion, au dire do ses amis, avait été dans cette campagne un véritable collègue de Lucius {legatijus, collegœ majestatetn) ' ; mais ses ennemis affirmèrent qu'il s'était comporté non en légat mais on dictateur*. Ce fut, pour la fortune ultérieure des Scipions, un événement malheureux que la mésaventure du plus jeune fils de Publius tombé au pouvoir d'Antiochus ". On peut admettre pour son honneur quf l'Africain no succomba pas aux tentatives de corruption d'tléraclide, envoyé à cette occasion par Anliochus et charge de propositions secrètes % mais la délivrance gracieuse du jeune Scipion', ne put qu'augmenter les soupçons de corruption propagés par les ennemis de son père; l'indulgence témoignée ensuite à Antiochus*, rendait difficile de les écarter ^

Pour le moment , la gloire dos Scipions était à son comble; l'aUVanchissement de l'Asie jusqu'au Tau ru s '" valut à Lucius le surnom cVAsiar/oius^^ ; la forme Asirilicits est postérieure '-. Le trésor public était enrichi de cinq cents talents versés immédiatement; de deux mille cinq cents payables après la ratification de la paix; plus douze mille autres en douze annuités de mille talents". Lors du triomphe , L. Scipio ne distribua pas plus ii son armée victorieuse que n'avait fait T. Flamininus : mais il remit aux soldats une somme égale après le

1) App., Syr., 30 et seq.

î) Polyb., 21, 10. App., Syr., 21. Zon., 9, 20. Val. Max., 5, 5, 1.

») Liv , 37, 34 et 48. Polyb., 21, 12. App., Syr., 29. Diod., 29, 10. Dio C.,fr., 62,2 B. Zon., 9, 20.

û) Liv., 37, .36. Polvb., 21, 11, 12. App., Syr.. 29. '') Liv., 37, 37. Diod., 29, H.

8) Zon., 9. 20. Liv ,38, 51.

«) Cf. Polyb., !8, 18.

10) Cf. Cic.,Dej., 13,36.

<i) Moramsen, l. L. A., p. 20. Liv., 39, 44. Eiitrop., 4. 4.

12) Liv., 37, 58. Dio C, fr., 63 B. Zon., 9, 20

13) Liv., 37, 45. App., Syr., 38, Polvb., 21, 14. 22, 26.

111, lOj OPPOSITION DE CATON 475

triomphe; ils avaient déjà reçu une double récompense en argent et en blé '.

Cependant P. Cornélius Scipio Nasica (191) et La:'lius après lui (190) avaient mené à bien une œuvre non moins nécessaire et autrement utile aux intérêts véritables de l'Etat^, la pacification de l'Italie septentrionale. Nasica vint à bout des Gaulois Boies sur lesquels après le proconsulat de L. Yalerius Flaccus, les consuls L. Cornélius Merula (193) ' etL. Quinctius Flamininus (192)' n'avaient remporté aucun succès durable; vainqueur dans une grande bataille, Scipion Nasica leur enleva la moitié de leur territoire ; il préparait les voies à une colonisation ultérieure *. Son œuvre fut complétée par C. Lœlius. Quand il eut appris à connaître l'état de la Gaule Cisalpine, il commença par renforcer de six mille familles les colonies de Crémone et de Plaisance. Ce renlort demandé par les colonies fut accordé par un sénatus-consulte. Ensuite Lœlius convainquit les sénateurs de la nécessité de placer dans le territoire des Boies deux nouvelles colonies latines '. On fonda donc en 189 la colonie latine de Bononia avec trois mille familles pourvues très largement : chaque piéton reçut cinquante jugères, chaque cavalier soixante-dix^. La seconde colonie projetée fut provisoirement oubliée ; mais on avait mis la première main à la tâche qu'il eut fallu entreprendre énergiquement dès la fin de la seconde guerre punique. Il est digne de remarque que l'exécution tardive des plans de C. Flamininus ne fut l'œuvre ni des chefs du parti gouvernant, ni de ceux de l'opposition, mais bien d'un homme nouveau. Ami de Scipion, Lœlius avait su conserver son indépendance, il n'était pas devenu un simple instrument de la faction régnante comme M'. Acilius Glabrio, et le procédé employé pour le mettre à l'écart ne l'avait pas jeté dans l'opposition infructueuse de Caton.

') Liv.,37, 59.

2) Liv., 35, /j,5 et 8.

3) Liv., 35, 20.

'ij Liv., 36, 38 et 39.

5) Liv.,37, 46 et 47.

6) Liv., 37, 57. Vell., 1, 15.

476 LE GOUVERNEMENT DE LA NOTiLESSE [III, 10

Après que G, L.'Bliiis eut frayé la voie, gonvornement et opposition se trouvèrent d'accord sur la nécessité de coloniser la Gaule cisalpine. L. Valerius Flaccus lui-même fut élu commissaire pour les colonies de Grémonc et de Plaisance * ainsi que pour Bologne'. Gaton aussi semble avoir reconnu' que les Alpes étaient la frontière naturelle de Tltalie*. Les consuls de 187, M. yEmilius Lepidus très rapproché alors du parti de Gaton et G. Flaminins le fils du grand démagogne construisirent des routes militaires dans la Gisalpine ; le premier la voie Emilienne [via jEmilia) de Plaisance à Ariminum par Bologne oij elle se raccordait à la voie Flaminienne ; l'autre fit une route d'Arretium à Bologne''.

Du reste, l'opposition avait depuis quelques années changé ses batteries; ne pouvant opposer de programme fructueux à celui de Scipion et de Flamininus elle commença à s'attaquer aux personnalités du parti gouvernant. Elle combattait particulièrement la soif d'honneurs qui augmentait sans cesse dans les rangs des nobles. On dressait tant de statues et pour de si médiocres services que Gaton regardait comme un honneur de n'en pas avoir''. Presque tous les gouverneurs demandaient le triomphe en revenant de leur province ; la tendance régnante était favorable à ces pratiques de sorte que malgré l'opposition des tribuns^ et la résistance des sénateurs attachées aux vieilles traditions^, ils obtenaient en général au moins ^ovation^ Mais Q. Minucius Rufus consul en 197 l'ayant demandé pour des combats complètementindécis contre les Ligures, il semble que le parti prépondérantlui-même se soit insurgé contre cette prétention. Le triomphe lui fut refusé; à l'exemple de généraux antérieurs il le célébra à ses frais au

') Liv., 37, 46.

2) Liv., 37, 57.

■') Cat., Orig., 4, 11.

*) Cf. Liv,, 39, 54.

•■) Liv., 39, 2. SLrab., 5, 1, 11. I. L. A., p. 147.

'■■) Plut., Cat., 19.

^) Liv., 31, 20. .32, 7.

«) Liv., 31, 47-49.

'•») Liv., 31, 20. 32,7.34, 10.

»o) Liv., 33, 22 et 23.

mont Albain. Le triomphe de L. Cornélius Merula (193) fut empêché par un légat consulaire M. Claudius Marcellus ; fils du héros de la seconde guerre punique, brouillé à ce moment avec les partisans de Scipion et de Flamininus par son ambition non satisfaite', Marcellus dans sa relation blâma les opérations militaires de son chef ; deux tribuns en prirent texte pour empêcher par leur intercession qu'on accordât le triomphe à L. Cornélius Merula".

L'opposition s'enhardit jusqu'à contester le triomphe au consul P. Cornélius Nasica. Elle avait déjà réussi à faire refuser le paiement des frais do jeux voués en 194 par Nasica préteur en Espagne^; les services du consul étant indéniables, l'opposition échoua dans sa nouvelle tentative*. Elle fut plus heureuse contre Q. Minucius Thermus ; i! avait triomphé après sapréture d'Espagne^; après son consulat (193)® il combattit les Ligures et obtint au moins ce résultat que leurs hostilités cessèrent d'être menaçantes pour la Cisalpine '. On lui refusa le triomphe^ et Caton eut la plus grande part à ce refus ; dans son discours in Q. Minucium Thermum de X hotyiinibiis ^, il inscrimina les violences injustifiées contre des sujets romains ; dans le discours in Q. Minucium Thermum de falsis paqnis^" , il lui reprocha de faux rapports sur les combats qu'il avait livrés. La conduite de l'opposition en ces circonstances ne pouvait amener aucun résultat profitable d'un caractère général, d'autant qu'elle se plaçait au point de vue d'un parti et ne tenait pas compte de la valeur personnelle des gens qu'elle atteignait ; sans parler de Scipion Nasica, Thermus par exemple avait rendu des services réels*' ; membre d'une com-

') Liv., 33, 25. Polyb., 18, 25.

2) Liv., .35,8.

3) Liv., 36, 36.

^) Liv., 36, 39 et 40.

^) Liv., 34, 10.

^) Liv., 34, 54.

'') Liv., 34, 56. 35, 3, 6, 11 et 21. 36, 38. 37, 2.

») Liv., 37, 46.

3) Cal., Or., 8.

10) Cat., Or., 9.

'I) Liv., 38, 46 et 49.

i78 LE GOUVKRNEMEM DE LA NOBLESSE [III, 10

mission chargée do ratifier la paix avec la Syrie il accompagna en Asie C. Maulius Volso' et périt en Thrace à son retour*.

On ne pouvait contester sérieusement à M'. Acilius Glabrio le droit de triompher des Etoliens et d'Antiochus' ; Galon pour y arriver aurait été obligé de rapetisser les résultats de ses propres hauts faits. Mais lorsqu'en 189, Acilius confiant dans sa libéralité brigua la censure et disputa à Galon et à Marcellus le siège attribué aux plébéiens. Caton le fît accuser par des tribuns de péculat [peculatus) il le combattit officiellement, dans quatre discours au moins* et déposa qu'il n'avait pas vu au triomphe les ustensiles d'or et d'argent trouvés dans le butin enlevé à Antiochus. L'accusation était-elle fondée, ou Gaton a-t-il fait un faux serment {inteslabile perjunum) comme le soutint Acilius, on ne put le savoir ; Acilius retira sa candidature et les tribuns laissèrent tomber l'accusation'. Gaton ne fut pas élu non plus ; un lui préféra M, Glaudius Marcellus dont nous avons déjà parlé : sans occuper une situation aussi haute que celle de Gaton, il avait prouvé sa capacité ; tribun en 204", édile curule en 200", préteur de Sicile en 198% consul en 196®, il avait à ce titre guerroyé en Gaule cisalpine'", obtenu un triomphe qui lui fut décerné d'une voix presque unanime, il avait encore été légat consulaire dans l'armée de L. Gornelius Mérula (193). pour se faire élire censeurilparaits'êtreréconciiiéavecle parti dominant. L'échec de Gaton entraîna celui de L. Valerius qui briguait la place patricienne de la censure ; il avait pour concurrent P. Gornelius Scipio Nasica et T. Quinctius Flamininus ; le dernier fui élu".

') Liv., 27, 55. 38. 39.

^) Liv., 38, 41.

3) Liv., 37, 46.

*) Cat., or., 13.

"j Liv., 37, 57 et 58.

S) Liv., 29, 20.

') Liv., 31, 50.

JO) Liv., 33, 36 et 37.

") Liv.. 37. 57 et 58.

m, 10] OPPOSITION DE CATOX i7'j

Une fois censeurs, Flamininus et Marcellus furent unis, quoique Marcellus eut^ pendant son consulat, combattu Flamininus'. Ils enlrèrenl eu fonctions en 189 sous le consulat de Ch. Manlius Volso et de M. Fulvius Nobilior. Leur censure se rapproche des précédentes ; ils laissèrent Scipion IWfric.iin prince du sénat, ne rayèrent que quatre sénateurs sans notoriété et se montrèrent extraordinairenient indulgents envers l'ordre équestre"-.

En revanche, ils manifestent pour la première fois une intention que faisait, il est vrai, prévoir la politique antérieure de la noblesse ; écarter autant que possible la différence entre les citoyens proprement dits [cives optimo jure) et les citoyens sine suffragio ; leur but était probablement de faciliter le gouvernement des Latins et des autres sujets en s'agrégeant ces citoyens répandus sur un grand espace. Nous avons expliqué comment la situation politique des Latins avait empiré; nous savons formellement pour la censure de Flamininus et Marcellus que toutes les communautés latines furent recensées en même temps que Rome^ ; il semble qu'on l'avait déjà décidé en principe dès la censure précédente. Le nombre des citoyens sine suffratjio avait beaucoup diminué au cours de la seconde guerre punique. Les citoyens proprement dits, même éloignés de Roriie, lui étaient resté fidèles \ Ces demi-citoyens avaient en partie passé du côté d'Hannibal ; ceux-là, seuls qui avaient prouvé leur fidélité, ceux de dîmes, par exemple •, conservèrent leur situation.

Pour la conduite tenue envers les cités qui avaient fait défection, l'exemple le plus connu et le plus instructif est celui de Capoue. Depuis 338 elle possédait le droit de cité sine suffracjio avec une administration autonome mais subordonnée aux quattuorviri juri dicwido^. Après la bataille du lac de

'J Liv., 33, 25. Polyb., J8, 25.

2) Liv., 38, 28. Plut., Flam., 18.

'•') Liv., 28, 12.

^) Liv., 23, 31.

^) Les quattuorviri juri dicundo sont quatre des préfets destinés à suppléer le préteur pour la juriduclion dans les municipes; mais à la différence

180 LE GOUVEKNE.MIiM' DL LA .NOBLESSE [III, iO

Trasimène', les Campanicns avaient commencé à balancer' ; après celle de Cumes, l<'ur penchant Yeisla(lt''tVclion^ les entraîna à des demandes insensées ; ils voulaient qu'un consul fût (lanipanien pour continuer à prêter leur concours aux Romains'. Ils lirent eifectivement défections Capoue étant la ville la plus importante après Rome*', on s'explique fort bien l'énergie déployée par les Romains pour la reprendre et la sévérité avec laquelle furent traités" les Campaniens reconquis (2iJ) ainsi que leurs sujets Atellans, Calatins et Sabatins. (Jn les regarda comme ennemis conquis {hostes devictiy. Les délibérations sont connues par deux passages de TLte-Live qui se complètent". Investi du pouvoir d'agir par le plébiscite d'Atilius^ il raya Capoue du nombre des villes qui possédaient le droit do cité sine siiffragio avec administration autonome. La ville fut ruinée [nepulcrimi ac niomimentara poimli Campani — receptacuhim aratovmn — louis condeudis fructibus)^^ . Dans la ville on ne laissa plus habiter que les petits négociants et les ouvriers l'élément non campanien et les affranchis qui naturellement n'eurent pas alors le droit de cité romaine qu'ils n'avaient pas possédé auparavant^^ Les maisons delà ville devinrent propriété de l'Etat romain, le territoire campanien [ager campanus) c'est-à-dire toutes les terres labourables qui avaient appartenu à la cité de Capoue ou aux Campaniens individuelle

des autres prœfecli ils sont élus par le peuple en comices tributes et non choisis par le préteur. Ils administrent des cités campaniennes relativement favorisées, Capoue, Cumes, Casilinum, Volturnum, Liternum, Pouzzoles, Acerrœ, Suessula, Atella, Calatia (Festus p. ::i33). Leur titre officiel est prxfecli Capuam Cumas (Orelli-Henzen, inscr. n° 6463). [N. D. T.]

3) Liv., 23, 2 et seq.

'*) Liv., 23, 6. Val. Max., G, i, 1,

•') Polyb., 7, 1.

«) Liv., 23, 11.

') Liv., 26, 14 et seq.

») Liv., 25, 22.

9) Liv., 26, 16, 33 et seq.

10) Liv., 26, 16. 31, 29 et 31. 39, 37. Cic, de Leg., a<jr., 2, 32 et 33. Zon., 9, 6. Cf. les inscriptions L L. A., p. 159 et seq.

H) Liv., 26, 16.

m, 10] OPPOSITION' DE OATON 481

ment fut rattaché au domaine [agei- public us) ^ ; une paiiic fut vendue au profit du trésor public de Rome [serarium]- \ les redevances [vectir/alia) du reste furent affermées à des publicains'qui semblent Tavoir sous-loué à dos citoyens romains\ Certains membres de la noblesse campanienne étant restés fidèles, on leur avait déjà garanti leur droit de cité ; ils en jouirent comme citoyens {tmr/iicipes) de Cumes^ Une partie des nobles Campaniens compromisse virent restituer quelque chose de leur fortune mobilière''; les autres furent vendus eux et leurs biens \ Les premiers et le reste des Campaniens (avec les Atellans, les Calatins e-t les Sabatins) reçurent la condition de peregrini dediticii ; traités selon la gravité de leur faute, ils conservèrent une partie de leur fortune et furent internés dans des localités de la Campanie septentrionale, du Latium et de l'Etrurie^; on les dépouilla du conubium^ ; et même, ceux que Ton avait relégués en Étrurie n'eurent qu'un droit de commeràum limité ; ils ne pouvaient acquérir plus de cinquante jugères. Au moins pendant les premiers temps, on tint la main à ce que cette règle fût observée^".

Les autres communautés de demi-citoyens'' qui avaient fait défection, ont dû être traitées d'une manière analogue quoique peut-être un peu moins sévère''.

L'exécution des résolutions du Sénat au sujet de Capoue exigea plusieurs années ; il fallait faire émigrer un grand nombre de Campaniens, leur fixer de nouveaux établissements'% et régulariser l'emploi du domaine de Campanie'''.

i) Liv., 3t, ol. App., Hnnn., 43.

'^) [Av., 28, 16. 32, 7.

') Li\'., 27, 3 et 11. 12, 19.

'*} Cic, de Ltv/., (tgr., 2, 31, (SI.

'"') lÀv., 20, 34, 5.

") Liv., 26, 34.

**) Liv., 26, IC).

'■') Liv., 38, 36.

"-') Liv., 28, 46.

") Cf. D. ex. Liv., 23, 39. 42.

1^) Cf. Liv., 31, 4.

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