Cf. Liv
'i) Cf. Liv., 28, 46. 32, 7. 34, 45. 42, 1 et 19.
Pendant ces années, Capouo foi ma une province à pari {pruvincia)^, sous le commandemenl de proconsuls, de préteurs et de propréteurs. (î'esten 194, semble-t-il, que toutes ces choses se trouvèrent suffisamment réglées pour que la juridiction des quatuoviri jnr'i dicundo put être rétablie dans toute son étendue; outre Capoue, Atella, Calatia, Cumes, Casilinum, Acerrœ, Suessula, on lui soumit les colonies romaines fondées en Campanie, Volturnum, Liternum, Pouzzoles', Cette réorganisation a fait dire à tort que Capoue, après sa soumission en 211, devint une préfecture'.
Cependant les circonstances avaient changé, en ce sens que les Campaniens établis en dehors du domaine de Campanie n'étaient plus à craindre. Quand ils cherchèrent pendant la censure de Flamininus et de Marcellus à se faire de nouveau recenser comme citoyens, le sénat y consentit; ils furent recensés à Rome\ certainement comme œrarii et nullement comme membres de communes autonomes. L'année suivante ils obtinrent la restitution du droit de mariage {conubium)''. H était d'autant plus aisé d'améliorer la position des communautés de citoyens sine suffragio moins blâmables ou parfaitement indemnes à qui on avait laissé leur administraticm propre. Les censeurs doivent être les promoteurs du plébiscite de Valerius [plebiscitum Valeriiim) de 188 par lequel les municipes de Formiœ, Fundi, Arpinum reçurent le droit de cité complet avec cette stipulation qu'on les inscrirait dans deux tribus rurales, jEmilia et Cornelia^. On commençait ainsi l'absorption dans la cité des communautés de demi-citoyens; cette tendance aboutit à la disparition totale des citoyens sine suffragio, de telle sorte que dans la cité romaine on ne distingua plus que des citoyens proprement dits [cives optimo jure) et des œrarii dont le nombre devait être assez considérable.
La censure de Flamininus et Marcellus n'est pas moins importante pour la préparation de l'égalité entre affranchis et
1) Liv., 26, 28. 27, 7, 22 et 35. 29, 13. 31, 8.
2) Fest., ep. p. 233.
3) l.iv., 26, 16. Vell., 2, 44.
*) Liv., 38, 28.
">) Liv., 38, 36.
«) Id.
libres de naissance. Des censeurs avaient déjà tenté de la réaliser dans l'intérêt de la noblesse; mais pendant la censure de Flamininus pour la première fois on posa un principe législatif à ce sujet. Il ne nous est connu que par un lémoignag-e d'une obscurité incontestable', mais que l'on a eu tort de rapporter à la revision de la liste sénatoriale. Le tribun O. Terentius Culleo fît voter un plébiscite {plebiscitum Terenlium) d'après lequel tous ceux qui descendaient de citoyens libres (iXsuOépojv) devaient être recensés comme citoyens. Le sens immédiat de ce texte est que les fils d'affranchis (libres une fois qu'ils étaient affranchis) devaient être recensés comme ■ citoyens de plein droit [optimo jure) et inscrits dans les tribus rustiques. Mais la chose allait de soi après la mort de leur père l'affranchi; il faut donc vraisemblablement interpréter que les hls d'affranchis étant réputés de naissance libre [incjenuty, seraient dès la vie de leurs pères inscrits non dans les (ribus urbaines avec eux, mais dans les tribus rustiques; on est conduit à penser que celles-ci reçurent aussi les pères qu'il fallait rapprocher de leurs fils, en d'autres termes les affranchis qui avaient des fils [libertini quibus liberi essent) seraient citoyens do plein droit [cives optimo jure). Une décision de ce genre se rapprochait de celle qui pendant la seconde guerre punique avait assimilé aux hommes de naissance libre pour le service de la légion, c'est-à-dire pour les devoirs publics, les affranchis qui avaient des fîls\
Flamininus et Marcellus ont dû provoquer le plébiscite de Terentius. Plutarquc, égaré par la manière dont les démagogues postérieurs aux Gracques ont exploité la question des affranchis, suppose que Q. Terentius Culleo a présenté sa loi pour faire échec aux aristocrates et que Flamininus ne l'a observée qu'à son corps défendant; cela est peu vraisemblable ; l'oligarchie de Flamininus et de Scipion devait désirer l'appui des affranchis, et de plus Q. Terentius Culleo, comme nous pouvons le juger par l'attitude qu'il prit plus tard dans le
M Plut., F/am., 18.
-) Suet , Claud., 24.
^) Liv., 22, 11.
i84 Li; (.(jijvi;hm;.mi;nt uk la xhu.ksse [III. 10
procès de Sçijuon rAsiali(]ii('', clail |)r(»roii(l(''m('nt reconnaissant à l'Africain de l'avoir délivré de la captivité où l'avaient réduit les Carthaginois'; Tannée 195 encore il avait été envoyé à Carthagc en ambassade ayxic le collègue de Flaniininus, M. Claudius Marcellus'. Les faveurs accordées aux allVanchis n'étaient en aucun cas le bon moyen de fortilier la cité romaine qui continua à se défendre instinctivement dans le droit privé en refusant aux affranchis le cunubium' .
On ne peut rcprocbei- ni au gouvernement ni à l'opposition les résultais du cens de 189; le chiffre des citoyens (c«/?//«civiitm) s'était élevé seulement de 243,704 (en 194) à 238,318 '; il faut, il est vrai, tenir compte des citoyens envoyés dans les colonies latines dont nous avons parlé; mais un si faible accroissement marque plutôt un recul qu'un progrès.
Le symptôme était d'autant plus grave que les censeurs avaient porté sur les listes de citoyens au moins 12,000 Latins immigrés à Rome^ Nous avons admis que les citoyens des colonies latines fondées de 334 à 268 et dont la première fut Calés, avaient le droit de rentrer à Rome comme citoyens à la condition de laisser dans la colonie un lils adulte '. Quelquesuns au moins des citoyens des colonies fondées depuis 268, à partir d'Ariminum, avaient acquis le droit de se faire inscrire comme citoyens romains; enhn les habitants des communautés latines primitives le possédaient sans restriction. La situation des Latins ayant empiré, et Rome ayant cessé de s'occuper d'améliorer leur sort, ils ont dû faire usage de ces droits autant qu'ils le pouvaient; leur ellort pour acquérir le droit de cité romaine en prenant part aux colonies de citoyens prouve l'importance qu'ils y attachaient. De tous côtés ils immigraient à Rome pour y devenir citoyens de fait et l'être aussi en droit, une fois qu'on les aurait recensés comme
1) Liv., 38, 55.
2) Liv'., 30, 43 et 15. Vul. iMax., 5, 2, 5.
3) Liv., 33, 47.
♦) Liv., 39, 19.
^) Liv., 38, :i6. cp. 38
tels. En 199 et 194 beaucoup étaient déjà venus à Rome dans ces conditions' ; Flaniiiiinus et Marcellus paraissent avoir usé vis-à-vis des Latins immigrés de la même généiosilé que vis-à-vis des afïVancliis dont se rapprochait la condition des premiers. Sans examiner avec beaucoup de soin les droits des Latins qui S3 présentaient au cens, ils inscrivirent comme citoyen tout Latin qui le voulut. Ilspouvaient, ce faisant, obéir à un sentiment qui n'était pas erroné en soi; il eut été injuste de se montrer plus sévère pour les Latins qu'on ne l'avait été pour les Campaniens et de refuser le droit de cité aux Latins qui le demandaient; ils pouvaient penser aussi qu'il n'y avait qu'une différence de forme à recenser à Rome des g-ens qui auraient été recensés de même dans les colonies. Ils ne faisaient pas attention que si la collation du droit de cité à tous les Latins eut été un bien, une demi-mesure serait plutôt nuisible surtout si on ne faisait rien pour rendre meilleure la situation des Latins proprement dits. Non seulement l'afllux à Rome des Latins appauvris augmentait dans une proportion dang-ereuse le bas peuple de la ville', mais il aggravait le sort des Latins aisés restés dans les colonies; l'émigration de tous ces prolétaires leur rendait plus difficile de fournir le contingent qu'ils devaient à l'armée romaine ; l'émigration des colons latins à Rome étant récompensée par le droit de cité, on en assurait la continuation.
Après la censure de Flamininus et de Marcellus, le mécontentement éclata au grand jour dans l'intérieur de la noblesse. Lorsqu'il s'agit d'accorder le triomphe à Scipion l'Asiatique, le parti de Caton ne manqua pas de rappeler que la guerre avait été en réalité décidée par la bataille des Thermopyles'.
Ce parti dut être profondément blessé de voir décerner le triomphe naval à Q. Fabius Labeo qui avait délivré de l'esclavage un bon nombre de citovcns romains retenus en Crète'*,
\) Cf. Liv., 39, -> M.
•j VÀv , 37, 5S).
') Li\'.,'37j 00.
mais qui n'avail pas eu afTairo à un fnnemi'. La nohlosse prêtait oncoie plus lo liane aux attaques par l'altitude royale et nullement républicaine prise par les consuls de 189, M. Fui vins IVobilior et Cn. Manlius Volso dans leurs provinces". Néanmoins, l'opposition réduite à ses seules forces serait restée impuissante si elle n'eût rallié quelques hautes personnalités de la noblesse blessées dans leur ambition.
M. Fulvius Nobilior était un homme complètement dévoué à la politique de Scipion, avide de gloire', grand admirateur de la culture hellénique. Édile curule en 196*, préteur en 193 ^, proconsul en 192, il avait combattu avec succès dans TEspagne ultérieure [Hispania ultcriory. Elu consuF, il reçut comme province l'Etolie^ et termina la guerre d'Etolie par le siège et la prise d'Ambracie^. Il était encore proconsul en Grèce, lorsqu'/EmiliusLepidus, consul de 187, l'attaqua au sénat à propos d'une ambassade des Ambraciotes, et mit tout en œuvre pour l'empêcher d'obtenir letriomphe*^ Lepîdus avait été écarté du consulat en 189 et 188 par M. Fulvius", quoiqu'il fût déjà assez considéré en 201 pour être envoyé en ambassade auprès de Philippe de Macédoine'-,et qu'il eût revêtu le pontificat (199) *\ l'édilité curule(193), la préture de Sicile (192)''*. Lepidus était appuyé par Caton ; en effet Caton avait accompagné Fulvius en qualité de légat consulaire", de même qu'il avait jadis accompagné M. Acilius Glabrio ; il parla contre Fulvius au sénat, soit immédiatement, soit plus tard dans les délibérations
i) Liv., o8, 47.
^) Liv., 38, 'il.
'') Cic, Arch., il, 28.
') Liv., 33, 42.
«) Liv., 35, 7 el 22. 36, 21 et 39.
■) Liv., 37, 47.
») Liv., 37, 50.
») Liv., 38, 1-11. Polyb., 22, 9-15. Zon., 9, 21.
10) Liv., 38, 42-44.
11) Liv., 37, 47. 38, 35. 39, 55. 40, 46, '2) Liv., 31, 2 et 18. Polyb., 16, 34.
'3) Liv., 32, 7.
l'i) Liv., 35,24. 36, 2. 37, 47.
'3) Fest., p. 182. Cat., or., 113, .
relatives au triomphe'; il lui reprochait non -seulement la prodigalité avec laquelle il distribuait les récompenses militaires', mais aussi la compagnie du poète Ennius'.
Cn. Manlius Volso, préféré à M. ^Emilius Lepidus aux élections consulaires de 189, g-râce à l'appui de Fui vins, avait été édilecurule en 197*, préteur en Sicile (195)^, commissaire colonial pour la fondation de Copia (193)'^; en 192, il avaitbrigué le consulat sans succès". Une fois consul il succéda à L. Scipio Asiaticus dans l'expédition d'Asie s et fut charg'é de ratifier la paix conclue avec Antiochus ; il était assisté à cet effet de dix lég'ats. Avide d'argent et de g-loire, il commença, à la demande d'Eumène et sans y être autorisé par un sénatus-consulte ou par une loi centuriate, la guerre contre les Gaulois (Grt'//o^r«C2)°. Il frappa des contributions en nature et en numéraire sur les tyrans dont il traversait les États. Après la ratification de la paix'", il passa en Europe avec son armée charg'ée du butin" et essuya en Thrace un honteux désastre. Quand il brigua le triomphe il se heurta à l'opposition du consulaire L. Furius Purpureo (consul en 196)'' et de L. vEmilius Paulus'". Ce dernier était le fils du consul tué à Cannes ; quoique sa sœur eut épousé le grand Scipion'^,il n'était pas du parti dominant, il ne s'était pas davantage jusqu'alors rallié à l'opposition, mais il était d'accord avec Caton pour prôner les vieilles vertus romaines à l'encontre de la culture hellénique *^ et dépassait encore Caton en hostilité pour toute espèce de démagogie *°.
i) Liv., 39, 4.
2) Liv., 39, 5.
3) Gell., 5, 6, 24. Cic, Tiisc, 1, 2. Cat., Or., 14.
4) Liv., 33,25.
-) Liv., 33, 42 et 43.
«) Liv., 34, 53. 35, 9.
7) Liv., 35, 10.
») Liv., 37, 50.
') Liv,, 38, 12. Polyb., 22, 16 et seq.
10) Polyb.. 22, 26. App., Syr., 39. Zon., 9, 20.
H) Liv., 38, 40. App., S(/r., 42.
12) Liv., 33, 24; cf. 31, 4.
13) I. L. A., p. 289; cf. p. 178 et 278. i-i) Plut., ^m., 2.
15) Plut., ^m., 6 et 28.
•6) Plut., jEm., 38.
488 T.K C.OrVKRNEMKNT DK I, A NOULESSK [111. 10
Il avait, on lîli, rlr rommissairo colonial' ; édile curulc avec L. /Emiliiis Lcpidiis (11J3'), il s'était .montré sévère pour les transgresseurs de la loi Licinia {p«'cuarii)\ préteur on même temps que Lopidus (191)' il avait dans sa province dEspagne ultérieure '\ montré une sévérité inaccoutumée envers les soldats'', des talents militaires '', un caractère incorruptible et austère'. Pourtant et quoiqu'il fût déjà augure» il n'avait pas brigué le consulat comme d'autres jeunes nobles '■• et s'était contenté d'être l'un des dix sénateurs envoyés auprès de Manlius pour ratifier la paix '". L'attaque do cet bomme, qui ne craignait pas déqualifier de brigandage [jwivatum latrocinium)^^ la guerre contre les Galates, pouvait être fatale à la carrière politique de Manlius; celui-ci fut sauvé par la popularité qu'il avait acquise en enrichissant ses troupes, et par les ofTorts désespérés de ses amis et de ses parents ; la majorité du sénat lui fut favorable '\
Après ces préliminaires, l'opposition résolut d'attaquer le système régnant dans la personne des Scipions eux-mêmes ; leur parti était ad'aibli par les divisions de la noblesse, et il n'y avait pas à craindre la résistance du consul M. zEmilius, qui leur était le plus hostile. Il est hors de doute que Caton fut le promoteur de cette attaque, décisive pour le groupement des partis dans l'époque qui suivit''. Les récits qui nous sont faits du procès des Scipions sont en partie contradictoires et il faut probablement les combiner ainsi qu'il suit.
L'attaque fut commencée par deux tribuns du parti Galon, qui portaient tous deux le nom do Q. Pctillius ; ils vinrent au sénat demander compte à Scipion l'Asiatique du butin conquis
I) Liv., 34, 45.
2j Cf. Plut., Mm., 3.
^) Liv., 35,24.
'*) Cf. le décret que l'on a conserva.
■•') Plut., Mm., 3, 13 et 30.
'■■) IJv., 30, 2. 37, 4G et 57.
•) Plut., Mm., 4. Polyb., 18, 18.
**) l^lut.. Mm., 3.
«) Liv., 39, 5(3.
10) Liv., 37, 55.
'') Liv., 38,44 et seq.
!•!) Liv.. 38, 5'i et "). Plut.. CuL. 15.
sur Antiochus ' ; la coutume c>:isLaiito no robligoait pas à rendre ces comptes. C'est en cette circonstance que Scipiou r Africain déchira les comptes de son frère qu'on avait apportés ; il déclara qu'il serait indigne de demander compte de trois mille talents lorsqu'il en avait fait entrsr quinze mille dans le trésor'. Cette manière de le prendre de haut avec les questions d'argent, Scipion en avait déjà donné un exemple en ouvrant de sa propre autorité le trésor public sans autorisation des questeurs".
Il n'y avait rien à faire au sénat où Scipion jouissait d'un respect royal ; alors Calon suggéra aux Petillii une proposition inaccoutumée, mais qui reconnaissait la souveraineté populaire, la création d'une commission spéciale, qiiœstio extraordinaria de pecwiia régis Antiochi" ; Mommsen nie le fait sans donner de raisons suffisantes. Caton recommanda cette loi aux réunions populaires qui l'examinaient '' et par son ascendant il décida deux tribuns dévoués au parti de Scipion, Q. et L. Mummius, à retirer l'intercession qu'ils avaient élevée contre la loi '^. Pendant les délibérations préliminaires sur la proposition [rogatio Petillia), Scipion l'A-fricain paraît s'être laissé entraîner par son caractère hautain à un acte de violence contre lestribuns'. Il en résulta que d'autres tribuns accusèrent directement les Scipions devant le peuple sans que les 'Petillii retirassent leur projet qui pouvait atteindre non seulement les Scipions, mais d'autres nobles** compromis dans la guerre contre Antiochus. L. Scipio fut accusé par le tribun C. Minucius Aug-urinus qui lui intenta un procès pour le faire condamner à l'amende '' ; il tenta même de l'emprisonner à l'un
1) Gell., 4, 18.
2) Polyb., 24, 9; cf. Gell., 4, 18. Liv., .38,55. Val. Max., 3, 7, I. [Aur. Vict.] vir. ilL, 49. Diod,, 29, 24.
•'') Polyb., 24, 9. Liv., .38, .55. Val. Max., 3, 7, 1. tJiorl , 29, 24. Plut., reg. et imp. apophth., Scip., 9.
^) Cat., or.. 15. Plut., ('<il , 15.
") Uv., 38, 54 et .55.
') Liv., 38. .56.
"") Liv., 38, 55. 39, 6.
'■') Oeil., 7, 19.
(les termes de lapérioflc (rinstniclion, parce qu'il refusait de fournir caution; le tribun Ti. Sempronias Gracchus s'y opposa', quoiqu'après avoir servi sous les Scipions en 190' il leur fut devenu hostile '; ses opinions politiques le rattachaient au parti de Cciton, mais il ne voulait pas oublier les services incontestables du grand Scipion '. (îelui-ci ne fut accusé ni par les Petillii «, ni par M. Nœvius ", tribun seulement en \8ï', mais par un tribun inconnu de Tannée 187*. Il fut probablement accusé, non de concussion [pocukUus) ^, mais de trahison [prodilis] '". La base de cette accusation était la délivrance sans rançon de son fils prisonnier de guerre, et les conditions, trop favorables disait-on, auxquelles il avait accordé la paix à Auliochus".
Le procès de P. Scipio n'aboutit à aucun jugement ; après les termes réguliers de la procédure d'instruction [anqvkitio) Scipion, qui avait affiché une fois de plus trop de hauteur pour s'abaisser à plaider sa cause [hitmilitas caiisam diceiitiinnY' se retira sur sa terre de Liternum * '. Ti. Sempronius Gracchus, à qui il n'a d'ailleurs pu fiancer lui-même sa plus jeune fille '*, le protégea contre des poursuites ultérieures ^^. Le procès intenté à Scipion l'Asiatique n'aboutit pas non plus à un jugement, car Minucius retira son accusation après le vote de la loi Petillia. Le parti de Scipion fut assez fort au Sénat pour faire donner à Q. Terentius Culleo, ardent admirateur de
i) Gell., 7, i9. Liv., 38, 57, Cic, prov., cons., 8, 18.
2) Liv., 37,7.
3) Liv., 38, 52 et 57. Val. Max., 4, 1, 8. «) DioC, fr., 65 B.
5J Liv., 38, 50. App., Syr., 40. Plut., ap'rphth., Scip., 10.
^j Liv., 39, 52; cf. Gell., 4, 18.
8) Polyb., 24, 9. Diorl., 29, 24.
9) Liv., .38, 51.
10) App., %'.,40.
H) Liv., 38, 51. Zon., 9, 20.
12) Liv., 38, 50-52. Gell., 4, 18. Val. Max., 3, 7, 1. Polyb., 24,9. App., •3) Liv., 38, 52. Dio G., fr., 63 B. Val. Max., 5, 3, 2. 2, 10, 2. [Aur.Vict.] vir. m., 49. Plut., Cat... 24.
14) DioC., fr., 65 B. Liv., 38. 57. Val. Max., 4, 2, 3: cf. Plut., Ti., Gr., 4. 'S) Liv.,38, 52et53.
l'Africain, qui exerçait alors les fonctions do pnHeur pérégrin ', la présidence do la commission judiciaire'. Néanmoins Scipion l'Asiatique fut déclaré coupable et condamné à rembourser le dommage causé'. Il s'y refusa et Q. Terontius CuUeo ordonna son emprisonnement. jMalgré les efforts de P. Scipio Nasica il eut exécuté sa menace sans une nouvollo intercession de Ti. Sempronius Graccbus ^. On se borna à confisquer la fortune de Scipion.
L'issue de ce procès était pour l'opposition une g-rande victoire. La moindre conséquence était l'humiliation de Scipion TAsiatique, personnage insignifiant, et la condamnation qui en résultait contre l'avidité des nobles en général. Un résultat bien plus grave était d'atteindre le prince du sénat qui, au dire de ses ennemis, usait au sénat d'une puissance royale" ; tête et sommet do l'État romain, il rejetait tout à fait dans l'ombre la souveraineté populaire ; ses moindres sig^nes avaient la valeur de sénatus-consultes^ et de décisions du peuple; il se 'trouvait écarté d'une manière durable de la direction des affaires piibliquos\ Scipion l'Africain ne revint jamais à Rome et mourut au bout de deux ou trois ans dans sa campagne*. Son éloignomentfit de nouveau prévaloir dans l'olig-archie un principe quelque temps oublié ; la liberté repose sur la réciprocité de l'obéissance et du commandement {invicein parère et imperitare) ; nul ne doit s'élever assez haut pour échapper à la responsabilité ^
Le vainqueur, dont le principe, qu'il serait bon d'avoir dans l'Etat, beaucoup d'accusateurs^", recevait une éclatante confirmation, dut y g-agner une grande popularité. La souveraineté
1) Liv., 38, 42.
-) Liv,, 38, 55.
3j Liv., 38, 55. 39, 6 et 22. Val. Max., 5, 3, 2. 8, 1, clamn., 1 . ^) Liv., .38, 60. Val. Mal., 4, 1, 8. Plut., Oat., 15. [Aur. Vict.] vir. ill , 53, 57 .
^) Liv.. 38, 55.
«j Liv., 38, 51.
') Plut., Cat., 24.
8) Cic, de Sen , 6, 19. Liv., 39, 50 et .52. 45, 38. Dio C, 38, 26 ,
9) Liv., 38, 50 et 52.
10) Cic, Rose. Am., 20. Plut., Ont., 15.
492 i.i^ r,OT:Yi;RNi;Ari:NT ni; la noiu-kssk [IH, 10
populaire rccoiinuo en Ihcorio', mais aiiiiuliV' en prali(]iio, (Hail afiirmrc pr(''cis(''monl à rencontre do l'Jionime qui avait réussi à Frliniinor efrcctivcmcnt par une sorte de démag-og-ie élég-ante et inspirée de vues aristocratiques. C.aton espérait que les suites de la victoire seraient durables, qu'il pourrait réaliser ses plans, améliorer la noblesse et ramener l'Age d'or (le r(''galité civique; les événemonls allaient lui donner prduqilemcnt un démenti.
I) l.iv., 38, 3G; cf. 37, ni.