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tète de l'armée romaine. Lucullus, par avidité et par ambition, attaqua les peuplades restées pacifiques ', et mena la guerre d'une manière si cruelle et si perfide' que Scipion, au moment de la conclusion d'un traité, dut engager sa parole pour le consul \
Rn même temps, le préteur Ser. Sulpicius Galba, le même qui avait voulu contester le triomphe à Paul-Emile, entreprit une campagne contre les Lusitaniens; ils s'étaient soumis à lui sur sa promesse de leur assigner des terres; il eut la perfidie de les faire égorger ou vendre comme esclaves '*. Ces hontes provoquèrent une nouvelle protestation du vieux Caton, près de mourir, contre les abus des gouverneurs.
Lucullus échappa à une accusation à Rome "^ ; mais Caton se réserva Ser. Sulpicius Galba pour faire un exemple. On procéda comme on avait fait dans un cas analogue contre M. Popillius Lœnas; le tribun L. Scribonius Libo, poussé par Caton, déposa une demande [ro(jat'w)\ mise en liberté des Lusitaniens, vendus par trahison, ut Lusitani qui in fidem populi Romani dediti a- Ser. lialbainGalliam venissent in libertatem restitueroitur ^ Ou ajoutait qu'une commission [quœstio extraordinaria) serait instituée pour juger Galba '. Cette accusation n'était pas illégale entant que dirigée contre un homme [pnvilegium)^] mais son acceptation préjugeait la condamnation de Galba, de sorte que les écrivains parlent soit d'une accusation de Galba % soit d'un jugement du peuple '^ Quoique l'équité de la proposition [rogatio Scribonia) fut hors de doute et que Galba se fût aliéné le peuple par sa ladrerie en matière de butin**, quoique L. Cornélius Cethegus et Caton
') App., i6t'/'., 51.
2) App., Iber., 52.
^) App., Iber.^ 54.
') App., Iher., 58-GO. Liv.. ep., 48 et 49. Val. Max., 9, 6, 2. Gros., 4, 21.
S) App., Iber., 55: cf. Dio C. fr. 76 B.
c) Liv., ep., 49. Cic, Brut., 23,89., ad Att., 12, 5, 9.
'') Cic., de Or. , 1, 53.
») Cic.,Bra^,23, 89.
9) Gell., 1, 12, 17 (Ascon), p. 124. IMui., Cat., 15. App., Iber., 60.
") App., Iher., 60.
o76 LK gul'vi:k.m:.mi:.nt dk l\ N(>bll;sse [111, 1.'^
aient appuyé éncrgiquemenl l'allaquc', — ce duniiL-r, peulèlre dans le discouis de praida militibus divid(mda- ol dans le discours npud milites', auquel nous avons donné ci-dessus un auUc sens, — néanmoins Gallja, dont l'esprit' et l'hahilelé oratoire étaient très an-dessus de celle de ses accusateurs, réussit à faire rejel(,'r la proposition par le peuple, 11 versa des larmes théâtrales sur le malheur de ses enfants et de son neveu qu'on avaitamenés devant le peuple; en outre, il était très riche et fut défendu par les nobles de son parti dont l'orateur était Q. Fulvius JNobilior^ souvent attaqué par Caton.
Le sort de la proposition Scribonia dut achever la conviction dès longtemps préparée chez les hommes qui réfléchissaient, la conviction que demander un jugement par commission [qiiœstio cxtraordinai'ia) n'était pas un meilleur procédé que le jug-ement par le peuple pour empêcher un gouverneur de piller sa province. Les provinciaux pouvaient encore accuser celui-ci devant le Sénat et s'en remettre à la décision d'un jury de récupérateurs [recuperatores) composé de sénateurs, mais cela ne pouvait suffire. La majorité du Sénat était assez corrompue pour qu'elle préférât affirmer l'innocence de ses membres, d'autant plus que la plupart en avaient agi de même ({ue les accusés ou pensaient le faire et souhaitaient être traités comme eux. Il fallait des cas rares et exceptionnellement graves pour que les provinciaux fissent la tentative d'accuser leur gouverneur. On cite comme un fait exceptionnel , en loi , au moment où l'on consolidait les appuis de l'oligarchie , la condamnation de quelques préteurs qui avaient spolié leurs provinces*^.
Désireux d'établir un contrôle judiciaire plus sévère et plus effectif sur les gouverneurs de province, le tribun L. Calpurnius Piso fit une nouvelle proposition. C'était Ihomme qui
') Liv., ip., i'j. Cal., ijriij.,1, 1-3. Cf. encore Cic, hrut., 20, «0. Mw\ 28, 59. Gell., 13, 24, 15. Val., Max., 8, 71. â) Cal., Or., 70. 3) Cat., Or., 30.
H Cic, de Or., 2, 165, 263.
•') Liv., eji., 'i9.
''') Liv., ep., 'û.
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dans ses Annales juge sévèrement l'impudeur des temps qui suivent 154 et à qui sa frugalité {frinjalitas) valut rhonorablo surnom de Frugi^. Il proposaen 149 la loi Caljntrniadepeciiniis repetundis instituant un tribunal spécial [quœstio repetundarum), le premier des jurys criminels si importants par la suite'. On s'autorise d'un passage unique de Cicéron ^ pour voir là l'institution des jurys permanents [quœstiones perpetU3e)^ïnB.\s cela n'est pas probable. Il paraissait nécessaire d'instituer un tribunal chargé de protéger les alliés contre l'avidité des gouverneurs, et cela prouve combien le mal était étendu; mais on pouvait prévoir que la loi Calpurnia, n'aurait pas grand effet; la preuve en est dans la nécessité de lois chaque jour plus sévères contre la concussion '\ La loi Calpurnia manquait en partie son but, parce qu'étant donné l'état des partis à Rome, elle no pouvait prendre pourjuges {jiidiccs), dans une commission présidée par le préteur, que des membres du Sénat.
La loi Calpurnia, par la juridiction nouvelle qu'elle créait, eut une importance capitale dans le développement du droit criminel; en outre elle eut du moins ce résultat que les gouverneurs ne' pouvaient plus voler aussi effrontément qu'ils l'avaient certainement fait auparavant. Elle ne pouvait améliorer la noblesse, mais on y voit à bon droit une protection pour les sujets de Rome [putroiie socionun atque aniicorwn populi Romani)\ Dans cette mesure, elle contribua indirectement à assurer la domination universelle de Rome, très compromise à ce moment par la guerre d'Espagne. Il ne faut pas méconnaître d'autre part que cette loi par laquelle le peuple abandonnait son pouvoir de répression sur les magistrats, est une restriction considérable à la souveraineté populaire déjà endiguée par les lois .Elia et Fulia au profit de l'oligarchie. Elle donna le signal de nouvelles luttes pour la possession
<) Schol. Bob., p. 233.
2) Cic, Brut., 27,'iOQ.deOff'., L', 7t, 75, in Vcrr. accus., 3, 8i, 105. 4, 25, 56. Schol. Bob., p. 233. Lucil., ap. Non. Marc, p. 290 G. Tue, Au»;, 1.5, 20. Lex. Acii, 23, 7i. I. L. A., p. 59 el62.
3) Cic, BnU., 27, 106.
■•) A partir des Gracques. [N. D. T.
'■'} Cic, m Cxc, 20, 65; cf. 5, 17, in VV;v. accKSi. 2, 6, 15.
a7fi II: r.OUVERNEMENt DE LA .NOBLESSE [III, 13
ries fonctions judiciaires dans ces tribunaux ; ces luttes furent plus pernicieuses que les précédentes, car les citoyens et surtout l'ordre des capitalistes étaient aussi incapables d'appliquer les principes démocratiques que la noblesse d'appliquer les principes aristocratiques.
Les citoyens étaient bien changés depuis la guerre contre Hannibal, Caton le signala dans sa défense de 153 '. Les nobles ne s'attachaient plus qu'à l'apparence du service ; à tel point que M. .^milius Lepidus, qui n'était pas innocent do cette corruption de la noblesse, en fut préoccupé; quand il mourut en 151 il demanda à être enterré sans la robe de pourpre à laquelle lui donnait droit son titre d'ancien censeur ; il pensait que les images d'ancêtres qui avaient rendu de vrais services a l'État, seraient, pour la véritable noblesse, un plus bel ornement que des fonctions dont la richesse ouvrait l'accès *.
') Plut., Cat., 15.
^) Liv., ep., 48; cf. Cic, de ley., 2, 23, 59.