‹ Histoire intérieure de Rome jusqu'a la bataille d'Actium. Tirée des Roemische Alterhümer de L. Lange (volume 2)Chapitre 67 sur 82 · L EPOQUE DE SCIPION EMILIEN · texte numérisé non relu

L EPOQUE DE SCIPION EMILIEN

Parmi les jeunes gens rie ce lenips, il y en avait bien peu qui répondissent sous un aspect à l'idéal du noble tel que se le représentait M. .Emilius Lepidus et tel que Paul-Emile en avait le plus approché. Le plus en vue était sans conteste Scipion Emilien (/*. Conielius Scipio .Emilianus), cédé par son père Paul-Emile au lils aîné de l'Africain ; celui-ci était de trop faible santé pour revêtir aucune charge politique', mais on en avait fait un augure et un tlamine de Jupiter'; il adopta le fils de Paul-Emile". A l'âge de dix-sept ans, Scipion Emilien fil la campagne de Macédoine', puis il accompagna son père dans un voyage d'agrément en Grèce (1(J7) ; son goût pour la culture et l'art hellénique éveillé par une éducation soignée eut ainsi l'occasion de se développera Revenu à Rome, le modeste jeune homme que la vue des images de ses ancêtres excitait à la vertu , mais que cette timide modestie exposait aux dédains de ses hautains cousins de la gens Coimelia, se lia étroitement avec Polybe, celui des otages grecs internés en Italie qui avait le plus les qualités d'un homme d'Etat^

Sous la direction de ces Grecs, Scipion prit une autre route que la majorité des jeunes nobles dont les allures déplaisaient à son caractère sérieux. 11 maintenait sa vigueur physique en

') Cic, de off., \. 33, 121, de aen., Il, 35. Brut., 19, 77.

2) Liv., 40 et 42. Tit. Scip., I. L. A., p. 19.

■') Liv., 44, 44. Plut., JSm., 5. (Aur. Vict.) Vir. HL, 58.

*) Liv., 44, 44. Plut., .Em., 22. Diod., 30, 30.

^) Liv., 45, 27. SalL, Jiig., 4.

«) Polvb., 32, 9 et 10. Diod., 31, 37.

o80 I.K i.OrVKnVKMKM I)K LA NOULKSSK [III, 14

s'adonrianl à la rhassc', el «.mi ronservaiil nno chaslofé Héjfi bion lare'; il dédaiç^iiail de rechercher la popularili' en acciisanl des hommes imporlaiils'. Il préférait se faire (h's amis par sa complaisance sur le Kornm^. A la morl de la venve de l'Africain dont il était l'héritier, il excita létunncment de tous par le désintéressement dont il fit preuve et «jui conlrastail avecla cupidité de ses contemporains. Non seulement il donna à sa mère, l'ancienne femme de Paul-Emile", les riches parures de la morte; mais il paya en entier, dès le premier des trois termes fixés, la moitié non encore versée de la dot des so'urs de son père adoptif mariées à 1*. ('ornelius Scipio Xasica et à Ti. Sempronius (iracchus''. A la mort de son père Paul-Emile, il renonça à sa part d'héritage en faveur de son frère aîné passé par adoption dans la ijana Fahia\ Q. Fabius Maximus .Emilianus; ce frère était beaucoup moins riche que lui; il fit plus et paya la moitié des dépenses des jeux funèbres ^ Jusqu'à la fin, il attacha si peu d'importance à la richesse et à la possession des objets de luxe qu'il ne laissa que trente-trois livres d'argent et deux livres d'or travaillé\ \ji\ jeune homme qui nourrissait de tels sentiments devait satisfaire même Caton'". C'est à lui que Scipion s'attacha après la mort de son père " ; sa sœur Terlia avait épousé le fils de Caton ''qui mourut en 153 '^ Outre Caton, il subit, à l'époque où son esprit mûrissait, l'influence des beaux-fils de l'Africain, nouslesavons déjà nommés, P. Cornélius Scipio Nasica et Ti. Sempronius Gracchus dont Scipion épousa plus tard la fille''*; mais plus

<) Polvb., Wl, 15.

2) PolVb., 32, 10.

■') Polyb., 32, 9 et 15; cf. Pliil., Ti. Gr., 8.

*) Plut., apophth. Scip. min., 2.

») Pûlvb., 32, 12.

«) Polyb., 32, 13.

■) Cf. L. A. S., p. 178.

«) Polyb., 32, li. Diod., 31, 38. PiuL., ^m., 39.

'■') Plut., apophth., 1. (Aur. Vict.) Vir. ill., 58.

>») QÀc.,Arrh., 7, 16.

") (lie, (-h Rrp., 2, 1, 1. de inv., 1, 4, 5.

'-) Plut, 31in., 21. Cic, de sen., 6, 15.

'■') Liv., ep., 48. Cic,, de sen., 19, (38.

'') Plut,, Ti. (il-., 1.

III, \\\ KPOÔTIK DE SCIPION ÉMIMEV oSi

qu'avocoiix il se liaaver C. L.'i'Iiiis'), le fils du consul de 190, qui était un peu plus âg-é que lui.

Avant d'avoir revêtu une magistrature curule, Scipion était déjà assez considéré au dehors pour que les Macédoniens l'aient prié de leur servir d'arbitre dans des querelles intérieures auxquelles les avait menés leur constitution républicaine-. Il préféra offrir ses services comme tribun militaire ou légat du consul qui avait peine à lever des troupes pour la guerre d'Espagne. Dans la campagne il prouva, on vainquant un Espagnol on combat singulier, sa bravoure personnelle \ Son attitude respectable lui valut la confiance des amis et des ennemis''; il apprit à connaître l'Afrique tbéàtre de sa gloire ultérieure, par une ambassade auprès du roi de Numides, Masinissa; il vint lui demander des éléphants pour l'armée d'Espagne^. Bientôt il eut l'occasion de prouver que le surnom d'Africain n'était pas seulement un héritage, mais une distinction qu'il avait pu conquérir par ses propres mérites.

La politique d'intervention suivie par les Romains envers Carlhage avait fini par leur faire résoudre la ruine totale de cette ville. Carthage s'était relevée assez vite des désastres de la seconde guerre punique*^. Le trésor avait été si vite rempli grâce aux sages règlements d'Hannibal', que les Carthaginois otïrirenl aux Romains dès 191 au début de la guerre contre Antiochus, de s'acquitter d'un seul coup du tribut réparti sur cinquante annuités ^ Les Romains refusèrent, pour ne pas abandonner la reconnaissance de leur suprématie impliquée par ce tribut annuel. Les querelles des Carthaginois avec Masinissa favorisé par Rome, donnèrent lieu à l'envoi à Carthage de plusieurs anil)assades, notanmienf en 19o, 193. 182;

') Cic, de inr., 1, 'i, 5, ,h^ n>-p.. l, 12, 18. Lvl., 1, </>■ or., 2, G. 22. Val. Max., H, 8, 1.

2).Polyb , 85, /(.

'') Liv.*^, op., /i8. Val. Max., 3, 2, 0. App., ]hcr.,o). P^lyb,, 35,5. (.\ijr. Vict.) r/r. ///., .58. Vell., 1. 12.

') Cf. Diofl., 32, 8.

^) App. Lih., 71. Val. Max., 2, 10, \. 5, 2. ext., 4.

'') App., Lib., 67,

") Liv., 33, 47.

«) Liv., 36, 4.

582 i-K (;orvf:RM':MKNT df. la noblesse [III, U

réservant la décision au Sénat, (-es ambassades faisaient plus pour entretenir la discorde que pour l'apaiseï-. En 181, à l'époque qui suit la chute do l'Africain et la censuie de Calon, uu meilleur esprit régnait à Rome; les discussions de Carthage et de Masiuissa furent réglées*.

En 174, ou appi'it que Perséo avait essayé d'enrôler les Carthaginois dans sou alliance et une nouvelle ambassade partit de Kome'. Masiuissa, se liant aux soupçons réveillés à Rome, s'attaqua de nouveau au territoire carthaginois; le sénat lui lit d'énergiques remontrancfs '*. La diplomatie romaine avait deviné son arrière-pensée qui calculait toutes les éventualités, même celle d'un succès de Perséo^ Mais la rivalité persistait entre Carthageet le roi Numide", et quoique le sénat ait interdit à Masiuissa le voyage de Rome (107)', ce prince était assez solidement ancré dans les bonnes g^ràces des Romains pour que ceux-ci décidassent en sa faveur, non qu'il eut le droit, mais parce que ce côté leur paraissait être l'avantage do Rome,

En 137, il fallut encore envoyer des ambassadeurs pour oxaminer <le nouveaux différends; Caton était de l'ambassade'-'. Il trouva, centrairemoni à son attente, Carthage riche et animée d'esprit militaire. Le vieillard fut saisi avec une telle force de la crainte de voir se rejiouvelei' les périls do la seconde guerre punique, que désormais il ne cessa de prêcher la nécessité de la destruction de Carthago avec un zèle inépuisable {ceterum cfinsfio...); il estimait que la situation de Mome no serait pas assurée auparavant'". 11 embrassait une opinion déjà soutenue contre l'Africain par heaucoup do gens eu 201 et, se reportant à son opposition

') Liv., ;«, 47. 3'i, 62. '.0, 17. .\pp , Lib., 08.

•-') Li\'., 10, 3 i.

■■') Liv., M, 22.

4) Liv., 42, 23f4 2'..

'') Liv , 42, 29.

••■) Liv., 43, Set (i.

•) Liv., 45, 13 et 1-4.

«) Polyb., .32, 2.

'■') App., Lib , 69. Plut., r„(., 26.

'") Cat., or., 37. Val. Max . H. 15, 2. Cic, de sen., 6, 18. Oros. 4, 23.

") Dio C. fr. 59 B.

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