‹ Histoire intérieure de Rome jusqu'a la bataille d'Actium. Tirée des Roemische Alterhümer de L. Lange (volume 2)Chapitre 70 sur 82 · III, 14] ÉPOQUE DK SCIPION ÉMILIEN · texte numérisé non relu

III, 14] ÉPOQUE DK SCIPION ÉMILIEN

ordre, les quatorze rangs placés immédiatement derrière ceux des sénateurs. On dit en effet formellement de la loi Roscia theati'alis de 67, à qui l'on reporte communément cette innovation [jus in XIV ordinibus sedendi), qu'e^'e restitua aux chevaliers un droit qu'ils avaient perdu, sans contredit dans les luttes civiles qui suivirent l'époque des Gracques, probablement sous la dictature de Sulla*.

Le fait dont nous venons de parler est aussi important pour la constatation officielle de prééminence d'un ordre de chevaliers {o)'do equester), que la distinction analogue accordée aux sénateurs l'est pour prouver le caractère oligarchique de la noblesse. Les citoyens s'étaient, la première fois, offusqués de ce mépris de l'égalité civique ; ils durent l'être d'autant plus, cette fois, que les efforts de Tordre équestre, afin de gagner le plus d'argent possible en affermant les revenus et les dépenses publiques, n'avaient en rien le caractère de services rendus à TÉtat. Eu outre, la connivence des grands et des chevaliers était dangereuse aussi bien en général que dans le cas particulier^, puisqu'elle fortifiait l'ordre équestre^ lui révélait son importance dans la cité et lui donnait la tentation de disputer à la noblesse le gouvernement de Rome.

On peut ne voir que des manifestations sans portée dans ce fait que les chevaliers [équités equo publico) prenaient de plus en plus des distinctions réservées d'abord aux seuls nobles : telle la phalère d'argent'; les chevaliers qui n'avaient pas le droit de revêtirla tunique laticlave [tunica laticlavia) en adoptèrent une autre peu différente [tunica aiigusticlavia) *. Ce sont toutefois des symptômes des tendances de l'aristocratie d'argent qui veut se mettre sur le pied d'égalité avec l'aristocratie nobiliaire également appuyée sur l'argent. Celle-ci s'attache à maintenir sa prédominance; elle change l'habit [vestis mutatio) des sénateurs dans les deuils publics % en ces jours, ils

') Vell., 2, 32. Ascon., p. 79, éd. Or. Cic, Mur., 19, 40.

2) Cf. Diod., 34, 2 et 5.

3) Polyb., 6, 39. Liv., 39,31.

') Vell., 2, 88. Suet., A«ff., 73.Plin., n. h., 33, 1,7, 29. Lampr., Alex.,

«) Plut., Ti. Gr., 10.

revêtirent lo costume des chevaliers'. Il était d'autant plus facile de trouver une occasion où l'ordre équestre se séparât des grands, de manière h nuire à la noblesse. La connivence de la noblesse^ on face de l'ordre équestre, influa singulièrement sur les quelques chevaliers qui faisaient encore leur service militaire, malgré la répugnance croissante qu'on témoignait pour le service de cavalerio^ Les scènes scandaleuses survenues entre le consul Q. Servilius Caepio dans la guerre d'Espagne (140)', la lâcheté des cavaliers romains de L. Calpurnius Piso dans la guerre servile de 4.33*, sont une preuve de notre assertion.

Cependant la guerre d'Espagne et de Lusitanie avait été mollement conduite par les préteurs M. Vetilius et C. Plautius, successeur de C. Licinius Lucullus et de Ser. Sulpicius Gallia. Elle traînait en longueur depuis que Viriathe , échappé au massacre organisé par Galba% avait pris la direction des insurgés*^. C. Plautius fut condamné par le peuple à cause de son incapacité militaire"'. Mais on était ou du moins on se regardait comme si épuisé parles guerres contre Carthage, la Macédoine et les Achéensque Q. Fabius Maximus zl^milianus, qui, pendant son consulat, prit la province d'Espagne ultérieure [Hispania ulterior) et la direction de la guerre, hésita à lever les soldats des deux légions qu'on lui avait accordées; il finit par se contenter déjeunes gens inexpérimentés \ C. Lselius, préteur de l'Espagne citérieure {Hispania citeriory, et Fabius Emilien, restaurèrent la discipline et infligèrent des échecs à Viriathe.' Scipion, resté à Rome, avait eu soin de leur faire prolonger Vimperium pour Fan 144,

Pourtant les consuls de cette année-là furent pris parmi les adversaires de Scipion; c'était Ser. Sulpicius Gallia etL. Au-

') Dio C, 38., 14. 40, 46. 56, 31.

2) Cf. déjà. Liv., 23, 48 et 49. 24, 18. 27, 11. 39, 19. Gell., 4, 12 et 20.

■^j Dio. G. fr., 78 B.

^) Val. Max., 2,7, 9.

") App., Iber., 60 et seq.

'■•) Liv., ep., 52. Diod., 33, 1 et 2. Dio C. fr. 73 B.

') Diod., 33, 3.

8) App., Iber., 65.

'') Cio., de Off., 2, 11, 40. Bnit., 21* 84.

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rclius Colla; le premier avait donné sa mosuio clans sa préture. Onant à l'autro, pour le caractériser, il nous suffira de dire qu'étant tribun de la plèbe, il invoqua son inviolabilité pour ne pas payer ses dettes*. L'élection de tels liurnmes est une preuve de la profonde décadence de la noblesse et de Tindignité des cboix du peuple. Scipion, qui n'avait pu empêcher celte élection, fit du moins décider par le sénat qu'aucun des deux ne serait envoyé en Espagne; le premier, disait-il, étant pauvre et le second ne se trouvant jamais assez riche'. L'influence de Scipion, plus que celle des consuls, fit charger cette année le préteur Q. Marciu»Rexde mettre un terme à l'abus des dérivations d'eau (des aqueducs publics), abus si souvent combattu par les censeurs \ Le même préteur eut encore à restaurer l'aqueduc d'Appius [(.uiua Appia) et celui de l'xVnio, les aqueducs actuels ne suffisant plus au besoin de la ville ag-randie, il en commença un wowxQViW [aquaMarciay, La jalousie mesquine était déjà si développée parmi la noblesse, que la simple question de savoir si l'on amènerait sur le Capitole l'eau de Marcius ou celle de l'Anio provoqua des querelles personnelles; Marcius l'emporta cependant".

En 143 encore, on élut au consulat des adversaires de Scipion, Appius Claudius Pulcher et Q. Caecilius Metellus Macédoniens, ce dernier après deux échecs que ses services n'avaient pu lui évitera Appius, fils du consul de 177\ reçut comme province l'Italie et non l'Espagne; mécontent de n'avoir que la perspective de services civiques et désireux de s'illustrer, sans songer au bien de ^État^ il attaqua une peuplade des Alpes, les Salasses, et les vainquit après une première défaite ^ On lui refusa le triomphe ; avec la hautaine obstination de la gens Claudia^ il voulut triompher à ses frais^ non sur le mont

') Val, Max., 6, 5, 4.

•') Val. Max., 6, 4, 2.

^) Frontin., «g., 7.

*) Plin., n. h., 31, 3, 24, 41, 36, 15, 2i, 121.

^) Frontin., loc. cit.]

6) Val. Max., 7, 5, 4. (Aur. Vict.) Vir. UL, 61.

8) Cf. App., Iher., 80.

9) Liv., ep., 53. Dio C. fr. 74 B. Oios., 5, 4. Obseq., 2.

Albaiu, mais dans Rome. Les tribuns s'y opposant, on vit des scènes tumultueuses, dans les(|uellcs l'intercession des tribuns fut réduite à l'impuissance, Appius se protégeant contre eux avec l'aide d'une Vestale, sa sœur ou sa fille, dont il se fit accompagner' .

Metellus fut obligé de faire dans l'P^spagne citérieure une campagne contre les Celtibériens, origine de la guerre de Numance'. En somme, il mena bien la guerre' et, prouva des qualités militaires qui le mettaient de pair avec les bons généraux de l'époque antérieure' ; mais il fit bien jdus de mal que de bien par son a^itipathie politique contre Q. Pompeius, son successeur; il congédia en masse ses soldats, détruisit le matériel de guerre, pour lui rendre plus difficile la possibilité d'une campagne heureuse et glorieuse". Il faut noter toutefois que cette version repose peut-être sur une calomnie de Q. Pompeius^.

De l'année du consulat de Metellus Macédoniens date la politique de famille des Metel/P ; poursuivie avec un rare bonheur, elle fit d'eux les champions conséquents et relativement modérés parfois du parti des grands.

Il était dans la nature des choses que Scipion, nommé augure dans l'intervalle ^ mettrait tout son espoir pour son action ultérieure sur l'Etat, dans la possession de la censure qu'il était homme à gérer dans l'esprit de Caton et de Gracchus". La moralité était tombée bien bas; les procès criminels scandaleux de cette époque'", l'institution d'un tribunal permanent pour juger les assassinats et les empoisonnements {de sicariis et ve?ieficis)^^, le rôle joué par l'amour contre nature

') Val. Max., 5, 4, 6. Cic, CxL, 14, 34.'Suet., Tib., 21. î) App., Iber., 66, 76.

3) Liv., ep., 53. Flor., 2, 17. (Aur. Viol.) Vir. ill., 61. *) Val. Max., 2, 7, 10. 5, 1,5.7, 4, 5. Fronlin., S</'((<., 4, 1, 23. 3,7,3. S) Val. Max., 9, 3, 7.

•■■) Cf. App., Iber., 76.

') Cic, fin., 5, 27,82. 29, 88. Tmc, 1, 36, 86. Plin., a. h., 7, 44, 45. 142etseq. Vell., 1, 11. 2,8, 11. Val. Max., 7, 1, 1. 8) I. L. A. p. 278.

») Cf. C\c., de Rep., 4, 10, 11.

'0) Val. Max., 8, 1. amb., 1. ") Cic, de Fin., 2, iQ,lï. Sex. fi'.sc. , 30, 85.

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