III, 14] ÉPOQUE DE SCIPION ÉMILIEN
dans les pièces d'Afranius [fabula tor/ata)\ justifient noire assertion. Le sentiment de l'honneur était aussi profondément atteint, car M'. Manilius, le consul de 149, ami de Scipion*, jugea nécessaire de publier une collection de formules do contrats, sorte de manuel juridique destiné à protég-er les contractants contre des tromperies". Ce n'était plus la malhonnêteté*, mais l'honnêteté qui paraissait extraordinaire chez des nobles ^ Ce ne sont pas seulement des g-ouverneursqui se laissent corrompre, comme D. Junius Silanus, fils émancipé de T. Manlius Torquatus®; L. Hostilius Tubulus, préteur, présidant, en 142, le tribunal dont nous venons déparier [quœstio de sicariis et vene/icis ou mte?' sicarios) donna le premier exemple d'un magistrat corrompu dans l'exercice de ses fonctions"'. Enfin l'amour des luxueux plaisirs s'était répandu de Rome sur toute l'Italie et empêchait le relèvement de la péninsule jusqu'à la solide prospérité des anciens temps. La loi Didia cibaria, qui visait le luxe de la table (143) étendit à toute l'Italie les prescriptions édictées pour Rome par la loi Fannia et déclara passibles d'une punition les convives aussi bien que l'amphitryon^ ; on peut voir dans ce règlement précurseur de la censure de Scipion, sa main et celle de ses amis.
En 142, Scipion brigua la censure; le frère de Metellus Macedonius^ L. Ca?ciiius Metellus Galvus et le frère adoptif du frère consanguin de Scipion, Q. Fabius Maximus Servilianus, occupaient le consulat. Scipion avait un concurrent appuyé par la noblesse, Appius Claudius Pulcher, le consul de l'année précédente. Ce n'est pas la faute de Scipion si, pour lui résister, il se vit obligé de s'appuyer sur le peuple qui
1) Quint., 10, 1, 100.
2) Cic, de Rep., 3, 10.
3) Le titre en était Maniliœ venalhim vendendorum leges (Cic, de Or., 1, 58. Var., de Re rmt., 2, 3, 5 et 7. Dig., 1, 2, 2, 39). [N. D. T.]
5) Liv.,ep., 57; cf. Polyb., 18, 18.
6) Cic, Fin., \, 27, 24. Liv., ep., 54. Val. Max., 5, 8, 3.
■) Cic, Fin., 2, 16, 54. 4, 8, 27. 5, 22, 62. ISat. deor., l, 23, 64. 3, 30, 74. ad AU., i2, 5, 3. Ascon., p. 22, éd. Or.
8) Macrob., Sat., 2, 13, 6 {= 3, 17, 6, éd. Eyssenh.).
Î)9S LE GOUVERNEMENT DE LA NOBLESSF i^lll, 14
depuis son consulat le regardait comme un des siens'. Néanmoins il employa moins que son concnrrent les procédés ordinaires des candidats briguant des votes, déclarant avec un légitime orgueil qu'il valait mieux pour un candidat être connu de tous les citoyens que de les connaître tous'. Le peuple élut Scipion, prouvant ainsi qu'il accepterait une censure sévère. Mais Scipion ne put l'être autant qu'il l'eut souhaité; en (itret on lui donna pour collègue plébéien L. Mummius Achaïcus. Mummius était homme nouveau', ou fils d'homme nouveau'; il avait fondé sa réputation comme préteur de l'Espagne ultérieure au début de la g-uerre de Lusilauie (iri;]]" et était devenu très illustre k la suite de la défaite des Achéens, due en réalité à Q. Cœcilius Metelius''. C'était un homme intègre, il l'avait prouvé en ne touchantpas au butin'; son attitude envers les Grecs a pu mériter les éloges de Polybe^ Mais il était peu instruit^ au point d'ignorer la valeur des chefs-d'œuvre de l'art grec"; en outre il était d'une humeur trop pacifique*". Bref, ui son intelligence, ni son caractère n'étaient à la hauteur des devoirs d'un censeur, en ces temps difficiles.
La sévérité de Scipion fut énervée par la résistance de Mummius, qui voulait ménager la noblesse et les chevaliers *^ Il ne put même pas punir , lors de la revue des chevaliers [recognitio equitum), un chevalier qui s'était parjuré; Mummius s'opposa à ce qu'on lui retirât son cheval, tenant le parjure pour douteux, puisqu'aucune enquête judiciaire ne
1) Plut., JEm.^ 38, reip. ger.prsec, 1-4.
2) Plut., Apophth., 9.
•■') Vell., 1, 13. 2, 128.
4) Liv., 41, 9; cf. 38,54.
•■) App., Iber., 56 et 57. Diod., 31, 53. Eutrop., 4, 9.
•■■) Gros., 5, 3. Flor., 2, 16. Val. Max., 7, 5, 4. (Aur. Vicl.) Vir. ilL, 60,
■) Liv., ep., 52. Cic, in Vcrr. accus., 4, 2, 4. de Off., 2, 22, 76. Tarad., 5, 2, 38. (Aur. Vict.) y//-.y7/.,60. Plin., /(. h., 34, 7,17, 36. Front., S/ya<., 4, 3, 15. I. L. A. p. 150 et seq.
«) Polyb., 40, 8 et H.
«) Vell., 1, 13.
") Cf. p. ex. Dio C. fr. 76 B.
'') Val. Max,, 6, 4, 2. (Aur. Vict.) Vir. ill., 58. Fest.,p. 286. Dio C. fr. 76 B.