‹ Histoire intérieure de Rome jusqu'a la bataille d'Actium. Tirée des Roemische Alterhümer de L. LangeChapitre 11 sur 175 · L. Cassius ramena Jugurtha; C. Memmius réunit une · texte numérisé non relu

L. Cassius ramena Jugurtha; C. Memmius réunit une

') Liv., ep.&i. Obscq., 38. Vell., 2, 12. Tac, Genn., 37. Eulr., i, 25. App., Celt., 13.

2) Diod., 34, 6i.

') Appui , deMag., 66 (p. 77 Kr.) : Cf. Cic, de Uff'., 2, 14, 49. ^) Cic, Fam.,9, 21,3.

') Sali., Jug., 27.

") Cic, Brut., 36, 136.

') Sali, Jug., 30. 31.

^) Sali., Jug., 32. Liv. ej>,,6i.

^) Sali., Jug.. 5. 32.

68 LA DISSOLUTION UE LA HEPLBLIQUK IV. ï

assemblée (contio): mais au moment où Jiig-iirtha, interrogé, allait donner les renseignements demandés, un tribun, C. Btebius, vendu à Jugurtha. défendit au roi de parler; G. Memmius ne disposait d'aucun moyen pour le forcer à parler, n. pour violer l'intercession de son collègue, il n'atteignit donc pas son but '. Au même moment les lieutenants de L. Calpurnius, achetés aussi paries agents de Jugurtha, rendaient les éléphants et les transfuges que Jugurtha avait dû livrer en vertu du traité'. Jugurtha poussa l'audace jusqu'à assassiner sous les veux du sénat et du peuple, un prétendant au trône de Numidie, Massiva. petit-tils de Massinissa, à qui le consul désigné. Sp. Postuniius Albinus. avait fait entrevoir l'espoir d'arriver au trône. Le meurtrier s'enfuit; on ne pouvait rien contre Jugurtha. protégé par l'engagement {Jidespiiblica) (lu'on avait pris à sou égard. Le sénat l'invita seulement à (juitter Rome et l'Italie; au sortir de Rome, il prononça ces paroles qui étaient la condamnation de la noblesse maîtresse alors du pouvoir; « 0 iirhfin cnaleni et cifu jjentinrtm, si empto/rm hivenerii ' ! »

En 110 le consul Sp. Postumius Albinus fut chargé de la guerre de Xumidie. 11 se laissa duper par Jugurtha qui l'amusa avec des sollicitations et des promesses de soumission*. Il revint à Rome pour présider les comices, et laissa l'armée à son frérc Aulus. Par sa négligence, son manque d'énergie, Aulus compromit la discipline de son armée ^; cependant le nouveau consul n'arrivait pas, la tenue des comices ayant été retardée' par les deux tribuns P. Licinius Luculius et L. Annius. Aulus se hasarda, en janvier 109, à tenter une campagne contre Jugurtha; par suite de sou incapacité elle aboutit à un désastre; Jugurtha s'empara du camp romain, et força Aulus à accepter un traité, en vertu

i) Sali., J«y., 33. 34.

i) Sali., J»!/ , 32.

') Sali., Ji/y., 61. Diod., llist. Or. fr., vol. 11. page xxii.

*) Sali., Juy., 3ô.L\v., ep. 64. Fior.,3, 1. Gros., 5, 1.5. App.. yuin.. 1.

») Sali., Jug., 36.

«) Val. Max., 2,7,2.

') Sali., Jii'j.. 37.

IV, ï] RÉACTION CONTRE LA LÉGISLATION DES tiHACuLLS G9

(.luquel l'armée devait quilterla Niimidie et se retirer dans la province d'Afrique*. Sp. Albinus fit annuler le traité par le sénat', et eourut en Numidie ; mais les tribuns lui avaient interdit d'emmener les troupes que l'on venait de lever, et, comme il ne pouvait pas se fier sur les siennes, il resta inaclif et se contenta d'attendre son successeur.

Sur ces entrefaites un des tribuns de 109, C. Mamilius Limetanus, proposa d'établir un tribunal extraordinaire [quipstio p.rtraordinaria) pour juger ceux qui avaient pris part à la conjuralio Jurjurthhur \ il devait examiner la conduite de ceux quorum con^iiio Jugurllia spuati décréta neglegisset , quiqiie ah PO in legationibus et imperiis pecunias accepissent , qui plephanlos quique perfugas tradidissent, item qui de puce aut bello c}(mho.<itihu:< pactiones fecissent^. Dans cette circonstance la noblesse essaya de faire voter les Latins avec elle, la loi passa cependant avec une grande majorité, les citoyens comprirent que le moment était favorable pour se venger des nobles''. Le plus compromis était M. JEmilius Scaurus, c'est lui surtout que visait la loi; mais il se montra très habile ; grâce à sa grande influence il se fit élire président [quœsitor) du tribunal, chargé avec deux autres défaire l'enquête demandée par la loi Mamilia". Mis à couvert par ses fonctions de quœsitor, Scaurus dirigea j'enquête avec une grande sévérité. Le tribunal condamna C. Sulpicius Galba (le fils de Ser. Sulpicius Galba'), qui faisait partie d'un collège sacerdotal*, et avait été envoyé en Numidie comme ambassadeur. Il condamna aussi quatre consulaires^ deux avaient dirigé des opérations de guerre, Sp. Postumius Albinus ef L. Calpurnius Bestia: Scaurus vint défendre Calpurnius devant un des

i) SiiU., h([i.,?Û. 3S. Liv.. -•/). (-.4. Flor,. 3. 1. Kutrop.. \. -JC). Gros.. .5.

-) Sali., .hiq.. 30. Liv., rp. 64.

■■) Cic, Brut., 33, 127. dr Nnt. dror., 3, 30, 74.

*) Sali.. Jugr., 40.

■') Sali., .r«r/., 40. Cf. 65.

••■) Sali., Ju(j., 40.

') Cic, de Or., 1. 57, 1.39.

«) Cic, Brut., 33, 127.

8) Cic, Brul., 34, 128.

70 I-A DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIQri: [IV, i

aulros présidents contre une accusation de L. Memmins *; le troisième était C. Porcins Cat on' ancien partisan de Ti. Gracchus^; consul en 114, il avait été battu en Thrace', et ensuite condamné pour concussion^; il avait dû faire partie d'une ambassade en Numidie. Enfin le quatrième était L. Opimius, celui qui avait détruit Frégelles et vaincu le parti de C. Gracchns. et que. pour ces deux grands services, les nobles avaient pris l'habitude d'exaller à tout propos comme un homme d'honneur ^

La guerre contre Jugurtha prit une autre tournure avec Q. CcBcilius Metellus, fils de L. C.Tcilius Metellus Calvus, consul en 142, frère de Metellus Dalmaticus, et neveu du Macédonien. Il avait étudié à Athènes"; comme tous ses contemporains, il avait débuté dans la vie politique par une accusation, dirigée contre Yalerius Messala": en 113 il avait gouverné la Sicile en qualité de préteur; au retour il avait été accusé de concussion et acquitté-'. Pendant son consulat de 109 il passa en Afrique; secondé par ses deux lieutenants, C. Marins et P. Rutilius Rufus, il rétablit la discipline*", et remporta plusieurs succès; le sénat vota en son honneur une journée d'actions de grâces (fn/pplicûfio^^).

L'autre consul était M. Junius Silanus; il s'occupa d'abord d'enlever au peuple, par la lexJïmia militaria, le droit de dé signer les chefs militaires par des plébiscites'', il abrogea probablement aussi la loi Sempronia militaris, puis il alla en

») Cic, dr. Or., 2, 70, 283.

2) Cf. Cic, Balb., 11, 28.

') Cic, La-/., 11, 39.

'j Liv., eii. G3. Flor., 3, 'i, 4.

5) Vell., 2, 8. Cic, in Verr. accusai., 3, 80,184. 4, 10, 22.

«) Plut., C. Gr.. 18. Vell., 2, 7. Schol. Bob., p. 311. Cic. riann., 28. de Rep., 1, 3, 6. Pis., 39, 95. Sest., 67, 140.

■) Cic, de Or., 3, 18, 68.

«) Gell., 15, 14.

«) Cic, Balb., 5, 11. Val. Max., 2, 10, 1. Cic. m Vn-r. arrusnf., 3, 90, 209. 211. rtd A«/>.,1, 16, 4.

">) Sali., Juç,., 43 et seq. Val. Max., 2, 7. 2. Front., Strat., 4, 1, 2.

^>) Sali., Jug., 46-55. Liv., cp. 55. Flor. ,3, 1. Eutrop., 4, 27, Gros., 5. 15.

<2) Ascon., p. 67 et seq.

lY, 4] RÉACTION CONTRE LA LÉGISLATION DES URACQUES 71

Gaule combattre les Cimbres, mais il ne fut pas heureux'. Les Cimbres devenaient de plus en plus menaçants et s'approchaient do Rome ; ils avaient demandé des terres au Sénat ; le Sénat, qui n'avait pas de terres à distribuer aux citoyens pauvres ni aux Latins, ne pouvait accueillir leur demande ■. M. Silanus ne fut probablement pas poursuivi, mais sa défaite augmenta les sentiments de défiance du peuple à l'égard des nobles, et, ce fut la raison pour laquelle on enleva à Q. Ca-cilius Metellus l'honneur do terminer la guerre contre Juguitha.

Les pouvoirs de Metellus furent cependant prorogés pour 108 ^ il fut encore heureux *. Mais on oubliait sa valeur, son expérience pour ne penser qu'à sa fierté, à son orgueil d'aristocrate '"'. A côté de lui C, Marins ^ nature de fer \ qui partageait tous les travaux et les privations des soldats, était beaucoup plus populaire dans l'armée, et excitait à un bien plus haut degré la sympathie des citoyens romains^ Marins, très habile, n'avait pas honte de recourir à la ruse, à la perfidie" pour grandir sa popularité. Le proconsul avait condamné à mort T. Turpilius Silanus, prsBfectus fabrum, convaincu de trahison à propos de la perte d'un certain nombre de voitures militaires; Marins avait lui-même provoqué la sentence, il l'exploita cependant pour exciter l'armée contre Metellus'". Il souleva aussi contre lui les publicains, les hommes d'affaires, et fit si bien que ces derniers se plaignirent à Rome : avec Metellus, dirent-ils, la guerre ne sera jamais terminée; Marins, lui, aurait bientôt fini d'exterminer Jugurtha ". En réalité

') Liv., ep. 65. Flor., .3, 3. Vell., 2, 12. Ascon., p. 68, HO. Diod., 34, 64. Eutr. seul, 4, 27, parle d'une victoire.

2) Uv.,ep. ÔD.Flor., 3, 3.

3) Sali., .Tng., 62.

*) Sali., Jug., 65 et seq. Obseq., 40, ») Sali., Jug., 43. 64. App., Num., 2. <■-) Sali., Jur/., 46.55. 56. 58. Plut.. Mar., 7.

•) Cic, Tusc, 2, 15, 35. 22, 53. Pline, ». h., 11. 45, 252. Plut., Mar.. 7. apophth. Mar., 2.

«) Plut., Mar., 7. Diod., 34, 65.

M Dio C, fr , 89, 2 B. Cic, de Nat. (leor,,?>, 32, 80.

'") Sali., Jug., 69. App., Num., 3. Plut., Mar., 8.

<^) 'èhW.yJug., 64. Vell., 2, H. Aur. Vict., Vir. UI..Q1.

72 LA nissouTioN m: LA rkimhlkji'k |1V, 4

Marius était le seul candidat que le peuple et les chevaliers pouvaient opposer aux candidats des nobles.

Né à Arpinum, C. Marius appartenait à une famille qui faisait partie de la clientèle des Herennius ' : il avait peu d'instruction-, ses qualités militaires seules l'avaient fait remarquer, le peuple l'avait nommé tribun des militaires \ Sous Numance, Scipion l'avait aussi distingué pour son endurance qui rappelait celle des anciens Romains, il avait même prédit qu'il serait le sauveur de Rome ^. Marius avait été questeur ' : grâce à la protection de Q. C?ecilius Motellus il était devenu tribun, et tribun démocrate, en 119; mais il avait échoué quand il avait brigué l'édilité curule et l'édilité plébéienne '' en 115 il avait réussi à se faire nommer préteur', mais avaitété élu le dernier®. A la suite de cette élection il fut accusé de brigue [amhitus], et ne put qu'à grande peine obtenir un acquittement^. Il alla dans l'Espagne ultérieure comme propréteur; il la purgea des bandes de brigands'", et ménagea beaucoup les provinciaux". Cette carrière brillamment remplie l'avait mis en évidence; il avait pu épouser une femme patricienne de la gens Julia''. Cependant, vu l'esprit d'exclusivisme qui dominait la noblesse, il ne pouvait pas espérer arriver au consulat sans circonstances extraordinaires : il était un homme nouveau '\ 11 fallut, pour rendre possible son succès, les condamnations prononcées en vertu de la loi Mamilia, l'incapacité évidente des nobles dans la direction des deux guerres conire Jugurtha et contre les Cimbres. Q. Metellus

') Plut., Mur., 5.

«) Sali., Ju;/.. (i3. 85, m. Val. Max., 2, 2. 3. Cip.,F'./i^, 15, 33. Sch. Bot)., p. 355.

3) Sali., .%., 63.

') Plut., Mar., 3. 13. Val. .Max.. S, 15. 7. «) Val. Max., 6, 9, 14.

*■•) Plut., Mar., 5, apophth . .}hn ., I. (lie, rhmr., 21. 51. ■) Cic, df 0/7'., 3, 20, 70, ") Val. Max , 6, 9, 14.

«) Val. Max., 6.9,14. Plut.. Mar., 5.

'") Plut.,il/f/r.,6.

<•) Cic, in Vm\ aeni.tdt., 3,90,209.

12) Plut., Mar., G.

13) Sali., ./>/(/., 63. Cic, in Verr, nrcnsat., 5, 70, 181.

IV, 4] RÉACTION CONTRE LA LIÎCISL^IION DES GRACQIES 73

refusa longtemps à C. Marius rautorisation de se rendre à Rome pour les comices' ; Marius Fohtint cependant, partit en toute hâte, et grâce à sa qualité d'homme nouveau, grâce surtout à son opposition contre les nobles, aux perfides insinuations dirigées contre Q. Metellus', il fut élu consul pour l'année 107.

Le sénat avait déjà disposé des provinces consulaires, et décidé que Q. Metellus serait prorogé dans son commandement en Numidie; cependant le tribun C. Manlius .AFancinus porta, avant la fm de 108, la question devant le peuple, et l'invita à désigner le magistrat qui serait chargé de la guerre de Numidie. Le peuple désigna naturellement Marius'. Devant le peuple, Marius se glorifia d'avoir été préféré à un noble*, et prononça une longue harangue ^ Il dut faire les levées pour son armée ; le sénat s'était empressé d'accorder l'autorisation", espérant que Marius perdrait de sa popularité; mais le consul profita de la circonstance pour faire un pas en avant dans la voie des réformes démocratiques et opéra dans l'armée une véritable révolution : il enrôla les citoyens de la dernière classe compris dans la catégorie des Capite censi; ils avaient été exemptés jusque-là de tout service militaire en raison de leur pauvreté \ Marius savait bien que plus un soldat est pauvre, plus il s'attache à la personne de son chef, plus il est docile à servir son ambition. Il essaya en mémo temps de retenir auprès de lui les vétérans *•; les armées commencèrent dès lors à se peupler de soldats de profession, qui ne furent plus des citoyens.

Q. Metellus fut profondément blessé dans son orgueil^; lui, aristocrate, flevait céder le commandement à un fils de paysan 1 Il quitta aussitôt l'année, et chargea son liputenant P. Ruti-

1) Sali., Juy., 73. Plut., M<ir., S. Dio C.,fr. S9, 3 H.

-) Cic.,rfe Off., 3, 20, 79.

■') Sali,, .hrg.,7-3. Vell., 2, 11. Plut,, Mar.,X. '.). Cf. I. L. A., p. 290.

■') Sali., Jtig., 84. Plut., Mar.. 9.

■•) Sali., Jug., 85.

'•■) Sali., Jug., 84.

') Sali., Jug., 86. Plut., .Un,-., 9. Flor., 3, I, 13, Val. Ma.x., 2, 3, 1.

") Sali., Jug., 84.

9) Sali., Jug., 82.

74 LA rtlSSOLllTlON DE LA RKPUBLIQUE [IV, 4

lius Rufus (le remettre le commandement à Marins'. A Rome il reçnt qnelque satisfaction, le sénat et le peuple furent d'accord pour le bien recevoir*. Quand il se fut justifié des attaques dirigées contre lui par lo tribun C. Manlius'\ on lui décerna le triomphe*. 11 prononça le discours d'usage \ puis se renferma dans ses fonctions sénatoriales; il avait pris le surnom do Numidicus, il devint avec M. vî^milius Scaurus, un des chefs les plus autorisés du parti aristocratique.

Dans l'intervalle, en 109, M. iEmilius avait été nommé censeur avec M. Livius Drusus, Tancien adversaire de C. Gracchus; Drusus avait été consul en 112, il mourut pendant qu'il était censeur. M. Scaurus ne voulut d'abord pas se soumettre à la loi en vertu de laquelle le censeur survivant était obligé de donner sa démission •"'; les tribuns menacèrent de le jeter en prison ', alors il se retira. On lui accorda cependant l'autorisation de terminer les travaux qu'il avait commencés : la voie lEmilia fut continuée de Pise et de Luna jusqu'à Sabata et Dertona ; le pont Mulvius près de Rome était aussi son œuvre ^ Livius Drusus et M. Scaurus furent très probablement remplacés par Q. Fabius Maximus Allobrogicus'' (pendant son consulat de 121 il avait battu les AUobroges en Gaule), et par C. Licinius Geta'" qui avait été chassé du sénat (voir plus haut). On ne sait rien de leur administration, si ce n'est que 0. Fabius construisit sur le forum l'arc de triomphe qui portait son nom, fornix fabiamis. Lie. Crassus en parle dans un discours dirigé contre C. Memmius (proba-

') Sali., hig.. 86. Plut., Mar., 10.

«) Sali., Jng., 88.

^) Gell., 6, H. Prise, 8, p. 382 H.

*) Eutr., 4, 27. Aur. Vict., Mr. ///., 62.

'-) Gell., 12, 9.

6) Au moment où Rome fut prise par les Gaulois, un ceûsor suffrctus remplaçait un censeur décédé; à partir de ce moment la mort d'un des deux censeurs fut considérée comme un présage funeste, le censeur survivant devait se retirer, [N. D. T.]

') Plut., Qu. Rom., 50.

») Aur. Vict., Vir. ilL, 72. Strab.,5, 1, H. Amm. Marc, 27, 3, 9.

«) Cf. Henzen, I. L. A., p. 447, d'après Boor. Fast . cens,, p. 88. ce serait Q. Fabius Eburnus.

'») Cic, aurnt..^2, 119. Val. Max., 2, 9, 9. Cf. Front., fl^., 96.

I\ . i] RÉACTION CONTRK LA LÉGISLATION DES C.UACOlTKS 7o

blemenl en 106)*. Ce sont eux, peut-être, qui ont chassé du sénat Cassius Sabacon en haine de C. Marins : Sabacon avait déposé en faveur de Marins dans un procès de brigue'. En 108, pendant Jeur censure, L. Hortensius fut élu consul, mais son élection fut annulée, il y avait eu brigue; à sa place on nomma M. Aurélius Scaurus ', qui, après son année, fut envoyé comme proconsul contre les Cimbres et les Teutons; il resta ensuite à l'armée comme lieutenant de son successeur.

Les Cimbres et les Teutons luttaient toujours contre Rome ; plus la lutte se prolongeait, plus les nobles faisaient preuve d'incapacité, plus ils se laissaient corrompre, c'était pis encore que dans la guerre de Numidie. En 107, le collègue de C. Marins, L. Cassius Longlnus, celui qui avait amené Jugurtha à Rome en 111, fut battu sur le territoire des Allobroges* par les Celtes Tigurins qui avaient dû émigrer^ Le consul fut lue avec son lieutenant" L. Calpurnius Piso Cœsoninus (il avait étéconsul en 112, et gouverneur de l'Espagne''). Pour se racheter lui et son armée^ un autre lieutenant,, C. Popillius Laenas, fut obligé de donner des otages et de livrer la moitié des objets de valeur qui se trouvaient dans le camp^ A Rome il fut poursuivi; afin de pouvoir l'atteindre le tribun C. Cœlius Caldus, poussé par sa haine personnelle contre Popillius plutôt que par des raisons politiques, fit adopter la loi Cœlin mbellaria; en vertu de celte loi le vote écrit devait être employé pour tous les procès de haute trahison {perdiiellio), même dans les cas exceptés par la loi Cassm sabe/lar/a, devant les comices centuriates ^. Le tribun accusa alors Popillius de

*) Cic, dr Or., 2, 66, 267; cf. Cio., m Yerr. art., i, 7, 19. Ps. Ascon., p. 133. Schol. Gron., p. 393. 399.

2) Plut., Mar.,5.

^) I. L. A., p. 438. Cf. p. 447.

*) Liv., ep., 65. Cœs. B, G., 1, 7. Tac, Germ., 37.

'') Flor., 3, 3.

«) -Cses.,/}. (r.,l, 12. Oros., 5, 15. App., Celt., 1.

') App,, Iber., 99.

«) Liv., ep. 65, Oros., 5, 15. Cornif., ad Her., 1, 15,25. 4, 24, 34.

'••] Cic, df Leg., 3, 16, 36. On cite ce procès comme exemple de la grande extension qu'avaient prise les prérogatives judiciaires des centuries; elles ne se contentaient plus des procès que leur avaient réservés les leges Vorcis: et la lex Spmprnnia.

76 LA IMSSOLl TION HK LA HÉPUBLIQIE |IY, 4

haute trahison. Popillius s'exila avant que le jug-ement fût rendu *.

On ne peut pas affirmer que M. .-Emilius Scaurus remplaça L, Cassius Longinus, ayant été élu auparavant comul suffec- /iis; l'hypothèse ne repose que sur un fait : M. Scaurus n'aurait pas été poursuivi pour brig-ue par P. Rutilius Rufus en llG, mais en 107 au moment de son élection consulaire; or, c'est peu vraisemblable ; d'ailleurs M. Scaurus n'est désigné nulle part comme ayant été deux fois consul. On aurait certainement constaté le fait, comme on l'avait fait pour Scipion Émilien, comme on le fit plus tard pour G. Marins, si la loi qui s'y opposait avait été suspendue pour M. Scaurus. On élut pour 106 un violent aristocrate, le fils du consul de 140, Q. Servilius Ceepio; il avait été préteur en Espagne, avait vaincu les Lusitaniens' et obtenu le triomphe, mais il est faux, comme le rapporte un témoig-nage, qu'il fût grand pontife \ Il proposa la Ifx Servilia judiciaria qui favorisait le sénat* au détriment des chevaliers^ : on devait replacer les sénateurs à côté des chevaliers sur l'album des juges. Il est difficile d'admettre que Q. Cffipio ait songé à remplacer complètement les chevaliers par les sénateurs ''■ ; l'ordre des chevaliers avait pris, depuis seize ans, une très forte position en vertu de la loi Sempronia judiciaria, le sénat ne pouvait guère espérer plus pour le moment que de voir reprendre le premier projet de G. Gracchus (voir plus haut); c'était bien suffisant pour assurer à Q. GcPpio la gloire d'être surnommé le défenseur du sénat [patrojius senatiis)''' . Un tribun de l'année précédente. L. Licinius Grassus défendit la loi; malgré des antécédents démocratiques, L. Grassus n'avait pas encore pris publiquement parti ni pour le peuple ni pour le sénat** ; cette fois il

') Gros. , .ï, l.j.

-j Eu trop., i, 27.

') Val. Max,, 6, 9, 13.

*) Cic, Bml., 44, 164.

5) Cic, dcïnv., 1, 49, 92.

«) Obseq., 41. Cassiod., a. 6i8.

') Val. Max., 6, 9, 13.

«) Cic, Brut. 43, 10 et seq. Cf. Pbmr,, 14, 33.

IV, 4] RÉACTION CONTRE LA. LÉGISLATION DKS (iHACOLES 77

prit la défense des aristocrates et prononça un éloquent discours' dans une assemblée préparatoire présidée par le tribun O. Mucius Scevola', ou dans les comices réunis pour voter. Malgré l'éloquence de Crassus', la loi ne passa pas; elle fut victorieusement combattue par C. Memmius*, et d'autres chefs populaires. 11 est vrai que les abréviateurs (Obsequens et Gassiodore) ont déclaré plus tard le contraire, mais leur affirmation ne repose sur aucun fait positif, les chevaliers conservèrent leurs places de juges pendant quarante ans sans interruption jusqu'à la dictature de SvIla^

Q. Caîpion fut ejivoyé en Gaule comme proconsul en 105; il dut, de concert avec le consul ('n. Malliiis Maximus, éloigner de l'Italie les Cimbres, les Teutons et les Ambrons. 11 s'occupa surtout de piller la riche ville de Toulouse, ville gauloise qui avait déchiré son traité d'alliance avec Rome ; il enleva les trésors d'un temple d' Apollon, puisilfitemmener le butin qu'il avait déclaré envoyer à Marseille ^ Ce triste personnag-e fut encore, par suite de ses rivalités et de sa jalousie pour le consuF, la cause de la défaite du consulaire M. Aurelius Scaurus, lieutenant de Mallius**. Sraurus fut fait prisonnier.

Une autre défaite plus désastreuse, subie encore par Q. Cœpion, fut celle d'Orange : l'armée commandée par le consul et le proconsul fut presque complètement anéantie'* (6 oct. '"), Q. Cce.pion fut destitué de son commandement".

') Cic , riaent , 51, 140. Brut., -44, 164. 86, 296. de Or., 2, 55, 233. Prise, 8, 14, p. 428 H. (Juiiil., 6. 3, 44. Cf. Cic, de Or., 1,52, 225. Farad., 5, 3, 41. Or., 65, 219.

-) CÀc.,Bn(t., 43, 161.

3) Cic, Brut., 36 seq., 43 et seij. 86, 296. Vell., 2,9. Tac, DiaL, 18. Sen., cp. 114, 13. Quint., 12, 10, 10. 12, 11, 27. Macr., Sat., 5, 1, 16,

*) Cf. Cic, de Or.. 2, .59, 240. 66, 264. 207.

») Cic, m Verr. ud., 1, 13, 38. Ps. Ascon., p. 103. 145.

«) Oros., 5, 15. Dio C, tV. 90 B. Gell., 3, 9, 7. .Justin, 32, 3, U. Strab., 4, 1, 13.Aurel. Vict., Mr. ilL, 73.

') Gros., 5, 16. Dio C, IV. 91 B.

^) Oros., 5, 16. Liv., ep, 67. Vell., 2, 12. DioC, fr. 91 B. Tac, Germ.,

■') Liv., ep. 67. (Jrus., 5, 16. Sali., Jug., 114. Eutr., 5, 1. Dio C, iV. 91 B, Flor., 3, 3, 4. Plut,, Sert., 4. Grau. Lie, p. 17, édit. Bonn.

10) Plut., Luc, 27. apophth. Luc., 1.

H) Ascon., p. 78. Liv., ep. 67. Cf. Cornitic, '((/ Un-., I, l'i, 2'i.

78 LA. DISSULLTION DE LA liÉlMULlnlL ' [IV, 4

Les nobles osèrent à peine présenter des candidats'; alors C. Marins, malgré la loi qui défendait la réélection, loi qui avait déjà été suspendue une fois en faveur de Scipion Emilien, Marius fut nommé consul pour la seconde fois. Il étail probablement absent, on le nomma quand même, et le peuple lui donna la province de Gaule". Pendant son premier consulat il avait réparé en Aumidie les échecs de ses prédécesseurs nobles, et avait été constamment vainqueur '. Très aimé des soldats qu'il favorisait de toutes manières*, il avait été maintenu à la tète de l'armée pendant les deux années suivantes". Il avait forcé Jug-urtha à sortir de son royaume, et avait obtenu d'excellents résultats de négociations engagées avec Boccbus, roi de Mauritanie'': grâce à riiabiloté et au courage de son questeur, L. (îornelius Sylla", Boccbus avait consenti à livrer Jugurlha^ Enfin sur l'ordre du sénat, il avait réglé le partage de la Numidie; une partie étaitdonnée à Boccbus, le reste était rendu aux descendants de Massinissa, en particulier à Ganda'. A Rome les citoyens n'avaient plus confiance qu'en Marius '° ; on comprend pourquoi on lui donna le consulat : il était pourtant dans une situation différente du celle où se trouvait Scipion Emilien quand il obtint son second consulat : Marius avait exercé le commandement depuis trois ans sans interruption.

Le jour même où il prit possession de son consulat, le 1 janvier 104, Marius triompha de Jug;urtha et des Numides". Ce jour-là il commit une grave imprudence, il osa paraître au sénat revêtu du costume de triomphateur''. Heureusement pour

') Pfut., Mai'., 11.

-) Sali., Juy., 114. Plut., .1/(0'., 12. Liv., t-y;. 67. 1, L. A., p. 29U.

3) Sali., Jug., 87-100. FJor., 3, i, 13. Eutr. i, 27. Oros., 5, 15.

r) Sali., Jug., 92.

*) Sali., Jiig., 100-113.

") Sali., Jug., 102. Dio C, fr. 89, 5. G B. Diocl., 34. 66. App., Niiin.,i.

■) Sali., JHy.,95. iOO. Plut. SuU , 1. .]/'./;•., 10. Val. Max., 6, 9, 6.

«) Plut.. Mai'., 10. SulL, 3. Sali., Jug., 103-113. Val. Max,, 8, 14, 4. Liv., ep. 66. Flor., 3, 1, 17. Eutr., 4, 27. Oros., 5, 15. Vell., 2, 12. App., Tj<w., 5.

") Sali., Jug., 6.J. Dio C, fr. 89, 4 B.

'") Sali., Jh{/., 114. Cic, de leq Man., 20,60.

") Sali., Jug,, 114. Plut., Mar., 12. Vell., 2, 12. Eutr., 1,27. Aur. Vict., yir. ni., 67. Plin., n.h., .33, 1, 12. Dio C, 48, i.

'*) Liv.. '7). 67. Plut., Mar., 12. DioC, 48, 4. l. L. A., p. 290.

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