‹ Histoire intérieure de Rome jusqu'a la bataille d'Actium. Tirée des Roemische Alterhümer de L. LangeChapitre 12 sur 175 · IV. 4] RÉACTION CONTRli LA LÉGISLATION DES GRACnUES · texte numérisé non relu

IV. 4] RÉACTION CONTRli LA LÉGISLATION DES GRACnUES

lui les Cimbres et les Teutons allèrent en Espagne, il eut le temps d'organiser une armée'. Pondant (jue Marins préparait ses forces, le peuple oll'rait de la petite monnaie à Cérès et à Proserpine. Vingt-sept jeunes filles portaient des offrandes aux dieux, en chantant des hymnes'.

Lecollèg-ue de Marins, C. Flavius Fimbria, était aussi un homme nouveau'; il avait été accusé de concussion en sortant de la préture *; comme consul il dut rester à Rome. Une lutte ardente s'engagea, sous leur consulat, contre les nobles; elle fut inspii-ée par des haines personnelles, plutôt que par le désir réfléchi d'opérer des réformes.

Le lils du consul de 107, L. Cassius Longinus, alors tribun, présenta une série de lois qui avaient pour but d'atVaiblir le pouvoir des nobles, colle-ci entre autres : ut, quein populiis damnasset, cuive imperiiim abrotjasset, in senatu non esset'\ Elle visait surtout Q. Ca-pion, mais elle ne suffit pas à satisfaire la haine du peuple ^ Aloj-s le tribun C. Norbanus demanda l'institution d'un tribunal extraordinaire'' pour rechercher ce qu'était devenu l'or de Toulouse. Il ht passer la proposition, après avoir forcé au silence doux tribuns qui voulaient opposer leur intercession (les tribuns L. Aurélius Cotta et T. Didius). La chose ne se fit pas sans tumulte, et, au milieu de la mêlée, le prince du sénat, M. .Emilius Scaurus, fut atteint par une pierre\ Le tribunal fut établi; il condamna Q. Cœpion à la peine de l'emprisonnement, bien que L. Grassus, à ce que l'on croit, eût plaidé pour lui''; Q. Cœpion ne mourut pas en prison '"^

') Plut., 3/a/'., 14.

-) Obseq.. 43 = iUo.

3) Cic, Plane, 5, 12.

4) Val. Max., 8, 5, 2. Gic. Font., 7, li. Brut., 45, 168. 34, 129. de Oi\, 2, 22, 91.

6) C\(i.,BriU., 35, 135,

') Cic, de Nat. deor., 3, 30, 74.

8) Cic, de Or., 2, 47, 197. 2, 28, 124. part. Orat, 30, 105. Gros., 5, 15. Dio C, fr. 90 B.

^) Cic, Brut., 44, 162; dans ce passage les mots inconsulatu sont interpolés, à la place de defensione junctd, qui n'a pas de sens, il faut probablement mettre defensiimculû,

10) Val. Max., G, 9, 13, parle probablti'ment d'ufi autre Q, Cu,'plon ; Cf. Cic. , Tusc. , 5, 5, 14.

80 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIuft: [IV, ï

il fut tiré de là par un de ses amis, lo tribun L. Rhcginus, et put s'exiler'. Alors un autre tribun fit encore une nouvelle pro. position concernant Q. Caipion;les biens de ce dernier furent confisqués". L'année suivante, autre procès intenté à ('n. Mallius par L. Apulejus Saturninus". En 104 le tribun Cn. Domitius Ahenobarbus, fils du consul de 122, poussé par des motifs personnels*, et non politiques, porta une accusation contre M. Junius Silaiîus au sujet de la défaite que ce dernier avait éprouvée cinq ans auparavant. L'assemblée du peuple l'acquitta".

r,n. Domitius Ahenobarbus souleva une question plus importante; il reprocha à M. .Emilius Scaurus d'avoir, en qualité d'augure et de pontife (pas de grand pontife) négligé certaines cérémonies religibuses [sacra); Gn. Ahenobarbus n'obéissait qu'à des sentiments de rancune personnelle, il n'avait pu pardonner à yi. Scaurus de ne l'avoir pas fait entrer dans le collège des augures; mais M. Scaurus fut acquitté par le peuple ''. Sur ces entrefaites le père de Cn. Ahenobarbus, qui était pontife, vint à mourir; les pontifes refusèrent de recevoir Cn. dans leur collège'. Aigri de plus en plus, il reprit les dispositions d'une loi Lichiia de sacerdotiis qui avait échoué en 145; il donna à sa proposition le titre de lex domitia de sacerdotiis* . Par cette loi le peuple était appelé à donner son avis sur le choix des personnages qui devaient entrer dans les grands collèges sacerdotaux ; l'année suivante, pour témoigner sa reconnaissance à Cn. Domitius Ahenobarbus, le peuple le nomma grand pontife à la place de L. Cecilius Metellus Dalmatiens".

') Val. Max., 4, 7,3. Cf. Cic, i-f/^. , 11, 1^8.

-) Liv., ep. 67. présente la confiscation des biens comme ayant été la conséquence de la dégradation de Q, Cajpion.

3) Cic, de Or., 2,28, 125. Gran. Licin. p. 21 éd. de Bonn.

*) Cic, Divin., 20, 67. in Yerr. accusât., 2, -i7, ii8. Corn., fr, 2, 6.

^) Ascon , p. 80.

») Ascon., p. 21. Cic, !>'■/., il, :il. Scliol. Gron,,p. 423. Val. Max., 6,5,5. DioC, fr. 92 B.

') Suel., A'er., 2.

') Cic, de Lcy ugr., 2, 7. ad brut.. 1, 5. 3. Corn,, fr. 2, 5, .Ascon , p. 80. Suet., JVe;'., 2; Vell, 2, 12,1a porte à Tannée suivante.

9) Liv., rp. 67. Val. Max., 6. '\ 5.

IV, 41 HÉACTION CONTKK LA LÉGISLATION DliS GlUColliS 81

Peut être faiil- il placer aussi en 104 la loi Licinia de sumptu minuendo^ de l*. Licinius Crassus Dives', qui fut plus tard consul en 97. Dans tous les cas elle ne peut être postérieure k la censure de M. Antonius et de L. Valerius Flaccus (97) % ni à la mort du poète Lueilius qui en parle*; or Lucilius étant mort en 103, la loi est antérieure à celte dale\ A.u reste une circonstance paraît l'établir; pendant qu'il était consul, donc en 105, P. Rutilius Rufus, l'ancien rival de Scaurus, l'ancien lieutenant de Metellus, prononça un discours de modo œdificio'nm'^, ce qui prouve qu'on songeait à limiter les dépenses exagérées pour les constructions' aussi bien que pour les repas; l'idée d'une loi sompluaire était à l'ordre du jour.

C. Marius fut de nouveau nommé consul pour l'année 103, quoiqu'il fût absent de Rome**; sa popularité avait été encore accrue par la décision tout à fait impartiale qu'il venait de prendre au sujet de Trebonius; Trebonius avait tué un parent de Marius, C. Lusius, qui avait voulu le violenter avec insolence^

Le sénat laissa à Maiius la province de Gaule '". Les Cimbres elles Teutons ne se montraient pas encore, alors (!. Marius abandonna quelque temps son armée à son lieutenant M. Aquilius, et vint à Rome. Là il parut faire des diflicullôs pour accepter son nouveau consulat'', et, après avoir joué un jeu dont les détails avaient été réglés d'avance, il se laissa contraindre'" par le tribun L. Appuleius Salurninus'^Onhli donna pour collèg-ue Q. Lulatius Catulus; Catulus était un lin lettré,

') Gell., 15, 8. 2,24. Fest., rp, p. 5i.

2) Mar., Sut., 3. 17, 7 = 2, 1:5, 7.

3) Val. Max., 2, 9, 5.

') Gell., 2, 24.

^J Hieronym., Chroa., p. 133 de Schœne. «) SuPt., Aitrj., 89.

') Cf. Varr., r. r. \, 13, 7. Cic.,(/c Or., 2, 68, 275. **) Li\'., ep. 67,

'••) Plut., Ma)'., 14. ap'ifhlh. Md, ., 3. Val. Max.. 6, 1, 12. Cic , .1/(7 t, 9. Schol. Bob., p. 279.

'0) Cic, deProv. cous., 8, 19.

'*) Liv., ep. 67.

ii) Plut., Mar., 14.

13) Cf. Gran,, Lie, p. 21. édit, de Bonn.

82 LA DISSOLITION DK LA RÉPUBLIQUE [IV. 4

un orateur éloquent', sa probité lui avait assuré l'estime du sénat et du peuple*; depuis 106 il avait été tous les ans candidat au consulat et candidat malheureux".

Enfin les Cimbres revinrent d'Espagne; ils s'entendirent avec les Teutons pour attaquer l'Italie*. Marius intligea deux sanglantes défaites aux Teutons et aux Ambrons près de Aquaï Sextiae (Aix); on dit que les ennemis eurent deux cent mille soldats tués, quatre-vingt dix mille furent faits prisonniers^. A la nouvelle de ces grands succès, le sénat vota cinq jours d'actions de grâces [supplicatioY, et C. Marius fut élu pour la cinquième fois consul'. Catulus, qui avait observé les Cimbres dans la Gaule Cisalpine**, fut prorogé dans son commandement. Marius vint à Rome pendant son cinquième consulat, mais refusa d'accepter le triomphe tant que les Cimbres ne seraient pas vaincus^. 11 alla rejoindre Catulus, et tous deux infligèrent aux Cimbres la fameuse défaite de Verceil, où les ennemis perdirent cent quarante mille morts et soixante mille prisonniers '". Tous les amis de Catulus comme ceux de Marius, étaient unanimes à attribuer à ce dernier le succès de la journée ^'. Sans doute l'armée de Catulus avait conquis les plus brillants trophées'-, mais on savait que Catulus avait été impuissant à défendre les passages des Alpes ''. C'était bien au génie militaire de Marins'*, aux perfectionnements apportés par lui

') Cic, jBn<<., 35, 74, 259. de Or., 2, 7,28. 3, 8,2'J. Ouint.. Il, 3,35.

-) Plut.,Mrtr., 14.

3) Gic, Plane, 5, 12. Mur., 17, 36.

*) Liv.,eiJ. 67. Obseq. 43.

«) Liv., ep. 67. Obseq., 44. Oros., 5,16. Plut., Mar., 15-21, apophth . Mar., 4. Vell., 2, 12. Flor., 3, 3, 7-10. Eutr., 5, 1. Dio C. IV, 94 B. Val. Max., 6, 1, 3.

«) Cic, Vrov. cons., 11,26.

•) Liv., cp. 68. Plut., iVar., 22.

8) Plut., Mar., 15.

9) Plut., Mar., 24. Liv., ep. 68.

>») Liv., ep. 68. Obseq., 44. Oros., 5, 16. Vell. 2, 12. Plut,, Mar., 24-27. Flor., 3, 3,11 etseq. Eulr.,5, 2. Dio C, fr. 94, 2 B. Aur. Vict., Vir. m., 67. App., Celt., 1.

") Plut., Mar., 25.

'*) Eutr., 5, 2.

'3) Liv., ep. 68. Plut., Mar., 23. apophth. fnt.

••) Plut., Mar., 13.

IV, 4J RÉACTION CONTHE LA LEGISLAllUN DES GRACOUES 83

dans l'armement' [le pi/tim), à ses talents stratégiques qu'il fallait attribuer le mérite du succès délinilif. Du reste Marins se montra généreux, il loua beaucoup Galulus, et ne voulut pas triompher deux fois comme on le lui proposait ; ilnc voulut avoir qu'un seul triomphe, auquel dut prendre part Catulus'. La haine des nobles pour l'homme nouveau était maintenant paralysée; partout, dans toutes les classes^ Marins était acclamé comme le sauveur de Rome'.

Investi d'un commandement depuis sept années sans interruption, Marins était arrivé à la première place de l'État; ses services militaires l'avaient mis à côté de M. Furius Camillus, de Scipion l'Africain; jamais aucun citoyen ne s'était élevé si haut, n'avait acquis une popularité si grande. Les deux seuls nobles qui avaient rendu quelques services pendant les dix dernières années, Q. Metellus Numidicus et Q. Catulus, ne pouvaient pas se mesurer avec lui. Restait à savoir si Marins serait aussi capable de faire cesser les rivalités de parti qui affaiblissaient l'État, s'il saurait inspirer un esprit nouveau à la république. Malheureusement la corruption était profonde; il faut reconnaître que d'autres, mieux trempés, d'une moralité plus scrupuleuse, auraient également échoué. Les preuves de cet état morbide sont nombreuses; inutile de rappeler les faits de corruption qui ont été relevés plus haut, de montrer les plus grands personnages se laissant entraîner jusqu'au vol pour s'enrichir. Il faut étudier aussi la situation du peuple ; à ce moment nous le trouvons saisi d'une terreur ridicule pour les prodiges', on se mutile en l'honneur de la grande déesse de l'Ida {mater Idœay. Les lois les plus sacrées de la famille sont violées aussi bien dans le peuple que chez les nobles : Q. Fabius Maximus Servilianus (ou Eburnus) fait assassiner son fils qui avait été condamné à juste titre : pour

') Plut., Mar., 2o.

-) Liv., >'p. 68. Plut., Mar., 27. Val. Max., 9, [2, i. Clc, Tusc, 5, 19, 56.

^) Liv., cp. 68. Plut., Mar., 27. Val. Max., 8, 15, 7. Cic, Cat., i, 10, 21. Rab. perd., 10, 27. Sest., 16, 37.

*) Obseq., 44 donne de nombreux exenaples ; Plut., Mar., 17. Diod,, 36, 6.

"j Obst-rr., i4.

84 LA DISSOLUTION DE L.\ Ulil>U»J>l(jUE (IV, ï

eu fait le père est accusé devant le peuple par Cn. Pompée, et condamné'. Un cerlain Publicius Malleolus tue sa mère; c'est le premier exemple de ce genre que relèvent les annales de Rome; le meurtrier expia d'ailleurs son crime'.

') Oros.,5. 16. Vul. Max. , G, 1, 5, t^iuiDl., Drd ,3, 17. -) Liv,, ep. 68. Oros., 5, 10. Gornif., adller., 1, 13, 23.

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