‹ Histoire intérieure de Rome jusqu'a la bataille d'Actium. Tirée des Roemische Alterhümer de L. LangeChapitre 19 sur 175 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

Sylla mollira une cruauté inouïe, que ne laissait pas prévoir sa conduite antérieure '. Le lendemain de la bataille il lit décapiter Marins, Carrinas et Damasippus", et envoya leurs têtes avec celle de Pontius Télésinus ^ à Ofella devant Frénésie ; il devait les montrer aux assiégés pour leur prouver que la cause de Sylla avait définitivement triomphé \ Le même jour Sylla convoqua le sénat dans le temple de Bellone, et, pour effrayer les sénateurs, fit égorger à deux pas du temple, 6 h 8,000 Samnites^ des citoyens romains ^ Au peuple, il avait déjà fait connaître sa résolution de changer la constitution; il avait aussi annoncé que tous les officiers restés fidèles à ses ennemis depuis la rupture des négociations avec Scipion, seraient rigoureusement poursuivis'. Aussitôt les soldats se répandirent dans la ville pour se livrer au plus hideux carnage''.

Sylla comprit qu'il fallait mettre un peu d'ordre dans les exécutions, afin de n'atteindre que ses ennemis ; sur le conseil du jeune C. ou de M. Metellus, ou bien d'un personnage in-

') Dio C, f., 109 B. Plut,, SulL, 30.

') Salf., Cnt., 51, 32.

8) VeU.,2,27.

*) App., 6. c, 1, 93. Dio C. fr., 109, 4 B.

=>) App., b. c, 1, 93. Pfut., Sull., 30. Dio C, fr., 109,5 B. Dion.,, 5,77. Slrab., 5, 4, 11. Liv., ep., 88. Sen., de Ben., 5, 16. Val. Max., 9, 2, 1. Flor., 3, 21, 24. Aur. Vicl., Vir. ill., 75. Oros., 5, 21. AugusL, de Civ. Dei, 3, 28.

') Sen. de Clem., 1, 12. Ptov ., 3, 7. Ps. Sali, de Rejj., 1, 4.

•) App., b. c, 1, 95.

8) Dio C, fr., 109, 6-11 B.

IV, 8] DICTATUKE DE L, COBNELIUS SVLLA 163

connu, Fufidius (ou Aufidius)', il dressa une lable^do proscrits [tabula prosci'iptionls) sur laquelle furent inscrits les noms des victimes' ;' le lendemain il en dressa une seconde, puis une troisièmes On promit des récompenses à ceux qui égorgeraient les proscrits, à ceux qui révéleraient leur retraite; on menaça, au contraire, ceux qui chercheraient à les cacherj*. On proscrivit non seulement les chefs du parti, Carbo, Marins, Norbanus, Scipio, Sertorius, mais dos sénateurs sans notoriété^, de riches chevaliers proscrits parce que leur ordre avait été un des principaux soutiens du parti vaincu ^ enfin tous les personnages marquants de la nation samnite^ particulièrement détestée parce qu'elle avait fait courir à Sylla le plus sérieux danger. On fit poursuivre par des sicairesceux qui s'étaient enfuis ^ On apportait les tètes dans l'atrium de la maison de Sylla'', puis on les exposait près du forum, au lacus se?Tiltus^^'. Sylla permit à ses amis de faire inscrire sur les listes des hommes complètement innocents de toute participation à la guerre; les uns y furent inscrits parce qu'ils étaient riches", d'autres parce qu'ils étaient dangereux*-; on y inscrivit même les noms de personnages qui avaient déjà succombé, afin de légaliser le meurtre '^ Le nombre des proscrits fut d'environ 2,000 selon les uns. de 4,700 selon d'autres

•) Plut., SulL, 31. Oros., 5, 21. Flor., 3, 21, 25. Cf. Sali., Hist., 1, H, 21 D. Schol. Gron,, p. 394.

'-) Liv., ep. 88, Obseq., 57. Aur. Vict., Vir. ill., 75. Dio C, fr., 109. 12 B. 47, 3 et seq.

3) App., b. c, 1, 95. 4, 1. Plut., SulL, 31. Gros., 5, 21.

*) App., b. c, 1, 95. Plut., Sun,, 31. Cat. Min.. 17. Vell., 2,28. Cic, Lig. 4, 12. Suet.. Cœs., 11.

^) Cf. Cic, Brut., 90, 311. Dio C, 47, 11, App., b. c.,4, 44.

•) Cic , Cluent., 55, 151. Ascon., p. 90.

') Strab., 5, 4, il. Cf. App., b.c., 1, 96.

«) App., b. c, i, 95. 4,26.

") Val. xViax., 3, 1, 2. 9, 2, 1. Plut., Cat. min., 3.

*o) Cic, Rose. Am., 32, 89. Senec, de Prov., 3, 7.

11) Sali., Cat., 51, 33. Hist., 1, 41, 17 D. Vell., 2, 28. Val. Max., 9, 2, 1, Gros., 5, 21. Plut., Suit., 31. Diod., 38, 23.

12) Cic, Cluent., S, 25.

13) Plut., SuU., 32. Cic, 10. Gros., 5, 21. Vell., 2, 22. Cic, Rose. Am.. S, 21.

1^) Fier., 3, 21, 25. Cf. App., 6. c., 1, 95. Val. Max., 9, 2. 1.

164 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUllLKJLE [IV, 8

Ces exécutions faites sans jugement et souvenl sans motifs empruntés aux faits de la guerre civile, furent désastreuses pour le respect des lois ; les innocents furent persuadés qu'ils no pouvaient plus compter sur la justice*; il en résulta une démoralisation générale, on viola les liens les plus sacrés de la famille', il se forma, au milieu du désordre, des caractères comme celui de L. Sergius Catilina \ Catilina se distingua par les ingénieuses raffineries de tourments au milieu desquels il fit périr M. Marins Gratidianus*, qui était préteur pour la seconde fois^ On envoya aussi la tête de Marius aux assiégés de Préneste ; peu de temps après les habitants de Préneste rendirent leur ville à Ofella; G. Marius se donna la mort'. Sylla fît encore égorger sans pitié comme sans distinction les Samnites, les Préneslins, et les officiers romains qui avaient pris part à la défense '.

On ne peut excuser Sylla ; on peut seulement plaider les circonstances atténuantes, en rappelant qu'il avait dû attendre six longues années pour satisfaire sa vengeance, et que le danger auquel il faillit succomber devant la porte colline redoubla encore sa haine. Voilà pourquoi il se vengea hoaleusement du vieux Marius, en violant son tombeau, en dispersant ses ossements'. Sylla était d'ailleurs persuadé qu'on ne pouvoit ramener la noblesse au pouvoir, qu'en faisant disparaître radicalement le parti opposé.

Quand il apprit la reddition de Préneste, la mort de G. Marius, la prise de Norba, dont M. .Emilius Lepidus, alors préteur% s'était rendu maître par trahison '^ Sylla prit le

1 Cic, de Dom., 17, 43.

2) Liv., ep.,89. Gran. Lie, p. 39.

3) Q. Cic. de Pet. cons., 2, 9.

^) Plut., SidL, 32. Liv., ep., 88. Sali., Hist., 1, 30 D. Q. Cic, Pet cons., 3, 10, Val. Max., 9, 2, 1. Ascon., p. 84. 87. 90. Sen., de Ira., 3, 18

5) Ascon., p. 84. Val. Max., 9, 2, 1.

6) App., 6. c , 1, 94. Diod., 37, 40. 38, 18. Plut., Mar., 46. Sidl., 32 Slrab., 5, 3, H. Liv., ep., 88. Vell., 2, 27. Val. Max., 6, 8, 2. Aur. Vict. Vir. m., 68. Eutr., 5, 8. Oros., 5,21.

') App., b. c, 1, 94. Plut., Sull., 32. Val. Max.. 9. 2, 1. Lucan., 2 193. Gros., 5, 21.

8) Cic , de Leg., 2, 22, 56. Val. Max., 9, 2, 1.

9) Cic, in Veir. accus., 3, 91, 212.

>o) App., b. c, 1, 94.

surnom de Felix^ ; il donna aux deux enfants qui naquirent alors deMetella les noms de Faustus et de Fausta-. Le sénat poussa la complaisance jusqu'à ratifier tous les actes du consulat et du proconsulat do Sylla; il décida aussi qu'on lui élèverait une statue équestre toute recouverte d'or : on la dresserait devant les rostres, et elle porterait cette inscription :^. Cornélius Sulla Félix''. La flatterie alla plus loin, on donna à Sylla les noms de Faustus et de Epaphroditus '*.

Sylla avait pleinement réussi; son étoile l'avait conduit au succès, au milieu de difficultés sans nombre. Les provinces ne firent pas g-rande résistance : L. Marcius Philippus, lieutenant de Sylla, battit en Sardaigne le prétour marianien Q. Antonius Balbus, et s'assura de la province". Carbo avait passé en Afrique, mais n'y trouva plus le préteur C. Fabius Hadrianus : les habitants de la province s'étaient révoltés contre lui à cause de ses exactions et l'avaient brûlé vif dans son prétoire ^ En Sicile il y avait encore un préleur du parti vaincu, M. Porpenna ', fils du censeur de 86. Il suffit pour les réduire d'envoyer contre eux le jeune Cn. Pompée", devenu le favori de Sylla®; il lui fit épouser, après l'avoir fait divorcer avec Antistia, ^milia, fille que Métella avait eue de son premier mariage avec M. TEmilius Scaurus"'. Le sénat se chargea de légaliser les pouvoirs remis à Pompée : il lui fit donner son titre par les comices curiates'^ L'Espagne était an pouvoir du préteur Q. Sortorius, qui avait abandonné Scipion et

') Vell., 2, 27. Val. Max., 6, 9,6. Plin., n. //., 7, 42, il, 137. Aur. Vict., Vir. m., 75.

2) Plut., Sud., 34.

3) App., b. c, l,97.Cic., Phil., 9, 6, 13. Vell., 2, 61. iMomrasen, I. L. A., p. 168.

') Diod., 38,18. Plut., S»//., 34.

^) Liv., ep., 86. Mommsen. Miinzwesen, p. 596.

«) Liv., ep., 86. Oros., 5, 20. Cic, in Verr. accm., 1, 27, 70. 5, 36,94. Ps. AscoTi., p. 179. Val. Max., 9, 10, 2. Diod., 38, 14. ') Diod., 38, 17. Plut., Tomp., 10.

8) App., 6. r-., 1, 95. Plut., Vomp , 10. Zon., 10, 1. «) Sali., Eist.,b, 13 D. Val. Max., 5, 2, 9. Anr. Vict.. Vir. ilL, 77. '") Plut., Pomp., 9. Suit., 33. Zon., 10, 1. ") Liv., ep., 89.

i6G LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIQUE [lY, 8

Norbanus pendant que le premier nég-ociait avecSylla en 83'. Sylla envoya contre lui le préteur G. Annius Luscus'.

Vainqueur partout, Sylla se mit à l'œuvre pour rétablir l'ordre dans l'État. Toute sa politique consistait à donner le pouvoir aux nobles, c'était une idée malheureuse. La noblesse, depuis la seconde guerre punique, avait donné trop de preuves de son incapacité politique; non seulement elle s'était affaiblie par des divisions, parles guerres civiles, mais son influence sociale avait été déplorable : l'immoralité de ses membres les plus en vue avait ruiné son prestige. Sans doute aujourd'hui elle n'avait plus d'adversaires; mais, pendant la lutte, les vainqueurs s'étaient déconsidérés en déployant contre les vaincus une hideuse cruauté; les ambitions personnelles, avides surtout de jouissances, s'étaient encore développées : il y avait là le germe d'une réaction et de nouvelles guerres civiles. Sans doute Sylla était de bonne foi ; il croyait que le parti des nobles avait toujours défendu et défendrait toujours l'ordre social; il oubliait que les moyens employés pour assurer le triomphe de la noblesse, avaient d'avance empoisonné les principes vitaux des organes politiques qu'il voulait rappeler à la vie'; enfin il était convaincu qu'en réformant la constitution dans le sens oligarchique, il la ferait durer. Il est incontestable que Sylla prit bien les mesures nécessaires pour assurer ce résultat : d'une part, il fit disparaître certaines institutions devenues, par leur développement naturel, dangereuses pour l'oligarchie, ou bien il les modifia de manière à les rendre inoffensives ; d'autre part il en créa de nouvelles qui devaient garantir aux optimales la durée de leur influence et de leur action gouvernementale.

Pour donner un caractère légal à ses transformations constitutionnelles, Sylla voulait être investi d'un pouvoir absolu, mais régulier. Il quitta Rome, et écrivit au sénat qu'il jugeait opportun de nommer un interroi. Le sénat désigna L. Valerius Flaccus, prince du sénat, qui s'était appliqué à jouer un rôle ' de concilia^tion dans les derniers événements. Sylla lui demanda

1) Plut., SVW., 6. App., 6. c, 1, 86. 85. Iber.. 101. Exup., 7. 8.

2) Plut.. Serf., 7.

3J Cic, Rose. Am.. 47, 136.

aussitôt de faire connaître au peuple la nécessité d'une dictature ; il fallait non pas un dictateur ordinaire, mais un dictateur qui conserverait le pouvoir absolu aussi longtemps qu'il le jugerait nécessaire pour réorganiser le gouvernement de Rome, de l'Italie et de l'empire tout entier; il ajoutait qu'il se croyait capable de remplir cette fonction au mieux des intérêts de la République'. Le peuple comprit l'invitation qui lui était faite, et s'empressa de satisfaire le désir d'un personnage qui était soutenu par une puissante armée : sur la proposition de L.Yalerius, Sylla fut nommé, pour une durée indéterminée, dictator legibus scribendis et reipublicœ constituendœ' . La loi Valeria confirmait le sénatus-consulte qui déchargeait Sylla de toute responsabilité pour les actes de son consulat et de son proconsulat; elle l'autorisait aussi à prononcer la peine de mort, à confisquer les.biens, à fonder des colonies, à supprimer ou à créer des municipes', à disposer des royaumes placés sous la dépendance de Rome. Sylla eut bien soin de faire confirmer par les comices curiates les pouvoirs que lui avait conférés le peuple.

Malgré toutes les précautions prises, le pouvoir confié à Sylla était une tyrannie illégale; les écrivains lui donnent les noms de ij.z-npyix, ^x'7ilt'.x, -.'j^xn''.-^ de regmim, regalh poteslas^ dominatio"% et ils ont raison. La dictature de Sylla différait de l'ancienne dictature supprimée en fait depuis 120 ans*^ ; en effet l'ancienne dictature ne pouvait être instituée que pour un but particulier, et pour un temps limité : ses pouvoirs et sa durée étaient également déterminés. Le dictateur avait un pouvoir absolu sur le peuple [inagkter popidiy^ mais il restait le serviteur de l'État (^res publicd)\ Sylla, au contraire, se faisait

') App., h. c, 1, 98.

2) App., b. c, 1, 99.

3) Plut., SulL, 33. Cf. Cic, de Leg. agr., 3, 2, 5 et seq. de Leg., 1, 15, 42. Sali., Hist., 1, 41, 13 D.

*) App., b. c, 1, 3. 82. 99. 101. Dion., 5, 77. Sali., Hist., 1, 41, 1 D.

2) Cic, Att.,8, il, 2. Off., 2, 14, 51 ; /far. resp., 25, 54. Sali.. Hist., 1, 41, 2D. Oros., 5,21.

«) Vell., 2, 28.

') Cf. Cic, de Fin., 3, 22, 75.

168 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIQrE [IV; 8

proclamer maître absolu do l'Élat {magistcr reipub/kcv)'. La dictature ne lui avait pas été donnée par la loi de dictatore creando, elle ne reposait pas sur les traditions [pios majorum) ; elle lui était conférée par la loi Valeria, qui n'était pas même une loi; en effet, elle n'avait pas été votée dans les conditions ordinaires; d'après les coutumes, le premier interroi n'était pas nommé pour réunir les comices, il n'en avait pas le droit'. L. Valerius pouvait invoquer un précédent, celui de Sp. Lucretius Tricipitinus \ mais dans ce cas il aurait dû convoquer les comices pour nommer des consuls, non pour faire un acte législatif*. Autre illég-alité : le dictateur devait être nommé par un consul, non par un interroi"; donc, bien que les augures eussent été favo^ables^ on avait violé la loi de

') Cic, de Leg. agr., 3, 2,5; in Verr. accus., 3, 35, 81. Cf. Phil., 5, 6, 17.

2) On comparait l'État à une famille dont le roi était le père. Or une famille, quand elle perdait son chef, était considérée comme fîmes ta pendant le temps qui s'écoulait entre la mort et les funérailles du chef. De même l'État, après la mort du roi, est dans une situation funesfa, il est défendu de traiter aucune affaire politique, les jours sont ne/'^s^? jusqu'au moment où les funérailles ont été célébrées. On ne pouvait donc réunir les comices pendant cette période. [N. D, T.j

3) Sp. Lucretius Tricipitinus fut nommé interroi après l'expulsion de Tarquin le Superbe; il réunit les comices pour nommer les consuls; sous sa présidence furent élus L. Junius Brutus et L. Tarquinius Collatinus. Cette convocation des comices par l'interroi n'était pas contraire aux institutions primitives pour deux raisons ; d'abord les jours qui suivirent l'expulsion de Tarquin ne pouvaient pas être considérés comme nefasti ni comme funesti, puisque Turquin n'était pas mort; ensuite il n'est pas certain que Sp. Lucretius fût le premier interroi. On peut admettre que L. Junius Brutus avait été interroi, et que Sp. Lucretius était le second, ayant par conséquent le droit de convoquer les centuries. [N. D. T.]

*) L'interroi était le dépositaire temporaire de Vlmperium et des mispiclu puhlirii ; il n'avait pas de pouvoir (imperium) propre, puisque ce pouvoir n'arait pas été sanctionné par la lex ciiriata. Aussi il ne pouvait en user que pour un seul objet, faire procéder à l'élection du nouveau roi, et sous la république, à la nomination des consuls. Cette tradition a toujours été respectée jusqu'à l'époque de Sylla. (Cic, de Leg. agr., 3, 2, 5; de Leg., 1, 15, 42.)[N.D.-T.]

'=) Cic, AU., 9, 15, 2. Cf. Dion., 11, 20 qui se trompe. Le droit de nommer un dictateur était un attribut de la puissance consulaire (poicstas consiilarif;, Liv., 27, 5). Les tribuni militum consulari potestate eurent aussi ce droit (Liv., 4, 31) ; mais ni le préteur (Liv.. 22, 8; Plut., Marc, 24 se trompe) ni l'interroi ni le dictateur n'eurent jamais ce pouvoir. [N. D. T.]

*) Plin., n. h., 2, 54, 55, 144.

toutes façons, les pouvoirs confiés à Sylla étaient illégaux'. Sylla porta d'autres atteintes à la loi : il se fit précéder de vingt-quatre licteurs dans Rome^, il prit une g-arde personnelle'. Il respecta cependant la tradition sur un point \ il nomma un maître do la cavalerie, qui fulL. Valerius Flaccus^ Il se mit aussitôt à l'œuvre pour réorganiser l'État romain. Il prit pour cela la voie administrative^ la loi Valeria l'y autorisait; il prit aussi la voie législative, et fit accepter les leges Corneliœ", c'était surtout pourles faire voter qu'il avait demandé la dictature. On ne peut pas admettre que toutes les mesures prises par Sylla se trouvaient légalisées d'une manière générale par la loi Valeria, il fallait pour chacune d'elles une loi spéciale"; la loi Valeria avait approuvé les proscriptions, les exécutions faites en vertu de la proscription, comme les confiscations de biens; et cependant Sylla avait cru nécessaire de faire à ce sujet une loi particulière, la loi Corndia de proscriptione qui renfermait des dispositions spéciales sur les biens et les enfants des proscrits ^ Sylla opéra sa réforme législative en supprimant d'anciennes lois, en en faisant de nouvelles ^ Nous n'avons pas malhj-ireusement la chronologie exacte des actes législatifs et administratifs de Sylla; mais nous avons

*) Cic, de Leg. agr.,3, 2,5. Cicéron appelle la loi Valeria non seulement iniquissim:i lex, mais lex dissimillima legis. [N. D. T.]

-) Liv., ep., 89. Le dictateur, réunissant les pouvoirs des deux consuls, pouvait se faire accompagner de 24 licteurs quand il était en campagne, ou hors de Rome; mais à Rome, pour distinguer le pouvoir (impcrium) dictatorial du pouvoir consulaire, on ne l'autorisait à. prendre que 12 licteurs, comme les rois. (Lyd., de Mag., 1, 37. Cf. Liv., 2, 18. Dion., 5, 75.) [N. D. T.]

•■') App., b. c, 1, 100.

i) On ne cite que trois dictateurs qui n'ont pas eu de maître de la cavalerie : M. Fabius Buteo, qui fut investi de la dictature dans des circonstances anormales , pour procéder à la rédaction de la liste sénatoriale (senatus legendl causa) ; M. Claiidius Glicia, un incapable qui abdiqua immédiatement; et César pendant sa première dictature. Le Magister equitum était reconnu nécessaire à ce point que quand il venait à mourir le dictateur devait en nommer un autre {suffecfus). [N,-D.-T.]

=) Fasti cons. l. L. A., p. 439.

°) Cic, Phil., 1, 7, 18.

") Schol. Gron., p. 435. Cf. Cic, in Verr. accus., 3, 35, 82.

*) Cic, Rose. Am., 43, 125; de Leg, agr., .3, 2, 6.

9) App., h. c, 1, 100. Tac, Ann., 3, 27.

des indications; en les confrontant avec les lois elles-mêmes et leur objet, nous pouvons reconstituer avec une certaine vraisemblance l'histoire de la dictature syllanienne. Ainsi les lois dont parlent Appien* et Tite-Live', immédiatement après avoir raconté l'établissement de la dictature, ont dû être proposées au moment où se faisaient les préparatifs du triomphe', c'est-à-dire avant la date du 27 janvier 81 ''. On peut Taffirmer en tenant compte de la place qu'occupent ces lois dans les deux auteurs, et aussi d'autres raisons sérieuses.

Nous savons que le jour d'entrée en fonctions des tribuns continua à être fixé au 10 décembre par la nouvelle constitution ; nous savons aussi que le tribunal ne fut pas suspendu pendant la première année de la dictature ; il est donc probable que la première loi présentée par Sylla fut la loi Cornelia de tribimicia potestate \ pendant son consulat il avait jugé absolument nécessaire de faire une loi sur ce sujet, il considérait comme indispensable de limiter le pouvoir des tribuns pour rétablir le pouvoir des nobles. La nouvelle loi de Sylla allait beaucoup plus loin que celle de 88 supprimée par Marins et ses partisans; elle ne se contentait pas de limiter l'initiative législative des tribuns^ en les obligeant à faire approuver d'abord leurs propositions par un sénatus-consulte^ ; mais nous ne pouvons pas marquer d'une manière précise quelles furent les dispositions nouvelles" introduites dans la loi faite sous la dictature. Il paraît qu'on subordonna le droit reconnu aux tribuns d'accuser un citoyen devant le peuple' à l'autorisation préalable du sénat. Elle limita aussi le droit d'intercession "; comme à l'origine de l'institution tribunitienne, les tribuns ne purent en user que pour défendre les particuliers contre l'arbitraire des magistrats® [aunlii latio adversus im-

1) App., h. c, 1, 100.

2) Liv., ep., 89.

3) App., 6. c, 1, 99.

*) Fast. triomph., I. L. A., p. 460.

5) Liv., ep. 89. Cf. avec l'inscriptin du Plebisc. de Therm., I. L. A., p. 114.

•^j Liv., ep., 89. Aur. Vict., Vir. ill., 75. ^) Cic, de Leg., 3, 9, 22; m Verr. act., 1, 13, 38. 8) Quoi qu'en dise César, b. c, 1, 5. 7. Cf. Cic, PhiL, 2, 22, 53. ») Cic, deLeg.,3, 9, 22; in Verr. accus., 1, 60, 155. TulL, 38.

perîum ) ; le tribun qui ne se conformerait pas à la loi nouvelle sur ce point, serait condamné ta une amende'. Sylla voulait faire du tribunat un instrument docile du sénat; on découvre bien son intention dans cette disposition de la loi qui ordonnait de choisir les tribuns parmi les sénateurs' ; et dans cette autre qui excluait des charges curules tous les sénateurs qui auraient accepté les fonctions tribunitiennes^ Dès lors qui accepterait les fonctions de tribun? les sénateurs sans talent, sans ambition : le nouveau tribunat n'était plus que Tombre de l'ancien [imago sine re)'\

Sylla ne jugea pas nécessaire de faire revivre la loi do 88, par laquelle il avait rétabli les centuries de Servius; il n'avait plus besoin de cette réforme pour diriger les élections; il préféra régler à nouveau les conditions du cursus honorum pour les nobles. La loi Cornelia de magistratibiis rétablissait les dispositions de la lex Villia annalis^ pour le consulat et la préture, les deux grandes magistratures dont les titulaires possédaient l'imperium : nul ne pourrait être consul avant d'avoir été préteur, nul ne pouvait être élu préteur avant d'avoir exercé la questure. Le minimum d'âge exigé pour la questure fut fixé à 30 ans \ Pour ce qui concernait le consulat, Sylla supprima la loi de 151 qui défendait la réélection"' , mais décida, conformément au plébiscite de 342 qu'on ne pour-

') Cic, in yp.rr. accus., 1, 60, 155.

2) App., b. c, 1, 100. Cf. Dio C. 37, 9.

5) App., h. c, 1, 100. Ascon., p. 78. Ps. Ascon., p. 200.

*) Vell., 2, 30. Cf. Dion., 5, 77. Sali., Hist., \, 41, 23. 3, 61, 3 D. Ps. Ascon., p. 102.

^) Loi du tribun L. Villius de 180, voir plus haut tome I, page 511. • ^) Avant Sylla on pouvait briguer la questure quand on avait servi pendant dix ans à l'armée. Or le service militaire commençait à dix-sept ans, depuis 212 on pouvait même compter ses années de service à partir de seize ou même de quinze ans, de sorte qu'on pouvait se faire nommer questeur à vingt-six ou vingt-sept ans. Ti. et C. Gracchus avaient cet âge quand ils furent nommés questeurs. A l'époque de Cicéron il fallait avoir trente ans révolus. Cicéron nous dit qu'il fut questeur dès la première année {(mno suo) à laquelle il pouvait légalement y parvenir; il était dans sa trente et unième année. (Cic, de Leg. agr., 2, 2; de Off., 2, 17.). C'était la loi Cornelia qui avait élevé l'âge légal à 30 ans.[N. D. T.j

') Voir plus haut, tome I, page 571.

i72 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLTOI-E TIV, 8

rail être réélu consul qu'après un intervalle de dix ans'. Cette loi est certainement des premiers temps de la dictature; car Sylla dirigea les élections consulaires et prétoriennes faites en 82 pour 81 : Q. Lucrétius Ofella, qui n'avait été ni questeur ni préteur voulait se faire nommer consul ; Sylla le fit assassiner publiquement par L. Annius Bellienus, l'oncle de Catilina'. On ne peut certainement pas reporter cet incident aux élections qui eurent lieu pour Tannée 80. Les consuls élus furent M. TuUius Decula, qui avait échoué précédemment quand il avait brig-ué l'édilité", et Cn. Cornélius Dolabella 'Cn. filii(s) ; il avait eu un commandement dans Tarmée syllanienne qui livra le combat de là Porte-Colline*. Nous ne savons presque rien de leur administration, sinon qu'ils prirent la défense des intérêts du trésor en refusant d'exécuter certains sénatus-consultes qui avaient ordonné la vente, dans de mauvaises conditions, de propriétés publiques-'. On comprend que tous les magistrats élus furent choisis dans le parti syllanien*^; parmi les préleurs on sig-nale un Cn. Cornélius Dolabella qu'il ne faut pas confondre avec le consul du même nom".

Le sénat devait être le pivot sur lequel reposerait la nouvelle constitution, Sylla voulut augmenter le nombre de ses membres; il fallait en effet qu'il comprît plus de membres* pour justifier l'importance qu'on allait lui donner; on y fit entrer environ trois cents membres nouveaux choisis parmi les chevaliers', et on fît approuver les nouveaux choix individuellement par les tribus'^. Il est cependant difficile d'admetlre que les comices par tribus furent appelés à désig-ner les trois cents nouveaux sénateurs; une telle opération électorale eût

*) App., b. c, 1, 100. Cf. Cic, de Leg., 3. 3, 9. Cœs., 6. c, 1. 32. Dio C, 40, 51. Voir tome I, page 277 etseq.

2) App., b. c, 1, 101. Plut., SuU.. 33. Liv., ep., 89. Ascon.. p. 92. Cf. Dio C, 37, 10.

3) C\c., Plane, 21, 51.

*) Plut., SulL, 28. 29. Cf. Ascon., p. 73. 26. ^) Cic, de Leg. agr., 2, 14. 35 et seq. 6) Sali., Hist.,i, 41, 21 D.

') Cic, Quincf., 2,9. 8, 30.

8) Cf. App., b. c, 1, 103. Oros., 5, 22. Eutr., 5, 9.

9) Liv., ep., 89. Cf. Cic, Rose. Am., 3, 8. Dion., 5. 77.

10) App., 6. c, 1, 100.

été trop longue ; il est probable que chaque tribu, comme cela s'était fait pour la loi Plautia judiciaria,eut à désigrier un certain nombre de chevaliers, 9 par exemple (9 X 35^315) sur une liste dressée par Sylla. Rapprochons ces deux faits : pendant son consulat Sylla avait proposé de compléter le sénat en choisissant uniquement des nobles; devenu dictateur il a plus que jamais Fintention de favoriser l'aristocratie et de lui assurer toute rinlluence politique ; nous sommes obligés de conclure qu'il a dû avoir des raisons particulières pour prendre les nouveaux sénateurs dans l'ordre des chevaliers. Ces raisons, nous les trouvons facilement dans les faits historiques des derniers temps : C. Gracchus avait songé à composer les tribunaux avec les trois cents sénateurs et trois cents chevaliers; M. Livius Drusus avait proposé une transaction semblable en faisant entrer trois cents chevaliers au sénat ; il devient dès lors très probable que Sylla eut l'idée de choisir les nouveaux sénateurs parmi les chevaliers au moment même où il présenta sa lex C orne lia judiciaria. Les chevaliers, qui avaient conservé les places de juges malgré la loi Plautia ou plutôt parce que la loi Plautia avait été rapportée par les Marianiens, les chevaliers cédaient enlin les places de juges aux sénateurs*. On peut donc admettre que Sylla s'inspira pour la réforme judiciaire des idées de conciliation émises par M. Livius Drusus : il fit entrer des chevaliers dans le sénat, et, conformément à la loi Plautia, il laissa le choix des nouveaux sénateurs aux tribus. Il est donc probable que Sylla opéra la réforme judiciaire au début de la dictature, et(|u'elle fut corrélative de la transformation subie par le sénat'. Il est certain aussi que la loi judiciaire fut présentée avant la loi de Virjinti qiiœstoribus^ , On nous dit cependant, les témoignages sont formels, que les tribunaux organisés par Sylla ne furent maintenus que pendant dix ans', et qu'on les supprima en 70, donc la loi judiciaire serait de 80. Nous soutenons qu'il n'y a

1) Vell., 2, 32. Gic, in Verr. act., 1, 13, 37. 38. Ps, Ascoii,, p. 90. iu3. -) Cf., Cic, Brut., 90, 311.

') Tac, Ann., 11, 22.

*) Cic, in Ven\ ad., 1, 13, 37. 38. Ps. Asc, Le.

parla une preuve suffisanle pour permettre d'infirmer ce que nous venons de dire : les tribunaux ne furent pas organisés immédiatement après le vote de la loi judiciaire, mais après le vote des lois criminelles ; le procès de Sex, Roscius', en 80, fut le premier procès plaidé devant les nouveaux juges'.

Lanoblesse avait, de tout temps, exercé une grande influence au moyen des collèges sacerdotaux de'pontifes, d'augures et de decemviri sac?'orum; aussi elle avait. vu de très mauvais œil la loi Domitia de sacerdotiis de 104, qui admettait le peuple à l'élection des prêtres et limitait la cooptation : elle avait appliqué aux grands collèges sacerdotaux cequi se pratiquait pour l'élection du grand pontife, à laquelle le peuple prenait part. Sylla supprima le plus tôt possible la loi Domitia, et fit voter la loi Conielia de sacerdotiis^ . 11 n'enleva pas au peuple le droit déjà très ancien de concourir à l'élection du grand pontife *. Un article de la loi augmentait le nombre des prêtres des trois grands collèges, il était porté à 15^. La loi sur les sacerdoces dut être présentée en même temps que la précédente : Tite-Live en parle comme d'une des conséquences immédiates de la loi qui avait doublé le nombre des sénateurs. Quel avait été le but de Sylla? problablement de fournir à certains sénateurs nouveaux l'occasion d'entrer dans ces collèges, le sénat ayant un grand respect, une grande estime pour les fonctions religieuses. On nomma immédiatement les nouveaux titulaires : Q. Cœcilius Métellus Pius fut élu grand pontife à la place de Q, Mucius Scevola^ Il faut bien se gardeV de croire

') Gel)., 15, 28.

2) Cic, :Rosc. um., 5, H. 10, 28. Schol. Groii., p. 427.

3) Dio G., 37, 37. Ps. Ascon.', p. 102. Plut, se trompe, Cws., 1. *) Cic, deLeg agr., 2,7, 18.

^) Liv., pp., 89., Aur. Vict., Vit'. ilL, 75. Serv , adjEn.,6, 73. Cf. Tac, Ann., 6, 12. Sous les rois le nombre des augures était probablement de quatre y compris le roi; sous la République, jusqu'à la loi Ogulnia de 300 il y eut six augures; après 300, neuf. Sylla en ajouta six. César décida qu'il y aurait seize augures. Quant aux Pontifes, il y en eut d'abord cinq, puis huit après la loi Ogulnia, et neuf probablement à partir de 253, époque à laquelle le premier plébéien, T. Coruncanius, fut nommé grand pontife.

Il y eut dix decemviri sacrorum jusqu'à Sylla; c'est en 51 que l'on parle pour la première fois des quindecim liri. (Cic, Fain., 8, 4, 1.) [N. D. T.]

«) Cf. Ascon . , p. 80. 87.

IV, 8] DICTATURE DE L. CORNELIUS SYLLA 17o

que Sylla avait eu l'intention de fortifier la religion d'État ; voici un fait qui le prouve : une place de flamine de Jupiter était vacante par suite de la mort de L. Cornélius Mérula en 87; le jeune C. Julius Caesar l'avait refusée, Sylla ne nomma personne à sa place'.

A la même époque aussi fut présentée la loi Cornelia de proscriptione'^ la loi Valéria avait approuvé les assassinats et les confiscations de biens ;mais une loi spéciale avait été jugée nécessaire pour régler toutes les conséquences de la proscription et de la guerre civile; ainsi défense était faite d'accorder la moindre protection aux proscrits'; nonseulementles confiscations étaient confirmées", mais on y ajoutait les biens de ceux qui avaient succombé pendant la guerre en combattant dans les rangs ennemis ^ On exceptait cependant une partie de leurs esclaves : les plus jeunes et les plus valides devaient être affranchis et recevoir le titre de citoyens^ La loi privait les fils et les petits-fils des proscrits et de ceux qui avaient péri pendant la guerre, du droit d'arriver aux honneurs [jus honorumy , sans doute pour garantir les acheteurs de biens confisqués contre les revendications des héritiers". Enfin elle fixait une date au delà de laquelle on ne pourrait plus dresser de listes de proscriptions ni confisquer de biens; cette date était celle du 1" juin 81 *; si l'on considère qu'il fallait un certain temps pour exécuter la loi, qu'elle était absolument nécessaire pour liquider le passé révolutionnaire ^ on n'hésite pas à conclure qu'elle a dû nécessairement être présentée tout au commencement de la dictature. Plus de dix mille esclaves durent la liberté à la loi de proscription, ils prirent le nom de Cornelii,

>) Suet., Cass., 1. Aug., 31. Dio C, 5t, 36. Tac, Ann., 3, 58.

^) Cic, m Verr. accus., 1, 47, 123. Ps. Ascon., p. 193.

3) Suet., Cxs., 11.

*) Cic, Rose. Am., 43, 175.

') App., b. c, 1, 100.

«) Liv., ep., 89. Vell, 2, 28. Sali., lUst., 1, 41, 6 D. Plut., Sull. 31 Cic, 12. Dion., 8, 80. ' *

') Cf. Cic, de Leg. agr., 3, 2, 6 et seq.

«) Cic, Rose. Am., 4i, 128.

'•J Cic, de prose, lib. Apud Quint,, 11, 1, 85. Cic. fr., p. 946 (éclit. Orelli, tomell).

cl furent, par reconnaissance, de sincères soutiens du dictateur ^

En admettant que ces cinq lois furent rendues vers le mois de novembre 82, nous pouvons supposer que le dictateur employa les six mois qui suivirent jusqu'au l"juin 81 à faire vendre les biens confisqués et à réorganiser l'Italie.

Sylla n'eut pas honte de procéder lui même" à la vente des biens. Je vends mes dépouilles, disait-il." Les riches furent moralement obligés d'acheter''; un certain nombre profltèrent avec empressement de l'occasion pour s'enrichir. Sylla en g-arda une partie pour lui^, et en distribua à ses créatures" à L. Cornélius Chrysogonus", à C. Verres \ et à P. Cornélius Sulla".

Qu'entendait-il par rétablir l'ordre en Italie? Rétablir l'ordre signifiait châtier, en vertu de la loi Yaleria, les villes rebelles, démolir leurs fortifications, imposer des contributions nouvelles et des amendes, confisquer des territoires pour les donner à ses soldats '°. Tel fut l'objet des leges Comelix qui réglèrent l'état de la propriété en Italie et décidèrent la création de plusieurs colonies en faveur des soldats *^ Il est peu admissible de prétendre que Sylla les soumit à l'acceptation du peuple; il avait, pour régler ces questions, un pouvoir absolu conféré par la loi Yaleria. Il eut à prendre une série de dispositions qui formèrent plusieurs lois, et dut s'en occuper pendant la plus grande partie de l'année 81.

Au milieu de ces opérations eut lieu le triomphe de Sylla;

1) Âpp., h. c, 1, 104. Ascon., p. 75 I. L. A., p. 168.

'-) Plut., S«//., 33. Syncr., 3. Cic. , (Jainct. , 24, 76; Arcli., 10, 25.

3) Cic, m Verr. ace, 3, 35, 81. de Leg. agr., 2, 21, 56; de Off., 2, 8, 27. Sali., Uist., i, 41, 17 D.

i) Sali., His(., 1, 41, 18 D.

«') Liv., ep., 89.

6) Cic, Off., 1, 14, 43. Sali., tiht., 1. 31. 1, 41, 17 D.

.■) Cic, Rose. Am., 2, 6. 8, 21 . 46, 133. Plut., Cic, 3.

8) Cic, in Yerr. accus., 1, 15, 38,

■■>) Cic, Off., 2,8,29.

'") App., b. c, 1, 96. 100. Flor., 3, 21, 27, Cf. Suet., lll. yramin., 11.

") Cic, de Leij.agr., 2, 28, 78. 3, 2, 6. 8. 3, 3, 12; Agrim,, p. 230 et seq. (Lachmann.)

il dura deux jours', et commença le 27 janvier 81'; Sylla ne voulut triompher que de Mithridate'; dans le cortège il ne laissa figurer que les statues des villes grecques et des villes asiatiques*; les citoyens chassés par les marianiens et rappelés par Sylla y prirent part et fêtèrent Sylla qu'ils avaient surnommé leur sauveur ^

Sylla s'occupa ensuite de répartir les soldats sur les terres qui leur furent assignées ; l'opération fut longue, et ne put être terminée pour le 1" juin 81 ; Sylla eut à pourvoir de terres les soldats de vingt-trois légions °, do quarante-sept disent d'autres témoignages \ L'établissement des colonies de soldats syllaniens se fit de la même manière que celui des colonies de citoyens \- seulement les commissions chargées de les fonder {de (lucereyTiQ furent pas nomméespar le peuple, Sylla en désigna les membres. Les terres distribuées aux nouveaux colons ne pouvaient être aliénées"; il est curieux de retrouver dans les lois de Sylla une pareille disposition empruntée à la loi Sempronia; c'est que Sylla voulait, comme les Gracques, constituer une classe de cultivateurs fixés à demeure sur leurs terres. Les soldats furent, ou bien envoyés dans les colonies nouvelles, ou bien mis en possession de terres auprès des municipes ilaliotes'^; ils furent dispersés sur tous les points de la péninsule, où ils défendirent les intérêts de Sylla, comme le faisaient les Cornelii à Rome. Une seule colonie fut établie en dehors de l'Italie, probablement à Aléria en Corse''.

Les nouveaux venus ne purent s'entendre avec les anciens

1) Plm.,n, h., 33, 1, 5, 16.

2) Fast. triumph., I. L. A., p., 4G0.

3) App., b. c, 1, 101. EuLr., 5, 9. Flor. 3, 5, 11. Cf. Cic, P/dL, 14, 8, 23.

') Val. Max., 2, 8, 7.

'■^) Plut., SulL, 34.

«) App., b. c, 1, 100.

■) Liv., ep., 89.

«) Vell.,1, 15.

3) Agrim., p. 236 Lacli.

'») Cic, de Leg. agr., 2, 28, 78,

") App., b. c, 1,95. Agrim., p. 230 et seq. Plia., n. A., 14, 6, 8, 62. Cic, Cat., 3, 6, 14. SulL, 21, 60 et seq. l^iorus., 3, 31, 27. '-) Plin., n. h ,3,Q, 12, 80.

178 I,\ DISSOLUTION DELA Hlil'UnLloL'E [IV. 8

haliiUmls, par exemple à Puteoli' el à Pompéi'; quelques villes eiirenl l'audace de repousser les nouveaux colons ou de les chasser ensuite; ainsi firent Nola dans le Samnium et Yolaterra? en Etrurie". Les habitants de Yolaterrœ égorg-èrent Tancien préteur Carbo, un frère de Cn, Papirius Carbo, que Sylla leur avait imposé comme préfet'. Ils recueillirent dans leur ville des proscrits, formèrent quatre légions et résistèrent pendant deux ans '; Sylla vint diriger le siège en septembre 81". Xola fut occupée en 80 ', mais Yolaterraî prolongea la résistance jusqu'en 79, elle se rendit après avoir assuré aux proscrits les moyens de s'échapper^ Peu après son retour de Yolaterrœ, avant la reddition de la place% Sylla fit voter par les comices centuriates la loi c^e civitate Volatetranis adimendâ; en effet la loi Yalcria n'autorisait pas le dictateur à priver des citoyens de leur titre, il fallait pour cela une loi particulière. Laloi ne visait pas seulement les habitants de Yolaterra-, elle atteignait aussi d'autres rebelles'", probablementles habitants de Aola, et aussi ceux de Arretium". Dépouillées des droits de cité ces villes n'eurent plus que le droit latin d'Ariminum'-. Sylla, après son triomphe, s'occupa aussi des questions financières ; les besoins pressants du trésor lui en firent un devoir '^ Il supprima la colonie de Capoue, et rendit au trésor les revenus de l'ager campanus'^; et, comme il n'avait à tenir compte que des vœux de ses soldats, non des vœux du peuple, il supprima les distributions de blé'\ Les distributions avaient

') Plut , SulL, 37.

2) Cic. SulL, 21,

=) Gran. Lie, p. 39. Cf. Liv., ep., 89. Scliol. Oron., p. 428. ') Gran. Lie, p. 39.

°) Strab., 5, 2, 6.

6) Cic, Rose, am., 44, 128. 8, 21. 7, 20. 9, 22, 37, 105. 38, 109. :) Gran. Lie, p. 39.

*) Gran. Lie, p. 39; il faut lire ce passage en metlanl un point après fuit; lire dimiserant.

9) Cic, dcDom., 30, 79.

^0) Cic, de Dom., 30, 79. Sail , Hist., 1, 41, 12 D. Cf. Ps. Asc p. 102. 1') Cic, Cœc, 33. Cf. ad AU., 1, 19, 4.

12) Cic, Cœc, 35, 102. Cf. 7, 8. Voir plus haut tome 1, page 369. f3) App., b. c, 1, 102. Cf. Cic, de Le<j. agr., 2, 14, 35. li) Cic , de Ley. ayr.. 1, 7, 21. 2, 29, 81. '3) Sali., Eist,, 1, 41, 11 U.

été fixées par la loi Octavia de M. Octavius votée pendant la guerre sociale, ou par la loi Sempronia remise en vigiuîur au moment où les Marianiens étaient maîtres du pouvoir; il fallut un sénatus-consulte pour la supprimer', et probablement une loi Cornelia frumentaria. Sylla établit de nouveaux impôts sur les villes d'Italie et des provinces, il imposa même celles que les traités avaient affranchies de toute redevance'. Le peuple ne fut pas consulté^, la constitution ne lui reconnaissant pas le droit d'intervenir dans les questions d'impôt; Sylla établit les nouveaux impôts au moyen de sénalus-consultes''. Pour avoir plus vite de l'argent, il vendit aux villes le privilège de ne payer aucun impôt à la condition qu'elles verseraient immédiatement une forte somme*. Brundusium fut exemptée do tout, parce qu'elle avait rendu à Sylla un grand service, en le recevant lors de son débarquements Sylla supprima la loi Valeria de œre aliéna qui avait apporté un grand trouble dans les fortunes, en enlevant toutes garanties de dettes privées*^; il fallut pour cela un sénatus-consulte, et peut-être une loi Cornelia de %re alieno. En 81 cette loi Yaleria n'existait plus, puisque T. Crispinus, qui fut probablement questeur, ne l'observait plus S Sylla, d'autre part, de son propre chef, supprima plusieurs créances que l'Élat aurait pu réclamer à dos particuliers S

Pendant l'été de 81, Sylla prépara les jeux du cirque, qui devaient compléter son triomphe'', et servir à célébrer la victoire de la Porte-Colline'". En vertu de la loi Cornelia de ludis victorix restituendis, ils devaient avoir lieu tous les ans du 26 octobre au 1" novembre, jour de la victoire". Un préteur,

') Ascon., p. 99.

-) App., b. c, 1, 102.

3) Cf. Cic, de Off.,3, 22, 87.

*) Cic, l. c, Plut., Synrr., 3. Exuper., 5. ^) App., b. c, 1, 79.

«) Cic, Quinct., 4, 17.

■) Cic, Font., 1, 1. Niebuhr. I>es questeurs cloiU parlent Cic, in Yerr. accusât., i, 14, 37. Plut., Cic, 17, sont de l'année 81. ^) Cic, in Vcrr. ace, 3, 35, 81 et seq. «) Cf., App., 6. c.,\, 99.

10) Vell., 2,27. Ascon. p. 94. Ps. Ascon., p. 143. Schol. Gron., p. 396. ") 1. L. A., p. 302. 307. Cf. Cic, m Vcrr. accusât., 1, 10, 31.

sans doute le préteur pérégrin, fut chargé de veiller à leur org-anisaliou '. Pendant ces jeux, on vit le jeune M. Porcius Cato, et AI. .Emilius Scaurus, beau-fils de Sylla, jouer le jeu de Troie'; on vit aussi pour la première fois des nobles descendre dans l'arène sur la demande de Sylla et conduire des chars".

Après les jeux, Sylla porta son attention sur la réorganisation des magistratures et de l'administration provinciale ; il réforma aussi les lois criminelles. Le principe qui présida à ces réformes fut toujours le même : il s'agissait de réformer la constitution au profit de roligarchie des nobles. Tout fut fait avant la lin de 81 , puisque Sylla considéra l'année 80 comme une année d'épreuve " pour voir fonctionner sa nouvelle constitution ; du reste les nouveaux tribunaux criminels étaient installés pour 80 : Sex. Roscius fut jugé d'après les nouvelles lois". Les lois criminelles précédèrent la législation sur les magistratures et sur l'administration des provinces. Peut-on les placer avant l'époque où furent célébrés les jeux de la victoire ? Non, parce que Sylla n'en eut pas besoin avant; de plus comme elles étaient très étendues, il fallut du temps pour les préparer, et Sylla ne fut libre de s'en occuper que pendant Tété de 81 ^

Il y eut désormais huit préteurs" ; pendant leur année de charge, ils devaient tous rester à Rome pour rendre la justice ; on prorogeait ensuite leur pouvoir, et les préteurs étaient nommés g-ouverneurs de huit provinces. Il y en avait alors neuf: la Sicile, la Sardaig-ne, l'Espagne citérieure, l'Espagne ultérieure, la Macédoine (avec l'Achaïe), l'Afrique, l'Asie, la Gaule narbonnaise, la Cilicie ; la Gaule cisalpine érigée en province par Sylla fut la dixième. Sylla dut faire une loi de octo prœtoribus, nous le présumons d'après ce qui s'est passé pour les questeurs. Les questeurs, avant Sylla, étaient probable-

') Mommsen, Munzwesen, p. 625.

3) Ascon., p. 89. 94.

^j App., b. c, i, 103. Cic, Rose. Am., 48, 139.

^) Cic, Msc. Am., 5, il. 10, 28; Brut., 90, 312; Off., 2, 14, 51. Gell., 15,28. Quint., 12, 6, 4. Plut., Cic, 3. «) Cic, Rosc.Am., 8, 22. 45, 131.

') Cf. Vell., 2, 16. Dio C, 42, 51 ; erreur dans le Dig., 1, 2, 2, 32.

ment au nombre de douze, il y en eut vingt désormais ; nous avons un fragment de la loi' Conielia de viginti qua'storibus^ qui fut votée par les comices de tribus'. Au point de vue administratif la réforme de la questure était nécessaire; la loi portait encore que les questeurs, en sortant de charge, entraient de droit au sénat; cette disposition concorde avec les lois de t?'ibimicia potestate et de maghtratibus ; elle assurait le recrutement régulier du sénat % et, comme les fds des proscrits avaient perdu de droit de briguer les honneurs, il n'y avait pas à craindre qu'ils pussent entrer au sénat par la porte de la questure*. Mais Sylla n'est pas l'auteur d'une loi de siipplendo senatu , ni d'une loi sur la censure; il est inexact que la censure ait été supprimée; on lui avait enlevé, il est vrai, la plus importante de ses prérogatives, celle de dresser la liste des membres du sénat [lectio se?iatus), le recrutement de la haute assemblée étant assuré par la loi dp viginti qnœstoribus; voilà pourquoi dans la suite on négligea souvent d'élire des censeurs, mais la censure ne fut pas supprimée'.

Vint ensuite la loi de provmciis ordinaiidis. Elle confirmait le droit du sénat de déterminer les provinces consulaires et les provinces prétoriennes, sur ce point elle reproduisait les dispositions de la loi Sempronia de provincus consularibtis\ elle ne supprimait, pas plus que cette loi, la faculté de recourir au peuple pour décider que telle province serait donnée à tel magistrat. Le sénat conservait aussi le droit de proroger les pouvoirs (^;'oro^«/zo imperii)] mais il fut convenu qu'après leur année de charge les deux consuls et les huit préteurs seraient chargés, pour une année, du gouvernement des deux provinces consulaires et des huit provinces prétoriennes''; on ne supprima pas cependant la formalité de \i\. Lex curiata de imperio''. L'ancien gouverneur était censé conserver ses pou-

') Tac, A«n,,ll, 22.

^) Tac, Ann., 11, 22.

*) Dion., 8, 80.

•'') Cic, divin, in Csec, 3, 8. Sch. Gron., p. 384. (liiand il n'y avait pas de censeurs, les consuls et les préteuis remplissaient leurs fonctions. ") Cic, Fam., 8, 8, 8.

-■) Cic, Fam , 1, 9, 25. Cf. de Leg . agr., 2, 12, 30; ad Alt., 4. 18, 2.

voirs [imperîum), jusqu'au moment où il iHait rentré dans la ville'. Pour empêcher toute contestation entre l'ancien et le nouveau gouverneur, l'ancien devait quitter la province dans les trente jours qui suivraient l'arrivée de son successeur'. La loi ilxail enfm les dépenses qui étaient à la charge des provinces pour l'entretien des lieutenants, et déterminait la nature et la quantité des présents qui pouvaient leur être faits \

Les lois Corneliœ concernant la juridiction criminelle modifiaient la procédure devant les anciens tribunaux [quœstiones perpetiiœ,) et établissaient de nouveaux tribunaux^ La présidence était confiée aux préteurs, qui tous durent rester à Rome pendant l'année de leur charge, comme les deux préteurs urbain et pérégrin déjà astreints à la résidence par leurs obligations de juges civils. Sylla n'avait pas osé supprimer les pouvoirs judiciaires de l'assemblée du peuple, mais il les annulait indirectement au profit ihi parti oligarchique. Puis Sylla compléta la législation criminelle ; nous connaissons quatre de ses lois: la loi Cornelia rcpeii/fidarum, qui remplaça la loi Servilia de 111^; la loi de majestate qui supprima la loi Apuleia de 100^; la loi de sicariis et veneficis', qui prit la place d'une loi très ancienne; c'est en s'appuyant sur cette loi que l'on fit un procès à Sex. Roscius; on sait que Cicéron le défendit avec une grande indépendance devant le tribunal que présidait le préteur M. Fannius; enfin la quatrième était la loi de falsis^ appelée aussi testamentaria'^ et nummaria^^ ; elle abrogeait l'édit de ]\[. Marins Gratidianus sur les nouveaux

') Cic, F((//î.. 1, 9, 25.

-) Cic. Vam , 3, 6, 3. 6.

') Cic, Fom., 3, 10, 6; ad (J. fr., 1, 1,9. 26.

«) Dig., 1, 2, 2, 32.

5) Cic, Rob. Post.., i, 9.

6) Cic,Pjs., 2i, 50. Ascon., p. 59. Cf. Cic, Fam., 3. 11, 2; Chtenf., 35, 97; in Verr. accus., 1, 5, 12.

■) Cic, Chient., 20, 53. 54, 148. 55, 151. 56, 44, surtout 54-57: pvn Varenofr.,6; Mil., 4, 11. Tac, Ann., 13, 44. ]»s/(7., 4, 18, 5. Paul., Sent, rec, 5, 23.

8) Paul., Sent, rec, 4, 7. 5, 25. Dig., 48, 10.

9) Inst., 4, 18, 7. Cic, in Verr. accus , 1, V2, 108. Cf. ?(af. deor., 3, 30, 74. Suet., Aiig. 33.

10) Cic, in Verr. accus., l. c. Ps. Ascon., p. 189,

deniers et rétablissait le cours forcé \ Il y avait plusieurs dispositions communes à toutes ces lois, par exemple celle qui permettait à l'accusé de réclamer un jugement par écrit, ou do se contenter d'une sentence orale'; aussi la disposition qui accordait aux sénateurs un droit de récusation plus étendu que pour le commun des citoyens'.

Il y eut probablement aussi une loi de peculatu^, et une autre de oxhilterik et do pudicitia% qui a du servir de modèle à la loi Julia^ et qu'il no faut pas confondre avec la loi Cornelia de injuriis'. La loi Cornelia de injuriis^ n'établissait pas de tribunal nouveau, elle réformait seulement la procédure des actions dites injuriarum, mais elle dut être proposée en même temps que les autres. Nous ne pouvons pas décider, vu la confusion des sources, s'il y eut des lois sur la qiuvstio de v?. et sur la quœstio de amhitu.

Avant la fin de 81 fut volée la loi Cornelia sumptuaria, nous la trouvons appliquée en 80". Elle reproduisait sous des formes différentes la loi Licinia de 104 supprimée en 91 par M. Duronius. Aux jours deskaleudes, dos nones, ides, de jeux et autres fêtes elle défendait de dépenser plus de 300 sesterces pour un repas, les autres jours pas plus de 30; elle fixait un prix maximum que ne devaient pas dépasser les friandises'". Sylla limitait aussi les dépenses de luxe dos funérailles*'.

Pendant la dictature, la situation dos provinces s'était améliorée. En Espagne C. Aimius Lucus avait pu franchir les Pyrénées, et Q. Sortorius réduit à l'impuissance, avait pris la

') Cf. Paul., Sent, rec, 5, 21, 1, 2) Cic, Cluent., 20, 55. 27, 75.

=) Cic, m Verr. accus., 2, .31, 77.

*J Cic, in Verr. act., 1, 13, 39; Acnm., i,\, 11 et seq. 3, 36, 83; Cluent., 53, 147.

5) Plut., Syncr. Lys., eiSulL, 3.

6) Coll., Mos., 4, 2, 2.

') Cf. Dig., 48,5, 22, 2.

8) Inst., 4, 4,8. Dig., 47, 10, 3. 48, 2, 12, 4. 48,5, 22, 2. Paul., Sent., rec, 5, 4, 8.

9) Plut., Sun., 35.

'") Gell., 2. 24, 11. Macr., Sut.. 3. 17, 11 = 2, 13, 11 . **) Plut., S»//., 35.

fuite \ En Sicile, M. Perpenna avait également pris la fuite devant Cn. Pompée, qui avait pu rétablir l'ordre". M. Junius Brutus, chargé par Carbo de venir prendre des renseig-nements sur l'île, fut fait prisonnier par Pompée, et se donna la mort^ Carbo lui-même tomba entre les mains de Pompée ; Pompée en avait reçu des services, il le fit quand même mettre à mort comme proscrit*. En Afrique, Pompée fit encore exécuter Cn. Domilius Abenobarbus, beau-fils de Cinna% qui avait pris le commandement de l'armée marianienne ^ et battu le roi de Numidie Hiarbas ; Hiarbas fut remplacé sur le trône de Numidie par Hiempsal '.

En Asie^ il n'y avait pas de marianien; la province resta calme sous L. Licinius Murena, successeur de Sylla. Ce dernier l'avait laissé dans la province avec le tilre de propréteur, et les deux légions de Fimbria \ L. Murena voulait un triomphe; soutenu par Archelaûs que Mithridate avait renvoyé en l'accusant de trahison^, Murena, pour des prétextes futiles, avait recommencé la guerre avec le roi de Pont en 83 '°; l'année suivante il vit arriver dans son camp une ambassade envoyée de Rome : Q. Calidius^ son chef, lui donna, au nom de Sylla et du sénat, le conseil de ménager Mitbridale; il n'en tint aucun compte ^\ Il remporta d'abord quelques petits succès insignifiants'-, mais en 81 il fut battu ; il obéit alors à un ordre envoyé de Rome par Sylla. A. Gabinius, chef de l'ambassade, le força à signer la paix à des conditions qui étaient loin d'être

1} Plut., 8ert.,l.

2) Diod., 38, 24. Plut., Pomp., 10. Aur. Vict., Vir. W., 77. Cf. Cic, in Vcrr. ace, 3, 16, 42, 3, 18, 45. 2, 46, 113.

■•') Liv., ep., 89. Cf. Cic, ad Att., 9, 14, 2. Val. Max., 6, 2, 8.

4) Plut., Pomp., 10. App., b. c, 1, 96. Zon., 10, 1. Liv., ep., 89. Val. Max., 5, 3, 5. 6, 2,8. 9, 13, 2. Oros., 5, 21. Eutr., 5, 8. Cic, Fam.y 9, 21, 3. Alt., 9,14, 2. Sali., Hist., 1, 38 D.

^) Oros., 5, 24.

«) Plut,, Pomp., 11.

0 Plut., Pomp., 12. Zon., 10, 2. App., b. c, 1, 80. Liv., cp. 89. Eutr.. 5, 9, Oros., 5, 21. Val. Max., 6, 2, 8. SalK, Ilist., 1, 30 D.

8) App., Mithr., 64. Cf. Cic, in Verr. accus., 1, 35, 89.

«) Plut., SulL, 23. Sali., Hist., 4, 61, 12 D. Oros., 6, 2.

1") Liv., ep., 86. App., Mithr., 64. Memnon apud Phot , p. 232 B.

") App., Mithr., 65.

12) Cf. Cic, Mur., 15, 32.

clésavantag-eusespourMilliridate '. Par politique Sylla accorda le triomphe à L. Miirena pour la fin de 81 \

Il fallait mettre en mouvement les rouages de la nouvelle constitution ; pour 80 Sylla se fit nommer consul ^ — il conserva cependant son titre et ses fonctions de dictateur, — avec son ami* Q. Cœcilius Metellus Plus : Sylla violait une de ses lois, la loi de Magistratibus, puisque dix ans ne s'étaient pas écoulés depuis son premier consulat. Il ne fit plus sentir son pouvoir dictatorial qu'à l'Italie; cà Rome il respecta le pouvoir de son collègue % l'autorité du sénat, l'indépendance des tribunaux % et même la puissance tribunitienne, tant qu'elle ne dépassa pas les bornes qui lui avaient été imposées. En voici un exemple; Sylla avait proposé, contrairement aux dispositions de sa loi de Provinciis ordinandis, d'accorder le triomphe à Pompée qui l'avait demandé dans des conditions contraires aux lois; il proposa de l'autoriser à rentrer dans Rome avec son armée, ce fut l'objet de la loi de Reditu Cn. Pompeii; mais il eng-agea le tribun C. Herennius à faire opposition, et sur cette opposition le consul retira sa proposition''. Alors, en s'autorisant d'un sénatus-consulte, Sylla ordonna à Pompée de rester à Utique avec une seule légion, et d'y attendre son successeur ^ Mais l'armée de Pompée se révolta, Pompée fit parvenir à Sylla un rapport où perçait son orgueil, il se comparait au soleil levant. Pour éviter de nouveaux troubles Sylla céda et permit à Pompée de triompher comme il le désirait". La loi de Reditu Cn. Pompeii fut votée, sans qu'il y eut cette fois opposition de la part des tribuns. Quand Pompée arriva avec son armée, Sylla lui donna le surnom de Gra)uV°, et le

^) App., Mithr., 66. Cic. Lcg. man., 3, 8.

2) Fast.triomph., I. L. A., p. 460. 463. Cic, Mur., 5, H. 7, 15; Leg. man., 3, 8.

3) App., b. c, 1, 103.

') Plut., SiilL, 6.

3) Plut., SulL, 6.

") Cf. Cic, Rosciana.

-') Sal!,, Hist., 2, 12 D. Apud Gell., 10, 20.

8^ Plut., Pomp., 13. Zon,, 10, 2.

9) Plut., Pomp., 14. Zon., 10, 2. App., b. c, \, 80.

'0) Plut., Pomp., 13, Cra^s., 7. SpH., 18. Zon , 10, 2.

I8fi LA niSSOLUTTON DE LA nÉPUBLlOUE [lY, 8

laissa célébror son triomphe le 12 mars 80'. Pompée n'avait encore occupé aucune magistrature, il triomitha comme chevalier '.

L'année 80 fui une année calme ; nous savons peu de chose sur les actes des consuls. On ne dut pas encore songer à nommer des censeurs, et les consuls renouvelèrent les fermes ^ Sylla construisit la curia Hostilia ', et releva le Capitole incendié '; il se réserva la surveillance de l'édifice, en qualité de curator, même après son abdication ^ Il recula le pomœrium, ce que personne n'avait fait depuis Servius TuUius ". Pour plaire au peuple, et lui faire oublier, au milieu des plaisirs le souvenir de la guerre civile, il offrit à Hercule F/c/or, en se conformant aux habitudes nationales **, la dîme [decumà) de ses biens personnels, et à ce sujet nourrit le peuple pendant plusieurs jours de suite '. Au milieu de ces fêtes mourut sa femme Metella, il n'interrompit pas les réjouissances; sans tenir compte de sa loi funéraire, il lui éleva un superbe monument. Peu après Sylla contracta un nouveau mariage avec une jeune et frivole personne de la gens Yaleria*'-.

Aux comices consulaires de 80, le peuple offrit encore le consulat à Sylla ; il refusa et fit élire P. Servilius Yatia et Appius Claudius, qui avait été chassé du sénat par les censeurs de 86 ". Parmi les préteurs élus, tous partisans de Sylla, nous remarquons Q. Calidius qui fut ardemment soutenu par le consul Motellus ; Metellus lui témoigna ainsi sa reconnaissance pour le service que Calidius avait rendu à sa famille, en faisant rappeler de l'exil son père le Numidique '-.

*) Gran. Lie, p. 39. fasl. friomph , I. L. A., p. 403.

-) Plut., Pomp., 14. Sert., 18. Cic, Lcrj. mm.. 21, 61. Plin., n. h., 7, 26, 27, 96. Liv., ep., 89. Eutr., 5, 9. Aiir. Vict., Tir. Ul.,11.

=) Cic, in Vcrr. accus., i, 50, 130.

*) Plin.. n. h., 34,6, 12, 26. Cf. Dio C. 40,50. 44, 5.

^) PluL, Pnpl., 15. Plin.,?i. /;., 7, 42, 44, 138. 36, 5, 6, 45. Tac, Hist.. 3,72.

«) Val. Max., 9, 3, 8. Plut., Sidi, 37.

0 Gell., 13, 14, 4. Tac, Ami., 12, 23. Dio C, 43, 50. ■ 8) Diod,, 4,21. Plut., Qu. rom., 18. Cras.<i., 2.

») Plut., SulL, 35.

'"} Plut., Sull., 35,

") App., b. c,l, 103. Gros., 5, 22. Cf. Cic, Plane, 21, 51.

12) Cic, rianc, 29, 69. Val. Max., 5, 2, 7.

Sylla pouvait considérer son œuvre de réorganisation comme terminée; la constitution venait de fonctionner pendant un an sous ses yeux; la pacification de l'Italie était très avancée, les nouveaux consuls pourraient se charger de la compléter'. A la tête des provinces se trouvaient des gouverneurs soumis au sénat ; l'Espagne était encore un peu agitée. Après avoir fui en Afrique", Q. Sertorius avait reparu, appelé par les Lusitaniens'-, il avait gagné la confiance des populations \ et avait battu plusieurs armées romaines ^ On crut suffisant d'envover dans l'Espagne ultérieure Q. Ca^'cilius MetoUus Pius en qualité do proconsuls Sylla n'avait plus aucune satisfaction à réclamer, il avait eu tous les pouvoirs en sa main; il voulut, en égoïste qu'il était, passer les dernières années dans le repos; quand les nouveaux consuls furent entrés en charge, il convoqua une assemblée et devant elle abdiqua la dictature S Il savait qu'il pouvait compter sur le dévouement aveugle des 10 000 Cornéliens et des 120 000 vétérans répandus sur toute la surface de l'Italie ; voilà pourquoi, en politique avisé, il osa proposer au peuple de rendre ses comptes. Naturellement personne ne dit mot, mais au moment où Sylla se rendait chez lui, escorté de ses aniis et du peuple tout entier, un jeune homme le poursuivit de ses injures. Sylla s'inquiéta de cet incident, et prédit qu'il suffirait à l'avenir pour empêcher un nouveau dictateur de déposer le pouvoir comme il l'avait fait ^•

') Cf., Gran. Lie, p. 39.

2) Plul., Sert., 9. 10. GelL, 10, 26. Qa.ll, Hist., i,6ietseq. D. . 3) Plut., Sert., il.

0 Cf. Gell., 15, 22.

^) App., /». c, 1, 108. Plut , Serf., 12. Llv., ep., 90. Flor., 3, 22.

S) App., b. c, 1, 97. 108. Ibcr., 101. Aur. Vie, Vir. ilL, 63.

") App., b, c, 1, 103 et seq. Plut., SitlL, 34. Gros., 5, 22. Aur. Yict., Mr. m., 75.

») App., b. c, 1, 104.

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