CHAPITRE NKUVIEME
TRIOMPHE ET RÈGNE DE l'oLIGARCHIE
Sylla avait donné àrÉtalune org-anisation politique qui semblait excellente. Mais les conditions morales et sociales, qui doivent former les bases de toute bonne société, manquaient absolument.
L'Italie, sans doute, était préparéo pour accepter les môpurs et les lois romaines* ; mais la guerre sociale et la guerre civile l'avaient ruinée et dépeuplée', les vétérans de Sylla ne purent combler les vides de la population disparue. On ne put répartir en une seule fois entre les vétérans les territoires confisqués, une bonne partie resta à l'ager publicus ; malgré la loi agraire de m, malgré les lois syllaniennes, des particuliers surent trouver l'occasion de se les approprier"'. Il ne fallait pas compter voir refleurir l'agriculture, les soldats' n'avaient aucune aptitude pour les travaux des cbamps ; ils n'eurent pas assez d'éner. giepour faire les efl'orts qu'exigeait la remise en culture des terres abandonnées". Plusieurs vendirent leurs lots sans tenir compte de la loi qui le leur défendait, d'autres les abandonnèrent pour reprendre du service ou pour venir vivre à Rome ; d'autres moururent avant d'avoir constitué une famille, et leurs lots revinrent à l'État, qui ne sut pas les défendre contre l'avidité des possesseurs; les latifundia'^ prirent une extension de
') Strab., 6,1, 2.
2) Sali., Hist., 1, 36 D. Cic, TuIL, 14. Cf. Diod., 37, 40- Obseq., 57. Oros., 5, 22. Eulr., 5, 9. App., b. c, i, 103.
3) Sali., Hist., 1, 41, 12 D. Cic, de Lc,j. agr., 2, 26. 3, 2, 6. 8. 3, 3, 12. Cf., ad Att., i, 19, 4.
^) Sali., Cat., 11. 16. Cic., Cat., 2, 9, 20.
5) Cf. Sali., Hist., 1, 41, 23 D.
«) Cic, d>> Leg. agr., 2, 28, 78. 3. 4, 14.
IV, 0] TRIOMPHE ET RÈGNE DE l'oUGARCIIIE 189
plus eu plus grande; on les fit exploiter par des esclaves, dont le nombre devint si considérable dans certaines contrées qu'on n'osait plus s'y aventurera Autre chose : les nobles, qui avaient combattu pour exclure le peuple des affaires", considérèrent le pouvoir comme un butin qu'ils avaient à se partager". Sous les yeux de Sylla son questeur \ P. Cornélius Lentulus Sura, se livra aux exactions les plus scandaleuses^; le préleur de 81 % Cn. Cornélius Dolabella, bien secondé par son lieutenant et proquesteur, C Verres", rançonna de toutes façons la province de Cilicic^ Des gens bien considérés, comme M. Licinius Crassus, exploitèrent la situation pour faire fortune^; ils profitèrent surtout de la dépréciation produite par les confiscations de Sylla ^", pour spéculer et acquérir légalement des propriétés très étendues''. Le luxe prit un grand développement, et tous les vices qu'il entraîne parurent au grand jour '\ Les lois de Sylla paraissaient bien affermies, elles ne furent pas longtemps respectées; du vivant même de leur auteur une d'elles, colle qui enlevait le droit de cité aux habitants de Arretium, fut publiquement violée par les décemvirs {deccmviri stiitibus jitdiccmdis); ils reconnurent le droit de cité à une femme d'Arretium, que M. TuUius Cicéron s'était chargé de défendre''. De plus Arretium, Volaterrœ conservèrent leur territoire'^ la loi de confiscation ne fut pas exécutée, les vétérans durent être pourvus ailleurs. C'était bien là une viola-
<) Cic, Tall., 8 et seq.
=-') Sali., Hist,, 3, 61, U D.
») Sali., Hist., 1, 35. 1, 41, 2. 7. 3, 61, 6 D. Cat., 11.
') Cic, m Vcvr. accus., 1, 14, 37. P. Cornélius Lenlulus Sura était le peLit-fils de l'ancien prince du sénat (Cic, Cat., 3, 5, 10, 4, 6, 13),
S) Plut., Cic, 17.
«) Cic, Quinct., 8, 30. 2, 9.
'') Cic, in Verr. accus., 1, 30, 77. 1, 38, 97. 3, 76, 177. Ps. Ascon., p. 129. 169. 181. Schol. Gron., p. 390.
8) Cic, in Verr. accus., 1, 15, 41. 1, 16,44 et seq. i, 38, 97. Act., 1, 4, H.
9) Cic, de Off., 3, 18, 73. 3, 19, 75. Val. Max., 9, 4, 1. 1») Cic, Mosc. corn , 12, 33.
11) Plut., Crass.,2. 6.
12) Sali., Cat., 11.
13) Cic.,Caec., 33, 97.
1*) Cic, ad Att., 1, 19, 4, Fam., 13, 4, 1. 2.
190 LA DISSOLUTION DE LA HÉPLULIOI E lY, 9
lion f(»rmello d"iiiio loi do Sylla', dont Sylla était seul l'auteur, puisque le peuple, c'est au moins probable", pouvait ne pas être consulté sur une loi qui retirait le droit de cité. Après celte décision des juges, tous ceux qui avaient été dépouillés par Sylla de l'avantageuse qualification do citoyen la conservèrent". Voici un fait plus significatif : en 79, un marianien déguisé, M. J']miliusLépidus, gendre de L. Appuleius Saturninus, posa sa candidature au consulat, et, malgré les instances do Sylla, le vaniteux Pompée la soutint'. Sylla avait de bonnes raisons pour se défier de Lépidus, bien que ce dernier lui eût rendu des services comme prétour, ce qui lui avait valu la province de Sicile''; Lépidus d'ailleurs n'avait pas manqué de profiter des proscriptions*^ ot do son année de gouvernement en Sicile pour s'enrichir".
Aussitôt qu'il eut pris possession du consulat, Sylla vivait encore, Lépidus prononça devant le peuple^ une vraie harangue de tribun, dans laquelle il demandait la suppression dos entraves gênantes imposées par la constitution syllanionne. Lépidus n'eut pas, il est vrai, beaucoup de succès, son premier contradicteur fut son collègue Q. Lutatius Catulus, le fils du vainqueur des Gimbres^ énergique partisan de Sylla et do ses réformes ^ Un autre différend entre les deux consuls au sujet de la nomination au prcvfecti/s urdis feriarum latitiarum causa n'eut pas plus do conséquence"', mais Lépidus put exploiter, au profit do sa cause, la mort de Sylla. Sylla mourut d'une hémorragie'* à Puteoli où il s'était retiré pour se livrer
0 Cic, de Z)'..w.,30, 79.
*) Cic, Cxc, 34, 100 elseq.
-) Cic, Ca;c„ 33, 97.
'') Plut.,Su«., 34. Vomp., 15, Zon., 10,2. 2) Cic, m Yerr, accus., 3, 91, 212.
«) Sali., Hist., 1, 41, 18 D.
') Sali, Hist., i, 48, 4 D. Ps. Ascon., p. 100. 205. 20Ô. Cic, in Yerr. accus., 2, 3, B.
8) Cf. S?il\., Hist , 1, 41 D.
9) Àpp., b. c, 1, 105. Sali., Hist., 3, 61. 9 D. Ps. Ascon., \k 200. Cf. Val. Max., 6, 9, 5.
»o) Sall.,H/.s<., 1, 40D.
'») Plut., S»//., 37. App., b. c, 1, lus. Val. Max., 9, 3, 8. Cr. Plin., 7, 42, 44, 138. 11, 33, 39, 114. 26, 13, 80, 138. Aur. Vie, Mr. HL, 75,Paus.i 1, 20, 7.