IV, \\ TI, SEMPHOMUS GRACCHUS
dans les deux cas il perdit le g-oùt des travaux agricoles. Cependant il aui'ait fallu faire revivre ce goût pour ramener le peuple aux saines traditions des premiers temps ; il n'eut pas suffi de faire toujoursMe nouvelles assignations, quand même on l'aurait pu. Ces conséquences désastreuses pour l'agriculture, produites par l'introduction des esclaves dans le travail des champs, avaient échappé à Caton lui-même ; il croyait pouvoir faire revivre les anciennes mœurs par la sévérité^des censeurs ; comme tous les autres, il employait des esclaves sur ses terres, et s'appliquait à en tirer lo| plus de travail possible'.
Un autre fait prouva bientôt qu'il fallait perdre tout espoir de voir relleurir la petite culture : les possesseurs de latifundia eux-mêmes durent avouer qu'ils ne pouvaient plus soutenir la concurrence avec les provinces. Déjà avant la deuxième guerre punique Rome avait reçu avec reconnaissance un grand chargement de blé envoyé par Hiéron de Syracuse. Pendant la guerre contre Annibal l'Italie s'habitua à recevoir des blés étrangers - ; vers le milieu de cette guerre, au moment oii l'Italie était complètement ravagée, le médimne de blé de Sicile monta à 15 drachmes; alors le sénat envoya une ambassade en Egypte pour acheter du blé ^ Après la victoire le blé continua à affluer en Italie, et tomba à des prix dérisoires '*. Plus lard, pendant les guerres de Macédoine et de Syrie, Carthage et Masinissa\ la Sicile et la Sardaigne envoyèrent à Rome des chargements considérables ^ Les provinces s'habituèrent ainsi à diriger vers ritalio l'excédent de leurs récoltes. La Sicile devint le grenier de Rome [cella penaria) ; d'abord elle n'avait pas été ravagée pendant la guerre d'Ànnibal, ensuite les gouverneurs avaient protégé son agriculture et en avaient assuré le développement; enfin la Sicile avait employé la première des troupeaux d'esclaves'', pour les
') Plut., Cat. mai, 4- 5. 21. Cat.,- de Rp ntst., 1, 5. 10. 1 1 . 56. 57.
*) Liv., 22, 37. 23, 32.
3) Polyb., 9, 44.
*) Liv., 29, 36. 30, 26. 38.
') Diod., 34,2-20. Liv., ep.,[56. Flor.,3. 19.- 1, L. A., 154.
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travaux agricoles, et tout le monde sait avec quelle cruauté on les traitait, puisqu'ils étaient obligés de recourir au vol pour se nourrir, et cela sous les yeux des g-ouverneurs qui soutenaient les propriétaires romains. Galon ne comprit pas non plus les conséquences ruineuses pour l'Italie de la protection accordée h l'agriculture en Sicile
Pour assurer au peuple de Rome du Kîé à bas prix, on eut recours à une mesure malheureuse, dont l'influence fut bien mal comprise : on décida que tous les blés de Sicile seraient retenus pour l'usage des Romains. Nous en avons la preuve dans ce fait que les Rhodiens, en 169, eurent besoin d'une autorisation spéciale pour tirer de la Sicile 100,000 médimnes'. Il est évident qu'une pareille mesure eut pour résultat de faire tomber le blé à des prix ridicules, La même préoccupation explique pourquoi on exerçait une surveillance si étroite sur le commerce des blés, et pourquoi on poursuivait les marchands comme usuriers et on les punisssait quand par hasard (ex. en 159) le blé se vendait plus cher'. Au temps de Polybe^ on était arrivé à assurer un bon marché inouï, complètement inconnu dans les siècles précédents*- Mais il ne faut pas croire que c'était la prouve d'une bonne situation agricole, c'était plutôt la preuve du contraire. Quand le blé se vendait quatre oboles le médimne en Sicile, l'orge deux oboles, la culture du blé et de l'orge en Sicile ne pouvait pas donner de bénéfices ^ Telle était la situation; les petits moyens imaginés par le sénat, comme la traduction des 28 livres de Magon sur l'agriculture*, ne devaient pas avoir grande influence. La culture fil place aux pâturages; Galon reconnaissait déjà qu'ils donnaient de meilleurs bénéfices \
Ge fut au retour de Numance, en traversant l'Etrurie, que Ti. Gracchus put constater de ses propres yeux, la dépopulation
•) Polyb., 28,2; cf. Strab.. 6. 2.7.
3) Polyb., 2, 15.
*) Plin., n. h., 18. 3. 15-17.
5) Cf. Plin., 71. /(., 18, 3, 21.
') Plin.. n. /(.. 18, 5.29.