‹ Histoire intérieure de Rome jusqu'a la bataille d'Actium. Tirée des Roemische Alterhümer de L. LangeChapitre 22 sur 175 · IV, 9] TRIOMPHE ET RÈGNE DE L'OLIGARCHIE · texte numérisé non relu

IV, 9] TRIOMPHE ET RÈGNE DE L'OLIGARCHIE

Sicile, à l'égard d'un noble sicilien, Sthcnius'. Il rappela que le sénat lui-même n'avait pas osé approuver la conduite du gouverneur'; il rappela encore que pendant sa préluro urbaine de 74 C. Verres avait poussé l'audace jusqu'à faire frapper de verges un citoyen romain, violant ainsi la loi Porcia^ Les Iribuns n'étaient pas en peine pour trouver des motifs d'accusation contre les gouverneurs de province*, mais c'était peine inutile, les juges sénatoriaux les acquittaient régulièrement de parti pris". Les nouveaux juges se laissaient corrompre, plusieurs faits avaient été divulgués'' et n'avaient pu être niés; les nobles compromettaient ainsi avec la plus grande imprudence la principale réforme constitutionnelle de Sylla''. Ainsi Q. Calidius que Q. Métellus Plus avait fait nommer préteur en 79, fut condamné pour concussion^; il avoua publiquement que la condamnation d'un prétorien coûtait au moins trois millions de sesterces". G. Verres ne cacha pas que pour se faire acquitter, il avait été obligé de sacrifier le tiers de ses exactions en achetant ses juges '^ Il était reconnu qu'avec de l'argent on pouvait toujours se faire acquitter, même quand on était ouvertement coupable ". Pour opérer une réforme il ne fallait pas compter sur le sénat; il est vrai qu'en 74 le sénat avait chargé les consuls de présenter une loi sur la corruption des juges, mais la loi était restée à l'état de projet''. Le peuple comprit que le plus sûr serait encore de réta-

') Cic, m Fer/', accus., 2, 34 et seq.

-) Cic, in Verr. accus., 2, 39.

3) Cic, m Verr. accus., 1, 47, 122. Ps. Ascon., p. 193.

*) Cic, Div. in Cœc, 3, 7. in Verr, act., 1, 15, 45. Accus., 3, 89, 207. 5, 48, 126.

S) Cic, in Verr, accus., 2, 31, 77. 3, 96, 223.

fi) Cic, in Verr. act., 1, 13. Cluent., 47, 130. Ps. Ascon., p. 109. 144. 147, Schol. Gron., p. 397. 398. — Cic, Cluent., 24, 65. 28, 77, 41, 115. 50, 138. Cœc, 10, 28. Ps. Ascon., p. 141. 146. 201. Scliol. Gron., p. 386. 395.396.

^) Cic, Div. in Gxc, 3, 8. in Verr. act., i, 15, 43. Accus., 4, 59,

8) Cic, inVerr. accus., 3, 25, 63. Plane, 28, 69.

9) Cic, in Verr. act., 1, 13, 38. Ps. Ascon., p. 145. '0) Cic, in Verr. act., 1, 14,40.

'*) Cic, in Verr. act., 1, 1, 1. 1, 16, 47. 1^) Cic, Cluent., 49.

blir l'ancien tribunal*; le tribun M. Lollius Palicanus agit dans cebut^

Le retour de Pompée fut, pour le tribun, un événement très heureux ^; on savait que Pompée voulait, avec son armée, se rendre maître de l'État comme l'avait été Sylla, on apprit bientôt que pour arriver à ce résultat il comptait s'appuyer sur le peuple plutôt que sur les optimates : ces derniers ne lui pardonnaient pas ses succès et n'avaient pour lui que des sentiments de jalousie*. Au moment où G. Licinius Macer produisait ses propositions de réformes, les optimates avaient essayé de distraire le peuple au moyen du retour de Pompée ^; mais avant sou départ d'Espagne, ce dernier avait déjà écrit au Sénat que si les partis n'avaient pas fait la paix pour son retour, il se chargerait de les réconciliera On répandit alors le bruit qu'il soutiendrait le peuple, qu'il était favorable au rétablissement de l'ancien tribunal ^ Il arriva avec son arméC;, il ne voulut pas la licencier avant le triomphe, et demanda deux choses : le triomphe et le consulat. En face de lui se trouvait M. Crassus, plus âgé que lui et depuis longtemps jaloux de ses victoires*; lui aussi était à la tête d'une armée victorieuse, et, comme Pompée, voulait le consulat. Pompée eut la satisfaction de voir son rival s'abaisser devant lui \ et lui demander sa protection *". Le Sénat ne pouvait que laisser agir ces deux puissants candidats; quant à la question des réformes à opérer dans la constitution de Sylla, le Sénat ne pouvait rien empêcher non plus, si les propositions étaient faites conformément aux lois. Du reste, le Sénat avait luimême porté la main sur plusieurs institutions de Sylla; il

') Cic, Div. in Caec, 3, 8. in Verr. act., 1, 15, 44. Ps. Ascon,, p. 147. Scliol. Gron., p. 384. 397.

2) Ps. Ascon., p. 103. Schol. Gron., p. 386. ^) Plut, Pomp., 21. Zon., 10, 2.

') Sali., Hist., 3, 61, 21 D.

«) SaU.,7d.

«) Sali., Hist., 4, 30 D.

') Plut., Pomp., 21, Cf. Sali., Hîst., 4, 31. 32 D.

») Plut., Crass., 7.

3) Cic, 0/f., 1,30,109.

'») Plut., Pomp., 23. Crass., 12,

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avait supprimé par sénatus-consulte des exemptions d'impôt que les villes avaient achetées au temps de la dictature '; il avait réclamé des sommes d'argent importantes abandonnées par Sylla à ceux qui avaient acheté les biens des proscrits ^ ; même en 72 le consul Gn. Cornélius Lentulus Clodianus avait fait une loi à ce sujet, la loi Cornelia de pecimia quam Sidla emptoribus bonorum remiserat exigenda '. Eufm le Sénat avait déjà laissé passer la loi Aurélia de tribunicia putestate\ les optimates avaient dune admis en principe la réforme do *la constitution syllanienne.

Le tribun M. Lollius Palicanus et ses collègues, avec qui Pompée avait pris des engagements formels *, proposèrent de faire décerner le triomphe par le peuple'; ils demandèrent aussi quepour Pompée, et probablement pour Crassus, les lois Villia annaliset Cornelia de magistralibus ne fussent pas aj)pliquées^ Nommé consul. Pompée charg-ea Palicanus de réunir une assemblée hors de la ville; il s'y rendit et déclara qu'il était partisan du rétablissement de l'ancien tribunat; il promit aussi son concours pour la répression des désordres dans le,s provinces, et de la corruption des juges '.

L'opposition proposa aussitôt d'augmenter le pouvoir législatif des comices. Il est très probable qu'alors fut votée la loi Pupia ; elle mit fin aux conflits entre les magistrats qui convoquaient les assemblées du peuple et ceux qui convoquaient le Sénat ; elle défendit* de réunir le Sénat, les jours des comices, avant que les comices eussent terminé leurs opérations"; de la sorte les sénateurs purent prendre part aux délibérations des comices. Nous croyons que la loi est bien de cette année, parce que nous trouvons sur la liste

': Cic, Uff:, 3, 22, 87.

-) Cic, in Verr. accus., 3, 35, 8t eLseq. •■) Sali., Hist., 4, 35 D. Apud Gell., 18, 4, 4. *) App., b. c, 1, 121.

S) Cf. Dio C. 36, 25 B.

c) Cf. Cic, Leg. man., 21, 62. l^lut., Fomp., 22. Zon., 10, 2. ') Cic, m Verr. acf., 1. 15, 45. Ps. Ascon., p. 148. «) Cic, adQ. fr., 2, 13, 3.2, 2, 3. Fam., 1, 4, 1. Cf, 8, 8, 5. ad AU., 1, 14,5.

») C\c.,adAtt., 1, 14, 5.

des magistrats un préteur' du nom de M. Pupius Piso Calpurnianus -. Or elle n'a pu être votée sous le consulat du même Pupius, consul en 61, puisqu'elle était antérieure à la loi Gabinia de 67 \ Ilofmami n'est pas de notre avis; il prétend que la loi Pupia défendait de réunir le Sénat à certains jours de l'année qui n'étaient pas des jours de comices; il a émis à ce sujet une hypothèse très ingénieuse, mais elle repose sur une erreur, il l'a basée sur les dates du calendrier julien, tandis qu'il fallait se servir de l'ancien calendrier \

Rien d'extraordinaire ne survint pendant le reste de l'année. Crassus eut Vovatio, et entra dans la ville couronné non de myrtes mais de lauriers % le Sénat lui avait accordé cette distinction sur sa demande. Métellus, rentré à Rome après Pompée ^, triompha avant lui", mais sans son armée qu'il avait licenciée en deçà des Alpes ^. Pompée triompha pour la seconde fois en qualité de chevalier; il recula son triomphe jusqu'au dernier jour de décembre, pour entrer en fonction immédiatement après ^

') Cf. Ascon., p. 15 Cic, Flacc, 3, 6.

î) Cic, de Doin., 13, 35.

3) Cic, ad Q. fr., 2, 13, 3.

*) Hofmann, de lege Pupia, dans son ouvrage : de origine belti civilis cœsariani. Berlin, 1857, p. 119.

5) Plut., Cmss., U . Cic, Pis., 24, 53. Pjin., n. h., 15, 29, 38, 125. GeJl., 5, 6, 23.

') App., b. c, 1, 121.

^) Vell., 2, 30. Eulr., 6, 5.

S) Sali., Hist., 4, 28 D.

^) Vell. 2, 30, Eutr., 6, 5 Plin., n. h., 7, 2o, 27, 96.

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