‹ Histoire intérieure de Rome jusqu'a la bataille d'Actium. Tirée des Roemische Alterhümer de L. LangeChapitre 23 sur 175 · CHAPITRE DIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIEME

ex. POMPÉE (70-66.)

Les deux consuls Pompée et Crassus, se défiant l'un de l'autre, n'abandonnèrentpas immédiatement le commandement de leurs armées ; on put craindre un instant de voir se renouveler les luttes sanglantes, comme au temps de Marins et de Sylla. Il y eut un compromis ; le vieux Crassus fit des avances au jeune Pompée, et tous deux renoncèrent en même temps à leur commandement \ Ils cherchèrent pendant leur consulat à éviter les conflits ; ce fut peu après son entrée en fonction, certainement avant les élections et les premiers débats du procès de Verres ' , que Pompée tint les promesses faites au peuple ; il proposa de rendre au tribunal ses anciennes prérogatives. Le sénat s'était laissé gagner % et Crassus associa son nom à celui de Pompée en tête du projet de loi *. La loi Pompe ia Licinia de tribumcia potestate supprima la loi syllanienne [lex Cornelia de tribunicia potestate), ou du moins ce qui en subsistait depuis la loi Aurélia ; les tribuns furent remis en possession de leur anciens privilèges ^

Cette loi faisait disparaître une des bases fondamentales sur lesquelles s'appuyait le gouvernement de l'oligarchie ; aussi les nobles montrèrent-ils une ardeur d'autant plus grande à

') App,, h. c, i, 121. Plut., Pomp., 23. Cross., 12 a tort de reporter ce fait à la fin du consulat. Cf. Suet., Cses., 19.

2) Cic, in Verr. act., 1, 16, 46.

3) Cf. CiC; in Verr. act., 1, 15, 44. Ps. Ascon., p. 147.

*) U\\, ep., 97. Cic, Corn, fr., 1, 23. Ascon., p. 75. Ps. Ascon,, p. 103.

5) Sali., Cat., 38. Vell., 2, 30. Cic, de Leg., 3, 9, 22. 3, 11, 26. Plut., Pomp., 22. App., b. c, 2,29. Cf. Cic, m Verr. accus., 5, 63, 163. 5,68 175. Schol. Gron., p. 397. '

défendre leur privilège judiciaire, Pompée n'osa pas demander directement l'abolition de la loi Cornélia judiciaria. Il espéra pouvoir rendre aux tribunaux leur ancien prestige en faisant disparaître du sénat les éléments impurs que Sylla y avait admis ; il crut qu'il pourrait acquitter la promesse faite au peuple, promesse de relever le crédit des tribunaux, en faisant nommer des censeurs. Le peuple adorait Pompée, il l'appuya avec enthousiasme '. Quant au sénat il aurait voulu renouveler ce qui s'était fait en 7j ; à cette date on aurait pu nommer des censeurs ; le sénat imitant Sylla et Métellus, avait préféré confier les fonctions censorialesaux consuls L. Octavius et (]. Aurélius Cotta' ; le peuple avait approuvé " ; mais cette fois les consuls ne voulaient pas se charger des adjudications, ils demandaient que les censeurs fussent élus. On nomma, en avril ou en mai \ L. Gellius Poplicola et Gn. Cornélius Lentulus Clodianus^ qui avaient été consuls ensemble deux années auparavant.

Avant que les censeurs essent eu le temps d'entreprendre la revision du sénat, on demanda au peuple de supprimer la loi judiciaire de Sylla ^. L'attitude des personnalités les plus marquantes du parti des nobles dans le procès de Verres avait provoqué cette proposition.

G. Verres avait été préteur urbain en 74 ; chargé d'examiner les réparations faites à des édifices publics sous l'administration des consuls de l'année précédente ^, il s'était permis beaucoup d'actes arbitraires ' ; il avait ensuite obtenu le gouvernement de la Sicile ; la guerre des gladiateurs ne permit pas de le remplacer pendant trois années de suite ^ ; il commit toutes les exactions possibles, il pilla la province, et en tira

') Cïc, iJic. in Cxc, 3, 8. Ps. Aseon., p. lOi. Schol. Gron., p. ;^84 ,

-) Cic, in Verr. accus., 1, 50, 130. 3, 7, 18. Cf. Ps. Ascon., p. J94.

^) Cic, in Verr. accus., 3, 8, 19.

^) Cf. Cic, Div. in Cœc, 3, S avec in Verr. act . 1, 18, 54. Va. Ascon., p. 150.

^) Cic, Cluent. 47, 130.

'^) Cic, in Verr. accus., 1, 50, 130. 49, 1J8.

') Cic, in Verr. accus., 1, 40-61. 5, 13, 34.

8) Cic, in Verr. accus., 2, 1.5, 37. 4, 19, 42. Ps. Ascon., p. 97. 101.

IV, 10] ex. POMPÉE 213

tout ce qu'il était possible d'en tirer '. Il était persuadé qu'il pourrait acheter les sénateurs, ses juges, dans le procès qui devait lui être intenté. A la fin de 70, quand ^Verres fut sorti de charge^ les Siciliens s'adressèrent à M. Tullius Cicéron. Cicéron, après ses premiers succès oratoires, avait fait un grand voyag-e ; en 75 il avait été élu questeur avec une grande majorité" ; il servit sous le propréteur Sex. Peducaeus ' comme questeur à Lilybée [qiicvstor LijUhcTtamii) ; il s'était attiré la confiance des Siciliens *. Quand il présenta l'accusation au préteur M. Acilius Glabrio % qui présidait le tribunal de repetundis, Cicéron eut déjà à lutter contre les intrig-ues du parti de Yerrès. Un certain Q. Cœcilius Niger, qui avait été questeur et complice de Yerrès ^ prétendit revendiquer le droit d'accuser Verres avant Cicéron". Cicéron employa, comme c'était l'usag-e, \Q.divinatio * ; il prononça un discours, celui que nous avons sous le titre Divinatio in Cœcilium, et réussit à faire reconnaître son droit d'accusateur ^ Il reprocha à Verres d'avoir volé 40 millions de sesterces aux habitants de la Sicile '\

Les preuves étaient évidentes ; l'illustre orateur Q. Ilortensius se chargea cependant de défendre Verres qui était son ami". Hortensius était alors l'oracle des tribunaux ^^, le roi des avocats '' ; il avait mis son éloquence au service du parti des nobles, et ces derniers l'avaient payé de reconnaissance en proclamant partout son mérite ; à ce moment-là même il

') Cic, in Yerr, accus., 2. 3. 4. 5.

2) Cic, Pis. 1, 2. Brut., 92,318.

») Cic, AU. y 10, 1,1,

') Cic, Dir. in Caec , 1,2. Phmr., 26. 64, Fam., 13, 38, Ps, Ascon , p. 97. 100. Plut., Cic, 6.

5) Cic, in Vevr. act., 1, 2, 4. 10, 29.

6) Cic, Div.in C3ec.,2, 4. 9, 28, ') Ps. Ascon., p. 98.

«) Gell., 2, 4 l^s. Ascon., p 99.

3) Cic, in Verr. accus., 1, 6, 15.

»o) Cic , in Verr. act., 1, 18, .56. Arcus^., 1, 10,27. 2, 10, 26. Cf. Div. in Cœc . , 5, 19 , ") Cic, Or., 37, 129.

12) Cic, in Verr. act., 1, 12, 35. Brut., 92,319. Ps. Ascon,, p, 98. Sctiol. Gron,, p. 405.

13) Cic, Brut,, 88 et seq.

brig'uait le consulat. Verres comptait encore parmi ses pro- Icclcurs L. Cornélius Siscnna\ le préleur de 78-; Q. Cœcilius Métellus'' qui briguait le consulat avec Hortensius ; son frère, M. Caecilius Métellus qui voulait arriver à lapréture ; P. Cornélius Scipio Nasica\ adopté plus tard par Métellus Plus, et le consulaire C. Scribonius Curio "\ Cicéron avait demandé un délaide cent-dix jours pour aller recueillir des preuves en Sicile^; le procès ne devait commencer que le o août '' ; or les jours fériés allaient se succéder pour les jeux de Pompée, les jeuxromains, les jeux de la victoire institués par Sylla et pour les jeux plébéiens ; il n'y aurait plus beaucoup de temps pour plaider * ; et comme d'autre part le procès devait être très long-, les partisans de Verres espéraient renvoyer à l'année suivante la seconde instance^, qui était de droit dans ces sortes de causes. Or si le 27 aoùt^°, jour fixé pour la tenue des comices électoraux, Q. Hortensius et Q. Cœcilius Métellus étaient nommés consuls"; et si, d'autre part, M. Caecilius Métellus *- était élu préteur et désig-né pour présider le tribunal des concussions *^ les protecteurs de Verres espéraient faire acquitter leur ami. Cicéron déjoua tous ces beaux calculs ; d'abord, il fit son enquête"' malgré les difficultés soulevées par le gouverneur de Sicile, L. Caecilius Métellus, frère des deux autres '^; ensuite triomphant des manœuvres de Verres il se fit

'j Cic, in Vcrr. accus., 2, 45, MO. 4, 20, 43. Schol. Gron., p. 392. Cf. Cic.,.?n Verr. accus., 4, 15, 33.

-) Senatus consultum de Asclep., I. L. A., p. lit. Cf. Ascon. , p, 73.

3) Cic, in Verr. act., 1, 9, 26.

*) Cic, m Verr. ace, 4, 36, 79. Schol. Gron., p. 392.

^) Cic, in Verr. act., 1, 7, 18. Ps. Ascon., p, 131.

6) Cic, i)i Verr. accus., 1, 11,30. Ps. Ascon., p. 125.

^) Cic, in Verr. act., 1, 10, 31. Ps. Ascon,, p. 134. 165.

8) Cic, in Verr. accus., 2, 52, 130.

») Cic, in Verr. act., 1, 10 et seq.

'") Ps. Ascon., p. 134.

") Cic, in Verr. act., 1, 7, 18.

'2) Cic, in Verr. act., 1, 8, 21.

*3) Cic, in Verr. act., 1, 9, 20 et seq. Acciis-, i, II, 30.

**) Cic, in Verr. act., 1, 2, 6, Accus., 2, 26, 64. 2, 4, 11. 3, 18,47. Scaur. fr., 2, 24 et seq.

'») II avait été préteur Tannée précédente, Cic, Tull., 39.

IV, 10] ex. POMPÉE 215

nommer édile ciirule^ ; au jour dit il apporta devant le tribunal les preuves de la culpabilité de Verres ; il les résuma d'abord dans un tableau d'ensemble [cictio prima in Verrem)^ puis il insista sur chaque point, produisit des témoins et fit la lumière complète ^

. Grâce aux efforts de Cicéron la première action dura neuf jours seulement '^ ; Q, Ilortensius ne répondit que peu de chose*, les témoignages apportés par Cicéron étaient trop accablants , il fmit même par abandonner son client", qui n'espérant plus se faire acquitter, partit en exil". Cicéron obtint davantag-e : il avait su exciter l'indig-nation du peuple ', montré qu'il ne pouvait avoir aucune confiance dans l'impartialité des juges sénatoriaux ^ ; le préteur L. Aurélius Cotta% frère de Caius et de Marcus , présenta une rogado judiciaria^^ pour demander la suppression de la loi judiciaire de Sylla*'. On ne pouvait mieux répondre aux désirs du peu pie '^ Pendant la première action, Cicéron ne connaissait pas encore cette proposition ; nous le voyons exprimer l'espoir qu'une condamnation de Verres aurait pour résultat de relever dans l'opinion le prestige et l'autorité des tribunaux sénatoriaux '^ Bien que Verres fût parti pour l'exil, et que le procès fut abandonné par le fait même que l'accusé s'était fait justice^'*, Cicéron supposa que la seconde action devait avoir lieu'% et comme si Verres eut été présent^'', il s'amusa à écrire

') Cic, in l'en', act ,1,8, 23. Pis., 1,2,

2) Cic, m Verr. accus , i, 10, 29. Art., l, 18, 55. Plut., Cic.,1. Ps. Ascon., p. 102.

3) Cic, in Verr. accus., 1, 60, 156.

*) Cic, in Verr. accus., 1, 28, 71 . 2, 64, 156. ») Ps. Ascon., p. 126. 153. Cic, Or., 31, 129.

6) Ps. Ascon,, p. 126. 153. 156. Cf. Cic, m Verr. accus., 1, 7, 20. Plut., Cic, 7. 8.

^) Cic, in Verr. accus., 5, 63, 163. 5, 64, 165. *) Cic, in Verr. accus., 5, 69, 177.

9) Ascon., p. 67. Ps. Ascon., p, 127. Schol. Gron., p. 386. ^0) Cic, in Verr. act., 1, 1, 2. Cf., 1, 8, 20. ^') Cic, in Verr. accus., 5, 69, 177 et seq. '2) Cic, Corn.fr., 1, 28.

•3) Cic, in Verr., act., 1, 8, 20. 1, 15, 43. 1, 16, 49. ^*) Plut., Cic, 8.

*°) Cf. Cic, in Verr. accus., 4, 15, 33. *«) Ps. Ascon., p. 153. 154.

en août ou vu sopleinlji'c les cinq discoui'.s do i\trc/tsûiio in Vcrrcm: là il parle de la proposition de L. Aurélins CoUa, et lui consacre même de longs développements'.

Des explications données par Cicéron il résulte que dans son projet primitif de loi judiciaire, Gotta voulait enlever les tribunaux aux sénateurs pour les rendre aux chevaliers et remettre en vigueur la loi Sempronia'. Gotta réunit de nombreuses assemblées pour défendre et faire discuter sa loi \ Il fut, dès lors, impossible de conserver les tribunaux aux sénateurs; les optimates ne pouvaient plus lutter en se plaçant sur ce terrain. Il est vrai que Gicéron paraît admettre que le Sénat continuera à fournir les juges ', mais s'il parle ainsi c'est qu'il suppose toujours que son discours est prononcé devant les juges sénatoriaux. Il fait allusion cependant à un projet de conciliation qui n'était pas nouveau, et qui devait avoir été mis en avant par les optimates : il consistait à former deux décuries de juges, les uns tirés du Sénat, les autres de l'ordre des chevaliers ' : c'était le projet primitif de G. Gracchus. Il Irouva peu de défenseurs. On se rappela que la loi Plautiaouvrait aussi l'album des juges à des citoyens ordinaires désignés par le sulï'rage populaire; les démocrates proposèrent de former une troisième série de juges, choisis parmi les citoyens de la première classe qui avaient rempli les fonctions de tribuns du trésor [tribimi œrarii)] le fait seul qu'ils avaient rempli ces fonctions prouvait qu'ils avaient la confiance des tribus'''. Pompée, toujours avide de popularité, adopta la proposition nouvelle ^ le sénat n'osa pas la repousser et Gotta finit par s'y rallier ; nous savons en effet, d'une manière certaine, qu'on vertu de la loi judiciaire Aurélia votée par le

') Cic., m Verr . acms., \, 2, 5.

-) (^ic, in Vcn\ arcus., 2, 71, 17i eL seq. 3, 96, 223 et seq. 5, 69, 177 etseq. Cf. Liv.. ep., 97. Plut. , Pomp., 22. Ps. Ascon., p. 127.

-'') Cic, in Verr, accus., 3, 96, 223 et seq.

'•) Cic, in Verr. accus., 1,2, 4 et seq. 1, 8, 22. 2, 31, 76 et seq.

••) Cic, in Verr. accus. ,2, 32, 79. Cf. Vell., 2, 32. Schol. Gron., p. 386.

«) Cf. Cic, Phil, 1, 8, 20. Ascon., p. 16. Schol. Bob., p. 339 et seq. Cic, Rab. perd., 9, 27. Cal., /,, 7. 15.

^)Cf. Plut., Pomp., 22.

IV, 10] CN. POMPÉK 217

peuple, le préteur iirbaiu' était chargé de drosser l'album en choisissant les juges dans les trois ordres du sénat, de la chevalerie et des tribuns du trésor'. On ne peut pas opposer à ces témoig-nages formels les passag-es des auteurs qui ne parlent pas du troisième ordre : ces auteurs n'ont pas parlé des tribuns du trésor, parce qu'ils n'ont voulu voir dans la question que les sénateurs et les chevaliers'' : ou bien ils se sont contentés de mentionner le succès obtenu par les chevaliers qui reprenaient leurs places de juges \ Le sénat perdit aussi le droit déjuger seul les procès où ses membres étaient particulièrement intéressés : ainsi venait do disparaître une des dispositions essentielles de la constitution syllanicnuo : l'oligarchie des nobles avait perdu son plus utile privilège.

L. Aurelius Cotta doit être aussi l'auteur d'une loi sur la brigue, lex Aurélia de. amhitu. Cicéron parle d'une certaine loi Aurélia^ au sujet de sa candidature à l'édilité, or ce ne peut être qu'une loi sur la brigue ; et comme elle était mise en vigueur avant 66, date à laquelle Cicéron brigua l'édilité % elle a dû être l'œuvre du préteur populaire de 70; Cotta, en efîet, ne se contenta pas d'enlever aux sénateurs le monopole des tribunaux, il voulut aussi leur rendre moins facile Télection aux diverses magistratures. Une nouvelle loi sur la brigue était nécessaire; la dernière présentée avant celle do Sylla, si tant est que Sylla en ait présenté une, la loi Cornélia Fulvia' remontait à l'année lo9,etcetteloiFulviaparaîtn'avoir jamais été appliquée ^ L'achat des voix dans les élections avait suivi la même marche ascendante que les concussions dans les provinces ^ il fallait donc établir une législation sur

•) Cic, Chient., 43, 121.

-) Gic, ad AU., 1, 16, 3. PhlL, l, 8, 20. Ascoa , p. 16. 30. 53. 67. 78. 90. Ps. Ascon., p, 103. Schol. Bob., p. 229. 235. 339. Cf. Schol. Gron.. p. 384. 386,

•') Gic, Font., 12, 26 = 16,36. Clvent, A3, 121. 'il, 130.

') Tac, Ann., 11, 22.

■■') Gic, ad Q. fr., 1, 3, 8,

«) Gic, ad AU,. 1, 4, 1.

') Voir tome I, page 567.

«) Cf. Schol. Bob., p. 361 avec Pol., 6, 56.

") Cf. Gic, in Verr. accm., 4, 20, 45.

la biig^uc. En G8, il y avait déjà un tribunal chargé déjuger les procès de brigue [quœstio perpétua de ambitu) puisqu'à cette date il jugea une accusation portée contre G. Calpurnius Piso'. La loi Aurélia était moins dure que la loi Fulvia et probablement moins dure aussi que laloiBsebia; elle devait reproduire une disposition de la loi présumée de Sylla^ elle excluait de toute charge pendant dix ans le candidat qui s'était laissé convaincre de corruption'.

On peut avec beaucoup de raison rapprocher de la loi de Cotta la loi Ajitia sumptuaria, du tribun G. Antius Restio* Elle est postérieure à la mort de Sylla, antérieure à 57 ^; elle renferme des prescriptions sur les dépenses des repas, et détermine les objets de luxe dont on peut faire usage, et ceux qui sont interdits ; mais elle renferme aussi des dispositions précises sur les repas des magistrats et des candidats. Voilà bien des articles de loi qui so rapportent à la brigue '* ; or cette loi tribunitienne peut bien avoir été faite en 70 ; cette année on élut des censeurs, qui durent provoquer le vote d'une loi semblable, mais elle ne fut pas respectée, nous le comprenons assez ; elle n'en existe pas moins".

Les censeurs de 70 montrèrent en effet une grande sévérité *"' : Ils purgèrent le sénat, conformément aux intentions do Pompée. Ils nommèrent prince du sénat'' Mam. ^Emilius Lépidus Livianus, le consul de 77; ils exclurent soixante-quatre sénateurs^ ; les principales victimesfurent : G. Antonius^,que César avait inutilement accusé, P. Cornélius Lentulus Sura *", l'ancien questeur de Sylla et consul de 71 ; les censeurs exclurent de la

0 Dio C, 36, 38 B.

2) Cf. Cic.., Sw//., 22, 63. Schol. Bob., p. 361.

3j Gell.,2, 24. Macr., SrtL, 3, 17, 13=2, 13,13. Cic, Fr/m., 7, 26, 2.

*) Q. Cic, dey^et. Cons., 11,44.

5) Macr., Sat., 3, 17, 13 = 2, 13, 13.

6) Cf. Cic, Cluent., 42, 117 et scq.

■') Val. Max., 7, 7, 6. Ce ne fut pas Q, Lutalius Calulus comme le prétendent Dio C, 36, 30 B et Vell., 2, 43, ni P. Servilius Isauricus, comme le disent les Schol. Gron., p. 442.

8) Liv., ep.,98.

9) Ascon., p. 84. Q. Cic, Pet. cons., 2, 8. '0) Plut., Cic, 17.

IV, 10] ex. POMPÉE 219

liste plusieurs sénateurs convaincus de corruption ' : M. Aquilius et Ti. Gutta-, P. Popilius, fils d'un atTranchi\ Cn. Eg-natius% et Q, Curius '% que nous retrouverons plus loin dans la conjuration de Catilina. Il resta encore assez de membres indignes dans la haute assemblée ^ Leur sévérité leur créa des difficultés ; elles vinrent aussi de leur refus à se laisser acheter par les publicains lors des adjudications. Un tribun, voulant imiter G. Atinius Labeo (voir plus haut tome II, pag-e 29) alla même jusqu'à demander, sans résultats d'ailleurs, la consécration des biens de Lentulus [consecratio bonoriim] ' . Le nombre des citoyens inscrits sur les listes, non compris les absents *, fut de 900,000 ou 910,000'. Ce chiffre est environ le double de celui du recensement de 86; il faut se rappeler que dans l'intervalle on avait donné le droit de cité à tous les Italiens, il aurait été beaucoup plus élevé, si les guerres civiles n'avaient été si désastreuses pour la population de l'Italie.

Nous savons encore que pendant la même censure Pompée célébra sa victoire sur Sertorius par des jeux [ludi votivi) qui durèrent quinze jours à partir du 15 août*"; au moment oii les censeurs passèrent la revue des chevaliers [recognitio equitum), Pompée profita de l'occasion pour montrer au peuple qu'il était arrivé à la gloire et au pouvoir en qualité de simple chevalier. On le vit s'avancer entouré des licteurs, revêtu des insig-nes consulaires, conduisant lui-même son cheval à la main ; les censeurs lui adressèrent la question d'usag-e : Avezvous fait toutes les campagnes exig-ées des chevaliers? Oui, toutes, répondit-il, et dans toutes j'ai commandé en chef; l'enthousiasme du peuple ne connut plus de bornes.

*) Cic, Cluent., 43, 119.

2) Cic, Cluent., 45, 127.

3) Cic, Cluent., 47, 131.

*) Cic, Cluent., 48, 135.

S) SaLl., Ca«., 23. App., h. c., 2, 3. n) Cic, Cœc, 10, 28. Sali., Cfl<., 37. '') Cic, D«m., 47, 124.

«) Cic; Arch.,5, 11.

9) L\v.;ep., 98. Phlegon apud Pliotius Cod. 97, p. 84 B. *o) Cic, in Verr. act., 1,J0, 31. Ps. Ascon., p. 142. Schol. Gron., p. 395.

") Plut., Pomp.; 22. Zon,, 10,2.

Oiiand il sorlil de charge, Pompée voulut se donner les apparences du désintéressement; il ne voulut pas accepter le gouvernement d'une province \ Il préféra rester à Rome pour atTermir son influence dans le sénat; toujours en campagne jusque-là, il n'avait eu aucun moyen de le faire. Sur ce nouveau terrain il allait échouer : Pompée avait trop soutenu le peuple pour se faire accepter des optimates; du reste ces derniers ne pouvaient supporter un personnage qui aimait à se faire comparer avec Alexandre le Grand". Il ne garda pas non plus les faveurs populaires; le peuple ne lui pardonnait pas son affectation à se parer des titres et des honneurs que lui avait donnés Sylla*; Pompée avait d'ailleurs des manières trop aristocratiques, des goûts trop élevés et trop raffinés pour jouer le rôle d'un démagogue*. Crassus au contraire n'avait pas complètement rompu avec le sénat; il y gardait plus d'influence que Pompée ' ; il saisissait toutes les occasions d'amoindrir ce dernier, mais il s'occupait aussi peu que Pompée des véritables intérêts de rÉtat\ D'autre part pour gagner l'afifeclion du peuple, il avait employé des moyens plus grossiers que Pompée. Pendant son consulat il avait voué la dîme [decuma) de ses biens à Hercule : à cette occasion il fit dresser 10,000 tables, et distribua au peuple du blé pour trois mois'. Crassus continua à rendre le plus de services possible sans se ménager^; il garda ainsi sa popularité, pendant que celle de Pompée baissait tous les jours.

Après les réformes de 70, la brigue prit une grande extension ^ Le tribunat était redevenu une charge très recherchée pour les ambitieux; les candidats furent nombreux, nous sommes étonnés de retrouver parmi eux plusieurs des soixantequatre sénateurs que les censeurs avaient fait exclure; les

•) Vell., 2, 31.

2) Sali., Hht., 3, 7D.

3) Sali., Hist.. 5, 13D.

*) Plut., Pomp,, 23.

^) Plut., Pomp., 22. Zon , 10,2.

«) Sali., Hist., 4, 3-i D.

') Plut., Cras;i., 2. 12,

8) Plut., Crass., 7.

») Cf., Corn. Nep.. Att.,6.

IV, lOJ CN. POMPÉE 221

mêmes personnages durent du reste rentrer dans la haute assemblée en se faisant désigner pour des charges qui donnaient le droit de prendre place au sénat'. On vit bien d'autres illégalités : en 68, au commencement de l'année mourut l'un des consuls, L. Cœcilius Métellus : son collègue Q. Marcius Rex, fut seul consul, ce qui était absolument contraire à la constitution. On ne pouvait excuser l'illégalité que par des motifs religieux : le consul suffectus était mort avant d'entrer en charge-; il n'en est pas moins vrai qu'en faisant procéder à l'élection d'un nouveau consul suffectus, on n'eut d'autre intention que de donner de nouvelles facilités aux candidats. En effet aux élections consulaires de 68 (pour 67) C. Calpurnius Piso acheta ouvertement les suffrages populaires ^

On avait fondé do grandes espérances sur la loi Aurolia judiciaria, on vit bientôt que ces espérances étaient illusoires. Il ne servait de rien d'avoir des juges intègres quand il était facile de corrompre ses accusateurs : c'est précisément ce que lit C. Calpurnius Piso, accusé de brigue '. D'ailleurs comment pouvait-on s'attendre à trouver de l'impartialité chez les chevaliers \ Les intérêts de ceux de leur ordre qui traliquaient dans les provinces étaient étroitement unis avec ceux des gouverneurs qui appartenaient à l'ordre sénatorial. Aussi on entendit presqu'aussitôt parler d'une entente entre les deux ordres {concordia onlinum)^ \ sans doute elle s'imposait^; mais elle fut provoquée par des calculs égoïstes, et elle se fit aux dépens des malheureux provinciaux". La loi Roscia theatralis marqua officiellement la réconciliation et l'union des sénateurs et des chevaliers (67). L. Roscius Otho, qui la présenta avec l'appui du peuple trompé sur les véritables intentions du tribun % était un ancien adversaire

*) Dio C, 36, 38 B. La queslure donnait ce droit.

2) DioC, 36,6 B.

3) Dio C, 36, 38 B.

4) Dio C, 36, 38B.

^) Cic, Man.,2, Ll, il.

^) Cic. Xluent., 55, 152.

') Cf. Cic, Cat.,i, 7, 15.

8) Cf. Cic, ad AU., 1. 17, 'J. Ad. n. /'r., I, 1, 1, 6. 1, 11, 32, 1; TJ, 35. O/f.,3, 22, 88.

3) Cic, Corn, fr., 1, 28.

des optimales ^ ; il demanda que l'on réservât aux chevaliers qui pourraient justifier du cens-, les quatorze premiers rangs de gradins placés derrière l'orchestre %• jusque-là ils avaient été réservés aux sénateurs ; le tribun justifia sa proposition en la présentant comme une conséquence forcée de la loi Aurélia. Il ne fit du reste que remettre en vigueur unt- loi de 146, supprimée probablement par Sylla, mais en donnant une importance plus significative au privilège dont les chevaliers furent investis \

Les tribuns profitèrent largement de l'initiative législative qu'on leur avait rendue ' ; leurs propositions amenèrent déjà, en 67, de sérieux conflits entre le peuple et les optimates.

Au début de son tribunat A. Gabinius, ancien partisan de Sylla, criblé de dettes®, proposa deux lois qui visaient les sénateurs et les chevaliers. La première, /ex Gabinia de uersiira Romse provincialibus non facienda, défendait aux provinciaux de contracter des emprunts à Rome; dans les procès qui auraient pour objet des prêts d'argent, les préteurs et les gouverneurs ne devraient tenir aucun compte des reconnaissances [syjigraphœ) qui prouveraient que l'emprunt avait été contracté à Rome'. Mais l'usure était tellement entrée dans les habitudes des chevaliers et des sénateurs , que la loi ne fut pas respectée : les provinciaux continuèrent à emprunter à Rome® et même le sénat accorda des dispenses'. La seconde loi Gabinia, de senatu lerjatis ex kal.febr. iisque adkal. mort, quotidie dando, modifiait la loi Pupia de diebus comitialibiis (voir plus haut page 210) pendant le mois de février à l'avantage du sénat : pendant ce mois, le sénat devait tous les jours en-

') Dio C, 36, 30 B.

2) Cic, FMI., 2, 18, 44. Hor., ep.; \, 1, 62. Jiiv., 3, 159. 14, 324.

3) Tac, Ann., 15, 32. Liv.; ep,, 99. Ascon., p. 79. Cic, Mur., 19,40. Dio C, 36, 42 B. Cf. Hor., epod., 4, 16. Cic, Fam , 10, 32, 2.

') Vell.; 2, 32. Cf. Cic, Mur., 19, 40. =) Sali., Cat., 38.

«) Cic, p. red. msen.,5, 11. Ses^, 8, 18. ■') Cic, od A«,,5, 21, 12. 6,2,7.

8) Cic, macc, 20, 46 et seq.

9) Cic, ad AU., 5,21, 11 et seq.

IV, 10] ex. POMPÉE 223

tendre les ambassadeurs étrangers' qui avaient l'iiabitude de venir à Rome à cette époque " ; le sénat ne devait pas faire autre chose, il ne devait même pas s'occuper des propositions qui lui venaient des comices". Que voulait le tribun? restreindre le droit des consuls de fixer arbitrairement la date à laquelle se ferait la réception des ambassadeurs", diminuer la durée du séjour de ces derniers à Rome ; il leur serait dès lors moins facile de corrompre consuls et sénateurs ^

Le tribun G. Cornélius, ancien questeur de Pompée ''j alla plus loin. Il proposa une loi : ne quis legatis exterarum nationum pecuniam expensam ferret. Il défendait les prêts d'argent aux ambassadeurs des Etats étrangers '. Des opérations de ce genre avaient fait mouler le taux de Tintérèt, et avaient permis aux capitalistes de pratiquer l'usure dans de grandes proportions*; maintes fois elles avaient servi à corrompre les magistrats^ Aussi les sénateurs, qui avaient en secret pris part à ces opérations lucratives, rejetèrent la proposition ; ils prétendirent que le sénatus-consulte de 94 [ne quis Cretensibus pecuniam mutuam darety^ suffisait; on l'avait appliqué en 69 à l'occasion d'une ambassade venue de Crète'^ Du reste, lorsque des affaires semblables donnaient lieu à un procès, le préteur des étrangers et les gouverneurs des provinces pouvaient s'appuyer sur ce sénatus-consulte, qu'il s'agit de la Crète, d'autres pays ou d'ambassadeurs étrangers : ils avaient donc un moyen tout trouvé de débouter de leurs plaintes les citoyens romains qui avaient fait de pareilles opérations. Mais ce n'était pas là un remède au mal : des gens de finance ne

') Cic, ad U... t'r , -', 13, 3.

2) Cic,, in Verr. accus., 1, 35, 90. 2, 31, 76. l^s. Ascon., p. 184.

3) Cic ; Fam., 1, 4, 1. Cf., ad AU., 1, 14,5. Ad Q. fr., 2, 3, 1. > 12, 2.

*; Cic, Plane, 14, 33. Schol. Bob., p. 259 61 seq,

5) Cf. Cic, m Verr. accus., 2, 31, 76.

") Ascon., p. 57,

S) Dio C, fr. 111, 3 B.

'°) Ascon., p. 57.

*') Dio C, fr. 111,3 B.

224 LA DISSOLUIION DE LA KÉPLIHLloLE [IV, i 0

seraient pas assez naïfs pour recourir à la justice du préteur ou des gouverneurs.

C. Cornélius proposa une autre loi, une loi sur la brigue ; beaucoup plus sévère que celle de Cotta, la Rugatio Coniclin de ambitu établissait des peines sévères^, non seulement contre les candidats j mai^ aussi contre leurs agents [divisores)-. Le sénat la combattit encore; il donna comme raison de son opinion^, que la loi était trop sévère, elle serait sans effet; on ne trouverait pas d'accusateurs, on ne trouverait même pas de juges pour l'appliquer '. 11 fallait cependant faire quelque chose, il chargea les consuls M. Acilius Glabrio et C. Calpurnius Piso de présenter au peuple une loi plus modérée'.

Les consuls n'avaient pas encore déposé leur projet, quand A. Gabinius fit deux propositions sur les relations étrangères de la République : elles avaient été inspirées par Pompée, qui avait hâte de sortir de l'inaction et de ne pas se laisser éclipser plus longtemps par Crassus. L'une de ces propositions avait pour objet les relations avec Mithridate, l'autre, les pirates. Toutes deux avaient pour but, la première indirectement, la seconde directement, de fournir à Pompée l'occasion de reprendre le pouvoir.

La guerre avec Mithridate avait recommencé en 74; L. Licinius Lucullus, après avoir délivré son collègue M. Aurélius Cotta, assiégé dans Chalcédoine", après avoir forcé Mithridate à lever le siège de Cyzique en 73". avait remporté une grande

') Dio C, 36, 38B,

-) Cic, Corn., fr., 1, 19. 34. Les candidats feinellaientea secret de Tarf,^ent à des amis, on les appelait alors séquestres ; ces derniers distribuaient l'es sommes à des agents qui les semaient dans le public {divisores). Voliération était facile; les clubs politiques {sodalicia) servaient d'intermédiaires pour l'achat des votes. [N. D. T.")

3) Dio C, 36,38 B.

•►) Dio C.,36, 39 B.

3) J. L. A., p. 292. Aur. Vict., Vir. y//., 74.

6) App., Mithr,, 72-75. l']ut.,it/c., 9-11 . Memnon ap. Phulius, p. 233 B. Hist. gr. fr., tome III, p. 545 et seq. Diod., Hist. gr. fr. ,\ome II, p. xxiv. Cic, Man., 8, 20. Mur., 15, 33. Arch , 9, 21. Sali., Hist., 3, 17. 4, 61, 14 D. Flor., 3, 5, 15. Eutr., 6, 6. Aur. Vict., Vir, il!., 74 Obseq., 60. Front, Strat., 3, 13, 6.4,5, 21.

IV, lOj ex. POMPÉE 225

victoire sur le roi entre les lleuves ^Esepiis et Grauique ', et avait détruit une partie de sa flotte prèi de Lemnos ou de Ténédos". Une tempête Lrisa une autre division de lallotte^ et en 73 Lucullus put occuper une bonne partie du royaume de Pont '. En 72 Lucullus fit une expédition sur Cabira, et remporta une nouvelle victoire ; Mithridale abandonné de son armée, s'enfuit" auprès de son gendre Tigrane, roi d'Arménie, qui avait donné une grande extension à son royaume ; Macharès, fils de Milhridate, et roi du Bosphoj-e, signa un traité d'alliance avec Lucullus''. Par l'intermédiaire de son beaufrère Appius Claudius Pulcher, fils du consul de 79, Lucullus engagea des négociations avec Tigrane ^ pour le décider à livrer Mithridate; elles échouèrent, et, après de longues hésitations*', Tigrane se décida à prendre le parti de Mithridate; sans attendre l'autorisation du sénat, Lucullus marcha contre Tigrane en 69; le 6 octobre 69, il le battit à Tigranocerte%en 68 il lui infligea une nouvelle défaite sur la route d'Artaxata^".

Ur, à Rome, on avait déjà fait les difficultés depuis 70 pour proroger les pouvoirs de Lucullus. D'abord gouverneur de Cilicie il avait pris la direction delà province d'Asie'* après

') App,; Mithr., 76. l'iut., Luc, 11. Memn,, p. 233. Liv., ep., 95. Flor., 3, 5, 17. Oros., 6, 2.

2) App., Mithr. ,11. PJut., Luc, 12. Memn., p. 234. Cic, Man., 8,21. Mur., 15, 33. Arch., 9, 21, Eulr., 6, 6. Oros., 6, 2.

3) App., Mithr. ,18. Plut., Luc, 13. Sali., Hist., 1,61, 14 D. Liv., fp., 95. Flor., 3, 5, 18. Oros., 6, 2.

*) App., Mithr., 78. Plut., Luc, 14. Memn. p. 333, Oros., 6,2. 2.

^) App., Mithr., 79-82. Syn., 49. Plut., Luc, 15-19. Memn., p. 234. Phlegon ap. Photius, p. 84. Liv,, q}., 97, Eutr., 6, 8. Aur. Vict., Vir. m. 67.

«) App., Mithr., 83. Plut,, Luc, 24. Memn., p. 238. Liv., ep., 98.

') Plut., Luc, 19. 21. Memn., p. 235.

«) Memn., p. 238,

9) Plut , Luc, 23-28. App., Mithr.. 84-86. Dio G., 36, 3 a B. Memn., p. 238. Phleg., p. 84. Eutr., 6, 8. Oros., 6, 3. Front., Slrat., 2, 1,-14. 2, 2, 4.

•0) App., Mithr., 87. Plut,, Luc, 31. Liv,, ep., 98. Cic, Man., 9, 23. Sest., 27, 58.

") Memn., p. 232. Vell., 2, 33. App., Mithr., 83. Plut., Luc, 7. 20. 23. Cic, Flacc, 34, 85.

226 LA DISSOLLTIOX DK LA KÉPLBLlgL'E [IV, 10

le départ do P. Varinius Glabor', le préteur de 73; LucuUus gênait les publicains et les hommes d'affaires dans leurs opérations usuraires, rendues plus faciles par l'appauvrissement de la province à la suite du décret de Sylla, qui avait levé un impôt de guerre exceptionnel^; en 71 et en 70 il coupa court à leurs gains honteux, d'abord par son éclit prétorien, ensuite par la sévérité avec laquelle il rendit la justice. A Rome les tribuns exploitèrent ces causes de mécontentement ■*, On lui reprocha de prolonger la guerre dans le but de conserverie pouvoir plus longtemps, dans le but de s'enrichir'. Un de ses plus ardents adversaires fut le préteur L. Quinclius, son ancien rival; Lucullus lui avait cependant envoyé de l'argent, comme à beaucoup d'autres; Lucullus espérait empêcher par ce moyen qu'il lui fût donné un successeur'; mais en 68 ses ennemis obtinrent un premier résultat : il fut décidé qu'à sa sortie de charge de consul 0. Marcius Rex prendrait le gouvernement de la Cilicie*^; Lucullus conservait la province d'Asie etlaBithynie", on en rappela M. Aurélius Cotta^: il fut encore chargé de s'entendre avec dix envoyés du sénat pour organiser le Pont en province ^ Au début de 67 on apprit à Rome la nouvelle de la défaite de Cabire et de la révolte des légions valcrianœ ou fimhrianse : Mithridate était rentré dans ses Étals"-, et avait battu M. Fabius Hadrianus, lieutenant de Lucullus dans le Pont, à la sanglante bataille de Cabire"; les légions de Yalerius ou de Fimbria'- se plaignaient de la sé-

'j Cic, Flacc, 19, 45.

2) Cf. l'iut., Sert.. 24. Luc, 7.

•■') Plut., Luc, 20. Cf. App., Mithr., 83. Cic, Acad., pr., 2. 1, 3.

^) Plut., Luc,2L .33. Dio C, 36, 4 B. Sali,, Hist., 5, (5 D. Vell., 2, 33.

S) Plut., Luc, 33. Sali., Hist., -j, 0 D. ap. Scliol. Gron., p. 441. Cf.,

«) Dio C, 36, 17 B. Sali., Hist., 5, 11 D. Cf. I. L. A., p. 171,

'') Les deux provinces avaient déjà été placées sous la direction d'un seul gouverneur.' Vell., 2. 42.

») Memn., p. 239.

9) Cf. Plut., Luc, 35. Dio C, 36, 43 D. Cic, ad Atl., 13. 6, 4, '

*o) Cic, 3/»»., 9, 24.

") App , Mithr., 88. PhiL, Luc, 34. Dio C. .30, il B. Eulr,, 6. 0.

'») App., Mithr., TZ. Plut., Luc, 7 .

IV, lOJ CN. POMPÉE 227

vérité de Lucullus'; excitées par P. Claudius Piilcher-, beaufrère de Liicullus el frère d'Appius, elles prétendirent que leurs vingt années de service étaient accomplies et refusèrent de marcher^; Lucullus avait été obligé de changer ses plans et de prendre ses quartiers d'hiver à Nisibc'. A Rome A. Gabinius proposa aussitôt de confier le Pont et la Bithynie au consul M. Acilius (jlabrio, qui en prendrait immédiatement possession ; il proposa aussi de licencier les légions qui s'étaient révoltées'. Nous ne connaissons cette proposition de Gabinius que par un fragment de Salluste, et nous ne savons pas si elle fut présentée comme lex de bello Mithridatico, ou comme lex de provinciis consularibiis. Cette dernière hypothèse est la plus vraisemblable ; elle se confirme par l'exemple de G. Galpurnius Piso, l'autre consul, qui fut lui aussi investi du gouvernement d'une province, la Gaule Narbonaise, pendant son consulat, et n'en prit possession qu'en 66''. On voit bien quelles étaient les intentions de Gabinius : Lucullus , ne conservant que la province d'Asie, ne pourrait plus agir; d'autre part M. Acilius Glabrio serait au-dessous de sa tâche, et Gabinius proposerait à la hâte de le remplacer par Pompée. Mais ces intentions furent soigneusement cachées ; il paraît que la proposition de Gabinius, agréable aux deux consuls, passa sans difficulté.

A. Gabinius présenta ensuite, également au commencement de l'année, sa proposition sur les pirates; il demandait un nouveau commandement pour Pompée. Chargé de réduire les pirates, ce dernier serait forcément amené dans le voisinage du théâtre où se déroulaient les événements de la guerre contre Mithridate.

En 74, les ravages causés par les pirates avaient été tels ^

') Plut., Luc, 14. 2i. 33. Dio G., 36, 18 B. Cf. Liv., cp., 94.

■') l^lut., Luc, 34. DioC, 36, 16. 19 B. 37, 46. Cic. har. Resp., 20, 42.

3) Plut., Luc. ,30. 32. 33. Sali., Hist., 5, 5 D. Liv., ep., 98. Cic j- Mail., 9, 23 et seq.

^) Plut., Luc, 32. Dio C, 36, 8 B. Eulr., G, 9.

«) Sali., Hist., D. 10 D. .Cf. App., Milhr., 90. Plut., Luc, 33. Pomp., 30. Dio C, 36, 4. 16. 17 D. Cic. Man.;9, 26. Sest., 43, 93, Les Schol. Gron., p. 442, parlent à tort de la Cilicie au lieu de la Bilhvnie.

«) Cf. DioC, 36, 37 B. Cic, ad AU., 1, 1, 2.

') App., Milhr., 92. Plut., Pomp., 2i. Dio C, 36, 20 et seq. Zon., 10, 3:

228 LA DISSOLUTION DE LA UÉPUBLinUl': [IV, 10

que l'on avait chargé M. Aiilonius d'un commandoménl spécial pour surveiller les côtes [curcdor orx mantima>)\ il s'acquitta fort mal de sa mission, ne montra aucune énergie'^ il s'occupa plutôt de réquisitionner les provinces que de les p^olég•cr^ Ainsi la Sicile eut doublement à soull'rir, de la présence de M. Anlonius ', et des pillages des pirates. G. Verres ne prit aucune mesure pour garantir la province dont il était gouverneur; on vit les pirates entrer impunément dans le port de Syracuse'. En 70, le nouveau gouverneur L. Ca>ciliusMélellus les repoussa enfin des côtes \ M. Antonius s'était engagé dans une guerre avec les Cretois'"', que soutenaient en même temps les pirales et Mithridate^; il perdit une partie de sa flotte, et mourut en Crète de maladie'*. Son questeur et un grand nombre de soldats avaient été faits prisonniers-'. Les Cretois envoyèrent alors à Rome une ambassade de trente personnes, pour renouer l'alliance avec la république. Les députés firent valoir que Ton avait épargné les prisonniers ; grâce à la corruption, peu s'en fallut qu'ils n'obtinssent gain de cause. A la fin cependant le sénat exigea des conditions assez dures : il leur fallait livrer leurs vaisseaux do guerre, leurs chefs Lasthènes et Panares, donner trois cents otages et payer quatre mille talents. Les Cretois refusèrent, on pouvait s'y attendre. Le consul Q. Cœcilius Métellus fut chargé de la guerre'", et partit au commencement de 68". Métollus allait déployer une grande énergie, mais il était facile de prévoir

') Plut., kni., 1. Sal].,H«s<.,3, 54 D. Ps. Ascon., p. 176. Cf. p. 122. 2) Ps. Ascon., p. 206.

') Cic, Biv. in Cœc, 17, 55. in Verv. accus., 2, 3,8. 3, 01, 213 el seq. *) Cic, in Verr. act., 1, 5, 13. Accus , 1, 4, 9. î, 5, 12. 3, 37, 85. 3, 80, 186. 4, 52, 116. 4, 64, 144. 5, 17-52. ^) Liv., ep., 98. Oros., 6, 3.

«) App., b. c, i, 111.

^) Flor., 3, 7, 1. App., Sic, 6. Diod., 40, 1.

8) Ps. Ascon., p. 122. 176. 206. Schol. Bob., p. 234. Flor,, 3, 7. Liv., ep., 97. App., Sic, 6. Cic, in Ycrr. accus., 3, 91, 213.

9) Dio C, fr. 111 B.

'") Son collègue Q. Hortensius, pour rester à Rome, lui avait, cérlé la province de Macédoine, qui lui avait été attribuée par le sort (Cf. Cic. pr. Flacc, 26, 63); à celte province se rattachaient l'Achaie et la Crète.

'■) Diod., 40, 1. App., Sic, 6. Dio C, fr. 111. B. Schol, Bob , p. 233.

qu'elle sérail sans résultat : les eiïorts isolés des gouverneurs agissant chacun dans la sphère de leurs attributions, devaient être impuissants pour vaincre la piraterie' : les pirates avaient org-anisé un véritable Élat', ils dominaient sur toute la Méditerranée, et causaient les plus grands embarras à l'État romain. Rome courait le risque' de ne plus recevoir ses chargements de blé*, on craignait la famine% les impôts ne pouvaient plus arriver au trésor^ Les pirates possédaient quatre cents villes maritimes \ Ils s'approchaient de Brundisium, du cap Misène, d'Oslie, de Gaète, et des côtes d'Étrurie**; la voie Appienne n'était plus sûre", les pirates y avaient enlevé uu jour la sœur de l'orateur M. Antoine, la fille de M. Antonius charge de surveiller les côtes, un autre jour deux préteurs avec leurs licteurs'".

Telle était la situation ; pour réprimer la piraterie, A. Gabinius proposa de nommer un chef choisi parmi les consulaires; il serait investi du pouvoir proconsulaire pour trois ans sur toute la Méditerranée et sur toutes les côtes jusqu'à cinquante milles à l'intérieur des terres,, l'Italie non exceptée ; il aurait le droit de choisir lui-même ses quinze lieutenants, d'armer deux cents vaisseaux, et de lever des soldats et des marins sur toutes les côtes; il aurait un crédit de six mille talents, g-aranli par le trésor et par les sociétés de fermiers des impôts ". Dans cette rogatio gabinia de itno wvperatore contra prœdo7i€s constitiiendo^^ ou bien dp piralico bei/o^^, ou encore

<) Dio C, 36, 23 B.

«) App., Mithr., 93.

3) Cic, Man., il, 31.

*) Dio C, 30, 23 B. Zon., 10,3. L\v.,ep., 99, S) App., Mithr., 93. Plut., Poiyip., 25.

•■■) Cic, Man., 11, 32. 17, 53. Cf. in Verr. accus., 3,78, 182. Lcg. agr., 2, 29, 80. 2, 30; 83.

') Plut., Pomp., 24. Zon., 10, 3.

8) App., Mithr., 93. Cic, Man., 12, 32. Flor., 3, G. 6.

9) Cic , Man., 18, 55.

">) App., Mithr., 93. Plut., Pomp., 24. Dio C.,36, 22 B. Cic, Man., 12, 32. 17, 53. Sclîol. Gron.,p, 441.

") Dio C; 36,23. 27 B. Plut., Pom])., 25. Zon., 10, 3. Vell.,2, 31 Cf. App., Mv7/tr.,94.

'2) Cic, Man., 17, 52.

*^) C\c.,post, red. in sen., 5, 11. Cf. Man , 19,58.

230 LA DISSOU'TION DK L^ RÉPLBLÎOTE [IV, 10

de pimlis persequendis ^ ne so trouvait pas le nom de Cn. Pompée, mais il n y avait pas beaucoup de chefs eu vue -, et il était certain qu'une fois la loi votée, le peuple nommerait Pompée. Voilà pourquoi les Oplimates se disposaient à combattre la proposition de Gabinius ; mais ils avaient eux-mêmes créé un précédent : ils avaient confié un pouvoir sans limite [imperium infinitum) à M. Antonius, et Gabinius rappelait ce précédent qui remontait seulement à sept ans '\ Les Optimales ajoutaient, non sans raison, que le pouvoir confié au nouveau chef serait plus étendu que celui d'un dictateur ' ; ce n'était pas seulement un commandement maritime (vrjapyîa) que l'on remettait à un seul homme, c'était un véritable pouvoir absolu sans responsabilité ' (;j.ovap-/{a) ^

Au sénat, quand Gabinius présenta sa loi, il faillit être égorgé; le peuple, averti du danger que courait son tribun, voulut mettre à mort le consul C. Calpurnius Piso ; Gabinius parut et sauva le consul ". Devant le peuple la loi fut combattue par Q. Lutatius Catulus* et par Q. Hortensius^ C. Julius César la défendit énergiquement *". J. César s'était attaché de bonne heure au parti démocratique ^^ ; questeur en 68 il avait, avant son départ pour la province, prononcé les oraisons funèbres de sa tante Julia, veuve du vieux Marins, et de sa femme Cornelia, fille de Cinna ; il avait osé célébrer devant le peuple la mémoire de ces grandes illustrations du parti démocratique*-. Il revenait alors de l'Espagne ultérieure; aux Espagnols il avait promis le droit de cité ^'\ sur la demande de

') Ascon., p. 12. Cf. Schol. Bob., p. 235. *) Cic, Font., 15,33. Cf. Man., 10, 27. 3) Vell.,2, 31.

^) Vell.,2, 31, Dio G., 36, 3i B.

^) Cf. Cic, de Leg. agr., 2, 13, 32.

«) Plut., Pom/)., 25. Zon.,10, 3. Cf. App., Mithr., Q\. Dio C, 36, 31 B.

-) Dio C, 36, 24 B. Cf. Plut., Pomp., 25.

8) Cic, Man., 20, 59. Val. Max., S. 15. 9. Vell., 2, 32. Plut., Pomp.: 25. Dio C, 36, 30 et seq.B.

9) Cic, Man., 17, 52. 19, 56.

'0) Plut., Pomp., 25. Zon., 10, 3.

") Cic, Phii, 5, 18, 49.

<2) Suet., des., 6. Plut., Cses., 5.

*3) Suet., Cœs., 7. Cf. Dio C, 37, 52. 41, 24. Cîes., B. Hisp., 42.

IV, 10] r.\. POMPÉE 231

son pi'éteur Anlistius Veîus ' ; en revenant il avait fait la même promesse aux cités de la Gaule transpadane. Il en était résulté une certaine agitation : les consuls avaient empêché le départ des légions que Q. Marcius Rex devait emmener en Cilicie -. D'ailleurs il entrait dans les plans de César ^ de brouiller Pompée avec les Optimales, et de bouleverser ainsi la république '*. Sonlevé par César et Gabinius , le peuple montra le plus grand enthousiasme pour Pompée, les Optimales n'eurent plus qu'une ressource, recourir à l'intercession tribunitienne. Deux tribuns acceptèrent de rendre ce service au parti des nobles, L. Trébellius et L. Roscius Otbo •'. Le jour du vote L. Trébellius fit opposition ; A. Gabinius suspendit aussitôt le vote, et imitant Ti. Gracchus, invita les tribus à prononcer la déposition de Trébellius ", Certain que le peuple la prononcerait, le tribun retira son intercession; Roscius se contenta de présenter un amendement: il y aurait deux chefs au lieu d'un. On passa outre '.

Quand la loi Gabinia fut votée, le peuple se rendit en foule aux comices et chargea Pompée du commandement ^ Jusquelà, Pompée avait gardé une grande réserve, comme s'il n'ambitionnait pas la direction de la guerre'' ; une fois élu il imposa ses volontés au sénat et au peuple ; il avoua qu'en outre de doux questeurs, il lui fallait non pas quinze, mais vingt-quatre lieutenants, cinq cents vaisseaux au lieu de deux cents, une armée de cent vingt mille hommes et cinq mille cavaliers^". Il voulut que ses lieutenants eussent le titre de préteur, et en portassent les insignes ; partout où ils seraient envoyés, ils seraient considérés comme légat i pro prœtore, et exerceraient

*) Vell., 2. 43.

5) Suet., Ca?5., 8.

3) César venait d'épouser une parente de Pompée, la fille de Q. Pompéius Rufus, petite-fiUe de Sylla. (Suet., Ca?s., 6, Plut., Cse&., 5.) *) Cf. DioC, 36, 43 B.

-) Dio C, 36, 24 B.

6) Cic, Corn., fr. d, 14. Ascon., p. 71. Dio C, 36, 30 B. ') Dio C, 36, 30 B. Plut.. Vomp., 25.

8) Cic, Man., lô, 44. Liv.. ep., 99. Eutr., 6, 12.

S) Plut., fomp., 26. Dio C, .36, 25 et seq.

'0) Plut., Powp., 26. Cf. Dio C, 36, 37 B. App., MUhr., 94. Zon., 10,3.

232 L.\ DISSOLUTION DE LA RÉPLÎBLIOri: \IY , 40

tous les droits du propréteur ; Pompée qui devait diriger toutes leurs opérations, put être ajuste titre considéré comme investi d'un pouvoir plus que royal, on put l'appeler Baj-.Xej; Bas'.XÉwv*. Sur un point le sénat eut le courag-e de résister: il défendit à Pompée de prendre A. Gabinius pour lieutenant ^

Pompée répondit aux espérances qu'il avait fait naître ; aussitôt qu'il eut commencé ses opérations, le prix du blé baissa •'. Il partagea entre ses lieutenants toute l'étendue des côtes méditerranéennes* : quant à lui, il se chargea au printemps ^ de débarrasser le bassin occidental de la présence des pirates : il lui fallut pour cela quarante jours seulement*^. Il avait à se plaindre du consul C. Piso qui n'avait pas montré assez d'empressement à préparer les armements que Pompée avait exigés ; il avait même cherché à empêcher dans la province de Gaule Narbonaise l'enrôlement des hommes destinés à défendre les côtes de Gaulée Pompée rentra dans Rome^, où il fut accueilli avec enthousiasme par le peuple ; il lui suffit de parler pour faire cesser l'opposition du consul ; pas ne fut besoin de proposer une motion que Gabinius avait préparée dans le but de faire déposer Piso ^ Pompée se rendit ensuite par la voie de terre à Brundisium ; il allait commencer les opérations dans la Méditerranée orientale.

Sur ces entrefaites arriva l'époque des élections ; Piso dut présider les comices *" ; M. Acilius Glabrio venait de partir pour la Bithynie après avoir eu un différend avec le préteur L. Lucceius ". Un ami de Pompée, M. Lollius Palicanus, voulant profiter du courant démocratique, se présenta comme can-

0 App., Mithr., 9i. Cf. Dio C, 33. 36 B. *) Cic, Man., 19, 57 et seq.

3) Cic, Mnn., 15, 44. Plut., Pump., 26.

4) App., Mithr., 95, Flor., 3, 6, 9.

^) Cic, Man., 12, 35.

«) App., Milhr.. 95. Plut., Pomp., 26. Zon , 10. 3. Liv., cp.,m. Flor 3, 6, 15.

') Plut., Pomp., 27. Dio C, 36, 37 B.

«) Cic, Man., 12, 35. App., Milhr., 95.

9j Plut., Fomp., 27. Cf. Dio C, .36, 37 B.

'") Val. Max., 3,8.3.

") Dio C, 36, 41 B l'appelle à tort L. Lucullus.

(liilat au consulal * ; los Optimales jug-èrent alors nécessaire de faire passer une loi sur la brigue. Or, en vertu des lois yElia et Fufia, aucune loi ne pouvait être proposée pendant la période des élections - ; le sénat dispensa Piso de l'observation de cette formalité. La rogatio Acilia Calpurnia de amhitu , ou plutôt la lex Calpurnia, puisque M. Acilius ne prit aucune part à sa rédaction, maintenait les pénalités établies par C. Cornélius contre les agents secondaires [divhores) ^, mais adoucissait celles prononcées contre le candidat ; au lieu d'être condamné à l'exil, il devait payer une amende, et perdre le droit d'arriver aux honneurs [jus honorum) non seulement pour dix ans, mais pour le reste de sa vie \ à moins qu'il ne se réhabilitât en dénonçant les brigues d'autres candidats ^ Il y eut des violences provoquées par les élections et par la loi Calpurnia. Piso, pressé par les tribuns, alla jusqu'à déclarer qu'il ne proclamerait pas Lollius, s'il était élu ®. Les candidats à la préture se laissèrent aller à de telles violences qu'il fallut interrompre l'élection et la renvoyer à un autre jour''. Le jour où le peuple se réunit pour se prononcer sur la loi Calpurnia, le consul Piso fut chassé du comice par un groupe de divisores. Il revint à la charge, força par un édit les partisans des optimales à se rendre à l'assemblée, fit proléger les opérations du vole par des hommes armés, et réussit à faire passer la loi ^

Cornélius dont la loi avait subi deux changements au sénat, voulut se venger : il prélendit que le sénat n'avait pas le droit de dispenser de l'application d'une loi, comme il l'avait fait pour rendre possible la présentation de la rogation Calpurnia; il proposa à son tour une loi pour affirmer le droit du peuple '.

') Val. Max., 3, 8, 3.

3) Cic, Corn.,fr. 1, 34. Ascon., p. 75.

^) Schol. Bob., p. 361. Ascon., p. 68. Cic, Mur., 23, 46. 32, 67. SiilL, 26, 74.

") Cic, CluenL, 36, 98.

«) Val. Max., 3, 8,3.

') Cic, Man., i,2. ad Att.,i, 10, 6. 1, 11, 2.

8) Cic, Corn, fr., 1, 19. 22. Ascon., p. 75. Cf. Dio C, 36, 29 B.

9) Dio C, 36, 39 B. Ascon., p. 57. 72.

234 LA DISSOLl'TION DK LA RRPUnLlQUR [IV, iO

La rogatio Cornelia ne quis îu'^ii per popuhnn legibus. solverelur rencontra une violente opposition dans le sénat qui no voulait pas laisser diminuer davantage son influence déjà amoindrie par la loi Gabinia. En effet, les sénateurs ne pouvaient g-uère renoncer à un droit qui leur permettait de favoriser leurs amis, et en même temps d'affirmer et d'étendre leur action personnelle. Le sénat décida le tribun P. Servilius Globulus, à opposer son intercession. Au jour du vote, Globulus défendit au héraut de lire la proposition de loi; Cornélius s'empara du texte et voulut lire lui-même. En l'interrompant Globulus allait violer les droits des tribuns. Mais le consul Piso fit remarquer que Cornélius le premier avait violé ces fameux privilèges du tribunat, en empêchant un tribun d'exercer son droit d'intercession. Il s'ensuivit un tumulte, le consul courut un danger sérieux, et Cornélius se laissa décider à congédier l'assemblée '. Les magistrats discutèrent au sénat, cherchèrent à transformer la proposition ^ Cornélius se décida à la laisser modifier, elle parut sous cette forme nouvelle : 7ie quis in senatu legibus solveretiir, nisi CC. affuissent ; neve quis, cum solutus esset, intercederet, cum de ea re ad popuhnn fenetur''. La loi passa; la nouvelle rédaction sauvegardait les droits du sénat, et d'autre part consacrait le droit du peuple. Le sénat renonça à l'habitude do prononcer des dispenses devant un petit nombre de sénateurs ; les dispenses furent soumises à l'appel devant le peuple ; Tappel aurait lieu quand un tribun le jugerait nécessaire, et dans ce cas l'intercession d'un tribun ne pourrait l'empêcher. Cependant les optimales virent de très mauvais œil passer, même sous cette forme conciliatrice, une loi qui leur enlevait des avantages considérables '.

Cornélius proposa d'autres lois qui furent toutes, excepté ime, arrêtées par l'intercession tribunitienne \ La lex Cornelia de edicto prœtorio , la seule qui ne fut pas arrêtée au mo-

0 Ascon., p. 57 et seq. 60. Dio C, 36, 39 B. Cic, Vat., 2, 5.

2) Cic, Corn.,//'. 1, 11.

3) Ascon., p. 58. 72. Il faut contester l'exactitude de Dio C, 36, 39 B. *) Ascon., p. 58.

^) Ascon., p. 58.

IV, 10] C.V. PôMPÉK 23 M

ment de sa présentation, visait un des piincipaux abus de l'administration judiciaire des préteurs. Les préteurs, en effet, s'écartaient souvent des règles qu'ils avaient eux-mêmes établies dans leur édit, pour favoriser l'une ou l'autre des parties : c'était un moyen pour eux de se faire donner de l'argent ou de s'assurer des protections. Ainsi avaient fait Cn. Cornélius Dolabella, L. Cornélius Sisenna', et C. Cœcilius Métellus-, surtout C. Verres ; L. Calpurnius Piso, collègue de ce dernier, avait dû souvent faire opposition \ Personne n'osa parler contre la loi qui renfermait cet article : ut prœtorei^ ex edicth suis perpetuis judicarent ; elle déplut cependant à un grand nombre d'optimales ; elle faisait disparaître un abus qui était pom' eux une source d'avantages de toutes sortes*. Cornélius employa les derniers temps de son tribunal à défendre ses autres propositions^ qui furent toutes écartées, nous l'avons dit, par l'intercession des tribuns.

En Asie les événements avaient pris une tournure tout à fait favorable aux vues de Pompée^ qui ambitionnait l'honneur de terminer la guerre contre Mithridate. Avant l'arrivée de Glabrio cn Bithynie, le lieutenant L. Valerius Triarius accouru au secours de M. Fabius Iladrianus, avait d'abord remporté quelques avantages % puis subi une épouvantable défaite près de Zéla et de Gaziura : vingt-quatre tribuns militaires et cent cinquante centurions y avaient trouvé la mort ^ Mithridate, à la suite de cette victoire, avait repris le royaume de Pont. Lucullus accourut, mais la loi Gahinia de provindis consularibus, qui lui fut alors signifiée ', l'empêcha de rien faire; il dut licencier une partie de son armée, et livrer le reste à Glabrio ^ Quant à Glabrio, peu fait pour une guerre aussi

') Cic, Corn., fr., l, 18. Ascon., p. 73.

-) Cio., in Verr. accus., 3, 6., 152.

') Cic, mVerr. accus., 1, 46, 119. Ps. Ascon., p. 192.

') Ascon., p. 58. Dio C„ 36, 40 B.

^) Dio C, 36, 12 B.

fi) Dio C, 36, 14 B. App., Mithr., 88 et seq. Plut., Luc., 35. Pomp., 39. Liv., ep., 93. Cic, Man., 9, 25. 15, 45. Schol. Gron., p, 440. Cees., B. Alex., 72. Plin.,n. h., 6, 3, 4, 10.

') Dio C, 36, 16 B. App., Mithr., 90. Piut., Luc, 35. Sali., Hhf.; 5. 10 D.

8) Cic, Man.. 9. 26. App.. Mith7'.: 90.

sérieuse', il resta iiiaclif en Bithynie -. Q. Marciiis Rex, g-ouverneiir de Cilicie ne pouvait ou ne voulait envover aucun secours, il avait sur les bras les pirates ^ La province d'Asie était de nouveau menacée *, or c'était la plus productive de tout l'empire, celle qui envoyait à Rome la contribution la plus forte. Ces tristes nouvelles produisirent une grande émotion à Rome ; elles furent confirmées par les dix ambassadeurs envoyés auprès de Lucullus, qui avaient trouvé la situation bien différente de ce qu'ils attendaient'. Tout le monde songea à Pompée'^ : ses talents militaires, sou intégrité et surtout son bonheur constant le mettaient hors de pair parmi les g-énéraux de la République'.

On eut bientôt sous les yeux un exemple frappant de ce qu'étaient ces généraux de rencontre qui avaient dirigé la g-uerre d'Asie**; M. Aurélius Cotta revint de Bithynie. On connaissait déjà les abus de son administration et sa valeur militaire par les révélations du procès P. Oppius-', son questeur qu'accusa Cn. Papirius Carbo '" et que défendit Cicéron. A son retour Cotta eut l'audace de prendre le surnom de Ponticj/s^^; or il avait été battu à Chalcédoine *-, et l'honneur d'avoir occupé Uéraclée du Pont en 70 revenait à L. Yalerius Triarius'^; un héracléote, Thrasymèdes, vint faire dans une assemblée du peuple le récit des exactions et des cruautés de Cotta dans la ville conquise ; l'effet produit fut tel que Carbo

') Ci c. .Van., 2,5.

2 Dio C.,36, 19 B. Cf. Plut.. Luc, 3.5.

3) Dio C, 36, i7. 19 B.

^) Cic, Mon., 6, 14.

'•') Plut., Luc, 35. Dio C, 36, 43 B. L'un de ces ambassadeurs, M. Lucullus (Cic, ad Att., 13, 6, 4) était déjà rentré à Rome (Ascon., p. 60. 79) au moment du conflit entre C. Cornélius et P. Servilius Globulus.

«) Cic, Mrm., 2, 5. 15, 45.

'') Cic, Man., 10 et seq.

«) Cf. Cic, Man.. 17, 37.

•') Sali., Hist., 3, 37 et seq. D. Ps. Ascon., p. 171. Quint., 5, 13, 20.

'") Le fils de celui qui avait soutenu C. Marins.

*') Memn., p. 239.

•2) Dio C, 36, 40 B. Plut.. Luc, 8. App.. Milhr., 71. M^mn.. p. 233. Sali., His( , 4, 61, 13 D. Liv., ep., 93. Eutr.. G, G. Oros.. 6. 2. Cic, Mur., 15, 33.

'^) Memn. , p. 235 et seq.

JY (Qi l.N. POMPEE

voulut molli-e Cotla lui-même en accusatiou César on détoupna Carbo, mais le peuple prononça lui-même la conc amnalion de CoUa : on lui défendit de paraître aux jeux publics avec les ornements consulai.es, c'est-à-dire avec la robe prétexte ; Carbo qui n'avait été que tribun d« peuple eut au contraire le droit de porter les mêmes insignes dans les jeux

'"'pompée venait do mener à bonne fin la guerre des pin.tos. Parti de Brundisium, il avait cbassé ces derniers de la Mec iterranée orientale, et les avait acculés dans leurs repaires de Cilioie; vaincus sur mer près de Coracesion ils «vaien e e obligés de faire leur soumission'. La seconde période de la campagne n'avait duré que quarante-neuf jours •^; trois mois avaienf donc sufli pour purger la Méditerranée ■. Po-P- --^ déployé une grande habileté et montré aussi beaucoup le modération ; c'est ce qui décida les Cretois si duremen traites par Q. Ca^cilius Mélellus en 68 et 67 ' à lui envoyer des ambassadeurs en Pamphylie; rappelant que lie de Cre e ua placée tout entière sous sa dépendance par la !"> ^«*"« * bellopiratico, ils déclaraient qu'ils ^1-™! <1-P0se« ^^ - -mettre'. Pompée n'avait pas songé à abdicjner les pouvons ; l"i avaient'été confiés pour trois ans -. du reste le momen l'était pas venu, tant que la Crète et la Cilicie n étaient pa complètement débarrassées des pirates " -joya donc o^i lieutenant L. Octavius» en Crète auprès de Metellus Ocla vins proposa à ce dernier de suspendre la guerre contre les Crétol et de recevoir leur soumission. Pompée donna eue i à un autre de ses lieutenants, L. Cornélius S.senna , qui

') Cf. Cic, Gluent , 47, 132. ,, , ,r r /. /.

4 Mernn.;p.239. Dio C, 36, 40 B. Cf. Val. Max., 5, 4, .. ') Plut., Pomp., 28. App., Milhr., 95 et seq.

:', pi;.::''p;;;;;.%?.-z«n.. lo, 3. cr. d.» c a», 37 b. l^v., ...., 00.

''Tuv:,%., 98.99. F.or.,3, 7, t. App., S... «-Val. Ma., 7, 6 e,.t.,..

*») Flor., 3, 7, 6 l'appelle à tort Antonius, ») App., Milhr., 95.

croisait dans les eaux de la Grèce, l'ordre de se rapprocher de la Crète pour faciliter la reddition de l'île'. Métellus protesta vivement, et écrivit à Pompée pour lui reprocher de chercher à lui enlever la gloire de soumettre la Crète ". Sans s'occuper d'Octavius, qui venait de remplacer à la tète de la flotte Sisenna décédé, Métellus continua la campagne et la mena à honne fin '. Il y gagna le surnom de Creticus et les droits au triomphe. Pompée ne protesta pas, il se contenta de justifier sa conduite dans une lettre adressée à Métellus \ La conduite de Pompée s'explique ; d'abord il ne voulait pas donner de prétexte à la guerre civile, ensuite il était occupé à assiéger les citadelles et les pauvres villes de Cilicie\ en particulier Soloi, qu'il appela Pompeiopolis ^ ; enfin il s'attendait à prendre la direction de la guerre contre Mithridate '.

Ce fut un des nouveaux tribuns entrés en fonction le 10 décembre 67, C. Manilius, qui se fit l'interprète des vœux populaires, et demanda pour Pompée le commandement de la guerre contre Mithridate. C. Manilius était un démocrate sincère de l'école de Marins ; au début de son tribunal, il fit une proposition de Uhert'inorum suffragiis : il demandait de faire voter les atîranchis dans les tribus de leurs patrons ^ Une telle loi était due certainement à l'inspiration de C. Cornélius''; les optimales en général l'accueillirent fort mal, quelques-uns cependant lui furent favorables". Manilius la fit voter le jour des compilalia'^ c'est-à-dire le dernier jour de décembre '■ ;

•) Plut., Powp.. 29. Dio C, 36, 1 B. Cf. Liv , (:i>-, 99. Vell., 2, 34.

-) Liv., ep.. 99.

3) Dio C, fr. 111, i. 3(3, 2 B. App.. S/c, 6. Plut., Vomp., 29. Liv., e/>., ICO. Cic, F/wc, 3, 6. 13, 30. Pis., 24, 58. Vlimc., li, 27. ad Brut ,1,8. Ascon,p. 63. Schol. Bob., p. 233. 258. Flor., 3, 7, 6. VelL, 2, 34, 38. Eutr., 6, ll.Oros ,6, 4.

') Liv., ep., 99.

5) Plut., Pomp., 28. App., Mithr.. 96. Liv.. cp., 99. Vell., 2, 32. Flor., 3, 6, 14.

") Dio C, 36, 37 B. App., Mithr., 115. Strab., 14, 3, 3.

') Dio C, 36, 45 B.

*) Dio C, 36, 42 B. Ascon., p. 64 et seq.

9) Cic, Corn., fr. 1, 3.

*«} Cf. Cic, Mur., 23, 47.

") Ascon., p. 05.

'-) Dio C 36, i2 B.

c'était illég^al ; le lendemain, sur la proposition des nouveaux consuls M. .Emilius Lépidus et L. Volcalius TuUus, le sénat demanda qu'elle fût annulée ' ; Manilius ne put rien faire pour la sauver. Aigri, Manilius, qui n'avait aucun scrupule de vendre ses services % alla les olVrir à Crassus. Crassus le repoussa, il se tourna alors vers Pompée, espérant que le grand général le prendrait pour lieutenant ^

Il proposa donc de confier la guerre de Mithridate à Pompée sans renouveler ses pouvoirs : Pompée aurait les trois provinces de Cilicic, Asie, Bithynie avec le droit de signer la paix, de faire les traités, de déclarer la guerre \ Par cette rogalio Manilia de imperio Cn. Ponipen", ou de bello Mithridatico Cîi. Pompeio extraordmem mandando °, Pompée acquit le pouvoir absolu sur les provinces orientales de l'empire, que ne comprenait pas la loi Gabinia '. La loi Manilia souleva la même opposition que la loi Gabinia do la pari des optimales ; mais Manilius ne la présenta pas d'abord au sénat. Q. Lutatius Catulus et Q. Hortensius furent les interprètes du parti aristocratique ; ils représentèrent partout dans les assemblées que le pouvoir confié à Pompée serait contraire aux institutions républicaines *. Catulus, très irrité, montra quelle serait la situation des optimates après celte nouvelle défaite, et déclara que les nobles n'auraient plus qu'un parti à prendre : se retirer eux aussi sur le mont sacré''. D'autres voulurent faire de la conciliation ; sans éprouver de sympathie bien grande pour Pompée, ils avouaient l'impossibilité où ils étaient de confier de nouveau la direction de la g-uerre à LucuUus ; tel fut l'avis de P. Servilius Isauricus, G. ScriboniusCurio, Gn. Gornélius Leutulus Glodianus et G. Gassius

') Ascon., p. 06, Dio C, 36, 42 B.

2) Vell., 2,33.

3) Dio C, 36, 42 B.

'') Dio C, 36, 42 B. Plut., Pom/J., 30. Lj^'J., 35. Zoii., 10, 4. Api»., .!/(//;/ ., U7. Liv., ep., 100. Vell;, 2, 33. Eutr., 6, 12. '') Cic, Man. inscript.

^) Ascon., p. 66.

') Plut.. Pomp.. 30.

') Gic, Man., 17, 51 et seq. 20,59 et seq. Plut., l'oinp., 30. »} Plut., Pomp., 30.]

240 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUIîLIOlE [IV, 10

Varus'. César approuva la loi Manilia pour les mômes molifs qui l'avaient décidé à soutenir la loi Gabinia''. Cicéron luimême parla en faveur de cette loi dans son discours de impario Cn. Pompeii. A la suite du procès de C Ycrrès, d'une brillante et babile édililé curule ■', à la suite de nombreux discours prononcés pour la défense de Fonteius, de Oppius, de Cœcina, Cicéron était devenu un personnage influent; l'ambition lui était venue, il songea à rivaliser de popularité avec Crassus et Pompée \ Elevé à la préture par une élection éclatante", il voulut s'attacber le peuple en soutenant une proposition qui réunissait les synipalbies de tous les citoyens des classes populaires ; en même temps il fut heureux d'obliger l'homme qui avait alors lapins haute influence, et que du reste il tenait pour un honnête et loyal défenseur des institutions républicaines. Il comptait bien que Pompée n'oublierait pas ce service, et lui faciliterait la carrière des honneurs \ Plusieurs tribuns devaient opposer leur intercession '^, aucun n'osa le faire. La loi passa à une immense majorité^; Pompée fut investi d'un pouvoir extraordinaire tel qu'aucun Romain n'en avait possédé de pareil avant lui''. Généralissime de toutes les forces de la république sur terre comme sur mer*", il se trouvait dans la même situation que Sylla après la défaite du parti de Marius, pouvait espérer prolonger son pouvoir, et rester le maître absolu de l'état romain.

') Cic, Man., 23, 68.

2) Dio C.,36, 43 B.

') Cic, Mur., 19, 40. Off., 2, 17, 58 et scq.

*) Plut., Cic, 8.

5) Cic, Man., i, 2. Pis., 1, 2. Brut., 93, 321 . Plut., Cic, 9.

6) Cf. DioC, 36, 43 H. Cic, Man., 24, 70 et seq. Leg. ayr., 2, 18, 49 de Dom.. 8, 19. Fam.y 1, 9, 11. adQ. fr., 3, 4, 2. Q. Cic, de Pet. cons., i, 5. 4,14. 13. 51.

') Cic, Man., 19, 58.

») Cic, Mm?-., 16, 34.

») App., Mitlir., 97. Plut., Pump., 30.'

"') Cic, Leg. agr., 2, 9, 23. 2, 17, 46.

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