IV, 11 I CONJURATION DE L. SERGIUS CAT[LINA
A la même époque il y eul conflit entre les deux censeurs que l'on avaitchargés de régler lasituationdescitoyens.Les censeurs étaient Q. Lutatius Catulus', chef des optimales, et M. Licinius Crassus qui flottait entre les deuxpartis aristocratique et populaire". Crassus voulut se faire bien voir du peuple et encourag-ea un certain nombre des entreprises de César. Ainsi il voulut, d'accord avec César, donner le droit de cité aux habitants de la Gaule transpadane; ils avaient déjà le droit Latin, et étaient les seuls au deçà des Alpes qui n'eussent pas le droit de cité romain. Catulus s'y opposa'^ au nom des optimales '*. Crassus voulut aussi faire de rÉgypte une province ' en s'apuyant sur le testament de Ptolémée Alexandre I, morl en 88, ou de Ptolémée Alexandre II assassiné en SI"; il fit préparer un plébiscite en vertu duquel César serait nommé gouverneur de la nouvelle province'' à sa sortie de charg-e; l'Eg-ypte était alors gouvernée par l'usurpateur Ptolémée Aulèle que Rome n'avait pas reconnu ^ Catulus fit encore opposition. Le résultat de ce conflit fut que les censeurs sortirent de charge sans avoir fait la révision du sénat, sans avoir passé la revue des chevaliers, et sans avoir rempli leurs autres fonctions spéciales \
Sans aucun doute Catulus soutint et lit passer la loi réactionnaire Papia (leperegrbm. S'appuyant sur la loi Claudia do 177, la loi Junia, et peut-être aussi sur la loi Licinia Mucia'*', le tribun C. Papius" demanda que lous les non-citoyens, c'est-
') Cf. Plut., Val. .y in., 16.
2) Cf. Piut,, Cras.^. si/nrr., 2.
■') Dio G., 37, 9.
■•) Cf. Cic, Off., 3, 22,88.
■■■) Plut., Cm.ss., 13.
«) Cf. App., h. (>,, i, 102. Cic, L'y. (li^^., 2, It), 41. Scliol, Boh., p. 350.
') Suet., Cm., 11. Cf. Cic, Lpg. arjr., 2, 17, U.
«) Cf. App., MUhr., ll-i. Cic, Le<j . agr., 2, 16, -42.
'M Plut., Cmss., 13. Dio C. 37, 5. Cf. Cic, Arch., 5, 11. CcU., 3, 8, 20.'
'") Voir tomel, page 525. Tome II, p. 30, 102,
") Le même G. Papius avait fait une loi sur la nomination des VesLales : lixFapia de Vestalium lecHone (Gell., 1, 12, 11), dans le but de favoriser la religion et de plaire aux nobles.
à-dirc ceux qui n'élaionl pas Italiens, et les habitants de la Gaule transpadane fussent chassés de Rome; de plus ceux qui auraient pris, sans en avoir le droit, le litre de citoyens romains seraient poursuivis devant les tribunaux'. 11 n'y avait pas d'autre moyen d'exclure des assemblées populaires les noncitoyens qui s'y glissaient et prenaient part aux votes sans en avoir le droit.
La loi ne put être exécutée complètement, et le parti populaire n'en fut guère affaibli. Du reste le questeur M. Porcius Caton, petit-neveu du censeur-, cousin de M. Livius Drusus'', vint sans le vouloir — il était un des adversaires les plus violents du peuple,, — renforcer le parti populaire. On se rappelle que l'on avait décidé de poursuivre avec rigueur tous ceux qui avaient des comptes à rendre, et cette année même 65' il y eut de nombreux procès pour péculat"; Caton atteignit en vertu des mêmes décrets ceux qui s'étaient enrichis au moyen des proscriptions de Syllaen s'attribuant les fortunes de leurs victimes mises à mort. Caton avait toujours eu une haine profonde pour les exécuteurs des proscriptions", il les poursuivit en restitution avec une grande sévérité'. Le parti populaire tira aussitôt la conséquence de cette décision: si les partisans de Sylla étaient tenus à restituer, c'est que l'acte politique en vertu duquel ils s'étaient enrichis était illégal. Le moment était donc venu d'annuler la loi Cornelia de proscriptione et la loi de sicariis et veneficis^. On poursuivit donc pour assassinat les partisans de Sylla, ou plutôt ses agents, devant le tribunal qui jugeait les crimes de ce genre [qiiœstio de sicariis et venefîcis^). Le tribunal se partagea en plusieurs sections'", et
') Dio C, 37, 9, Schol. Bob,, p. 354. Cic, Leg., agr., 1, 4, 13. Arcli.. 5, 10. ad AU., 4, 16, 12. Balb., 23, 52. Off., 3, 11, 47,
2) Plut., Cat., Min., 1. Plin,, n. h., 7, 12, 14, 62.
3) Cic, Mil., 7, 16, Cf. PJut., Cat. Min., 2. Val. Max., 3, 1, 2. Cic, Fam., 16, 22.
*) Plut., Cat. Min., 16.
3) C\c., Mur., 20, 42.
G) Plut, Cat. Min., 3. Val. Max., 3, 1, 2,
■) Plut., Cat. Min., 17. Dio C, 47, 6.
8) Cf. Suet., Cœs., 11.
«) Plut., Cal. Min., 17.
*^') Ce partage avait déjà eu lieu auparavant, à cause du trop grand nombre
IV, 11] CONJdRATION DE L. SEROIUS CATILINA 251
César*, en qualité d'édile, fut nommé président d'une do ces sections-. Il eut la salisfaction de condamner L. Luscius^ un des plus fameux centurions de Sylla, et L. Annius Bellienus, oncle de Catiiina, celui qui avait fait périr Q. Lucrelius Ofella*. En 64 sous le consulat de L. Julius César, cousin de Caius, et de C. Marius Figulus les élections pour le consulat de 63 furent très disputées; les optimales en profitèrent pour relever leur parti. II y eut de nombreux candidats : deux patriciens, P. Sulpicius Galba et L. Sergius Catiiina, qui, comme nous l'avons vu, n'avait pu se présenter les doux années précédentes ; deux plébéiens illustres C. Antonius et L. Cassius Long-inus ; deux plébéiens moins connus^, Q. Cornificius et C. Licinius Sacerdos,. et enfin un homme nouveau, M. Tullius Cicéron '. Galba et Cassius''' ne furent pas pris au sérieux, non plus Cornificius et Long^inus. La lutte électorale se livra sur les trois noms de Catiiina, Cicéron et Antonius \ Catiiina n'avait pas renoncé à ses projets ; il espérait que le consulat lui en faciliterait l'exécution^; il espérait aussi qu'Antonius serait pour lui un collègue docile, qu'il pourrait le dominer, le diriger, s'en faire un instrument. Antonius, en effet, avait un passé peu honorable : il avait conduit un char dans l'arène aux jeux de la victoire donnés par Sylla; en 77 il avait eu recours aux moyens les plus honteux pour échapper à une accusation de (jésar; en 70 il avait été chassé du sénat, ce qui ne l'avait
des procès : ainsi en 66 Q. Voconius Naso présidait la section qui jugeait les empoisonneurs, M. PJselorius et C. Flaminius, la seclion qui jugeait les assassins (Cic, Cluent , 53, 147),
1) Suet., Cœs., il.
2) Cf. Cic, Cluent., 29, 79. Brut., 76, 264. t. L. A., p. 279. I. R. N., ,5244. Ainsi, en 66, Q. Voconius IVaso, M. PIcEtorius etC, Flaminius n'étaient pas préteurs, mais édiles; Cf, Cic., Cluent., 45, 126, S'ils avaient été préteurs, il y aurait eu cette année dix ou onze préteurs: Cf. Cic, Cluent., 53, 147. Ascon., p. 59. 85. 94. Pour César il n'y a pas doute : Cf. Vell.,2, 43. Dio C, 37, 10. Cf. 44, 47.
^) Ascon., p. 91.
*) Ascon., p. 92. Dio C, 37, 10. Cf. Cic, Lig., 4, 12. Schol. Gron., p. 417.
») Ascon., p. 82. Cic, ad Att., 1, 1, 1.
") Q. Cic, Pet. cons., 2, 7. Cf. Cic, Mur., 8, 17.
^) Ascon., p. 83. Plut., Cic, 11. Sali., Cat., 17.
8) Sali., Cat., 5. 16. App., b. c, 2, 2. Dio C, 37, 10.
252 I-A DISSOLITION Di: LA lŒPriiLlgrK |IV, 11
pas empêché de devenir préteur urbain en 66 ^ Calilina résolut donc de s'unir à lui, de le faire élire afin d'empêcher le succès de Cicéron-. Crassuset César les appuyèrent''.
Le plus grand obstacle de la candidature de Cicéron était sa qualité d'homme nouveau'. Depuis C. Marius on n'avait vu que deux hommes nouveaux arriver au consulat: T. Didius en 98, et C. Colins en 1)4 '. et encore ils n'avaient été élus qu'avec les plus grands elîorts et après plusieurs tentatives^. Les fiers aristocrates à qui les hauts emplois de la république étaient réservés, sans qu'ils eussent à faire d'efforts", qui trouvaient dans leurs berceaux les insignes consulaires ^ se faisaient un point d'honneur depuis la révolution olig-archique de Svlla de ne laisser arriver aucun homme nouveau aux principales dignités; ils allaient donc faire opposition à la candidature de l'homme qui devait sa célébrité à son talent oratoire"; d'autres aristocrates, plus raisonnables, comme O. Catulus et Q. Hortensius, reprochaient à Cicéron d'avoir pris parti pour Pompée et ses amis C. Cornélius et C. Manilius; enfin Cicéron avait souvent louvoyé entre les deux partis pour arriver h la célébrité '^ on ne pouvait donc avoir grande confiance en lui. Cicéron fit répandre avec habileté parmi les nobles le récit de l'attentat qu'avait projeté Catilina contre Cotta et Torquatus, il dévoila aussi les projets do Catilina". Cependant Catilina et Antonius employaient la corruption et préparaient tout pour enlever l'élection par des moyens violents'': alors le sénat appliqua la loi Fahia de numpro sficla-
•) Ascon., p. 85. 94. Q. Cic, Pet. cons.. 2, S. Cf. Cic, Claml., 53, 147. Mur., 19, 40. Plin., n. h., 33, 3, 16, 7)3.
2) Ascon,, p. 83.
^) Ascon., p. 83, Cf. Saii., Cat., 17.
4) Q. Cic, Pcf. cens., 1, 2.
'•) Cic, Mur., 8, 17. de Or., 1, 25. 117. /// Verr. aecuR.. 5. 70. 181. Leq. agr., 2, 1, 3. Q. Cic, Pet. mns., :!. 11.
^) Cic, Leg. agr., 2. 2, 3.
•) Cic, m Verr. accus., 5, 70, 180.
«) Cic, Leg. agr., 2, 36, 100.
«) Sali., Cat., 23. Cf. Cic, in Verr. >iccvx , 4, 37, 81. 5,71. 181 ^t seq.
*«) Cf. Dio C, 36, 43 B.
") Sali., Cat., 23. Plut., Cic.. 10. 11.
'^) Ascon., p. 88.