‹ Histoire intérieure de Rome jusqu'a la bataille d'Actium. Tirée des Roemische Alterhümer de L. LangeChapitre 4 sur 175 · IV, 1] TI. SEMPHO.NILS GRACCHUS · texte numérisé non relu

IV, 1] TI. SEMPHO.NILS GRACCHUS

Gracchus en accusation, quand il serait sorti de charge*. Il ajouta que l'ambassadeur chargé d'apporter à Rome le testament, avait remis à Ti. Gracchus le diadème et la pourpre d'Attale' ; T. Gracchus était ainsi désigné comme futur roi de Rome. Q. Ca^cilius Metellus Macédoniens, le consul de 143, parla aussi contre Gracchus^ , et dénonça des réunions nocturnes qui se tenaient chez lui\ Dans une séance du sénat T^ Annius Luscus reprocha à Ti. la déposition d'Octavius, et offrit de prouver, dans la forme ordinaire de la Spomio, que le tribun avait violé la sacrosmicta potestas tribiinicia. Gracchus répondit en menaçant le sénateur consulaire d'une accusation devant le peuple; mais Luscus réunit une assemblée, et là demanda à Ti. ce qu'il ferait dans le cas où le concours d'un tribun viendrait à lui manquer, ferait-il encore déposer son collègue? Cette question déconcerta l'auteur de la loi agraire". Ti. comprit aussitôt que, malgrés on innocence, on allait le perdre en lui faisant un procès de haute trahison [perduellio) pour affectatio regni''; on avait agi ainsi à l'égard de Sp. Cassius Yiscellinus, le premier auteur d'une loi agraire. Ti. se crut alors obligé de demander un second tribunat' ; il fut persuadé que son œuvre serait assurée, s'il réussissait à se faire nommer tribun avec son frère, et à faire nommer consul son beau père Appius Claudius Pulcher^ C'était contraire à la loi, mais la réunion du tribunat, du consulat et du triumvirat sur ces trois personnages, devait avoir pour résultat de vaincre Topposition de la noblesse, et les difficultés que présentait l'exécution de la loi agraire. Naturellement la noblesse mit tout en œuvre pour faire échouer ce plan ; elle voulut y trouver une nouvelle preuve des aspirations de Ti. Gracchus à la tyran-

')Oros. 5. 8; cf. App. b. c, 1, 13.

2) Plut., Ti. Gr., 15.

3) Cic, Brut.. 2i, 81.

*) Plut., Ti. Gn-., 14.

S) Plut., Ti. Gr., 14. Liv., ep. 58. Fest. p. 31i. Cic, Brut., 20, 79. «) Cf. Cic, Lsel., 12, 41; de Rep., 2, 27,49. Plut., Ti. Gr., 17. ") Liv., ep. 58. App., b. c, 1, 14. Flor., 3, 14. Plut. Ti. Gr., IG. Aur. Vict., Vir. ilL, 64. Gros, 5. 9. Schol. Ambros., p. 370. Cic. Cal., 4, ', i. ^) Dio C.,f., 83B.

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18 LA DISSOLUTION DE LA HÉPUItLloUK [IV, 1

nie', et chercha à faire élire les ennemis du trihun-. Gracchus déploya aussi toutes ses ressources : un de ses partisans étant mort suhitement d'une façon mystérieuse, il en profita pour faire croire que sa vie était menacée ; il prit le deuil et supplia le peuple, dans une assemblée [contio), de prendre soin de ses enfants menacés de perdre leur pèrc^ Il ne parut plus en public qu'avec une escorte de 3 à 4,000 partisans*. Cependant les reproches qu'on lui avait adressés au sujet de la déposition d'Octavius avaient produit une impression fâcheuse, même dans le peuple; pour reconquérir sa popularité, il prononça un discours dans lequel il déclara n'avoir jamais eu en vue que le bien du peuple, et affirma qu'il s'en rapportait et s'en rapporterait toujours à sa décision; il revint sur le principe de la souveraineté populaire qu'il voulait voir s'exercer dans les comices". Il ne se contenta pas de demander que le pouvoir passât du sénat au peuple ^ il développa un vaste programme de réformes au moyen desquelles il devait, pendant son second tribunat, assurer le bonheur du peuple, et ruiner l'influence du sénat. Il devait proposer une lex militaris pour diminuer la durée du service, et rendre ainsi les enrôlements plus faciles; une lex judiciarla, portant que les chevaliers seraient inscrits sur l'album des jug-es; peut-être aussi une lex de provocatione, pour assurer et étendre le droit d'appel' ; mais il n'est pas vraisemblable qu'il ait song-é à préposer une lex de civitate sociis danda ^ ; une pareille proposition eût fort peu flatté les citoyens de Rome.

La noblesse eut cet avantage que le jour des comices électoraux tomba à l'époque de la récolte, un certain nombre despartisans de Gracchus ne purent venir ni des municipesni

') Cf. Cic. Cat., 4, 2, 4.

"-) App., b.c., 1, 14.

3) Plut., Ti. Gi\, 13; cf. App., h. c, 1, 14. *) Gell., 2, 13.

") Plut., Ti. Gr., 15.

«) Val. Max.. 3, 2, 17.

') Plut., Ti. G)'., 16. Dio G., fr. 83 B. cf. Macrob.. Sut., 3, 14, 6. (= 2, 10).

^) Vell., 2, 2.

IV, Ij TI, SEMPhONIUS GRACCHUS 19

des colonies*. Que se passa-t-il dans les comices? Il n'est pas même certain que l'on ait voté' ou du moins on ne proclama pas le résultat du vote qui paraissait favorable à Gracchus^ Ce dernier avait négligé de se faire autoriser à briguer un second tribunat; or les lois qui le défendaient étaient encore en vigueur; des adversaires attaquèrent l'élection en prétendant qu'aucune vo^\ ne pouvait être attribuée à Ti. Gracchus. Le tribun Rubrius qui présidait se trouva très embarrassé, et voulut céder la présidence à Mummius; mais les autres tribuns s'y opposèrent, en disant qu'il fallait faire désigner un nouveau président en tirant au sort ; l'assemblée électorale fut dissoute, et on renvoya au premier jour des comices pour trancher la question *. Pendant la nuit les partisans de Gracchus veillèrent autour de sa maison pour le protéger. La nouvelle assemblée se réunit sur le Gapitole devant le temple de Jupiter; malgré les présages sinistres % Gracchus s'y rendit. Avant la fin des opérations, les deux partis en vinrent aux mains; les prêtres fermèrent le temple de Jupiter, Le sénateur M. Fulvius Flaccus venait d'annoncer que les sénateurs avaient résolu de faire mettre à mort Gracchus. Au milieu du tumulte, on entend des voix criant que Gracchus a porté la main à sa tête ; il a donné par là le signal du combat, disent les uns, ou bien, il a déposé tous ses collègues, ou bien il veut le tribunat sans élection '^, ou il a même manifesté par ce geste son intention de se voir couronné roi. D'autres, au contraire, protestent et disent qu'il a voulu seulement montrer que sa tête est en danger^ Au même moment le sénat était réuni en séance dans le temple de la Bonne-Foi sur le capitole; le consul P. Mucius Scévola refusa de se laisser donner des pouvoirs extraordinaires parle senatus comultum altimum ; il promit seulement d'annuler toutes les décisions du peuple qui seraient contraires

') App., 6. c, 1, 14.

^) Plut., Ti. G/'., 16.

") App., h. c, 1, 14.

') App., b. c, 1, 14. Plut., Ti. Gr., 16.

') Plut., ri. Gr., 17. Obseq., 27. Val. Max., 1, 4, 2.

'■) App., b. c, 1, 15.

^) Plut., Ti. Gr., 19. Flor., 3, 14. Aur. Vict., Vir. ill., 64.

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à la loi'. En entendant ces paroles, le pontife' ScipionNasica, le plus violent adversaire des Gracques^ s'était levé en s'écriant : Qui veut le salut du sénat me suive ! El il était sorti, suivi de ses partisans pour se rendre sur le lieu du combat. Le peuple surexcité se battait avec énergie; la lutte devint terrible surtout après l'arrivée de Scipion et des autres sénateurs, qui se mêlèrent aux combattants*. Au,milieu de la bagarre Ti. Gracchus fut tué par P. Saturejus et L. Kufus"; avec lui tombèrent 300 de ses partisans^ Los cadavres, môme celui de Gracchus, furent jetés au Tibre sur l'ordre de l'édile plébéien Lucretius Vespillo\

Le sang avait coulé pour la première fois dans les luttes des partis; on venait de donner l'exemple des violences, il allait être suivi d'agitations bien plus sanglantes'*.

') Plut., TI. Gr., 19. Cf. 18. Val. Max., 3, 2, 17. Cic, Tusc.A, 23, 51. de Dom., 3i, 91. lAui-. Vict.] Vir. ill., Gt.

*) C'est à tort que les auteurs le désignent à ce moment comme pontifex maximus, il ne le devint que plus tard. App., b. c, 1, 16. PL, Ti. G)'., 21. Val. Max., 1, 42. Cic, dit., 1. 1, 3. Tasc, 4, 23, 51. (Cf. doNat. deor., 3, 2. 5.)

3) Cic, Brut., 28, 107. 58, 212. de Or.. 2. 70. 285. de Off., 1, 30, 109. 22,76. Phil., 8, i, 13. Flor., 3, 14.

*) Diod., 34, 28, 60. Cornif., adHer., 4, 55, 68.

*) PI., Ti. Gr., 19. App., b. c, i, 16.

») Pi., Ti. Gr., 19. Oros., 5, 9.

") Aur. Vict., Vir. ill., 64. Val. Max., 1, 4, 3. Liv., ep., 58.

») App., b. c. 1,2. 17. Vell., 2, 3. PI., Ti. Gr. 20.

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