CHAPITRE QUATORZIÉIME
Étant consul désigné, César avait déclaré que comme chef du parti populaire il proposerait une loi agraire; il chercha d'abord à s'assurer l'appui des sénateurs inlluenls, surtout de Cicéron\ Devenu consul, il prit la parole au sénat pour conjurer son collègue Bibulus d'oublier leurs haines personnelles dans l'intérêt de l'État-; il donna aussitôt une preuve de sa loyauté : grâce au privilège de Tàge, Bibulus devait avoir les faisceaux pendant le mois de janvier; César sortit du sénat précédé d'un secrétaire, et fit marcher les licteurs derrière lui ; en agissant ainsi César se conformait à une habitude ancienne tombée en désuétude'. Il est probable qu'il attendit jusqu'au mois de février pour présenter sa loi agraire. Malgré ses avances à Bibulus, il comprit que le sénat ne serait jamais pour lui, alors il décida que les discussions du sénat et des assemblées populaires seraient recueillies et publiées*. Il espérait par là empêcher les optimates de répandre des nouvelles fausses et défavorables, et rendre au sénat le sentiment de sa dignité.
La loi Jidia agraria, présentée au sénat, était très modérée ; César en avait écarté les dispositions des lois Servilia et Flavia qui avaient soulevé le plus de critiques. On ne devait mettre en distribution ni Tager campani(s% ni le campus ste.- IcUis — leur partage fut l'objet d'une seconde loi agraire
') Cic, A«., 2, 3,3. ^roe. cons., 17, 41. P/s.,32, 79.
2) App., b. c, 2, 10.
3) Suet., Cœs., 20.
i) Suet., Cxs., 20.
5) DioC, 38, 1.
308 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLloUE tIV, 1 ï
présentée fin avril' — ni Tagor vo!aletra?ius-, rallaché jadis à Tagcr publicus par un décret de Sylla qui n'avait pas été exécuté. Mais les terres de l'ager italiote ne devaient pas suffire à pourvoir les pauvres^ et les soldats de Pompée"; la loi spécifiait qu'avec l'argent rapporté d'Asie par Pompée, avec les produits des nouveaux impôts on achèterait des terres; personne ne serait forcé de vendre, on paierait le prix fixé sur les listes du cens% Les lots ne pourraient être vendus avant vingt ans". Pour exécuter la loi on nommerait a l'élection une commission de vigintiviri, César n'en pourrait faire partie'; la commission désignerait elle-même un comité de quiuqueviri**, qui aurait la haute direction de l'entreprise. Pour fiatter le sénat et le décider à voter. César avait déclaré qu'il ne promulguerait la loi qu'avec le consentement du sénat^ et qu'il était disposé à faire les changements qu'on lui indiquerait'". Mais César avait heau exposer avec sincérité et simplicité le but d'une loi qui était irréprochable, le sénat ne voulait pas admettre qu'il avait intérêt à l'accepter". On rappelait que César avait toujours été l'ennemi du sénat, qu'il était le premier consul depuis Sp. Cassius Yiscellinus qui eût présenté une loi agraire; on disait encore que, malgré sa modération, il jouait le rôle d'un tribun'-, non d'un consul; on lui prêtait des arrière-pensées, l'intention surtout d'émanciper complètement le peuple de la tutelle du sénat. Le sénat ne voulut pas examiner les articles de la loi, il déclara (ju'il verrait à prendre une résolution un autre jour; le sénat prolongea longtemps cette résistance passive, difïérant toujours
') Cic, Atl., 2, 16, 1. 2. Dio C, 38, 7. Plut., Cal. min., 33. Suel , C'a-s., 20. Cf. LegcsjuUac, apud Cic, Att., 2, 18, 2, Liv , cp., 103.
«) Dio G., 38, 1. Plut., Cat. min., 31. Pomp.. 47. App../-. c, 2. 10. '■) Dio C, 38, 1. Cf. Plut., Cic, 26. ••I Dio C, 38, 1. Cf. Cic, de Dom., 9, 23. ") App., b. c, 3, 2. 7.
■} Dio C.,38, 1.
») Cic , Att., 2, 7, 3. 4. Frov. cuns., 17, it. Schol. Bob. \k 263 ') DioC, 38, 1.
">) Dio C, 38, 2.
"] Dio C, 38, 1.
'-)Plut., Cœs., 14. Pomp.,i7. Cat. min., 52.
(le rendre im sénatus-consiilte'. Cé.sii' exigea enrin une soliilion, et le sénat se mit à délibérer; plusieurs sénateurs se montrèrent peu favorables', puis Caton prit la parole. C.aton déclara que, pour le moment^ toute nouveauté était dangereuse; il parla longuement selon son habitude, dans le seul but d'empêcher le vote d'un sénatus-consulte. César fit conduire Caton en prison, espérant que le sénat mettrait fm à la discussion; mais plusieurs membres de l'assemblée suivirent Caton ; César voulut les retenir en leur disant que la séance n'était pas levée; M. Pétreius répondit qu'il aimait mieux suivre Caton en prison que de rester à la curie avec César''. César comprit qu'il n'obtiendrait pas son sénalus-consulle; il leva la séance après avoir déclaré que, ne pouvant rien faire avec le sénat, il s'adresserait au peuple*.
Dans la suite il laissa le sénat de côté, et ne lui soumit plus aucun projet de loi ' ; mais il ne faut pas aller jusqu'à affirmer que César ne convoqua plus le sénat '^; nous savons que le sénat centinua à délibérer sur d'autres objets que des propositions législatives'.
Vers la fin de février César proposa deux autre^ lois sans les soumettre au sénat ^ ; l'une concernait l'Ég-ypte, l'autre les fermiers des douanes'.
La loi Jnlia de rer/e Ale.randnno était une politesse à l'adresse de Pompée. César abandonnait ses anciens projets sur rÉgvpte, il demandait que Ptolémée Aulète, — il avait fourni des secours importants àPompée pendant la campag'ue d'Asie '° — fût reconnu roi, et roi allié et ami du peuple romain. Pour
') Dio C , 38, 2.
2) Plut., Cses., 14. Cat. min., 3t. de, 26. App,, b. c, 2, 10.
^) Dio C, 38, 3. Gell., -4. 10, 8. Suet , Cœs., 20. CA'. Val. Max., 2, 10, 7. Schol. Bob., p. 259. Plut., Cœs , 14. Cat. min., 33.
*) Dio C, 38, 3. Plut., Ca?s., 14. App., b. c, 2, 10.
^j Dio. C.,38, 4.
«) App., b. c, 2, 10.
') Suet., Caes., 21. Plut., Ccvs., 14. Cic, Sffit., 29, 63. Ait., 2, 24, 3. 4.
'' Val. Max., 2, 10, 7 et Schol. Bob., p. 259 font erreur.
«) Cic, AU.. 2, 16,2.
10) Plin,,ji. //., 33,10,47, 136.
obtenir ce tilre, Ploléméc avait dû donner dos sommes consi dérablos'.
La loi Jitlia de publicanis donnait satisfaction à Grassus. Crassus, nous l'avons vu, avait encouragé en 61 les fermiers des impôts d'Asie à s'adresser au sénat pour demander la suppression de leurs contrats. César proposait de leur laisser le tiers des sommes qu'ils étaient tenus à verser. César gagna d'ailleurs par celte loi la sympathie dos chevaliers qui détestaient le sénat depuis le jour où Caton avait fait échouer la pétition dos publicains-.
Voilà comment César ouvrit la lutte contre les optimales au début de son consulat; d'autres magistrats qui lui étaient dévoués, travaillèrent de leur côté à affaiblir le parti des grands.
Le préteur Q. Fufms Calenus '^ proposa une loi judiciaire [lex Fiifia judiciaria) : il demandait qu'au moment du vote des jurés, on prit séparément les voix des décuries de sénateurs, de chevaliers, et de tribuns du trésor*. On empêcherait par là les sénateurs de rejeter^sur les deux dernières catégories de jurés l'odieux de certains jugements; ce qui était arrivé lors de l'acquittement de Clodius.
Le tribun P. Vatinius, qui avait été questeur pondant le consulat de Cicéron% puis était devenu lieutenant du préteur C. Cosconius en Espagne'"', se laissa acheter par César'; au début do son tribunal, il annonça au sénat qu'il ne tiendrait aucun compte de l'avis des augures quand il présenterait des projets do lois^ Il en proposa plusieurs et, comme il la-
') Cic, A«.,2, 16, 2. Rab. Post.,3, 6. C;>'S.. h. c. 3, 107. Suet., Cœs. 54. Dio C, 39, 12.
-) Cic, AU. ^2, 10, 2. Plane, 14, 35, Scliol. Bob., p. 2o9. 261. Suet., Cœs., 20. Val. Max., 2, 10, 7. Dio C, 38, 7. App,, b. c, 2, 13. 5, 4.
^) Cf. Schol. Bob., p. 235. Calenus avait déjà combattu le parti sénatorial pendant son tribunat de 61.
') Dio C, 38, 8. Cf. Cic, Ad Q. fr., 2, 6, 6. 2, 16, 3. Fam., 8, 2, Ascon,, p. .30. 53. 5'i. 55.
Cic, Vat., 5, 11 et seq. Scbol, Bob., p, 316. Cf. Catull., 52, 3.
•■■) Cic, Vat., 5, 12.
■) Cic, Vat., 16, 38.
«) Cic, Vat., 6, 14.
vait annoncé, ne prit pas les auspices'. Certaines de ces lois avaient pour objet des traités avec les villes étrangères à l'empire, avec des rois, des tétrarques, et étaient par conséquent du domaine législatif réservé jusqu'alors au sénat; plusieurs de ces lois firent subir de grandes portes au trésor-. Une cependant avait un certain caractère de modération, bien qu'elle fût dirigée contre le sénat, c'était la loi Vatinia de alternis consiliis rejicieiidis; elle supprimait l'inégalité, consacrée par les lois Corneliae, entre les sénateurs et les autres citoyens au sujet du droit de récusation; les sénateurs étaient favorisés dans l'exercice tle ce droit, et la loi Aurélia avait maintenu leur privilège. La loi Yatinia portait que tout accusé aurait désormais le droit de récuser non seulement des juges en particulier, mais le tribunal tout entier'; les sénateurs seraient soumis à la règle commune. Vatinius soumit son projet à l'acceptation du peuple, quand le procès de C. Antonius, le collègue de Cicéron, fut commencé ; il ne voulait pas que C. Antonius put bénéficier de la nouvelle loi*; or le procès d'Antonius eut lieu en mars, la proposition du tribun doit donc être du mois de février.
Le procès intenté à (j. Antonius rentrait dans le plan d'ensemble que César avait combiné pour affaiblir le sénat. Sans doute le vainqueur involontaire de Catilina avait bien mérité dans son gouvernement de Macédoine le procès de concussion* qui lui fut intenté par Q. Fabius Maximus et par M. Ceelius Rufus^ l'ancien partisan de Catilina^ devant le tribunal du préteur Cn. Lentulus Clodianus^ Cicéron défendit C. Antonius, bien un peu malgré lui'-*; Antonius fut condamné'":
'j Cic, Yat., 11, 27. 6, 15 et seq. 2, 5. Schol, Bob., p. 317. Sest., 53, H 4.
*) Cic, Yat., 12, 29. Att., 2, 9. 1. ¥am., 1, 9, 7.
3) Cic, Yat., 11, 27. Schol. Bob., 321. 323. 235. Cf.,Cic., P/rtnc, 15,36.
*) Cic, Yat.. H, 27. Schol. Bob., 321.
») Schol. Bob., p. 229. Dio C, 38, 10. Liv., rp , 103.
«) Cic, Yat., 11, 28. Gœl., 31, 7-4. 19, 47. Schol. Bob., p. 321. 229. Quint., 4, 2, 123. Cf. Plin., n. h., 1, 49, 50, 165. Cf., Val. Max., 4, 2, 6.
') Cic, Cxi, 5, 11.7, 15.
8j Cic, Yat., 11,27. Fils de Clodius (Cf. Cic, AU., 1, 19, 2).
') Cf. Cic, AtL, 1. 12, 1. 2. 2, 2, 3. Fam., 5, 5. 5, 6, 3.
»») Cic, Flacc, 2, 5. 38,95.
c'était là une preuve des sentiments hostiles qui animaient le peuple contre le sénat; il y eut un autre témoignage plus sig-nilîcatif; un jour on trouva le tombeau de Catilina couvert de couronnes.
César défendit lui-même ses propositions dans des assemblées; le préteur Q. Futius, le tribun P. Vatinius, et d'autres tribuns, en particulier C. Alfius Flavus', le soutenaient. Dans une de ces assemblées il fit encore une tentative pour obtenir l'approbation de Bibulus; il voulait faire constater par le peuple qu'il avait épuisé tous les moyens pour maintenir l'accord avec son collègue et avec le sénat, et rejeter sur Bibulus toute la responsabilité de la rupture. Bibulus répondit qu'il ne consentirait jamais à approuver la loi dont il était question. Alors César pria Pompée et Crassus de donner leur avis^ Tous deux déclarèrent excellente la proposition de César, et Pompée alla jusqu'à déclarer qu'il défendrait la loi même par les armes coatre ses adversaires-'.
César employa encore un autre moyen pour affaiblir le parti des (»ptimales, il proposa une lex curiata de arrogatione ; en qualité de grand pontife, il aurait dû être le premier à combattre l'emploi de la religion dans un but politique; or, par cette loi, il autorisait P. Clodius Pulcher, qui cherchait depuis longtemps à se faire adopter par le peuple, à se faire reconnaître comme fils de P. Fon teins, un plébéien qui l'affranchit aussitôt '. (Clodius put devenir candidat au tribunatpour l'année suivante^ ; il n'avait pas oublié les égards que lui avait témoignés César lors de son procès d'inceste; on pouvait donc prévoir que ce dangereux démag-ogue mettrait toute son influence au service de César pour combattre le sénat. La loi curiate fut proposée eumars*"'; la solidarité de Pompée et de
') Cic, Scst., 53, 114. Schol. Bob , p. 30i. 32/i. Cf. Cic, PA/«e., i?. 10 i.
5) DioC, 38, 4.
3) Dio C, 38, 5. Plut., Pomp., 47. Cxs., 14. App., h. c, 2, 10.
*) Cic, de Dom., 13, 34 et seq. 15, 39. 16, 41. 29, 77. Har. resp., 21, 44. 23, 48. 37, 57. Sest., 1, 15. Vrov. cons., 17, 42. 19, 45. Suet., Cœs., 20. Tib., 2. Dio C, 38, 12. 39, 11. Cf. Cic, Atf., 7, 7, 6. Vell., 2. 45. Ascon., p. 25. Plut., Cat. min., 40.
6) Cic, AU., 2, 7, 3.
fi) Cf. Cic, Ait., 2, 7,2. 3. 2, 8, 1.
César s'affirma encore dans cette circonstaûce. Pompée la défendit comme augure*. Cicéron remarqua que la loi avait été proposée le jour même où, présentant la défense de C. Antonius, il déplorait devant le tribunal la situation mauvaise dans laquelle se trouvait le gouvernement de la république -; il comprit qu'elle était aussi dirigée contre lui. Jusqu'ici il n'avait pas fait d'opposition ouverte; il n'avait pas combattu la loi ag-raire, mais il avait refusé son concours à César, il n'avait pas voulu se laisser nommer membre de la commission agraire; il avait aussi refusé de se laisser envoyer en Egypte, 011 on voulait le reléguer loin du champ de bataille des luttes politiques, sous prétexte de lui confier une mission particulière '.
Le parti sénatorial n'en continua pas moins son opposition à la loi agraire. Les tribuns n'étaient pas d'accord; les uns, comme C. Cosconius, soutenaient César; d'autres voulaient chercher un moyen terme; trois étaient gagnés au parti des optimales et marchaient avec Bibulus* : Cn. Domitius Calvinus, Q. Ancharius et C. Fannius'. Ces derniers observaient le ciel tous les jours, et déclaraient qu'on ne pouvait convoquer les comices ; ils réussirent par ce moyen à en retarder la réunion. Bibulus alla plus loin; en vertu de son autorité consulaire il déclara que tous les jours de Tannée seraient des ffiriœ imperativœ^ . Bibulus abusait de la religion, et autorisait César à ne tenir aucun compte des obstacles que l'on suscitait contre sa proposition de loi ; César du reste pouvait s'appuyer sur l'exemple donné par Valinius, qui, dans une circonstance pareille, avait méprisé les moyens d'opposition empruntés à la religion; puis César était grand pontife, et Bibulus ne l'avait pas consulté. César fixa un jour pour la réunion des comices; ce jour-là les sénateurs hostiles à César se rassemblèrent chez Bibulus et décidèrent que ce dernier
Cic, AU., 2, 7, 2. 2,JJ, 1. 2, 12, 1. 2, 22, 2. 8, 3, 3. 0 Cic, de Dom., 16, il. Suet., Cœs., 20. Dio. C, 38, 10. Gic; Att., 2, 4, 2. 2, 5, 1. Prov. cons., 17, 41. Cic, de Dom., 15, 39. Har. Resp.. 23, 48. Schol. Bob. p. 263. Cic, Sest., 53, 113. Vat., 7, 16. Schol, Bob., p. 30^. 3Q7. 324 Dio C, 38, 6.
opposerait son intercession'. Mais quand Bibulus se présenta devant le temple de Castor, où se tenait César pour présider l'assemblée composée en grande partie d'anciens soldats de Pompée, il fut repoussé; on brisa ses faisceaux, on maltraita les tribuns qui l'accompagnaient, ainsi que Caton. Les adversaires de César ayant été écartés, la loi fut votée-. Le lendemain Bibulus fit un dernier effort, il essaya de faire annuler le vote par un sénatus-consulte; les sénateurs n'osèrent pas le suivre dans cette nouvelle voie; ils no manquaient pas de raisons. sérieuses pour infirmer la loi votée, mais ils avaient peur du peuple '.
A partir de ce jour Bibulus resta chez lui; son apparition ne se manifesta plus que par des édits; il se contenta d'observer le ciel ' et de publier le résultat de ses observations, espérant ainsi fournir des armes à son parti, qui pourrait plus tard s'appuyer sur ses déclarations pour prononcer l'illégalité des actes de César. Il agit ainsi au sujet de la loi de rege Alexandrino et de la loi de piiblicanis] ces deux lois furent très probablement adoptées le lendemain du jour où fut votée la loi agraire '.
La loi agraire de César, comme celle d'Appuleius, portait que les sénateurs devraient prêter le serment dans un délai déterminé. Q. Métellus Celer, M. Caton et son ami" M. Favonius voulaient braver l'exil en refusant le serment, comm« autrefois Q. Métellus Numidicus ; les conseils de Cicéron leur prouvèrent l'inutilité d'une pareille manifestation; ils prêtèrent le serment au dernier moment'. Q. Métellus Celer mourut quelques jours après**, laissant une place vacante
') App., h. c, 2, 11. Cf. Cic, Att., 2, 16, 2.
2) Dio C, 38, G. App., b. c, 2, 11. Plut., Pomp , 48. Cat. min., 32. Cxs., 14. Suet., Cœs., 20. Cf. Cic, Vat., 2, 5.
3) Dio C, 38, 6. Suet., Cœs., 20.
*) Dio C, 38,6. Piut., Pomp., 48. Cxs., 14. App., b. c, 2, 12. Suet., Cœs. ,20. Vell., 2, 44. Sen., ad Marc, consol., 14, 2. Cf. Cic., AU., 2, 15, 2.
=) Cic, AU., 2, 16, 2.
«) Cic, AU.,i, 14,5.
') Dio C, 38, 7. Cic, Sest., 28, 61. Schol. Bob., p. 302, App., b. c, 2, 12. Plut., Coi. mm., 32.
8) Cic, Cœl., 24, 59. Schol. Bob., p. 308.
dans le collège des augures'. Après la mort de Celer, Cicéron quitta Rome pour aller passer les mois d'avril et de mai dans SOS maisons de campagne^ On nomma aussitôt les vigintiviri chargés de mettre à exécution la loi agraire ^ Nous ne les connaissons pas tous; Pompée et Crassus furent élus les premiers; les anciens préteurs C. Cosconius' et M. Atius Balbus beau-frère de César' firent aussi partie de la commission ainsi que Cn. Tremellius Scrofa** et le savant M. Terentius Varron'.
César proposa vers la fin d'avril une seconde loi Julla agraria^] la commission agraire serait chargée de partager l'ager campanus cl l'ager stellatis entre les citoyens les plus pauvres; elle devait choisir de préférence ceux qui avaient au moins trois enfants'-'. César n'avait pas voulu comprendre dans sa première loi ces deux riches domaines, dont le produit était considérable; à ce moment il voulait encore paraître modéré; mais maintenant la rupture avec les optimates était un fait accompli, il n'avait plus besoin de g-arder aucune réserve; et en disposant de l'ager campanus, il pouvait donner beaucoup plus vile satisfaction aux citoyens pauvres, surtout aux soldats de Pompée'". La loi Campana renfermait |un article curieux; afin d'empêcher l'opposition de revenir à la charg-e. César fit inscrire dans la loi que tous les candidats pour les magistratures de l'année suivante devraient s'engag^er par un serment formel à ne rien entreprendre contre les lois Julia» agrariœ". Cicéron avait espéré qu'on pourrait faire supprimer celte seconde loi, en donnant comme motif qu'elle avait amené
Cic, A«.,2, 5, 2.2,7, 3. 2, 9, 2. Vrt^,8, 19. 2) Cic, AU., 2,- 4-2, 17.
=") Cic, A<t.,2,6, 2. 2, 7, 3.
*) Cic, AU., 2, 19,4.
^ Suet., Aug., 4. Cic, AU., 2, 12, 1. Cf. Phil. 3, G, 16. ■■') Varr., r. r., 1, 2, 10. 2, 4, 1. ^) Plin.,n. h., 7, 52, 53, 176.
8 Cic, AU., 2, 16, 1. 2. 2, 17, 1. Cf.. 2, 15, 1. 9) Dio C, 3S, 7. PJut., Cat. min., 33. Saet., Cœs., 20. Velle,, 2, 4' Cf., App., b. c, 2, 10. Plut., Cic, 26, Pis., 2, 4. C\c., Phil., 2, 39, 101, Cic, A<^,2, 18, 2.
une diniinulioii dans les revenus du trésor'; celle manœuvre de César lui enleva son illusion. La loi sur la Canipanie fut immédiatement mise à exécution sous ladireclion de Pompée-. On commença par Capoue ; depuis la seconde guerre punique elle formait une préfecture et n'avait pas d'administration propre; les Marianiens avaient déjà essayé d'y établir une colonie; les vigintiviri firent de Capoue une colonie de citoyens romains^; il est certain qu'ils fondèrent aussi une colonie à Casilinum en Campanio*. Le sénat essaya de discuter dans la suite le détail des chang-ements accomplis en Campanie", ses efforts furent stériles, nous trouvons dans le Liber coloniariini des agrimensores plusieurs noms de lieux d'Apulie, du Samnium et d'Étrurie désignés comme ayant reçu des colonies en vertu de la loi Julia'' ; mais on ne peut apporter aucune preuve décisive pour établir que ces colonies furent fondées plutôt en vertu des lois de 59, qu'en vertu de la loi Jidia de coloniis deducendis de 44 ; les agnmeiisore^ parlent aussi d'une loi Mamilia Roscia Peducœa Alliena Fabia; elle se rapporte certainement à la loi Julia de 44.
La loi agraire avait révélé l'alliance jusque-là secrète conclue entre César, Pompée et Crassus. On ne pouvait du reste la tenir indéfiniment cacliée. Cicéron qui l'avait devinée, et s'en était entretenu avec Pompée ', en parla dans ses lettres d'avril comme d'un fait connu de tous^ César espérait ainsi rendre l'union plus étroite, et surtout garantir le maintien de son influence politique après son consulat.
Pour resserrer davantage les liens de la coalition, il fil épouser à Pompée vers le mois d'avril'' sa fille Julia, promise
0 Cic, Att., 2, tG, 1. 2.
'-) Vell., 2, 4/1. Cf. Cic, Att.,l,l,Q>.
^') Cœs.,6. c, 1. 13. Suet., Ca?s., 81. Vell., 2, 4'i. Dio C, 38, 7. Lib.. ro/.,p. 23, L. Cf. Cic, PhiL, 2, 39, 101. Hest , 4. 9. 8, lU. Vis., il, 24. ?ost. red. in sénat., H, 29. Al(., 1, 14, 2. Plin., n. h., 3, 5, 9, 63.
*) Cic, Phil., 2, 40, 102.
^) Cic, niQ. fr.,2, 1, 1. 2, 5, 1. 2, 8, 2. Vam., 1, 9, 8. 8, 10, 4.
«) Lib., Col., p. 210. 220. 231. 23.5. 239. 259. 260 L.
') Cic, VhiL, 2, 10, 23.
») C\c.,Att., 2,4,1. 2, 5, 1. 2. 2, 7, 4. 2,8, i. 2, 9, 1.2.
'') Cic, A»., 2, 17, 1,
d'abord à Servilius Gœpio ; on dédommagea Cœpio en lui donnant la fille de Pompée'. On s'attendait" à ce que César proposerait Pompée et Grassus comme candidats au consulat; il présenta A. Gabinius, le favori de Pompée, et L. Galpurnius Piso Ga^soninus, qui avait parcouru sans distinction la carrière ordinaire des honneurs ''. Piso avait été poursuivi par Gludius pour concussion et acquillé probablement après sa prélure de 61*. Gésar s'attacha Piso en épousant sa filles Caton eut raison de dire que les provinces et les armées étaient désormais prostituées"'. Gésar devint de plus en plus prévenant à l'égard de Pompée son gendre; au sénat il s'adressait d'abord à lui, non plus à Grassus'. Il se l'atlacha encore plus intimement en faisant voter une loi Julia de actis Pompeii; le peuple approuva dans leur ensemble les changements accomplis en iVsie par Pompée " ; on se rappelle que le sénat s'y était toujours opposé. L. LucuUus était personnellement intéressé à faire opposition; Gésar menaça de le mettre en accusation pour la guerre d'Asie; effrayé, Luculhis viul se jeter à ses pieds''. Il tomba bientôt malade '" et mourut cn56''.
Gésar voulait continuer à grandir son prestige ; il lui fallait pour cela obtenir du sénat en sortant de charge une province importante où il put déployer toute son activité : il vouait se signaler par de grands exploits militaires, assurer les frontières actuelles de l'empire et les reculer le plus possible; mais il voulait aussi ne pas être trop éloigné de Rome, alin
') Dio C, 38, 9. Plut., Cxs., 14. Pomp., 47. Cat., min., 31. App., b. c, 2, 14. Vell., 2, 44. Suet., CcTS.,21. Cic, Off., 3, 21, 82.
2) Cic, AU., 2, 5, 2.
^) Cic, Pis., 1, 1. 2.
') Val. Max., 8,1, 6.
S) Dio C, 38, 9. Plut., Pump., 47. Cws., 14, Cal. min., 33. App., b. c, 2, 14. Suet., Cœs., 21.
') Plut., Cxs., 14. App., b. c, 2, 14.
■) Suet., Cœs., 21. Gell., 4, 10, 5.
«)Dio C, 38, 7. App., b. c, 2, 13. Plut., Lac. 42. Pomp.; 48. Cf., 46. Vell., 2, 44. Cses., b. AL, 68.
""■ Suet., Cœs., 20.
'") Plut., Luc, 43.
") Cic, Prov. cons., 9, 22.
de pouvoir surveiller les événements, et exercer toujours son influence sur la vie politique à Rome, Les circonstances lu firent donner] ce qu'il cherchait. La Gaule transalpine n'était pas encore soumise; la campagne de C. Pomptinus dirigée en 62 contre les Allohroges avait eu pour résultat d'agiter le pays. En 61 Divitiacus, roi des Édues, était venu à Rome pour demander au sénat de protéger sa nation contre les Séquanes ' ; le sénat avait chargé le gouverneur de la Gaule narbonaise de soutenir les Edues-. En 60, on craignit une invasion des Gaulois en Italie; en mars, le sénat décida que les deux consuls, Q. Métellus Celer et L. Afranius, se partageraient, par exception", les deux provinces des Gaules; ils furent chargés en outre de faire des levées d'hommes, et on leur enjoignit de n'admettre aucun cas d'exception. Le sénat envoya ensuite des ambassadeurs en Gaule. Pompée et Cicéron désignés naturellement, furent jugés nécessaires à Rome ; les ambassadeurs nommés furent Q. Métellus Créticus, L. Yalérius Flaccus, et Cn. Lentulus, fils de Clodianus. Ils eurent pour mission de parcourir les différents pays de la Gaule, et d'engager les communautés à ne pas s'unir aux Helvètes*. Depuis ce moment on n'avait plus entendu parler de préparatifs de révolte en Gaule '^ ; mais quand il serait gouverneur César trouverait facilement des prétextes pour attaquer les tribus voisines de la province. Pour empêcher de croire que la Gaule était complètement pacifiée, il fit déclarer illégales les actions de grâces [supplicationes) célébrées en. l'honneur de C. Pomptinus, sous prétexte qu'une chauvesouris avait volé dans l'air au moment de la cérémonie ^ César fit en même temps donner le titre d'ami du peuple romain au roi des Suèves Arioviste'; Arioviste appelé par
') Cœs., B. G., 1, 31. 6, 12. Cic, de Dtv., i, il, 90.
«) Ca?s., B.G., 1, 35. 43.
3) Cf. Cic, Att..8, 15. 3.
') Cic; AU., 1, 19,2. 3. Cf. Cacs., B. G., 1, 3.
°) Cic, AU., 1, 20,5.2, 1, 11.
«) Cic, Vat., 12, 30 etseq. Schol. Bob., p. 322. Ce fut Vatinius qui lit la proposition.
') Caes., B.G., 1, 35. 40, 43. Plut., Os., 19. Dio C, 38, 34. App., CeU., 16.
IV, 14] LE PREMIER CONSULAT DE JULES CÉSAR 3l9
les Séquanes et les Arvernes^ s'était établi en Gaule et avait envoyé des présents au consul de l'année précédente, Q. Métellus Celer-; César agissait ainsi pour n'avoir pas à combattre en Gaule ce dangereux adversaire.
Il n'osa pas demander immédiatement la Gaule narbonaise; il chargea Yatinius de solliciter pour lui auprès du peuple la Gaule cisalpine avec Tlllyrie '. Il paraissait ainsi moins exigeant ; le peuple g-agné par dos jeux et des chasses au cirque' ne pourrait pas lui refuser cette province; il continuerait alors à diriger la politique dans Rome tout en gouvernant la province la plus rapprochée de la capitale de l'empire. Quand il l'eut obtenue, le sénat décida dans une séance qui précéda la tenue des comices, où devait se faire la répartition des provinces, probablement sur la demande de Pompée' et de Crassus '', que César pourrait ajouter à la Gaule cisalpine la Gaule narbonaise \ Le sénat n'avait pas pu refuser, d'abord il avait renoncé à toute opposition, et d'ailleurs on ne pouvait pas donner à un autre la Narbonaise, vu la nécessité de s'appuyer sur la Cisalpine. La loi Vatinia de provincki Cœsaris donnait à César trois légions ", et lui conférait le commandement pour cinq ans à partir du 1" marso9. Le sénat approuva implicitement laloi Yatinia, et ajouta^ une légion'". César eut de plus le droit de nommer ses lieutenants, qui durent avoir rang de préteurs '' ; il pourrait les désigner sans recourir au
2) Plin., n. h., % 67, 170,
3j Dio C, 38, 8. Suet., Cxs.,22. Cic, Sest., 64, 135. Vat., 15, 35. Vrov. cens., 15, 36. Erreur dans Schol. Bob., p, 317. Vell., 2, 44. Oros., 6, 7. App., b. c, 2, 13. Plut., Ponip., 48. Cœs., 14. Crass., 14. Cat., min., 33. Zon., 10, 6. Cf. App., lllyr., 15.
') App., b. c, 2, 13.
«) Plut., Crass., 14.
') Dio C, 38, 8. Suet., Cses.. 22. Cic, Prov. cons., 15, 36.
») Cf. Cœs., B. G., 1, 10.
») Dio C, 38, 8. 41. Vell., 2, 44. App., b. c, 2, 13. Plut., Po/np., 48. Cxs., 14. Cat. Min., 33. Zon., 10, 6. Oros., 6, 7 et Eutr., 6, 17 se trompent.
»") Cf., Caes., B. G., 1,7.
") Caes., B.G , l, 21.
sénat *. Mais le sénatus-consulte no parlait pas de la durée des pouvoirs ; le sénat conservait donc le droit de disposer de la province tous les ans, comme le voulait la loi Sempronia Pourquoi avait-on par extraordinaire fixé la date du l*^'' mars oi, au lieu du l"' janvier 54 ou 53 comme limite des pouvoirs confiés à César? Pour rendre plus grande la difficulté de donner la province à un autre, puisque, en vertu de la loi Cornélia de provinciis, les consuls et les préteurs prenaient possession de leurs provinces le 1" janvier de chaque année \ Au reste, en violant une loi de Sylla, ou en paraissant l'ignorer pour revenir aux anciens usages, César n'était pas en contradiction avec lui-même ; tous ses actes paraissaient être inspirés par le même sentiment de mépris pour la constitution syllanienne. Caton eut raison do dire qu'en acceptant cette proposition le sénat avait introduit le tyran dans l'acropole'; et en elTel après comme pendant son consulat César montra qu'il était plus fort que la république ' ; les bases de son pouvoir personnel étaient désormais posées ^
On doit rapprocher de cette première loi Yatinia une autre loi Valinia de colonia latina Comum deducenda. Dès 67 César s'occupait déjà do faire donner le droit de cité aux habitants do la Transpadane, qui avaient déjà le droit lalin ; depuis ce moment les Transpadans n'avaient cessé de réclamer euxmêmes le litre de citoyens romains. César voulait avant tout s'assurer de leur dévouement, voilà pourquoi il augmenta le nombre des Latins en fondant une colonie do 5,000 citoyens latins ; il leur fil la plus formelle promesse de leur faire accorder le droit de cité ', et l'accorda aussitôt à un certain nombre de colons. Côme s'appella la Nouvolle-Côme *.
Avant les élections César présenta un grand nombre de lois :
') Cic, V((^, 15, 35 et seq.
-) C\c.,Fam., 1, 7, 10. Froi. cuns., 15. 30. 3) Cic, Pruv. cens., 15, 37. 16, 39.
^) Plut., ('((^ min., 33. Crass., 14.
^) Cic, AU.. 7, 9, 3.
*) Cic, ep., Fragm., p. 973 Halm.
") Suet., Cws., 28. App., b. c, 2, 26. Plut , Cas., 29. Cf. Cic AU., 11, 2. Fam., 13. 35. Strab., 5, 1, 6. Calull.. 35, 3.
la plupart étaient des lois judiciaires^, nous ne connaissons que la loi Julia de pecimiis repelundis ^, appelée aussi loiJulia repetwidarum^. Elle comprenait au moins 101 articles*, et, comme toutes les lois de ce genre, elle ne visait que les sénateurs^; elle était dirigée contre le sénat qui avait pris l'habitude de considérer les provinces comme son domaine propre, dont il excluait le peuple. Elle reproduisait plusieurs dispositions des lois Servilia etCornelia®, mais elle supprimait bien des licences autorisées par la loi Gornelia majestatis ^ et la loi Cornelia de provinciis*. Ainsi elle défendait au gouverneur de quitter sa province, de déclarer la guerre et de la faire sans autorisation ^ ; elle renft^rmait des dispositions qui devaient assurer la protection des peuples libres '" ; elle fixait le chiffre des redevances que la province avait à fournir pour l'entretien du g-ouverneur et de sa suite '\ et défendait de percevoir le tribut de l'or coronaire pour la fabrication des couronnes devant servir au triomphe, avant que le triomphe ne fût accordé à Rome *". On peut supposer que la loi de César visait aussi les abus des missions libres [letjationes llberœ) déjà limitées par la loi Tullia^^; en tout cas, rien ne nous autorise à croire que César fit une loi particulière de legalionibus liberis. On voit que la loi s'occupait de tous les détails de l'administration ^* ; la grande préoccupation de César fut aussi de rendre plus sévères les peines que pouvaient encourir les gouverneurs '';
*j Cic, Sest., 6i, 135. Tai., 12, 29. JXah. Pûst., 5, 12. Schol. Bob., p. 310. 321.
3) Di-., 48, M.
4) Cic, Fam.,S, 8, 3.
5) Cic, Rab. Post.. 5, 11 et seq.
«) C\c., Rab. Post., 4, 9.
7) Cic, Pis., 21, 50.
«) Cf. Cic, Fam., 3, 10, 6.
9) Cic, Pis., 2i, 50.
loj Cic, Pis., 16, 37. 37, 90. Dom., 9, 23. Prov. cons., 4, 7. Cxs., B. Afr., 87. Cf. Senatusc. de ÔOapud. Cic, A«,, 1, 19, 9. ") Cic, Att., 5, 10. 2. 5, 16, 3. 5, 21, 5. Pis., 37, 9J. 1^) Cic, Pis., 37, 90.
y=) Cic, AU., 15, 11, 9. Cf. Fam., 12, 21. '4) Cf. Dig., 48, 11.
«5) Cic, Vat., 12,29. Rab. post., i, 8. Saet., Cœs., 43. Dig., 1, 9, 2.
322 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIOnE [IV, 14
Cicéron lui donna son approbation'. Il devint plus difficile de falsilier la comptabilité ; les gouverneurs durent envoyer un exemplaire de leurs comptes au trésor, deux autres durent être déposés dans deux villes de la province ". Elle rendit aussi plus difficile la fabrication des témoignages que les gouverneurs tiraient de la province : ils durent être recueillis dans l'espace de trois jours, et remis au préteur qui les envoyait à Rome scellés de son sceau \ Quant à la procédure César y apporta quelques changements ; il diminua la durée du temps accordé aux orateurs pour l'attaque et la défense *. Au reste la loi n'était pas faite uniquement en faveur de l'accusateur ; elle limitait le nombre des auxiliaires que l'accusateur pouvait emmener dans les provinces pour faire son enquête ^
Depuis la retraite de Bibulus, César était de fait seul cousul ; on appelait en plaisantant son consulat le consulat de Jules et de César ^ Bibulus n'en continuait pas moins à publier ses édits ; il attaqua la vie privée de César et celle de Pompée', et réussit à ranimer son parti ^ Malgré la toutepuissance de César, il ne se laissa pas effacer®; Caton, les deux C. Scribonius Curio, le père et le fils '", d'autres encore surent exciter la haine contre les tyrans ; aux jeux d'Apollon du 6 juillet, on tourna Pompée en ridicule dans des pièces de théâtre, César fut froidement accueilli, Fufius fut sifflé, on applaudit Curio ''. Les choses allèrent si loin que les partisans de César se crurent obligés de recourir aux menaces ; ils menacèrent les chevaliers de faire supprimer la loi Roscia, le peuple de rapporter la loi frumentaire '■. Bibulus devint déplus
0 Cic, Sest., 64, 135. Pis., 16, 37.
') Cic, Pis,, 25, 61. AtL, 6, 7, 2. Fam., 2, 17, 2. 4. 5, 20, 2. 7.
') Cic, Place, 9, 21. Schol. Bob., p. 238.
*) Cic, Place, 33, 82. Cf., Lex. cul. Gen. G. 102. Plin., ep., 4, 9, 9.
^) Cic, Place, 6, 13. Il y a erreur dans Schol. Bob., p. 235.
0) Dio C, 38, 8. Suet., Cœs., 20.
') Cic, AU., 2, 19, 5. 2, 20, 4. 6. 2, 21, 4. Suet., Cœs., 9. 49.
8) Cic, Att., 2, 19, 2. 2, 20, 4. 2, 21, 5.
«) Cic, AU., 2,8, 1. 2,20,3.
") Suet., Cxs., 9. 49. 50. 52. Cic, AU., 2, 8, 1. 2, 12, 2. 2, 18,1.
") Cic, AU., 2, 18, 1. 2, 19, 2 et seq.
1») Cic, AU., 2, 19,3.
en plus audacieux et assez puissant pour faire reporter au 18 octobre les élections consulaires qui avaient été fixées fin juillet ^ Ce fut en vain que Pompée réunit une assemblée le 23 juillet pour parler contre les édits de Bibulus^ ; César ne réussit pas mieux auprès d'elle ; il échoua également dans une démarche faite auprès de Bibulus pour le décider à retirer son édit'. Vatinius avait pris des dispositions : il voulait chasser Bibulus de sa maison et l'arrêter. César n'osa pas commettre un pareil acte de violence, qui eût soulevé l'opinion contre lui '; il accepta la date fixée par Bibulus pour la tenue des comices.
Les partisans de César s'occupaient en même temps d'écarter de la vie politique les principaux sénateurs de l'opposition en leur intentant des procès. On avait déjà poursuivi C. Antonius, le collègue de Cicéron, on s'attaqua aussi à un préteur du même consulat, à L. Valcrius Flaccus ; en sortant de la préture Flaccus avait été gouverneur d'Asie % et jouissait d'une grande influence dans son parti. D. Ltelius l'accusa de concussion ^ en vertu de la loi Julia. Pompée ne fut pas étranger à l'affaire'' qui fut portée très probablement devant le tribunal de Cn. Lentulus, fils de Clodianus et non devant celui de T. Vettius \ Flaccus avait pris une part active à la répression de la conjuration de Catilina; il était impopulaire, et on espérait qu'il serait condamnée Mais il fut défendu par Hortensius*" et par Cicéron qui prononça en sa faveur son pro Flacco ; Flaccus fut acquitté '' avant les co-
1) Cic, AU., 2, 20, 6. 2,21, 5.
2) Cic, A«., 2,21, 3.
3) Cic, A«., 2, 21, 5.
*) Dio C, 38, 6. Cic, Vat., 9, 21. 2, 5. Fam., 1, 9, T.Scbol. Bob. p. 318 et seq.
5) Cic , Flacc, 3, 6. Cacs., b. c, 3, 53.
«) Cic, Flacc, 1,2. Scliol. Bob., p. 228. 230.
') Cic, Flacc, 6, 14.
8) Le passage de Cic, Flacc, 34, 85 prouve que T. Vetlius était préteur, et qu'il fut ensuite gouverneur d'Afrique, mais n'établit pas qu'il présidait . e tribunal.
9) Cic, Flacc, 2,5. 38, 95.
»») Cic, Flacc, 17, 41. 23, 54. AU., 2, 25, 1. »') Macrob., Sat., 2, 1, 13.
321 I.\ DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIOUE [lY, 14
mices*, malgré les dénonciations de L. Vettius - ; l'année suivante, il fut lieutenant du consul Piso ".
Yatinius voulut frapper un grand coup contre les chefs du parti sénatorial, que l'on était convenu d'appeler la naiio optimatium '' \ on croit que César n'en fut pas prévenu". Il essa^-a d'entraîner dans un complot fictif contre Pompée L. Yettius, qui avait joué un triste rôle comme faux délateur dans l'alfaire de Catilina, et le jeune C. Scribonius Curio, qui s'était remué en 61 en faveur de Clodius ^ : il dénoncerait ensuite Curio, et provoquerait une enquête dans laquelle seraient compromis les chefs du sénat. Yatinius visait surtout LucuUus et Cicéron. Cicéron vivait en dehors de la politique, s'occupant d'administrer ses biens " ; les maîtres du jour n'avaient pas réussi à le faire entrer dans leur parti ; il avait repoussé leur offre de le recevoir dans le vigintivirat après la mort de C. Cosconius ^ ; il avait refusé aussi de devenir le lieutenant de César'. Curion ne se laissa pas duper; il révéla tout à son père qui avertit Pompée. L'affaire fut portée au sénat,, où L. Yettius s'embrouilla si bien dans ses explications que le sénat le fit arrêter. Quelques jours plus tard. César le fit comparaître devant une assemblée : là il contredit ou compléta les explications qu'il avait données auparavant. Comme il avait avoué ses intentions de commettre un meurtre, il fut envoyé devant le tribunal de vi, que présidait Crassus Dives comme préteur ou comme juge de ce tribunal. On croyait qu'il serait condamné, mais on espérait aussi qu'il demanderait l'aulorisation de faire connaître ses complices. Yatinius prépara donc une rogatio de indicio Veitii, pour demander la constitution
') Cic, AU., 2, 25, 1. Cf., 2, 23, 3. 2, 24. Cic, Vat., 10, 25.
2) Cic, Place, 38. 9Ô.
3) Cic, Pis., 23,54.
*) Cic, Sest., 63, 132.
=) Malgré les témoii,-nag-es de Cic, Att., 2, 24, 2. et de Suet., Cxs., 20.
«) Cic, AU., 1, 14, 5.
') Cic, AU., 2, 22, 3. 2, 23, 1. 3. Cf. Cic, Place, 39, 9S.
•) Cic, AU., 2, 19, 4. Cf. 9, 2 A, 1. Prov. cons., 17, 41. Vell.,2, 45. Quint., 12, 1, 16.
9) Cic, AU., 2, 18, 3. 2, 19. 51 Pam., 14, 3, 1. Prov. cons., 17, 42. Cf. Plut., Cic, 30. DioC. 38, 15 et seq.
d'un tribunal extraordinaire'. Mais le but poursuivi par Valinius était connu, la ruse était dévoilée ; Valinius préféra faire disparaître le principal instrument de l^entreprise ; il fit égorg-er Vettius dans sa prison -.
Tout cela se passait^ avant les élections consulaires', à peu près en même temps que se plaidait le procès de Flaccus ; Cicéron en fut très inquiet. Pompée essaya de le rassurer en lui promettant que Clodius, candidat au tribunat, ne l'inquiéterait pas \ Pompée cependant ne regrettait pas encore son alliance avec César \ comme Cicéron le croyait ; il était plutôt mécontent de Cicéron ^ à cause des dénonciations de Vettius qui ne reposaient pourtant sur rien. Clodius fut le plus habile ; il ne fit pas connaître la conduite qu'il tiendrait pendant son tribunal; il ne voulut pas se prononcer entre Cicéron d'une part. César et Pompée de l'autre \
Les élections eurent lieu le 18 octobre ; elles furent favorables au parti des triumvirs ; les consuls élus furent A. Gabinius et L. Calpurnius Piso Caesoninus. Il y eut pourtant d'autres candidats% par exemple L. Cornélius Lentulus Niger, qui élait flamine de Mars". Un jeune homme, G. Porcins Cato, essaya d'accuser Gabinius de brigue, mais les préteurs ne voulurent pas recevoir l'action; irrité, Caton convoqua une assemblée, devant laquelle il qualifia Pompée de dictator pinvatiis, il faillit être mis en pièces''. Parmi les nouveaux préteurs se trouvaient des partisans avérés du sénat : L. Domitius Ahenobarbus, beau-frère de Caton, enrichi par les
') Q.\c.,Att., 2, 24, 2 et seq. Vat., 10, 24 et seq. Sest., 63. 132.
2) Cic, ivaf., 11, 26. Schol. Bob., p. 308. 320. Suet., Cxs., 20. Cf. Dio C. 38, 9. Plut., Luc, 42. App., 6. c, 2, 12.
3) Cic, Flacc, 38,96.
*) Cic, Vat., iO, 25.
5) Cic, AU., 2, 19, 4. 2, 20, 2. 2, 21, 6. 2, 22, 2. 2, 24, 5. Sest., 7, 15. DioC, 38, 15 et seq.
6) Cic. ,Att., 2, 22, 6. 2, 23, 2. Cf. Phil, 2, 10, 23. ") Cic , de Dom., ii, 28.
«) Cic, Ait., 2, 12, 1. 2. 2, 22, 1. 2, 23, 3. Cf., Plut,, Cic, 30.
') Cic , Har. Resp,, 6, 12. Ascon., p. 29.
»°) Cic, Vat., 10. 25,
1*) Cic, ad Q. fr., 1, 2, 5, 15. Cf. Sest., 8, 18.
326 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIQUE [lY, 14
proscriptions de Sylla*; P. Nigidius Fig-ulus, C. Memmius Gomellus, connu par ses relations avec les poètes Catulle et Lucrèce; L. Cornélius Lentulus Crus; L. Flavius ^ et T. Ampius Balbus^ Parmi les tribuns qui furent élus en octobre*, mais avant les consuls, nous trouvons des amis de Cicéron' ; mais le plus dang-ereux adversaire des triumvirs, M. Juventius Laterensis, n'avait pu être élu; au moment de poser sa candidature en juillet, il avait dû se retirer parce qu'il n'avait pas voulu prêter le serment exig-é par la loi Julia de ag'ro campano^ Pour Cicéron, l'élection de Clodius" fut un signe caractéristique de la disparition prochaine de la république \' il espérait cependant triompher de cet adversaire quand il s'attaquerait directement à sa propre personnel
0 Dio C, 41, 11.
') Cic, ad Q. fr., 1, 2, 3, 10. 1, 2, 5, 16.
3) Cf. Cic, Fam., 1, 3, 2.
*) Cic, AU., 2, 23,3.
E) Cic, ad Q. fr., i, 2, 5, 16.
«) Cic, Att., 2, 18, 2. Plane, 5. 13. 22, 52. Schol. Bob., p. 263.
') Dio C, 38, 12. App., b. c, 2, 14. Plut., Cœs., 14. Cat. min., 32. 33
8) Cic, ad Q,fr., 1,2,5, 15.
5) Cic, adQ. fr., 1, 2, 5, 16.