LES COMMENCEMENTS DE L ANARCHIE
Le tribun P. Clodius Piilcher avait reçu des triumvirs la mission de ruiner l'aristocratie en attaquant les principes sur lesquels elle reposait et les principaux personnages qui la représentaient ^ Les consuls Gabinius et Piso ^ devaient le seconder ou le laisser faire; en revanche, comme compensation, on promit de leur faire donner des provinces plus productives que celles que leur avait données le sénats Aussitôt entré en fonction Clodius proposa quatre lois '*.
La loi Clodia frumentaria portait que le blé, acheté à un prix très faible par les citoyens pauvres '", leur serait donné gratuitement ^ Une telle loi rendit Clodius très populaire, on le comprend; il donnait du même coup satisfaction à tous ceux qui n'avaient pas encore été pourvus par la commission agraire établie en vertu de la loi Julia agraria ; le parti sénatorial ne put que constater le déplorable résultat de la loi au point de vue de l'administration financière : le trésor devait consacrer le cinquième de ses revenus aux distributions de blé\
') Dio C, 38, 12. 14. Cic, de Dom., 9, 22. Sest., 17, 39. Prov. cons., 8, 18. Pis., 32, 79. P/fljîc, 35, 86, Vell., 2, 45. Aur. Vict., Vir. ill. ,8i.
^) Piso avait été accusé par Clodius quelque temps auparavant.
3) Cic, de Dom., 21, 55. 25, 66, Sest.^ 10, 24. 25, 55. Pis., 12, 28. 24, 57, Plane, 35, 86. p. Red. in Scn,, 2, 3. 4, 10. 7, 16. 13, 32. ad Qidr., 5, 11. Fam., 1, 9, 13.
*) Ascon., p, 9. Dio C, 38, 13.
^) La loi Cassia Terentia et le sénatus-c. de 62 avaient fait revivre la loi Sempronia.
«) Cic, S6'5^.,25,55. Ascon., p. 9. Schol. Bob,, p. 300. DioC, 38, 13.
') Cic ,Se5^,25, 55,
328 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIQUE [IV, i5
La loi Clodia de jure et tempore legum rogandarum^ décidait que l'on pourrait proposer des lois au peuple et les faire voler non seulement tous les jours fastes, mais aussi les jours fastes pendant lesquels on ne pouvait pas réunir les comices, dies fasti non comitiales ; de plus il serait défendu d'empêcher la tenue des comices législatifs en s'appuyant sur l'observation du ciel (défense de obniintiare et de intercederey . Clodius se donnait ainsi une plus grande latitude pour la proposition des autres lois qui rentraient dans son plan législatif. Le sénat se plaignit de ce que l'on supprimait deux lois fondamentales de la constitution aristocratique % les lois yElia et Fufia qui avaient limité les pouvoirs des comices législatifs au profit des comices électoraux *, et dont les dispositions concernant ces derniers restaient en vigueur '\
La loi Clodia de coUegiis rétablissait les associations religieuses [collegia) supprimées par le sénalus-consulte de 64, et permettait d'en organiser de nouvelles ^ Clodius s'en servirait pour discipliner le peuple, et se créer des partisans nombreux pour ses entreprises futures ; il pourrait organiser militairement les pauvres de Rome et les lancer à l'attaque de l'aristocratie.
La loi sur la censure, lex Clodia de censoria notione, retirait aux censeurs leurs pouvoirs disciplinaires : ils ne pourraient plus refuser à un ancien magistrat l'entrée du sénat, à moins qu'il n'eût été poursuivi devant leur tribunal et condamné à l'unanimité ". En affaiblissant la censure, Clodius portait la main sur une institution qui était considérée à juste titre comme une des bases de l'oligarchie. En perdant le droit d'inspecter les mœurs ^, la censure perdait son caractère principal,
') Cic, Sest , 26,56.
') Cic, Sest., 15, 33. Prov. cons-, 19, 46. p. red. in Sen., 5, 11. Vat., 7, 18. Har, resp., 27,58. Ascon., p. 9. Dio G., 38, 13.
3) Cic, Sest., 15, 33. Prov. cons., 19, 46. p. red. in Sen., 5, 11. Vat., 1, 18. Pis., 4, 9. 5, 10. Ilar, Resp., p. 27, 58.
*) Schol. Bob., p. 319.
°) Cf. Cic, Att., 4, 16, 5. Phil, 2, 32, 81.
«) Cic, Sest., 25, 55. Pis., 4, 9. Att., 3, 15, 4. Ascon., p. 9. Dio C, 38, 13.
') Ascon., p. 9. Dio C. 38, 13. Scliol. Bob., p. 300.
^) Cic, Sest., 25, 55. Prov. cons., 19, i6. de Dom., 51, 131.
IV, 15] LES COMMENCEMENTS DE l'anARCHIE 329
elle disparaissait pour ainsi dire ', ce qui d'ailleurs ne déplaisait pas à bon nombre de sénateurs et de chevaliers; il est même probable que Clodius gag'na par cette proposition des partisans au sénat et dans l'ordre des chevaliers'. La loi nouvelle devait d'abord servir à Clodius; elle lui permettrait de conserver son siège de sénateur sans pouvoir être inquiété par les censeurs futurs au sujet de ses actes de tribun.
Telles furent les premières propositions de Clodius; elles ne furent pas soumises à l'examen du sénat ; Clodius les présenta avant le 1°" janvier sous le consulat de César, ce qui explique pourquoi le sénat n'osa faire aucune opposition sérieuse. Un collègue de Clodius, L. Ninnius Quadratiis, fit seul mine de vouloir entrer en lutte. Pour le désarmer, Clodius bii promit de ne rien faire contre Cicéron, et Ninnius, conseillé par Cicéron^, cessa toute opposition \ Sans attendre le.l'"' janvier 58 fixé pour leur réorganisation, les collèges se réunirent pour célébrer les Compitalia sous la présidence de Sex. Clodius; L. Ninnius protesta, mais le consul Piso ^ qui avait les faisceaux '^, ne mit aucun obstacle; Piso montra ce jour-là qu'il ne conserverait pas en face de la démagogie la même attitude que Q. Metellus Celer. Quelques jours après, les quatre lois du tribun furent votées par le peuple ; le sénat avait fait preuve de la plus grande impuissance.
Deux de ces lois furent aussitôt mises à exécution, la loi frumcntaire et la loi sur les collèges. Pour la loi frumentaire, il fallut rédiger une disposition supplémentaire, une seconde loi frumentaria \ par laquelle un client de Publius, Sex. Clodius, fut chargé de la haute surveillance des approvisionnements de blé, et autorisé à inscrire tous les pauvres sur les listes contenant les noms de ceux qui devaient prendre part aux distributions ^ Sex. Clodius organisa aussi les col-
1) Cic, Pis., 4, 9. Har. resp., 27, 58.
2) Cf. DioC, 38, 13.
3) Cf. Cic, AU., 3, 15, 4.
*) Dio C, 38, 4.1
^) Cic, Pis., 4, 8. Ascon,, p. 7. 8.
«) Cf., Cic, p. red. in Sen., 7, 17. Pis., 5, H.
') DioC, 38, 13.
8) Cic, de Dom., 10, 25.
lèges^ 11 va de soi que Clodius enrôla dans les collèg-es tous ceux qui avaient part aux distributions de blé, surtout les derniers admis, dont la grande majorité était des esclaves affranchis ^ Il choisit très habilement les chefs ', de sorte que les collèges furent tout à la dévolion de P. Clodius.
Les personnages les plus détestés du parti de Clodius dans les rangs du sénat étaient Cicéron et Caton ; on craignait Cicéron à cause de son éloquence : il pouvait gêner les plans de la coterie soit au sénat, soit devant les tribunaux où il aimait à plaider. On détestait Caton à cause de la fermeté avec laquelle il affirmait ses principes républicains. Bibulus ne comptait pas, il ne valait pas la peine d'être inquiété; Clodius se contenta de renouveler la défense que Q. Métellus Népos avait faite autrefois à Cicéron; le dernier jour de décembre, quand Bibulus prononça le serment à sa sortie de charge, Clodius lui défendit de parler au peuple \ Quant à Cicéron et à Caton, Clodius ne voulut pas les attaquer directement. Vers le mois de février, il proposa deux lois qui paraissaient inoffensives et seraient facilement votées; avec l'une de ces lois, Clodius pourrait accuser Cicéron devant le peuple, avec l'autre il réussirait à éloigner Caton pour longtemps. Il fallait s'assurer le concours des consuls : Clodius proposa en même temps le décret qui réglerait le partage des provinces pour les consuls".
La loi Clodia qui visait Cicéron établissait que l'on punirait de l'exil {aguâs et ignis interdictio) tout magistrat qui ferait exécuter ou aurait fait exécuter ^ un citoyen romain sans jugement : c'était une reproduction, mais plus explicite, de la loiSempronia; comme cette dernière, elle voulait surtout empêcher les condamnation à mort en vertu du pouvoir dictatorial [senatiis coiisultum idtimum). Du moment oii la loi'', très
*) Cic, Sest., 2b, 55. 15, 34. p. red. in Sen., 13, 33. Pis., 5, 11. de Dom., 21, 54.
-) Cf. Dio C. 39, 24. Plut., Cic, 30.
') Ascon., p. 8. Cic, Cœl., 32, 78.
*) Dio C, 38, 12.
5) Cic, Sest., 10, 25. Cf., p. rad. in Sen., 2, 4.
«) Dio C.,38, 14. Vell., 2,45.
') Cic, AU., 3, 15,3.
IV, 15] LES COMMENCEMENTS DE l'aNARCHIE 331
populaire d'ailleurs, devait avoir un effet rétroactif; elle visait surtout Cicéron; Cicéron avait fait exécuter les partisans de Catilina sans jugement en vertu des pouvoirs extraordinaires que lui avait confiés le sénat*.
La loi dirigée contre Caton portait que l'île de Cypre formerait une province^ et que les propriétés du roi Ptolémée seraient confisquées au profit de l'Etat \ Plolémée était roi de Cypre ^, et son pouvoir était aussi légitime que celui de son frère en Egypte, et aurait dû être reconnu par Rome. Mais on avait besoin d'argent pour appliquer la loi Julia agraria et la loi Clodia frumentaria*; pour justifier la spolation, on commença par rappeler le testament de Ptolémée Alexandre, et on mit en avant que Ptolémée de Cypre s'était rendu coupable en protégeant les pirates '\
La loi Clodia de provinciis modifiait la répartition des provinces faite par le sénat en vertu de la loi Sempronia ; elle donnait aux consuls les provinces de Cilicie et de Macédoine. Gabinius ne fut pas satisfait; il y eut alors une seconde loi [de permutatione provinciarum) , qui autorisa Gabinius à échanger la Cilicie pour la Syrie ^ La même loi leur reconnut en outre — ce qui était contraire à la loi Julia de pecuniis repetundis — le droit d'exercer leur autorité dans des provinces autres que celles qui leur étaient attribuées, le droit de faire la guerre en dehors des mêmes provinces''; ils purent même rendre la justice chez les peuples libres ^ choisir leurs lieutenants sans en référer au sénat', et on leur laissa la libre disposition de sommes considérables '°.
«) Cf. Liv., ep., 103. Plut,, Cic, 30. App., 6. c, 2, 15.
2) Liv., ep., 104. Cic, de Dom.,8, 20. Sest., 26, 57. 27, 59. Schol. Bob., p. 301. 302. Flor. 3, 9. Dio C, 38, 30. App., 6. c, 2, 23.
3) Cic, F/acc. 13, 30.
') Cf. Amm. Marc, 14, 8, 15.
5) Schol. Bob., p. 301. App., b. c, 2, 23. Strab., 14, 6, 6. Cf. Val., Max., 9, 4, ext., 1.
6) Cic, Sest., 25, 55. de Dom., 9, 23. 26, 70. Prov. cons., 2, 3. Plut., Cic.,-.30. Aur. Vict., Ytr. ilL, 81.
') Cic, de Dom., 21, 55. 23, 60. 47, 124. Pis., 16, 37. 24, 57. *) Cic, Prov. cons., 4, 7. Cic, de Dom., 9, 23. •) Cic, Vat., 15. 36. Cf. Sest., 14, 33.
>°) Cic , de Dom., 9, 23. 21, 55. Sest., 10, 24. p. red. i^ Sen., 7, 18, Bar., resp., 27, 58.
Aussitôt que ces lois furent proposées^ Cicéron eut l'imprudence de prendre le deuil, et de faire dos démarches auprès du peuple pour amener leur rejet \ Il eut pour lui les sympathies des chevaliers et du sénat. Les chevaliers organisèrent une députation qui devait aller trouver les consuls et le sénat ; les sénateurs Hortensius et Curio en firent partie, beaucoup de sénateurs^ imitant Cicéron, prirent le deuil. Les consuls n'étaient pas hommes à se laisser intimider par de pareilles manifestations publiques. Cicéron croyait pouvoir compter sur Piso " qu'il avait nommé gardien de la centurie prérogative, quand il présidait les comices, et, le 1" janvier, il l'avait interrogé le troisième au sénat ^ Mais Piso déclara à Cicéron lui-même qu'il ne ferait rien contre la volonté de Gabinius'*, et lui donna le conseil de quitter Rome. Gabinius repoussa la députation des chevaliers qui voulait se présenter devant le sénat; L. J^lius Lamia, un chevalier qui s'était mis en avant dans cette affaire, fut exilé; Gabinius empêcha encore le sénat de délibérer sur une proposition de L. INinnius concernant la prise de deuil {vestis mulatio)^ et ordonna par un édit signé aussi de Piso à tous ceux qui avaient pris le deuil de reprendre leurs costumes ordinaires \ Clodius ne restait pas inactif; il empêchait par la force la tenue des assemblées convoquées par Mnnius; dans d'autres assemblées il faisait attaquer violemment Hortensius et Curio ^ ; après avoir ébranlé la popularité des amis de Cicéron, il convoqua une assemblée dans le cirque flaminius ; les consuls y vinrent pour blâmer la condamnation des partisans de Catilina; César, qui avait fait convoquer l'assemblée en dehors de la ville, parce que revêtu du commandement il ne pouvait plus pénétrer dans Rome \ déclara que l'exécution ordonnée par
') Cic, A«.,3, 15, 5. Dio G., 38, 14. Plut., Cic, 30.
S) Cic, Sest , 8, 19.
') Cic, p. red. InSen., 7, 17. Pis.,o, 11.
*) Cis,, Pis., 6, 12.
5) Dio C, 38, 16. Plut., Cic, 31. Cic, Scst , 11-14. p. red. in Scn.,5. 12. 12, 31. ad Quir., 3, 8. 5, 13. de Dom., 43, 113. Pis., 8, 17. 27, 64. P/anc, 35, 87. Fam., 11, 16,2. 12, 29, 1. Ascon., p. 10. Schol. Bob., p. 249. 271 et seq. 296.
«) Cf. Cic , .]/?•/., 14, 37. de Dom., 21, 54. 42, 110.
') Cic, p. red. in Scn., 13, 32. Sest., 18, 41 .
IV, 15] LES COMMENCEMENTS DE l'aNARCHIE 333
Cicéron était illég^ale; mais il ajouta, en faveur de Gicéron, qu'il ne pouvait pas approuver la proposition de punir cette illég-alité \ Clodius put alors se vanter d'être d'accord avec César, Pompée et Grassus -. Ges trois grands personnag-es ne voulurent pas lui donner de démenti en public; au moment où l'on allait discuter les lois et les faits de l'année précédente, ils ne voulaient pas tourner contre eux un tribun populaire ; d'ailleurs les dangers personnels qui les menaçaient leur tenaient beaucoup plus à cœur que ceux des autres. Grassus disait bien que les consuls devaient prendre la défense de Cicéron, mais il ne le pensait pas sérieusement. Des amis de Cicéron, ayant à leur tète le prétour L. Lentulus Crus, vinrent trouver Pompée ; il leur déclara qu'il prendrait les armes pour soutenir la proposition que pourraient faire les consuls en faveur de l'orateur; mais il savait bien que les consuls ne feraient pas une proposition de ce g-enre '\ Cette réponse \ l'affectation de Pompée à s'éloig^ner de lui ' firent comprendre à Cicéron qu'il ne pouvait pas compter sur Pompée. Ses meilleurs amis, Ilortcnsius et Gaton, lui représentèrent qu'une résistance à main armée serait inutile; ils l'eng-ag-èrent à s'éloigner, en lui faisant entrevoir la pompe d'un retour g-lorieux ^ Gicéron se résig'na à l'exil; plus tard il essaya de colorer sous les fleurs de son éloquence les motifs honorables à ses yeux qui l'avaient décidé' ; en réalité, sa résolution fut dictée par des motifs plus simples, et ne mérite ni éloge ni blâme ^ La veille de son départ, s'appuyant sur un plébiscite.
') Dio C, 38, 16. 17. Plut., Cic, 30. Cic, Pis., 6, li. Scst., 14, 33. p. red.in Sen., 6, 13. 7, 17.
*) Cic, Sest., 17, 39etseq. Har. Resp., 22, 47.
3) Cic, Sest., 18,40. p. red. in Sen., 13, 22 et seq. Pis., 31, 77. Dio C, 38, 17. Sctiol, Bob,, p. 288.
*) Cic, AU., 3, 15, 4,
') Dio C, 38, 17. Plut., Cic, 31. Pomp., 46..Cf., Sest, 18, 41.64, 133. Pis., 31, 76. ad Q. fr., 1, 4, 4. Att., 3, 15, 4. 10, 4, 3.
6) Dio C, 38, 17. Plut., Cic, 31. Cat. min., 35. Cic, ad Q. fr.,i, 4, 4. Cf., AU., 3, 9, 2. 3, 15, 2. 4, 2, 5. Fam., 1, 2, 3. 14, 1,1. ad Q. fr., 1, 3, 8.
7) Cic, p. red. in Sen., 14, 34, ad Quir., 5, 13. de Dom., 24, 63. 34, 91. 36, 96 et seq. Sest., 19. 23. Plane. 36, 89. Mil., 14, 36. Fam., 1, 9, I3!
8) Cf. Dio C, 46, 11. 21.
334 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIQUE IIV, i5
Cicéron alla dédier devant le temple de Minerve au Capitole une statue de Minerve Custos* : il quitta Rome avant que la loi Clodia fût votée ^ Elle dut l'être vers le milieu de mars'; car César qui se rendit dans sa province après le départ de Cicéron, nV arriva que quelques jours avant le 28 mars *.
Le jour où la loi de Clodius fut votée, la maison que Cicéron possédait à Rome fut incendiée et ses villas furent pillées %• le même jour, on vota la loi Clodia de provinciis^; le même jour aussi, ou un des jours suivants, fut encore votée la loi concernant l'île de Cypre\ Cette hypothèse concorde avec les faits que nous connaissons, et les ag-itations provoquées par le départ de Calon; il quitta Rome après Cicéron'*, mais, comme lui, au commencement du tribunat de Clodius ^
Cicéron s'était exilé volontairement; pas ne fut besoin de formuler contre lui une accusation basée sur la loi de Clodius ; Clodius, du reste, ne comptait en faire usage que dans le cas où Cicéron resterait '". Il fallait cependant obtenir contre lui un décret officiel d'exil, et lui rendre le retour impossible ; voilà pourquoi Clodius proposa une seconde loi qui visait directement Cicéron '\ La loi Clodia de exilio Ciceronis '- portait qu'une sentence d'exil pesait sur la tête de Cicéron, parce qu'il avait faussement interprété un sénatus-consulte et fait mettre à mort des citoyens sans jugement '^ Sa maison et ses biens furent confisqués au profit de l'État, la maison dut être rasée
») Obseq.,68. Cf. Cic, Fam., 12, 15, 1. rfe ieg-., 2, 17, 42. Dio C, 45, 17.
2) Dio C, 38, 17.
') Plut.,CcTS., 14.
') CsDà., B. G., 1, 6. 7.
S) Ci.c, Sest., 24, 54. p. rcd in Sen., 7, 18. Cf. de Dom., 24, 62. Pis., 11, 26. Plane, 40, 95. Mil., 32, 87. Cf. Asoon., p. 10.
G) Cic, Sest., 24, 53. 19, 44. p. rcd. in Sen., 7, 18. Att., 3, 1.
') Cic, Sest., 29,. 62.
8) Cic, (^e Dom., 25, 65. Sest., 28, 60. 29, 63. Erreur ap. Plut., Cat. min., 34.
9) Cic, de Dom., 9, 22.
««) Cic, de Dom., 22, 57. Mil., 14, 36. ") Cf. Cic, A«.. 3, 15, 5 et seq.
'2) Schol. Bob., p. 309.
1') Cic, de Dom., 18, 47. 19, 50. 31, 83. Pis., 29,72. Schol. Bob., p. 253. Liv., ep., 103. Dio C, 38, 17. Plut., Cic., 32. Cf. Dio C, 46, 2. 20.
IV, ISj LES COMMENCEMENTS DE l' ANARCHIE 335
comme celle des coupables de haute trahison*. Au jour indiqué, Cicéron devait se tenir éloigné de Rome à une distance d'au moins 400,000 pas ^ ; s'il se rapprochait, on pourrait le mettre à mort sans jug-ement , ainsi que ceux qui l'auraient accueillie Défense aux tribuns futurs de proposer son rappel*, défense aussi aux magistrats et aux sénateurs de faire une motion de ce genre au sénat, même d'émettre un vote en sa faveur e Après avoir présenté la loi, Clodius apprit que Cicéron voulait se retirer en Sicile ou à Malle^; il changea dans sa proposition l'article qui concernait la distance et s'arrangea pour que le séjour de la Sicile fût interdit à l'exilée Clodius observa toutes les formalités législatives, pour que sa loi ne pût être annulée pour vice de forme*. 11 dut respecter le trinundinum, sa loi ne put donc être proposée que vers le milieu de mars ; en tenant compte des jours néfastes et des grands jeux d'avril , nous concluons qu'elle dut être votée avant le 3 avril. Cette date concorde avec ce que nous apprend Cicéron ; il fallut un certain délai pour le prévenir ; or, nous savons par lui qu'il lui fut signifié de se trouver en dehors des limites fixées par la loi avant le 7 avriP. L'assemblée qui vota la loi ne devait être composée que des bandes de Clodius, les amis de Cicéron s'abstinrent, toute opposition était inutile'".
La loi de Clodius avait pour elle les apparences de la légalité, mais rien que les apparences; c'était aux yeux de Cicéron*', et c'est aussi pour l'historien, un acte arbitraire,
') Dio G., 38, 17. App., b. c, 2, 15. Plut,, Cic, 33. Cic, Sest., 30, 65. Pis., 13, 30. Ascon., p. 10.
-) Cic, AU., 3, 4.
^) Cic, de Dom., 19, 51. 32, 85. Plane, 41, 97. Fam., 14, 4, 2. AU., 3, 4. Dio G., 38, 17.
♦) Cic, AU., 3, 23, 4.
»j Cic, AU., 3, 15, 6. 3, 12, 1. 3, 23, 2. p. red, in Sen., 4, 8. de Dom., 26, 68. 27, 70, Sest., 32, 69. Pis., 13, 29.
') Dio G., 38, 17. Plut.. Cic, 31, Cic, Plane, 40, 95. AU., 3, 4.
^) Dio G., 38, 17. Plut., Cic, 32. Cf., AU., 3, 2. ) Cic, Prov. cohs., 19, 45 de Dom., 16, 42.
3j Cic, AU., 3, 4. 3, 5, Cf. Fam., 14, 4, 2. Plane, 40, 96 et seq,
1») Cic, de Dom., 30, 79. 31, 82. Sest.,5\, 109 et seq. Pis., 13, 30.
*') Cf, Cic, deLefj., 3, 19, 45. Sest., 34, 73.
33G LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIOl'E [ÏV, 15
émanant de la souveraineté judiciaire de la populace révolutionnaire conduite par le tribun ; elle montre bien clairement qu'il ne fallait plus songer au maintien des institutions républicaines. Rome allait tomber dans l'anarchie, ou passer au régime monarchique \
En même temps, Clodius aA^ait présenté la loi qui devait éloigner Caton de Rome -, elle dut aussi être votée avant les jours néfastes d'avril. Avant le vote , Clodius avait vu Caton et lui avait déclaré que personne n'était plus capable que lui d'administrer les biens de Ptolémée ; Caton refusa énergiquement l'olTre qu'il prévoyait'. Quand la loi fut votée ^ Clodius demanda que Caton fût chargée de l'exécuter en qualité de questeur, mais on lui donnerait les pouvoirs prétoriens, c'est-à-dire le droit de faire la guerre \ Il ajouta, pour tenir Caton plus longtemps éloigné de Rome, que le nouveau magistrat serait chargé de reconduire à Byzance des bannis^ qui avaient acheté la protection de Clodius au poids de ror\ Clodius avait souvent parlé dans les assemblées de la part prise par Caton à la condamnation des partisans de Catilina'', et il savait que Caton ne pourrait pas refuser la mission qui lui était confiée ; il était particulièrement heureux de donner un commandement extraordinaire au zélé républicain qui avait toujours protesté contre les commandements de ce genre ^ ; l'occasion était excellente pour le compromettre, et Clodius fit son possible pour préparer les éléments d'un procès contre Caton ^ Pour ne pas s'exposer à un décret d'exil en désobéissant à la volonté du peuple souverain, autant que pour ne pas
') Cic, de Boni , 10, 26. 13, 33. 17, 43. 42, HO. Scst., 30, 65.
-) Plut., Cat. mm, 34. Cf. Cic, de Dom., 25, 65.
3) Cic, Scst., 29, 62.
*) Vell., 2, 45. Liv., ep., 104. Aur. Vict., Vir. ill ,80, Cic, de Dom., 8, 20. 9, 21. Dio C, 38, 30. PiuL , Cat. min., 34. Cws., 21. Pomp., 48. App., 6. c , 2, 23. Strab., 14, 6, 6.
3) Plut., Cat., min., 34. Cic, de Dom., 20,52. Scst., 26, 56. Schol. Bob., p. 301.
6) Cic , de Dom., 50, 129, Ilar. Resp., 27, 59. Cf. ad Q. fr., 2, 9, 2.
■') Cic, de Dom., 9, 21.
8) Cic, Sest., 28, 60. de Dom., 9, 22.
9) Plut., Cut. min., 34. 45.
IV, lo] LES COMMENCEMENTS DE l'aNARCHIE 337
laisser tomber en d'autres mains la g-estion des grands intérêts qui lui étaient confiés', Caton se soumit. César écrivit à Clodius pour le féliciter du résultat obtenu ^
Le sénat avait donné une preuve nouvelle de son impuissance, de son elFacement dans l'Etat; nous retrouvons là un autre symptôme de l'état morbide dans lequel se débattait rinslitution républicaine. Clodius dirigeait tout, décidait de tout avec ses bandes, dont les membres n'étaient probablement pas même des citoyens; ils représentaient maintenant le peuple souverain, les organes de la constitution étaient donc complètement faussés ; Rome était dominée par une démagogie anarchique.
L'impuissance du sénat s'accusa d'une manière encore plus caractéristique ; il ne put faire annuler les lois de César Au moment oi^i fut proposée la première loi Ciodia contre Cicéron ^ li*s préleurs L. Domitius Ahenobarbus et C. Memmius Cemellus firent un rapport sur les événements de Tannée précédente, de sitperioris anni actis\ César déclara franchement qu'il s'en rapportait à la décision du sénat *. Mais il fit connaître sa pensée intime dans des discours qu'ilcomposa contre Domitius et Memmius, discours qui furent ensuite publiés®; d'ailleurs les amis de César veillaient et agissaient de telle sorte que le sénat ne put rendre de sénatus-consulte. Après trois jours de discussions stériles, César put se rendre dans sa province vers la fin de mars^ La tentative avait échoué, il en résultait qu'auprès de l'opinion la tentative elle-même était considérée comme blâmable , par conséquent les lois Juliae n'en étaient que mieux affermies *.
Constatons aussi l'impuissance des tribunaux ; on ne put mettre en accusation ni César ni Vatinius. Après le départ de
') Cic, Sest., 28, 61 et seq.
^) Cic, de Dom ,9, 22.
3) Cic, Sest., 18, 40. Prov. cons., 18, 43. Pis., 32, 79,
*) Suet., Caes,, 23. Ner.,2. Scliol. Bob., p. 297.
5) Suel., Cws., 23. Schol. Bob., p. 317.
6) Schol. Bob., p. 317. 297. Suet., Cœs.y 73. ') Suet., Cœs., 23,
«) Cic, Vat., 6, 15. Prov. cons., 19, 46.
Il 22
338 LA DISSOLUTION DE LA KÉPIBLIQLE [IV, lo
César, on avait poursuivi son questeur ; en obtenant sa condamniition, on atteignait César; puis le tribun L. Antistius osa accuser César lui-même. Le préleur était décidé à recevoir la plainte, mais César fil ag^ir le collège des tribuns ; ces derniers défendirent que Ton mît en accusation un mag-istrat retenu loin de Rome pour le service de TEtal'. Yatinius était devenu le lieutenant de César-, il eût pu décliner la poursuite en employant le même procédé. Il préféra subir les poursuites; C. Licinius Calvus " l'avait cilé en vertu de la loi Licinia Junia' devant le préteur C. MemmiusGemellus pour répondre des irrégularités de sa lég'islation dans trente jours; Yatinius laissa s'écouler le délai pendant lequel il pouvait faire appel au collège des tribuns. Yatinius discuta alors sur l'interprétation de la loi de Alteniis consiliis rejiciendis^ et finalement se fit soutenir par les bandes de Clodius qui cbassèrent le préteur du tribunal".
Tout réussissait à Clodius; il se persuada bientôt qu'il était le maître absolu dans Rome %il ne craignit pas d'offenser Pompée ^ Yoici comment : le préteur L. Flavius était chargé de garder le jeune Tigrane; en avril *, Clodius ménagea à Tigrane les moyens de tromper Flavius et de s'enfuir; quand Flavius et Clodius se rencontrèrent sur la voie Appia, ils se livrèrent un véritable combat; un chevalier M. Papirius fut tué, et Flavius dut prendre la fuite'. Clodius proposa ensuite des lois'" qui devaient changer certaines dispositions prises par Pompée enOrienl". Pompée se retourna aussitôt contre
1) Suet., Cxs., 23.
2) Cic, Vat., 15, 35.
^) Tac. Dîa/., 34. Quinl , 12, G, 1. 4) Cic, Sest., 64, 135.
'^) Cic, Vat., 14, 33. Cf. Schol. Bob., p. 310. 323. 322; il y a là confusion avec une autre accusation dirigée contre Vatinius. ») Cic , Sest., 15, 34. de Dom., 19, 49.
•) Cic, de Dom. , 25, 66. App,, b. c, 2, 15. Plut., Poinp., 48. ») Cic, Att., 3, 8, 3.
9) Ascon., p. 47. Schol. Bob., p. 284. Cic, de Dont., 25, 6ô. Mil., 6, 18. 14, 37. Dio C, 38, 30. Plut., Pomp., 48.
10) Cic, Sest., 30, 66. 25, 55. de Dom., 10, 24. H) rint., Pomp.. 38. C<c., 33.
IV, '15j LES COMMENCEMENTS DE l'aNAHCHIE 339
Clodius^; Gabinius qui avait les faisceaux pour le mois d'avril en fît autant sur les conseils de Pompée". Les choses allèrent si loin que Clodius consacra les biens de Gabinius ^ ; L. Ninnius riposta en consacrant aussi les biens de Clodius'. Le sénat reprit courage, Clodius n'osa plus se montrer dans les réunions oi^i les partisans du sénat étaient en nombre, par exemple aux jeux de M. .Emilius Scaurus'. Le préteur L. Domilius Ahenobarbus put même faire échouer une proposition de loi du tribun Cn. Manlius, la rogatio de libertinorum auffraijiis ; elle avait dû être préparée de concert avec Clodius à l'époque dont nous parlons, et nous pensons qu'elle était une reproduction de la rogation Manilia de 67, qui avait été repoussée. Il faut ajouter que le préteur employa, pour réussir, les mêmes moyens de violence que Clodius". On s'explique dès lors pourquoi Clodius put faire passer un si petit nombre de rogations. Nous n'en connaissons que trois, sans compter celles dont nous avons parlé plus haut : la loi Clodia de scribis (juœstonis, qui interdisait aux secrétaires des questeurs en province les opérations commerciales''; la loi Clodia de injuriis publicis^ faile au profit d'un des plus violents partisans de Clodius, Menulla d'Anagni^; et la loi Clodia de Dejotaro et Broyiuwo, qui est bien de cette époque, puisqu'elle changeait des dispositions prises par Pompée en Asie; elle enlevait à Déjotarus le sacerdoce de la grande déesse à Pessinonle, pour le conférer, ainsi que le litre de roi, au gendre de Déjotarus, Brogilarus, qui avait corrompu Clodius ^ La brouille entre Pompée et Clodius'" eut un résultat immédiat; en mai, on parla déjà de rappeler Cicéron''. On con-
') Gic, Sest., 31, 67. de Dom., 10, 25. 2) Gic, de Dont., 25, 66. Vis.. 12, 27. =*) Gic, de Dam., 47, 127. Dio G., 38, 30. *) Gic, de Dom., 48, 125.
^) Gic, Sest., 54, 116.
«) Ascon.,p. 46. Gf. Schol. Bob., p. 284. 7) Suet., Domit., 9.
«) C\c.,de Dom., 30, 81.
") Gic, Sest., 26, 56. Har. resp., 13, 28. 27, 58. de Dom., 50, 129. Cl Mil., 21, 13.
'0) Gic , Alt., 3,10, 1.
") Gic, AU., 3, 8,- 2. 3.
3i0 LA DISSOLUTION DE L\ RÉPllnLlQllE [IV, 15
sulla Pompée qui se montra favorable'; le l*-"' jllm^ le Iribun L. Ninnius parla au sén.it de son iiileulion de proposer une loi de Cicernnis redUu; Clodius était absent; un autre tribun, ^lius Ligus", opposa son intercession à toute proposition qui aurait pour ol)jet le rap[)el de Cicéron*; le sénat ne voulut pas s'en occuper avant que les circonstances lui permissent de s'attribuer Tbonneur du rappeP. JNinnius porta sa proposition devant le peuple; il y eut des combats sur la place publique, et Ninnius ne put la faire voter". Sur ces entrefaites, Q. Cicéron revint d'Asie où il avait passé trois ans comme g-ouverneur; le sénat lit en son honneur une démonstration significative '. Pompée altenrlait que les comices électoniux eussent eu lieu pour soulever de nouveau la question au sénat^; il communiqua ses vues avec beaucoup de confiance au tribun Q. Térentius CuUeo", et demanda par écrit l'avis de César'".
Les élections eurent lieu en juillet'' sous la direction de Piso '" ; elles furent meilleures pour le sénat qu'on ne s'y attendait. Les consuls élus pour 37 furent P. Cornélius Lentulus Spinther et Q. Caecilius Méiellus Népos; édile sous le consulat de Cicéron, Lentulus'^ avait surpassé tous ses prédécesseurs par l'éclat de ses fêtes'*; il avait aidé Cicéron dans sa lutte contre Catilina'^ ; en 60, il était devenu préteur urbain"^, puis
1) Dio C, 38, 30. Plut., C/c, 33.
2) Cic, Scst., 31, 68. p, rccl. in Sen., 2, 3.
«) Cic, Sest., 31, 68. Cf., 43, 94. de Dom,, 19, 49. Har. rcsp., 3, 5.
*) Uio C, 38. 30. Cic, p. red in Sen., 2, 3. •
°) Plut., Cic , 33. Cic, Sest., 31, 68. A«.,3, 24, 2.
«) Dio C, 38, 30.
') Cic, Sest., 31, 68. de Dum., 23, 59.
8) Cic, Att.,3, 13, 1. 3, 12. 1. 3, 14, 1. Plut., Puiap., i9. Cic, AU , 3, 15, 1.
9) Plut., Pomp., 49. Cic, Ait., 3, 15, 5. '«) Cic, Att.,3, 18, 1. 3, 15,3.
") Cic, Att., 3, 13, 1. 3,14, 1.
12) C\c., de Dom., 43, 112.
") CF. Cic, Brut., 77, 268.
'*) Cic, 0,ff., 2, 16. 57. Plin., n. h., 9, 39, 63, 137. Val. Max., 2, 4, 6.
'^) Cic. ad Qui)-., 6, 15.
"•) Plin'., n. h., 19,1, 6, 23.
IV, lo] LES COMMENCEMENTS DE l'aNARCHIE 341
avait g-ouvorné l'Espagne citérieure'; quand il était tribun, Métellus avait combatlu Cicéron, mais il était partisan de Pompée, et on pensait qiVil serait au moins neutre dans la question du rappel de Cicéron. Parmi les préteurs élus se trouvait un des chefs du parti anarchique^ Appius Claudius, frère de Publius, ennemi personnel de Cicéron; mais tous les autres appartenaient au parti sénatorial' : L. Ca^cilius Rufus, M. Calidius, C. Septimius', Q. Valerius Orca*, P. Licinius Crassus(?), Sex. QuintiliusVarus (?)^ et C. Cœcilius Cornutus. En juillet aussi eurent lieu les élections de tribuns"; T. Annius Milo (Papianus)\ P. Sestius, T. Fadius Gallus, Q. Fabricius, C. Cestilius, M. Cispius , M. Curtius^ Peducœanus (fils de Sex. Peducaeus qui avait été questeur de Cicéron), et C. Messius tenaient les uns pour le sénat, les autres pour Pompée^; deux seulement, Q. Numerius Rufus et Sex. Alilius Serranus ou Gavianus*" se laissèrent acheter après leur élection parle parti de Clodius*'.
De pareilles élections trompaient tous les calculs de Clodius; désespéré, plein de rag-e, il prépara un complot pour attenter aux jours de Pompée; l'exécution devait avoir lieu le \ 1 aoùt^", mais Pompée lut prévenu et resta chez lui; Clodius résolut alors de faire assiéger la maison de Pompée par ses bandes un des jours suivants *^ Pour troubler davantage la situation politique, il eut l'idée originale de commencer
') Caes., b. c, 1, 22. Cic., Fam., 1, 9, 13. ') Cic, de Dom., 43, 112.
3) C;c., p. red. in Sen., 9, 22 et seq.
4) CF. Cic, Fam., 13, G a.
^) Ne pus le confondre avec le quesleur de 49 dont parle Cces., b. c, 1, 23.
«) Cic.,A«., 3, 13, 1.
'') Ascon., p. 53.
*) Il y a erreur, faute de copiste, dans le texte de Cic, ad Q. fr., 1, 4, 3' où on trouve Curius, cf. Flacc, 12, 30.
9) Cic , p. red. in Sen., 8, 19 et seq. adQ. fr., 1, 4, 3. Mil., 15, 39.
10) Ascon , p. 11. Scliol Bob., p. 2S8. 303. Cic, Sest., 33, 72. 34, 74. 38, 82 43, 9k Att., 4, 2, 4. Har. resp., 15, 32.
") Cic, Pis., 15, 35. Sest., 40, 87.
'^) Ascon., p. 47.
*3) Aicon., p. 47. Cic, Sest., 32, 69. de Dom., 5, 13. 25, 67. Ilur. resp., 23, 49. Pis.,1, 16. 12, 28. Mil., 7, 18. 27, 73. Plut., Pomp., 49,
une campagne pour faire supprimer les lois de César'. Mais son rùle élail fini; sans doute Gabinius et Piso s'opposèrent -encore cà ce qu'une proposition formelle fût faite au sénat concernant Cicéron-; la loi- Clodia les empêchait de laisser aller les choses^ mais ils ne purent pas empêcher les sénateurs de parler de Cicéron-' ; en juillet, le préteur L. Domitius Ahenobarbus déclara qu'il était disposé à faire une proposition formelle^ Quant à Pompée, il affectait de ne pas venir au sénat'. Deux des tribuns désignés préparèrent le' texte d'une loi qui permettrait à Cicéron de rentrer"; ces deux tribuns étaient P. Sestius, qui avait soutenu Cicéron pendant son consulat en qualité de questeur de C. Antonius', et T. Fadius, l'ancien questeur et partisan de Cicéron pendant le même consulat^ Sestius alla même trouver César, pour le décider à s'associer à leur projet de loi'. Enfin, le 29 octobre", tous les collègues de Clodius, à l'exception de .Elius Ligus^', proposèrent en commun une loi de reditu Ciceronis sur la demande de Pompée*'-; mais la loi renfermait un article qui pourrait permettre à Clodius d'en attaquer la validité une fois qu'elle serait votée *^ Ainsi devient vraisemblable la supposition faite par Cicéron que ses amis sincères, L. Ninnius, L. Novius*', L. Antistius, Q. Terentius Culleo se seraient laissés duper par leurs collègues peu honnêtes; Cicéron prétend que cet article avait été inséré dans la loi par Clodius lui-même *'. Le sénat discuta longuement la propo-
') Cic, de nom., 15, 40. Har. resp., 23, 48.
2) C]c., p. red, in Sen., 2, 3. ad Quir., 5, 11. 8^^,32, 69. Pis., 13, 29.
3) Cic, A«., 3. 15, 1.3,
4) C\c., Att., 3, 15, 6.
5) Cic , Sest , 32, 69. p. red. in Sen., 2, 4. de Dnm., 25, 67. Har. rc<ip., 23, 49. Mil., 6,18.
«) Cic, Att., 3, 19, 2. 3, 20. 3. 3, 23, 4. Cf. Fmn.. 14, 2, 2. 14, 3, 3.
') Cic. Cat.,i, 8, 21. Sest., 3, 8 et seq.
*j Cic. p. red. in Sen., 8, 21.
9) C\c.,Sfst., 33, 71.
"•) Cic, AU., 3, 23,1.
") Cic, Sest., 32, 69.
*-) Cic., p. red, in Sén., 11, 29.
'3) Cic, Att., 3, 23, 2.
'\^ C. Ascon,, p. 47.
'=) C\c., Att., 3, 23. A.
IV, 15] LES COMMENCEMENTS DE l'aNARCIHE 343
sition^- le consul désigné P. Lentulus^ et le préteur désigné M. Calidius^ prirent ouvertement parti pour Cicéron ; malgré tout, la loi ne fut pas volée.
Le retour de Cicéron n'était plus qu'une affaire de temps ; le sénat renonça à l'engagement qu'il avait pris de ne plus s'occuper d'aucune affaire avant que Cicéron fût rappelé par un sénatus-consulte. Au commencement de novembre il s'occupa de régler les armements dans les provinces des consuls désignés''. Cicéron craignait que les nouveaux tribuns se laissassent décourager par ce qui venait do se passer; mais dès leur entrée en fonctions les huit qui lui étaient favorables déposèrent une proposition commune en faveur de l'orateur" ; C. Messins venait déjà d'en faire une semblable de Cicérone, revocando^ . Les délibérations du sénat aboutirent enfin à un sénatus-consulte"; il décidait en principe le rappel de Cicéron; les questions de fait qui s'y rattachaient étaient renvoyées à l'examen des consuls de l'année suivante.
Dès le 1" janvier 57 le consul P. Lenlulus Spiniher parla au sénat du rappel de Cicéron**; l'autre consul Q. Mételkis Népos, que Q, Cicéron et Alticus avaient essayé de gagner'', déclara qu'il oubliait sa haine et ne ferait pas d'opposition'". On demanda aux sénateurs leur avis : L. Aurélius Cotta, interrogé le premier comme ancien censeur, déclara qu'une loi était inutile, vu que l'exil avait été prononcé d'une façon illégale". Pompée fut d'un avis contraire; rappelant que le tribunat de Clodius avait été légal*-, il fallait un plébiscite pour lever la loi d'exil". Pompée allait entraîner le vote d'un
') Cic, p. red. in Sen., 2, 4.
2) Cic, Sest., 32. 70. p. red. in Srn , 'i, 8. d- Dnm., 27, 70.
3) Cic., p. red. in Sen., 9, 22.
*) Cic, AU., 3, 24, 1. 2.
S) Cic, Sest., 33, 72. Pis., IT-, 35. Fam., t, f», 16.
") Cic, p. red. in Sen., S, 21.
^) C\c., AU., 3, 26. Cf., 3, 25.
8) Cic, p. red. ad Quir., 5, H . Pis., 15, 34.
3) Cic, Fam., 5, 4, 1. AU , 3,22, 2. 3, 23, 1. 3,24, 2.
10) Cïc.,Sest., 32, 72. 40, 87. p. red. ad Qinr.,Q, 15.
") Cic, Sest., 34, 73 de Dora , 26, 68. 32,84. Leg., 3, 19, 45.
'^) Cic, de Dom., 16, 42, Prov. cons., 19, 45.
13) Cic, Sest., 34, 74. de Dom., 26, 69.
344 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIulE [IV, i^
sénatus-coQsulte approuvant la proposition des huit tribuns, quand Sex. Alilius Serranus, ancien obligé de Cicéron, sous le consulat duquel il avait été nommé questeur, demanda un délai d'une nuit pour réfléchir'. Aux séances suivantes, le sénat ne put arriver àla rédaction du sénatus-consulte'; mais son opinion était maintenant connue; les consuls et les préteurs, excepté Appius Claudius^ annoncèrent qu'ils prenaient pour leur compte la proposition des tribuns *. Elle prit le nom de Rogatio fabricia^ de Q. Fabricius ; le vote fut fixé au 23 janvier^, Appius Claudius annonça qu'il observerait le ciel\ ne tenant aucun compte de la loi Clodia ni des dispositions encore en vigueur des lois .Eiia et Eufia;puis finalement les partisans de Clodius chassèrent du forum Q. Fabricius et M. Cispius ; le sang coula, Q. Cicéron fut blessé '.
Un autre jour P. Sestius voulut faire opposition au consul Métt'llus; il fut attaqué, et faillit trouver la mort au milieu du massacre qui s'ensuivit^ Le préteur L. Cœcilius Rufus vit sa maison entourée par les bandes de Clodius® ; pour quel motif? Probablement parce qu'il refusait d'admettre les réclamations de ceux qui avaient pillé les propriétés de Ci•;éron'^ Ces violences firent ouvrir les yeux à quelques magistrats; le consul Métellus A'épos, qui n'était pas complètement vendu au parti de Clodius, commença à s'effrayer".
Sur ces entrefaites Alilon fit emprisonner un certain nombre de gladiateurs qu'Appius Claudius avait achetés pour ses jeux et qu'il avait cédés à P. Clodius*-; Alilius leur rendit la
^) Cic, Sest., 34, 7-i, p. red. ad Quir., 5, 12. Ait., 4. 2, 4.
*) GiC, Sest , 35, 75. ad Quir., 5, 12.
3) Cic, St'5f., 40,87. P/5., 15, 35. ;V//., 15. 39. Ascon., p. H. DioC.,39, 6.
*) Gic, Pis., 15, 35. p. red. inSen., 9, 22.
'•') Gic, Sest., 35, 75.
•) Gic.,Se.<f^, 36, 78.
") C\c., Sest., 35. p. red. in Sen., 8, 22. 3, G. 3/(7., 14, 38. Dio G. 39 7. Plut , Cic, 33 Pomp., 49.
*) Cic, Sest. ,37. Mil., 14,38, p. red. in Sen , 3,7. 12, 30. ad Quir., 6, 14. ad Q. fr., 2, 3,6. Schol. Boh., p. 392.
8) Gic, 3/(7 , li, 38. .\scon.,p. 48.
1°) Cic.p red. in Sen., 9, 22 Cf. de Dom., 41, 103.
") Gic, p. red. in Sen., 3, 7. Fam., 5. 4, 1. Dio G., .39,6.
") Gic, Sest., 39, 85. 35,77 et seq Dio G., 39, 7. Cf. Gic, de Dom.. 43. 111.
IV, 15] LES COMMENCEMEiNTS DE l' ANARCHIE 345
liberté '. Milon poursuivit alors P. Cloilius pour violence (y?.s)% mais Mélellus, Appius Claudius et Atilius soutinrent Clodius par des édits, l'accusation ne put être reçue; le préteur fut saisi de frayeur^ La maison deMilonfut bientôt entourée', mais Milon rendit violence pour violence ; d'accord avec Pompée^ il engagea une troupe de gladiateurs®, et P, Seslius en fit autant". Pendant plusieurs mois il y eut des engagements journaliers dans les rues et sur les places publiques; Appius Claudius réunit de nombreuses assemblées pour exciter davantage les esprits ", le sénat se taisait, les tribunaux ne fonctionnaient plus'; enfin Milon prit le dessus avec ses gladiateurs'".
Cicéron n'était pas oublié; Pompée était magistrat [duovir) de Capoue; il fit prendre par le sénat de la colonie une délibération favorable à Cicéron, elle fut le point de départ d'une nouvelle campagne '^ A Rome, le sénat no put reprendre ses séances qu'en juin. La première eut lieu dans le temple de l'Honneur et de la Vertu (élevé par Marins), au moment oii Lentulus donna ses jeux; le sénat recommanda Cicéron aux provinciaux, aux magislrats de provinces; il invita aussi tous les citoyens qui babitaient l'Italie à se rendre à Rome pour protéger le sénat^". En juillet Lentulus déposa sou projet de
') Cic, feV-Jf., 39, 85.
2) Cic. Mil , 1?!, 35. 15, 39. Sest., 41, 89. j). red. in S-n., 8, 19. AU., 4, 3, 2. PI. Il , Ci'-.. 33. Di.). C, 39, 7,
3; Cic. , Sest.., \[, 89. p. rel. in Son., 8, 19. CF. Fam., 5, 3, 2.
*, Cic , S.'St., 39, 85. MU , U, 38.
5) Api>., 6. c, 2, 16. Liv.,<?p., 104. Vell., 2, 45. Plut., C«c.,33. Pomp., 49.
«) Cic, S'^.tt., 40. 41. p. rcd. in Ss7i.,8, 19. Har. îvs/)., 4, 6. Off., 2, 17,
') Cic, >e.sf., 42, 90. 92.
8) Cic, Sest., 59, 126. de Dom., 15, 40. Schol. Bob., p. 307. 9) Cic, p. red. in Sen., 3, 6. ad Qair., 6, 14, Sest , 39, 85.
10) Dio C, 39, 8. Cic, MU., 13, 35. p. red. in Sen., 8, 19. Plut., Cic, 33.
»') Cic, MiL, 15, 39.23. red. in Sen.,' 11,529. Pis., 11, 25. Cf. Sest., 4,9.
'2) Cic, Plane, 32, 78. Sest., 54, 116. 60, 128. 22, 50. Pis., 15, 34. p. red. in Sen. ,9, 24. de Dom., 28, 73, 32, 85. de Div., 1, 28, b9. Val. Max., l, 7, 5. Schol. Bob., p. 2G9. 305. App., b. c, 2, 15.
loi; le sénat siégeait alors dans le teniple de Jupiter sur le Capitule; Métellus Népos approuva'; les efTorts réunis de Lentulus et de Pompée l'avaient décidé à défendre Cicéron-; pendant la séance le vieux P. Servilius Vatia Isauricus acheva de le décider en lui rappelant les glorieux souvenirs de la famille des Métellus \ On demanda ensuite aux sénateurs leur avis; Pompée se prononça ouvertement pour -Cicéron ; tous les autres, 416 présents, en firent autant, Clodius resta seul'*. Le sénatus-consulte chargeait Lentulus' de présenter la résolution du sénat aux comices par centurie. Le jour suivant on décida que l'on considérerait comme un crime toute tentative faite pour empêcher la tenue des comices®. Le mouvement de l'opinion était si bien prononcé, qu'aux jeux donnés par Métellus Scipion en l'honneur de Métellus Pius, Sestius fut accueilli par des applaudissements^; Appius Claudius n'osa pas semontrer^ et n'essaya pas de faire opposition ■'.
La loi Cornelia permettait à Cicéron de rentrer'" dans la propriété de tous ses biens " ; pour la recommander au peuple on réunit plusieurs assemblées, dans lesquelles Lentulus, Pompée et d'autres optimates prirent la parole en faveur de Cicéron'-; les comices centuriates se réunirent le 4 août"; Clodius parla contre la loi '*, mais les comices étaient protégés par les bandes de Milon; la loi fut votée par une foule considérable de citoyens venus des municipes et des colonies d(^
») Cic, ^est., 62, 130. p. reâ. ad Quir., 6, 15. de J)om., 27, 70.
S) Dio C, 39, 8.
3) C\c.,Sest.,Ç>2, 130. p.red. in Sen., 10, 25. Prnv. cons., 9, 22. Schol, Bob., p. 308.
*) Cic ,p. red, in Sen., 10, 26. nd Quir., 6, 15. de Dom., 6, 14. \2, 30. Sest., 61, 129. MU., 15, 39.
°) Cic, Pis., 15, 35. Cf. de Dom., 4, 9 Dio C, 39, 8.
'■) Cic, Sest., 61, 129. Pis., 15, 35. p. red. in Sen., 11, 27.
') Cic, Sest., m, 124.
«) Cic, Sest., 59,126.
») Cic, de nom , 33,87.
">) Clc.y de Dom., 27, li.
") Cic, Har. resp., 6, 11. Cf. AU. ,3, 20, 2. Fam., 14, 2, 3.
12) Cic, Pis., 15,34. 32, 80. Se.st., 50, 107. p. red. in Sen., 10, 26. ad Quir., 1, i6. de Dom., 12,30.
'^) Cic, A«.,4, 1, 4.
'*) Cic, Sest., 50, 108. de Dom., 33, 90. Mil., 14, 38. Dio C, 39, 8.