Catuil
'2) Cic, Scaur., 2, 33 et seq. Cf. Ascon., p. 25. Schol. Bob., p. 373.
382 LA DISSOLITION 1)K LA RÉFUBLlOt'K [IV, 17
sur rinvilation de son frère, que liait la convention conclue avec Memmius et Domitius.
Par suite de cette convention tenue secrète, la corruption électorale prit des proportions telles qu'en mai ou en juin on cul l'idée d'établir une dictature pour mettre fin à l'anarchie '. Pompée ne pouvait qu'approuver un pareil projet, parce qu'il était seul en mesure de prendre la place de dictateur-. En juin et juillet, la brigue fit l'objet des délibérations du sénat, mais on ne prit aucune résolution '; on s'entendit pour déterminer les provinces qui seraient données aux nouveaux consuls \ Les comices de cette élection devaient avoir lieu en juillet % ils furent renvoyés en septembre ^
Caton, qui était préteur, ne pouvait rien contre ces désordres. Il obtint seulement, par son autorité personnelle, des candidats au tribunat, tous jeunes gens au début de leur carrière, qu'ils renonceraient à employer la corruption; chacun déposa entre ses mains une somme de oOO,000 sesterces, et jura que s'il se laissait entraîner à employer la corruption, il abandonnerait la somme à Caton, et Caton pourrait la partager entre ses rivaux. Les élections eurent lieu probablement le 28 juillet , elles furent calmes, et Caton n'eut à confisquer que le dépôt d'un seul candidat '. On est heureux de constater l'influence qu'a pu exercer un homme d'honneur dans une circonstance particulière; il n'en reste pas moins établi que les lois et les tribunaux étaient impuissants à obtenir ce qu'obtenait la seule vertu d'un citoyen *; et encore il ne manquait pas de gens pour regretter l'influence morale de Caton ^ D'ailleurs la morale de Caton se démentait bien vite sur d'autres questions : nous le voyons céder amicalement au
») Cic, ad Q. fr.. 2, 15, 5, Cf 3, 8, 4. Quint., 9, 3, 95.
-) App., 6. c, 2, 19.
■') Cic, ad Q. fr.,2, 16,2
') Cic, AU., 4, 16, 5.
3 Ascon., p. 19. Cf. Cic, Att., 4, 15, 8.
») Cic, adQ. fr., 2, 16. 3.
') Cic, Att., 4, 15, 7. ad Q. fr., 2, 15 B, 4. Plut,, Cat. min.
8) Cic, Att., 4, 15, 8. ad Q. fr., 2, 15 B. 4.
Ô Plut., Od. min., 44.
IV, 17] l'anarchie 383
vieil orateur Q. Horlensius sa femme, Marcia, qu'il i-eprenait ensuite à la mort de l'orateur ^
De nombreux procès attirèrenlencore l'attention. En février, M. Ceelius Rufus fut de nouveau poursuivi à l'instigation de P. Clodius; mais on ne put convenir de la date pour Tappel de la cause ^, et l'accisaleur paraît avoir abandonné l'aiîaire. En juin, le tribun de 56, C. Porcins Gaton fut poursuivi en vertu de la loi Licinia Juuia pour illégalités dans la présentation de ses propositions; il fut acquittée Bientôt après, il fut de nouveau poursuivi en vertu de la loi Fufia avec M. Nonius Sufenas, pour empêcher la réunion des comices; il fut acquitté le 5 juillet avec M. Nonius Sufenas*; M. ^Emilius Scaurus, qui était revenu de Sardaigne le 28 juin, avait présenté sa défense '\ Au contraire, un tribun de la même année o6, Procilius ^ fut poursuivi par Glodius on ne sait pour quel motif ^ probablement parce qu'il était partisan du sénat; par 28 voix contre 22, il fut condamné ^
Cicéron n'avait pas défendu Procilius; il n'avait pas voulu irriter davantage P. Clodius, devenu candidat à la préture pour 53 ' ; du reste, il se plaint d'avoir trop de causes à plaider à cette saison de l'année^". Il s'était chargé d'un procès des habitants de Réate contre ceux d'Intéramne au commencement de juillet^', ce procès n'avait rien de politique; puis il défendit M. Cispius, qui avait travaillé à son rappel en qualité du tribun en 57; nous ne connaissons pas le motif de l'accusation, Cicéron ne put le sauver '-. Cicéron défendit encore C. Messius, qui avait agi, en 57, en sa faveur, mais plus encore
') Plut., Cat. min., 25. 52. App., 6. c, 2, 99. Slrab., 11, 9, 1. Quint., 3, 5, 11. 10, 5, 13. Lucaii., 2, 328. -) Cic, aiQ. fr. 2,13, 2.
3) Cic, AU., 4, 16, 5,
*) Cic, AU., 4, 16, 5. 4, 15, 4. 4, 17, 2. Cf. Tac, Bial., 34. '") Ascon,, p. 19.
•') Cf. Cic, adQ. fr.,2, 8,1.
'■) Cic, AU., 4, 16, 5.
8) Cic, AU., 4, 15, 4.
^ Cic, ad Q. fr., 2, 15, 2. Mil., 9, 24. 10) Cic, ad Q. fr., 2, 16, 1. AU., 4, 16, 1. ") Cic, A«., 4, 15, 5. Scuur., 2,27.
'-) Cic, Plane, 31, 75 et seq.
38i LA DISSCiLlTlUN DE LA lŒIM BLlOLt: [IV, 17
dans l'inléi-èl de Pompée; le consul Appius (^laiidiiis essaya de le faire sortir d'embarras, parce qu'il lui avait procuré une place de lieutenant auprès de César; nous ne connaissons pas non plus exactement le motif de l'accusation ; mais nous savons qu'elle se basait sur la loi Licinia de sodaliciis , elle devait viser les procédés de violence employés pour faire réussir son élection à Tédilité*. Nous ne connaissons pas le résultat du procès qui fut plaidé devant le préteur P. Servilius Valia Isauricus. (Livius) Drusus avait été accusé de prévarication par Lucretius; on avait choisi le 3 juillet pour la récusation des juges": c'était aussi un ami de Pompée^, il fut défendu par Cicéron peu de temps après le procès de C. Messius *, et acquitté fin juillet, à quatre voix de majorité '. Cicéron ne pouvait s'empêcher de défendre les amis de Pompée, il avait besoin de ce dernier pour le soutenir contre Clodius^
Cicéron avait aussi à compter avec César. En février, au sénat, il avait parlé trop librement au sujet d'une petite affaire qui concernait Antiochus de Commagène, le favori de César; le consul Appius Claudius qui, sur le désir de Pompée, s'était réconcilié avec Cicéron ' dès 35 ^ l'avertit amicalement ^ Sur les entrefaites, Q. Cicéron s'était rendu auprès de César en qualité de lieutenant, il était chargé de bien disposer César en sa faveur et en faveur de son frère *"; César le reçut avec beaucoup d'égards, et lui témoigna une grande amitié ^^ ; César était déjà venu en aide à Cicéron par des prêts d'argent'-; Cicéron, en effet, s'était souvent trouvé embarrassé depuis son
') Cic, AU., 4, 15, 9.
2) Cic, Att.,i, 16, 5.
3) C'ic. Att., 2.7, 3.
*) Cic, Att.,i,ib, 9.
^) Cic, ad Q. /'r.,2,16, 3. AU., 4, 16, 8.
«) Cic, ad Q. fr.,2, 15 B, 2.
') Cic, Fam., 1, 9, 4. 19. 2, 13, 2. 3, 1, 1. 3, 10, 8. 3, 12. 4. Scaur 2, 31. MU., 27, 75. Quint., 9, 3, 41.
» Cf. Cic. Pis., 15, 35.
^) Cic, ad Q. fr., 2, 12, 2. Cf. Fam., 3, 10, 8.
-0) Cic, ad Q. fr.. 3, 8, 1. Cf. AU.. 8, 3, 2.
<>) Cic, ad 0. fr., 2, 15, 1. 3, 1, 3, 9. AU., 4, 18, 3.
<0 Cic, ad n. fr., 2, 12, 5. AU., 5, 6, 2. 5, 10, 4. 7, 3, 3. 7, 3, 11. ' 8,5.
IV, 17] l'anarchie 385
retour d'exil ; César avait su encore flatter son amourpropre, en échangeant avec lui une correspondance littéraire sur le pied de l'égalité ^ On s'explique pourquoi , sur la demande formelle de César ^ , Cicéron consentit à défendre P. Vatinius , qu'il avait autrefois couvert de son mépris; depuis que Vatinius avait été préteur, Cicéron s'était déjà rapproché de lui sur la demande de Pompée^; C. Licinius Calvus tenait de l'accuser au sujet des associations"; Cicéron parla pour lui ^ La sentence fut rendue le même jour que celle de Livius Drusus\ On avait permis à Vatinius de récuser cinq juges en plus de ceux d'une tribu ", il fut acquitté ''. Cicéron ne publia pas son discours, nous n'en connaissons que quelques passages *".
Vint ensuite" le procès de Cn. Plancius accusé pour les mêmes raisons *% en vertu de la même loi, à l'occasion de son élection à l'édilité enSS; ses accusateurs furent probablement son rival malheureux M. Juventius Laterensis'', qui s'était posé comme adversaire de César en 59, et L. Cassius Longinus'"'. Plancius fut défendu par Q. Hortensius et par Cicéron ^^; nous avons encore le discours de Cicéron, où il se justifie contre l'accusation d'avoir aliéné sa liberté""'; il fut prononcé peu de jours avant la célébration des jeux romains qui com-
') Cic, ad Q. fr., 2, 15, 2. 2, 16, 4. 3, 1, 3, 10. 3, 1, 5, 17. 3, 1, 7,25. 3, 5, 3. AU., 4, 15, 10. 4, 16, 13.4, 18. 3. Fam., 7, 5. 7, 17, 2. 11, 27, 2.
2) Cic, Fam., 1, 9, 19.
3) Cic , Fam., 1, 9, 19.
^) Catull., 53. Tac, DiaL, 34. Quint., 6, 1, 13. Cf. Cic, ad Q. fr., 2, 4. Schol. Bob., p. 316. 323. 262. Cf. 322.
5) Schol. Bob., p. 262. Cf. 322.
6) Cic, Fam., i, 9, 4. Ascon., p. 18. Scliol. Bob., p. 262. 317. Val. Max., 4, 2, 4. .
^) Cic, ad Q. fr., 2, 16,3.
") Cic, Plane, 16, 40. Schol. Bob., p. 262.
9) Cic, Fam., 5, 9, 1.
10) Cic, Fragm., p. 952 Halm.
") Cic,P/onc., 16, 40.
'2) Schol. Bob., p. 253. '3) Cic, Flanc, 1. 2. 2, 6 et seq.
'^) Cic,P/rtnc.,24, .58.
lï) Cic, Ptonc.,15, 37.
»6) Cic, Ptenc, 37, 91 et seq. Cf. Cic. «'i Q. fr . 3, 5, 4. Il 25
mençaientle 4 septembre*, par conséquent en août; le préteur C. Alfius Flavus^ présidait en remplacement de P. Servilius Vatia Isauricus; Plancius fut certainement acquitté.
Au point de vue politique, le procès en restitution intenté à M. ^Emilius Scaurus eut un plus grand retentissement ^ La plainte fut déposée le 8 juillet. Scaurus était candidat au consulat, et les élections, quin'avaientpas encore été renvoyées à l'automne, devaient avoir lieu un des jours qui suivraient le 28 juillet* ; Scaurus pouvait donc être élu et échapper à toute poursuite; voilà pourquoi ses accusateurs, P. Valérius Triarius% fils de L. Triarius, L. Marins^ M. et Q. Pacuvius, interrompirent l'enquête qu'ils avaient déjà commencée en Sardaigne ^ Six orateurs appartenant à des partis différents présentèrent la défense de Scaurus: Q. Horlensius,M. Cicéron, P. Clodius, M. Claudius 3Iarcellus, M, Calidius et M. Valérius Messala Niger '. Neuf consulaires vinrent ensuite témoigner eu sa faveur ^ : L. CalpurniusPiso, L. Yolcatius Tullus, Q. Melellus Népos, M. Porperna, L. Marcius Philippus, M. Cicéron, Q. Hortensius, P. Servilius Valia Isauricus et Cn. Pompée ; ses parents, en tête L. Cornélius Sulla Faustus [Faiistus Sylld)^ son beau-frère, alors questeur •', employèrent tous les moyens de théâtre que l'on avait l'habitude d'employer dans ces circonstances'". On réussitàfaire acquitterScaurus", le 2 septembre'^, à une grande majorité; Caton présidait en qualité de préteur'^; il voulut, dans la circonstance, donner une preuve de ses regrets au sujet des anciennes coutumes; il
') Cic, P/anc, 34, 83.
') Cic, nanc, 17, 43.42, 104.
3) Ascon., p. 19. Cic, AU., 4, 17, 2. 4, 15, 9. ad Q. fr., 2, 16, 3.
^) Cic, AU., 4, 15, 8.
5) Cic, AU., 4, 17, 2. Ascon., p. 19.
6) Ascon., p. 19. Cic, Scaur., 2, 23.
') Ascon., p. 20.
8) Ascon., p. 28,
9) Ascon., p. 20.
'") Ascon., p. 29.
") Ascon., p. 30. Cic, AU., 4, 16, 7. 8. Val. .Max., 8, 1, 10. '*) Ascon., p. 18.
'3) Ascon., p. 19.
IV, 17J l'anarchie 387
vint siéger sans tunique *. L'acquittement fut si éclatant que le lendemain, 3 septembre, les accusateurs durent paraître à leur tour devant le tribunal, on les accusait de calomnie. Ils furent aussi acquittés -. Nous avons conservé des fragments assez importants du discours de Gicéron en faveur de Scaurus {pro Scauro)^; il fut publié en septembre, en même temps que le discours en faveur de Plancius (pi^o Plancio)'' ,
Ce procès venait d'être jugé, quand G. iVIemmius Gémellus, conseillé par Pompée, vint lire au sénat la convention qu'il avait conclue avec Cn. Domilius Galvinus et les consuls ^ Il ne se croyait plus lié par les engagements qu'il avait pris à l'égard de Cn. Domitius, parce que ce dernier n'en tenait plus aucun compte, et croyait pouvoir réaliser facilement ses projets ambitieux sans l'appui de Memmius. Gésar fut très mécontent du procédé employé par Memmius, il lui retira son appui ^ Pompée cessa de soutenir Scaurus"; alors, malgré les efforts de ce dernier % Domilius et Messala réunirent les principales chances pour arriver au consulat '^. Mais de leur côté les tribuns montrèrent leur mécontentement, surtout Q. Mucius Scévola, en empêchant la tenue des comices (par Yobniintiatio) '" : ils menacèrent de poursuivre tous les candidats pour brigue. On prévoyait un interrègne, on craignait que la procédure ordinaire des procès de brigue n'otïrît pas assez de garanties pour régler d'une manière efficace les procès de ce genre qui étaient devenus plus nombreux et plus nécessaires que jamais". Le sénat décida, sur la proposition de Catou, que les candidats au consulat seraient jugés d'une façon particulière: on choisirait les jurés au sort,, on n'admettrait
') Ascon., p. 30. Val. Max., 3, 6, 7. Plut., Cat. min., 44. ») Ascon., p. 30.
3) Cic, f)'., p. 953 Halm.
') Cic, ad Q. fr., 3, 1, 4, H. 3, 1, 5, 16. ») Cic, Att., 4, 18, 2. ad Q. fr., 3, 1, 5. 16. «) Cic, AU., 4. 16, 6. 4. 18, 3. Cf. ad Q. fr., 3, 2, 3. 3, 8, 3. ') Cic, adQ.fr., 3, 8, 3.
«) Cic, AU., 4, 16, 7.
») Cic, AU.. 4, 16, 6. ad Q. fr., 3, 2, 3. 3, 8, 3. 3, 9, 3. Cf., 3, 1, 5, 16.
'») Cic, AU., 4, 16, 7. Cf. 4, 17, 2. ") Cf. Cic, AU., 4, 15, 4.
pas de témoins, on ne prononcerait pas de discours ni pour ni contre les accusés [tacitum judicium)^ Le sénat avait l'espoir que, dans les conditionspareilles,lasentence rendue serait plus équitable que si les procès étaient instruits dans les formes ordinaires, si les avocats étaient autorisés à mettre au service des accusés leur éloquence toute politique et leur influence personnelle. Mais le sénat n'avait pas tout prévu : certains juges ne voulurent pas siég^er dans ce tribunal d'un nouveau genre sans l'approbation du peuple; ils se firent soutenir par les tribuns. Le sénat fut obligé de décider que les comices seraient ajournés et que l'on ferait d'abord une loi de tacito judicio ^ Le peuple ne désirait pas le moins du monde voir punir la brigue, ni surtout la voir disparaître; les pauvres s'étaient habitués à considérer comme un revenu régulier l'argent avec lequel on achetait leurs suffrages; ils manifestèrent leur mécontentement d'une manière éclatante lorsque Caton vint leur demander de voter la proposition de loi ^ Le jour du vote, en septembre % le tribun A. Terentius Varro Muréna opposa son intercession"; le sénat avait résolu de mettre tout en œuvre pour amener les tribuns à retirer leur veto ; mais l'opinion du peuple était si visiblement hostile au projet de loi, qu'il fallut l'abandonner et se contenter de déclarer que les comices auraient lieu le plus tôt possible ^ Il fallut ainsi se résigner à laisser poursuivre les candidats dans les formes ordinaires. Cn. Domitius Calvinus fut accusé par le tribun C. Memmius; M. Valérius Messala par Q. Pompeius Rufus : M. ^Emilius Scaurus , par son ancien accusateur P. Valérius Triarius ; enfin C. Memmius Gemellus, par Q. Curtius\ Quant aux comices, les tribuns mirent en œuvre tous leurs moyens d'opposition {obnuntiatio et intercessio)^ pour les faire différer
') Cic, AU.. 4, 16, 6. Plut.. Cat. min., 44.
«) Cic, AU., 4, 16, 6.
3) Plut., Cat. min., 44.
*) Cf. Cic, AU., 4, 16,7.
^) Cf. Cic. fam., 13, 22, 1.
«) Cic, AU.. 4, 16,6.
'J Cic, AU., 4, 16. 8. 11. ad Q. fr.. 3, 2, 3.
») Cic, adQ. fr.. 3, 3, 2.
IV, 17] l'anarchie 389
jusqu'au moment où César serait arrivé dans la Gaule cisalpine \
Pompée était satisfait de voir ajourner les élections : l'anarchie envahissait Rome, c'est ce qu'il désirait. En août, ou au commencement de septemhre, la mort de Julia, sa femme ^ avait fait disparaître un des liens qui le rattachaient à César ^ Malgré l'opposition lég-ale du consul L. Domitius Ahenobarbus et de quelques tribuns \ le peuple voulut qu'on fît à Julia des funérailles solennelles et qu'elle fût ensevelie au champ de Mars ^ : ce fut une manifestation en faveur du père de Julia plutôt qu'en faveur de son mari ^ Au même moment, de juin à septembre, César avait fait une seconde expédition en Bretagne ^; on vota en son honneur de nouvelles actions de grâces qui furent célébrées en novembre ".
Il devenait de plus en plus probable que les comices ne pourraient se réunir et qu'il y aurait un interrègne ® ; Pompée dut apprendre avec plaisir que le tribun désigné, C. Lucilius Hirrus''*, préparait un projet de loi pour lui faire donner la dictature". Cependant on ne peut affirmer qu^ilait encouragé le tribun: nous avons vu qu'il avait, quelque temps aupara-
') Cic, ad Q. fr., 3, 2, 3. Cf. AU., 4, 17, 2.
*) Cic, ad Q. fr., 3, 1,5, 17. 3, 1, 7, 25. 3, 8, 3.
3) Vell., 2, 47. Senec, cons. ad Marc, 14, 3. Val. Max., 4, 6, 4. Suet., Cœs., 26. Flor., 4, 2, 13. Plut., Pûinp., 53. Ca^s., 23. App., b.c., 2, 19. Zon., 10, 6.
*) Pour consacrer un emplacement spécial à la sépulture d'un personnage remarquable, il fallait à la fois l'avis du sénat et du peuple; on devait consulter le peuple, parce qu'il fallait disposer d'une parcelle de l'ager publicus (Cf. Dio C, 39,64). [N. D. T.]
5) Dio C.,39, 64. Plut., Cs-s., 23. Pomp., 53. Liv., ep., 106.
^) Plut., Powp., 53.
') Caes., B. G., 5, 1-23. Dio G., 40, 1-4. Plut., Cœs., 23. Liv., ep., 105. Gros., 6, 9. Cic, Att., 4, 16, 13. 4, 15, 10. 4, 17, 3. arf Q. fr.. 2, 16, 4. 3, 1, 3, 10. 3, 1,4, 13. 3, 1, 7, 25. 3, 3, 1. Fam., 7, 6. 7, 7. 7,10.
«) Cic, udQ.fr., 3. 8,3.
') Cic, «(/ 0. /•»'., 3,2, 3. 3, 8, 4. 3, 9, 3.
>") Cf. Cic, Att., 4, 16, 5. Fam., 8, 8, 5 : dans ce dernier passage Cicéron l'appelle Luccejus.
M) Cic, ad Q. fr., 3, 8, 4. 6. 3, 9, 3. Cf. AU., 4, 18, 3. 4, 16, 11, ad Q. fr.,3, 4, 1. 3, 7, 2.
390 LA DISSOLUTION DE L\ RÉPUBLIQUE [IV. il
vaut, dissuadé le tribun P. Licinius Crassus Julianus de faire une proposition semblable '.
Pendant les derniers mois de 54, la question desj^lections, d'une part, de l'autre les accusations dirig-ées contre A. Gabinius occupèrent vivement l'opinion publique; plusieurs autres procès, entre autres celui qui aboutit à la condamnation de M. Fulvius Nobilior, un ancien partisan de Catilina -, passèrent inaperçus \
Non content d'avoir amassé une fortune considérable dans sa province de Syrie \ A. Gabinius avait mis le comble aux illég-alités de son administration provinciale en acceptant, sur l'invitation de Pompée % de replacer Ptolémée Aulète sur le trône d'Eg-ypte^ moyennant 10,000 talents". Gabinius en agissant ainsi avait formellement désobéi aux ordres donnés par le sénat. Grâce aux talents militaires de son préfet de la cavalerie, M. Antonius", fils de M. Antonius Créticus, si célèbre plus tard, il avait complètement réussi' : le favori de Pompée etdeCésar, Ptolémée Aulète, régnait de nouveau à Alexandrie, protégé par une g-arnison romaine'". A Rome, on avait déjà parlé de cette alfaire dans le sénat en oo; la nouvelle du rétablissement de Ptolémée était arrivée en Italie au mois d'avril '%* à la fin de l'été, au moment où Cicéron prononçait son discours contre Pison, la nouvelle était confirmée, bien que Gabinius se fût gardé d'envoyer au sénat un rapport officiel'^ En faisant passer des troupes en Egypte, Gabinius avait dégarni la pro-
') Cic, ad Q. fr., 3, 8, 4.
-) Voir plus haut, tome II, page 254.
3) Cic, Att., 4, 16, 11. Cf. ad Q. fr., 3. 3. 1.
*j Voir plus haut, tome II, page 331.
S) Dio C, 39, 55 et seq.
•) Voir plus haut, tome II, page 352 et seq.
■') Cic, Rab.po.st., 8.21. 11, 30. Schol. Bob., p. 271. 356. Plut., Ant., 3.
«) Cf. Plut., Ant., 3. App., b. c, 5, 8. Cic, PhU., 2, 19, 48. Dio C, 45, 26. Jos., Ant. Jud., 14, 5, 2. 14, 6, 1. b. Jud., 1, 8, 3. 4. 6. I, 12, 5.
S) Dio C, 39, 57. App., Syr., 51. Jos., Ant. Jud., 14, 6, 2. b. Jud., 1, 8, 7. Val. Max., 9, 1, ext. 6. Cœs., 6. Alex., 3.
'0) Dio C, 39, 58. 42, 38. Liv., ep., 105. Cf. Caes., b. c, 3, 103. Val. Max., 4, 1,15.
") Cic, Att.,i, 10, 1.
'2) Dio C, 39,59. Cic, Pis., 21, 48 et seq.
IV, 17] l'anarchie 391
vince, et n'avait plus pu la protéger contre les pirates*; les habitants de la province, surtout les fermiers qui ne pouvaient plus lever l'impôt , se plaignirent du gouverneur ; le sénat examina ces plaintes à la fin de l'automne de 53; Cicéron, à ce propos, attaqua avec violence- non seulement Gabinius, mais aussi son défenseur Crassus, avec lequel il venait cependant de se réconcilier'. Grâce à Tintervention de Pompée et de César', l'affaire n'eut pas de suites : sur la demande de ces deux mêmes personnages, Cicéron consentit même à se réconcilier de nouveau avec Crassus, avant que ce dernier partît pour l'Orient". L'affaire ne revint au sénat que le 13 février S4. Les Syriens vinrent se plaindre des publicains ; les publicains, ayant à leur tète L. ^lius Lamia, qui avait été expulsé de Rome par Gabinius % déposèrent de nombreuses plaintes contre ce dernier \ Le sénat ne prit pas de résolution; mais on craignait que les tribuns ne portassent l'affaire devant le peuple; le consul Appius Claudius, favorable à Gabinius, rappela les dispositions des lois Pupia et Gabiîiia: en vertu de la loi Pupia, le sénat pouvait se réunir même les jours de comices, après ces derniers*, pendant le mois de février; or il n'y avait pas de comices annoncés pour le mois de février ; la loi Gabinia portait que le même mois de février devait être consacré surtout aux séances du sénat^; Appius Claudius décida donc que, pendant ce mois, les séances du sénat passeraient avant les assemblées du peuple : de cette manière les tribuns ne pourraient mettre leur projet à exécution, du moins immédiatement'*. Le peuple d'ailleurs témoigna beaucoup d'indifférence et ne prit aucune résolution. On apprit ensuite que Gabinius avait refusé de remettre l'administration de la
*) Dio C, 39, 56.
8) Dio C, 39, 59 et seq. Cic, Fam., i, 9, 20, 3) Cic, adQ. fr., 2, 9, 2.
\> Dio G.. 39,60.
5) Cic, Fam., 1,9, 20. Voir plus haut, page 376.
^) Voir plus haut, page 332.
->) Cic, ad Q. fr., 2, 13,2.
8j Voir plus haut, page 209.
9) Voir plus haut, p. 222.
'0) Cic, ad Q. fr.. 2, 13, 3. Cf. Dio C, 39. 60.
province à un lieutenant que Crassus avait envoyé en avant; le sénat s'occupa de nouveau de Gabinius. Crassus eut contre lui beaucoup de sénateurs, et même les consuls; mais Cicéron prit sa défense ' ; c'est à ce moment qu'il dut prononcer son discours contre Gabinius dont parlent les anciens et qui est aujourd'hui perdu \ On décida, probablement sur la demande de Cicéron'', que l'on consulterait les livres sibyllins dont s'était moqué autrefois Gabinius ; on les consulterait pour savoir quelle peine on devrait infliger au criminel gouverneur *. Les livres d'oracles ne traitaient nullement des peines ; on n'en décida pas moins que la conduite de Gabinius serait soumise à une enquête très sévère '.
Sur les entrefaites, A. Gabinius s'était décidé à quitter sa province; il arriva aux portes de Rome le 19 septembre'"'; il renonça bien vite à son projet de demander le triomphe ', et entra dans la ville le 27 *. Dix jours après, il dut, en vertu de la loi Julia, faire "un rapport au sénat sur son administration : il fut violemment attaqué par Cicéron, et même par Appius Claudius ^ Cicéron avait annoncé à plusieurs reprises son intention de poursuivre A. Gabinius en justice'"; il y renonça sur les instances de Pompée, qui eût désiré davantage et décider Cicéron à se faire l'avocat de Gabinius ". D'autres se présentèrent : Gabinius eut à répondre à une accusation de lèse-majesté {tnajestas), et à soutenir un procès en restitution [repetundœ). On reprocha à Gabinius d'avoir abandonné sa province pour aller faire la guerre en Egypte : c'était un crime de lèse-majesté, prévu par la loi Cornélia'-; le président du
') Cic, Fam., 1, 9, 20. 5, 8,
2) Quini., 11, 1, 73. Treb. Poil., Trig. tyr. JEmiL, 22, H. Serv., ad Verg. Georg., i, 120. Cf. Dio C, 39. 62.
3) Dio C, 39, 57.
4) Dio C, 39, 60.
■') Dio C, 39, 61 .
'') Cic, adQ. fi'., 3, 1, 5, 15. Cf. Ascon., p. 1 .
-) Cic, ad Q.fr., 3, 2,2.
") Cic, ad Q. fr., 3, 1, 7, 24.
«) Cic, ad Q. fr., 3, 2, 2 et seq.
*o) Cic, P. red. ad Quir., 9, 21.
") Cic, adQ. fr., 3, 1, 5, 15. 3, 2, 2. 3, 4, 2. 3, 5, 5. AU., 4, 16. 9.
<2) Cf. Cic, Pis.. 21, 50.
IV, 17] l'anarchie 393
tribunal des restitutions [quœstiorepetundarum), M. Cato, se trouvant malade', le procès de majesté fut appelé le premier. Le principal accusateur fut L. Cornélius Lentulus, le fils de l'ancien flamine de Mars - ; Gabinius fut cité ^ comparaître à la fin de septembre devant le préteur Alfius Flavus ; à l'audience, le peuple témoigna hautement sa colère à l'égard de l'accusé ^ Afin de préparer le procès de concussion, un tribun dévoué an parti sénatorial*, C. Memmius ' , réunit une assemblée le 10 octobre ; il attaqua Gabinius avec tant de violence que M. Galidius ne put réussir à prendre la parole pour le défendre*^; un autre tribun, partisan de Pompée'', D. Leelius, mit fin au débat ^ Un des jours suivants, le accusateurs de Gabinius se présentèrent devant Caton, pour désigner celui d'entre eux qui serait l'accusateur principal dans le procès de concussion [divinatio) : C. Memmius fut désigné®. Gabinius eut encore à se défendre contre deux procès de brigue [ambitiis). Les accusateurs comptaient que Gabinius serait au moins condamné une fois par les tribunaux de majesté et de concussion; il y eut encore une réunion dos différents accusateurs [divinatio) convoquée pour désigner le principal accusateur pour les procès de brigue : ce fut P. Cornélius Sulla, qui avait été luimême condamné pour brigue en 63, et espérait se réhabiliter en accusant Gabinius ; il était soutenu par le tribun C. Memmius, son beau-fils, par s-on fils et par son frère utérin, L. Caecilius Rufus'". Quelques jours plus tard'', avant le 24 octobre '", fut rendu le jugement du procès de majesté. L'accusateur avait mal présenté les faits, peut-être l'avait-il fait à dessein; le tribunal
') Cic, ad Q. fr., 3, 1, 5, 15. Alt., i, 16, 7. .
2) Cic„ ad Q. fr., 3, 1, 5, 15. 3, 4, 1. Att., 4, 16, 9. Cf. 2, 24, 2.
3) Cic, ad Q. fr., 3, 1, 7, 24.
*) Cic, Rab.post., 3, 7.
') Cf. Cic, ad 0. ^r., 3, 1,5, 15.
") Cic, ad Q. fr.,3, 2, 1.
^) Cees., b. c, 3, 5.
8) Val. Max., 8, 1, 3.
9) Cic, ad Q. fr., 3, 2, 1.
'0) -Cic, ad Q. fr., 3, 3, 2. AU., 4, 16, 11. Voir plus haut, pp. 243 et 258.
") Cic, adQ. fr., 3,3, 3.
■2) Cic. ad Q. fr., 3, 4, 6. AU., 4, 17, 3.
était composé en grande partie de personnages douteux; Pompée, alors absent, avait iisé^de toute son influence pour obtenir l'acquittement ^ Aussi, malgré la sévérité du préteur qui présidait le tri1!unal% malgré une déposition accablante de Cicéron^ Gabinius fut acquitté par trente-six voix contre trente-deux. Cn. Domitius Calvinus , candidat au consulat, avait ostensiblement montré sa tablette sur laquelle il avait inscrit un vote d'acquittement, afin de s'assurer les faveurs de Pompée \ Le peuple manifesta bruyamment' contre une sentence qui pouvait être considérée comme une garantie d'impunité pour tous ceux qui violaient la loi\ Elle était motivée sur ce fait que Gabinius avait été investi par la loi Clodia'' d'un pouvoir qui le mettait au-dessus de la loi Cornélia de majestate, et sur cet autre fait que l'on n'avait trouvé aucune formule de pénalités dans les livres sibyllins contre celui qui avait rétabli Ptolémée au moyen d'une armée ^ Le même jour, on condamna, en vertu de la loi Papia, un secrétaire de Gabinius qui avait usurpé le titre de citoyen \
Le procès de concussion ne put être jugé qu'en décembre»* les accusateurs durent demander au moins un délai de trente jours pour rassembler les preuves. Le 19 novembre^, on ne se doutait pas encore que Cicéron pourrait être le défenseur de Gabinius'". Malgré ses déclarations énergiques, renouvelées le 24 octobre, par lesquelles il affirmait qu'il considérerait comme une faute de défendre Gabinius*', il finit par se rendre aux vœux de Pompée et de César, se réconcilia avec Gabinius, et le défendit, comme il l'avoue lui-même, avec la plus grande
') Cïc, ad Q. fr., 3,2, t. 3,3, 3. 3, 4, 1. A«., 4, 16, 9. 11. Dio C, 39, 55. 62.
«) Cic, adQ.fr., 3,3, 3.
3) Cic, adQ. fr., 3, 4, 3. 3, 9, 1. Cf. Dio C, 39, 62.
') Cic, ad Q. fr., 3, 4, 1. 3, 7, 1. AU., 4, 16, 9. 4, 17, 1.
^) Dio C, 39, 63.
6) Cic, ad Q. fr.,3, 9,3.
') Cf. Cic, Rab. post., 8, 20.
8) Dio G., 39, 62.
») Cic, Att., 4, 16, 12.
■0) Cic, ad Q. fr., 3, 8, 5. Cf. 3, 9, 1.
") Cic, ad Q. fr., 3, 4, 3. Cf. 3, 5, 4. 3, 9, 1.
IV, 17] l'anarchie 395
ardeur '. La défense de Gabinius est la tache la plus honteuse de la carrière politique de Cicéron; notons qu'à ce moment même où il déshonorait sa mémoire par une lâcheté, il écrivait son livre de la République, dans lequel il traçait le tableau idéal de ce que doivent être un bon État et un bon citoyen ^ On ne peut l'excuser, mais on peut expliquer sa conduite par des raisons psychologiques et par ses sentiments pessimistes sur la situation actuelle de la république ^ : c'était pour se consoler qu'il s'amusait à tracer le tableau de l'état idéal; c'était pour assurer sa tranquillité personnelle qu'il se faisait le lieutenant de Pompée '. Malgré l'éloquence de Cicéron (son discours ne fut pas publié '), malgré les efforts de Pompée, qui réunit une assemblée en dehors de la ville pour y lire des lettres de César % malgré sa déposition favorable devant le tribunal^, Gabinius fut jugé coupable : il n'avait pas employé tous ses moyens de défense, son premier acquittement lui ayant donné une grande confiance. Les juges lui appliquèrent la loi Julia de repetundis : elle atteignait à la fois ceux qui se livraient à des exactions dans leur gouvernement, et ceux qui abandonnaient leur province pour faire une guerre non autorisée*. On condamna Gabinius à payer 10.000 talents"; il ne put les trouver ^\ et s'exila.
Un autre procès du même genre fut plaidé à la même époque: C. Rabirius Postumus fut accusé de concussion; il était fils de C. Curtius, C. Rabirius l'avait adopté par testament''. Son accusateur fut encore C. Memmius '^; il ne lui
*) Cic, Rab.post., 8, 19. 12, 32. Val. Max., 4, 2, 4. Dio C, 39, 63, 46, Ô.
2) Cic, ad Q. fi\, 3, 5, 1. 2, 14, 1. AU., 4, 16, 2. Cf. 6, 1, 8.
3) Cic, ad Q. fr., 3, 5, 4. A«., 4, 16, 10.
*) Cic, AU., 4, 18, 3. Cf. Fani., 7, 17, 2. ad Q. fr., 3, 1, 5, 18, S) Cic, Fr., p. 967 Halm.
B) Dio C, 39, 55. 63, ') Cic, Rab.post., 12, .34.
«) Cic, Pis., 21, 50. Cf. Rab.post., 8, 20. «) Cic, Rab post., 11, 30. Schol. Bob., p. 356.
"») Cic, Rab. post., 4, 8. 13, 37. App. b. c, 2, 24. Cf. Dio C. 46, 8.
") Cic., Rab. post., 2, 3. 17, 45.
*«) Cic, Rab. post., 3, 7. 12, 32.
fit pas un procès de majesté \ il rappela le fait que Rabirius avait été le principal créancier de Ptolémée AuJète, et qu'il avait dû être désintéressé avec l'arg-ent provenant des exactions de Gabinius -; par conséquent, en vertu de la loi Julia de repetundis, il devait être déclaré co-débiteur de la somme à laquelle avait été condamné Gabinius '. Cicéron défendit G. Rabirius Postumus; nous avons son discours. Il contesta d'abord le point de droit sur lequel s'appuyait l'accusation '; puis il déclara que tous ceux qui avaient prêté de l'argent à Ptolémée Aulète, sur la garantie de C. Rabirius, seraient remboursés par César ^ Le tribunal qui jugea Rabirius était le même qui avait condamné Gabinius''; il paraît que Rabirius fut acquitté.
Les deux derniers mois de 54 virent encore d'autres scandales : les consuls et les préteurs affectèrent de violer de parti pris et de déshonorer les institutions républicaines.
Un ancien préteur du consulat de Cicéron, C. Pomptinus, qui avait combattu lesAllobroges, avait demandé le triomphe dès l'année du consulat de César ; jusqu'alors les amis de César '' avaient réussi à faire refuser le triomphe ^ A ce moment, le préteur Ser. Sulpicius Galba, qui appartenait au parti de César, mais avait été lieutenant de C. Pomptinus ^ proposa la loi de Triumpho, que ce dernier réclamait depuis si longtemps. Il prévoyait que les tribuns opposeraient leur intercession; il fit voter la loi avant le jour '", ce qui était illégal. On aurait pu abroger la loi; les préteurs M. Cato et P. Servilius Yatia Isauricus, soutenus par le tribun Q. Mucius Scévola , préférèrent empêcher par la force la cérémonie du triomphe fixée au 3 novembre'; le consul Appius Claudius,
') Suet., Claud., 16.
2) C\c.,Rijh.post., 13, 38.
3) Cic, Mb. post., 4, 8.
*) Cic, Rab.post., 4, 8 et seq.
5) Cic, Rab. post., 15, 41. Cf. Plut., Cses., 48.
«) Cic, Bat. post., 5, 10. 13, 36.
') Schol. Bob., p. 322.
8) Cic, Prov. cons., 13, 32. P/,s\, 24, 58.
9) Dio C, 37, 48.
'0) Dio C, 39, 65.
IV, 17] l'anarchie 397
les autres préteurs et quelques tribuns prirent parti pour C. Pomptinus*; il y eut des combats dans les rues et sur les places publiques : on ne trouva pas la chose extraordinaire, on commençait à s'y habituer-.
En sortant du consulat, Appius Glaudius devait prendre possession du g-ouvernement de la Cilicie ; quand on connut le honteux traité qu'il avait conclu avec les candidats au consulat, on refusa de rendre en sa faveur la loi curiate de imperio ; le sénat ne voulut pas lui remettre l'administration de la province {ornatio provinciœ). Appius alla quand même en Cilicie; il ht lui-même les frais de son installation, et se passa de la loi curiate qui n'était plus qu'une formalité, en interprétant à son profit la loi Cornélia de provinciis^.
On n'avait pas nommé de consuls; il y eut, au commencement de o3, un interrèg-no qui se prolongea jusqu'en juillet \ Les tribuns qui avaient empêché les élections eurent la satisfaction d'être les seuls magistrats de la république. Ils s'occupèrent surtout des jeux, la grande préoccupation des citoyens à cette époque; ils présidèrent les grands jeux, les jeux florales et les jeux apollinaires ". Pompée était absent sous prétexte de veillera l'approvisionnement de Rome; il laissait grandir l'anarchie, espérant que l'on en arriverait à reconnaître la nécessité d'une nouvelle constitution, et qu'on se tournerait vers lui, l'homme modéré par excellence, pour appliquer le remède de la monarchie à l'État malade*^. Les tribuns étaient divisés ; les uns voulaient que l'on nommât des tribuns militaires à pouvoir consulaire; ils espéraient sans doute que la liberté serait mieux garantie par des magistrats plus nombreux que par les deux consuls : depuis le consulat de César, ces derniers avaient été, en effet, ou des incapables, ou des ennemis de la liberté. Les autres penchaient pour la
') Cic, ad Q. fr., 3, 4, 6. AU., 4, 16, 12.
2) Dio C,,39, 65.
3) Cic, Fam., 1. 9, 25. ad Q. fr., 3, 2, 3. Att.,i, 16, 12.
^) Dio C, 40, 17. 45. App., b. c, 2, 19. Cic, Farn., 7, H, 1. ^) Dio C, 40, 45.
•) Plut., Pomp., 54. Cat. min., 45. Cxs., 28. Brut., 29. App., h. c, 2, 19 et seq.
nomination d'un dictateur: il était tout indiqué, c'était Pompée \ dont il avait déjà été question l'année précédente. Naturellement les tribuns opposèrent l'intercession à leurs propositions réciproques; il y eut des violences; on fit sur ces entrefaites les élections de tribuns pour Tannée o2 : le peuple nomma Q. Pompeius Rufus, descendant du consul de 88 et de Sylla" et partisan de Pompée. Il soutint las tribuns C. Lucilius Hirrus et M. Caelius Vinicianus qui proposaient l'établissement d'une dictature^; les tribuns du parti contraire firent emprisonner Rufus '\ Pompée revint enfin à Rome ; le sénat lui offrit les pouvoirs dictatoriaux pour sauver l'État; mais depuis Sylla le titre de dictateur était devenu très impopulaire; d'ailleurs Caton, qui avait refusé le gouvernement d'une province pour combattre Pompée, avait provoqué une énergique opposition " : Pompée refusa la dictature ; il fit nommer un interroi, et se chargea de protéger les comices; on put enfin élire des consuls; ce furent Cn. Domitius Calvinus et M. Yalérius Messala ^
Pendant les cinq mois que dura leur magistrature, les consuls ne purent s'occuper que des élections de préteurs, d'édiles et de questeurs pour l'année courante, et des élections pour l'année suivante. Celles de préteurs pour 33 furent calmes; P. Clodius ne voulut pas se mettre sur les rangs, parce que les pouvoirs ne dureraient pas assez longtemps '. Parmi les élus, nous trouvons L. ^EmiliusPaulus *; en 63, il avait été un des accusateurs de Calilina ® ; en 39, il avait exercé les fonctions de questeur en Macédoine '"; il était alors du parti des Optimales, il fut dénoncé comme tel par L. Yet-
') Dio C, 40, 45.
3) DioC, 40, 45. Ascon., p. 34. Voir plus haut, p. 138. 3) Cic, Fam., 8, 4, 3. ad Q. fr., 3, 8, 4. 3, 9, 3. Plut., Pomp., 54. Cf. Quint., 9, 3, 95.
*) DioC, 40,45.
») Plut., Pomp., 54. Cat. min., 45.
«) Dio C, 40, 45. Plut., Pomp., 54.
') Cic, 3///., 9, 24. Cf. ad Q. fr., 2, 15 B, 2. «) Cic, Mil., 9,24.
") Voir plus haut, p. 271 .
">) Cic, y«^, 10, 25.
IV, 17] l'anarchie 399
tius * ; nous Je retrouvons, en 56, dans le procès de Sestius, où il intervient comme témoin^; en ce moment, il s'occupait de faire construire sur le forum la basilique .'Emilia ^ ; il songeait déjà à élever avec l'argent de César une autre basilique qui devait porter le nom de César [basilica Julia)'*. Les élections d'édiles donnèrent lieu à des désordres. Caton fit annuler la première élection parce que les suffrages de la première tribu avaient été falsifiés au préjudice de M. Favonius. Au second vote, M. Favonius fut élu, et, avec lui le jeune C. Scribonius Curio% qui avait dénoncé autrefois Yettius*^; son père était mort depuis peu '', et lui-même revenait de la province d'Asie, où il avait rempli les fonctions de questeur ^
L'anarchie fut complète quand il fallut procéder aux élections consulaires pour l'année o2. Il y eut trois candidats'. P. Plaulius Hypsaeus, soutenu par Pompée'", dont il avait élé questeur pendant la guerre contre Mithridate '^ ; Q. Caecilius Métellus Scipion '^ et T. Annius Milo, le tribun de S7; Milo avait été ensuite préteur en S5; son mariage avec Fausta, la fille de Sylla '^ répudiée par C. Memmius, avait augmenté son influence dans le parti des Optimates Les deux premiers pouvaient compter sur la protection de Pompée; mais Milo n'avait pas réussi à gagner les faveurs de ce puissant personnage '■'. Milo fut soutenu par Gicéron qui déploya une grande
') Cic, A.tt., 2, 24, 2.
2) Cic, adQ. fr., 2, 4, i.
3) Cic, Att., 4, 16, 14. PiuL, Cxs., 29. App., 6. c, 2, 26. *) Cic.Att.. 4, 16,14.
') Plut., Cal. min., 46.
6) Voir plus haut, p. 324.
') Cic, Fam., 2,2.1
8) Cic, Fam., 2, 6, 1.
9) Ascon., p. ol. Schol. Bob., p. 341. *<>) Cic, AU., 3, 8, 3. Fam., 1, 1, 3. *•) Ascon., p. 36. Cic, Flacc, 9, 20.
*^) 11 avait été adopté par Q. Métellus Plus. Nous ne savons rien sur sa carrière politique, sinon qu'en 60 Cicéron le défendit dans un procès de brigue contre M. Favonius (Cic, AU., 2, 1, 9) ; il était pontife (Cic, har. resp.. 6, 12), et avait obtenu le triomphe, probablement au sortir de la préture (Varr., r. r., 3, 2, 16).
1^) Ascon., p. 33. 29. Cic, AU., 4, 13, 1.
•^) Cic, ad Q. fr., 3, 2, 2. 3, 8, 6. Cf. AU., 4, 13, 1.
activité, mais ne put cependant pas assurer la protection de César à son ami*. Cicéron réussit mieux auprès des deux édiles, C. Scribonius Curio et M. Favonius % qui se remuèrent beaucoup en faveur de Milo. La lutte fut d'autant plus vive que P. Clodius fut cette fois candidatàla préture, et unit ses efforts à ceux d'Hypsseus et de Scipion pour combattre Tami de Cicérone Clodius essaya d'entraîner les dernières classes de la plèbe, en promettant des lois démocratiques, en particulier une loi de libertinonnn suffragiis''. Milo, qui avait pour lui les riches, les classes populaires qui se rapprochaient des optimates par leur fortune % donna des jeux'' qui dévorèrent trois héritages ; il dut même emprunter et s'endetter '.
Quand il fut question au sénat des provinces qui serait attribuées aux nouveaux magistrats, il fut décidé que les consuls et les préteurs prendraient le gouvernement d'une province cinq ans seulement après leur sortie de charge ^ En effet, on sollicitait surtout les hautes magistratures en vue des profits que rapportai.t l'administration provinciale; on espérait rendre les compétitions moins nombreuses et moins ardentes, en reculant de cinq ans le moment où les candidats pourraient rentrer dans leurs frais au dépens des provinces. Pour donner ausénalus-consulte force de loi, il fallait le faire approuver du peuple ; il était aussi difficile d'obtenir l'assentiment du peuple sur ce point que de faire procéder aux élections.
Les candidats employèrent la corruption et la violence '\ Il y eut sur la voie Sacrée un combat dans lequel Cicéron courut un sérieux danger '". Une autre fois Clodius fut attaqué par
') Cic, Fam., 7, 5, 3.
-') Cic. Fam., 2,6, 3.
3) Cic, J/i7.,9, 24. Ascon.,p. 31. Schol. Bob., p. 341. 346.
4) Cic, Mil, !2, 33. 32, 87. 33, 89. Ascon., p. 52. Schol. Bob., p. 346.
6) Cic, adQ. fr.,'3, 1, 4, 13.
- ^) Milo dut invoquer des obligations testamentaires pour ne pas violer la loi Tullia de amhitu (plus haut, p. 268). • ") Cic, fldO. /)'., 3, 8, 6. Mil., 35, 95. Ascon., p. 32. 53.
«) Dio C, 40, 46. Cf. 40,30.
9) Ascon., p. 31. Dio C, 40, 46. Plut., Cxs., 28.
'») Cic, Mil., 14, 37. Ascon., p. 48.
IV, 17] l'anarchie 401
M. Aiilonius, et faillit perdre la vie '; M. Aiitoniiis avait été autrefois du parti de Clodius ' ; depuis il était allé trouver César et avait changé de parti : il venait do quitter le camp de César avec Gal)inius pour venir à Rome briguer la questure \ Ce fut encore à la suite de violences du même genre que le nouveau tribun Q. Pompéius Rufus (entré en fonctions le 10 décembre) fit arrêter FédileM. Favonius \ Enfin les consuls étaient décidés à ne plus différer les comices ; Milon paraissait avoir les plus grandes chances de succès'; alors éclata une émeute dans laquelle les deux consuls furent blessés *"'. Le sénat s'occupa de l'aifaire : Clodius fut accusé d'avoir empêché la réunion des comices ; il accusa k son tour Milo, lui reprochant de n'avoir pas, dans sa profession publique, donné le chiffre exact de ses dettes. Cicéron défendit Milo : il prononça à ce sujet son Interrogatiu de œre cdioio Miio?iis^ qui est aujourd'hui perdue"'. Le sénat prit le deuil **; les comices n'en furent pas moins ajournés. L'année se termina au milieu d'une agitation qui devenait de plus en plus dangereuse : le même sénat avait proscrit les cultes de Sérapis et d'Isis ; l'opinion s'inquiéta, parce que les cultes avaient pris un grand développement, et que des prodiges néfastes suivirent le décret du sénat ".
Au début de 52, il n'y eut pas de consuls; l'anarchie était plus grande qu'au commencement de l'année précédente; Pompée avait, par l'intermédiaire du tribunT.MunatiusPlancus Bursa, empêché le sénat de voter le sénatus-consulte de patriciis convocaiidis , et rendu ainsi impossible la nomination d'un interroi '°. Cette situation anarchique se prolongea,
•) Cic, MIL, 15, 40. P/u7., 2, 9, 21. 2, 20, 49. Schol. Bob., p. 288. Dio C, 45, 40. .
2) Cic, VhiL,2, 19, 48.
^) Cic, -phiL, 2, 20, 49. Dio C, 45, 26; DioC. se trompe, 45, 40.
*) DioC, 40, 45.
^) Cic, M*/., 9, 25. 35,96.
6) Dio C, 40, 46. Sohol. Bob., p. 343.
') Schol. Bob., p. 341. Cic, Fragm.; p. 950. Haïra. Cf. l'iin., n, h., 36, 15, 2^, 104.
8) Dio C, 40, 46.
«) Dio C, 40, 47. Cf. Val. Max., 1, 3, 3.
'") Ascon., p. 32. Les historiens grecs parlent toujours du sénat quand il est question de nommer un interroi. (Dion., 8, 90. 9, 14. H, 20. 62. A pp.,
402 LA DISSOLUTION DE LA UÉl>U15LIOL'E [IV, 1"
aggravée chaque jour par les violences que provoquaient les tribuns dans les assemblées, surtout Q. Ponipéius Rufus et
h. c, I, 98; surtout Dio C, 40, 'AK) Ils se sont tous liompés. D'abord, quand s'ouvre un interrègne, ce n'est pas le sénat qui est chargé de prendre les auspices, ce sont les patres des gcntes patriciennes. Voici quelques expressions significatives que Tite-Live met dans la bouche du patricien AppiusClaudius, le défenseur énergique de la majestas gcniiumpatriciarum; quand il s'agit des auspices, Appius oppose à la plèbe, non le sénat, mais les patres patriciens : Tenes qiios igitur sunt auspicia more majorum? nempe pênes patres, nam plebeius quidemmagistratus nullus auspkalo créatur. Nohis adeo propria sunt auspi cia, ut non solum quos populus créât patricios magistratus, non aliter qiiam auspicato creet, sed nos quoque sine suffragio populi auspicato interregem prodamus et privatim auspicia habcamus, qu3B isti ne in magistrafibus quidem habcnt. Quid igitur aliud, quam tollit ex civitate auspicia, qui plebeios consules creando à patribus, qui soli ea habere passant, uiifert? (Liv., 6, 41; cf. 4, 2. 6.7, 6. 10, 8. GelL, 15. 4.) Pour Rubino et Mommsen, ces j^tres sont les sénateurs patriciens ; la chose est inadmissible, parce que, dans le sénat, les sénateurs patriciens n'ont pas d'autorité propre en tant que patriciens ; donc, puisque les gcntcf. patriciennes sont seules dépositaires des auspices, les mêmes gentes, ou plutôt les imtres familias, chefs de ces gentes, héritent du pouvoir suprême quand se produit un interrègne.
En second lieu, pendant la période républicaine, l'élection de l'interroi a toujours été faite non par le sénat, mais par les patres : et ipsum patricium esse et a patricio prodi nccesse est, dit Cic, de Dom., 14, 38. Cf. Zon., 7, 9. Avant la réunion des patres, intervenait un sénatus-consulte (Ascon., p. 32. Dio C, 40, 49); ce sénatus-consulte mentionnait d'abord le fait que les anciens magistrats avaient remis leurs fonctions (Cic, de Leg., 3, 3, 9; cf. ad Brut., 1, 5, 4); il portait ensuite que les patriciens étaient convoqués, appelés à se réunir ; on l'appelait le sénatus-consulte de j^xitriciis convocandis (remarquer que convocare n'est pas synonyme de calare) ; alors les patres devaient se réunir, coire, auvsXOsTv (Liv., 3, 40. 4, 7. 43. 6, 41. 22, 34. Ascon., ad Cic. Mil., p. 32. Or. Cf. Dion., 11, 62). Les Fatres familias gentium patriciarum se réunissaient en dehors du sénat, d'eux-mêmes, sans qu'il fût besoin d'aucune autorisation de magistrat, puisqu'il n'y avait plus de magistrat ; l'intercession tribunitienne ne pouvait rien sur leurs délibérations. L'intercession dont parle Ascon., p. 32, à l'époque dont nous parlons ne visait pas la réunion elle-même, mais le sénatus-consulte dont nous avons parlé plus haut. Il faut entendre dans le même sens l'expression de Tite-Live, 4, 43 : Modo prohibentibus tribunis patricios coire ad prodendum interregem. Leur assemblée ne peut être assimilée à celle des comitia curiata, puisque les fils des familles patriciennes {filii familias) n'y étaient pas admis; elle diffère aussi des comitia caluta, puisqu'elle n'était convoquée par personne; c'était une réunion spontanée des patres, convcntio patrum, à laquelle on peut donner jusqu'à un certain point le nom de concilium populi ; elle est quelquefois désignée de cette façon : Liv., 1, 36. Cf. 3, 71. 6, 20. 1, 26. 2, 7. Le plus âgé, ou le plus notable des patres, devait désigner l'endroit de la réunion ; elle devait se tenir en présence des
IV, 17] L*ANARCH1E 403
C. Sallustius Crispus'; enfin, le 18 janvier", Milo et Clodius se rencontrèrent par hasard sur la voie Appienne^, près de Bovillse devant la propriété de Clodius; ce dernier fut tué par les gladiateurs de Milo, que dirigeait Sauféius^ Le sénateur Sex. Tédius fît rapporter le cadavre à Rome dans la maison de Clodius; il se fit un grand rassemblement, les pleurs de Fulvia, veuve de Clodius, portèrent l'émotion populaire à son comble *. Le lendemain, les tribuns Q. Pompéius Rufus et T. Munatius Plancus réunirent une assemblée ; on avait placé le cadavre sur les rostres; Ja foule surexcitée s'en empara, et, conduite par Sex. Clodius, le transporta dans la curie Hostilia; là on brûla le corps de Clodius ; la curie fut incendiée, ainsi que la basilique Porcia qui était voisine *. Ces incidents amenèrent enfin la nomination d'un interroi : M. ^milius Lépidus fut nommé le 20 janvier •"'.
L'ordre fut loin de se rétablir; Lépidus, étant le premier interroi, refusa de convoquer les comices'; pendant les cinq jours que durèrent ses pouvoirs, il resta assiégé dans sa maison par les partisans de Clodius,, jusqu'à ce que ceux de Milo vinrent chasser les bandes de Clodius, et le délivrer ^ Milo était audacieusement rentré dans Rome; il maintint sa
pontifes et des augures, les patres devaient y siéger par curie, curiatim. ÎN. D. T.]
•) Cic , Mil., 10, 27. 17, 45. Ascon, p. 49.
'^) Ascon., p. 32. Cic, Mil., 10, 27. 17, 45. Cf. AU., 5, 13, 1. {), i, 26.
3) Ascon., p. 32. 36. 42, 54. Schol. Bob., p. 275. Cic, MU., 10, 28. 20, 53. Phil., 2, 9, 21. Liv., ep., 107. Vell., 2, 47. Suet., Cœs., 26. Dio C, 40, 48. Plut., Cic, 35. App. 6. c, 2, 20.
*) Ascon., p. 33.
■') Ascon., p. 33. 43. 46, 55. Schol. Bob., p. 275. 280. Cic, Mil., 13, 33. 32, 86. 33, 90. Phil., 13, 12, 27. Dio C, 40, 49. App,, b. c, 2, 21.
^) Ascon., p. 43. Schol. Bob., p. 281.
') La tradition, mos majorum, défendait au premier interroi de faire procéder à des élections. L'État, en effet, après la mort du roi, à l'époque primitive , se trouvait dans la situation d'une famille qui a perdu son chef (pater). Tant que le mort n'avait pas été enseveli, la famille était dite fiinesta ; par assimilation, la grande famille de l'État fut aussi considérée pendant les cinq premiers jours qui suivaient la mort du roi, comme funcsta; pendant ces premiers jours, elle ne pouvait accomplir aucun acte pour constituer un nouveau chef à la tète de l'État. Ces cinq jours étaient nefasti, par conséquent on ne pouvait procéder aux élections. [N. D. T.J
») Ascon., p. 43. 34. Schol. Bob., p. 281. Cic, Mil., 5, 13.
candidalure au consulat, et fit distribuer dans toutes les tribus 1 ,000 as à chaque citoyen *. Il voulut rendre visite à Pompée, Pompée refusa de le recevoir^ ; Q. Pompéius Rufus exploita cet incident dans une assemblée {co7îHo)ienuelG 23 janvier; dans une autre assemblée, le tribun M. Ccelius Rufus, pour se venger des accusations que Clodius avait fait porter par deux fois contre kii% défondit Milo : il y eut encore un nouveau combat entre les bandes des deux partis \ Neuf jours après l'assassinat de Clodius, par conséquent le 26 janvier, une grande foule était réunie sur le forum pour le repas funèbre (coia 7iovemdialis) ; elle se dirigea vers la maison de Milo et essaya de ^incendier^ Elle alla ensuite chercher des faisceaux dans les bois de Libitina, et pria Hypsœus et Scipio de les accepter. Ces derniers ne voulurent pas usurper ainsi les fonctions consulaires; alors la même foule se porta devant la maison de Pompée, en dehors de la ville; parmi les manifestants, les uns l'invitèrent à prendre les fonctions consulaires, les autres à se faire dictateur ^
Le sénat se décida enfin à rendre un sénatus-consulte [senatusconsultum idthmmi) qui devait mettre fin à l'anarchie; il confia le soin de sauver l'Etat à l'inlerroi, aux tribuns et à Pompée ; Pompée agirait en qualité do proconsul ; il fut chargé de faire une levée d'hommes en Italie \ Avant qu'il eût quitté Rome pour procéder au recrutement d'une armée, le sénat chargaFaustus Sylla de reconstruire la curie Hostilia, qui avait autrefois été réparée par Sylla ^ Pompée leva en peu de temps une armée % mais il ne se hâta pas faire procéder aux élections consulaires : il craignait que Milo fût élu ; d'autre part, iltrou-
•) Ascon., p. 34. 36. Cic, Mil, 23, 61 el seq.
*) Ascon., p. 50 et seq.
3) Voir plus haut, p. 363 et 383.
*) Ascon., p. 34. Cic, Mil., 33, Ul. App., b. c. 2, 22. Cf. Cic, Brut., 79, 273.
5) Dio C, 40, 49. Ascon,, p. 34.
«j Ascon., p. 34.
') Ascon., p. 35. 51. Cic, Mil., 23, 61. 26, 70. Cces., B. G., 7, 1. Dio C, 40, 49.
») Dio C, 40, 50. 44, 5.
3) Ascon., p. 35.
IV, 47] l'anarchie 405
vait l'occasion favorable pour s'emparer du pouvoir sous n'importe quelle forme. Pour discréditer Milo auprès du sénat et forcer ce dernier à se tourner vers lui, Pompée affecta de prendre des précautions contre Milo ; il refusa de le recevoir * et rompit toutes les relations indirectes qu'il entretenait avec lui par Tintermédiaire de leurs amis communs '. Il rappela, dans une assemblée convoquée par Q. Pompéius Rufus, T. Munatius Plancus et C, Sallustius Crispus, les bruits d'un attentat projeté contre sa propre personne par Milo^ Le 18 février, au sénat, Métollus Scipio contredit le récit fait par M. Ca^lius Rufus de ce qui s'était passé sur la voie Appienne, et raconta les faits d'une manière moins favorable à Milo*. Au commencement du mois intercalaire qui suivaitle 23 février, les parents de Clodius firent des démarches auprès de Pompée, pour obtenir que Milo fût poursuivi; les deux neveux de Clodius (les fils de C. Claudius appelés tous doux Appius Claudius^), demandèrent que les esclaves do Milo fussent interrogés et mis à la torture : ils voulaient seulement faire constater que Milo les avait affrancliis pour les soustraire à ce supplice*', et exploiter cotte circonstance dansles assemblées contre Milo.
On comprit dès lors que Pompée désirait vivement un pouvoir extraordinaire, et que la dictature de Pompée répondrait aux vœux du plus grand nombre; quelques-uns avaient mis en avant la candidature de César pour le consulat; alors le sénat décida, sur la proposition de M. Bibulus, soutenu par M. Cato, que Pompée serait d'abord, contrairement à la loi, seul consul, consul sine collega ; on lui imposa cependant l'obligation de choisir lui-même son collègue dans le délai de deux mois ^ L'élection de Pompée était entachée d'autres
') Ascon., p. 51.
') Ascon., p. 36.
3) Ascon., p. 50. Cic, M//., 2.i,65.
*) Ascon., p. 36.
») Mommsen, I. L. A., p. 182.
'') Ascon , p. 35.
') Ascon., p. 37. Suet., Cxs., 26. Val. Max., 8, 15, 8. Dio C, W, 50. Plut., Pomp.,54. Oses., 28. Cat. min., 47. App., b. c, 2, 23. Zon., 10, 7-
406 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIQUE [lY, 17
irrégularités; il n'y avait pas dix ans que Pompée était sorti de son second consulat. Il fut élu sous la présidence de l'interroi Ser. Sulpicius Rufus cinq jours avant les kalendes de mars, soixante jours après l'assassinat de Glodius. Pompée prit immédiatement possession de ce pouvoir nouveau '. qui offrait une grande ressemblance avec la dictature-; en même temps il conserva son proconsulat d'Espagne.
') App., b. c, 2, 23.
'■) Ascon,, p. 37. Liv., ep., 107. Vell., 2, 47. Plut., Pomp., 54.