CHAPITRE DIX-HUITIEME
La mort de Julia avait rendu possible la rupture entre Pompée et César; Pompée cependant n'y songeait nullement au moment où il prit possession de son troisième consulat. Quant à César, il était alors bien occupé en Gaule ; il n'avait pu, comme il l'avait espéré, venir, après sa campagne de Bretagne, passer l'hiver de 54-53, dans la Gaule cisalpine' ; la révolte d'Ambiorix, chef des Eburons^ l'en avait empêché. Par la faute de ses lieutenants Q. Titurius Sabinus et L. Aurunculeius Cotta, il avait perdu quinze cohortes'; mais il avait réussi à dégager Q. Cicéron, enveloppé par les ennemis, sur le territoire des Nerviens '\ et T. Atius Labiénus avait triomphé des Trévires *. Pour réparer ces pertes, César avait amicalement demandé à Pompée de lui prêter une des légions qu'il avait levées en Italie , surtout dans la Gaule cisalpine, pour aller en Espagne ; ces légions n'avaient pas été mises en marche, parce que Pompée n'en avait pas eu besoin. Pompée y avait consenti au printemps de 53, se souciant peu de commettre une illégahté : il n'avait pas , en effet, le droit de disposer ainsi d'un légion, le sénat seul avait autorité pour en décider '\ César leva en outre deux nouvelles légions '^,
') Caes., B. G., 5, 24. .53. Dio C, 40, 4. 9. 11.
'-) Caes., B. G., 5, 26-37. Liv,, ep., 106. Flor., 3, 10, 7. Suet., Ca-s., 25. Oros., 6, 10. Dio C, 40, 5. Plut., Cœs., 24.
2) CfEs., B. G., 5, 38-52. Liv., ep., 106. Front., 3, 17, 6. Oros., 6, 10. Dio C, 40, 7-10. Plut., Cses., 24. Cf. Cic, ad Q. fr.,3, 8, 2.
*) Caes., B. G., 5, 53-58. Oros., 6, 10. Dio C, 40, 11.
•^) Cœs., B. G., 6, 1. CÀc.,Fam.,8, 4, 4. Oros., 6. 10. Plut., Gat. min., 45. Pomp., 52. Cœs., 25. Dio C, 40, 65. App.. b. c, 2, 29.
«) Cœs., B. G., 6, 1. 32. Cf. Suet., Cœs., 24.
408 LA DISSOLUTION DK LA RÉPUliLlQUE [lY, 18
et, après avoir augmenté ses forces, se mit à la poursuite d'Ambiorix, qu'il ne put atteindre ; il passa une seconde fois le Rhin pour empêcher les tribus germaniques de revenir fomenter des insurrections en Gaule*. Il passa l'hiver de S3- 52 dans la Cisalpine, pour surveiller de plus près en même temps les progrès de l'anarchie et l'ambition do Pompée -.
La situation réciproque de ces deux grands personnages était maintenant changée par suite do la mort do Crassus. Crassus avait pris le gouvernement de la Syrie avec l'intention de faire une campagne contre les Parthes; les prétextes ne manquaient pas ^, son prédécesseur, Gabinius, aurait pu déjcà rentreprondre. Dévoré d'ambition'*, Crassus ne tint aucun compte dos présages funestes qui avaient marqué son départ de Rome et son embarquement à Brundisium^ ; il ne se laissa pas plus arrêter par la considération qu'à son Age on n'était plus apte à diriger les opérations d'une grande entreprise. Son premier acte fut de piller le temple de Jérusalem (o4) ; il emporta tout l'or qui s'y trouvait ^ Il fit ensuite une incursion dans le pays des Parthes, mais négligea d'assurer l'occupation du territoire compris entre l'Euphrato et le Tigre '. Quand son fils Publius^, qui avait servi jusque-là sous les ordres de César% lui eut amené 1,000 cavaliers d'élite*", il passa de nouveau TEuplirate , bien que les présages fussent peu favorables ** ; il se laissa égarer par des guides vendus aux Parthes qui le conduisirent dans une embuscade ; près de Carrhes (Carrhœ), il fut obligé de livrer bataille au chef des Parthes. Son fils Publius fut tué, Crassus éprouva une défaite
') Qcs., B. G., 6, 2-'i'i. Dio C. 40, 31. 32. LW., cp., 107. Gros., 6, 10. ^) Cœs., B. G., 6, 44. 7, 1. 8, 23. Dio C, 40, 32. 3) Dio C, 39, 56. App., Syr., 51.
*) Cic, Fin., 3, 22, 75. Off., 1, 8, 25. Fier., 3, 11. ^) C'ic, de Divin., 2, 40, 83.
«) Jos., mit, JiuL, 14, 7, 1. B. Jud, 1, S, 8, Gros., G, 13. Cf. Cic, Flacc, 28, 67.
'') Dio G. ,40, 12-10. Plut., Crass., 17.
8) Cic, Fam., 5, 8, 4
3) Cae3.,B. G., 1, 52,2. 34. 3, 7.
'") Plut., Crass., 17.
") Oliseq., 04.
IV, 18] LE TROISIlblK CONSULAT DE POMPÉE 409
complète '. La retraite fut mal conduite ; Octavius se sacrifia inutilement pour sauver Crassus -, Grassus périt; le questeur G. Gassius Longinus •' ne put ramener en Syrie * que quelques débris de cette belle armée , composée au début de sept légions ^
Crassus avait succombé le 9 juin S3 '^ ; la nouvelle en fut apportée à Rome au moment où Domitius et Messala prenaient possession du consulat (en juillet). Avec Crassus disparaissait le triumvirat ; son influence n'était pas grande, mais sa seule présence suffisait pour empêcher l'un ou l'autre des autres triumvirs d'imposer sa dictature \ Pompée comprit aussitôt le changement qui venait de s'accomplir ; désormais il laissa paraître d'une manière plus évidente son désir d'arriver k la dictature, et s'appuya plus franchement sur les Optimales pour combattre César *. Devenu seul consul. Pompée rechercha les conseils de Caton ' et renonça au double mariage qui avait été mis en avant par César : César devait épouser une fille de Pompée déjà promise à Faustus Sylla ; Pompée épouserait en même temps une petite nièce de César , Octavia , fille de G. Octavius et de Alla, laquelle Atia était fille de M. Atius Balbus et de Julia, sœur de César *°. Pompée préféra épouser Cornelia, fdle de M. Scipio, veuve de Crassus ^\
Pompée n'osa pas encore rompre ouvertement avec César. César, de son côté, avait encore besoin de plusieurs années pour terminer la soumission des tribus gauloises ; il chargea
») Dio C, 40, 17-24. Plut., Crass., 18-27. Liv., ep., 106. Val. Max., 1, G, 11. Oros., 6, 13. Cf. Cic, Brut., 81, 282. Hor., Carm., 3, 6, 9.
-) Plut., Crass., 27.
3) Plut , Crass., 18. 20.
*) Dio C, 40, 25-28. Plut., Crass., 28-33. App., b. c, 2, 18. Liv., ep., 106. Vell., 2, 46. Flor., 3, 11. Eutr., 6, 18, Oros., 6, 13. Cf. Cic, de Div., 2 9 22.
'")'piut., Crass., 20.
*=) Om'kL, Fast., 6, 465.
') Plut., Cœs., 28. Pomp., 53. Flor., 4, 2, 13.
8) Dio C, 40, 50. Cic, AU., 8, 3, 3. Veli., 2, 47.
") Plut., Pomp., 54. Cat., min., 48.
'") Suet., Cses., 27.
") DioC.,40, 51. Plut., Pomp., 55. 74. Zon., 10, 9. Ascon., p. 32. Vell., 2,54.
les tribuns qui s'étaient prononcés pour lui pendant l'interrègne, et avaient proposé de le nommer consul avec Pompée, de préparer son élection au consulat pour l'année 48*, dans dos conditions exceptionnelles : ainsi, malgré la loi de 63 -, il pourrait être candidat en 49 (ses pouvoirs extraordinaires prenaient lin le 1" mars de cette année ^), sans être tenu d(; venir à Home, tout en conservant son armée et le gouvernement de ses provinces*. Heureux de ne pas avoir César pour collègue en ce moment ^ Pompée approuva ce plan; il décida Cicéron, qui lui donnait les meilleurs conseils sans pouvoir se faire écouter ^ à agir auprès du tribun M. Ca'lius Rufus pour l'empêcher d'opposer son intercession \ La proposition put alors passer et fut considérée comme l'œuvre commune des dix tribuns^; Caton cependant la combattit^; voilà l'acte lég-islatif qui fut plus tard le point de départ de la guerre civile. César était venu en Italie ; à Ravenne *°, il vit Cicéron qu'il engagea à s'employer pour soutenir la proposition des tribuns" ; il repartit pour la Gaule pendant l'hiver*^, quand la proposition fut votée, ou du moins quand son acceptation fut considérée comme certaine '■'.
Pompée s'occupa ensuite de rétablir l'ordre en empêchant la brigue ** qui avait pris des proportions si scandaleuses. Deux jours après son entrée au consulat, il présenta au sénat deux projets de loi sur la violence et sur la brigue ^■' ; quatre jours plus tard, par conséquent le dernier jour du mois inter-
') Suet., Cœs,, 26.
-) Voir plus haut, page 37-4.
=*) Dio C, 40, 51 . Cas., b. c, 3, 1. 1, 32.
*) Cic, Att., 7. 7,6.
S) Dio C, 40, 51.
«) Cic, Phil., 2, 10, 24. Fam., 6, 6, 5. A«., 7,6, 2.
') Cic, Ait., 1,7, 1.
") Cic, AU., 7, 3, 4. 8, 3, 3. I^lor., 4, 2, 16.
«) Cœs., b. c, 1, 32, Liv., ep., 107. App., b. •:., 2,
'") Cf. Flor., 3, 10, 22.
") Cic, A«., 7, 1, 4.
'■) Caes., B. G., 7, 8. 10. 32. 6.
") App., b. c, 2, 25 fait une erreur de date.
") Cic, Mil.,2S, 78. Vhil., 1, 7, 18. Vell.. 2, 47.
'") Ascon., p. 37. 44.
calaire, furent rendus les sénatusconsultes qui approuvaient la proposition des deux lois.
La loi Pompeia de amhitu était une loi générale sur la brigue * , qui devait remplacer la loi (Acilia) Calpurnia modifiée déjà par la loi TuUia -. Elle aggravait les peines et diminuait la durée des opérations judiciaires ^ Nous ne savons pas exactement dans quel sens elle rendait les peines plus sévères, nous supposons qu'elle imposait l'exil comme peine principale '. Pour abréger la procédure, Pompée imita les dispositions de la loi Julia repetundarum ; on devait entendre les témoins avant la défense ; cette formalité ne pouvait pas prendre plus de trois jours; le quatrième jour, au plus tard, on devait tirer au sort les jurés ; le cinquième jour, l'accusé et l'accusateur devaient parler devant le tribunal composé de quatre-vingt et un juges ; deux heures étaient accordées à l'accusateur, trois à la défense; les deux parties pouvaient ensuite récuser cinq juges dans chacune des trois décuries ; les cinquante et un juges restants rendaient immédiatement le jugement ^ On supprimait les éloges prononcés par des amis [laudationes) et autres formalités". La loi avait un effet rétroactif; en pourrait accuser d'après la méthode nouvelle tous ceux qui s'étaient rendus coupables de brigue depuis le premier consulat de Pompée \ La loi Calpurnia portait qu'un citoyen condamné pour brigue pourrait se réhabiliter en faisant condamner un autre citoyen pour la même cause ; la loi de Pompée modifia un peu cette disposition : la réhabilitation ne serait accordée qu'à celui qui aurait obtenu la condamnation de deux personnes du même rang ou d'un rang inférieur, ou bien la condamnation d'une personne
') Cf. Cic, AU., 13,49, 1. 10, 4, 8.
-) Voir, pour la loi Calpurnia, p. 233: pour la loi Tullia, p. 268. •j Ascon., p. 37.
M Cic, AIL, 9, 14, 2. Cf. Dio C, 43, 27.
■^) Ascon., p. 37. 40. Dio C, 40, 52. Sf). Cic, Bnit., 94, 324. Tac. J)ial., 38. Cf. Caes., 6. c, 3, 1.
G) Dio C, 40, 52.55. Plut., ?omp., 55. Cat., min., 48. ') App., b. c, 2, 23. Plut., Cat. min., 48.
412 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLTOl'E [IV, 18
(le rang- supérieur *. La loi enfin accordait à Pompée le droit de dresser Falbum des juges pour l'année courante'.
La loi Pompeia de vi était une loi spéciale ' ; elle établissait un tribunal extraordinairepourjugerceuxquiavaient assassiné Clodius. incendié la curie et attaqué la maison de M. ^Emilius Lepidus '". Elle établissait des peines plus sévères que la loi Plaulia de vi% et reproduisait les dispositions de la loi de Ambitu concernant la procédure ^ L'enquête devait être faite sous la direction d'un citoyen élu par le peuple parmi les consulaires sous la présidence de Pompée "; les juges devaient être cboisis sur l'album dressé par Pompée ^
Caton parla contre la loi sur la brigue, parce qu'en principe il était opposé à ce que la loi eut un effet rétroactif ^ Les partisans de César firent remarquer que le consulat de César était compris dans la période visée par Pompée : César pourrait donc être poursuivi pour brigue en vertu de la loi nouvelle. Pompée répondit, non sans malice *^ que son second consulat était aussi compris dans cette période; il ne crovait pas qu'on put soupçonner la conduite de César '\ pas plus que la sienne. Toute opposition cessa devant cette babile déclaration; on ne tint plus compte de l'observation de Caton, et la loi fut approuvée par le sénat.
La loi de vi rencontra une opposition plus sérieuse. On admit généralement la nécessité d'un tribunal extraordinaire ; mais on prétendit aussi qu'on pouvait l'établir au moyen de la loi Plautia, qu'une loi nouvelle était inutile. Sans doute dans la proposition de Pompée, le nom de Milo n'était pas prononcé, mais, vu les faits, la loi n'en était pas moins une loi d'exception
1) Dio C, 40, 52. App., b. c, 2, 24.
2) Ascon., p. 39. Dio C, 40, 52.
3) Gell., 10,20.
*) Ascon., p. 37. Cic, Mil., G, 15. 2G, 70. 29, 79. Schol. Bob., p. 276. Schol. Gron., p. 443.
^) Voir plus haut, paj^e 192.
fi) Ascon., p. 37. 40.53.
') Ascon., p. 39. Cic, Mil., 8, 22.
*) Ascon., p. 39. Dio C, 40, 52.
9) Plut., Cat.,min.,iS.
*") Cf. Suet., Cxs., 30.
") App., b. c, 2, 23.
dirigée contre lui '. Q. Horterisius défendit cette manière de voir et rédigea une proposition qui fut soumise au sénat ; le prétorien Q. Fufius Calénus, poussé par le tribun T. Munatius Plancus, demanda la division du vote. La première partie de la proposition : P. Clodiicœdem et incendium curix et oppii- (/natiojietn œdium M. Lepidi contra rem puhlkam factum esse, fut acceptée; mais la seconde partie, ut extra ordmem deea re sedex veteribuslegibusqusei'eretur, futarrêtée parrintercession de T. Munatius et de C. Sallustius -. En somme le sénat n'avait pas formellement condamné la loi, Pompée se crut suffisamment autorisé à la porter devant le peuple.
Dans les assemblées la loi fut encore l'objet des plus vifs débats. Le l"" mars, le lendemain de la séance, T. Munatius Plancus communiqua au peuple la résolution du sénat, et la représenta comme une condamnation prononcée d'avance contre Milo^ Avec Q. Pompéius Rufus il employa tous les moyens pour exciter le peuple contre Milo et le disposer en fa,vcur de la loi Pompeia de vi ; il alla jusqu'à présenter au peuple des gens qui avaient soi-disant les plus graves révélalions à faire sur le compte de Milo*. Milo fut défendu par le tribun M. Gœlius Rufus, qui combattit aussi la loi de Pompée, en tant que loi d'exception"; son collègue Q. Manilius Cumanus l'aida à prendre les mesures nécessaires pour protéger Milo''. DanslesasscmbléestenuesparM.Cwlius,Calon^etCicéron se prononcèrent aussi en faveur de Milo ; toutes ces démarches furent inutiles. Cicéron venait d'être élu augure sur laproposition de Pompée et d'Hortensius à la place de P. Crassus *; il resta cependant fidèle à Milo, malgré la haine que Pompée ressentait pour ce dernier ", malgré les menaces de T. Muna-
*) Cic, mi., 5, 13. Phil, 2, 9, 22. Cf. Frtm., 15, 4, 12. Dio G., 46, 20.
2) Ascon., p. 44, 45. Schol. Bob., p. 276. 281. Cic, Mil-, 5, 13 et seq.
3) Ascon., p. 44.
*) Ascon., p. 38.
5) Ascon., p. 37. Cf. Gell., 10,20.
«) Ascon., p. 38.
") Cic, Mil., 22, 58.
«) Cic, Phil., 2, 2, 4. 13, 5, 12. Brut., 1, 1. Fam., 8, 3, 1. 15, 4, 13. Plut., Cic, 36.
9) Cic., Fam., 3, 10, 10.
414 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLloLE [IV. 18
lins, (le (j. Ponipéius Riifus, de C. Salluslius; i . .Munalius. qu'il avait cependant défendu autrefois ', et Q. Pompéius Rufus le menacèrent même de rindiction {diei dictio) -. Cicéron ne se laissa pas intimider; mais ne put empêcher le peuple de se montrer favorable à la loi de Pompée. Pompée était devenu définitivement le défenseur de Clodius : en 56 il s'était déjà réconcilié avec lui, s'était brouillé de nouveau ^ , et finalement s'était encore réconcilié *. Il encouragea les tribuns qui excitaient le peuple, affecta de croire que Milo en voulait à sa vie % prit une garde personnelle®, et menaça de faire taire M. Caelius Rufus, en employant contre lui la violence '.
Les lois de Pompée furent votées après l'intervalle règ-lementaire de trois semaines, peu de temps après les ides de mars. Il réunit aussitôt les comices pour faire nommer le président du tribunal extraordinaire ; L. Domitius Aliénobarbus, le consul de o4, fut élu- . Ce fut aussi à ce moment qu'il dut faire élire les préteurs. A, Manlius Torquatus fut élu et eut la présidence du tribunal qui devait juger les procès de brigue ^ ; probablement aussi M. Considius Nonianus, qui partagea la présidence du tribunal de vi ex lege Plautia avec un certain L. Fabius qui devait être un juge des tribunaux criminels'". La question des cabales [quœstio de sodaliciis) futprésidée par M. Favonius qui n'était certainementpas préteur, mais un ancien édile requis pour assister les i)ré{eurs,{judex qiiœstionis)^^.
') Cic, Fa»)., 7, 2. 3.
2) Ascon., p. 38. 49. Cic, Mil., 5, 12. 18. 47.
3) Cic, adQ. fr,, 3, 4,2.
') Cic, Mil., 8, 21.
5) Ascon., p. 37. Cic, Mil. y 24, 66.
«) Ascon., p. 37. 39.
") Ascon., p. 37.
«) Ascon., p. 39. Cic, Mil., 8, 22.
5) Ascon., p. 40.
'0) Ascon., p. 54. 55.
") Lespréteurs n'étaient pas assez nombreux pourconslituer les tribunaux criminels ; alors on choisissait, pour compléter l'organisation des tribunaux, d'anciens édiles qui prenaient le titre de juges criminels, judices quscstionis. Pendant l'année qui suivait leur sortie de charge, les édiles, en vertu dé la loi , devaient se tenir à la disposition des préteurs. Nous avons dit un peu plus haut (page 250, note l(t) que le cas se produisit d'abord pour le tribunal
Enfin Pompée dressa l'album des juges ; il inscrivit 360 noms '.
Alors furent présentées de nombreuses accusations contre Miio : les deux Appius Claudius, auxquels se joignirent M. Antonius et P. Valérius Xépos (comme subscriptores), l'accusèrent de violence en vertu de la loi de Pompée ^ ; il fut accusé pour brigue, aussi en vertu de la loi de Pompée, d'une part par les deux Appius Claudius, de l'autre par C. Gélliégus et L. Cornificius; pour violence en vertu de la loi Plautia par L. Cornificius et Q. Patulcius ; enfin il eut encore à répondre à l'accusation d'avoir formé des cabales {de sodaliciis); P. Fulvius rs'eralus le poursuivit pour ce fait en vertu de la loi Licinia". On désigna d'abord (par une divùiatio) ceux qui soutiendraient devant le tribunal l'accusation de brigue; les deux Appius Claudius furent cliarg-és de porter l'accusation; P. Valérius Léo et Cn. Domitius, fils de Cn. Domitius Calvinus, furent autorisés à les assister (comme subscriptores) \ L. Domitius Ahénobarbus et A. Manlius Torquatus citèrent Milo à comparaître le 4 avril. Il se présenta devant L. Domitius Ahénobarbus (président de la question de vi), et charg-ea un de ses défenseurs ', M. Claudius Marcellus, de solliciter un délai de l'autre tribunal jusqu'à ce que son premier procès fût terminé. On fit droit à sa réclamation ^ Devant le tribunal, Tainé des Appius Claudius demanda de nouveau que cinquante-quatre des esclaves de Milo fussent mis à la torture; Milo répondit, comme il l'avait déjà fait auparavant, que la chose n'était pas possible , puisqu'il avait alfranchi ses esclaves. Appius demanda alors qu'il lui fût permis de citer comme témoins
qui avait à juger les assassinais et les maléfices (de sicariis et veneficis). Ces juges avaient des privilèges, des insignes, par exemple des Uctores, des viatores (Cic. Cluent., 53, 147. 27, 74), mais n'étaient cependant que les mandataires des préteurs, à qui ils devaient toujours en référer. |i\. D. T.]
») Ascon., p. 39. Cic , Mil., 8, 21. 38, 105. Fain., 7,2, 3. Plut., Pomp., 55. Vell., 2, 76.
-) Ascon., p. 42. 40 ; cf. 35.
3) Ascon., p. 40. 54. Cf. Dio C, 40, 53.
*) Ascon, p. 40. 54; cf. 35.
») Cf. Ascon, p. 35.
*) Ascon., p. 40.
tous ceux dos esclaves de Clodius qu'il désignerail. Après avoir consulté le tribunal, AhénoLarbus lui accorda cette autorisation '; on l'avait refusée à M. Cœlius Rufus, qui avait voulu mettre à la torture ces mêmes esclaves dans l'intérêt de Milo".
Le lendemain, 5 avril, on entendit les témoins; en vertu de la loi cette formalité devait occuper le tribunal pendant trois jours. Le premier jour, M. Marcellus posa quelques questions à un témoin à charge^ C. Cassinius Schola; les partisans de Clodius poussèrent de grands cris; effrayés Marcellus et Milo demandèrent une force armée pour les proléger, Pompée l'accorda ^. Il n'y eut plus de désordres pendant les deux autres jours; la plupart des témoignages furent contraires à Milo % mais M. Favonius fit une déposition qui lui était très favorable ". Le troisième jour, quand le tribunal eut déclaré que l'on ne recevrait plus de dépositions, cl tout préparé pour le tirage au sort des jurés qui devait avoir lieu le lendemain, T. Munalius Plancus réunit une assemblée, vers la dixième heure, pour inviter le peuple à venir le lendemain faire une manifestation autour du tribunal, dans le but d'intimider les juges *"'. Le 8 avril ' (il y avait centdeux jours que le meurtre de Clodius avait été commis*);, Pompée fit occuper le forum avec ses troupes ". L'aîné des Appius, M. Antouius et P. Valérius Népos soutinrentl'accusation. La défense fut présentée par Cicéron, qui parla seul; effrayé parle déploiement de forces militaires, déconcerté par les cris des partisans de Clodius, Cicéron fut au-dessous de lui-même et défendit fort mal son client '". Milo fut condamné
>) Ascon., p. 40. Cic, .1///., 21, 57. 22, 59.
-) Ascon., p. 35.
3) Ascon., p. 41. Dio C, 40, 53. Cf. Cic, Att.. 9, 7 B, 2.
*) Ascon., p. 41.
-■>) Cic, Mil., 9, 26. 16, 44.
6) Ascon., p. 41. 43. 52. Cic, 3/(7., 2, 3. 26, 71.
8) Cic, MU., 35, 98.
9) Ascon., p. 41. Cic, MiL^i, 2. 26, 71. 37, 101. Opt. Gcn. or., 4, 10 cf. AU., 9, 14, 2.
»û) Ascon., p. 42. Schol. Bob., p. 276. Dio C, 40, 54. Plut., Cic, 35.
par 38 voix contre 13', il partit aussitôt pour l'exil, et se relira à Marseille -. Cicéron lui adressa plus tard son plaidoyer pro Milone qu'il avait depuis composé à loisir ^ Le 9 avril, Milo absent fut encore condamné pour brigue par le tribunal de ambitu. quelques jours après par le tribunal de sodaliciis que présidait M. Favonius, et enfin par le tribunal de vi ex lege Plautia présidé par L. Fabius *. Les propriétés de Milo étaient grevées de dettes, que rachcleur était tenu de payer , elles furent vendues pour une demi-once ^
M. Sauféjus fut aussi poursuivi en vertu des deux lois Pompéia et Plautia pour avoir pris part au meurtre de Clodius ; Cicéron le défendit dans ces deux procès et le fît acquitter ". Dans le parti opposé, Sex. F.lodius et un grand nombre de partisans de Clodius furent condamnés pour avoir pris part à l'incendie de la curie et à l'attaque dirigée contre la maison de M. .Emilius Lepidus '. Vinrent ensuite de très-nombreux procès de brigue intentés en vertu de la loi de Pompée ^
On poursuivit encore les candidats au consulat de 53 , M. ^'Emilius Scaurus et C. Memmius Gemellus, et le candidat de 32, P. Plautius Ilypsaius. Le peuple se prononça en faveur de Scaurus contre son accusateur ; Pompée fut obligé d'envoyer à Scaurus l'ordre formel de se présenter devant le tribunal, et de disperser le peuple par la force armée". Cicéron le défendit^'', mais ne réussit pas à le faire acquitter^'. Pompée se prononça énergiquement contre Hypsaeus ; HypsaBus se jeta vainement à ses pieds, il fut condamné ^-, ainsi que C. Memmius Gemellus. Mais Gemellus voulut se réhabi-
1) Ascon., p. 53. Cf. App., h. c, 2, 24. Liv., ep., 107. Vell., 2, 47.
3) DioC, 40, 54. Cf. 46,7.
^) Ascon., p, 54.
») Ascon., p. 54. Cf. Cic, Fam., 8, 3, 2. Att., 5, 8. 5, 10, 4. 6, 4, 3. 6,5. 6, 7, 1.
^) Ascon., p. 54.
') Ascon., p. 55.
«) Cic, Brut., 94, 324. Fam., 5, 18. Caes., h. c, 3, 1. 9) App., b. c, 2, 24.
'») Quint., 4, 1,69.
") App,, b. c, 2, 24. Cic, O/f.y 1, 39, 138. '2) Dio C, 40, 53. Plut., Pomp., 55. Val. Max., 9, 5, 3.
418 LA DISSOLUTION DE LA HÉl'UBLIOUE [IV, 18
litcr en se servant de la loi de Pompée ; il porta une accusation de brigue contre Q. Métellus Scipio qui avait brigué le consulat avec lui, et était le beau-père de Pompée ; ce dernier ne craignit pas de violer sa propre loi pour sauver Scipio ; il prit le deuil, manda auprès de lui les 360 juges, et leur demanda comme une grande faveur l'acquittement de Scipio'. Gemellus abandonna l'accusation et s'exila à Patree ^ Pour soustraire Scipio à une nouvelle accusalion, Pompée le prit comme collègue pendant les cinq derniers mois de l'année ^
Scipio crut rendre un grand service à l'Etat en faisant une nouvelle loi sur la censure, mais il connaissait mal la question''. Sous la dernière censure, les poursuites faites en vertu de la loi Clodia n'avaient pas eu le résultat qu'on attendait" ; Scipio remplaça la loi Clodia par la loi Cxcilia de censura ^ Scipio ne comprenait pas que les temps étaient changés^ que les censeurs ne pouvaient plus avoir le courag-e de redresser les mœurs. Les censeurs ne pouvaient plus alors essayer de corriger leurs contemporains, le nombre de ceux qu'il aurait fallu punir dans le sénat et dans l'ordre des chevaliers était trop g;rand. Clodius avait eu l'habileté de ne pas rendre les censeurs responsables des désordres qu'ils ne réprimaient pas; en vertu de la loi Caicilia, les censeurs seraient seuls responsables des châtiments qu'ils infligeraient, et des désordres qu'ils négligeraient de réprimer ; il était à prévoir que personne ne se présenterait plus pour remplir la charge de censeur, à moins qu'il n'eût complètement perdu la raison ^ D'ailleurs, Scipio lui-même aurait dû être poursuivi un des premiers ; il ne craignit pas, quoique consul, d'assister à un festin donné en son honneur par un appariteur de tribun, et dans lequel se prostituèrent des femmes de haut rang *.
») App., 6. C, 2, 24. Plut., Pomp., 55. Val. Max., 9, 5, 3.
2) Cic, Fam., 13, 19, 2; cf. 13, 1, 1. Att., 5, 11, 6.
3) Dio C, 40, 51. 53. Plut., Fomp., 55. App., b. c, 2, 25. *) Cic, A«., 6, 1, 17 et seq.
3) Cic, AU., 4> 16, 14.
6) Dio C, 40, 57.
') Dio C, 40,57.
«) Val. Max., 9, 1,8.
Pompée présenta encore deux autres lois qui visaient la brigue.
La première était une loi de provinciis ; il transforma en loi le sénatus-consulte de 53 ', en vertu duquel les magistrats ne devaient plus prendre possession de leurs provinces en sortant de charg-e, comme l'autorisait la loi Cornolia (voir plus haut, page 181)^ mais cinq ans après avoir été consul et préteur; cette loi annulait la loi Sempronia de provinciis consularibus (tome II, p. 47). Elle aurait pu avoir de bons résultats, mais il fallait décider les grands personnages à s'y soumettre , et Pompée lui-même, qui l'avait fait accepter dans le but de nuire à César", fut le premier à donner l'exemple de la violation d'une loi qu'il avait proposée , siiarum kcjani auctor idem ac subversor\ Ainsi la loi Trebonia (voir plus haut, p. 373) lui avait donné le gouvernement des deux Espagnes pour une période de temps qui expirait en oO ou à la fin de 51 ; il se fit donner les mêmes provinces par une loi tribunitienne pour une nouvelle période de cinq ans, et le sénat lui accorda le droit de prendre tous les ans mille talents dans le trésor pour la solde de ses légions '\ De cette manière. Pompée ne serait plus obligé d'abandonner son commandement avant César ; nous savons que les pouvoirs confiés à ce dernier par la loi Pompeia Licinia prenaient fin le 1"" mars 49.
La seconde loi, lex Pompeia de jure magistratuum, était une loi générale sur l'élection et les fonctions des magistrats. Un article de cette loi — c'est tout ce que nous en savons, — renouvelait une disposition législative de 63 en vertu de laquelle il fallait être présent à Rome pour poser sa candidature. Les césariens furent très inquiets ; ils comprirent que celte disposition permettrait d'annuler la loi tribunitienne votée en faveur de César. Pompée n'osait pas encore se brouiller avec César ; cependant il ne pouvait pas s'habituer
0 Dio C, 40, 56. D'après le contexte, il est facile de comprendre que le sénatus-consulte de 53 fut confirmé par un vote du peuple, et devint une loi ; cf. 40, 30. 46.
2) Cf. Cœs., h. c, 1, 6. 85.
3) Tac, Ann., 3, 28*
*) Dio C, 40, 56. 44. Plut , Pcmp . , 55. Caes., 28. App., 6. c, 2, 24.
à ridée de voir César prendre une seconde fois possession des fonctions consulaires * ; il modifia pourtant sa loi en y ajoutant Tarlicle suivant : la loi ne s'appliquerait pas à ceux en faveur desquels le peuple voterait ou aurait volé une dispense. Pompée ne comprit pas que celte addition rendait la loi absolument inutile ; les personnages les plus puissants, par conséquent les plus dangereux pour la république, obtiendraient toujours facilement cette dispense". Quant à celle qui avait été accordée à César, les ennemis de ce dernier pouvaient en contester la valeur légale, et ils le firent, nous le verrons plus loin \
Pompée violait non seulement les lois en général, mais ses propres lois\ il en donna un nouvel exemple à la fin de son consulat. En sortant de charge (10 décembre), les tribuns Q. Pompeiiis Rufus et T. Munalius Plancus Bursa furent poursuivis avec d'autres pour avoir pris part à l'incendie de la curie, toujours en vertu de la loi Pompeia de vi". Nous savons peu de choses du procès de Q. Rufus; il fut accusé par M. Cselius Rufus, et fut condamné ^ Pompée fit tous ses efforts pour sauver Munalius, et remit au tribunal un éloge écrit [laudatio] de l'accusé. Caton ne manqua pas de protester, en qualité de juge, contre une pareille violation de la loi, et, malgré l'intervention de Pompée, Munatius fut condamnée II s'enfuit auprès de César*, qui avait déjà accueilli, et accueillit surtout à ce moment", beaucoup de condamnés ^^
Caton se présenta au consulat pour l'année suivante, 51. Il avait fait voter par le sénat une résolution portant que les candidats devraient solliciter eux-mêmes les sulfrages des
•) Cf. Vell., 2, 30.
') Dio C, 40, 53. Suet., Gxs., 28. Cf. Cic, A«., 8, 3, 3. 3) Suet., Cacs., 28.
*)Tac., Ann., 3, 28.
^) Dio C, 40, 55.
«} Val. Max , 4, 2, 7. Cic, Fam , 8, 1, 4.
') Dio C, 40, 55. Plut., Vomp., 55. Cat. min., 48. Cic, Fam , 7, 2, 2 AU., 6, 1, 10. P/iil., G, 4, 10. 13, 12,27. Val. Max., 6,2,5. •) Cic, Vam., 8, 1,4.
*) Cic, Fam., 7, 2, 4. Dio C, 40, 55. ") Cic, Att., 10, 4, 8. App., b. c, 2, 25.
citoyens, et ne pourraient plus se servir d'agents. On savait qu'il désirait le consulat uniquement pour enlever à César le gouvernement des Gaules ; il ne distribua pas d'argent, et ne fit aucune avance au peuple ; il échoua ' ; il irrita encore le peuple davantage en accueillant la nouvelle de son échec avec une stoïque indifîérence^ Les consuls élus furent M. Claudius Marcellus, grand orateur * et adversaire résolu de César, et le jurisconsulte Ser. Sulpicius Rufus qui avait déjà été candidat en 62 ; agissant à l'inverse de son ami Caton. il sut tenir compte des circonstances, et se ménagea les faveurs populaires*. Ces consuls ne furent pas les maîtres de l'État; Pompée continua à diriger la politique en restant à Rome ; il fit administrer ses provinces par des lieutenants ^ Parmi les préteurs élus en même temps, nous relevons les noms de A. Plautius et de M. Juventius Laterensis; le premier était un partisan de Pompée ^ , le second , un adversaire résolu de
César
») Plut., Cat. min., 49. Dio C, 40, 58. Cf. Cœs., b. c, 1, 4.
*) Plut., Cat. min., 50.
3) Cic, Brut., 71, 249.
*) Dio C, 40, 58. Liv., ep., 108. Cf. Cic, Att.,1. 3, 3.
^) App..6.c., 2, 25. Cf. Val. Max., 6, 2.7. Amra. Marc, 17, H, 4.
<■•) Cic, Aff.. 5. 15, 1.
') Cic, Fam.,8, 8, 2.