‹ Histoire intérieure de Rome jusqu'a la bataille d'Actium. Tirée des Roemische Alterhümer de L. LangeChapitre 49 sur 175 · CHAPITRE DIX-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-NEUVIÈME

Au moment où Pompée devenait le maître de Rome comme chef des Optimales, César en Gaule courait le danger de perdre le résultat de ses six années de campagne. Vercingétorix ' avait réussi à soulever et à grouper les tribus gauloises : il comptait d'autant plus sur le succès que l'on s'attendait à voir César retenu en Italie par les événements qui survinrent à Rome au commencement de 32 ^ César était venu faire les levées dans la Cisalpine pour compléter ses légions ^ ; quand il revint dans la Transalpine, il éprouva de grandes difficultés à joindre l'ennemi et à concentrer ses troupes en présence des Gaulois*. Enfin, après des marches longues et pénibles, après des sièges qui lui demandèrent beaucoup de temps et de peines , il put écraser dans deux combats qui durèrent plusieurs jours la grande armée gauloise sous les murs d'Alesia; Alesia succomba et Vercingélorix se rendit'. A Rome, on vota des actions de grâces qui durèrent vingt jours ^ César passa l'hiver à Bibracte '.

Cette dernière victoire faisait disparaître le prétexte que César avait mis en avant pour réclamer le privilège de briguer le consulat de 48 en restant à la tête de ses provinces. Rappelons qu'en vertu de la loi Pompeia Licinia, ses pouvoirs

') Caps,, B. 0., 7, 4.

2) Ca;s.,B. G., 7,1. Plut, Cœs., 26.

3) Cses., B. G., 7, 1. 7. 57. Cf. Suet., Caea., 24. *) Cfes.,B. G., 7, 6 et seq.

») Ceps., B. G., 7, 9-89. Dio C, 40, .33-41. Plut., Cses., 25 et seq, Liv., ep., 107. Vell., 2, 47. Suet., Cxs., 25.

6) C«s., B. G., 7, 90. Cf. Dio C, 40, .50. Plut., Cat. 7nin., 5i . •) Cœs.. B. G.,1, 90.8, 2.

devaient se prolonger jusqu'au 1^"" mars 49, mais, en réalité, ils ne devaient prendre fm que le 1" janvier 48, César ne pouvant abandonner le commandement qu'à l'arrivée de son successeur ; or la loi Cornelia ne permettait pas de le faire arriver en Gaule avant le 1" janvier 48. Les deux années 51 et SO devaient suffire à César pour désarmer les tribus qui étaient encore en armes ^ et châtier les Illyriens qui venaient de surprendre Terg-este (52) ^ César n'avait plus qu'un intérêt personnel à invoquer pour demander que son second consulat fît immédiatement suite à son pouvoir proconsulairc. Il avait bien compris que, par sa loi sur les magistratures, Pompée avait eu l'intention d'annuler la loi des dix tribuns et de lui enlever le privilège de briguer le consulat tout en conservant le gouvernement de ses provinces ^ Il avait compris aussi que la loi sur les provinces permettait de lui donner un successeur le 1" mars 49, ce successeur pouvant être pris parmi les anciens consulaires. Il put aussi supposer que Pompée, dont le désir le plus ardent était d'amener César à briguer le consulat en qualité de simple citoyen [privatus) , voulait le mettre en accusation en vertu de la loi Pompeia de ambitu*, ou du moins voulait lui faire sentir sa supériorité ; Pompée, en effet, était proconsul d'Espagne, avait une armée, et de plus dirigeait à Rome les affaires de l'État au nom des consuls^; de là jalousie de César qui, dans l'intérêt de sa propre sûreté, ne voulait pas occuper la seconde place dans la république ; il comprit qu'il serait plus facilement chassé de cette place inférieure qu'obligé de descendre du premier rang au* second ^ Le conflit était inévitable ; César prit ses mesures et doubla, probablement à cette époque, la solde de ses légions '. Il continua à s'attacher des sénateurs et d'autres citoyens par ses libéralités ; il paya leurs dettes, disant à tous, sous forme

') Cf. App., Illyr., \2.

3) Liv., ep., 108. Cf. Cic, AU., 7, 7, 6.

4) App., b. c, 2, 25.

5) App., b. c.,2, 25. Cf. Dio C, 40, 44,

6) Suet., Cœs., 29.

■') Suet., Cœs., 26. Cf. Caes., B. G., 7, 89

(le plaisanlerlo, qu'une guerre civile était devenue nécessaire'. Pour ne pas se laisser oublier du peuple, il continua les constructions commencées en 54, fit de grands préparatifs pour les jeux funèbres et le repas qui devaient être donnés au sujet de la mort do sa fille". Il chercha à s'assurer les sympathie des rois qui avaient conservé une indépendance nominale, des principaux municipes et des grandes villes des provinces en les comblant d'attentions et en leur rendant des services ^ Avant tout, il s'assura le dévouement des habitants de la Cisalpine. On se rappelle que la loi Vatinia (voir plus haut, p. 320) l'avait autorisé à donner le droit de cité aux Latins de la colonie de Novum Comum ; il fit de cette loi, paraît-il, un usage exagéré*. Il semble même qu'à ce moment il reprit son projet de 67 (voir plus haut, p. 231), et promit de faire accorder le droit de cité à tous les Latins de la Gaule transpadane. César écrivit encore au sénat ; il parla des lois de Pompée , et demanda que, conformément à la loi des dix tribuns, on lui laissât le gouvernement des Gaules jusqu'au l" janvier 48 ^

Tous ces faits décidèrent le consul M. Claudius Marcellus à convoquer le sénat , probablement en avril , époque où beaucoup de sénateurs étaient à la campagne; étant le plus jeune consul, Marcellus avait précisément les faisceaux pendant ce mois. Son édit de convocation portait qu'il avait à faire une communication sur les grands intérêts de la république, de siimma repuh'ica ^ Il ne proposa pas cependant de donner un successeur à César [de successione provinciarum Galliarumy ; il parla de Tillégalité commise par César qui avait accordé le droit de cité aux Latins de Novum Comum ; en développant son sujet, il put dénoncer le péril dont César menaçait la république, et parler de la nécessité de lui donner un successeur ^ Son collègue Ser. Sulpicius Rufus trouva

') Suet., C£cs., 27. Cf. Cic, Fam., 8. 'i, 2. 8, i, i.

2) Suel., Cxs., 26.

^) Suet., Cœs., 27.

*) Suet., Cœs., 28. Cf. Cic, Fam., 13, 35, 1.

S) App., b. c, 2, 25. Plut., Cxs , 29.

8) Saet.,C«.ç.,28.

■') Cic, Fam., 8, 1, 2.

*) Suel., Cœs., 28.

que de pareilles propositions étaient prématurées , et pouvaient conduire à la guerre civile ^ Le sénat prit une résolution fort défavorable à César, mais les tribuns firent intercession, elle ne fut qu'une démonstration hostile sans effet ^ En mai, — on ne connaissait pas encore l'impression produite sur César par le vote du sénat, — on craignit à Rome qu'il ne réglât par lui-même la question des Latins de la transpadane ; du reste il les avait déjà en fait considérés comme des citoyens en les enrôlant dans les nouvelles légions. Cette crainte fut confirmée par la nouvelle, qui était fausse, que César avait donné l'ordre aux villes transpadanes de nommer des quattuorviri, ce qui équivalait à leur reconnaître la constitution des municipes romains^. Pompée était à Tarente\ il déclara qu'il combattrait et empêcherait les illégalités de ce genre ^ Vers la fin de mai, Marcellus fit battre de verges un sénateur de Novum Comum qui était venu à Rome après avoir commis sans doute quelque méfait ; Marcellus voulut montrer par cet exemple qu'il ne considérait pas les habitants de la colonie comme dos citoyens pouvant réclamer la protection de la loi Porcia ''' ; on se rappelle que la proposition faite par M. Livius Drusus, en 122, de l'appliquer aux Latins n'avait pas été convertie en loi. (Voir plus haut, p. 50.) Le 1" juin, Marcellus voulut mettre à l'ordre du jour la discussion sur le remplacement de César^ ; c'était à ce moment en effet que l'on pourvoyait autrefois à l'adminislration des provinces consulaires. Il renonça à son projet**, probablement sur le conseil de Pompée ; Pompée invoqua sa loi sav les provinces, en vertu do laquelle on venait de donner, en mars, la Syrie à M. Calpurnius Bibulus, la Cilicie à Cicéron et les provinces prétoriennes à huit anciens préteurs ' ; Pompée fut d'avis

*) Clc, Fam., 4, 3, i. 4, 1, 1. Cf. 8, 10, 3. 4, 4, 3. 6, 1, 6.

2) Cic, Alt., 5, 5, 2.

3) Cic, AU., 5, 2, 3. Fam., 8, 1, 2. *) Cic, AU., 5, 5, 2.

5) Cic, AU.. 5, 7. Fam., 2, 8, 2.

6) Cic, AU., 5, 11, 2, lettre écrite le 6 juillet à Athènes. Cf. App., b. c, 2, 26. Plut., Cxs., 29.

^) Cic, li-am., 8. 1, 2.

«) C\c.,Fam., S, 2, 2.

qu'on ne devait discuter les choix pour les provinces consulaires de 49 qu'au commencement de 50. Le 22 juillet, un incident amena le sénat à discuter de nouveau la question. Il s'agissait de la solde des lég-ions de Pompée qui, depuis le mois de mai, avait l'air de se préparer à partir pour l'Espagne*; on rappela qu'une de ces légions était alors sous les ordres de César; Pompée déclara qu'il la reprendrait, pas de suite, mais quand il le voudrait. On demanda à Pompée ce qu'il pensait du remplacement de César; il répondit que tout le monde devait obéir au sénat. Le sénat décida alors que l'on discuterait la question des provinces consulaires quand Pompée serait revenu d'un voyage qu'il se proposait de faire à Ariminum -. On croyait que la discussion s'ouvrirait le 13 août; elle fut renvoyée par suite d'un procès de brigue intenté au consul désigné C. Claudius Marcellus ^ Le 1"" septembre, le consul M. Marcellus fit une proposition formelle, mais la discussion ne put encore s'engager ; on prétexta que le sénat n'était pas en nombre ; un des tribuns favorables à César* avait constaté le fait en comptant les sénateurs présents. Ce jour là, Pompée déclara qu'il n'était pas nécessaire de rédiger un sénatus-consulte, puisqu'il était tout à fait inadmissible que l'on fût en même temps gouverneur de province et candidat au consulat, ce que voulait César. Dans la même séance, Metellus Scipio avait sollicité une déclaration du sénat portant qu'il serait pourvu au gouvernement des Gaules le 1" mars au plus tard ; l'agent de César, L, Cornélius Balbus, parut très mécontenta Pendant le mois de septembre, le sénat fut encore plusieurs fois empêché de donner une solution à l'affaire, toujours pour la même raison : il n'était pas en nombre ^ Enfin, le dernier jour de septembre on put voter '.

') Cic, AU., 5, H, 3. Mm., 3, 8, 10. Dio C , 40, 59.

°-) Cic, Frtm., 8, 4,4. Cf. AU., 5, 19, 1.

^) Cic, Fam., 8, 9, 2.

') Suet., C«s.,29. Dio C, 40, 59.

") Cic, Fftm., 8, 5, 2. 8, 8, 4.

") Cic, Fam., 8, 8, 4 et seq.

Marcellus demanda, comme au 1" septembre^ que César abandonnât le g-Quvernement de ses provinces le 1" mars 49, puisque la guerre était finie, et qu'il fallait dissoudre l'armée victorieuse. Il ajouta que César ne pouvait pas se présenter au consulat sans rentrer dans Rome, la loi de Pompée de jure magistratuum ayant annulé la loi des dix tribuns *. Marcellus, sur ce dernier point, pouvait invoquer des raisons de droit en vertu desquelles l'article additionnel ajouté par Pompée n'avait pas de valeur légale. Le consul Ser. Sulpicius Rufus s'opposa à ces deux résolutions en répétant qu'elles auraient pour conséquence la guerre civile ^ Pompée déclara qu'il ne pouvait, sans blesser César, voter sur son remplacement avant le 1" mars SO ; après cette date, il ne ferait aucune objection ^ César, en effet, pouvait s'appuyer sur la loi Pompeia Licinia '• pour se plaindre de ce que l'on disposait trop tôt de ses provinces; il n'avait pas besoin pour cela d'invoquer le maintien des dispositions des lois Cornelia et Sempronia supprimées par la loi Pompeia de provinciis de 52 uniquement pour le gêner. En vertu de la loi Pompeia Licinia, la discussion sur la nomination du nouveau gouverneur des Gaules ne devenait obligatoire qu'en juin 50. Pompée était obligé de reconnaître lui-même que sa propre loi défendait d'ouvrir le débat à ce moment. Maintenant qu'on n'était plus obligé de procéder séparément à la répartition des provinces consulaires et des provinces prétoriennes, en admettant que César quittât son gouvernement le 1"" mars 49 , comme le demandait Marcellus, il serait grand temps de désigner son remplaçant à partir de mars 50, au moment oh l'on désignerait les titulaires de provinces qui devaient être libres avant celles de César ^ Il y avait du reste un précédent ; les provinces de Cilicie et de Syrie qui étaient alors gouvernées par Cicéron et par Bibulus, ne leur avaient été assignées qu'en mars 51.

1) Cic, AU., 8, 3,3. Suet., Cœs., 28. Liv., ep., 108. Dio C., 40, 59, et App., b. c, 2, 26 se sont trompés.

2) Cic, Fam., 4, 3, 1 . Liv., ep., 108. Suet., Cœs., 29. Dio C, 40, 59.

3) Cic, Fam., 8, 8, 9. 4, 9, 2. Alt., 8, 3, 3. Dio C, 40, 59. App., h. c, 2, 26, et Plut., Pomp., 56, se sont trompés.

*) Caes., B. G., 8, 53.

») Cf. Cic, Fam., 8,9, 2.

Caton partagea l'avis de Marcellus , et prétendit que l'on devait décider tout de suite le remplacement de César au l""" mars 49'. Ce fut lui qui formula la proposition de Marcellus, elle fut rejetée -. Pompée cependant qui n'exprimait pas toujours sa pensée véritable ^ n'avait pas pu cacher sa manière de voir; tout le monde avait compris qu'il approuvait de tous points la proposition de Marcellus \ Le sénat, probablement sur la demande de Métellus Scipio, tenant compte des raisons invoquées par Pompée, le sénat décida que les consuls de 50 mettraient à l'ordre du jour du V mars la question des provinces consulaires ; toute autre délibération serait interdite ; on les autorisait et on les obligeait même à convoquer le sénat les jours de comices; ils auraient soin de faire siéger les sénateurs qui rempliraient des fonctions judiciaires, afin que le sénat fût en nombre et put prendre une résolution définitive '\ Les tribuns ne firent pas usage de leur droit d'intercession ; cette résolution ne préjugeait rien ; en l'annulant, ils auraient outrepassé leurs droits et porté préjudice aux intérêts de César.

Le sénat prit encore trois autres résolutions ; d'abord la décision que prendrait le sénat au sujet des provinces ne pourrait être infirmée par l'intercession tribunicienne. (Depuis la suppression de la loi Sempronia. les tribuns pouvaient attaquer les résolutions sénatoriales concernant les provinces consulaires ^) En second lieu il serait fait un rapport au sénat sur les vétérans et les autres soldats de l'armée de César qui, pour un motif quelconque, demanderaient à être licenciés \ En troisième lieu ou nommerait d'anciens préleurs en (^ilicie, qui était alors province consulaire et dans les huit autres provinces piétoriennes^; la nomination se ferait conformément au sénalus-consulte de mars ol rédigé d'après la loi Pompeia

i) Plut., Pomp., 56. Cf. Cat. min., 51.

5) Caes.,B. G., S, 53.

3) Cic, Fam., 8, 1, 3.

*) Cic, Fam., 8, 8, 4. 9. Cf. Dio G., 40, 59. App., b. c, 2, 26.

6) Cic, Fatn.y 8, 8, 5. Cf. A«., 5, 20, 7. 6, 1, 24. «) Cic, Fam., 8, 8, 6.

->) Cic, Fam., 8, 8. 7.

8) Cic, Fam., 8,.8, 8.

de proviiiciis, et conformément aux autres dispositions volées depuis en vue de l'année SO ; comme il ne pouvait être question des deux Espagnes, les provinces consulaires de 49 seraient donc la Syrie et les Gaules. On trouva que ces trois résolutions étaient préjudiciables aux droits des tribuns et aux intérêts de César; les tribuns C. Yibius Pansa \ C. Cœlius, L. Vinicius et P. Cornélius opposèrent leur intercession; les trois résolutions furent cependant enregistrées comme documents servant à faire connaître l'opinion du sénat [senatus auctoritates) ^ Le sénatus-consulte qui ajournait la décision du sénat au J" mars 50 excita le mécontentement de César ^; les trois autres résolutions lui firent connaître les tendances de la majorité et aug-mentèrent ses déli;inces. Il fut particulièrement imligné du langage tenu par Pompée. Pompée, au cours des débals, avait déclaré que, si le 1"" mars un tribun faisait intercession, on pourrait considérer cet acte comme un acte de désobéissance de César à l'égard du sénat; il ajouta encore que si César conservait son armée après son élection au consulat, il ferait aux institutions républicaines une insulte pareille à celle dont se rendrait coupable un fils qui soufflèterait son père *. Pompée, qui tenait ce langage, ne se rappelait donc pas qu'étant consul en 52 il avait, lui, conservé le commandement de son armée proconsulaire d'Espagne.

Les élections des tribuns et des édiles plébéiens avaient eu lieu avant le 19 juillet "". Les choix furent favorables au parti de César. M. Cselius "Vinicianus, partisan de Pompée, ne fut pas élu édile®; sur les dix tribuns élus, un seul, C. Furnius, était favorable aux optimales \ Les optimales mécontents firent poursuivre et condamner pour brig-ue un des élus, Servœus. C. Scribonius Curio se mitsurlesrang-spour obtenir la place de tribun devenue libre ^ ; Curio était un ennemi

») Cf. Cic, Fam., 16,27, 2.

2) Cic, Fam., 8, 8,6. 7. 8. Cf. Suet., Cxs., 29. Dio C, 40, 59.

3) Cf. Cic.,Fa?n.,8, 9, 5.

*) Cic.,JF(rm.,8, 8,9.

») Cic, A«., 5, 18. 3. Fam., 8, 4, 2. 3.

«) Cic, Fam., 8, 4, 3.

') Cic., AU., 5, 2, 1. 5, 18, 3. Fam., 8, 10, 3. 15, 14, 5.

8) Cic, Fam., 8, 4, 2.

acharné de César depuis le consulat de 59 ; il venait de se faire remarquer par des jeux célébrés en l'honneur de la mort de son père \ Curio fut élu après le 1" août, probablement en septembre '.

Avant la même date du 19 juillet on avait aussi procédé aux élections consulaires ^ Caton ne voulut plus se présenter; il considéra son échec de l'année précédente, échec trèshonorable puisqu'il n'avait employé aucun moyen de corruption, comme un échec définitif \ Les consuls élus furent C. Claudius Marcellus et L. ^Emilius Paulus ". Le premier était fils de l'augure C. Claudius Marcellus % et cousin du consul M. Claudius Marcellus^; il était du parti de Gicéron*; mais il ne s'était jamais fait remarquer jusque-là; il dut son élection à Tinfluence de son cousin ' , et à cette circonstance qu'étant le parent de César dont il avait épousé la petite-nièce Octavia ", il était cependant un de ses ennemis politiques. L'autre consul L. .Emilius Paulus avait toujours soutenu les optimales, mais on devait se défier de lui : depuis 54 il recevait de l'argent de César et l'employait à des constructions ^'. Le candidat particulier de César était M. Calidius, lui aussi un ancien partisan des optimales; non seulement il échoua, mais il fut encore poursuivi pour brigue ^^ On l'acquitta cependant^^; il poursuivit à son tour G. Marcellus, mais ne put le faire condamner ^\ Les élections de préteurs ne furent pas

») Plin., n. h., 36, 15, 24, 116 etseq. Cic, Fam., 8, 2, 1.

2) Cic, Fam., 8, 9, i. 8, 5, 3. 2, 7. 15, 14, 5. Dio C, 40, 59. App., b. c, 2, 26.

3) Cic, AU., 5, 18, 3. Fam., 8, 4, 1. 3. 4. ••) Dio C, 40, 58. Plut., Cat. min., 50.

^) Cic, Fam., 8, 4, 1. 4. 15, 7. 8. 9. 12. Dio C, 40, 59. App., b. c, 2, 26.

6) Cic, Leg., 2, 13, 32. Div., 2, 35, 75. Fam., 15, 8. •) Suet.,C»s.,29.

8) Cic, SulL, 6, 19. Fam., 15, 7.

3) Cf. Cic, Fam., 4, 9, 2.

'») Suet., Cxs., 27.

1') Cic, Fam., 8, 4,4.

'2) Cic, Fam., 8, 4, 1.

'3) Cic, Fam., 8, 9, 5.

'^) Cic, Fam., 8, 9, 2.

terminées pour le l^"" août ' ; les ennemis de César ne furent pas très heureux, et l'ami de Caton, M. Favonius, échoua -. Parmi les élus nous trouvons C. Titius Rufus, G. GurLius Pedvcseanus ^, il faut y ajouter probablement Livius Drusus* : ces préteurs ne semblent pas avoir joué un rôle politique bien marqué. Aux élections d'édiles curules, le parti de Pompée eut à enregistrer l'échec de C. Lucilius Hirrus ; les élus, M. Ccelius Rufus et M. Octavius ^ , étaient des optimates adversaires de César '^ .

On continua la série des procès qui avaient pour résultat de déconsidérer le parti des optimates. C. Claudius Pulcher fut accusé de concussion, pour son administration d'Asie '' ; M. Valérius Messala, le consul de 53, accusé de brig-ue, fut défendu par Q. Hortensius, et acquitté à une faible majorité^; mais on l'accusa de nouveau en vertu de la loi Licinia de sodaliciis, il fut condamné ^ En septembre il y avait plusieurs procès importants en cours d'instruction'".

Le sénat fut obligé de s'occuper des dettes. Il remit en vigueur l'édit de Lucullus (voir page 226) portant que l'intérêt légal était de 12 0/0 {centesima usurœ) '' ; dans le cas où les intérêts ne seraient pas payés, on n'aurait pas le droit de réclamer les intérêts des intérêts. Les créanciers furent satisfaits, l'intérêt étant fixé à un taux très élevé; mais il y avait à craindre les réclamations des débiteurs qui, de plus en plus gênés, pouvaient être amenés à demander la suppression d'une partie de leurs dettes, noves tabulse '^

1) Cic, Fam., 8, 4, 3.

-) Cic, lam., 8, 9, 5.

3) Cic, Fam., 13, 58.59.

*) Cf. Cic, lam., 8, 14, 4.

S) Cf. Cic, Fam., 3, 4, 1.

«) Cic, Fam., 8, 2, 2. 8, 3, 1, 8, 4, 3. 8, 9, 1. 2, 9, 1, 2, 110, 1. 2, II, 2. Att.,b, 21, 5. 6, 1,21.

■>) Cic, Fam., 8, 8, 2. 11, 22.

8) Cic, Fam., 8, 2, 1. Cf. AU,, 5, 12, 2. Brut., 96, 328. Yal. Max., 5, 9, 2.

9) Cic, Fam., 8, 4, 1.

'«) Cic, Fam., 8, 8, 1-3.

") Cf. Cic, Fam., 5, 6, 2. AU., 4, 15, 7. ad Q. fr., 2, 15 B, 4. >2) Cic, AU., 5, 2i, 13; cf. 5,21, 11.6, 1,5.6,2, 7,6, 3, 5.

Le sénat avait déjà donné de nombreuses preuves de son incapacité à diriger les affaires politiques étrang-ères; il en donna un exemple nouveau quand, en octobre ou en novembre, on apprit d'Orient que les Parthes menaçaient encore les provinces de l'empire. C. Cassius Longinus, questeur de Crassus, avait eu le gouvernement de la Syrie après la mort de ce dernier; on n'envoya pas de nouveau gouverneur, Cassius était encore en fonction en S2, et eut l'occasion de repousser celte année une incursion des Parthes \ En mars 51 le sénat décida enfin que les deux provinces de Syrie et de Cilicie (la Cilicie avait alors pour gouverneur Appius Claudiu*^) également menacées par les Parthes, seraient gouvernées par des consulaires dont les pouvoirs dureraient un an (un an exactement à partir du jour de l'entrée en fonction) ; on tira au sort parmi les consulaires qui n'avaient pas encore gouverné de provinces; le sort désigna M. CalpurniusBibulus pour la Syrie, Tullius Cicéron pour la Cilicie -. Bien que les deux provinces fussent menacées d'une invasion des Parthes, le consul Rufus refusa d'autoriser par un sénatus-consulle les deux gouverneurs à lever des troupes en Italie pour renforcer leur armée provinciale ^ Avant l'arrivée de Bibulus, qui, par suite de ce refus, voyagea à petites journées % Cassius dut repousser les Parthes qui s'étaient avancés jusqu'à Antioche, il les battit encore une fois en septembre \ Cicéron lui non plus ne se pressa pas ^; il arriva cependant dans sa province plus tôt que Bibulus, le dernier jour de juillet \ Aidé des

1) Liv., ep., 108. Dio C, 40, 28. Jos., anf. Jud., 14, 7, 3. b. Jiid , 1, 8, 9. Aur. Vict., Vir. ilL, 83.

2) Cic, Fam., 15, 9, 2. 15, 14, 5. 3, 2, 1. 2. 2, 15, 4. 2, 13, 3. 13, 67, 1. Ait., 6, 6, 3. 6, 4, 1. Plut., Cic, 36.

3) Cic, Fam., 3, 3, 1. 15, i, 4; cf. AU., 5, 4,2.

*) Cic, AU., 5, 16, 4. 5, 18, 1. 5, 20, 4. 5, 21, 2. Fam., 15, 1, 1. 15, 3, 2. 2, 10, 2.

S) Cic, AU., 5, 18, 1. 5, 20, 3. 5, 21, 2. Fam., 2, 10, 2. 15, 4. 7. 15, 14, 3. Cf. .3, 8, 10. PhiL, 11, 14, 35. Dio C. , 40, 28. Vell., 2, 46. Front.. Slrat., 2, 5, 35. Oros., 6, 13. Eutr., 6, 18. Aur. Vict,, Vir. UL, 83. Jos., unt. Jud., 14, 7, 3. 6. hid., 1, 8, 9.

«) Cic, AU., 5, 1-15 ; cf. Fam., 8, 1, 4.

^) Cic, AU., 5, 15, 1. 5, 20, 1. 5, 21, 9. Fam., 15, 2. 15, 4, 2. 3, 5, 4.

conseils militaires de son frère Quintus * et de C. Pomptinus, SCS lieutenants % il entreprit une campagne dans le Taurus, et seconda ainsi les opérations de Cassius; le 17 septembre ou quelques jours après, il écrivit de Cybistra au sénat pour annoncer l'invasion des Parthes ^ ; à ce moment Cicéron ne savait pas encore que Cassius avait remporté une victoire. La lettre de Cicéron arriva à Rome en même temps qu'un rapport de Cassius annonçant la défaite des Parthes. On a remarqué que ce rapport parvint à Rome avec une singulière rapidité, il aurait été lu au sénat le 7 octobre. On ne s'inquiéta pas de la situation : on prit Cicéron pour un pessimiste, on crut que Cassius avait exagéré l'importance de l'invasion, pour se faire valoir. En novembre on reçut de nouveaux rapports plus complets de Cassius et du roi Déjotarus; on dut reconnaître que les frontières étaient sérieusement menacées^ il fallut aviser. Certains demandaient que Pompée fût envoyé en Orient, d'autres prétendaient que la présence de Pompée était nécessaire à Rome. On parla de César, des consuls. Les consuls refusèrent en invoquant la loi de Pompée sur les provinces; ils avaient d'ailleurs compris que s'ils acceptaient. Pompée serait ensuite chargé de diriger l'expédition; finalement ils basèrent leur refus sur le sénatus-consulte du dernier jour de septembre '\ En réalité le sénat ne fit rien pour empêcher cette invasion de dégénérer en désastre pour l'empire.

Dès le milieu de l'hiver César s'était remis en campagne pour achever la soumission des révoltes gauloises. A Rome on ne parlait que des grandes pertes qu'il avait éprouvées '^; pendant ce tempsilsoumeltait lesBellovaques avecleurs chefs Correus et Commius ; il battait Drappes et Lucterius, prenait Uxellodunum, et parcourait l'Aquitaine complètement soumise \

') Cf. Cœs , B. G., 7, 90.

2) Cic, AU., 5, 1. 5,10, 5. 5,20, 5. 5, 11, 4, F«w., 3, 3,2.

3) Cic, Fam., 15, 1. Att., 5, 18, 1. Ct. Cic, Fam., 15, 2, 3. *) Cic, Fam., 8, 10, 1; cf. Att., 6, 1, 14.

°) Cic, Fam., 8, 10, 2 ; cf. AU., 5, 18, 1. 5, 21, 8. 6, 1, 3. 14. «) Cic, Fam., 8, '1, 4.

■') Cœs., B. G., 8. 2-48. Dio C. 40, 42. Liv., ep., 108. Gros., 6, 11, Cf. Sali., Hist., 1,8.

Il ne prévoyait plus de campag-ne sérieuse pour l'année 50 ; il aurait donc pu remettre les Gaules à un nouveau gouverneur le !'='■ mars 49, revenir à Rome avec son armée pour célébrer son triomphe, et briguer son consulat de 48 dans les conditions ordinaires ^ Mais les considérations que nous avons rapportées plus haut, les discussions du sénat au sujet de Novum Gomum et des provinces, les aveux de Pompée avertissant les Gaulois que César ne passerait plus qu'un été chez eux, celui de oO % les menaces de Gaton annonçant qu'il poursuivrait Gésar quand il aurait abandonné le commandement de son armée, la perspective de se voir condamner par un tribunal qui siégerait sous la protection des soldats de Pompée \ toutes ces raisons décidèrent Gésar à garder ses pouvoirs proconsulaires jusqu'au moment où il prendrait possession de son second consulat *.

César pouvait compter sur le consul L. ^milius Paulus, il n'avait pas besoin de l'acheter % il savait qu'il ne ferait rien contre lui. Quand on avait discuté au sénat l'envoi des consuls en Orient contre les Parthes, et que l'on avait invoqué la loi de Pompée pour empêcher leur nomination , L. yEmilius Paulus, alors consul désigné, avait déclaré qu'il n'obéirait pas à cette loi et prendrait le commandement d'une province en sortant du consulat \ Mais César comprit que le tribun G. Scribonius Curio, dont il ne s'était pas encore occupé ^ pouvait lui susciter des embarras sérieux. C'était un homme capable *, mais léger ^ et criblé de dettes^", un nouveau Clodius, que Curio avait d'ailleurs soutenu lors de son procès pour inceste^*, et dont il avait épousé la veuve Fulvia^-; Gésar paya

') Dio C, 40, 44. Cf. Cic, Fam., 8, 8, 9, ut aut maneaf mit si designari poterit decedat.

*) Caes., B. G., 8, 39.

3) SueL., Cœs., 30. Cf. Plut., Cœs,, 46. Cat. min,, 51.

*) Dio C, 40, 60. Cf. Cic, Fam., 8, 14, 2.

'} Suet., Cxs., 29. App., b.c., 2,26. Plut., Pomp., 58. Caes., 29,

«) Cic, Fam., 8, 10, 3 ; cf. Att., 6, 1,7.

') Cic, Fam., 8, 4, 2.

8) Cic, Brut., 81, 280.

3) Cic, PhiL, 8, 14. 2, 18. Att., 10, 9. 6.

»») Val. Max,, 9, 1,6.

««j Cic, Att., 1, 14,5.

»«) Cïc, Phil., 2,5, U.

ses dettes, lui fit les plus belles promesses, et le gagna ainsi à sa cause sans bruit \ Après la campagne de SI, César eut bien soin de ne pas venir dans la Cisalpine % de sorte que l'on ne se douta de rien à Rome ; on continua à considérer Curio comme un des plus violents adversaires de César ^

Dès son entrée en fonctions, le 10 décembre 51, Curio affecta de commencer une campagne contre César ; il avait toute la confiance des pompéiens, il en profita pour se faire communiquer leurs projets contre César*. Il présenta diverses rogations ; les unes étaient dirigées contre César, les autres attaquaient les optimates ; il comptait que ces derniers le combattraient , il en profiterait pour affecter une grande colère et combattre à son tour les propositions qui avaient déjà été présentées et le seraient encore contre César par C. Furnius ou les préteurs ^ La loi Scribonia de usucapione servitiitum, qui fut votée, paraît n'être pas du tribun, elle doit être l'œuvre de son père. Voici celles qu'on doit lui attribuer : une rogatio scribonia de ogro campano ^ qui dut déplaire davantage à Pompée qu'à César; une rogatio scribonia de restituendo C. Memmio Gemello ''; vu le rôle joué par Memmius (voir plus haut, pages 380 et 417-18), elle fut très désagréable à une partie des oplimates ; une rogatio scribonia de itineribus, pour limiter les dépenses des sénateurs en voyage* ; enfin une rogatio scribonia de Jubœ regno publicando ' , qui devait blesser les amis de ce princC;, surtout Pompée ". Toutes ces propositions furent faites en décembre ; elles furent combattues ; alors Curio agit comme b*'il devait y avoir un mois

') Vell., 2, 48. Suet., Cxs., 29. Dio C, 40, 60. App., b. c, 2, 26. Plut., Powp., 58. Cxs., 29. Serv.. ad Verg. Mn., 6, 621.

2) Caes., B. G., 8, 46. 49.

3) Cic, Fam., 8, 8, 10. 8, 10, 3. Cf. Non. Marc, p. 100 G. *) DioC, 40, ei.Liv., ep,, 109.

S) Dio C, 40, 61.

«) CÀc.,Fam., 8, 10,4.

') Cic, AU., 6, 1, 23.

»j Cic, AU ,6,1,25.

») Cœs., 6. c, 2, 25. Dio G., 41. Lucan., 4, 687.

<o) Cf. Cœs., b. c, 1, 6.

436 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIQUE [lY, 19

inlercalaire ' après le 23 ou Je 24 février ^ Comme rannéc 02 avait eu un mois intercalaire^ sa prétention était justifiée \ Curio était pontife \ il n'obtint pas cependant ce qu'il désirait; il lui fut dès lors impossible de faire voter ses rotations avant le 1" mars, et ce jour-là on devait discuter la question des provinces consulaires ; alors, dès le mois de février oO, il déclara publiquement qu'il passait dans le parti démocratique. 11 attaqua en même temps César et Pompée, et arrêta par son intercession toutes les propositions des pompéiens dirig-ées contre César; les gens avisés s'aperçurent bientôt qu'il agissait dans l'intérêt de César. Pour payer sa bienvenue dans le parti démocratique, il proposa une rooatio scriboiiia viaria qui rappelait un peu la lex Serviiiaag:raria^; Curio demandait qu'on lui confiât pour cinq ans la direction des routes [cura viariim). II proposa aussi une rogatio scribonia alimentaria ; elle imposait aux édiles, dans l'intérêt des pauvres qui achetaient au marché, l'obligation de contrôler les poids et les mesures ^

Enfin arriva le T"" mars , jour hxé pour l'ouverture des débats sur les provinces ; L. .Emilius Paulus, l'aîné des deux consuls'' , devait avoir les faisceaux, et par conséquent la présidence du sénat ; il semble qu'il demanda l'ajournement de la discussion pour permettre à Curio de faire voter ses rogations*. En elfct, rien ne fut décidé avant le 7 mars^, et même avant le 19 ; pendant ce temps, les magistrats convoquaient des assemblées qui naturellement furent très orageuses ^°. Pendant les débats qui précédèrent au sénat le vole

') Cic, F(!m., 8, 6, 3. 5. Dio C, 40, 62,

î) Cf. Liv., 43, 11. 45, 44.

S) Cf. Cic, Att., 5, 9, 2.5, 21, 4. 6, 1, 1. 12.

*) Cf. Cic, Fam.,2, 1, 3.

"") Voir plus haut, p. 2.58.

") Cic ,Fa??i ,8, 6, 3. 5. 2, 13, 3. Li\'., ep., 109. Vell., 2, 48. Suet., Tihet., 1. Dio C ,40, 62. App., b. c, 2,27.

') Cic, Fam., 8, 4, 4.

*) Cic, Fam.i 8, H, 1. Quod furore Pauli adeptus esset boni; cf. Cic, Att., 6, 3, 4.

") Cic, Att., 6, 2, 6.

'Oj Cic, Fam,, 2, 11, i.

du sénatus-consulte d'ajournement, Pompée mit en avant une idée nouvelle : César n'abandonnerait pas son commandement le V mars 49, comme le voulaient Caton et ses partisans ; il devrait seulement quitter la province avant de prendre possession du consulat, au plus tard le 13 novembre, afin qu'il pût entrer dans Rome comme simple particulier*. Pompée espérait mettre César dans l'alternative de renoncer au consulat pour 48, ou d'accepter cette nouvelle combinaison -. Ce n'était pas là un acte d'hostilité contre César ; Pompée lui laissait le droit de se faire nommer consul tout en restant dans sa province [abseiis); il croyait avoir trouvé un excellent terrain de conciliation. En même temps, il se retourna contre Curio qui avait demandé l'ajournement dans la séance du P"" mars , et le dénonça comme un révolutionnaire ne cherchant qu'à semer la discorde ^ Curio répondit en prouvant que le second consulat de Pompée avait fait tout le mal, la loi Pompeia Licinia ayant amené la situation actuelle *. Pompée, de son côté, composa des discours pour répondre à Curio ^ ; fatigué de ces luîtes stériles, Pompée se retira à Naples ; il avait déjà été souffrant en mars ", il tomba gravement malade ^

Pendant l'absence de Pompée, le sénat reçut de nouvelles lettres de Cicéron ; écrites en février*, elles arrivèrent en avril". Cicéron, devenu gouverneur de la Cilicie malgré lui, craignait alors qu'on ne prorogeât ses pouvoirs'". Les lettres

') Cic, Fam., 8, 11.3, écrite en avril : adhuc (rlonc avant avril) incubuisse cum smatu Pompehis videtitr, ut Cœsar id. novembris decedat; cf. Fam.. 8, 14,2.

•) Cf. Cic, Fam., 8, 8, 9, Plut, Pomp., 5G.

3) Cic, Fam., 8, il. 3. Cf. Plut., Pomp., .56.

*) Cic, Fam., 8. 11,3.

2) SueL,Rhet., 1.

6) Cic, A«., 6, 4, 3. Valeat modo.

') Cic, Fam., 8, 13, 2, lettre écrite en avril : Stomncho est nunc ita lanquenti, ut vix id quod sibi placeat reperiat. Veli., 2, 48, dit à tort biennio. Plut., Pomp.. 57. App,, b. c, 2, 28.

8) Cic, Att., 5, 50,7. 6, 1, 9, Cf. Fam., 3, 9, 4. 2, 7, 3. 2, 10, 3.

«) Cic, Fam., 15, 13, 3. 15, 10, 1. AU., 6, 4, 2..

'") Cic, Att., 5, I, 1. 5, 2, 1. 5, 4, 1. 5, 9, 2. 5, 11, 1. 5. 5, 13, 3. 5, 15, 1. 5, 17,5. 5, 18, 1.5,21,3. 6, 1, 11.6,2,6. Fam., 2, 7, 4. 2, 8, 3. 2, 10, 4. 3, 8, 9. 3, 10, 3. 15, 9, 2. 15, 12, 2. 15, 14, 5.

annonçaient qu'il avait continué les opérations militaires et s'était porté dans la région du mont Amanus , non encore soumise aux Romains; le 13 octobre, il avaii pris quelques forteresses situées au milieu des montagnes; ses soldats l'avaient proclamé imperator^ ; le 17 décembre, après un siège de deux mois, il s'était emparé de Pindenissus ^. 11 rappelait que son deuxième prédécesseur , P. Cornélius Lentulus Spinlher, avait eu le triomphe en SI pour des faits semblables ^, que son prédécesseur, Appius Claudius, attendait aussi le triomphe après avoir obtenu déjà l'honneur des actions de grâces '" ; Gicéron demandait donc que le sénat voulût bien lui voter aussi des actions de grâces ; il écrivit à ce sujet à Caton '% à Appius Claudius % et aux deux consuls \ La proposition fut faite , mais Curio résolut de l'arrêter au moyen de l'intercession. Curio, mécontent de ce que l'on avait repoussé en mars ses propositions en leur opposant Vobnimi?'«/îo*, craignait, ou plutôt affectait de craindre, que les consuls ne profitassent de cette décision sénatoriale pour lui enlever quelques jours de comices. Les consuls déclarèrent qu'ils n'en feraient rien, les actions de grâces furent votées en avril par un sénat peu nombreux ; Caton, M. Favonius et C. Lucilius Hirrus avaient combattu la proposition ^

Une révélation faite par L. Cornélius Balbus au cours des débats, confirma le soupçon que Curio devait être vendu à César*". Curio comprit qu'il fallait changer de tactique ; le moyen qu'il avait imaginé pour faire ajourner la discussion sur les provinces et les autres délibérations du sénat était

•) Cic. Fam., 15, 4, 8. 3, 9, 4. 2, 10, 3. 8, 7, 2. Att., 5, 20, 2. 6, 1, 9.

2) Cic, Fam., 15, 4, 10. AU., 5, 20, 1. 5.

i) Cic, AU., 5, 21, 4. Cf. Fam., 15, 4, 11. 13, 48.

*) Cic, Fam., 3, 9, 2. 3, 10, 1. 8, 6, 1. Cf. I. L. A., p. 181.

5) Cic, Fam., 15, 4, 11.

6) Cic, Frtm.,3, 9, 4.

') Cic, Fam., 15, 10, 13.

^) Elle fut présentée par le consul C. Marcellus, ou par le tribun C. Furnius.

S) Cic, Fam., 8, 11, t. 2, 15, 1. 15, 5. 6. 11. 3, 13. AU., 6, 7, 2. 7, \, 7. 7,2, 7.

^û) Cic, Fam., 8, H, 2.

usé; il abandonna donc ses rog-ationsetse prépara à combattre la proposition en vertu de laquelle les pouvoirs proconsulaires de César prendraient fin le 13 novembre 49 \ Il savait que la majorité du sénat était assez indiflerente ; elle était capalde de faire une lég-ère opposition à César, mais non d'aller jusqu'à une rupture complète ; Curio annonça qu'il ferait intercession quand viendrait devant le sénat la discussion sur les provinces ^ Elle eut lieu en avril ; on représenta les propositions connue's; les partisans de Caton voulaient que César quittât ses provinces le l'^'^mars 49, les pompéiens, le 13 novembre au plus tard. Il se produisit une autre proposition : on demanda que César se démît pour le l^i" juillet, et rentrât dans Rome avant la tenue des comices. On ne sait pas laquelle de ces trois propositions fut adoptée par le sénat ; ce fut probablement la dernière ^ ; tout ce que nous savons, c'est que Curio opposa son intercession à la rédaction d'un sénatusconsulte* et motiva son opposition en disant qu'Userait injuste de retirer à César ses pouvoirs avant le temps, si l'on n'exigeait de Pompée l'abandon de ses provinces ibériques et le licenciement de ses armées ; l'état ne sera en repos, dit-il, que quand ces deux grands personnages, dont la rivalité trouble la république, auront abandonné en même temps le gouvernement de leurs provinces et le commandement de leurs armées ^ Grande alors fut la popularité de Curio ; le peuple le couvrit de fleurs ^ Le sénat décida que les consuls feraient le plus tôt possible leur rapport sur l'intercession du tribun. La discussion eut encore lieu en avril 30 ; M. Marcellus proposa d'inviter tous les tribuns à intervenir auprès de Curio pour le décider à retirer son intercession ; M. Marcellus ne put réunir la majorité des

') Cic, Fam., 8, H, 3.

«) Cic, Fam., 8. 11, 3. Cœsar defendetur, c'est-à-dire, pro Cxsare intercedetur. Cf. Piw. cons., 15, 36 defensorem habeat. La discussion eut lieu dans le sénat sous la présidence de G. Marcellus (App., b. c, 2, 27).

^) Caes., b. c, l, 9 erepto semenstri imperio. Cic, Fam., 16, 12, 3 se prœsentem trinum nundinum petiturum.

*) Cic, Fam., 8, 13, 2. Cette lettre a été écrite en avril, non en juin, mais n'est arrivée à son adresse qu'avec les lettres 8, H et 8, 7,

S) App., b, c, 2,27. Dio C.. 40, 62. Caes., B. G., 8, 52 sxpe.

») App., b. c, 2, 27. Cf. Plut,, Pomp., 58. Civs., 30. Zon., 10, 7.

voix. On put dès lors prélendre que la majorité du sénat s'était résignée à laisser César dans les Gaules jusqu'au moment où il prendrait possession du consulat, le i"'" janvier 48 '. M. Ca?lius Rufus avait prévu ce qui se passa en ce moment; par suite de l'intercession de Gurio, il fut impossible de pourvoir de gouverneurs pour l'année suivante les provinces consulaires et les provinces prétoriennes'.

On croyait tout terminé, quand une lettre écrite de Naples par Pompée rouvrit les débats ; Pompée se déclarait prêt à renoncer à ses provinces et à son armée avant le temps. En agissant ainsi, il se donnait les apparences d'une soumission sincère aux volontés du sénat, et mettait César dans l'alternative de résister à ces mêmes volontés ou de renoncer à ses projets^. Pompée revint à Rome au commencement de juin, et renouvela sa promesse; Curio, qui affectait de ne vouloir et de ne rechercher que le bien de l'État, déclara dans les assemblées qu'une simple promesse ne suffisait pas ; pour rétablir l'ordre, il fallait que Pompée abandonnât réellement le commandement de son armée en même temps que César, ou que tous deux conservassent leurs armées ; l'Etat, de cette façon, pourrait employer les forces de l'un pour combattre l'ambition de l'autre *. Catonfit de l'opposition dans les assemblées, mais le peuple était pour César % Caton n'eut pas de succès ^. En juin C. Marcellus avait encore les faisceaux ; on reprit au sénat la proposition concluant à ce que César abandonnât et ses provinces et ses armées; on demanda aussi, ce fut l'objet d'une proposition nouvelle, que César et Pompée abandonnassent en même temps leur commandement provincial et militaire. On passa au vote ; la première proposition fut acceptée par tous les sénateurs, excepté par les partisans déclarés de César. C. Marcellus mit ensuite aux voix l'autre proposition : Pompée devait-il aussi renoncer à ses pouvoirs

') Cic.,Fam., 8, 13, 2. AU.

'-) Cic, Fam ,8,5.2.

3) App., 6. c, 2, 78.

*) App., b. c, 2,28.

■^) Cf. Cic, Att., 7,7, 6.

6) Plul., Cat. min., 51.

en même temps? La majorité fut contre. Curio demanda que la question fût ainsi posée : César et Pompée doivent-ils abandonner leurs provinces en même temps? Le consul, espérant que la majorité répondrait non, laissa mettre aux voix la proposition de Curio; les Pompéiens furent battus, les sénateurs se déjugèrent, et répondirent par l'affirmative à la question posée (370 voix contre 22)'. Ces votes restèrent sans effet. Curio usa de l'intercession pour empêcher de confirmer les deux premiers votes par un sénatus-consulte ; un tribun dévoué à Pompée, C. Furnius, empêcha aussi par l'inlercession la rédaction du sénatus-consulte sur le troisième vote ^ Le résultat de cette discussion fut de montrer à tous que la promesse faite par Pompée était une simple promesse et n'était que cela, le sénat l'avait jugé ainsi; les débals avaient prouvé aussi que Curio était maintenant le maître du sénat, le sénat s'était prononcé pour lui; enfin César pouvait, à son tour, affirmer dans ses lettres qu'il consentait à l'abandon de ses pouvoirs, à la condition que Pompée abandonnerait les siens en même temps ^ Curio put désormais invoquer toutes ces raisons sérieuses, afin d'empêcher toute nouvelle discussion sur les provinces *. Pour quiconque jugeait la situation de sang--froid, la g-uerre civile était devenue inévitable ; pour l'éviter il eût fallu charg-er César ou Pompée d'aller combattre les Parthes ^

On reçut vers le mois de mai* des nouvelles de Bibulus, de la Syrie et des Parthes ^ Peu de temps après son arrivée

1) App., 6, c, 2. 30. Le vote eut lieu plus tôt que ne le dit App. Voir et comparer les deux passades de C'^sar, B. G-, 8, 52 et 8, 54 ^( deinde ; of. aussi Plul., Pomp., 58. Cses , 30. Ant., 5. La lettre dans laquelle Cœlius parle de ce vote est perdue ; elle doit avoir été écrite après la lettre 8, 13, et avant la lettre 8, 1-4.

2) Caes., B. G., 8, 52.

3) Cic, Fam., 8, 14, 2. Caes., b. c, 1, 32, 4. Liv., ep., 109. App., b. c, 1, 4.

*) App., b. c, 2, 29.

^) Cic, Fam., 8, 14, 2-i. Lettre écrite non en septembre, mais en juin, ou au commencement de juillet; en septembre, on n'avait plus à redouter une invasion des Parthes.

«) Cic, AU., 7, 2, 6. Fam., 2, 17, 7.

') Cf. Cic, Aff.,5, 21, 1. 6,1, 14.

Bibulus avait perdu une cohorte ', et n'avait rien fait qui mérite d'être rappelé ". Mais la victoire de Cassius dont nous avons parlé plus haut, avait été remportée au moment oii Bibulus était déjà gouverneur de Svrie ^ Bibulus s'en attribua le mérite : à Rome, ses amis votèrent en son honneur des actions de grâces; pour opposer Bibulus à César, Caton demanda qu'elles durassent vingt jours*. Bibulus annonçait dans son rapport, qu'une nouvelle invasion des Parthes aurait certainement lieu en été ; un peu plus tard les lettres de Cicéron apprirent que le gouverneur de Cilicie partageait cet avis ^. Il fallait donc envoyer des renforts en Syrie ; on discuta à ce sujet au sénat dès le mois de mai "; Curio opposa son intercession comme dans la discussion sur la solde des légions de Pompée \ On n'avait encore rien décidé quand le sénat émit les trois votes dont nous avons parlé plus haut au sujet de Pompée et de César ^ Curio reconnut ensuite que son intercession pouvait nuire aux intérêts de FÉtat^ il la retira®; vers le milieu de juin on accorda la solde et on décida que Pompée et César donneraient chacun une légion ; ces deux légions seraient envoyées en Syrie. Pompée qui avait soutenu cette proposition, en profita pour réclamer à César la légion qu'il lui avait prêtée *". On ne pouvait pas donner de successeur à Bibulus; on chargea le questeur L. Marins de conduire les deux légions en Syrie aussitôt qu'elles seraient arrivées ". Au commencement de mai on avait nommé les censeurs ''. Les deux nouveaux censeurs furent L. Calpurnius Piso Caesoninus, beau-père de César, et Appius Claudius. Le premier

') Cic, Att., 5, 20. 4. Fam., 8, 6, 4.

2) Cic, Att., 6, 8, 5. Fam., 2, 17, 6. 12, 19, 2.

3) Cf. Liv., ep.. 108. App,, Syr.. 51. ^) Cic, Att , 7, 2, 6. 7, 3, 5.

5) Cic, Att., 5, 21, 2. 9. 6, 1, 14. 6, 2, (3. 6, 3. 2. 6. 4, J . 6, 5, 3. Fam., 2, 11, 1. 2, 17, 6. Cf. 8, 7, 1. 8, 14, 4.

«) Cf. Cic. Fam., 2, 17, 5, lettre de Tarse, écrite après le 17 juillet. ■) Cic, Fam., 8, 14, 4. Cf. App., b. c, 2, 29.

8) Caes., B. G., 8, 54 fitdeinde; cf. 8, 52.

9) Cic, Fam., 8, 14, 4.

^«) Cœs., B. G., 8, 54. App., b. c.,2. 29. Dio C, 40, 65. Plut., Cxs., 29. Pomp., 56.

") Cic, Fam., 2, 17, 5. Cœs.; B. G., 8, 55.

'2) Cic, Fam., 3, H, l. 5. Cf., 3, 10, 3. li. 3, 13, 2.

avait eu jusque-là une conduite détestable qui l'avait rendu indigne de cette charge *; il fut d'ailleurs candidat malgré lui, César le força à se présenter ^ Appius Claudius venait d'être poursuivi pour crime de lèse-majesté : il avait rançonné sa province de Cilicie, et commis de nombreux abus dans la province ^ ; même après l'arrivée de Cicéron, il avait continué à administrer malgré la présence de son successeur*. Il sollicitait les honneurs du triomphe, quand en février^ il fut accusé par le jeune P. Cornélius Dolabella, un jeune homme qui était devenu l'année précédente membre du collège des quindecimviri sacrorum''; Cicéron avait défendu deux fois Dolabella'' ; après le procès de Claudius, Dolabella épousa, vers la fin d'avril, TuUia, fille de Cicéron*. /Vppius Claudius renonça au triomphe^; il fut défendu par Q. Ilortensius et par son beau-fils Junius Brutus^", et acquitté'' avant la date du 5 avril. Pompée, dont le fils avait épousé la fille d'Appius^^, s'était beaucoup employé pour obtenir son acquittement; Appius, qui s'était mis auparavant du côté de César, passa dans le parti de Pompée qui soutint sa candidature aux fonctions de censeur '^ Après son élection il eut encore à soutenir un procès de brigue ''\ Dolabella fut encore son accusateur '% mais comme dans le premier cas, il fut acquitté vers le milieu du mois de mai '^

Partisan de Pompée, Appius Claudius exerça ses fonctions

^) Voir plus haut, pages 317, 405.

2) Dio C, 40, 63.

3) Cic, AU., 5, 15, 2. 6, 1, 2. 6, 2, 8. Fam.,2, 13,2. *) Cic. AU., 5, 17, 6. Fam., 3, 6, 4. 3, 8, 6.

5) C\c., Fam., 8, 6, 1 . 2,13, 2.

6) Cic, Fam., 8, 4, 1.

'i Cic, Fam., 3, 10, 5. Cf. 7, 32, 6. 6, H, 1.

8) Cic, Fam., 8, 13, 1. 2, 15, 2. 3, 12, 2. 4. AU.. 6. 6, 1. Cf. Fam.. 8, 6, 2. 5. 3, 10, 5. AU., 6, 9, 5. 7, 3, 12.

9) Cic, Fam., 8, 6, 1. 3, 10, 1.

'») Cic, Fam., 3,4,2.

H) Cic, Fam., 3, 11, 1 et seq. Brut.,9i, 324.

'2) Cic, Fam., 3, 4, 2. 3, 10, 10.

'2) Cic, Fam.. 8, 6, 3. 3, il, 3. Dio C, 40, 63.

'*) Cic, Fam.is, 11,2.

'^) Cic, AU., 6, 6 1. Fam., 3, 12, 2.

'^) Cic.y Fam., 3, 12, 1.

444 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIQUE [lY, 19

de censeur avec une sévérité hautaine qui ne surprend pas de la part d'un membre del'org-ueilleuse gens Claudia*. En juin, après les votes du sénat dont nous avons parlé, il publia un édit très sévère sur le luxe des statues et des tableaux, les grandes propriétés {latifundia), les dettes, les vices contre nature', afin d'avoir le plus de prétextes possibles d'expulser des sénateurs de la haute assemblée. Quand il dressa la liste du sénat, il exclut plusieurs sénateurs, entre autres C. Sallustius Crispus, le tribun de 52 (voir plus haut, page 403), C. Atejus Capito, le tribun de 55 (page 373). Piso le laissa faire ; il savait bien que tout sénateur atteint par la censure devait passer dans le parti de César ^

La nomination d'un augure en juin servit de prétexte aux partis pour recommencer la lutte \ La place vacante était celle de Q. Hortensius : fin avril il était tombé malade ^ et avait succombé en mai ^ Parmi les candidats que le peuple avait désignés se trouvaient le consulaire L. Domitius Ahénobarbus qui devint le candidat des Optimates \ et M. Antonius. Anionius avait été questeur de César, sur la demande même de César *; puis il était revenu à Rome; nous savons qu'il s'y Irouvait au moment des votes de juin, piiisi]u'il aida Curio dans sa campagne ' ; M. Anionius fut le candidat de César *". On avança le jour du vote'*, et Anionius fut élu'-, grâce à l'intervention de Curio *^ et de l'édile curule M. Cœlius Rufus**, ami intime de

0 Cic, Fam., 3, 7, 5 ; cf. 3, 11, 5. ') Cic, Fam., 8, 14, 4 ; cf. AU., 6, 9, 5. S) Dio C, 40, 63. Cic, de Div., 1, 16, 29. ♦) Cic, Fam. y 8, 14, 1. Caes., B. G., 8, 50. 5) Cic, Fam., 8, 13,2 AU., 6. ô, 2; cf. 6, 3, 9.

R) Cic, Brut., 94, 324. 1,1. 64, 229. AH., 7, 3, 9. Vell,, 2 49.

'') Cic, Fam., 8, 14, l.

8) Cic, AU., 6, 6, 4. Fam., 2, 15. 4. Phil., 2, 20, 50. Caes., B. G., 7, 81. 8, 2. 24. 38. 46. Dio C. fait erreur, 45, 40.

9) Plut., Pomp., 58. Cœs., 30. Ant., 5.

10) Cces., B. G., 8, 50.

") Caes.. B. G., 8, 50.

1') Cœs., B. G., 8, 50. Plut., Ant.. 5. Cic, Phil, 2, 2, 4. 2, 20, 50. '3) Cic, PhlL, 2, 2, 4.

Curio * ; Rufus manœuvrait alors pour entrer dans le parti de César ^

Peu de temps après ^ le même M. Antonius fut élu tribun; il dut son succès à l'amitié de Curio *, et à sa parenté avec César : il était le fils de Julia, la sœur de L. Julius Csesar, qui avait d'abord épousé M. x\ntonius Créticus, et ensuite P. Cornélius Lentulus Sura, partisan de Catilina^ En même temps furent élus tribuns les deux frères Q. Cassius Longinus et C. Cassius Long-inus ^; le plus jeune Q. était sincèrement attaché à César ', bien que Pompée l'eût demandé et employé comme questeur ^ Nous connaissons encore parmi les tribuns élus à la même époque L. Marcius Philippus et L. Caecilius Métellus^ Le premier était un fils du consul de 36^" (voir plus haut, pag'e 349), marié avec Atia, la nièce de César ; — le second était un fils du consul de 68 (plus haut, page 221).

Les élections de préleurs et de consuls eurent lieu en même temps, dans le mois de juillet '\ Le candidat de César pour le consulat, Ser. Sulpicius Galba, ne fut pas élu ''; on nomma les candidats des Optimates, C. Claudius Marcelluset L. Cornélius Lentulus Crus '^ Ce dernier avait été préteur en 58 ; en 53 il avait posé sa candidature pour entrer dans le collège des quindecimviri, mais P. Cornélius Dolabella avait été nommé **; il avait tellement de dettes *^ que l'on s'attendait

') Cic, Fam., 8, 17, 1. 8, 8, 10.

') Cic, Fdin., 8, 14, 2 et seq.

^) El non avant, comme le dit Plut.. Ant., 5.

*) Cic, PhiL, 2, 18. Plut., Ant., 2. Pomp., 58.

«) Plut., Ant., 1. 2.

5) Cic, Att., 7, 3, 5. 7, 21, 2. 7, 23, 1. Cf. Aur. Vict., Vir. Ul.y 83.

8) Cic , Att., 6, 6, 4. Fam., 2, 15, 4. Cf. CcDS., b. AL, 48. Dio C, 41, 24.

9) Cees., b. c, 1, 6. 33. Cic, Att., 9, 6, 3. «0) Sael.,Aug., 4. 8.

") Cic. Att., 6, 8, 1. Cf. Caes., B. G., 8, 50. Nous n'avons plus la lettre que Caelius écrivit quarante jours avant la lettre 8, 12 (8, 12, 4j, donc au commencement d'août.

'2) Cf. Val. Max., 6, 2, 11. Suet., Galb., 3.

»3) Cfes., B. G., 8,50.

•*) Cic, Fam., 8, 4, 1.

*'} Vell., 2,49. Cœs., 6. c, 1, 4.

à le voir se laisser acheter par César '. Les préteurs élus furent tous, à l'exception de M. Favonius % des personnages sans caractère politique^ : L. Roscius Fabatus \ L. Manlius Torquatus ^ , C. Sosius ^ , P. Rutilius Lupus ^ , C. Coponius % A. Allienus ^ et M. /Emilius Lepidus *" ; ce dernier était le frère de L. ^milius Paulus^^, et fils du consul de 78 (page 190).

Après les élections consulaires, César arriva dans la Cisalpine : il avait passé l'hiver de ol-oO dans la Belgique, traitant les tribus gauloises avec une grande douceur, afin d'éviter de nouvelles insurrections ^^ ; il vint en Cisalpine surtout pour recommander aux citoyens de la province de nommer Antonius augure *^ Il arriva trop tard ; alors il employa les mois de juillet et d'août à préparer sa candidature au consulat de 48*'; il fut très bien accueilli par les municipes et par les colonies '^ Pour donner au sénat une preuve de sa loyauté, il envoya à Rome"^ la légion que Pompée lui avait prêtée, la première, et une des siennes, la quinzième, qui était dans la Cisalpine depuis 53 *^ : il obéissait donc au sénatus-consulte de juin, mais en même temps il leva de nouvelles troupes **. Fin août il retourna dans la Transalpine, laissant la garde de la Cisal-

0 Cic,

Att., 6,

2) Vell,

•'') Cic,

AU., 6

4) Cees.,

1, 3. Cic,

, AU

«) Caes.,

., 24. Cic

, Att.,

«) Cic,

Att., 8,

, 24. Cic

,AU

8) Cic,

Att., 8

Cees.,

9) Cic,

Att., IC

>, 15, 3. Cf. App

'A>.6îvov est altéré.

^"j CcfiS.

1') Dio C 47, (

»*) Cees.

1») Cees.

, 88. App.,

Plut., Cws

:., 29. Pomp., 56.

18) Dio G., 40,

Dans ce passage, le mot

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